POUR LA CONSTATATION DES FRAUDES COMMISES SUR LE CAFÉ-CHICORÉE
Paris, le S5 juillet 1953.
Monsieur le préfet, Tattention de Tadministration a été appelée sur les abus auxquels donne lieu la vente du café-chicorée. Cette substance alimentaire est souvent Tobjet d^une fraude considérable, qui s^exerce au préjudice du consommateur, et qui se pratique principalement dans la fabrication.
La fraude consiste dans Taddition à la racine de chicorée de certaines matières étrangères, telles que terre, ocre rouge, rouge de Prusse, noir animal, dont la |ft*oportion s'élève quelquefois jusqu^à 30 et AO ^/o du poids total de la matière vendue.
Jje Comité d^bygiène publique institué près de mon département a pensé que ces mélanges peuvent n'être pas sans danger pour le consommateur. Ils constituent, en tout cas, le délit de fraude et tromperie sur la nature de la marchandise vendue.
Je crois devoir, en conséquence, vous inviter, monsieur le préfet, à recommander au jury médical ou à TEcole de pharmacie de votre département de s'appliquer à reconnaître et à constater dorénavant les fraudes de cette nature, lors des inspections annuelles des pharmacies et des magasins dans lesquels se vend le café-chicorée.
Il serait aussi très-important de faire opérer des vérifications chez les détaillants, dans rintervalie des tournées annuelles des jurys médicaux, et de prescrire la visite des fabriques que les constatations de ces derniers ou d'autres renseignements signaleraient à votre attention. Ces opérations seraient confiées à un expert délégué, que
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VOUS choisiriez parmi les pharmaciens ou chimistes de votre département, et qui devrait être accompagné d*UQ officier de police judiciaire.
Les diverses espèces de café-chicorée devront être soumises à un examen sérieux ; et quand il y aura doute sur la qualité de la marchandise, il sera procédé conformément à Pinstruction ci-jointe, qui indique, d'après Tavis du Comité d*hygiène publique, les moyens simples et d'une application facile qu'il convient d'employer pour en vérifier la pureté. Les produits falsifiés devront être saisis et mis sous scellé. 11 sera dressé procès-verbal de ces opérations par l'officier de police judiciaire, et les contrevenants seront déférés aux tribunaux, en exécution de la loi du 27 mars 1851.
Veuillez^ monsieur le préfet, tenir la main à l'accomplissemeal de ces mesures, qui intéressent tout à la fois la probité commerdaie et la santé des consommateurs. Je vous serai obligé de m'accuser réception de cette circulaire, et de me faire part des dispositions auxquelles elle aura donné lieu dans votre département.
Pour le ministre :
Le conseiller iPEtat, directeur général de PagriculUiTê
et du commerce^
Ueurtibe.
Manière de reconnaître si le café-chicorée est mélangé d'argik, (Tocre rouge ou d'autres matières terreuses.
Le procédé suivant est fondé sur l'incinération de la matière suspecte.
Lorsqu'on brûle une matière organique, de la racine de chicorée, par exemple, on obtient pour résidu de cette combustion une petite quantité d'une matière pulvérulente, qu'on désigne sous le nom de cendres ; le poids et la nature de ce résidu varient suivant la substance brûlée. Lorsque le café-chicorée ne renferme que de la racine de chicorée pure et qu'il est convenablement fabriqué, il donne 5 7o euvirou d'une cendre qui est de couleur grisâtre. Si donc un échantillon essayé donne à rincinération plus de 5 •/o, cette augmentation devra être attribuée à la présence d'une matière étrangère à la racine de chicorée.
L'essai se fait de la manière suivante : Dans un creuset en terre, Ton introduit i 00 grammes de café-chicorée à essayer. Cette quantité devra remplir aux deux tiers le creuset; celui-ci sera placé dans un fourneau et entouré de charbons jusqu'à la partie supérieure. Lorsque
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la chaleur commencera à se propager dans la masse, bien avant qu'elle ait atteint la température rouge, la matière entrera en com« bustion en produisant une légère flamme. On aura soin de faciliter cette combustion, en divisant la masse au moyen d*une spatule en fer ; bientôt la flamme aura disparu et laissera un résidu noir, qu^il ne faudrait pas considérer comme étant de la cendre. Ce résidu renferme une grande quantité de charbon ; il faut Tincinérer complètement. Pour cela, on continue à chaufler le creuset, en ayant soin d'agiter, non pas constamment, mais de temps à autre, la matière, de manière à ne pas trop la refroidir, mais à brûler tout ce qu'elle peut contenir de charbon. Lorsque le résidu est réduit à Tétat d'une poudre légère, qu'on n'y aperçoit plus aucune portion noire, qu'étant retourné en différents sens dans le creuset chauffé au rouge naissant il ne présente plus aucun point en ignition, on retire le creuset du feu, on le laisse refroidir, on détache la cendre avec précaution, on la recueille sur un papier lisse, et on la pèse, en tenant compte du poids du papier, il serait mieux, si l'on avait une balance convenable à sa disposition, de peser le creuset refroidi avec la cendre, d'en retirer cette dernière et de peser le creuset vide. La différence entre les deux pesées fait connaître le poids de la cendre. Si l'on avait quelque incertitude sur l'exactitude de l'opération, il n'y aurait aucun inconvénient à remettre la cendre dans le creuset et à la soumettre à une nouvelle calcination au rouge naissant. Si l'opération a été bien faite, le poids de la cendre ne doit pas changer. Une opération dans les conditions que nous avons indiquées ne dure pas moins de deux heures. 11 faut avoir l'attention de ne pas chauffer trop fort, car alors la cendre, au lieu d'être pulvérulente, pourrait prendre une consistance pâteuse qui s'oppose à la combustion du charbon. Si Ton n'avait pas un creuset à sa disposition, on pourrait se servir de tout auUre vase de terre non vernissée, ayant une forme analogue. Une lame de couteau arrondie pourrait aussi remplacer la spatule dont nous avons parlé. Pour les personnes habituées aux recherches de cette nature, il suffira de prendre 20 grammes de matière, ou même une quantité moindre ; mais, dans ce cas, il faut avoir, pour peser le résidu, une balance plus sensible que celles dont on se sert pour les usages ordinaires. Si la cendre présente une couleur rouge^ analogue à celle de la brique, c'est une preuve qu'elle contient de l'oxyde de fer rouge» et que très-probablement on y a ajouté de l'ocre. Dans la pratique, et eu égard aux difficultés de la fabrication , on peut considérer comme suspect de fraude ou de mauvaise fabrication tout café- chicorée don« nant |)lus de 6 7o de cendres.
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