SÉNÉ
Comme le semen-contra perd une grande partie de sa couleur Terte, et acquiert une teinte rougeâtre en vieillissant, les droguistes sont dans Tusage de le teindre avec un mélange de curcuma et ùl indigo.
Quelques personnes ont indiqué la falsification du semencontra par la œralline pulvérisée^ et ont avancé qu'on lui communiquait une belle couleur verte en le mouillant avec Falcool.
Sous ce nom on comprend les feuilles, les fruits ou les follicules des divers végétaux appartenant à la famille des légumineuses et du genre cassia , connus sous les noms de cussia obovatûy cassia ovata on œthiopicay cassia acutifolia, cassia tanceoiata , cassia elongata. Ces plantes croissent principalement aux Indes orientales , dans la Syrie, F Arabie, l'Egypte, l'Abyssinie, les contrées septentrionales de l'Afrique ; en Espagne, en Italie et dans quelques îles de l'Amérique .
Le cassia obovata est Tespèce connue de la plupart des botanistes sous le nom de cassia senna (^) , connue aussi sous les noms de séné du Said, séné des pauvres j séné de Barbarie, sénédAlep , séné d' Italie ^ séné d'Espagne^ séné de la Thébatde, séné de Tripoli ^ séné du Sénégal. Elle a reçu le nom de cassia obovata, à cause de la forme obtuse et ovale renversée de ses feuilles, contrastant avec la forme lancéolée, aiguë, de celles du cassia acutifolia. Outre ce caractère bien tranché, les feuilles du cassia obovata sont longues d'environ 0»,027, larges de 0'",011 à 0",016 , glabres, d'une couleur vert jaunâtre ,"et terminées par une petite pointe courte au sommet. Quelquefois la base du pétiole est munie de deux stipules subulées, persistantes et entières. La saveur de ces feuilles est amère et nauséeuse, leur odeur forte et sui generis. Les folli • cules de cette espèce sont plats, minces, longs de 0"*,027 à 0'",034, larges de 0'»,011, à 0",013, arqués en rein, ayant une sorte d'aile sur le dos. Au milieu de leur surface et au-
(<) Senna vient, suivant quelques auieurs, de sanare, guérir, et, suivint d*autre8, de Sennaar, nom de Tun des pays où Ton récolte le séné.
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dessus, on remarque une ligne noirfttre, visible des deux côtés, qui correspond aux semences : sur chacune de celles-ci il y a une fissure transversale; les semences sont noires, en cœur allongé , avec une pointe sur laquelle on voit une saillie en couture, et une dépression qui la coupe en croix.
Le cassia acutifolia (*) , qui porte également les noms de feuilles orientales y séné d'Alexandrie, séné de Bucharie, séné de la ferme, séné pâlie ou de la Palthe, séné de Nubie, offre des feuilles entières, ovales , lancéolées , aiguës, pubescentes en dessus, un peu glabres en dessous , à nervures alternes, d'une couleur vert jaunâtre ; les follicules sont de la longueur de ceux du cassia obovata , mais non recourbés en rein , minces , ovales et larges ; les semences sont blanchâtres et sans fissure sur la ligne mitoyenne, qui indique la position qu'elles occupent.
Le cassia lanceolata , qui paraît fournir les sénés connus sous les dénominations de séné de la Mecque, séné Moka, forme une espèce ne différant de la précédente que par ses feuilles plus étroites, subulées, non pubescentes, et ses pétioles glanduleux. Ses follicules ne sont pas connus dans le commerce.
Le cassia elongata, qui fournit le séné de flnde, le séné de la pique, a des folioles allongées, linéaires lancéolées, et dont quelques-unes ont jusqu'à 0",050 de long sur 0",007 à 0'",01 1 de large ; elles ont une odeur forte et nauséabonde ; elles sont d'un vert jaunâtre, terne, un peu glauque; fragiles, minces ; leur saveur est herbacée, fade et un peu amère; elles colorent la saUve en vert jaunâtre. Les follicules sont minces, glabres, luisants, un peu arqués, vertolive sur les bords, noirâtres au centre, au-dessus duquel s'élèvent des impressions qui indiquent remplacement des semences : celles-ci, au nombre de 5 à 7 au cœur, sont chagrinées et comme réticulées; les nervures sont anastomosées, plus épaisses vers les sutures que vers le milieu; la surface est piquetée de points blanchâtres ; le sommet est arrondi. La longueur de ces follicules est de 0",040 à 0»,054, et leur largeur de 0",016 à 0",020. Ils ont une odeur un peu plus faible que celle des folioles; une saveur nauséeuse, fort
(*) Sorte la plus estimée.
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dé3agréabl9y détermiiMiit dans la bouch» une «eaaatm de chaleur, sans amertume. Us colorent fortement la salive en jaune brun.
Le cassia ovata, qui, ainsi que le cassia obovata, fournit le séné dit de Tripoli^ se compose de petites feuilles exactement ovales, aiguës au sommet, légèrement pubescentesen dessous, au moins au voisinage de la côte moyenne ; elles sont fragiles, d'un vert pâle, et le plus souvent brisées. Les follicules sont minces, d'un jaune pâle, ovales, d'un tiers plus petits que ceuK du cassia obovata, et non arqués comme eux ; ils contiennent quelques semences cordiformes, blanchâtres, qui ne laissent qu'une trace peu marquée sur le milieu des gousses» et sans fissure au-dessus.
D'après l'analyse de MM. Lassaigne et Feneulle^ les feuilles du séné seraient composées de : calhartine (matière purgative du séné), chlorophylle^ huile volatile peu abondante^ matière colorante jaune n matière muqueuse, albumine^ acide malique, quelques sels.
Les follicules contiennent moins de cathartine et beaucoup plus de mucilage.
Usages. — Le séné est un médicament qui parait avoir été introduit par les Arabes dans la matière médicale. C'est un purgatif très-énergique et très-employé ; mais il a une saveur amère et désagréable, et il donne souvent des coliques. La décoction lui faisant perdre de ses propriétés, c'est sous forme d'infusé qu'on l'administre, soit en potions, soit en la* vements. On Tassocie souvent à des purgatifs minoratifs. On en prépare une poudre, un extrait, une teinture.
Falsifications ('). — Dans le commerce, on est dans l'usage de débiter, sous le nom de séné de la Pallhe, un produit résultant du mélange des folioles des cassia acutifoUa et obovata et des feuilles du cynanchum arguel, dans les proportions de 5 du premier, 3 du second et 2 du dernier. Le mélange se présente à l'œil sous Taspect de folioles plus ou moins brisées, d'un vert jaunâtre. La présence des feuilles de Targuel dans le séné est une falsification qui a presque passé
(*) La douane des Etats-Unis a confisqué, en une seule année, SOOO livres de feuilles de séné, altérées ou sophistiquées.
«B hftbîtadei*). Q&aDl à bous, nous ptiwcHifl quil emnii bn qu'il n'en f&i pas ainsi. Il serait, du reste> faeile d'enlever les feuilles d^argoel, car elles sont très-différentes de celles du séné. Les feuilles de Targuel sont opposées» fermes, simples, sessiles, un peu glauques, lancéolées, entières, légères, vivement chagrinées sur les deux surfaces, surtout inférieurement où elles sont pubescentes^ avec une ligne médiane pre» noncée, mais sans nervures transversales bien apparentes comme dans tous les sénés. Los feuilles ont une saveur amèie plus prononcée que celles du séné^ avec im arrière-goût su-
(') En octobre f 82S, M. le préfet du Nord recul une lettre de M. le maire de Tourcoing, dans laquelle ce fonciionnaira faisait connaître à Tautorilé supérieure plusieurs empoisonnements causés par un séné acheté chez les épiciers de la ville. Le préfet flt aussitôt droit k la demande du maire, et une Commission d*examen fut envoyée sur les lieux, ▼olcl on extrait da rapport fait par M. Fée, au nom de cette Commission:
« Nous trouvâmes du séné chez tous les épiciers ; car la loi qui leur « interdit la vente des drogues simples au détail, leur permettant d^en « vendre au demi-gros^ tous peuvent facilement éluder les dispositions t de Tordonnance de police du 18 pluviôse an IX, et celles de la loi du c 81 germinal an XI. Ainsi devient nulle et insuffisante la prévision du
< législateur, et Ton voit quels sont les tristes résultats de ces mesures «( incomplètes, qui, tenant lieu de bonnes lois, empêchent de voir les tf lacunes qui existent dans notre législation midico^harmaceutique, y>
Le Jury médical constata que plusieurs empoisonnements avaient eu lieu dans cette vUie» onls heoreiiseiiieftt aneuB n^avaii eu de suites mortelles.
« Il fut facile de reconnaître, dans les sénés mélangés, des feuilles « de cynanque arguel et des feuilles de redoul (cortaria myrtifolia),
< tantôt offrant une quantité d'arguet, hors de toute proportion avec <c celle qu*on trouve communément dans les sénés, et qui, dans le séné c de la Palihe, n'excède jamais un dixième; tantôt présentant du rea doul en quantité variable de S à 15 et même à 85 Vo* Ces sénés a étaient plus brisés que ne le sont communément les sénés du com- « men», et paraissaient intermédiaires entre ceux de bonne qualité et « le grabeau : autrement, la fraude eût été trop facilement reconnue, c ce qui ne ferait pas le compte des falslQcateurs. Néanmoins, ils né- « gligent parfois celte précaution. »
Les sénés saisis avaient été achetés à Lille, ce qui nécessita une visite, dans cette ville, tant chez les pharmaciens que chez les épiciers. Les premiers ne fourniront que des sénés de bonne qualité; les seconds préientaient des sénés contenant an delà de 80 % de feuilles d'argnel
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cré ; leur odeur est nauséeuse. Elles sont plus purgatives que celles qui composent le séné, et c'est à leur présence dans ce médicament qu'il fout certainement attribuer les coliques et autres accidents auiquels il donne souvent lieu.
On mêle aussi quelquefois au séné les feuilles du redùul (coriaria myrtifoHa) (^), arbrisseau qui croit en Provence et en Languedoc, dont les feuilles sont fort astringentes, vénéneuses, et qui, prises intérieurement, déterminent souvent les accidents les plus funestes. Les feuilles du redoul sont ovales, lancéolées, glabres, très-entières, larges de 0"',007 à 0»,027, longues de 0«,020 à 0-,054 : elles offrent, outre la nervure du milieu, deux autres nervures très-saillantes qui partent, comme la première, du pétiole, s'écartent et se courbent vers le bord de la feuille, et se prolongent jusqu'à la pointe. Dans les plus grandes feuilles, on observe quelques autres nervures transversales qui joignent ces trois premières; mais dans les plus petites, qui peuvent seules être confondues avec le séné, on n'aperçoit que les trois nervures principales, et ce caractère suffit pour les distinguer. D'ailleurs » ces feuilles sont plus épaisses que celles du séné, un peu chagrinées à la surface, non blanchâtres comme Targuel, douées d'une saveur astringente non mucilagineuse, et d'une odeur assez marquée et un peu nauséeuse.
Le séné renferme aussi très-souvent, sous le nom de grabeaux, les débris de feuilles de substances végétales diverses, dont il serait difficile de déterminer la nature et le caractère, et que l'on devrait rejeter, comme ne pouvant occasionner que les résultats les plus déplorables (*).
(^) C'est la falsification du séné, à la fois la plus ordinaire «l la plus dangereuse. En 1847, M. ilfeurifi, de Lille, reçut, sous le nom de séné d» la PaUhe, du séné contenant an moins 75 Vo de redoid!
(*) En 1895, M. DuUanc jeune, pharmacien de Paris, rapporta le fait suivant : « Un malade, auquel on avait prescrit une tisane purgative. « acheta chez un droguiste 15 gr. de séné connu sons le nom de gra- « beau, La tisaue ordonnée fut préparée et prise par le malade, qui « éprouva presque aussitôt tous les symptômes d'un empoisonnement, « lesquels, très-heureusement, n'eureut pas une longue durée. Ces ac- « cidents ayant été attribués à une nuiuvaise disposition du malade, il c reprit^ le lendemain, la même dose de tisane, et les symptômes d'in- < toxication reparurent plus violents que la yeiHe. Alors le malade,