‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 147 sur 266 · J.APS · texte numérisé non relu

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De toute part, on vit de ces chrétiens dégénérés blasphémer ce qu'ils avaient adoré, cVst-à-dire abjurer la foi, blasphemati^ offrir de l'encens aux idoles, thurificati^ s'associer aui sacrifices des païens, saorificati^ ou même, par une singulière aberration de conscience, acheter, pour sauver leur vie, des attestations d'une infidélité dont ils n'étaient point coupables, Ubellatici. Ces quatre dénominations représentent les principales classes de tombés.

Quelques-uns sacrifiaient spontanément, sans j être contraints par la violence des tourments, souvent môme sans attendre qu'on les arrêtât pour les interroger : « Soldats vaincus sans combat, dit S. Cyprien. » [De lapsis. 0pp. Cyprian. p. 183.) Dans une lettre à Fabius évêque d'Antioche (Cf. Euseb. Hist. eccl. vi. k\\ S. Denys d'Alexandrie dit qu'il y en eut qui s'empressaient de courir aux autels des dieux, en proclamant hautement qu'ils n'avaient jamais été chrétiens. D'autres, selon S. Cyprien (Ibid.)^ se voyant remis au lendemain, pressaient les magistrats de recevoir leur abjuration et leurs nouveaux serments avant la nuit, et montaient aussitôt au capitole pour y consommer au plus vite leur apostasie. Ici, ce mot de capitole ne s'applique pas exclusivement à celui de Rome. Toutes les villes qui, avec le joug de la domination des Romains, avaient subi celui de leurs divinités, adopté leurs rites, imité leurs temples, avaient donné iux plus illustres de ceux-ci le nom de capitole, surtout quand ils étaient bâtis sur quelpie énfiinence. C'est dans ce sens général, que e cinquante-neuvième canon du concile d'Elrire, en Espagne, a dit : Prohibemus ne quis Thmticmus... ad idolum capitolii, sacripcandi ioiua, ascendat. C'est du capitole de Carthage lue S. Cyprien veut parler (Ibid. 189), quand 1 raconte qu'un chrétien, monté au capitole jXMir renoncer au Christ, devint muet aussitôt ^^rès avoir prononcé la fornmle impie. Toulouse avait aussi son capitole : c'est là que son évoque S. Saturnin fut arrêté par les païens, c'est du haut du capitole et jusqu'au bas de sa rampe, a summa capitolii arce^ per omnes graàw [Martyrol. Rom. xxix nov.}, qu'il fut traîné par un taureau furieux amené pour le sacrifice.

Une dernière et plus odieuse circonstance toétre rappelée. Tandis que les vrais chrétiens affrontaient les supplices les plus atroces, plutôt que de goûter aux viandes immolées, les déserteurs de la foi du Christ apportaient avec eux de .quoi sacrifier, c malheureux, dit S. Cyprien (Ibid.) , qui ne comprenaient pas que sur ce même autel où ils offraient des hosties impures, ils sacrifiaient en môme temps leur salut et leur espérance, et qu'ils brûlaient W foi dans ces feux sacrilèges! » Tout cela,

dit-il ailleurs {Ibid. p. 189) offrait un navrant spectacle, et celui-là eût été aussi dur que le fer, durus et ferreus^ qui, en présence de tant de ruines d'âmes, eût pu retenir ses larmes!

II. — Mais enfin, le danger cessa, le calme succéda à la tempête, et il fallut songer à réparer tous ces désastres. La plupart de ces infortunés, reconnaissant l'énormité de leur faute, soUicitaient leur rentrée dans TÉglise ; mais avec une ardeur le plus souvent indiscrète, et par toute sorte de moyens, surtout par la faveur des martyrs et des confesseurs, auxquels, à force de sollicitations et d'instances, ils arrachaient des milliers de ces billets ou libelles (V. l'art. Libelles des martyrs) attestant qu'ils leur avaient donné la paix.

La conduite à tenir à leur égard était difficile à déterminer; la sévérité avait ses périls comme l'indulgence. Trop de facilité ouvrait toute sorte de brèches dans le vénérable édifice de la discipline antique ; une rigueur excessive risquait de jeter les tombés dans le découragement, et delà dans le schisme et l'hérésie. Ces principes extrêmes se personnifièrent dans deux de ces esprits inquiets et indociles parmi lesquels se recrutent toujours les novateurs : Novatien, qui excluait absolument les tombés de toute espèce, de la réconciliation, même en espérance, et voulait qu'on les abandonnât, sans le secours du ministère de l'Église, à la miséricorde divine; et Félicissime qui au contraire prétendait qu'ils fussent admis sans pénitence et sans épreuve.

L'Église s'étant montrée également éloignée des deux excès opposés, Novatien et FéUcissune firent schisme, le premier à Rome, le second à Carthage.

D'ardentes controverses et de longs troubles s'ensuivirent, surtout pendant les seize mois que dura la vacance du saint-siège, entre le martyre de S. Fabien et l'élection de S. Corneille. Cette circonstance du veuvage de l'Église mère rendit S. Cyprien vraiment maître de la position, et lui fournit l'occasion de déployer toutes les ressources de son génie et de son zèle. Du fond de la retraite ignorée où il avait cherché un abri contre l'orage, non-seu lement il instruisait son clergé et gouvernait son Église de Carthage; mais, dans l'intérêt de l'Eglise universelle, il entrenait une correspondance active avec le clergé de Rome, qui, dans ces difficiles circonstances, avait saisi résolument et tenu avec fermeté le timon de la barque de Pierre.

Ce sont les principes de sévérité, mitigés par la miséricorde, développés dans cette série de lettres qui servirent de base un peu plus tard aux constitutions du concile de Carthage au sujet des tombés; juste pondération entre la rigueur et la faiblesse que S. Cyprien caracté-

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rise lui-môme ainsi dans sa cinquante et unième lettre : Libelli^ ubi Utpsis nec censura deest quœ increpet^ nec medicina qtue sanet .* « Libelle, où ne manque aux tombés, ni la censure qui reprend, ni le remède qui guérit. »

C'est à tort qu'on a supposé que les règlements sur ces matières sont contenus dans le traité ex professa composé par Cyprien sous le titre de De Lapsis. Ce traité fut, selon toute apparence [E^iist, li. p. 94), lu à l'ouverture du concile, dont il n'est pour ainsi dire que l'introduction ou le programme. Ce concile fut convoqué en 251, S. Cyprien y proclama l'élection toute récente du pape Corneille, avec 1er quel il s'entendit sur toutes les questions à régler, participato invicem nobiscum concilio (Cyprian. Epist. liv. p. 109).

Les degrés de culpabilité des tombés étaient fort divers. Il fut décidé en conséquence qu'on examinerait les circonstances des fautes des coupables, leurs intentions, leurs engagements, afin de fixer la durée de la pénitence de chacun. On ne mettait pas en doute, par exemple, qu'on ne dût traiter avec beaucoup plus d'indulgence ceux qui, après avoir longtemps résisté à la violence des tourments, n'avaient été abattus que parce qu'on ne leur accordait pas la grâce de mourir; et on jugeait que trois ans de larmes et de pénitence suffisaient pour les faire admettre à la communion. Pour donner une base fixe à cet examen, on dressa des règlements sur différents cas qui se présentaient, et on les envoya, ce semble, à tous lès évoques (Tillemont. iv. p. 97). Telle serait, si l'on en croit Baronius {An, 254. n. 89), l'origine des canons appelés depuis pénitentiaux.

Le principe général fut donc que nul ne devait être admis à la paix sans avoir fait une véritable pénitence.

Les tombés ne devaient être absous qu'après qu'ils auraient accompli celle qui leur avait été imposée, selon la qualité, la gravité et les circonstances de leur chute. Mais s'ils venaient à tomber malades avant d'avoir complètement acquitté leur dette, on leur accordait dès lors la communion, restriction miséricordieuse déjà exprimée précédemment par S. Cyprien et le clergé de Rome.

Le concile d'Elvire, tenu à peu près un demisiècle après celui de Carthage, vint apporter des rigueurs inouïes à la discipline sur ce point. 11 voulait que quiconque après son baptême serait tombé dans l'idolâtrie, ne fût plus réconcilié, môme à la fin de sa vie (Can. i. Con^ ciL t. I. p. 969). On a besoin d'adopter l'interprétation de Duguet, qui pense qu'il ne s'agissait dans ce décret que de l'idolâtrie double, c'est-à-dire spontanée et sans provocation {Discipline de l'Égl. 1. 1. p. 291).

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