‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales (volume 5)Chapitre 22 sur 109 · NERPRUN · texte numérisé non relu

NERPRUN

bout de peu de temps» le résida devint noir, bouilkmna et fut rejeté hors du vaisseau qui le contenait.

LVH.

Les baies ou fruits du nerprun {rkamnus catharticus)^ appelé aussi épine de cerf, ôourguépine^ sont delà grosseur d'un pois, et d'une couleur rouge foncée noirâlre et même noire à leur maturité ; leur saveur est amère et sucrée, ils sont quelquefois comprimés par le trop de rapprochement qui résulte de leur grand nombre. Ces fruits contiennent 4 graines, rarement moins : lorsque Ton comprime Tune de ces baies entre les doigts, il en sort un suc pulpeux, d'une couleur pourpre noirâtre qui devient verte en se desséchant ; sa saveur est amère, nauséeuse. Les graines, de forme ovale et de la grosseur d'une forte semence d'anis, sont d'un brun noirâtre ; elles sont aplaties d'un côté, bossuées de l'autre, et se terminent en pointe.

Le suc des baies de nerprun contient : rhamnine (matière colorante); acide aeétique\ mucilage^ de nature particulière ; sucre ; matière azotée.

Usages. — Les baies de nerprun sont employées, en médecine, comme purgatives, sous forme d'extrait, de sirop, etc. La matière colorante est utilisée dans les arts : le vert de vessie^ employé en peinture, est préparé avec le suc de nerprun.

Falsipicàtiovs. — Les baies de nerprun sont mélangées ou même quelquefois totalement remplacées par des prunelles, des baies de troène, par celles de la bourdaine (rhamnus frangula).

La substitutioa des prunelles au nerprun peut avoir des nconvéflients plus ou moins graves, car ces fruits étant astringents, il en résulte qu'il donnent un sirop astringent, tandis que le sirop de nerprun est purgatif. Heureusement, cette tromperie serait assez facile à déceler, car les prunelles ne contiennent qu'un petit noyau, tandis que les baies de nerprun en ont quatre.

La pulpe de troène est sèche, dépourvue de suc, tandis que celle de nerprun est juteuse et succulente.

NITRATE d'argent. 81

H. Molyn^ qui a signalé la vente des baies de bourdaine pour celles de nerprun, a donné les caractères suivants pour les reconnaître : elles ont la grosseur d*un pois, sont noires à répoquede leur maturité ; lorsqu'on en ccHuprime une entre les doigts, il en sort un sua pulpeux, d une couleur pourpre noirfttre, et qui, par la dessiccation, ne verdit pas autant que le suc de nerprun ; sa saveur est douceâtre et styptique. Dans ce suc flottent .deux semences, très-raremeqt davantage, d*un blanc jaunâtre, de forme ronde, aplatie, et de la grosseur d'une lentille.

VXTHATS B'ABGSVT.

Le nitrate ou azotate d'argent^ appelé autrefois nitre lunaire^ niire d'argent^ cristaux de Ixme^ caustique lunaire, cristallise facilement en lames minces rectangulaires, transparentes, incolores et nacrées, ou en rhombes aplatis, solubles dans leur poids d'eau froide, bien plus solubles dans Teau bouillante, solubles dans r alcool bouillant*, mais la majeure partie du sel se précipite par le refroidissement^de la liqueur alcoolique.

Une solution aqueuse concentrée laisse volatiliser un peu de sel d'argent par rébullition.

Ce nitrate cristallisé est acide^ il rougit fortement le tournesol ; sa saveur est amère, acre, caustique et métallique ; il s'altère et noircit à la lumière (1) ; il est facilement décom^ posé par le contact des corps combustibles : mis en présence du soufre, du charbon, du phosphore, il détone par le choc. Humide ou en solution, il blanchit d'abord la peau, et lui fait prendre rapidement une teinte d'un violet noirâtre, qui ne disparaît qu'avec l'épiderme^ ou par l'application , sur la partie affectée, d'iodure de potassium en solution ou à l'état solide; il se forme alors un iodure d'argent irréductible par la lumière, et dont la teinte jaunâtre se confond avec celle des tissus.

L4Î nitrate d'argent fond sans se décomposer, et forme, en se refroidissant, une matière opaque, fibreuse et jaunâtre» à cassure cristalline rayonnée, qui, moulée en cylindres, dans

(1) D*aprè< M. Cwdiiir, U peot se décolorer àrombre, soos certaines coDdiUons.

88 NITRAT9 d'argent.

des lingotières de cuivre, ou de fer, légèrement échauffées, constitue I^l pierre infernale des pharmaciens; c'est le nitrate d'argent pur et neutre, qui n'a perdu par la fusion que le peu d^eau et d'acide en excès que le nitrate cristallisé retient interposés.

La pierre infernale est ordinairement noire : cette coloration a été attribuée par les uns k la présence d'une certaine quantité d'oxyde de cuivre contenue dans l'argent; par d'autres, à la réduction d'une partie de l'argent, soit par le fer des lingotières, soit par les corps gras (suif, huile), dont on enduit ordinairement la surface de ces dernières ; enfin, le plus grand nombre voient dans cette coloration l'effet immédiat de l'action réductrice de la lumière. Il est probable que ce phénomène de coloration résulte de l'effet combiné de la lumière et des matières organiques.

Les cylindres de pierre infernale sont enfermés dans des flacons avec des graines de lin ou de la semence de psyllium, destinés à empêcher qu'ils ne se brisent par le choc (i).

Usages. — Le nitrate d'argent est employé en médecine^ soit à l'intérieur, à l'état cristallisé ; soit à l'extérieur, à Tétat de pierre infernale, comme caustique et cathérétique, pour ronger les chairs baveuses et d'autres excroissances ; on l'a aussi employé, à des doses très-faibles , comme anti-épileptique. Ce sel, en solution, est d'un usage fréquent, dans les laboratoires, comme réactif de l'acide chlorhydrique, du chlore, des chlorures, des phosphates. En solution, dans la proportion de 9 «/•« il sert à teindre les cheveux sous les noms d'eau de Chine ou d'Egypte; on l'emploie avec avantage pour composer des encres à marquer le linge. En solution aqueuse plus ou moins étendue d'eau, M. Velpeau l'a employé dans le traitement de l'ophlhalmie chronique \ M. Bretonneau, de Tours, dans le traitement du croup.

ÀLTfiRATioifS. — Lorsque le nitrate d'argent a été préparé avec de l'argent non entièrement privé de cuivre, il donne un

(I) Ces graines font éprouyer une décomposition au nitrate, et se cou- ▼rent d*un enduit d'argent métallique et même de nitrate d'argent ; aussi ne doit-on pas se servir ultérieurement de la graine de lin qui a séjourné dans des flacons avec la pierre infernale ; elle peut donner lieu k des accidents. Nous en avons des exemples.

NITBATS b'aBGKNT. 83

%A cristallisé dooC la solution aqueuse est verte ou bleo^ verdfttre, si la proportion de nitrate de cui?re est asses forte. Dans tous lesca^ cette solution, colorée ou incolore, donnera avec le cyanure jaune, le précipité ou la coloration fleurs de pécher (à cause du cyanure d^argent blanc qui se précipite simultanément) caractéristique des sels de cuivre : Fammoniaque y produira une belle coloration bleue.

Le mtrate d'argent cristallisé, préparé avec de Targent allié ^e cuivre, peut être obtenu très-pur et incolore à l'aide de plusieurs cristallisations : le nitrate de cuivre, infiniment plus soluMe, reste dans les eaux-mères, ou bien on concasse légèrement les cristaux de nitrate, et on les lessive sur un entonnoir avec de Tacide nitrique à 35^ B«, afin de dissoudre le nitrate de cuivre de préférence à celui d'argedt ; on achève la purification de ce dernier par une dissolution et une cristallisation dans Teau; ou bien encore, par la fusion ignée, on décompose le nitrate de cuivre sans altérer le nitrate d'argent, puis on traite par Teau distillée. La liqueur débarrassée, par le filtre, du bioxyde de cuivre formé, est soumise à la cristalli- 45ation.

La pierre infernale préparée avec du nitrate d'argent cuivreux renferme ce dernier métal en partie à Vétat de bioxyde, et a une teinte d*un vert bleuâtre, si la proportion en est assez forte. La solution aqueuse de cette pierre infernale donnera avec Tammoniaque et avec le cyanure jaune les réactions caractéristiques des sels de cuivre ; elle laissera un résidu qui, séparé par filtration (i) ou mieux par décantation, et traité par Tacide nitrique, donnera avec les réactife précédents, les mêmes réactions que la solution aqueuse ; une lame de fer décapée, plongée dans le liquide, déterminera la précipitation de cuivre métallique.

FALsmcÀTioKS.— -Le nitrate d'argent cristallisé est rarement falsifié; il n'en est pas de même de la pierre infernale.

La fraude la plus fréquente consiste à introduire du nitrate

(1) La lUtration doit ôtre foite avec des papiers à filtre lavés, pou sus- C€plibl«8 de produire par les réactifs des précipités qu'on pourrait à tort attribuer au licpiide filtré. C'est ainsi qu'une dissolution de cyanure jaune, versée dans de Teau passée à travers le papier gris, y produit une couleur bleue verd&tre trè»-prononeée.

84 NITRATE d'aE6£NT.

de potasse dans le nitrate d'argeni au moment de le couler dans la lingotière; on le sophistique aussi avec de la plombagine^ au peroxyde de manganèse ^ de V ardoise pilée, de l'eau^ du nitrate de plomb et de Y oxyde de zinc {{).

La première falsification, très- importante à constater, pour le pharmacien, eu raison du prix élevé de la pierre in* ()&male et de la perte d'énergie que cette fraude lui fait éprouver, sera décelée en versant dans la solution aqueuse de la pieiire suspecte de Tacide chlorhydrique faible ou une solution de chlorhydrate d'ammoniaque qu'il faut éviter de mettre en excès (2) ; on filtrera, pour séparer le chlorure d'argent formé, et on évaporera à siccité.

Le nitrate ou le chlorhydrate d'ammoniaque ou l'excès d'acide chlorhydrique disparaîtront sous l'influence de la chaleur, et, par le refroidissement, on obtiendra pour résidu le nitrate de potasse ajouté, dont on pourra facilement vérifier les réactions caractéristiques. Le nitrate d'argent pur, dans les mêmes circonstances, ne laisse aucun résidu. Le poids de ce dernier représentera le sel frauduleusement ajouté, et, comme contre-épreuve, le poids du chlorure d*argent lavé et séché avec soin représentera celui du nitrate : sachant que 100 p. de nitrate d'argent pur doivent fournir 84 p., 5 de chlorure d'argent.

En dissolvant dans l'eau distillée le nitrate d'argent contenant de la plombagine, du peroxyde de manganèse; de l'ardoise pilée, de l'oxyde de zinc , ces corps, par leur insolubilité dans ce liquide, se précipiteront au fond du verre dans lequel on aura fait l'expérience. Le plomb se reconnaîtra par les chlorures alcalins, qui formeront un précipité blanc de chlorure d'argent et de chlorure de plomb. Par un excès d'ammoniaque, le chlorure d'argent seul sera dissous. A l'aide

(1) Un pharmacien de Giessen (Hesse^Darinstadt) a trouvé de la pierre infernale falsifiée, qui contenait 1 p. de nitrate de plomb et d*ozyde de xinc pour 9 p. de nitrate d'argent.

(2) U ne fout pas employer ici le chlorure de sodium ou de potassium comme liquide précipitant. En effet, rezcès de ce chlorure alcalin et le nitrate de soude résultant de la double décomposition des deux' sels, resteraieat pour résidu, alors même que le nitrate d*argent serait par.

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