XL VI
INTRODUCTTOX.
adynamiques, asthéniques, dans les maladies chroniques en général, à moins de complications phlegmasiques dangereuses. — Il faut bien peser ce qu’on fait avant d’y soumettre les enfants, les femmes, et tous les sujets lymphatiques ou atteints de maladies diathésiques. Les impressions débilitantes produites par elle sont alors plus dangereuses qu’utiles.
5° Médication tonique ou stimulante.
Il y a quelque chose dans l’organisation qu’il est impossible de définir, c’est le ton que présententles tissus, les organes et l’ensemble de l’homme vivant, c’est-àdire la fermeté des chairs, l’activité du mouvement de nutrition moléculaire nécessaire à la rénovation des tissus, la résistance des individus aux influences morbifiques, choses essentiellement variables selon l’âge, le tempérament ou les diathèses de chacun et dont l’opposé est la mollesse ou Y atonie. Ce quelque chose d’indéfinissable, mais qu’il est facile de comprendre, joue un très-grand rôle en pathologie et en thérapeutique. C’est ici l’explication de la mollesse permanente des tempéraments lymphatiques ou de la constitution scrofuleuse, là l’effet accidentel et passager des maladies adynamiques fébriles ou autres, et ailleurs l’indication de recourir à des médicaments spéciaux réputés stimulants et toniques.
La médication tonique a pour but de produire, au sein du corps vivant, des impressions de nature à provoquer, dans les tissus et dans l’ensemble de la constitution, une force plus grande, permanente et durable. On la désigne aussi sous le nom de médication corroborante.
Il est aussi impossible d’expliquer le pourquoi de cette réaction curative que de rendre compte de tous les effets physiologiques obtenus par les médicaments. L’action réflexe du fer et du quinquina, comme celle de l’opium et de la noix vomique, sont des faits d’observation qu’il est possible d’utiliser dans des circonstances spéciales, mais dont le mécanisme nous échappe entièrement. — - Le résultat de l’impression des toniques est d’augmenter la somme de force qui préside à la nutrition des tissus, de manière à leur communiquer une vigueur, une tension, une fermeté, une couleur, une contractilité organique plus grandes. — Chez un individu sain, ces impressions répétées conduisent à la pléthore ; chez un convalescent, ou chez un lymphatique, au contraire, leur effet curatif est derétablirla santé et de guérir le lymphatisme.
Les agents de la médication tonique sont très-variés, dénaturé très-différente, et ils convergent tous au même but par divers moyens. — Chacun, dans son action matérielle, produit un effet particulier, et tous rendent l’effet spécial. — Les impressions du fer, du quinquina, du vin et de la viande grillée, ne sont pas les mêmes; mais, lentement transformées par les forces de la vie, elles produisent un effet semblable, qui est la tonicité. — Ces agents. Ont une double origine, et on les prend dans la matière de l’hygiène ou dans la matière médicale. Le vin., Y alimentation abondante et succulente, Yinsolation, Y air pur, Y exercice, les frictions, la gymnastique, le massage, les bains d’air et de rivière, les bains de mer, etc., sont fournis par l’hygiène. — De la matière médicale viennent le fer et tous ses composés, les eaux minérales ferrugineuses de Spa, de Forges, àùPassy,
m LA TIIÉRXPETÎTTOUK VU XTX^ STKCTÆ.
Aq Contrexéville., A^Pyrmont^ etc.; le manganèse quinquina et ses dérivés, la gentiane^ le Colombo^ le quassia amara, le lichen ^ le houblon^ la patience^ la saponaire, la fumeterre, la pensée saunage, la chicorée, le pissenlit, Vannée, la petite centaurée, la rhubarbe, etc., etc.
Les agents toniques n’ont généralement pas d’action immédiate apparente ; ils agissent lentement, graduellement, à la suite d’un usage quotidien régulier, et Suremploi peut être prolongé sans inconvénient.
On les emploie, non pas indistinctement, mais les uns de préférence aux autres, d’après des règles que la clinique a établies, dans la convalescence des maladies aiguës, dans l’anémie hémorrhagique et dans la chlorose, dans les cachexies, dans les flux atoniques, tels que la diarrhée, la leucorrhée, etc.; dans les dyspepsies nerveuses et dans les névralgies; dans le lymphatisme et dans le scrofulisme; généralement enfin dans tous les cas où il y a pâleur ou mollesse des tissus, atonie des fonctions et diminution de l’élément giohulaire du sang.
Une chose qu’il faut connaître, et sur laquelle j’aurai occasion de revenir, c’est que les toniques, à part leur effet matériel, immédiat, n’ont pas nécessairement l’action tonique qu’on leur suppose. En effet, les propriétés des médicaments ne sont que la mise en œuvre de leurs éléments aux prises avec la nature vivante dans chaque individu. Or, hicn que cette nature soit semblable au général, elle diffère au particulier, d’où il suit qu’un médicament, toujours un dans sa composition, rencontre fréquemment des organismes de nature diverse, et fournit une réaction curative différente, d’où il suit encore que les médicaments n’ont pas toujours les mêmes effets, et ce qui est tonique chez un individu peut bien être irritant chez un autre.
D’une autre part, un remède que nous considérons comme étant doué de propriétés toniques, parce qu’il relève la force et le ton d’organes affaiblis, peut cesser d’être tonique en três-peu de temps et devenir, au contraire, un débilitant, par suite de l’excès d’action imprimée à l’activité vitale. — Après un déploiement de force exagéré survient une fatigue réelle qui peut faire comprendre ce qui arrive après l’emploi trop prolongé des toniques. ^ — Après l’ivresse et sa force, l’abattement. Comme l’a dit Giacomini, qui range le quinquina dans les hyposthénisants, les toniques prolongés produisent l’inertie des tissus et des organes. Gela est trèsvrai, et il faut savoir exciter les organes d’une façon modérée, si l’on ne veut dépasser le but qu’on se propose d’atteindre.
La médication stimulante a pour but de produire des impressions suivies d’une augmentation de l’activité vitale de certains tissus, de certains organes et quelquefois même de l’économie entière. Elle a pour moyens ce qu’on appelle les stimulants, les excitants et les irritants.
Les impressions stimulantes ^ouiextérieures ou intérieur es, générales, localisées m spéciales. Ainsi les frictions, la vésication et le massage impressions stimu¬
lantes extérieures, différentes de l’impression intérieure produite par l’alcool et les boissons aromatiques. L’action de ces dernières ne ressemble en rien à la sli- ■mulation spéciale de l’utérus par le seigle ergoté, de la vessie par les cantharides, des nerfs par la strychnine, des reins par le vin blanc et le nitrate de potasse, etc.
Les impressions stimulâmes générales, violentes, sont dangereuses et produi-
INTRODUCTION
sent la fièvre. En effet, sous leur influence, la circulation est accélérée, la chaleur accrue, la coloration animée, la sensibilité plus vive, et il se produit une sorte de mouvement fébrile local et général. Parle fait des impressions stimulantes partielles et spéciales, la réaction physiologique est plus bornée, et il se fait, dans les tissus ou dans l’appareil stimulé, une congestion inflammatoire qui peut aller jusqu’à la phlegmasie et la gangrène, exemple : la stimulation des vésicants, des caustiques, etc., etc.
D’après la durée de la réaction produite par les impressions des stimulants, on a distingué ces remèdes en stimulants permanents et en stimulants diffusibles. — L’ammoniaque, l’alcool, les boissons aromatiques, sont des stimulants diffusibles, tandis que l’or, le phosphore, l’iode, etc., sont rangés dans la classe des stimulants permanents.
Les stimulants généraux de V organisme sont tirés de la matière de l’hygiène ou de la pharmacie. Les premiers sont : le calorique^ la lumière, Vair chaud et sec, le galvanisme, les frictions sèches ou aromatiques, les bains chauds, )! alimentation succulente, lès vins généreux, \e, thé, le café,\&^ passions expansives, etc. Dans la matière médicale on trouve, les boissons aromatiques et fermentées, le vin, l’alcool, etc.; \qs> huiles volatiles tirées de l’orange, du citron, de la vanille, de la cannelle, de la muscade, du raifort, du cresson, du cochléaria; les balsamiques, tels que la térébenthine, le copahu, le storax, le benjoin, le baume du Pérou, le baume de Tolu, etc.; le soufre et ses composés dans les eaux minérales.
A cette médication se rattache l’emploi des excitants des différents organes dont on veut réveiller les fonctions affaiblies. Ainsi emploie-t-on :
1° Les stimulants des bronches : ce sont les expectorants.
2“ Les stimulants du cerveau : ainsi le café, le vin, l’alcool, le thé, l’arnica, le haschich, le phosphore, l’ammoniaque, etc., excitent les fonctions de l’encéphale de la manière la plus active.
3° Les stimulants de la moelle épinière : ce sont la noix vomique, la fève de Saint-Ignace, la strychnine, la brucine, etc., ces substances exercent sur la moelle une impression toute spéciale, dont l’effet réflexe est caractérisé par les convulsions tétaniques les plus violentes.
It Les stimxdants sudorifiques : ce sont la grande chaleur, les boissons chaudes, les bains de vapeur, le bain russe, l’ammoniaque, le gaïac, la salsepareille, la squine, le sassafras, la douce-amère, le sureau, etc., qui déterminent souvent une perspiration cutanée abondante.
5° Les stimulants ster natatoires : ainsi, la poudre de tabac, d’ellébore, d’iris, les fleurs de marjolaine, de lavande, le sucre en poudre, sont employés comme sternulatoires et rendent quelquefois de réels services à la médecine.
6“ Les stimulants sialagogues : ainsi le cresson de Para, la racine de pyrèthre, l’acide acétique, le mercure, exercent sur les glandes salivaires une action spéciale inconteslable et indépendante de l’action irritante produite par ces médicaments. C’est une propriété dont on peut tirer profit en bien des circonstances.
T Les stimulants du rectum : tout le monde sait que l’aloès a une action réflexe toute particulière sur l’extrémité inférieure de l’intestin et qu’il y fait naître la congestion et la fluxion hémorrhoidaires.
XLTX
DE L4 ÏHÉPiAPEUTIQUE AU X^^ SIÈCLE.
8“ Les stimulants diurétiques : le nitrate et l’acétate de potasse, la scille, les asperges, la pariétaire, la digitale, le vin blanc, les eaux minérales acidulés, exercent sur le rein une stimulation spéciale, d’où il résulte une sécrétion abondante d’urine, souvent utilisée dans un effet curatif.
9’’ Les stimulants emménagogues et utérins : ainsi la Sabine, la rue odorante, le safran, l’armoise, l’absinthe, le fer, le sulfure de carbone et le seigle ergoté sont des stimulants Spéciaux dont l’effet s’adresse particulièrement à l’utérus et qu’on utilise dans l’aménorrhée, dans l’hémorrhagie utérine et dans l’accouchement.
10° Les stimulants aphrodisiaques : la vanille, le phosphore, les cantharides, se trouvent dans celte catégorie.
Comme on vient de le voir dans ce tableau général des différentes espèces de stimulants, la médication stimulante générale ou localisée est une de celles qui offrent le plus de ressources à la thérapeutique. La spécialité d’action des substances qu’elle met en œuvre la rend extrêmement précieuse, car elle fournit un assez grand nombre de moyens spécifiques, les plus utiles de tous les médicaments.
Cette médication doit être employée : 1° dans toutes les maladies où, les forces étant déprimées ou diminuées, il y a lieu de produire une impression intérieure suivie d’une réaction du mouvement vital de tous les appareils organiques, exemples : les phlegmasies et les fièvres de forme adynamique, le choléra, les maladies gangréneuses, scorbutiques, et certaines maladies chroniques, produisant l’anémie et le relâchement des tissus ; alors ce sont les stimulants intérieurs qui sont mis en usage ; 2° dans les maladies aiguës et chroniques des appareils fonctionnels, lorsqu’on veut les guérir au moyen d’une révulsion sur une partie éloignée de l’économie, mais dans ce cas, c’est aux stimulants locaux qu’il faut avoir recours, exemple : les sinapismes et les vésicatoires aux jambes dans la congestion cérébrale ; le cautère au cou dans les maladies de l’œil et du cerveau ; le cautère actuel et les rnoxas dans les maladies de la colonne vertébrale, etc. ; 3“ dans les maladies atoniques d’un organe ou d’un appareil, lorsqu’on peut en relever les forces au moyen d’impressions produites par un stimulant spécial, exemple : les cantharides dans certaines incontinences nocturnes de l’urine; l’aloès dans la constipation paratonie du gros intestin ; la strychnine dans la paralysie, etc., etc.
Mais il ne faudrait pas croire qu’on peut employer indéfiniment les stimulants réflexes chez l’homme : la tolérance des organes pour la stimulation a un terme qu’on ne peut dépasser sans produire un effet différent et opposé. A l’action vitale exagérée qui résulte des impressions stimulantes intérieures succède une débilité d’autant plus grande que la stimulation a été plus vive. Ainsi les boissons aromatiques et alcooliques, qui produisent une assez grande excitation du système nerveux, finissent par en amener la sédation et quelquefois la paralysie. A la stimulation prolongée du calorique succède un affaiblissement considérable ; la strychnine, qui excite si facilement la moelle épinière, en épuise rapidement l’action, et, donnée' à haute dose, peut faire périr par suite de l’épuisement nerveux, etc., etc.
Dans son action réflexe, la médication stimulante intérieure substitue à un état adynamique général ou local un autre état momentanément différent qui forme
LN'TRODUCTIOV.
une action curative. On n’en saisit pas plus le mécanisme qu’on ne sait pourquoi la substitution d’une phlegmasie oculaire causée par le collyre au nitrate d’argent fait disparaître une phlegmasie antérieure de nature différente. Mais tel est le fait comme il se montre à l’observation clinique; c’est encore d’une façon analogue, sinon semblable, qu’une stimulation corrosive extérieure substitue quelquefois, au point où on la fait naître, une maladie de nature connue à une maladie éloignée de nature différente, ou ayant pour siège un organe important. Ainsi fait-on à volonté, ou selon l’indication curative, par la médication stimulante, une révulsion et une substitution thérapeutiques. Ce sont deux opérations importantes à connaître dans leur mécanisme et dans la manière de les utiliser.
6° Médication narcotique, Sédative, stupéfiante ou Calmante.
La médication calmante, narcotique, sédative ou stupéfiante a pour but de produire le calme, le bien-être, le repos, là où existent l’agitation, la douleur, le spasme et la convulsion. Elle comprend tout ce qui se rattache kYhyjiosthénie musculaire, au narcolisme, à V anesthésie et à Y hypnotisme.
Les moyens qu’elle utilise dans ce but sont très-nombreux et tirés du règne minéral, végétal ou animal. Je les indiquerai tout à l’heure. Leur mode d’action est inconnu; ce sont pour la plupart des agents qui ont, sur les tissus ou sur les organes, une action particulière, spéciale et spécifique, déterminée par l’expérience. Les uns s’adressent à la douleur, qu’ils apaisent ou à l'intelligence, qu’ils anéantissent; d’autres agissent sur le mouvement, qu’ils modèrent ou qu’ils suspendent ; il en est enfin qui détruisent à la fois le mouvement et la sensibilité, qui exercent leur empire sur certains organes dont ils troublent les fonctions avant de les abattre; ce sont autant de particularités curieuses et importantes à connaître.
Il y a des calmants narcotiques, dont l’effet est le narcotisme; des calmants vireux qui produisent l’apathie délirante, et des calmants anesthésiques, dont l’action récemment découverte porte à la fois sur la sensibilité et sur le mouvement.
La médication calmante narcotique produit l’assoupissement, le bien-être, le sommeil avec ou sans cauchemar, la stupeur, l’ivresse, la courbature, la contraction des pupilles, la sueur, la sécheresse de la bouche, les nausées, les vomissements, la constipation. Quelquefois, au lieu de calmer et d’endormir, elle excite à un très -haut degré et elle empêche tout sommeil. C’est un fait qu’on observe encore assez souvent. L’opium et ses préparations, le laudanum de Sydenham, le laudanum de Rousseau, la morphine, la narcéine, la codéine, le cyanogène et ses composés, le lactucarium, etc., sont les principaux agents qu’elle met en usage et qu’elle fait pénétrer dans l’économie par la peau, garnie ou dépourvue de son épiderme, par les voies digestives ou par le tissu cellulaire, au moyen des injections hypodermiques.
La médication ccdmante mreuse détermine l’abattement, la stupeur, l’étonnement intellectuel, quelquefois du délire et des hallucinations, la dilatation des pupilles et la cécité, la sécheresse de la bouche, la sueur, les vomissements, la
Lt
DE L\ THÏ'iriAPEUTTQÜE AtJ XIX- SIÈCLE.
diarrhée, la somnolence et le coma. Elle emploie, à l’intérieur des voies digestives, dans le tissu -cellulaire et sur la peau, la plupart des solanées vireuses : la belladone, la jusquiame, la ciguë, le datura stramonium, l’aconit, l’atropine, etc.
\jdi médication calmante anesthésique, constituée par le chloroforme, l’éther sulfurique, l’éther chlorhydrique chloré, l’amylène, etc., a un tout autre effet que les médications précédentes. Ses agents, dits anesthésiques, pénètrent dans l’organisme par une autre voie. Sous la forme de liquides volatils, ils ne produisent leur effet que par pénétration dans les voies aériennes et par leur absorption ila surface delà muqueuse pulmonaire. Ils suspendent momentanément l’action des sens et du mouvement volontaire, de sorte que la chirurgie a pu s’emparer d’eux pour faire ses opérations sans douleur, à la grande satisfaction de l’humanité. — Quelquefois on les applique directement sur la peau, et l’on réussit à calmer des douleurs pour lesquelles il est inutile de recourir à l’anesthésie générale. ^ — Ailleurs on se borne aux pratiques de l’hypnotisme, qui consistent à faire regarder fixement de près et de bas en haut un objet brillant, jusqu’à ce qu’il y ait perle de connaissance et production d’insensibilité. C‘est un moyen peu usité.
Gomme on le voit, les effets des médicaments calmants ne sont pas toujours les mêmes : à côté de ceux qui produisent ordinairement l’hyposthénie musculaire, le repos et le sommeil, il y- en a qui déterminent l’agitation et le délire ou qui réduisent l’homme à un état d’insensibilité tel, qu’on peut le tailler en morceaux sans qu’il s’en aperçoive.
Les maladies, l’habitude et l’idiosyncrasie modifient beaucoup l’action des stupéfiants, et la rendent très-différente d’elle-même. A dose égale, certaines personnes bien portantes n’éprouvent rien de la belladone, tandis que d’autres ont ., un violent délire. Dans les maladies aiguës, l’opium peut être donné à des doses énormes sans produire de narcotisme, et une personne qui fait habituellement usage de cette. substance arrive facilement à prendre, sans danger pour elle, des doses dont la simple fraction produirait ailleurs un empoisonnement.
La médication narcotique est une des plus utiles; sans elle la médecine perdrait une bonne partie de sa puissance, car, dans les cas où le médecin ne peut guérir une maladie incurable et douloureuse, ou lorsqu’il attend la guérison de maladies aiguës accompagnées de vives douleurs, le pouvoir qu’il a d’ènlever au malade le sentiment de la souffrance est le plus utile des services qu'il puisse lui rendre, celui qui satisfait le mieux à ses besoins actuels. Or, c’est là l’effet de la médication stupéfiante. Elle endort celui qu’on ne peut guérir ou qu’on va opérer; elle fait prendre patience à celui que les efforts de la nature vont prochainement sauver. Dans les cancers, dans les maladies des os, dans le tétanos, dans le delirium tremens, dans le rhumatisme aigu, dans les névralgies et dans toutes les affections douloureuses, son emploi est commandé et varié d’après les indications à remplir. Elle peut encore être employée avec intîniment d’avantage dans les sécrétions abondantes qui tiennent à une maladie accompagnée d’éréthisme des organes sécréteurs. G’est ce qui a lieu dans la diarrhée, dans la dysenterie, dans la polyurie, etc., etc.
LU
INTRODUCTION
7° Médication évacuante, ou vomitive et purgative.
La médication évacuante est née de l’indication de débarrasser l’estomac ou les intestins des matières nuisibles qui s’y trouvent quelquefois. Vantée avec exagération par les partisans de l’humorisme, et dédaignée par les solidistes, elle rend de grands services aux malades. Son but est l’expulsion des matières muqueuses, organiques, bilieuses, salines ou toxiques renfermées dans les voies digestives.
Sous l’influence des impressions qu’elle fait naître, les sécrétions et les contractions gastro-intestinales sont fort augmentées, et, suivant la spécificité d’action du remède, la sécrétion des matières est muqueuse, stercorale, bilieuse jaune, verte ou noire, et l’expulsion a lieu par la bouche ou par l’anus, en vomissement ou en diarrhée, entraînant avec elle tout ce qui se trouve dans l’intestin, calculs biliaires, pierres stercorales, entozoaires, etc.
Cette médication est une des plus importantes et elle constitue, avec les antiphlogistiques, les stupéfiants et les spécifiques, la base de toute bonne thérapeutique. En effet, les voies digestives sont toujours primitivement ou secondairement, comme cause ou ^omme effet, quelque chose de très-important dans la production des maladies. C’est par elles que pénètrent dans l’organisme une foule d’agents dont l’impression directe est si fâcheuse, dont l’action sur le cerveau, sur le foie, sur les reins, est si redoutable, et c’est aussi sur elles que retombent sympathiquement les impressions morbifiques de la peau, de l’encéphale et des organes voisins.
L’Indigestion, l’embarras gastrique, le catarrhe chronique intestinal, les matières stercorales épaissies, les corps étrangers de l’intestin, l’acidité des sécrétions, leur diminution, etc., sont autant de causes nombreuses de malaises et de maladies dangereuses qu’une évacuation faite à propos emporte souvent pour toujours.
Cette médication produit donc, non-seulement un effet mécanique, qui est l’expulsion de ce qui se trouve dans les voies digestives, mais encore une action dynamique, réflexe, due à l’hypersécrétion intestinale et biliaire, qui dépouille le sang des matières muqueuses, bilieuses ou putrides prêtes à s’y introduire, et qui débarrasse, l’économie de substances nuisibles lorsqu’elles se produisent en excès. Si lamédication évacuante appartient par un côté à la médication stimulante, elle appartient par l’autre aux antiphlogistiques, puisqu’elle dépouille quelquefois le sang d’une grande quantité de sérum. Elle relève de l’une et de l’autre sans pouvoir être confondue avec elles. Son caractère spécial l’en distingue physiologiquement, et sous ce rapport elle mérite bien l’honneur d’une désignation spéciale.
La médication évacuante provoque, selon la nécessité et au gré de celui qui l’emploie, des évacuations gastriques, c’est-à-dire des vomissements, ou de la diarrhée, ce qui constitue la 'purgation. — De là, deux médications secondaires d’un égal intérêt, la médication vomitive et la médication
A. Médication vomitive. — Nul organe, plus que l’estomac, ne montre des affinités plus intimes ou une sympathie plus importante avec le principe de la vie.