III. — On demande maintenant ce qu'on doit
entendre par litanie mineure. On ne saurait
rejeter complètement l'opinion de ceux qui
pensent qu'elle ne consistait que dans le Kyrie
eleison plusieurs fois répété, soit k matines, soit
^ la messe ou à d'autres parties de la liturgie,
formule abrégée de supplications que toutes les
Églises ont adoptée pour les différentes heures
de l'office du jour et de la nuit. Ce sentiment
peut invoquer des autorités respectables. Le
cardinal Bona {Divin, psc^mod. xrv. k) atteste
cjue cette formule d'invocation qui veut dire
Seigneur ^ ayez pitié de woits, est appelée litanie
dans les liturgies de S. Jacques, de S. Basile,
de S. Jean Chrysostome. Il est probable aussi
<jue c'est à la môme prière que font allusion
"S. Augustin, S. Gyprien, S. Chrysostome,
<ïuand, dans leurs homélies, ils parlent de lita-
"fii«. Cela n'est pas douteux pour S. Benoît qui,
au neuvième chapitre de sa règle, traitant de
l'office divin, s'explique ainsi à ce sujet :
t Après les psaumes, la leçon de l'Apôtre qui
doit être récitée de cœur, et le verset, vient la
supplication de la litanie^ c'est-à-dire le Kyrie
eleison, »
Sans doute, à l'époque où vivaient ces Pères, les litanies ne présentaient pas la forme développée et complète qu'elles ont aujourd'hui. Cependant on aurait tort de dire absolument çue rinvocation des Saints en était absente; et Bingham a manqué de sincérité en omettant, Utns un pur intérêt de secte et pour faire pas- ^r une assertion erronée, un beau passage de ► • Chrysostome où il est évidemment question le litanies spéciales accompagnées de procesions et où les Saints étaient invoqués (Homil. Kmir, ludos et theatra) : t Nous avons eu des tianies^ XEiavetai, ou supplications où toute » otre viUe affluait comme un torrent aux lieux l «s apôtres. Nous implorions, comme nos avo- -3Lts S. Pierre et le bienheureux André, cette ^<Ure d' apôtres^ et aussi Paul et Timothée. »
Donc, la première différence entre les grandes et les petites litanies consiste dans le plus :^u le moins de développement des formules. On ;:>eot en assigner d'autres encore : les grandes ^e célébraient avec un plus grand concours du c^lergé, du peuple et des moines, à des jours Cxes de Tannée, et dans toutes les Églises eu ^néme temps. Les litanies mineures, au contraire, avaient comme un caractère privé,
ayant lieu isolément, irrégulièrement, dans une Église particulière, à raison de nécessités locales. Aussi quand il s'agissait des grandes, tout était réglé d^avance dans les sacramentaires, le jour où elles devaient être célébrées chaque année, le lieu d'où le cortège devait partir, celui où il devait se rendre, ainsi que les stations intermédiaires. On peut s'en assurer en jetant un coup d'œilsurle sacramentaire de S. Grégoire, édité et annoté par Pamelius. (V. les art. Processions. Stations.)
LITURGIE. — On distingue deux espèces de liturgie : la liturgie psalmodique et la liturgie eucharistique.
I. — Liturgie psalmodique. Dès le berceau de l'Église, les chrétiens adoptèrent l'usage de réciter les psaumes de David dans leurs temples, avant la liturgie du sacrifice. Cette pratique est d'institution apostolique. Nous savons par Tertullien (De jejun. c. x et xi) qu'au deuxième siècle on récitait des psaumes à la troisième, à la sixième, à la neuvième heure du jour, et il appelle ces heures apostoliques. Les Cot'Stitutions dites apostoliques prescrivent des prières consistant surtout dans la récitation des psaumes (L. viii. c. ^k) mane^ tertia^ sexta^ nona diei /lora, vespere^ et ad galli cantum. Mais comme la crainte des païens ne permettait pas toujours aux fidèles de s'assembler, ils psalmodiaient chacun en particulier, ou deux ou trois ensemble (Jbid.). Bien plus, il y avait parmi eux une pieuse émulation, et ils se provoquaient réciproquement, quis melius Deo suo caneret^ dit Tertullien (Ad uxor. 1. ii. ad fin.).
Il résulte évidemment de ces données que les premiers chrétiens vaquaient tous les jours, en public ou au moins en particulier, à la psalmodie. Et, dès le quatrième siècle, les chrétiens de rOrient, comme ceux de l'Occident, de tout âge et de toute condition, étaient tellement adonnés à cette sainte pratique, que, au dire de S. Jérôme {Ad Marcellin.)^ « au lieu des chants d'amour » autrefois en usage, « le laboureur, en conduisant sa charrue, chantait Valleluja; le moissonneur suant se récréait par le chant des psaumes; le vendangeur, en maniant la serpette recourbée, chantait quelques fragments de poésies davidiques, aliquid Davidicum. » L'habitude qu'ils en avaient contractée faisait que tous, môme les laïques de la condition la plus infime, savaient les psaumes de mémoire (Augustin. Enarr. in psalm. lxxxv) ; et cette religieuse discipline se maintint jusqu'à la fin du huitième siècle (Beda. Hist. 1. m. c. 17. 1. iv. c. 18), époque à laquelle les clercs seuls restèrent chargés de la psalmodie publique.
Depuis le premier siècle jusqu'au quatrième " des psaumes furent récités en Orient dans la version des Septante ; et les Latins usèrent jus-
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qu'à S. Jérôme de la version ancienne dite itctlique. S. Jérôme, d'après Tordre de Damase, les expurgea de certaines fautes, et les distribua dans un ordre méthodique pour Pusage de la liturgie {Concil. Rom, sub Damas, an. 332), et ce psautier fut, sous Théodose, donné môme aux Eglises grecques {Epist, Theodos, ad Dor mas. Concil, t. i), qui l'acceptèrent, comme l'attestent leurs psautiers actuels, appelés par eux b>poXoyiai. Vers la fin du cinquième siècle, le pape Gélase corrigea de nouveau le livre des psaumes, y ajouta des hymnes, et les distribua dans un ordre nouveau. — Cet article a son complément dans les articles Office divin et Prière publique.
II. — i-iTURGiE EUCHARISTIQUE. C'est l'ordre des leçons, prières et cérémonies qui accompagnent le sacrifice. Il y en eut plusieurs, tant en Orient qu'en Occident.
Liturgies orientales. On n'est pas fixé sur l'ordre de la liturgie établie par les apôtres, les monuments manquent. On sait seulement que l'oraison dominicale en était la prière principale, mais non pas la seule, car S. Justin, qui vivait à une époque si rapprochée de celle des apôtres, nous a transmis plusieurs autres parties de la liturgie en usage au deuxième siècle.
La plus ancienne est celle qui est connue sous le nom de liturgie des apôtres, et qui est communément attribuée à S. Clément pape. On ne connaît aucune ÉgUse qui s'en soit servie après le quatrième siècle (BocquiUot. Hist. de laliturg. 1. i. c. 9). Il y a ensuite celle dite de S, Jacques, qui fut celle des Églises d'Antioche et de Jérusalem, et qui, de l'aveu des plus célèbres critiques luthériens et anglicans, remonte très-certainement aux premiers siècles de notre ère. Elle fut abrégée par S. Basile et prit le nom de ce Père, et s'appela plus tard liturgie de S. Jean Chrysostome, parce que ce Père lui avait fait subir de nouvelles modifications. Une autre liturgie porte le nom de S. Cyrille de Jérusalem, elle se trouve dans le missel édité à Rome par le Marooite Schialath. Les jacobites se servent de vingt-huit liturgies dilTérentes, dont les plus insignes sont celle de S. Cyrille de Jérusalem et celle de S. Cyrille d'Alexandrie, et qui était attribuée autrefois à l'évangéUste S. Marc. Aux hturgies jacobites on doit joindre encore celle de S. Grégoire de Nysse , qui est probablement d'un moine nomme Grégoire Acindinus, celle de S. Jean fEvangéliste qu'on attribue à un patriarche de ce nom, celle de S. Pierre second^ que les uns croient appartenir à Pierre d'Apamée, les autres à Pierre Gnaphaeus (Renaudot. Eist. de VEgl. aleaandr. c. xxviii;; celle de Jacques Bardatus, auteur de la secte des jacobites ; celles enfin de Moïse Barcephas et de Severus moine, qui sont propres aux jacobites
syriaques. Les Orientaux ont aussi la hturgi( de S. Jean patriarche^ vulgairement AccmeU la liturgie de Grégoire, autrement Abulfangt et enfin celle de Philoxéne, évéque d'Hiérapolit Il existe une liturgie particulière pour les Ethio piens ou Abyssins, une autre pour les Anb» nestoriens; les Arabes melchites ont aussi h leur, appelée euchologium arabicum; elle est i l'usage de tous les chrétiens qui habitent le Si liai, les côtes de la mer Rouge, les déserts d( l'Arabie. Les Arméniens de la Cilicie usaien autrefois de la liturgie de S. Marutas, mUro polite de Tagritha. On trouvera des notioo: plus étendues et plus détaillées sur les litur gies orientales dans Goar, Renaudot, etc.
Liturgies occidentales. On en compte \m principales : la romaine, la gallicane, l'es pagnole, autrement dite mozarabique, etl'im brosienne.
La romaine a S. Pierre pour premier auteur mais elle a été peu à peu modifiée et augmeo tée, à l'instar des vieilles liturgies des Grecs Les plus anciens monuments qui nous resteoi de cette liturgie primitive des Latins, soil trois sacramentaires : le léonien, le gélasim, k (grégorien. Le premier, qui porte le nom di Léon I»**, est antérieur à ce pape, car il renferaw des rites d'un caractère plus ancien. Il a été en usage dans l'Église romaine depuis le qoi' trième siècle, c'est Topinion commune. Nom possédons de ce sacramentaire deux maBUscrits, l'un appartenant à la bibliothèqje Vati cane, l'autre à la bibliothèque d'Esté, celoinà édité par Muratori (L.turgia Romana vetàj. Le second porte le nom du pape Gélase, bien qu'il ne soit pas de lui. Il est néanmoins regardé comme Tun des plus anciens ordres liturgiques de l'Église romaine. Le cardinal Tomasi l'a publié d'après un manuscrit de la bibliothèque de la reine Christine de SuèdA* Enfin le troisième s'appelle grégorien, parcs que S. Grégoire le Grand l'a remanié, ou eotr tinué, pour nous servir de l'expression de Jeta Diacre {In ejus Vit. lib. m. c. 21), d'après ai ancien ordre dont l'Église romaine usait aupa* ravant, et qui probablement n'était autre qM le sacramentaire gélasien. Mais le grégoriA lui-même a été, depuis S. Grégoire, augmeoté à diverses reprises de nouveaux rites. Dom M^ nard Ta publié d'après les meilleurs manuscriti. On peut voir, dans le Musxum ItcUicum de Ibbillon, et dans Hittorp, quelques ordres romaiv appartenant au moyen âge.
Ces ordres liturgiques furent exclusiveiiMii en usage pendant les premiers siècles daas l'Église romaine, dans les églises suburbicai* res, et dans la plupart des autres Églises ds l'Italie ; et il est probable qu'il n'y avait akft qu'une seule hturgie dans tout rOocident* Mais vers le sixième siècle, un autre ordre S*
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irgique fut apporté d'Orient en Espagne par »Goths (Pelljccia. PoUt. eccl. i. p. 2(i3), et il lit appelé mozarabe, à cause des Arabes habiant l'Espagne qui professaient le christianisme, « qui fit donner à ce mélange de population e nom de Mia^i Arabes. Le quatrième concile le Tolède étendit à toute l'Espagne l'usage de «tte liturgie, et elle y subsista jusqu'au onôème siècle.
Ce fut vers le cinquième siècle que les Gaules xmunencèrent à avoir une liturgie particuifere, laquelle fut appelée gothique ou galliane. On en attribue la rédaction, tantôt à 5. Hilaire, évoque de Poitiers, tantôt à Muma, prêtre de- Marseille, tantôt à S. Sidoine àpoUinaire. Elle fut suivie dans les Gaules jœqu'au huitième siècle. Nous en avons quatre éditions différentes: 1* le missel gothigue^ édité par Mabillon, d'après un manuscrit vieux j^ de plus de mille ans du temps de ce savant ifeiédictin; 2« le misse/ des Francs; 3*> le mis- ^Igattican ancien, d'après un très-ancien matucrit de la bibliothèque de Bobio fMabill. hs. liai.). Il est certain que cette liturgie lUicane fut autrefois en usage dans les Églises 'Angleterre (Usser. De antiquit. Britan. 1. ii.
Enfin l'Église de Milan eut aussi sa liturgie irtkulière, et qui prit le nom de S. Ambroise, quel cependant n'avait fait qu'ajouter de noutaux rites à un ordre liturgique déjà exisnt avant lui. Le fond de cette liturgie subite encore aujourd'hui, mais profondément oddfié. (V. Visconti. De rit. miss. c. xxii.)
m. — n est assurément regrettable qu'aune des antiques liturgies ne nous soit parmue dans son intégrité. On donne de cette erte plusieurs raisons :
!• La liberté qui, dans les premiers temps, tait laissée à chaque évéque de faire pour son ^e une liturgie spéciale. Car chaque Église ^t la sienne, il n'y avait pas de raison d'en fltifierla connaissance aux autres chrétientés. le plus les évêques n'étant pas astreints à BOT usage, et conservant la faculté d'en com- Mier de nouvelles ou de faire des additions et Dodifications aux anciennes^ ils ne durent pas • préoccuper de la pensée de les transmettre mègres à leurs successeurs. Et l'on conçoit pi'Oduten être ainsi, jusqu'à ce que le siège le Pierre pût, à la faveur de la paix, exercer inr l'ordre liturgique , comme sur tout le reste, la suprême autorité qu'il avait reçue de léns^hrist : Pasce agnos meos.... pasce oves
)* De savants interprètes des antiquités ecclinastiques, Renaudot {CoUect. liturg. orient. 1 1. dissert. 1), et Le Brun (T. ii. Dissert, ^g.), ont avancé que pendant plusieurs ^es, on s'abstint de mettre par écrit les li-
turgies, et qu'on les apprenait de mémoire. Cette assertion est un peu absolue, et Muratori l'a réfutée dans la préface de son édition de l'ancienne liturgie romaine (C. i). On voit dans le traité d'Origène Contre Celse^ que celui-ci avait trouvé chez des prêtres chrétiens des livres que, à la description qu'il en donne, il est facile de reconnaître pour des recueils d'oraisons liturgiques. On ne saurait nier d'une part que les catéchèses de S. Cyrille de Jérusalem ne contiennent de notables fragments de liturgies antiques. A peu près à la même époque, c'est-à-dire vers le milieu du quatrième siècle, S. Hilaire de Poitiers, si nous en croyons S. Jérôme (De script, ecd.), écrivait un sacramen taire pour son Eglise.
Il serait donc plus exact de dire que tout n'était pas écrit, et encore que les copies des parties écrites étaient rares et tenues secrètes. Au surplus, les persécutions, celle de Dioclétien surtout, qui s'attachèrent particulièrement à détruire les livres des chrétiens, jettent sur cette question une obscurité devant laquelle la critique sera toujours impuissante. Il est certain que la fin du quatrième siècle et le commencement du cinquième marquent l'époque où les liturgies commencèrent à être intégralement écrites et publiquement répandues. (V. plus haut. n. II.)
3» Il est avéré que, par les injures du temps, les liturgies môme que l'on sait avec certitude avoir été autrefois écrites sont aujourd'hui en partie perdues ; par exemple l'ancienne gallicane, l'espagnole, l'africaine, dont nous ne possédons que des fragments. A plus forte raison, les liturgies tout à fait primitives, qui n'étaient, il faut s'en souvenir, que des formules spéciales à certaines Églises, ont-elles dû, môme en admettant qu'elles aient été écrites, être effacées par les nouvelles et peu à peu perdues.
k^ La dernière raison, c'est que les anciennes liturgies ont été par la suite si souvent soumises à des retouches et à des additions, qu'il est devenu impossible d'y discerner l'œuvre des premiers auteurs. Ainsi, nous avons des liturgies sous les noms de S. Chrysostome et de S. Basile, et rien n'empêche de croire qu'elles furent primitivement composées par ces Pères; mais nous n'avons aucun moyen de distinguer leur main au milieu des innombrables altérations que les Grecs leur ont fait subir.
50 Quoi qu'il en soit, bien que les liturgies des quatre premiers siècles ne nous soient pas arrivées intègres et pures d'alliage; cependant il en reste dans les écrits des anciens Pères tant et de si notables fragments, que nous en pouvons tirer deux conclusions certaines : premièrement, que l'Église primitive avait des formes de culte fixes et certaines; secoo*
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dément, que nous pouvons nous rendre compte, jusqu'à un certain point, de Tordre et de la méthode qu'elle observait dans les principales parties du ministère sacré. (V. pour compléter cet article les art. Prière publique dans la primitive Église et Livre liturgiques.)
LIVRES LITURGIQUES. - L'intérêt qui s'attache à cette matière nous oblige à en pousser Tétude au delà des limites de l'antiquité proprement dite, c'est-à-dire jusqu'à l'époque de Charlemagne, où se termine à peu près la période de formation définitive des livres liturgiques. Les principaux de ces livres sont:
1<» Le sacramentaire , sacramentarium ou liber sacramentorum. Il renferme l'ensemble des prières que le célébrant récite à l'autel pour convertir les espèces du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ; et son nom lui vient de la confection même de la sainte eucharistie, qui est appelée le sacrement par excellence.
S. Gélase et S. Grégoire le .Grand sont les principaux auteurs du sacramentaire de l'Église romaine. Le passage suivant de Walfrid Strabon (De reb, eccL c. xxii) assigne à chacun de ces deux papes la part qui lui appartient dans là rédaction de ce livre : « Le pape Gélase, cinquante-unième dans le catalogue, passe pour avoir mis en ordre les prières composées par lui et par d'autres. Les Églises des Gaules se servirent de ses oraisons, et elles sont encore reténues par plusieurs, et comme beaucoup de choses y paraissaient incertaines à raison de l'incertitude de leurs auteurs, et ne présentaient pas un sens complet, le bienheureux Grégoire prit soin de réunir tout ce qui offrait de suffisantes garanties, et ayant retouché ce qui était trop long ou peu conforme au bon goût, il composa le livre dit Des sacrements^ comme son titre l'indique. Que si l'on y trouve encore certaines choses qui s'écartent du but qu'il s'est proposé, elles n'y ont point été insérées par lui, mais il faut croire qu'elles y ont été surajoutées par d'autres moins soigneux. »
Nous trouvons à peu près l'équivalent dans la Vie de S. Grégoire^ par Jean Diacre (Lib. ii. c. 17). Mais ces deux auteurs supposent toujours que les deux grands pontifes ont travaillé sur des matériaux laissés par leurs prédécesseurs, entre lesquels nous devons citer notamment S. Célestin, qui siégeait en ^22, et S. Léon le Grand, qui le suivit de près et qui est connu pour avoir apporté de nombreux et notables perfectionnements à la liturgie (Honor. Augustod. Gemma anims. c. xlix) : ceci soit dit néanmoins sans rien piéjuger au sujet de l'attribution qui est faite à ce pape du sacramentaire dit léonien inséré en tête du
recueil des anciennes liturgie^s romaines de Muratori.
Si nous en croyons Gennade, cité par Da Gange (Ad voc. Sacraimentarium ^ des auteurs plus anciens encore, Salvien, Musaeus, prêtre de Marseille, et Yoconius, évoque de Castdlane en Mauritanie, auraient déjà composé des sacramentaires, sacramentorum volumina.
Pamelius est, croit-on, le premier qui ait publié par l'impression le sacramentaire de S. Grégoire, dans sa collection d'anciens manuscrits liturgiques {Liturgicon Ecclesig Lotinm. Colon. 1571. 2. in-^^j. La seconde édition est due à Angelo Rocca, qui le donna d'après l'exemplaire du Vatican et l'accompagna de scolies (Romae. 1797). Dom Hugues Ménard en fit une troisième en 16^2, à Paris, et l'enrichit de. notes très-érudites, et aujourd'hui encore très-appréciées. Voici, d'après cette dernière édition, le titre de ce vénérable monument liturgique : In nomine Domini hic liber sacramentorum de circulo ami expositus^ a S. Gregorio papa Romano e^m ex authentico libro bibliothecx cubicuH scri^ tus^ qualiter missa Romana celebratur.
2^ LE MISSEL, mis «aie. c Livre ecclésiastiqoa où est contenu l'office des messes, composé d'abord par le pape Gélase, puis disposé dans un meilleur ordre par S. Grégoire le Grand.! On voit par cette définition que nous empruntons à Du Gange {Glossar. Latin, ad voc. Mt»- $(j26\ que le missel primitif n'était autre que le sacramentaire dont nous venons de parler; mais ce missel, ainsi que celui des Gaules et d'autres encore que nous ne pouvons qu'indiquer dans ce rapide aperçu (V. Thomasii cûéices sacramentorum nongentis annis vetustioM^ Missale Gothicum^ missale Francurum^ miuck Gallicanum vêtus. Romae. 1680), ne contenait que le saint canon, les oraisons et les préfaces, c'est-à-dire, ce que leç évoques ou les prêtres devaient réciter ou chanter à l'autel. Ce (JM les diacres, les sous-diacres et les lecteurs étaient chargés de dire, chacun selon l'office de son ordre, était mis à part dans autant de livres spéciaux, dont le détail viendra un pea plus bas.
11 y eut plus tard deux autres espèces de missels : les uns qui , outre les éléments dn sacramentaire primitif, contenaient encore ce qui se chante au chœur, l' introït, le gradua VAlleluiay le trait ^ V offertoire^ le Soncttti, 1» communion. Les missels de cette sorte étaient destinés à l'usage des églises du second ordre, qui possédaient un diacre et un sous-diacre pour l'office de l'évangile et de l'épltre, maison nombre de chantres insuffisant, de telle sorte que le prêtre et ses ministres devant s'associer au chant du chœur, avaient besoin d'un missel renfermant tout ce qui s'y chantait.
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Enfin, vers le neuvième siècle, vinrent les lissels qu^on appela pléniers^ parce qu'aux léments que nous venons d^énumérer, ils signaient les leçons^ les épitres et les évangiles^ 'est-à-dire, qu^ils se composaient de tout ce iii était récité par le prêtre à Tautel, par les acteurs, diacres et sous-diacres à Tainbon V. Fart. Ambon) et par les chantres au chœur. j^ missels pléniers étaient nécessaires pour ss paroisses de la campagne où manquaient les linistres inférieurs. Aussi voyons-nous que, [oaod ils visitaient ces humbles églises, les ft'èques demandaient toujours, entre autres hoses, s'il y avait un missel plénier, si missamplenarium kabecU (Région, inquisit. n. x et ;i). Et dans leurs synodes, ils faisaient lire par e diacre après Févangile un avertissement enttignant aux curés et autres prêtres d'avoir un oissel de cette sorte (Inappend, Région, p. 602. -cf. Bocquillot. p. 215).
Ces missels étaient nécessaires aux simples Fâtres à cause des messes basses qui comlencèrent à être en vogue dès le neuvième ècle ; et plus encore aux curés de la cami^e, parce qu'alors il était défendu aux Iques de chanter dans l'église les leçons et ème y Alléluia {Capitul. lib. v. cap. 112). Les irés étaient même tenus de chailter le Sanctus ec le peuple avant de commencer le canon. ) n'est qu'au temps de Charlemagne que rtaios prêtres, pour abréger leur messe, se irent dans la tête de commencer le canon indant que le peuple chantait le Sanctus. Cet Dpereur si zélé pour le culte de Dieu fit lOn. 789), pour réprimer cet abus , une or- Mmance , que , en 858, Hérard, archevêque i Tours, renouvela pour sa province eccléastique.
Les bibliothèques publiques qui se sont enichies des dépouilles de nos anciens monasîres, contiennent encore beaucoup de missels es trois espèces que nous venons de passer en evue, et la plupart étalent encore toutes les ichesses de la calligraphie et de la peinture ont la patiente piété et l'habile main des Mines se plaisaient à les orner. Nous ne citeons pouf exemple que le célèbre missel du uitième siècle qui fut à l'usage de l'Église de lorence, et que possède aujourd'hui la bibliobèque Barberini à Rome (Lami. De erudit. poft. p. 124). Il est revêtu de lames d'ivoire cnlpté.
3» L'évangêliaire, evangeliarium^ ou evanlelitfarium, e^oqffiXiov.
Dans un article à part (Évangiles) qui nous ï«nnet d'abréger celui-ci, nous avons fait res- «ortir le respect que l'Église catholique a de tout temps professé et manifesté pour le livre «crèdes Évangiles. Nous ne parlerons ici que
au livre du diacre, contenant les évangiles qui
doivent être lus ou chantés à toutes les messes de l'année.
Dans les premiers siècles de l'Église, chaque Évangile était écrit dans un volume à part. C'est S. Jérôme qui, d'après les ordres du pape Damase, les réunit en un seul volume, et les disposa dans un ordre convenable à la liturgie (Honor. Augustodun. Gemm, anim. 1. n. c. 88). Car avant ce Père, c'est-à-dire, pendant les trois premiers siècles, les passages qui devaient être lus à la messe n'étaient point fixés d'avance, l'évêque les indiquait au diacre, à son choix et sur le moment même. Les différents volumes qui contenaient ces textes sacrés étaient confiés à la garde des lecteurs : ceux-ci étaient chargés de les soustraire aux regards des païens, qui plus d'une fois les livrèrent aux flammes (Easeb. Hist, eccL vin. 2 et 3), et de les préserver aussi des mains profanes des hérétiques (Optât. Milev. De schism, Donat. 1. II. — Augustin. Contr. Crescent, gram. m. 7). Ce n'est donc que depuis qu'il fut distribué par S. Jérôme selon les convenances de la liturgie, que ce livre s'est appelé évangéliaire.
Les évangéliaires destinés au service de Pautel sont de deux sortes ; les uns comprennent le texte complet et suivi des Évangiles ; et les passages qui doivent être lus à la messe y sont indiqués, soit par des notules marginales, soit par des tables ad hoc disposées au commencement ou à la fin du volume. Ils sont sans doute conformes au système de S. Jérôme ; et tel est un magnifique manuscrit grec de la bibliothèque de Saint-Marc de Florence (Lami.
p. 768), au commencement duquel cette circonstance est énoncée : Declaratio coniprehendens temporis evangeliorum lectionem^ et evangelisforum successionem^ undeque incipiunt^ et ubi iiesinunt. Les autres, au contraire, et ce sont les plus modernes, présentent un recueil de passages détachés du texte et appropriés à la série des dimanches et des fêtes.
On cite un grand nombre d'évangéliaires manuscrits, exécutés avec un grand luxe calligraphique, et dont plusieurs sont extrêmement respectables par leur orignie. Ainsi, il existe à Verceil un évangéliaire qui passe pour avoir été écrit de la main de S. Eusèbe évêque de cette ville au quatrième siècle ; il a été publié à Milan en 17^8 par Jean André Irico et à Rome par Blanchini en 1749 (Lami. Deerudit.apost, p. 498). S. Hilaire de Poitiers avait aussi transcrit un évangéliaire qui appartint plus tard à Perpétuus , évêque de Tours au cinquième siècle, lequel le légua à Euphronius d'Autun (V. ce testament dans le Spicilége de D'Achéry. t. v. p. 107; et dans Grégoire de Tours. Append. p. 1317). Mais il parait que ce legs ne fut pas exécuté, car on montrait dans le trésor
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de la cathédrale de Tours un évangélialre qu'on croit être celui-là môme.
La bibliothèque Vaticane possède (N® 1209) une Bible grecque, écrite sur trois colonnes et qui a été publiée par le cardinal Mai. Dans une savante dissertation lue à FAcadémie pontificale d'archéologie, le 14 juillet 1859, le P. Vercellone barnabite a prouvé que ce manuscrit est un des cinquante exemplaires qui furent écrits à Alexandrie d'Egypte par les ordres de Constantin et pjar les soins d^Eusèbe, pour le service des églises de Constantinople. 11 porte en marge des indications qui achèvent de démontrer sa destination liturgique, telles que dpyij, t£Xoç, X^ys, wôg, or^xe.
On a des évangéliaires du cinquième et du sixième siècle, le gothique d'Ulphilas, par exemple, le syriaque de la bibliothèque Laurentienne à Florence, celui de Saint-Germain des Prés. (V. Lami. op. laud. pp. 723. 731. 824. 828 et passim.)
4® LE LECTiONNAiRE, lectionartus ou lectionarium. C'est le livre qui contient les épitres et les leçons qui doivent être lues à la messe. On l'a encore appelé apostolus , parce que la majeure partie des leçons destinées à la messe étaient tirées des Épitres de l'apôtre S. Paul. Considéré à ce dernier point de vue, il a été désigné par le nom barbare d' « épistolier, » cptstolarium. Souvent aussi, il est nommé cornes : c Les ecclésiastiques, dit Papias, cité p ir Du Cange (Gloss. lut. voc. Cornes) appellent cornes le recueil des leçons célestes, » cornes vocatur ah ecclesiasticiscongregatio ccelestium lectionum. Pamelius {E/iist. ad Micrdog.) veut que ce livre ait été rédigé et nommé eûmes par S. Jérôme. Mais si le prologue de ce traité adressé à l'empereur Constance qu'a publié dom D'Achéry ISpicUeg. t. xiii. p. 253) est véritablement de S. Jérôme, il faudrait en conclure que le nom de cornes avait été attribué au lectionnaire bien avant ce Père. Quelques-uns pensent qu'il fut ainsi nommé, parce que les ecclésiastiques doivent l'avoir comme un fidèle et inséparable compagnon. C'est la pensée de Phocas le grammairien (Cf. Du Cange. loc. laud) :
Te loDginqua petens comitem sibi Terre viator Ne dubitet; parvo pondère multa vehis.
« Dans ses lointaines périgrinations, que le voyageur n'hésite pas à te prendre pour compagnon ; tu portes beaucoup de choses sous un petit volume. 9
£t en effet, les Épitres de S. Paul ont toujours été regardées comme le manuel des prêtres, qui ne doivent cesser de les lire et de se pénétrer de l'abondante et sublime doctrine qu'elles renferment.
Quelquefois les lectionnaîres contenaient en même temps les leçons tirées des prophètes, les
épitres et même les évangiles ; mais il y avait aussi des épistoliers ne renfermant que les épitres et des lectionnaîres pour les autres leçons exclusivement. Ainsi la bibliothèque de Magliabecchi (Magliabecchiana) à Florence poâëde plusieurs actionnaires grecs comprenant les épitres et les évangiles iwKjToXoeudyyiXia ou encore synaxaria^ livre des synaxes (Lami. p. 803 et passim) , et la Laurentienne des évangéliaires purs , autres que ceux dont nous avons donné la liste précédemment (Lami. p. 830).
5<» LE BENEDiCTiONNAiRE, benedictîonalis tiber: « livre ecclésiastique contenant les bénédictions à l'usage des évêques et des prêtres {Du Cange. ad hanc voc). > Dans les messes solennelles, il était d'usage de bénir le peuple avant de lui distribuer la sainte communion. C'est après l'oraison dominicale que Févêque prononçait la prière composée à cet effet, et il en est encore de même aujourd'hui. Il y avait une autre bénédiction pour la fin de la mess<i. Riban Maur (De instit. cleric. xxxiii) en parie dans son premier livre, mais il semble confondre cette bénédiction avec la collecte qui se récite après la communion , puisqu'il dit que c'est après cette oraison que le diacre congédie le peuple. Les anciens sacramentaires ne font mention que de la bénédiction qui se donnait après l'oraison dominicale, soit avant la communion.
Lambèce cite (Biblioth. Cstsar, t. ii. n. \k) un manuscrit de la Bibliothèque impériale auquel il attribue une ancienneté de mille soixante ans, et où, après le sacramentaire de S. Grégoire est inséré sous le nom de ce pape un bénédiction naire, ou recueil des bénédictions solennelles que Tévêque donnait au peuple avant la communion. Dans le. missel gotliique donné par Tomasi {Codices sacranunt. p. 263), et depuis par Mabillon sous le titre de UherMcnmentorum Ecclesias Gallicanae {!ter Italie. 1. 1. pars altéra, pag. 278) , il y a des bénédictions presque pour toutes les messes solennelles; il y en a aussi quelques-unes dans le missel gallican, mais elles sont différentes de celles qui sont rapportées dans le bénédictionnaire attribué à S. Grégoire, et que Lambèce a imprimé dans le deuxième tome de la Bibliothèque impériale. L'éditeur de la nouvelle édition des Œuvres de ce pape leur a donné place dans son supplément avec une autre copie beaucoup plus ample de ce bénédictionnaire, tirée de labibliothè que de Saint -Thierry près de Reims. U croit que ce qui a rendu les manuscrits de ce béné* dictionnaire extrêmement rares, c'est qu'il était détaché du sacramentaire , et qu'il faisait QO volume à part pour l'usage des évêques, à qui on le présentait lorsque le moment était venu de bénir le peuple ( V. dom. Ceillier. t. xvn. p. 343).
LIVR
LOCU
6' L- ANTIPHONAIRE , antiphonarium. C'est le ivre qui contient les intrcfit et les autres aniennes de toutes les messes de Tannée, qui ont chantées par le chœur. On Ta aussi appelé Mtatorium et en France graduale^ parce que e livre se plaçait sur un pupitre, gradus ou ndogium (Du Gange, ad voc. Cantatorium). . Grégoire le Grand est le principal auteur de mUphonaire romain, comme nous rapprenons e Jean Diacre {In ejus Vit. ii. 6) : Antiphonor itmcentonem cantorum studiosissimus nimis iHiter compilavit, « Il mit le plus grand soin compiler le centon antiphonaire, et le fit de i manière la plus utile pour les chantres. » lupert rapporte le même fait (De divin, offic. II. c. 21) : Gre,orius antiphonarium regulaïter centonizavit et compilavit.
Nous avons dit le principal auteur : car le îxte de Jean Diacre porte qu'il y avait dès rant le pontificat de ce Saint un antiphonaire l'usage de l'Église , et que S. Grégoire ne t que le corriger, soit en réformant les anémies qui ne lui paraissaient pas assez bien koisies pour être employées au culte de Dieu, ni en donnant plus de gravité et d'harmonie 1 chant: More sapientissimi Salomonis^ proter musics compunctionem dulcedinis; « à instar du très-sage Salomon, pour la douîur et la gravité de la musique ; » car ce ape était fort habile dans l'art de la musique. Pour assurer l'avenir du chant tel qu'il l'avait 6glé, il établit à Rome une école de chantres, t lui donna quelques terres avec deux maisons une près de Saint-Pierre, l'autre près de SainteandeLatran. Jean Diacre, qui avait vu cette cole encore en pleine vigueur , raconte que, le son temps, on conservait avec respect l'orignal de Pantiphonaire de S. Grégoire dans l'éjlise de Latran ; que l'on montrait le petit lit «r lequel il se reposait en donnant ses leçons léchant, la goutte et les autres infirmités dont létait atteint ne lui permettant de se tenir ni lebout ni assis ; et le fouet dont il menaçait ws petits écoliers.
La méthode de chant établie par S. Grégaire, uns! que son antiphonaire, furent reçus dans plusieurs provinces de l'Occident. Augustin, allant en Angleterre, emmena des chantres de %tte école romaine, qui, en passant dans les jViIes, instruisirent aussi les Gaulois ; mais ces premiers maîtres étant morts, le chant se cor- ^pit peu à peu, tant en Angleterre qu'en ^ance. Le pape Vitâlien ayant élevé Théodore lu siège de Cantorbéry, celui-ci emmena avec luiJean, excellent maître de musique, qui rétablit le chant en plusieurs endroits (Joan. Diac. t^p.laud. n. 8). Charle magne (Ibid. 9) voulant aussi se conformer au chant romain , laissa à ^e, en quittant cette ville, deux ecclésiastiques de sa suite auprès du pape Hadrien, afin
qu'ils se formassent dans les bonnes méthodes. (V. l'art. Chantres, et complétez-le par celui-ci.)
Quoique l'antiphonaire de S. Grégoire renferme toutes les parties de la messe qui se chantent en notes, on lui a conservé le nom de l'antienne que l'on chante au conmiencement, et qu'on appelle introït. Toutes ces antiennes, de même que les graduels, les offertoires et les communions^ sont aujourd'hui les mêmes que nous voyons dans l'antiphonaire de S. Grégoire. Il comme nce au premier dimanche de l'Avent et finit au vingt - troisième après la Pentecôte.
Nous avons énuméré dans cette rapide esquisse, les livres qui servent à la liturgie eucharistique, c'est-à-dire à la messe. C'était là tout notre but. La haute antiquité de ces livres, la sainteté de leurs auteurs, le soin avec lequel ils ont été rédigés, l'autorité sacrée de l'Église qui leur a donné sa sanction et les a constamment préservés de toute altération, comme renfermant le dépôt hiératique de ses traditions : tout concourt à faire de l'ensemble de ces livres, le plus vénérable monument du trésor de l'Église, après le canon des divines Écritures.
LOCUS, — LOCULU 8. — Le mot locus, pour désigner un tombeau , se rencontre fréquemment dans les inscriptions funéraires, tant profanes que chrétiennes, avec cette différence cependant que, chez les païens, il est presque toujours représenté par son initiale seulement, comme lf, locum fecit, — lfs, tocum ftcit sibi ^ — /lsvf, lorum se vivo fecit; et, en second lieu, qu'il accompagne une urne cinéraire (Pellicia. De eccl. polit, m. 199); tandis que, au contraire, les chrétiens l'écrivent en toutes lettres, locvs ou loca, et sur des tombeaux où reposent des corps entiers ; car on sait qu'ils restèrent toujours étrangers au système de crémation des anciens, et bien plus encore à ces horribles sépultures conununes appelées puticuli^ oh ceux-ci jetaient les cadavres des pauvres pêle-mêle avec ceux des animaux les plus immondes, pratiques païennes que repoussait le respect religieux des fidèles pour des corps promis à une seconde vie.
11 s'agit ici principalement des sépultures des catacombes : ce sont des niches oblongues creusées dans les parois des corridors et des cryptes, fermées par des tablettes de marbre, comme dans le dessin ci-contre (Perret, ii. pi. XLV. 3), qui présente une clôture de tombeau complète, avec son épitaphe et quatre des symboles chrétiens les plus usités, le monogramme du Christ, l'ancre, la colombe avec la branche d'olivier au bec, et enfin la palme.
Quelquefois le loculus est clos par des bri-
ques, ordinairemeat au nombre de oia, cimentées exactement avec de la chaux, afin que
outre, cimenté à l'une rase de^sang, (V, l'art. Sang
La figure fait des extrémités, dex martyrs.)
Voici un autre loculus dont deux des briques ont été enlevées, et laissent voir le cadavre, ce qui permet de se rendre un compte exact de ce genre de sépulture.
Ces clôtures de différente genres sont quelquefois désignées dans les inscriptions sous le nom de tahul^. (V. Buonarr. Vetri. Prefaz. ixxirv.) Le P. Marchi fait observer que cette forme de sépulture, modelée sur le tombeau du Sauveur, est exclusivement chrétienne, et dérive de la foi à la résurrection des corps (P. 59).
II s'est rencontré, au cimetière de Cyriaque, des loculi au nombre de vingt, qui, au lieu de présenter leur façade tout entière parallèlement a la voie, sont creusés dans la profondeur de la roche, de telle sorte que la tête est dirigée vers le fond et que les pieds seuls s'offrent à l'ouverture dd. tav. xiv). On conçoit les difficultés que durent rencontrer les foMo- ' re» pour exécuter ces gaines, et c'est ce qui explique pourquoi elles sont beaucoup plus spacieuses qne les antres.
Dans la langue archéologique, les tombeaux qui nous occupent s'appellent loculi, et il ne nous parait nullement (douteuxique ce nom
18 — LOCU
n'ait une origine biblique, Ineo que, dus b
livres saints, du moins dans la Vulgate, il s'applique spécialement au cercueil, comme, pir exemple, pour l'ancien testament, à la cùu où fut renfermée la momie de Joseph : Jbp>sitM est in locvlo m jEgypto [Gêna. l. 3i), et, pour le nouveau, au cercueil du fils ds h veuve de Nalm : Tetigil locvlvm {Jésus) ilnc. vil. 14). Cependant, les marbres portent idyiriablement locvs, et cette formule ertusurfment une des plus anciennes romme desplua simples que présentent les cimetières ebrétiens : locvs denehati, — locvs iovini Tloldetti. SS'i, — LOCVB PETBi svBDiAcoNi (Rein». :. bl\ et en grec ; todoc uiou- CAioc(Bosio.l. UI.C.61).
Très-commune en Italie, elle est plus rare dans la Gaule (Le Blant. t. 116}; L;on en fournit un exemple (De Boissieu. 597. lix): buoc
PEQVI II ESCET IN PACE BOHE || MOKEBU
[Memorix] prei.ecta. Souvent le mot locvsmI tendu, ainsi que le fait naturellemeiit supposer le nom du défunt au génitif: i^»- FB0IECT1 (Mai. ColUet. Vatk, t. r.
p.399), — vicToms {Aet S. V. p. 91).
Les tombeaux renfermant deux, trois m quatre corps, sont distingués par les mois, moitié grecs, moitié latins : bisohvs (Reinn. XX. kO), TRisoHVs (Bosio. 216), qvadhisoiivs (Fabretti. 552]. Ainsi, par exemple : uic esr Locvs QVEM SE VIVA [| CEOT[A BI50HV C0W»RATIT
(Boldetti. 53), c Ici est le lieu que Geobai acheté de son vivant pour un tombeau bison».* Mais ovAontsOHVs est le terme collectif le plus étendu que fournissent les marbres pour aractériser un tombeau à plusieurs cadivnt. On a cependant trouvé dans un même Locnn huit, et jusqu'à quinze corps, en certaiosli*»! oà la nature de la roche offrait assez de consistance pour permettre, sans danger d'éboulément, l'excavation d'une gaine si prttol« ;V, Marchi. 117), et on se trouvait raremeDl dans ces favorables conditions.
Le mot polyandre a été adopté par lee antiquaires modernes pour dësignerune sépullnn collective (V. Marchi. Archtl. p. 118), dépassant le pombre quatre.
11 y avait ordinairement trois, quabe,et j* qu'à douze rangs de loculi superposés; po*^ ménager la place, on avait soin de sépirM i*