‹ Dictionnaire de thérapeutique médicale et chirurgicaleChapitre 54 sur 731 · Angine tonslllaire ou amygdalite · texte numérisé non relu

Angine tonslllaire ou amygdalite

La gêne de la déglutition, la voix enrouée ou gutturale avec gonflement et rougeur des amygdales, indiquent une angine tonsillaire également désignée sous le nom d'amygdalite.

L’angine tonsillaire existe à Yétat aigu avec fièvre vive, et à Yétat chronique, sans fièvre.

Chez l’adulte, l’angine tonsillaire aigue produit la fièvre, l’impossibilité d’avaler, la douleur de la déglutition, la voix gutturale, l’écartement des arcades dentaires, le gonflement et la douleur de la région sous-maxillaire où se trouvent quelquefois des ganglions lymphatiques tuméfiés.

L’angine tonsillaire aiguë produit souvent des abcès de l’amygdale qui s’ouvrent naturellement, et qu’il vaut mieux ouvrir à propos au moyen du bistouri.

Un abcès de l’amygdale, causé par la phlegmasie tonsillaire, peut produire des accès de suffocation avec ou sans œdème de la glotte.

L’amygdalite chronique produit souvent l’hypertrophie des amygdales, et elle entraîne des récidives très-fréquentes d’amygdalite aiguë.

L’hypertrophie des amygdales, chez les enfants, a pour effet d’empêcher l’entrée d’une suffisante quantité d’air dans la poitrine, et elle amène toujours le rétrécissement de la cavité du thorax.

Chez les enfants, l’angine tonsillaire aiguë ne produit point d’abcès de l’amygdale, ni de difficulté de déglutition comparable à celle qu’on observe chez l’adulte.

Jamais on ne voit un enfant atteint d’amygdalite aiguë avaler sa salive en faisant les grimaces et les mouvements d’allongement du cou qui s’observent chez l’homme dans les mêmes conditions de maladie.

L’amygdalite aiguë de l’enfant commence souvent par une forte fièvre accompagnée d’agitation et de délire qui pourraient faire croire à une phlegmasie cérébrale, si l’on n’y faisait pas grande attention, mais, en examinant l’isthme du gosier, on découvre vite la lésion qui est le point de départ des accidents cérébraux.

Thérapeutique, — Dans les cas d’amygdalite légère, le traitement de' l’angine simple érythémateuse peut suffire.

Dans les cas graves, il faut faire une saignée du bras ou appliquer des sangsues au cou.

Un vomitif avec 5 centigrammes peut être donné au début, mais s’il se forme un abcès de l’amygdale il faut réitérer l’émétique, car les contractions du pharynx, produites dans l’effort de vomissement, font crever l’ahcès et débarrassent le malade.

Des fumigations émollientes, des injections d’eau de guimauve, des gargarismes émollients ou astringents, doivent être mis en usage.

Contre l’hypertrophie des amygdales, il faut des insufflations d’alun, de calomel, des gargarismes as-

ANGI

tringents, des douches d’eau sulfureuse dans la ffoi^e, et enfin l’excision complète des amygdales.

Ilf. Angine couennense. Les angines qu’on appelle aujourd’hui couenneuses , diphthéritiques, ont été autrefois désignées sous les noms ÿ ulcéré syriaque, ù&mal de gorge gangréneux, àüangine maligne, A’angine gangréneuse, etc.

Les augines couenneuses et gangréneuses sont bénignes ou malignes; sporadiques ou épidémiques; quelquefois elles sont contagieuses.

Il y a des angines couenneuses sporadiques sans aucune gravité, qui restent des maladies purement locales. Parmi elles se trouvent V angine cowenneuse commune et quelques angines scarlatineuses.

Dans l’angine couenneuse les amygdales s’enflamment, se gonflent, s’ulcèrent et se couvrent de fausses membranes ; lesquelles peuvent s’étendre au voile du palais et dans les arrièrenarines, dans le pharynx et enfin dans le larynx où elles forment le croup. V. ce mot.

Quand l’angine couenneuse est bénigne, le produit déposé sur les amygdales est ordinairement mollasse, caséeux, pultacé, tandis que dans les angines couenneuses graves, la fausse membrane est ferme, résistante, élastique et presque entièrement formée de fibrine.

Les angines couenneuses et gangréneuses épidémiques sont ordinairement malignes et adynamiques, ce qui dépend de l’empoisonnement produit par la résorption des humeurs sécrétées par la muqueuse du pharynx érodée ou ulcérée par la maladie.

Ceux que saisit l’angine couenneuse et gangréneuse ont souvent et en même temps sur le corps des plaies gangréneuses et couenneuses où l’on voie dés ulcérations couvertes de petits points noirâtres de sphacèle épars au inilieu d’une fausse membrane.

*,j.* Le danger de l’angine couenneuse et gangréneuse n’est pas dans la présence d’une fausse membrane ou d’une eschare sur les amygdales, mais dans la résorption purulente qui se fait à la surface des plaies de la gorge où se trouvent des fausses membranes et du sphacèle.

La fausse membrane, produit anatomique de l’angine couenneuse, n’est dangereuse par elle-même que si elle gagne le larynx et les voies aériennes, de manière à causer mécaniquement l’asphyxie croupale.

** On voit souvent sur le cadavre de ceux qui succombent à l’angine couenneuse et gangréneuse, la preuve de la résorption purulente, car le sang est quelquefois décoloré, bistre, couleur momie, les séreuses sont tachées de purpura, les poumons remplis d’ecchymoses, de lobules affectés d’apoplexie pulmonaire , de noyaux hémorrhagiques avec infiltration purulente centrale et d’abcès métastatiques, le tissu cellulaire quelquefois semé de petits abcès.

ANGI 91

On fait des fausses membranes à volonté sur un sujet sain en dépouillant bépiderine par les cantharides ou avec l’anmioniaque, mais les fausses membranes accompagnées d’accidents mortels sont celles qui se produisent sur des ulcères gangréneux avec résorption putride.

L’angine couenneuse maligne est souvent suivie de croup et la mort a lieu par infection de l’organisme ou par asphyxie; mais, dans ce dernier cas, il se fait une anesthésie progressive qu’on n’observe pas dans l’autre.

L’infection générale de l’organisme dans l’angine couenneuse et gangréneuse est l’analogue de l’infection purulente qu’on observe chez les opérés, chez les brûlés, dans les plaies extérieures ou muqueuses internes, en un mot, là où il y a des vaisseaux divisés ou ulcérés.

Les angines couenneuses et gangréneuses malignes s'annoncent par de la fièvre, de la douleur etde la difficulté de déglutition, le gonflement sous-maxillaire, l’écartement des mâchoires, et le fond du gosier présente des ulcérations, des eschares ou des fausses membranes sur les amygdales, sur la luette, sur le voile du palais et dans le pharynx.

frès-souvent les lausses membranes de l’angine couenneuse s’étendent jusque dans le larynx, et il se produit alors de la toux, du sifflement laryngé, de l’aphonie, de la suffocation et de l’anesthésie progressive.

Dans les angines couenneuse graves il y a toujours une albuminurie assez intense, qui cède au moment de la guérison, mais qui, exceptionnellement , peut être suivie d’anasarque. V. Albuminurie.

Qui a beaucoup observé l’angine maligne doit avoir vu qu’elle se transmet d’une localité à l’autre, sur les pas de leurs habitants, pour former des épidémies nouvelles, ayant pour origine la contagion.

Après sa guérison, l’angine couenneuse •est souvent suivie de la paralysie du voile du palais et de paralysie générale que l’on a considérée comme spéciale à la diphthérite (Orillard) , mais qu’on observe également après l’angine gutturale simple (P. Bérard ; Marquez, de Colmar). V. Paralysie du voile du palais.

L’angine maligne peut tuer en vingtquatre ou quarante-huit heures, et la mort sin*vient d’autant plus vite que les enfants sont plus jeunes.

Partir vite, aller loin et ne revenir que le plus tard possible ; tels sont les moyens d’échapper à l’angine maligne.

Si l’on peut détraire sur place la première manifestation matérielle de l’angine maligne par une cautérisation bien faite ou par l’excision des amygdales, on empêche l’infeciiou de l’organisme et le mal guérit rapidement.

Une fois l’angine maligne établie, la gué-

92 ANGI

rison est bien difficile et la mort a lieu par infection générale ou par asphyxie croupale.

Les angines couenneuses et gangréneuses étant primitivement des maladies locales aussi bien que le chancre, la pustule maligne, etc. , il suffit souvent de détruire complètement sur place la première manifestation du mal pour empêcher l’empoisonnement de l’organisme et la mort.

Thérapeutique. — Si Tangine couenneuse ou gangréneuse est prise au début, et que le mal soit encore ’ limité aux amygdales, il faut le détruire sur place par l'excision des amygdales |-h +|. par la cautérisation au fer rouge □, et enfin par la cautérisation au perchlorure de fer, ou enfin par le nitrate d'argent I I.

Quand on cautérise l’angine couenneuse avec un caustique liquide en se servant d’un pinceau de linge, il faut avoir soin que le pinceau soit suffisamment exprimé, et l’on ne doit cautériser que les parties malades. L’excision des amygdales couvertes de fausses membranes est une excellente méthode opératoire qui enlève le mal avant sa généralisation, qui produit une saignée locale très-utile, et qui empêche l’apparition du croup. Des insufflations d’alun, insufflations de fleurs de soufre, des insufflations de tannin et même des insufflations de nitrate d’argent pulvérisé, peuvent être employées dans l’angine couenneuse ou gangréneuse [3, et s’il se forme un croup on peut les faire dans le larynx au moyen d’un tube recourbé.

Le danger des insufflations caustiques et des cautérisations mal faites, c’est de ne pas détruire tout le mal, ou de cautériser les parties saines et d’y faire venir de fausses membranes. Les gargarismes d’alun, de tannin, de chlorate dépotasse, 1 à 4 grammes pour un litre d’eau miellée de glycérine pure, doivent être employés dans l’angine couenneuse et gangréneuse.

On peut employer la glace râpée ou pilée; une cuillerée à café à prendre toutes les demi-heures I^. Des douches d’eau froide, et des douches d’eau salée ou d’émulsion de coaltar saponiné au 40® ou 50*13; <16® douches d’eau pulvérisée tenant en solution du tannin peuvent être employées avec succès.

L’émétique à 15 ou 20 centigrammes dans une potion gommeuse doit être donné sans faire boire aux malades de tisane qui changerait l’effet vomitif en action purgative, et il faut en même temps prescrire un peu d’alimentation. Si l’on ne combat pas l’angine' couenneuse par l’émétique, il faut administrer le chlorate de potasse, 4 grammes par jour dans une potion ; le bicarbonate de soude 2 à 5 grammes, le bromure ou l’iodure de potassium 2 à 4 grammes.

IV. Angine gangréneuse. La même influence épidémique, contagieuse et maligne qui produit l’angine couenneuse, détermine également l’angine gangréneuse, caractérisée par la présence d’eschares à la surface des amygdales et par des phénomènes généraux d’empoisonnement rapidement suivis de la mort des malades.

Angine gangréneuse, angine couenneuse et angine ulcéreuse sont les trois formes anatomiques d’une seule et unique maladie qui est Tangine maligne.

Il y a des épidémies d’angine maligne où l’on n’observe que du sphacèle ou des ulcérations sur les amygdales, sans aucune apparence

ANGI

de fausse meinbraue (Delbet), tandis que dans quelques autres localités il n’y a que de véritables angines couenneuses.

Thérapeutique. — Le traitement de l’angine gangréneuse est le même que celui de l’angine couenlieuse V. ce mot.

V. Angine granuleuse. Sous le llOm d’angine granuleuse (Choniel) ou glanduleuse, de pharyngite chronique, etc., on a décrit une angine peu grave caractérisée par la présence sur le pharynx de granulations plus ou moins volumineuses, donnant au fond de la gorge un aspect mamelonné très-évident.

L’habitude de parler beaucoup, de professer ou de chanter avec excès, les inflammations catharraies fréquentes de l’arrièregorge, l’influence irritante de la fumée de tabac chez ceux qui ont continuellement le cigare à la bouche, et la prédisposition créée par l’herpétisme sont les causes de l’angine granuleuse.

Dans l’angine granuleuse, la voix est un peu enrouée, et il y a un embarras du pharynx caractérisé par un continuel besoin d’expuiiion des mucosités sécrétées par les granulations des surfaces muqueuses malades.

Thérapeutique. — Les malades atteints d’angine granuleuse doivent cesser de boire du vin pur et des liqueurs, ils doivent s’abstenir de tabac et se mèttre à un régime dans lequel le sel, le poivre et les condiments ordinaires soient en si faible quantité qu’on ne les sente pas. Les [eaux sulfureuses en boisson; les fleurs de soufre avec du miel par parties égales, 30 grammes par jour; Varséniate de soude, 5 à 15 milligrammes par jour, doivent être conseillés aux malades.

Les cautérisations du phary^ix avec le nitrate d’argent ont été conseillées Q ^^iosi que des insufflations d’alun [3 011 <1® calomel, associé avec du sucre. [3- Il vaut mieux des gargarismes avec T eaude-vie camphrée dans T eau; avec Veau de goudron; avec V émulsion de coaltar saponiné au 100®, ou enfin des douches d’eau froide dans le pharynx ou des douches d’eau sulfureuse avec un irrigateur.

YI. Angine laryngée couenneuse. Y.

Croup.

Page 1