‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, avee l'indication des moyens de les reconnaìtre (volume 2)Chapitre 59 sur 192 · BLEU DE PRUSSE · texte numérisé non relu

BLEU DE PRUSSE

cyanate de fer, de cyanoferrate ferrique, cyanure ferroso-ferrique, ferrocyanure ferrique, cyanure double de fer hydraté, ferrocyanide de fer, a été découvert, en 1710, par un fabricant de Berlin, nommé Diesbach. Ce composé, à l'état pulvérulent, est d'un bleu foncé et velouté; en masses compactes, il a un reflet rouge foncé cuivré. Il est insipide, inodore, insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, les acides étendus. Chauffé en vases clos, il abandonne de l'eau, du cyanhydrate et du carbonate d'ammoniaque et laisse pour résidu un carbure de fer. Il s'allume à l'air par le contact d'un corps en ignition et continue à brûler comme de l'amadou en se transformant en sesquioxyde de fer.

Usages. — Le bleu de Prusse a été conseillé, en médecine, contre les névroses et employé comme fébrifuge. Hais il sert surtout dans la teinture et la peinture ; et dans les laboratoires à la préparation du cyanure de mercure.

Falsifications. — Le bleu de Prusse du commerce contient très-souvent une certaine quantité de matières étrangères, Y alumine, Y amidon, le carbonate et le sulfate de chaux, qu'on ajoute pour augmenter son poids. """

La proportion d'alumine sera déterminée en calcinant un poids connu de bleu de Prusse et traitant le résidu par deux fois son poids de potasse caustique dans un creuset d'argent. On forme ainsi un aluminate de potasse, soluble dans l'eau, duquel on peut précipiter l'alumine en saturant la liqueur alcaline par un acide et versant de l'ammoniaque ; le précipité d'alumine calciné avec du nitrate de cobalt prendra la couleur bleue caractéristique, découverte par Gahn.

En faisant bouillir le bleu de Prusse avec de l'eau, la liqueur filtrée se colorera en bleu par l'eau iodée, s'il y a de l'amidon. Celui-ci peut être enlevé par la digestion avec de l'acide sulfurique étendu, sans que la couleur bleue soit détruite. Le carbonate de chaux dans le bleu de Prusse se reconnaîtra à l'effervescence produite par ce dernier mis en contact avec un acide ; de plus , on aura une dissolution qui précipitera en blanc par l'oxalate d'ammoniaque. En faisant bouillir le bleu de Prusse avec de l'eau, le liquide filtré, si ce bleu contient du sulfate de chaux, donnera un précipité blanc

avec le chlorure de baryum, l'oxalate d'ammoniaque. D'ailleurs, pour découvrir dans un bleu de Prusse la présence de sels calcaires, on pourra $ussi avoir recours à l'incinération ; les cendres bruniront le papier de curcuma humide, par l'action delà chaux provenant de la décomposition du carbonate. En outre, les cendres traitées par l'eau bouillante donneront un liquide qui précipitera en blanc par le chlorure de baryum et l'oxalate d'ammoniaque.

Pour déterminer la richesse de la nuance et se fixer sur la valeur d'échantillons donnés de bleu de Prusse, on les broie à l'huile avec la céruse, et on en étend une certaine quantité sur le carreau d'une fenêtre; la céruse diminue l'intensité de la couleur et permet de juger la quantité qu'il faut ajouter pour arriver à la nuance primitive ; on peut, de cette manière, établir une relation entre chaque numéro d'échantillon. Cette opération exige 'de l'habitude.

Ce bois, auquel on a attribué une grande vertu pour la guérison des maladies de reins, est maintenant peu employé; il vient delà Nouvelle-Espagne.

Suivant MM. Bussy et Boutrtm-Ckarlard, il est, la plupart du temps, mélangé ou totalement remplacé par le bois de gaiac avec lequel il a beaucoup de rapport.

Cette fraude pourra se reconnaître en ce que l'infusum aqueux de bois néphrétique est jaune par transmission et bleu par réflexion.

On connaît/sous le nom de bonbons, les sucreries et pastillages fabriqués par les confiseurs, dont beaucoup de personnes, principalement les femmes et les enfants, font une trèsgrande consommation.

Notre but n'est pas ici de traiter de l'art du confiseur qui, depuis le commencement de ce siècle, a pris une si grande extension, tant par l'importance des affaires que par la perfection avec laquelle on est parvenu à reproduire* les fleurs,

les fruits, les objets divers d'ornement et de curiosité. Nous ne traiterons ici que des bonbons et sucreries coloriées de teintes diverses, pour lesquels on ne fiait que trop souvent usage de substances vénéneuses, malgré les règlements de police, particulièrement l'ordonnance du mois de septembre 1841, dans laquelle on a indiqué les substances colorantes prohibées et celles que peuvent employer les confiseurs pour colorier les bonbons, pastillages, dragées, etc.

Les, substances prohibées sont : toutes les substances minérales, le bleu de Prusse et le bleu d'outremer exceptés; ces substances sont particulièrement :

Le jaune de chrùme ou ckromate de plomb.;

Le minium, le massicot, la litharge ;

Le sulfure rouge de mercure ou vermillon (1) ;

Les verts de Schèele, de Schweinfurt (arsénites de cuivre) ;

Le blanc de plomb ou céruse, ou blanc d'argent ;

Làgomme-gutte:

Les cendres bleues (carbonate de cuivre) ;

Le bleu d'azur ou bleu de cobalt ;

Les sulfures d'arsenic (orpin ou orpiment, réalgar);

Le vert-de-gris (sous-acétate de cuivre);

Toutes les feuilles ou substances métalliques divisées autres que l'or et l'argent fins; le cuivre, le bronze en poudre, les alliages de cuivre et de zinc sont donc proscrits.

L'emploi de substances toxiques pour colorier les sucreries a été non-seulement signalé en France {Paris, Besançon, Bordeaux), où il a éveillé l'attention de l'autorité, mais aussi en Angleterre, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, où, suivant Berner, on a en outre fait usage de quelques plantes toxiques telles que l'aconit napel, le delphinium consolida, qui fournissent des matières colorantes. Il est donô indispensable d'indiquer les réactions chimiques à l'aide desquelles on peut reconnaître quand on a employé l'une des substances ci-dessus désignées.

Toutes ces substances, excepté la gomme-gutte, sont insolubles dans l'eau, on peut les isoler en faisant macérer une

(1 ) On s'en est longtemps servi pour colorier des pralines.

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certaine quantité de bonbons dans l'eau distillée froide, où ils se dissolvent, ainsi que les matières sucrées qui en forment la base ; on peut aussi frotter la surface du bonbon avec un petit pinceau pour en détacher la matière colorante ; on laisse déposer cette solution, et on en retire les substances insolubles, mêlées des fécules ei des laques végétales colorées qu'on a pu employer concurremment avec les matières minérales, pour les faire dessécher à une faible chaleur après les avoir bien lavées ; ensuite on passe à l'examen chimique de chacune d'elles.

Les oxydes ou sels de plomb se reconnaîtront aux caractères suivants : calcinés avec du charbon, ils fourniront du plomb métallique ; traités par l'acide nitrique, ils donneront une liqueur qui précipitera en blanc par le sulfate de soude; en jaune par l'iodurede potassium; en noir par l'hydrogène sulfuré.

Le chromate de plomb servant à colorer en jaune se distinguera en ce que, fondu au chalumeau avec* du borax, il donnera un verre coloré en vert émeraude ; mis avec du nitrate de potasse dans un creuset, il fournira un chromate de potasse donnant une solution jaune avec l'eau et prenant par l'addition d'un peu d'acide chlorhydrique une teinte verte due à la formation du chlorure de chrome. Cette solution de chromate de potasse prend une teinte orange par l'acide nitrique, et précipite en rouge les solutions de protonitrate de mercure, de nitrate d'argent ; en jaune, les solutions d'acétate ou de nitrate de plomb. On peut aussi faire bouillir le chromate de plomb avec du carbonate de potasse ; il se formera du chromate de potasse et du carbonate de plomb qui se précipite ; le précipité recueilli et traité par l'acide nitrique donnera, avec effervescence, une solution qui présentera les réactions propres aux sels de plomb.

Les sulfures d'arsenic, arsénites de cuivre, ou autres composés arsenicaux, projetés sur des charbons incandescents, répandent une odeur d'ail ; le sulfure brûlera, en outre, avec une flamme bleue et exhalera une odeur d'acide sulfureux; mélangés avec du flux noir dans un tube et soumis à l'action de la chaleur, ils donnent un sublimé d'arsenic mé-

tallique, si le tube est bouché à une extrémité, ou d'acide arsénieux (arsenic blanc), si le tube est ouvert aux deux extrémités. Les arsénites ou arséniates introduits dans un appareil de Marsh, donneront des anneaux et des taches arsenicales.

Les sels et oxydes de cuivre, traités par l'ammoniaque, sont dissous et fournissent une liqueur d'un beau bleu. Traités par l'acide nitrique, ils donnent une liqueur bleuâtre précipitant en brun-chocolat par le cyanure jaune.

Le bleu d'azur donne au chalumeau avec le borax un verre d'un beau bleu.

Le sulfure de mercure soumis à la chaleur dans un tube fermé se volatilise ; chauffé avec un peu de fer ou de chaux, il se transforme en mercure et en gaz sulfureux d'une odeur caractéristique. Jeté sur des charbons rouges, il brûle avec une flamme bleue et répand une odeur d'acide sulfureux (/ V deur d'allumette qui brûle). Le vermillon donne avec l'eau régale une dissolution présentant les caractères des sels mercuriels au maximum : précipité jaune avec la potasse, jaune foncé avec Feau de chaux, blanc avec l'ammoniaque ; précipité d'un beau rouge avec l'iodure de potassium, noir avec l'hydrosulfate d'ammoniaque ; une lame de cuivre bien décapée, plongée dans cette dissolution, se recouvrira d'une couche blanche et brillante de mercure métallique.

La gomme-gutte se reconnaîtra aux caractères suivants ; après le traitement aqueux des bonbons, on a une émulsion de couleur jaune ; évaporée jusqu'à siccité, et traitée par l'alcool rectifié, elle donne une solution alcoolique qui précipite en jaune vif par l'eau ; additionnée de quelques gouttes d'ammoniaque, elle prend une coloration rouge <Jui disparaît par une petite quantité d'acide nitrique : le liquide est alors coloré en jaune sale.

Les bonbons enjolivés avec des feuilles métalliques de bronze, de cuivre, de chrysocale, etc., se reconnaîtront en les touchant avec un bouchon imprégné d'acide nitrique, on aura une tache bleuâtre de nitrate de cuivre.

On a aussi trouvé, dans le commerce, sous les noms de poudre de talc et d'oxyde d'or, de poudre végétale, des compo-

ses formés, eu grande partie, de cuivre et qui étaient destinés à enjoliver des bonbons ; il a été aussi vendu pour de lWre~ mer artificiel, couleur bleue inoffensive , un mélange toxique formé de 60 % d'outre-mer et de 40 °/o de cendres bleues (carbonate de cuivre).

Malheureusement, les peines infligées aux confiseurs coupables de ces dangereuses colorations, ne sont pas assez fortes pour les empêcher de recommencer leur criminel trafic, au détriment de la santé publique. Ainsi, à Bordeaux, les détenteurs de bonbons recouverts de bronze furent condamnés par le tribunal de simple police à une amende de deux francs! le motif du jugement fut : pour avoir exposé des bonbons insalubres. À Besançon, un confiseur reconnu coupable de s'être servi de substances minérales' pour colorier en vert et en bleu des pastilles qui avaient mis en danger l'existence de plusieurs enfants, n'a été condamné par le tribunal correctionnel qu'à une amende de six francs!

A Bruxelles, un confiseur, le nommé Van Labbecke, a été condamné à seize francs d'amende et à six jours de prisonpour avoir colorié desbonbontfavec duchromatede plomb, etc.,etc.

Ces peines minimes ne peuvent évidemment arrêter les fraudeurs amplement dédommagés par les gros bénéfices qu'ils peuvent réaliser, tant qu'ils ne sont point découverts.

Si l'on doit défendre formellement l'emploi de substances dangereuses pour colorier les bonbons, il serait tout à fait arbitraire d'interdire, comme on l'a fait à Zurich, la coloration de ces produits par des couleurs salubres; aussi l'autorité, en France, a-t-elle indiqué les substances colorantes que les confiseurs peuvent employer, ce sont :

Couleurs bleues. — Indigo, bleu de Prusse ou de Berlin, outremer artificiel.

Couleurs rouges. — Cochenille, carmin, laque carminée, laque de Brésil.

Couleurs jaunes. — Safran, graine d'Avignon, graine de Perse, queixitron, fustet, et les laques alumineuses de ces substances.

Couleurs composées. — Le vert peut se produire avec le mélange du bleu et des diverses couleurs jaunes ; l'un des plus

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