‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 146 sur 266 · DIEU QUI ÔTE LE PÉCHÉ DU MONDE, POUR LA VIE ET · texte numérisé non relu

DIEU QUI ÔTE LE PÉCHÉ DU MONDE, POUR LA VIE ET

LE SALUT DU MONDE ! Alors il toume le pain de l'autre côté qui a une croix au-dessus ; et le diacre dit : percez, seigneur ! Le prêtre le perçant du côté droit avec la sainte lance, dit :

ET UN DES soldats OUVRIT SON CÔTÉ AVEC SA

lance ; et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. >

LANGUES LITUUGIQUES. — En quelles langues la liturgie fut-elle célébrée aux temps apostoliques, et aux siècles suivants? Dans les langues qui étaient vulgaires à cette époque chez chacun des peuples auxquels l'Évangile fut annoncé. Ainsi on regarde comme certain que les apôtres et leurs premiers successeurs célébrèrent en langue cbaldalque ou syriaque à Jérusalem, et en plusieurs autres lieux ; en grec à Antioche, à Alexandrie et dans d'autres villes de langue grecque; en latin dans les contrées de l'Occident où la langue latine était vulgaire. Qu'il en ait été de même pour les langues des autres pays, c'est ce qu'établit avec évidence ce passage d^Origène contre Gelse (L. viu) : « Les Grecs se servent de mots grecs, les Romains de mots romains, et tous les autres peuples prient et louent Dieu chacun dans sa langue... Dieu étant le maître de toutes les langues, exauce ceux qui le prient en tant de langues diverses, comme s'ils priaient en une seule et même langue. Car, il n'est pas comme les hommes qui, sachant une langue ou barbare ou grecque, ignorent les autres, et ne se mettent pas en peine de ceux qui parlent une langue différente de la leur. • Il est évident que le grand docteur constate ici la pratique liturgique telle qu'elle existait de son temps.

L — Voilà une preuve générale, on en donne de spéciales pour chaque langue.

lo Langue égyptienne ou copte. S. Antoine ne savait par le grec, car il ne put entendre que

par le moyen d'un interprète les philosophes grecs qui vinrent pour conférer avec lui (Athanas. In ipsius Vit.). Or, S. Antoine entendait la liturgie, il était très-attentif à tout ce qui se lisait à Téglise, et en conservait le fruit dans son cœur; et on sait que sa vocation fut déterminée par ce mot de PÉvangile dont il entendit la lecture de la bouche du diacre : « Si tu veui être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et le donne aux pauvres, viens et suis-moi. et tu auras un trésor dans le ciel. t(Matth.xix.2l.) La liturgie où S. Antoine recueillit cette sentence féconde était donc en langue égyptienne, puisque, selon S. Athanase son biographe, il n'en comprenait pas d'autre.

Nous savons néanmoins par S. Jérôme {Pnf. in Paralip.) que la version grecque des Septante se répandit beaucoup dans toute la partie de l'Egypte qui s'étend de Constantinople à Antioche, ainsi que dans toute la Palestine, et qu'elle y était d'un usage universel. Les copies qui circulaient dans ces contrées étaient celles qui avaient été écrites par les soins d'Origène, et qu'y avaient répanduesEusèbe et le martyr S. Pamphile. Paul Diacre nous apprend aussi que la liturgie grecque de S. Basile devint plus tard très-commune chez ces peuples (EpisU ad FiUgent.). Or, il n'est pas moins avéré que la plupart des Orientaux, notamment ceux de certaines parties de l'Egypte, les Cappadociens, les Licaoniens, les Galates, les Syriens usaient de dialectes particuliers (Cf. Renaudot. l dissert, i. c. 6). Aussi savons-nous qu'il y avait dans les Églises des interprètes^ pour traduire l'Évangile au peuple ignorant qui n'entendait pas très-nettement la langue liturgique. (V.

l'art. HERMENEUTiB.)

2<' Langue arménienne. S. Sabas ayant vu un certain nombre d'Arméniens se ranger soussa discipline, leur céda une église c où ils lisaient l'Évangile et faisaient toute la liturgie en leur langue. » Ces Arméniens étaient catholiqua, sans quoi S. Sabas ne les eût pas reçus dans sa communion. (V. Bocquillot. Hist. de la Wtirj. p. 250.) Personne n'ignore que la liturgie arménienne est encore aujourd'hui en vigueur.

Z^ Langue besse. S. Théodose, contemporain et voisin de S. Sabas, avait trois monastères, un de Grecs, un d'Arméniens, et un troisième de Besses. On ne sait d'où venaient ces derniers ni quelle était leur langue; hoW^nd {Ad Hef» ;an. X. p. 692) suppose sans assez de fondement que cette langue n'était autre que l'esclavomie. Mais ce qui est certain, c'est que les religi«w de ce nom faisaient l'office en leur propra langue, aussi bien que les Grecs et les Anneniens,leur séparation en trois maisons distinctes n'avait pas d'autre motif. Et ce qui le prouve, c'est que (Bolland. ibid.) quand ils avaient ^ participer aux sacrements, ils commençaient

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ir entendre la lecture des divines Écritures, hacun dans leur église, et ne se réunissaient m dans celle des Grecs qu'au moment oti ils étaient recevoir la sainte eucharistie.

4» Les Éthiopiens, convertis- par S. Frulence, que S. Athanase leur avait donné pour fêque , et les Scythes , amenés à la foi du imps de S. Jean Ghrysostome, durent aussi roir leur liturgie en langue vulgaire ; car il y a nulle apparence qu'ils entendissent le rec, et moins encore que, contrairement à la scipline jusque-là universellement observée, )mme nous l'avons vu par le témoignage Origène, on leur eût donné un service divin 1 langue inconnue.

11. — Venons maintenant aux Églises occisntales. 11 n'y a pas de raison de supposer que liturgie y ait été célébrée dans une autre ûgue que la latine. La conquête romaine, »Dme le remarque S. Augustin (De civit. Dei. 1. 5), avait imposé la langue latine, conune le nécessité, à toutes les nations conquises. » peuples d'Afrique, dit Juste-Lipse (De recta mundat. ling. Latirue\ comme ceux d'Espale, de Pannonie, d'Angleterre, adoptèrent ec joie cette langue, au point d'oublier à u près complètement la leur. « Apulée, ajoute savant, dans ses Florides^ le témoigne par )port à l'Afrique, et les sermons de S. Cyien, de S. Augustin, et d'autres Pères en font . Pour les Gaulois, Strabon, dès le temps Laguste, dit qu'on ne les devait point appeler rbares, ayant pris les coutumes des Romains, Bsi bien que leur idiome. Il affirme la même ose des Espagnols, et Velleius en dit autant ceux de Pannonie. Et il parait, par Tacite, 'Agricda inspira aux Anglais le désir d'être )quents dans la langue latine, bien qu'aupavant ils eussent dédaigné de s'en servir. » (t-il donc étonnant que dans toutes les nations «identales on ne rencontre que des liturgies tines?

n suffira de cette citation pour l'Angleterre > l'Espagne ; nous devons donner sur l'Afrique, «Gaules et PlUyrie quelques détails qui intéisseront le lecteur.

!• V Afrique. Le latin y était tellement vulaire, que S. Augustin {Confess. 1. i. c. 14. 3) ousdit de lui-môme qu'il l'avait appris sur les WKHix de ses nourrices. De quatre cents évô- BW dont se composait l'Église de cette confie, on n'en pourrait pas nommer un seul qui rtchAt autrement qu'en cette langue, témoin » CMivres de Tertullien, de S. Cyprien, de »• Optât, de S. Augustin, de S. Fui gence, qui 'adressent au commun des fidèles soit sous 'ïnïie de sermons, soit sous forme de traités. P*U sont les traités des deux premiers Sur Po- '^•w dommicaU, De la mortalité^ De la virgi- "*^, VExhortation au martyre^ etc. On eût

même difficilement trouvé des ecclésiastiques qui connussent la langue punique, devenue comme une espèce de patois qui ne se parlait que dans quelques villages écartés. Le peuple même l'avait oubliée ; car S. Augustin voulant un jour citer aux habitants d'Hippone un proverbe africain, dut le mettre en latin sous peine de n'être pas saisi : Latine vohis dicam^ quia Punice non omnes norunt {Serm. de verb. Apo^t. 167).

2'' Les Gaules. Le latin n'était pas moins commun parmi les Gaulois, et nos anciens évoques n'employaient pas d'autre langage pour instruire leurs peuples, soit de vive voix, soit par écrit. Ici les preuves sont superflues. Il nous plait cependant de rapporter, d'après Sulpice-Sévère {Vit, S. Martin, i. 7) un trait de la vie de S. Martin, qui fait voir à quel point la langue des Romains était familière à nos pères. On sait que ce Saint fut enlevé de force de son monastère par une immense multitude de peuple des villages voisins qui le voulaient pour évoque, contre l'avis de quelques prélats et en particulier contre l'opposition de celui d'Angers, qui s'appelait Defensor. Or le lecteur n'ayant pu se faire jour à travers la foule pour entrer à l'église, le premier venu ouvrit le psautier, et le verset sur lequel il tomba fut celui-ci : Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem propter inimicos luos^ ut destriKis inimicum et defensorem 1 (L'ancienne version portait de/cnsorem, la nouvelle fait lire ultorem) . « Vous avez tiré la louange de la bouche des nouveau-nés et des enfants à la mamelle pour confondre l'ennemi et le défenseur! > {Psalm. VIII. 3.) A cette lecture, le peuple tout aussitôt poussa un grand cri, voyant dans ce verset providentiellement amené une allusion à l'évoque Defensor^ qui s'était déclaré contre Martin.

V Vniyrie. S. Jérôme, né et élevé dansPlllyrie ou la Dalmatie, parle de la langue latine comme de sa langue maternelle. Il se plaignait môme d'en avoir perdu la fleur en s'appliquant avec ardeur à l'étude de l'hébreu : « Ce que j'ai gagné dans l'étude de cette langue, je laisse à d'autres le soin de le dire ; pour moi, je sais ce que j'ai perdu de la mienne, ego quid in ME A amtserim, «cto. > (Praf. Comment, in Ep. adGalat.)

III. — Voilà donc un point bien fixé, c'est que l'esprit de l'Église primitive fut toujours que le service divin se fit dans la langue vulgaire des nations nouvellement converties, qui n'entendaient pas d'autre langue que la leur. Nous avons même des exemples de cette tolérance pour des temps qui n'appartiennent plus à l'antiquité ; tel est celui des Esclavons, qui, convertis au neuvième siècle, obtinrent du pape Jean VIII la permission de célébrer la liturgie

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dans leur langue. Et à une époque tout à fait moderne, c'est-à-dire au commencement du dix-septième siècle, sous Paul V, il n'a pas tenu au saint-siége que les Chinois ne jouissent de la même faveur.

Mais il n'est pas moins vrai que l'Église se refusa toujours à suivre dans ses liturgies les variations successives que subissaient les langues des peuples chez lesquels elles étaient en usage ; elle s'en tint constamment à ses textes primitifs. C'est ce qui explique pourquoi la plupart des liturgies se trouvent aujourd'hui écrites en diverses langues savantes que le peuple n'entend plus. Ainsi les Grecs, les Coptes ou Égyptiens, les Arméniens, les Éthiopiens, etc., ne comprennent plus la langue de leur liturgie, à moins qu'ils ne l'aient étudiée. Et les Églises séparées par le schisme sont ici d'accord avec l'Église catholique, parce que toutes ont compris de quelle importance il était de ne rien innover sur ce point, et de combien d'inconvénients eût été hérissée la pratique contraire.

1» La majesté de nos mystères ne saurait se prêter à tous les changements qui se produisent sans cesse dans le langage humain. On s'exposerait à les rendre méprisables en y employant un langage qui vieillit vite et se trouve presque méconnaissable de siècle en siècle. Ainsi les psaumes de Marot, qui faisaient les délices de la cour de François 1", seraient aujourd'hui burlesques s'ils étaient chantés dans nos églises. Que serait-ce si l'on chantait la messe dans un langage usé et plus propre à exciter le rire que la piété?

2® 11 faudrait donc soumettre sans cesse les livres liturgiques k de nouvelles traductions ! Mais outre les incommodités de toute sorte qui en résulteraient pour les fidèles, outre le grave inconvénient de dépouiller les choses saintes de ces formes vénérables qui les ont fixées dans la mémoire et dans le respect des peuples, ne serait-ce pas assujettir l'Église à un travail de surveillance incessant pour prévenir les erreurs qui pourraient se glisser dans ces traductions eu des langues nouvelles qui n'auraient pas encore acquis la précision et la justesse si nécessaires dans les choses dogmatiques ? Qui ne sait que les ariens, en changeant une seule lettre dans le symbole de Nicée, y glissèrent une erreur capitale qui fut la source de tant de maux et de troubles dans l'Église ?

3* Nous voyons que la langue latine est un lien commun qui unit toutes les Églises d'Occident. C'est par elle que toutes les Églises de Rome, de France, d'Espagne, d'Allemagne, etc., communiquent ensemble. Comment les évoques expliqueraient- ils les sentiments de leurs Églises dans les conciles œcuméniques

si la langue qui leur est commune s'était perdue?

40 Si les Grecs et les Latins, etx:., avaieni changé la langue de leurs liturgies, que serai' devenue pour.les clercs l'étude des langues sa vantes? Ces langues, dont la consenation i travers les siècles obscurs n'est due qu'au zèl éclairé du clergé, se seraient perdues comm la langue de nos anciens Gaulois, dont il n reste pas vestige. Et quelles pertes n'aurai pas entraînées celle de ces langues ? A quoiser viraient les originaux de l'Écriture sainte, le anciennes versions, les commentaires, tous le ouvrages des Pères, si l'on n'entendait plusle langues dans lesquelles ils sont écrits? Codd ment la tradition aurait-elle pu se couserve dans une si longue suite de siècles ? Tant d conciles tenus par nos pères seraient devenu inutiles.

Il serait infiniment désirable assurément qu tout le monde entendit ce qui se dit dans 1 liturgie sacrée. Ce serait un grand sujet d'édi fication, et une consolation pour les fidèlft Mais l'Église y a pour\'u en enjoignant à se ministres d'initier les peuples aux grandes pei sées exprimées dans la liturgie, et qui ne soc que plus pénétrantes pour être enveloppées d formes mystérieuses et exprimées dans un lac gage hiératique qui porte l'auguste empreint des siècles. L'esprit de l'Église sur cette ma tière se résume tout entier dans ce décret d concile de Trente (Sess. xxii. 1. 8. Desacril miss.) : « Quoique la messe contienne d grandes instructions pour les fidèles, il n' pourtant pas été jugé à propos par les ancien Pères qu'elle fût célébrée partout en langu vulgaire. C'est pourquoi chaque Église re tiendra en chaque lieu l'ancien usage qu'elle; pratiqué. Afin pourtant que les brebis de Jésus Christ ne souffrent pas la faim, le saint concO' ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui od charge d'àmes, que souvent, au milieu de l célébration de la messe , ils expliquent eux mômes ou fassent expliquer par d'autres quel que chose de ce qui se lit à la messe, et parti culièrement sur quelque mystère de ce très saint sacrifice, surtout les jours de dimanch* et fêtes. » (V. les art. Liturgie et Messe,]

LAPSI (tombés). — I. —La persécution d» Dèce, après une période de paix relativemeD assez longue, surprit l'Église dans un S^ relâchement. Aussi n'eut-elle aucune peine à; faire des apostats, dans les rangs du clerg aussi bien que dans ceux du peuple. Sansdout des défections de ce genre n'avaient pas él jusque-là sans exemple; mais nous prenons l question au troisième siècle, parce que c'es de là que date l'établissement de la discipli» I à l'égard des tombés.

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