‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, avee l'indication des moyens de les reconnaìtre (volume 2)Chapitre 37 sur 192 · ANTIMOINE · texte numérisé non relu

ANTIMOINE

faire plusieurs alliages, tels que le métal d'Alger, les caractères ^imprimerie, etc.

Altérations. — L'antimoine du commerce est souvent altéré par d'autres métaux, le fer, le plomb, le cuivre, l'arsenic, et par le soufre : pourreconuattre leur présence, on traite l'antimoine par l'acide nitrique bouillant; il se formera d'une part de l'acide antimonieux, et de l'autre des nitrates à base du métal étranger à l'antimoine; on évapore à siccité, et on reprend par l'eau; l'acide antimonieux reste indissous, et les sels de plomb ou de cuivre ou de fer sont dissous. Dans cette dissolution, le cyanure jaune donnera un précipité de bleue de Prusse s'il y a du fer, un précipité brun-marron s'il y a du cuivre ; l'ammoniaque donnera une coloration bleue intense s'il y a du cuivre ; dans le cas de la présence du fer, on aura un précipité rouge de peroxyde. On pourra aussi plonger dans la liqueur une lame de fer décapée, sur laquelle le cuivre se précipitera. Si la même dissolution contient du plomb, elle précipitera en jaune par l'iodure de potassium, le chromate dépotasse; en blanc par le sulfate de soude; en noir par l'hydrogène sulfuré.

Pour s'assurer de l'existence de l'arsenic dans l'antimoine on suit le procédé indiqué par Sérullas, qui consiste à chauffer fortement le métal avec de la crème de tartre ; le résidu de cette calcination est traité par l'eau, une partie de cette dernière se décompose et laisse dégager de l' hydrogène que l'on recueille sous une cloche ; si l'antimoine essayé contient de l'arsenic, l'hydrogène sera arsénié et brûlera en répandant une odeur alliacée; un dépôt d'arsenic métallique tapissera les parois intérieures de la cloche (i).

On pourra encore calciner l'antimoine en poudre avec un excès de nitrate de potasse ; le résidu pulvérisé sera traité par l'eau, et la liqueur filtrée, introduite dans un appareil de Marsh fonctionnant à blanc, donnera des taches ou un anneau d'arsenic métallique, s'il y en avait dans l'antimoine essayé. Cette même liqueur pourra servir à constater s'il y a du soufre dans l'antimoine ; le soufre converti en sulfate de potasse par

(1) On conçoit que pour ceteiamen on pourrait faire usage de l'appareil de Marsh.

ANTIMOXIATES DE POTASSE. 85

le nitrate de potasse sera contenu dans la liqueur et donnera avec le chlorure de baryum un précipité blanc, insoluble dans l'acide nitrique.

Pour avoir l'antimoine pur, bien exempt d'arsenic, il faut d'après Sérullas, le retirer de l'émétique ou du beurre d'antimoine. On peut, suivant la méthode de H. Artus, de M. Wittstein, chauffer au rouge un mélange de poudre d'Algaroth (5 parties), de carbonate de soude (4 parties) et de charbon (i partie).

Le biantimoniate de potasse , ou antimoine diapfiorétique lavé des pharmacies, est une substance blanche, pulvérulente, friable, insoluble, peusapide; il est ordinairement entrochisques. Cest le produit de la réaction du nitre sur l'antimoine, lavé à L'eau froide, puis à l'eau bouillante. Le même produit non lavé s'appelle antimoine diaphorétique non lavé, il est en masse granulée, d'un blanc grisâtre. Cette substance doit être conservée dans des lieux frais, et dans des flacons noircis et bien bouchés.

Usages. — Ainsi que son nom l'indique, l'antimoine diaphorétique est employé en médecine comme sudorifique; dans les arts, on s'en sert pour la peinture sur porcelaine-

Altérations. — Si l'on a employé du nitre impur pour la préparation de l'antimoine diaphorétique, ce dernier peut contenir du chorurede sodium ou de potassium; du fer, du manganèse ou du mispickel (arsenio-sulfure de fer) ; si Ton a employé de. l'antimoine impur. Dans le premier cas, il se forme du chlorure d'antimoine, qui au moyen du lavage précipite de l'oxychlorure d'antimoine. Dans le second cas, l'antimoine diaphorétique est plus ou moins jaune grisâtre. Falsifications. — Dans le commerce, on fraude quelquefois l'antimoniate de potasse avec le carbonate (1) ou le phosphate de chaux, avec la céruse. Cette substance falsifiée, traitée par l'acide nitrique faible, fera effervescence ; la liqueur acide donnera un précipité blanc avec l'oxalate d'ammoniaque, s'il

(1) M. Mialhe a trouvé du biantimoniate de potasse qui contenait 50 p. 0/0 de carbonate de chaux.

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y a du carbonate de chaux dans l'antiraoniate ; un précipité blanc gélatineux de phosphate calcaire avec l'ammoniaque, dans le cas de la présence de ce sel ; un précipité blanc avec le sulfate de soude, noir avec l'hydrogène sulfuré, s'il y a du carbonate de plomb (ce ruse)» dans l'antimoniate soumis à Fessai.

Il existe un genre d'industrie dont les produits, d'un usage limité à certaines professions, ne se renouvellent pas trèssouvent, mais sont sujets néanmoins à des altérations, des vices inhérents à la grande concurrence que se font entre elles les personnes qui l'exercent : nous voulons parler de la construction des aréomètres ou pèse-liqueurs. Ce sont, comme Ton sait, de petits instruments de verre destinés à indiquer la densité relative des liquides dans lesquels on les plonge. Ils sontcomposés : 1° d'une tige servant d'échelle de graduation.; 2° d'une boule ou d'un cylindre, réservoir d'air, faisant fonction de flotteur y son volume total devant toujours être en rapport avec la tige, suivant l'étendue qu'on doit donner à l'échelle j 3° d'une autre petite boule ou ampoule servant à renfermer un lest de plomb en grenailles ou de mercure, forçant l'instrument de s'enfoncer dans le liquide, en conservant sa position verticale. La tige doit être aussi bien calibrée et l'instrument aussi bien centré que possible ; c'est-à-dire, que toutes ses parties doivent, autant que faire se pourra, être également placées sur tous les points de son axe.

En songeant à tous les soins minutieux qu'il est nécessaire d'apporter à la construction des aréomètres, on voit qu'il est impossible que ces instruments livrés pour la province e^ les colonies, à raison de 4 fr. (et même moins) la douzaine, offrent la moindre exactitude, quand une journée ne peut suffire à la construction soignée de douze aréomètres. Aussi lorsque les instruments sont inexacts, ils ne portent jamais le nom du constructeur, ils sont ordinairement vendus sans nom d'auteur, ou s'ils en portent un, ce n'est pas celui du fabricant, mais bien celui du vendeur ou de l'opticien, précédé du mot par. 11 est facile de comprendre que le constructeur qui

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livre ces aréomètres, sachant que son nom ne doit pas y être attaché, soit peu soucieux de tour exactitude elles fabrique à la pacotille : dès lors» si dans le nombre il s'en trouve tu» qui sok exact, c'est plutôt l'effet du hasard que de sa Volonté (4). Nous pensons que les aréomètres servant dans le commerce de véritable balance, ne devraient pas être mis en circulation sans le contrôle de l'administration des poids et mesures. A

(t) A ce sujet, une personne compétente nous citait les faits suivants: Un jour elle exprimait à un constructeur son étonnement du prix auquel il vendait ses pèse-liqueurs communs, toujours décorés d'une • échelle bien gravée et imprimée en taille douce, mais sans noms, livrés a raison de 20 à 24 fr. la grosse (les 12 douzaines), prix dont il fallait retrancher un déboursé de 6 francs au moins, ce qui revenait à 18 fr., soit 1 fr. 50 c. la douzaine ou 12 centimes et demi la pièce. Voici ce que le constructeur lui répondit: « Je préfère construire ces pèse-liqueurs à » tous autres, parce que, je suis très-habile à souffler le verre, et que >» d'ailleurs on n'est pas exigeant sous le rapport de la forme et des pro- » portions ; tout passe. Quant aux 2 ou 3 points pour la graduation de » l'échelle, je n'en prends pas ; la grande habitude que j'ai de les cons- » traire, me fait juger à peu près de l'étendue de leur échelle, j'y adapte » un papier d'après cette prévision. Eh! ma foi, ils paraissent être jus- » tes, du moins à 22°, c'est tout ce qu'il faut. Voua voyei, ajouta-t-il, que » je gagne beaucoup de temps et beaucoup plus d'argent que ceux qui » ne font pas usage de mon moyeu, je puis donc les donner à ce prix. » —Oui, lui répondit la personne, mais ceux qui se servent de ces instru- » ments sont trompés, puisqu'ils n'offrent que de fausses évaluations. » —Ma foi ! qu'est-ce que cela me fait? puisqu'ils veulent avoir des pèse- » liqueurs à bon marché, je leur en donne et m'inquiète fort peu du » reste. »

Autre fait : un marchand faïencier disait un jour à un fabricant qui lui proposait des aréomètres à un prix plus élevé : « Je viens d'acheter devœ > grosses d'alcoomètres à si bas compte que je serais honteux de vous » faire connaître le prix auquel je les ai payés. Le vendeur part pour la » Belgique et voulait s'en défaire à tout prix, j'ai profité de la circon- » stance ; il demeure à tel endroit.» Par la désignation de la demeure, on reconnut que ce vendeur était le môme personnage interpellé plus haut; son prétendu départ pour la Belgique n'était qu'une feinte à l'aide de laquelle il avait cru pousser le marchand faïencier à lui acheter sa masse d'alcoomètres.

D'autres fois, des ouvriers ajustent des échelles de pèse-sirops et de pèse-acides concentrée, dans de l'eau qui est le zéro de l'échelle, sans s'inquiéter si ensuite ces instruments seront justes à 30, 40 ou 66», parce que, disent-ils, l'acide sulfurique est trop dangereux à manier, et qu'il est plus facile de procéder avec l'eau.

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