‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 194 sur 266 · Benedict. Sœc. ii · texte numérisé non relu

Benedict. Sœc. ii

». Colomban fonde le célèbre mo- Luxeuil (Id. ibid. lib. viii).

. Ârède abbé laisse en mourant un bâti sur ses fonds près de Limoges, it gouverné avec une grande sagesse (Greg. Turon. Hist. Franc. 1. x.

Ruinart. p. 523).

^'insigne monastère bénédictin de é à Rome fournit au souverain ponssionnaires pour la conversion des is la conduite de S. Augustin apôtre terre. 11 y établit la vie commune noines attachés aux nouvelles Églienaient lieu de chanoines. (V. Baron.

rATlON D£S EGLISES CUnÉ-

1. — Des règlements remontant, , à Porigine môme de PÉglise, et fixés par la suite dans les Constitu- )liqu€s (il. 57. et les notes de Couîscrivaient que les églises fussent le façon que la porte regardât Tocque l'abside présentât sa convexité ainsi les fidèles, en priant, avaient oumé vers l'orient ; et la principale •euses raisons* mystiques qu'on a e cette disposition, c'est que nous •iger nos yeux vers le paradis tere Dieu avait placé à l'orient, afin ir en nous le regret de l'avoir perdu, e désir d'arriver au ciel, qui est le ilden.

'il en soit, il ne parait pas que cette

règle ait toujours été obligatoire, car nous savons par Socrate (Hist. eccL v. 21), par S. Paulin de Nola (Epist. xii Ad Sever.)^ par Eusèbe (Hist. ecd. x. 4) qu'il y fut dérogé dès les premiers siècles. Ces dérogations pouvaient, à la vérité, avoir leur motif dans la nécessité de protester contre certains hérétiques qui avaient imaginé de voir Jésus-Christ dans le soleil. Toujours est-il que tout système d'orientation peut trouver son modèle à Rome môme parmi les plus anciennes églises. (V. Cahier, dans ses Annal, de phil. chrét. t. xix. p. 352.) Ainsi : sanctuaire à l'est : Saint-Laurent hors des Murs, Ara Cœli, Saint-Paul ; au sud : Saint- Jean de Latran, Saint-Grégoire, et d'autres encore ; au nord , Sainte- Marie du Peuple , Sainte-Marie ai inonti, etc. ; à l'ouest : Saint- Pierre, Sainte-Marie Majeure, Saint-Clément, Sainte -Praxède.

On a dit que, pour conserver au moins l'esprit de l'usage primitif, on avait, dans les églises orientées à l'inverse, disposé l'autel de façon que le célébrant eût le visage tourné vers le peuple et par conséquent vers l'orient. Mais, dans toutes les basiliques de Rome, l'autel est ainsi tourné, quelle que soit leur orientation. On doit conclure de là que rien n'était invariablement fixé à cet égard.

ORPHEE (ses représentations dans les MONUMENTS CHRÉTIENS). — L — On rencoutro quelquefois dans les monuments chrétiens du premier âge la figure mythologique d'Orphée. Le cimetière de Saint- Calliste renferme les deux seules peintures représentant cet intéressant sujet qui soient parvenues jusqu'à nous : elles sont l'une et l'autre du môme style, et assez remarquables par leur élégance pour que Boldetti ait cru pouvoir les faire remonter au règne de Néron (Cimit. p. 26). Dans la première de ces fresques (Bosio. Rom. sott. p. 239. — cf. Bottari. t. ii. lav. lxiii), Orphée est placé au centre d'un octogone entouré de huit compartiments égaux, où sont peints alternativement des traits de l'ancien et du nouveau testament, avec des animaux se rapportant au sujet principal. Il est assis sur un rocher, entre deux arbres qui s'incUnent vers lui, et joue de la lyre au milieu de divers animaux sauvages et domestiques qui semblent l'écouter attentivement. On dirait que l'artiste, en exécutant ce tableau , ait eu sous les yeux celui qu'a décrit Philostrate (Imag. vi. ap. Bott. II. p. 64), et qui reproduisait sans doute le type reçu dans l'antiquité païenne; tant il existe entre l'un et l'autre de conformité quant à la figure, à l'attitude et au vêtement du principal personnage. « 11 est assis, dit le sophiste de Lemnos (Bottari. t. ii. p. 30), un léger duvet garnit ses joues, il est coiffé

ORl>H

de la tiare droite, relevée par le bord ; son ŒJl auDonce le génie et une inspiratioD divine.... Le sens tout religieux de ses chants respire dans l'expression de son visage.... Son pied gauche, appuyé à terre, soutient sa lyre, inclinée sur son flanc, et du pied droit il bal la mesure. ■ L'Orphée de Philostrats était encore, comme le nûtre, entouré d'arbres, d'oiseaux, d'animaux de toute espèce, car la Fable supposait que, par la douce harmonie de ses chants, non-seulement il attirait à lui les hommes et se rendait les dieux propices, mais encore qu'il apaisait le courroux de la mer , suspendait le cours des fleu et qu'à ses accents les arbres et les forêts tout entières quittaient leur place pour le

. Insecut» Orphea sylva

dit Horace (Lib, [ Carm. od. 12), et un peu plus loin ;

Mais le poète philosophe donne ailleurs l'explication rationnelle et positive de ces faits merveilleux, en assignant le motif qui avait fait attribuer une telle puissance à la lyre du chantre sublime. On sent ici le souffle de ce scepticisme qui, au temps d'Auguste, sapait le vieilles croyances :

Sylvestres homines sacer interpresqua Deorum Csdibus et victu fœdo deterruil Orpheus, Diclua ob hoc lenire tigres rabidosiiue leones (Dearf. poel. vers. 360).

■ Ctst pour avoir détourné du meurtre el de lu barbarie les hommes sauvages, se Taisant ainsi l'inlerprÈte des dieui, qu'Orphée est dit avoir adouci les tigres et les lions. ■

Manilius (Astron. lib. v. vers. 257) exprime d'une manière énergique la vertu de ses chants, en supposant qu'ils prêtaient la sensibilité aux rochers et des oreilles aux forêts :

Et seosus scopulis, et sylvis addidil aures.

Les données mythologiques ont été, ainsi que nous l'avons dit, exactement suivies dans les monuments des catacombes. Sur les arbres entre lesquels Orphée est assis, sont perchés un paon et d'autres oiseaux qui semblent comme suspendus à ses lèvres et captivés par les sons harmonieux de sa lyre, -autour de lui on remarque un lion, un ours, une panthère, un serpent, qui représentent les animaux sauvages; de l'autre côté, des animaux domestiques, un cheval, un mouton, une tortue et divers msectes. Il porte ta tunique deux fois

ceinte, au-dessous des rems et si et par-dessus le tagum.

Dans ce monument, comme dans tons les»très, chrétiens ou profanes, il a ces espèces de caleçons à la mode orientale appelés onaxjrm, lesquels se prolongeant jusqu'aux pieds, imment chaussure. Ici ce vêtement est garai, nr chaque jambe , d'une étroite bande d'étoBa d'une nuance distincte, semblable à ces bandei de pourpre (filavi) qu'on remarque si fréquemment sur les tuniques et les penulx des per sonnages des catacombes. La tiare dont sa titi est couverte se trouve encore mentionnée fu le raénie Philostrate dans la Vie d'ApoO>m<u (Lib. I. c. 25), et Rubenius dans son livre Df Tt vestiaria (Lib. ii. c. 16); observe, d'ïprts Bosio {Rom. lotter. lib. il. c. 35), qu'elle se voit sur les marbres antiques représentant te cbmtre de Thrace. Mais c'est une erreur, t«0^ pbée ne se trouve sur aucim sarcophage, nuis seulement dans les peintures murales. La mconde peinture du cimetière de Calliste (Bosio. p. 255. — cf. Bottari. t. ii. tav. lxx) diffire un peu de la première, quant aux accessoires. Elb se trouve dans le fond d'un monument arqut, ou arcosottum. Ici Orphée porte une tuniqu plus collante, à manches étroites, et le poUi'** ou peut-être un iogum très-long, lequel, ionbant des épaules, le couvre et l'enviroDiie dt la ceinture jusqu'aux pieds, tandis que dinsli peinture précédente ce manteau est fixé sur les épaules. Tel était le costume des musidsss. ainsi que l'atteste Horace (De art. poet. itt>. 215):

'rraxitque vagua per pulpîia vestem.

Tibulle (Lib. m. eleg. k. vers. 35) dowu » Apollon , dont la lyre est , comme on sait, I' principal attribut, le manteau descendant ja*qu'aux pieds, et Ovide {Fas(. lib. ti. vers. MI) l'exprime comme il suit au sujet d'uDJouW de lyre :

....Et ul libicina cœtum

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at, in longis vestibus ire jubet.

lugmenter le nombre de ses auditeurs, Lx de long. >

qui revient tout à fait à notre sujet,

(Stat. n. 7), parlant de la statue dit que son vêtement, des épaules jusqu^aux talons, et quUl était coiffé I persane comme dans notre peines genou gauche, il tient appuyée la

forme absolument semblable à celle tribuent soit les écrivains, soit les 3s gemmes et les médailles antiques, ente par sa forme de celle qu'il porte e fresque. Celle-ci est arrondie à sa èrieure et ses deux côtés forment ;es d^arcs, comme celle que décrit

(Lib. I Imag, n. 10. ap. Bott. loc.

lis que Tautre se termine par deux

s deux fresques de Saint-Calliste que is de décrire (On en a trouvé depuis isième), on peut citer une lampe d'are dans le grand ouvrage de M. Per- Catacombes (Vol. iv. p. 17. n. 1), où , représenté jouant de la lyre et enimaux divers. Quelques lampes du re figurent dans différents musées, 3ction du travîul qui s'y fait remare une époque de décadence. Le cantiques de la Bibliothèque impériale

une (Raoul-Rochette. Mém. sur les \). Le môme sujet se trouve aussi une pierre fine recueillie dans une chrétienne des citnetières romains, nachi {Origin, et aniiq. Christ, t. m.

2} signale comme faisant partie, au 1 écrivait, du musée Vettori. Nous

le témoignage de Pausanias (Lib.

ît alibi.), que, dans l'antiquité, pluites l'avaient sculpté en marbre et ronze. Il s'agit surtout ici de la sta-

à Orphée sur i'Hélicon, et qui a 1 toute apparence , de type à toutes de ce personnage qui nous sont parpoque romaine (Raoul-Rochette.

. 119). On sait qu'il figure au revers es médailles d'Antonin le Pieux et urèle, frappées à Alexandrie. (Zoega.

\ft. p. 181. n. 159. — Morell. Re- [.) Caylus, à son tour, a publié deux vées qui offrent à peu près la même tt, et qu'il présumait avoir été exéigypte [Recueil, m. pi. xiii. n. 4. et

XLViii. n. 1).

lis ce n'est pas sans quelque sur- » personnes peu versées dans l'étude lents primitifs du christianisme ver- :^anage mythologique d'Orphée reibsolument d'après les types anti-

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ques, dans un cimetière chrétien, au milieu des prophètes de la Bible et des Saints de la nouvelle loi. Pour dissiper une surprise, k quelques égards légitime, nous devons expliquer à quel titre il y figure.

Si, en .tant que fils d'Apollon, Orphée appartient à la Fable, il peut aussi à bon droit être considéré comme personnage historique, c^r il semble bien sévère, dirons-nous avec le savant abbé Greppo {Dissert, sur les laraires de l'emp. Sévère Alexandre, p. 22), de rejeter l'existence d'un Orphée. Or, il est un fait qu'il faut avant tout constater comme base de tout notre raisonnement : c'est que ce personnage était, dans les premiers siècles chrétiens, de la part des SS. Pères eux-mêmes l'objet d'un singulier respect, et comme d'une espèce de culte. Nous omettons ici les témoignages qui l'établissent ; ils viendront chacun en son lieu. Quand nous aurons emprunté tour à tour aux écrits d'Origène, de S. Grégoire de Nysse, de Lactance, de Théodoret et d'autres encore, des passages, pour nous rendre compte des motifs d'une telle vénération, nous aurons prouvé implicitement et surabondamment le fait de cette vénération elle-même.

Ces motifs, ainsi qu'il résulte pour nous d'une étude attentive de cette intéressante matière, se réduisent à trois principaux :

lo D'abord la conformité, sur beaucoup de points, des idées répandues dans les poésies attribuées à Orphée, avec la doctrine de la Bible et les mystères évangéliques.

Que les écrits d'Orphée ne remontent point, quant à leur forme actuelle, à l'époque où l'histoire a placé l'existence de leur auteur présumé, qu'ils aient été interpolés par une pieuse fraude dans des temps relativement modernes, c'est ce qui a été cent fois affirmé d'une manière, selon nous, un peu trop absolue par les antiquaires citramontains ; mais c'est là une question que nous n'avons pas à examiner : nous prenons, tel qu'il se présente historiquement, le fait de ^a vénération des premiers chrétiens pour le chantre de Thrace ; nous nous prévalons surtout, les monuments à la main, des honneurs publics qui lui furent rendus par les arts d'imitation, et nous recherchons les causes de ce double phénomène.

Cependant des critiques des plus autorisés en ces matières ont pensé que probablement ces poèmes avaient été rédigés d'après des sources antiques conservées peut-être par la seule tradiction (V. Greppo. op. laud. p. 22). Mais enfin si nous accordons que des interpolations relatives aux mystères de la foi chrétienne aient pu avoir lieu dans les premiers siècles, il ne nous semble nullement nécessaire d'avoir recours à la supposition d'une supercherie pour expliquer les sentiments religieux d'une si

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grande élévation qui respirent dans quelquesuns de ces hymnes, et surtout Texpression si nette du dogme de Tunité de Dieu qui s^y trouve reproduite sous les formes les plus variées et les plus poétiques. Il nous paraîtrait bien téméraire de taxer d'une crédulité puérile des hommes tels que S. Justin et S. Clément d'Alexandrie, qui ont cru qu'Orphée avait réellement professé et enseigné ces dernières doctrines. Sans se dissimuler le caractère si prononcé de polythéisme qui avait marqué la première phase de son existence, au point que, non content de donner son culte aux divinités reconnues, il en avait ajouté trois cent soixante nouvelles au catalogue déjà si riche du Panthéon des Grecs, vérifiant ces paroles du Deutéronome (Cap. xxxi) : Novi recentesque venerunt^ quos non colueruui p<Ures eorum ; le martyr S. Justin, qui, au deuxième siècle, avait passé de la philosophie platonicienne à la foi du Christ dont il devint bientôt un des plus vaillants apologistes, tient pour incontestable son retour à des idées plus saines, et le changement survenu notamment dans ses opinions au sujet de la nature et de l'unité de Dieu devrait, selon ce Père, être attribué à la connaissance qu'il avait acquise des livres de Moïse dans un voyage en Egypte (Justin. M. Ad Grœc. cohort, xiv). Il est essentiel d'observer que cette leçon d'histoire était donnée par l'apologiste chrétien aux Grecs, le peuple le plus éclairé de l'antiquité, et qui, connaissant mieux que nulle autre nation les poésies d'Orphée, n'eussent pas manqué de mettre sur le compte des interpolations,si elles eussent existé, les passages dont S. Justin se faisait une arme pour saper leurs vieilles erreurs.

Voici entre autres fragments rapportés par le docteur chrétien à l'appui de son raisonnement, les vers adressés par Orphée à son fils Musée pour redresser ses enseignements précédents. Nous citons à notre tour ce curieux passage dans la traduction en vers latins que nous trouvons dans divers recueils. (V. Aringhi. t. II. p. 561.)

Solis canto piis, procul, oh ! procul este profaui 1 Tu, Musaee, audi, lunae satestirpe silentis, Perniciosa prius, vitae adversa future, Ex me cognosti :sed nunc te vera docebo. Inspectans Verbum divinum, huic totus inhaere. Pectoris hoc mentem sacri, gressusque gubema. Incedens recta, Regemque hnnc orbis adora. Unicus est , per se existens, qui cuncta creavit.

a Je chante pour les seuls pieux, arrière les profanes I — Toi; Musée , écoute , descendant de la lune silencieuse! — Les doctrines pernicieuses te sont venues de moi précédemment contre la vérité de la vie future ; — Maintenant je te donnerai un enseignement plus juste , — Contemplant le Verl)e divin, adhère à lui pleinement. — Forme d'après ce

principe ton esprit et tes démarches ; — avec droiture , adore ce Roi de Tunivers unique, existant par lui-même, lui quiac choses. »

A l'exception du second vers qui . Musée une extraction quelque peu tous les autres, le dernier surtout, si admirable exactitude, nous pourrions dire d'une rigueur théologique irrép Le témoignage de l'illustre prêtre drie n'est ni moins clair ni moins < que celui du martyr-apologiste . Voici c au sujet de la conversion opérée dan:

d'Orphée sur la Divinité (Clément. A!

adgent,.,,) : « Le Thrace, interprète d sacrées et poète en même temps d'CEagre, Orphée, après avoir enseig gion des Orgyres et la théologie d chanta, bien qu'un peu tard, une sa nodie. i Ici sont rapportés des verse:

sur la nature de Dieu, des idées an celles de l'hymne donné par S. Justii

Théodoret (Lib. m De princ. x. 1) n serve un fragment qui offre des poin prochement vraiment frappants ave trine de l'Évatigile sur la grande magnificence divines. Pour que l'c établir le parallèle, voici d'abord m de la première Èpitre de S. Paul à oii l'on surprend à chaque ligne le m< d'idées, et souvent les mêmes e?

(1 Tim, VI. 15. 16) : Beatva et sdwf regum^ et Dominus dominantium :

habet immortalitatem et lucem inhal cessibUem; qiAemnullus hominum vid videre potesty eut honor et imperium num. Amen^ « Le seul puissant, lèse rois, et le Seigneur des seigneurs; possède l'immortalité, qui haJ)ite ud inaccessible, qu'aucim homme n'a peut voir, à qui est l'honneur et l'en l'éternité. Amen. »

Nous traduisons maintenant les \ hués au sublime poète de Thrace :

« Dieu est parfait, lui qui a parfai toutes choses ; — Il voit tout, et il n à l'œil d'aucun homme de le voir; vu de personne, parce nous sommes c de brouillards extérieurs, — Et que ture mortelle, la faiblesse de nos ori entraves de notre chair s'y opposent dant au sommet de l'Olympe, asa trône d'or, — Il foule de ses pieds h étend sa main jusqu'aux dernières l'Océan;... Bien qu'il réside dans le sans lui ne se fait aux profondeurs d< — Il régit la tête, le milieu et la fin

2« La vénération des premiers pour Orphée s'explique en second liei opinion, fort répandue parmi eux, qu

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5 sibylles, il était auteur de prédictions véribles sur IMeu et sur Jésus-Christ, son Fils. .Augustin atteste cette croyance, en circulaon de son temps, et ne dit rien qui autorise à ipposer qu'il s'inscrive en faux contre elle Augustin. Contra Faust, lib. xvii. cap. 15) : ibyllds et Orpheus de Filio Dei aut Pâtre vera Ti^ixisse^ seu dixisse perhibentur^ « Les siylles, ainsi qu'Orphée, passent pour avoir préit, ou dit des choses véritables sur le Fils de lieu. • Et il faut convenir qu'aux yeux des alens qui cherchaient la lumière, comme à eui des nouveaux convertis, des témoignages e cette nature devaient avoir une singulière )pce, car celui d'Orphée venait coïncider avec ne foule d'autres pronostics qui préoccupèent si vivement le monde avant la naissance e Jésus-Christ, de l'annonce d'événements xtraordinaires, d'une ère nouvelle, d'un nouel âge d'or, etc.

Qui oserait traiter légèrement, par exemple, ette tradition si connue, selon laquelle Auluste, après la réponse qu'il avait reçue de la lythie de Delphes, bâtit sur le Gapitole, à la ilace même où s'élève aujourd'hui la vénéraile église de Santa Maria d'Ara cœli, un autel .vec cette dédicace: Ara. Primogeniti. Dei. V.Joan. Antioch. lib. x. p. 98, dans le vingtr roisième volume des Écrivains de Vhist. byonline, — Suidas, ap. Fabric. Biblioth, grxc. d?oc. Uesychius^ etc., etc.)

Qui n'a entendu parler des prédictions de la ibylle Erythrée, dont les vers acrostiches, raduits en latin par Cicéron bien des années lyant la naissance de Jésus-Christ, sont cités iTec tant de respect par le grand Constantin Uns son fameux discours Adcœlum Sanctorum Ap. Euseb. orat. Ad cœl. SS. cap. xviii. xix;.

Qui ne sait le parti que tiraient les premiers détiens, et Constantin lui-même, dans la haiDgue dont je viens de parler, de la quatrième ^logue de Virgile, où ils croyaient reconnalre l'annonce de la venue du Messie ?

l-Itima Cumaei veoit jam carminis aetas; Magnus ab integro ssculorum iiascitur ordo. Jam redit et Virgo, redeunt Satumia régna; Jam nova progenies cœlo demittitur alto.

« Déjà est arrivé le dernier âge de roracle de lûmes; — Un grand ordre de siècles s'ouvre inté- Nement. — Déjà la Vierge est revenue, et le *gne de Saturne revit ; — Déjà une nouvelle pro- {éoitnre est envoyée du haut du ciel. »

Bien souvent cette pièce a été mise en pa- ^èle avec quelques - unes des prophéties ^^Isale, et Lactance, celui de tous les écrivains <H:lé8iastiques des premiers siècles qui fut «Ht-ôtre le plus versé dans la littérature ro- '^e, en cite plusieurs vers auxquels il attri-

bue ce sens, et dit de Virgile (Lactant. Divin, inst. VII. 24. 1. 5) ces remarquables paroles : Nostrorum primus Maro non longe fuit a veritate^ € Maro, le premier d'entre nous, ne fut pas loin de la vérité. » Quoi qu'on puisse penser de cette opinion, il est certain que tous les efforts des commentateurs pour saisir le véritable objet de ce petit poème sont restés jusqu'à ce jour sans résultat satisfaisant; et, d'une autre part, il n'y a rien dans l'horoscope virgilien, sauf quelques expressions mythologiques, qui ne puisse rigoureusement s'appliquer à la naissance du Sauveur du monde. 11 n'est pas impossible que Virgile ait connu les livres sacrés des Hébreux d'une manière quelconque, peut-être par la version des Septante, qui lui est antérieure de beaucoup, et qui était répandue dans toutes les parties du monde romain.

3» Venons à la troisième raison qui a, selon nous, inspiré aux premiers chrétiens l'idée de rendre à Orphée, par les arts d'imitation qui sont toujours plus ou moins la fidèle traduction des idées en cours dans la société, des honneurs publics qui nous étonnent aujourd'hui, et qui seraient en droit de nous surprendre bien plus encore, si nous ne savions que ces honneurs ne sont que relatifs, et qu'on ne doit y voir que TefTet de la contrainte qui, par la pression qu'elle exerçait sur l'Église naissante, la mettait dans la nécessité de revêtir des mille travestissements de l'allégorie le culte qu'elle rendait à son Dieu. Orphée était donc aux yeux des fidèles une figure, et les plus brillantes lumières de l'Église, telles que Théophile d'Antioche et S. Clément d'Alexandrie, avaient vu dans le personnage, ou, si l'on veut, dans le mythe d'Orphée adoucissant les bêtes féroces au son de sa lyre, une image symbolique du Dieu fait homme attirant à lui tous les cœurs par le charme de sa parole ; et, ce qu'il y a de particulièrement remarquable, c'est que Jésus-Christ semble avoir annoncé lui-môme cette attraction divine qu'il devait exercer : Ego si exaltatus fuero a teira^ omnia traham ad meipsum (Joan. xii), c Quand je serai élevé au-dessus de terre , j'attirerai tout à moi. » Les livres prophétiques de l'Ancien Testament, et en particulier ceux d'Isaïe, nous tracent un tableau des merveilles qui doivent se réaliser à l'avènement du Messie, qui rappelle tous les effets prodigieux attribués par l'antiquité à la lyre du chantre de Thrace, et nul doute que ces sortes de rapprochements faits chaque jour par les chrétiens, beaucoup plus adonnés que nous ne le sommes aujourd'hui à la lecture des livres divins, n'aient puissamment contribué à rendre populaire et presque sainte cette figure à travers les voiles de laquelle ils voyaient et vénéraient leurSau-

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veur. Tout ce que les poètes ont dit d'Orphée maîtrisant pour ainsi dire la nature entière par ses harmonieux accords, aussi bien que les peintures tracées par la main des artistes, ne semblent-ils pas comme un reflet de ces prophétiques paroles d'Isaîe sur le divin rejeton de la tige de Jessé? (Is. zi. 6 seqq.)

« Sous son règne, dit le prophète, le loup habitera avec Tagneau, le léopard reposera auprès du chevreau, la génisse, le lion, labrebis demeureront ensemble, et un petit enfant suffira pour les conduire. L'ours et le taureau prendront la môme nourriture*, leurs petits dormiront Pun près de l'autre ; le lion et le bœuf iront aux mêmes pâturages. L'enfant à la mamelle se jouera avec Taspic ; l'enfant nouvellement sevré portera la main dans la caverne du basilic. Ces animaux ne nuiront plus et ne tueront plus sur la montagne sainte, parce que la science de Dieu, inmiense conmie la mer, inondera la terre. >

Après avoir commenté ce passage du plus sublime des poètes bibliques, Lactance {Instit. lib. VII. c. 2k) le met en parallèle avec plusieurs fragments de la sibylle de Cumes et de rÉrythrée, qui s'en rapprochent par les plus frappantes analogies. Obligé de restreindre ce travail dans certaines limites, nous renvoyons le lecteur studieux au livre des Institutions divines du savant apologiste.

Les plus illustres des anciens Pères se sont appliqués à faire ressortir et à expliquer l'irrésistible ascendant, la force secrète et toutepuissante qu'exerçait le Verbe divin sur les cœurs pour les adoucir et les civiliser. Et, d'abord, S. Jérôme (Hieron. In Malth. ix. 19) : « Certainement l'éclat et la majesté de la divinité voilée, qui rayonnait sur sa figure humaine, était bien capable, au premier aspect, d'attirer à lui ceux qui le regardaient. Si, en effet, l'aimant et le succin ont la force de s'unir par l'attraction des anneaux, des pailles et fétus, combien plus le Seigneur de toutes les créatures ne pouvait-il pas attirer à lui ceux qu'il voulait ! »

Mais ce qui est plus digne encore d'attention, c'est que, dans un autre endroit, le même Père (Hieron. l. m. In c. xxi Matth.) s'exprime, au sujet de la puissance du regard et de la majesté toute divine du Rédempteur, presque dans les mêmes termes que Philostrate, en retraçant la physionomie d'Orphée. « L'œil d'Orphée, dit Philostrate (V.plus haut), annonce le génie et une inspiration toute divine.... Le sens religieux de ses chants respire dans l'expression exaltée de son visage, i Laissons maintenant parler, dans sa belle langue, le solitaire de Bethléem au sujet de Jésus, le véritable Orphée : Igneum quiddam^ atque sidereum radiabat ex oculis é«us, et divinitatis

majestas lucebat in fade^ « Quelque cb et de céleste rayonnait de ses yeux, jesté de la divinité resplendissait su sage. 1 Origène développe des idées i dans sa vingtième homélie sur le v vième chapitre de S. Matthieu.

S. Clément d'Alexandrie va plus loi Après avoir parlé d'Orphée et du qu'on prêtait à ses chants, il fait voir plus irrésistible encore et bienfaisai parole de Jésus. ■ Mais la puissance chantre à moi, dit-il, ne se borne pa vulgaires prodiges ; il est venu conuni rateur rompre la dure servitude, bri rannie que le démon faisait peser sur mes ; et nous attirant doucement sou suave et bienfaisant de la religion piété envers Dieu, il rappelle vers notre véritable patrie, nos cœurs inc la terre. Lui seul, oui, seul de tou phées, il a su dompter les animaux le ficiles à vaincre, c'est-à-dire les bon oiseaux, qui représentent les honmie:

les serpents, qui sont les traîtres ; les rapaces. Les pierres, les rochers, les ; sont les insensés ; mais plus insensibi rochers est l'honmie, entravé par Vi{ Eh bien! toutes ces bêtes si cruelles, res si dures, les chants célestes de n veur les ont transformées enhonmies mansuétude. Voyez quelle est la puisi accents du nouvel Orphée, qui des fait des hommes, et des bêtes féro( des hommes doux et débonnaires. • ( Alex. Cohort, ad gent,)

Eusèbe, dans son panégyrique de C (De laud. Constantin. Magni. xy), { choses à un point de vue un peu difl applique d'une manière curieuse et él symbole d'Orphée à Notre-Seigneu:

Sauveur des hommes, dit-il, par lin du corps humain qu'il a voulu unir l nité, s'est montré envers tous salutair faisant, comme l'Orphée des Grecs, l'habileté de son jeu sur la lyre, ap et domptait les bêtes féroces. Les Gre chantent ces prodiges, et croient qu cents inspirés du divin poète non-s agissaient sur les animaux, mais em chaient les arbres, qui, à sa voix, i leur place pour le suivre. Ainsi en « parole du Rédempteur, parole pleine vine sagesse, qui, en s'insinuant dan; des hommes, y guérit tous les vices, ture humaine, adoptée par lui, résc sa main comme un luth sublime, chs vit, enchante, non point des animaux raison, mais des créatures humainet reçu du ciel une âme intelligente ; eU adoucit les âpres mœurs des Grecs et

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tares, met un frein aux instincts les plus désordonnés et les plus féroces. »

U serait aisé de multiplier les citations établissant, ainsi que celles qui précèdent, que la primitive Église a regardé Orphée comme une figure de Jésus-Christ. Mais en voilà assez pour notre but, et ceux qui seraient désireux de pousser plus loin cette étude, pourraient consulter, entre autres écrivains de Tantiquité chrétienne, S. Grégoire de Nysse {Orat. in Ikcamer.); S. Irénée {Advers. haeret, 1. v. c8); S. Jean Chrysostome (Homil. xii In cap. n (rênes, homil. xxiii In cap. vi. homil. xix iBCop. ix) ; S. Léonce, évoque de Chypre {Cont. Mr. 0pp. t. v) ; Cassiodore ( In psalm, xui), etc.

Nous ne devons pas omettre de rappeler ici foe, sous le nom d^Orphée, on a quelquefois âéâgné David, le roi prophète et psalmiste, fà est universellement reconnu pour une des %ares les plus incontestées de Jésus-Christ. (Test ce que nous apprenons notamment de Georges Pisides, diacre de Constantinople, qui, au septième siècle, écrivait un poème en vers iambiques sur la création du monde {De mundi fife. Bibliùth. PP. t. viu). Voici l'amplificaion que donne le poète de ce verset de David, ^xtmdens cœlum sicut pellem^ c Vous étendez es cieux conmie un pavillon » (Psalm. cm.

Tu pellis instar explicavisti polum Namque tuus Orpheus fila contrectans lyrae Deum canentis, nuncupat pellem polum.

« Tu as développé le pôle à l'instar d'une peau, air ton Orphée faisant vibrer les cordes de sa lyre lui chante Dieu, appelle le pôle (Le ciel) une peau [Un pavillon). »

Enfin, pour donner une idée aussi complète ({ue possible de Pincroyable richesse de conceptions gracieuses et poétiques qu^out fournies iuiz SS. Pères et aux écrivains ecclésiastiques en général la merveilleuse histoire du chantre deThrace, ainsi que les miracles de sa lyre, tanmscrivons encore deu^ lignes de S. Justin, complétant le passage cité plus haut (Cohort. Qddrwc. loc. cit.), et où l'apologiste compare les boffimes justes et vertueux f à des instruments de musique, à des lyres dont les cordes, vil>nnt sous le divin archet descendu du ciel, foit pénétrer jusque dans le plus intime des ^ors les enseignements célestes, » Atque iia diniiiim de cœlo plectrum descendens^ quasi iitUTummto quopiam citharx alicujus^ vel lyrx^ l'tfitjiMtûiUens dttnnarum nobis et cœlestium f^^mm coynitiones revelaret.

lu. — "^ous en avons dit assez pour expli- ^T la présence de Timage d'Orphée dans les ^^tières chrétiens des Catacombes. Mais si ^ premiers fidèles avaient besoin d'être justi-

fiés par des raisons nouvelles du reproche d'idolâtrie que, à défaut de réflexion, on pourrait être tenté de leur adresser à ce sujet, cette justification leur serait fournie par S. Augustin qui, dans son livre de IsiCitéde Dieu (Lib. xviii. c. 14)„ fait observer que si Orphée, Musée, Linus, ainsi que d'autres personnages de l'antiquité profane et fabuleuse, étaient adorateurs des idoles, ils ne reçurent jamais eux-mêmes les honneurs divins : Orpheus^ Musxus, Unus^ etc. y Deos coluerunt^ non pro Diis culti sunt.

En effet, l'hommage le plus élevé et le plus significatif qu'il ait reçu parmi les païens est celui sans doute que lui rendit l'empereur Sévère Alexandre, en l'introduisant, au rapport de l'historien Lampride (Alex. Sev. xxix), dans son laraire ou chapelle domestique, en compagnie d'Apollonius, du Christ, d'Abraham, d'Alexandre le Grand, étrange association qui, mieux qu'aucune autre chose, peut servir k caractériser Tesprit de ce siècle de transition, où le polythéisme, partagé entre des erreurs anciennes qui lui échappaient et des croyances nouvelles qu'il repoussait, doutant de lui et de son génie, et ch«îrchant partout ailleurs qu'en lui-môme la foi qui lui manquait, essayait d'établir entre des opinions opposées une sorte de compromis bizarre, et s'efforçait d'accoupler des noms ou des images, comme pour concilier des doctrines.

Or, bien que les statues des personnages cités par Lampride fussent placées dans le grand laraire, lararium majus, supérieur en dignité au tarariumsecundum, qui n'étaitprobablement ^Greppo. Laraires de Sév. Alex. p. 32) qu'une salle de bibliothèque ou un musée destiné à recevoir les bustes des grands hommes ; il ne parait pas que Ton soit autorisé à regarder comme des honneurs divins ceux qu'il partageait avec le conquérant macédonien, avec le sophiste de Tyane, et qui ne pouvaient avoir le caractère d'un culte d'adoration proprement dite que pour Jésus-Christ, associé à des noms si disparates par suite d'un inqualifiable éclectisme.

Ajoutons, en finissant, que cette vénération pour Orphée, si elle se tenait dans de justes bornes, n'était pas aussi opposée à Tesprit du christianisme qu'on pourrait le croire au premier abord. Bien des gens s'étonneraient si on leur montrait, par des témoignages cependant irrécusables, combien étaient larges les idées des premiers chrétiens, et surtout celles des plus anciens auteurs ecclésiastiques sur le salut des gentils qui ont eu la connaissance de Dieu et ont observé la loi naturelle.

On ne peut songer à rassembler ici les textes des Pères, et notiunment des Grecs, qui viendraient développer cette doctrine. (Voir à ce su-

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jet la troisième dissert, de D. Calmet sur VÈpitre aux Roniaim^ et Tart. Gentils dans son Dictionnaire de la Bible.)

Qu'il suffise de rappeler que plusieurs d'entre eux, se fondant sur ces paroles de la première Epitre de S. Pierre (m. 19) : His qui in carcere erant spiritibus veniens prxdicavit, c II alla (Jésus-Christ) prêcher aux esprits qui étaient en prison, » ont pensé qu'un certain nombre de gentils avaient reçu la prédication du Fils de Dieu aux enfers, durant le séjour qu'il y fit dans l'intervalle entre sa mort et sa résurrection. Nicetas, sur le quarante-deuxième discours de S. Grégoire de Nazianze, raconte une singulière histoire dans laquelle Platon, apparaissant à un chrétien qui parlait de lui conmie d'un impie, lui apprit qu'il avait été le premier à croire alors à sa parole.

Quoi qu'il en soit du fait en lui-môme, vrai ou supposé, il constate l'opinion des premiers siècles sur le salut des gentils, puisqu'il était admis comme ne répugnant point à la foi. Il en est de môme de cette autre tradition qui supposait que l'empereur Trajan avait été délivré des peines de l'enfer par les prières de S. Grégoire le Grand. (V. Estius, in lib. iv. dist. 46, 241. — V. aussi la curieuse dissertation de

l'abbé Émery sur la mitigation des peines des damnés.)

Nous ne nous étonnerons donc plus de cette espèce de culte rendu à Orphée par l'antiquité chrétienne ; car si, d'un côté, il reposait sar des idées exagérées de sa valeur comme prophète, de la conformité de sa doctrine aveccelle des livres saints, et de plus sur des rapprochements quelquefois un peu arbitraires, quoique toujours ingénieux, entre lui et le Sauveur, question que, encore une fois, nous n'avons point à examiner ; d'un autre côté, il avait aussi a source dans un sentiment de tolérance hirge, non moins qu'éclairée, dont aujourd'hui bien peu de chrétiens seraient capables : les uns le dépassant hors de toute raison, les autres ne sachant pas l'atteindre ; étroitessed'espritd'une part, oubli des droits de la justice de l'autre : chez tous, manque de connaissance exacte et pure du véritable esprit du christianisme: Nesâtis cujus spiritus estis (Luc. xj. 55).

ORJPHELIIV8 (soin des). — V. l'art. À^ mâne, 5».

OSTENSORIUN. — V. l'art. Ambon.

PAIN EUCHARISTIQUE. - I. — Nature du pain eucharistique. Le récit des trois évangélistes, S. Matthieu (xxvi), S. Marc (xiv) et S. Luc (xxii), suppose évidemment que notre Sauveur se servit de pain azyme ("Al^ufioç, « sans levain d ) pour instituer la sainte eucharistie : car cette institution suivit immédiatement la manducation de la pâque, où le pain levé était interdit : Erat enim prima dies azymorum (Matth. XXVI. 17); et cette interdiction durait autant que les solennités pascales.

Néanmoins, bien qu'il semble plus convenable d'imiter en cela Jésus-Christ dans la célébration du saint sacrifice, l'Église a toujours tenu qu'il n'eut point l'intention d'obliger ses apôtres et leurs successeurs à préférer le pain azyme au pain levé. Si le Seigneur prit du pain azyme, c'est qu'il n'y en avait pas d'autre sur la table où il avait soupe avec ses disciples. Aussi, en racontant l'institution de l'eucharistie, les évangélistes et S. Paul lui-môme se contentent-ils de dire qu'il prit du pain, sans expliquer s'il était levé ou sans levain, ce qui

indique assez que l'un et l'autre était propre au sacrement.

Nous ne voyons rien dans l'histoire des apô» très qui puiisse nous autoriser à penser qu'ils aient donné à l'une de ces espèces de pain une préférence exclusive. Les fidèles de Jérusalem {Act. II. 46) c se rendaient tous les jours dans le temple dans l'unibn du même esprit, et J persévéraient dans la prière ; et rompant ^ pain dans la maison, ils prenaient leur noa^ riture avec joie et simplicité de cœur. > Ces paroles doivent s'entendre des repas de charité (V. l'art. Agapes) que faisaient les chrétiens dans leurs assenâblées publiques. Or il n'est pas probable qu'ils eussent deux espèces de pain dans ces réunions saintes, du pain difO^ pour l'eucharistie, et du pain commun poorle* agapes : car il n'y avait alors ni loi ni coutume qui exigeassent une telle différence. Toflt porte donc à croire que les apôtres et leurs disciples usaient indifféremment de l'un et de l'autre, selon les temps, les lieux et les pe^ sonnes ; que dans l'Église de Jérusalem et dans

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très où le plus grand nombre des fidèles aient encore, ils célébraient avec eux la e Pâques avec des pains sans levain, soit e sacrifice, soit dans le repas commun ; que, dans les autres temps où les Juifs eaient du pain levé, et dans les Églises itions que la loi des azymes n^atteignait , ils se servaient de pairts levés et consait ceux qui leur étaient offerts par les s.

auteurs ecclésiastiques ne fournissent le preuve qu'il en ait été autrement pênes huit premiers siècles. On ne surprend ! pas dans leurs ouvrages le moindre in- Kjuvant servir de base à une conjecture à Pusage du pain azyme à Texclusion du evé, ou réciproquement. Si Ton pouvait • quelque créance à l'histoire que racones anciens scolastiques, Alexandre d'Aacrement. euch. p. iv. art. 1) et S. Thofn IV Sent. dist. q. 11. a. 2), au sujet des [tes, on y verrait à bon droit la preuve 3Utes les Églises se servirent d'abord de zyme dans les saints mystères, et qu'elles ptèrent ensuite le pain levé qu'en haine îs hérétiques qui, se croyant tenus aux lonies de l'ancienne loi autant qu'à l'Éle, offraient des pains azymes dans leurs ires. Mais la saine critique a, depuis longs, rejeté cette histoire, que le cardinal

ne craignait pas de traiter de fable, et l'a été fabriquée que mille ans, et plus, l'événement qu'elle suppose.

IX qui ont avancé que cette innovation due au pape Alexandre I«>', qui siégeait )9 et que S. Irénée donne pour le. cinae évoque de Rome, ne sont pas mieux 18 : car ils n'apportent à l'appui de leur 3n aucun témoignage de quelque valeur ; { actes de ce saint pontife ne renferment D mot qui soit relatiif à ce prétendu décret, contraire, les plus anciens Pères, à pari S, JustÂn {Apolog, ii), parlent du pain eustique comme d'un pain commun et orra. Nous devons dire néanmoins que le ignage de cet apologiste, ainsi que ceux hrénée (iv. 34), de S. Grégoire de Nysse f. in bapt. Christ,), de S. Cyrille de Jéru- 1 (Catech. m) et de quelques autres que îite ordinairement pour cet objet (V. Gran- . Les ancien, liturg. p. 567), ne nous pa- 9nt pas aussi concluants qu'on le suppose : [uand ils disent, comme S. Irénée ( Et le ige des autres est identique) : a Ce n'est un pain commun, mais l'eucharistie, > il vident que ce terme, pain commun, est ici oyé par opposition à ce qu'il devient par (Dsécration, mais ne désigne pas plus du levé que du pain azyme, lis TertuUien voulait bien certainement

parler du pain commun quand il disait à sa fenmie dans la prévision qu'après lui elle contracterait de nouveaux liens {Ad uoDor. ii. 5) : c Si votre époux (Païen) sait que ce que vous mangez avant toute nourriture est du pain, croira-t-il que ce pain est celui que l'on dit? » L'expression de S. Ambroise, ou de l'auteur quelconque du livre Des sacretnents (iv. 4) est plus claire encore : c Vous me direz peut-être, jugeant par les apparences, que c'est le pain que je mange ordinairement : Meus panis est usitatus. 9 S. Grégoire trouva une femme incrédule de la présence réelle, parce qu'elle reconnut dans le pain consacré que le saint pontife lui présentait celui qu'elle avait ellemême offert après l'avoir pétri de ses mains (Joan. Diac. In Vit. Greg. lib. ii. cap. 41). Et de ce fait particulier, on peut conclure que la pratique générale était d'offrir du pain ordinaire pour la sainte eucharistie .

C'est à tort qu'on a conclu du sixième canon du seizième concile de Tolède tenu en 693 que dès lors le pain azyme était exigé ; ce décret porte sur la forme du pain, plutôt que sur sa nature : • On ne mettra plus de pain sur l'autel pour le consacrer, s'il n'est entier, propre, et fait exprès ; i or ces qualités conviennent aux deux espèces de pain.

11 y a cependant ici une prescription nouvelle : c'est que le pain destiné à être consacré ne doit pas être pris au hasard parmi les pains communs, mais fait exprès, panis ex studio pr^paraius, et avec un soin tout particulier. Or, tout pain fait de fine fleur réunit ces conditions de netteté et de blancheur, nitidus, qu'il soit azyme ou levé.

Il y a beaucoup d'apparence qu'au neuvième siècle il régnait encore une complète indifférence entre l'une et l'autre de ces espèces de pain, dans l'Église grecque comme dans rÉglise latine. Car si, à cette époque, les Grecs eussent été attachés à l'usage du pain levé, adopté par eux certainement depuis le sixième siècle (Bona. De reb. liturg. i. 23. g 7), et très-probablement dès l'origine, et les Latins au pain azyme, est-il probable que Photius, si attentif à récriminer contre l'Église de Rome pour des bagatelles, telles que l'usage où étaient les ecclésiastiques latins de raser leur barbe, eût manqué d'adresser un reproche au pape Nicolas I**" sur un objet aussi important que la matière de l'eucharistie?

De tout ceci on peut conclure que l'usage exclusif du pain azyme pour l'eucharistie ne s'est établi dans l'Eglise latine que dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre Photius et Michel Cérulaire, qui consomma le schisme commencé par Photius.

Ce temps comprend à peu près deux siècles, et suffisait pour former une coutume ayant

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orce de loi dans TÉglise où elle était suivie. Du vivant môme de Photius, il y avait déjà dans rOccident des prêtres et môme des Églises qui se servaient de pain azyme de préférence au pain levé. Le témoignage d'Ildefonse, évoque d'une Église d'Espagne en est une preuve pour son diocèse et peut-être pour l'Espagne tout entière ; celui de Raban Maur en est une pour l'Allemagne, et nous ne nous rendons pas compte des doutes de quelques liturgistes à cet égard, et particulièrement de ceux du savant et judicieux Bocquillot {Uturg. de la mesfie. p. 286); panem infermtntatum est une expression assez claire .

Quoi qu'il en soit, voici comment on suppose que ce changement s'opéra peu à peu :

11. — Forme du pain eucharistique. Depuis longtemps, les fidèles, et principalement les ministres de l'Église, prenaient un soin particulier des pains destinés à être offerts à l'autel. 11 parait même que dès le quatrième siècle , ces pains étaient de figure ronde ; S. Épiphane l'affirme positivement \^C{. Grancolas. Les aticien. liturg. p. 561); Sévère d'Alexandrie les appelle cercles {In ordin. miss.)^ et, dans le récit du miracle de S. Omer, le moine Ison désigne de môme Thostie de la messe. L'auteur des dialogues publiés sous le nom de S. Gésaire (Dia/. m) dit que le corps de Jésus-Ghrist dans le ciel a ses organes et ses membres, mais que sur Tautel il est rond. S. Grégoire appelle ces pains couronnes^ et Surius, dans la vie de S. Othmar, qui vivait au huitième siècle, rapporte {Ad xvi nov.) que (juand on ouvrit son tombeau, on trouva sous sa tête de petits pains en forme de roues, panis rotularis, qu'on nomme communément oblations. Le concile de Tolède, dont nous avons cité plus haut un passage, porte en outre que le pain préparé pour l'autel devait être petit, modica oblala^ net et fait exprès.

Dans la suite, le relâchement s'étant introduit, les messes basses devinrent communes, les ministres même cessèrent de communier à la grand'messe : autres raisons de diminuer les pains. Pour les faire plus petits, plus nets et plus commodes, on inventa des fers dès le neuvième siècle. (V. Mabillon. De azymo.) On ne saurait néanmoins conclure absolument de l'usage de ces fers , que les pains qu'on y cuisait fussent sans levain ; car les Grecs s'en servent aussi ; mais il est probable qu'ils contribuèrent beaucoup à amener cette pratique.

Bien que ces pains azymes fussent de petite dimension dès les premiers temps où l'usage s'en introduisit, on ne doit pas se les figurer minces et déliés comme ceux qui se font de nos jours, ils avaient assez d'épaisseur pour qu'on pût facilement les rompre pour la communion (les fidèles ; et il en était encore ainsi

au douzième siècle : « Pour nous, dit le a dinal Humbert {Epist. ad Léon. Àcrid, ~i Bocquillot. 288), nous offrons au saint autel i petites hosties faites exprès de fine fleu saines et entières, et, après la consécratii nous les rompons pour nous communier noa mêmes et aussi le peuple, i

Pour porter la sainte communion aux mal. des, on rompait une hostie dont on preoa seulement une parcelle, et non une hostie ei tière. Ce fait consigné dans les coutumes c Gluny (1070), prouve une fois de plus que l'i sage des premiers siècles relatif à la dimei sion de ces pains persévéra longtemps du l'Église.

Les pains d'autel étaient ronds partout, ma assez différents par leurs formes accessoire comme il parait par le cinquième coDci d'Arles, tenu dans le courant du sixième si* cle , et qui prescrit que les oblations offertes l'autel soient faites uniformément dans tou la province. On trouve dans Bocquillot, Gra; colas; etc., beaucoup de détails sur cet int ressaut sujet pour les siècles du moyen âge ' les temps modernes, qui n'entrent pas dai notre tâche.

Cependant, nous ne résistons pas au plais de mettre sous les yeux du lecteur, d'ajffi dom Martène {De antiq, monachor. ritih. n. 8 la description des précautions et cérémonM respectueuses qui accompagnaient ches 1( moines la confection des hosties.

On faisait des hosties, dans les monastère toutes les fois qu'on en avait besoin. Il y an néanmoins deux époques principales dcstioé< à ce travail, savoir : un peu avant Noftl « avant Pâques. Faisons observer en passa qu'il fallait, pour que ces pains durassent longtemps, qu'ils fussent, conmie nous Yvm dit, épais et solides.

Les novices triaient le froment sur une tabl» grain par grain ; on les lavait ensuite et on l< étendait sur une nappe blanche pour les faii sécher au soleil. Celui qui les portait au moi lin lavait les meules, se revêtait d'une aulx et mettait un amict sur sa tête.

Le jour de faire les pains étant venu, tro prêtres ou trois diacres, avec un frère conver après Toffice de la nuit, mettaient ées soi liers, se lavaient les mains et le visage, s peignaient et récitaient en particulier dai une chapelle l'office de laudes, les sept psaunw et les litanies. Les prêtres et les diacres, rev' tus d'aubes, venaient dans la chambre où confection des pains devait avoir lieu ; le frèi convers y avait déjà préparé le bois le pli sec et le plus propre à faire un feu clair. Tj» quatre, ils gardaient un silence absolu; 1" répandait la fleur de farine sur une table poW propre, réservée exclusivement à cet usa^i *

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is bords étaient relevés ^n de contenir u'il jetait sur cette fariae, pour délayer !. C'était de l'eau froide, afin que les

fussent plus blanches. Le convers, avec 'jata , tenait le fer, et faisait cuire le^ , six à la fois. Les deux autres coupaient mes hosties avec un couteau fait exprès, aesure qu'elles étaient coupées, ent dans un plat couvert d'un linge

Ce travail durait longtemps dans les s communautés, et néanmoins se faisait

Cet usage a duré dans les monastères u quinEiëme siècle. [V. aussi dom Claude t. Diittrt. sur Us mots Messe et Corn- .. p. 163.) On consultera encore avei ■ur la question du pain eucharistique, ■'ante dissertation du P. Sirmond, Dis-

de azymo, stmpeme in altarit usu fuei Latinos. Paris. 1651. Aux pages 131, 123 de cet opuscule, l'auteur donne le des pains eucharistiques chez les Laet les Grecs, les Syriens et les Alexan-

118 (multiplication des). — Ce miracle :6- Seigneur est reproduit si souvent imonuments primitifs, qu'il est presque 1 de citer. Nous renvoyons pourtant à la : Lzuv de Bottari, qui retrace le type D, Notre-Seigneur imposant une main pains, l'autre sur des poissons qui lui ésentés par deux de ses disciples, et à js sont des corbeilles renfermant les Ud sarcophage du Vatican (Id, pi. iix) e une variante digne d'être notée : les ont à terre dans trois corbeilles sur es le Sauveur étend sa baguette, tan- 1 place la main gauche sur les poissons otfre un disciple. (V. la figure ci-des-

représentation avait plusieurs sens ques :

e rappelait la résurrection future : de '

AKTIQ. CHHÉT.

même qu'il fut possible k Jésus-Christ de multiplier les pains, il ne sera pas plus impossible

à la toute-puissance divine de rendre à leur état primitif les corps des hommes.

2° L'Église voulut aussi par \k engager les fidèles à remercier Dieu de la multiplication des fruits de la terre pour le passé; et à la lui demander pour l'avenir. Aussi au quatrième dimanche de carême ofi se lit, d'après S. Jean, le récit de ce miracle, trouvons-nous ces paroles k la préface de la messe, dans le sacramentaire de S. Grégoire : Et te creatorem omnium de pr^Ierttïg fructibus gtorificare, et de ventuTis suppliciler exorare : ( Il est juste et convenable.... et de te glorifier, toi créateur de toutes choses, pour les fruits passés, et de tesupplierhumblement pourles fruits futurs. • De la considération des biens temporels, les fidèles devaient s'élever à celle des biens spiritueb, de là cette oraison de la cinquième semaine après la Pentecdtc, oil vient le récit de la multiplication des pains selon S. Marc ; Te dvce tra^aeam^ts per bona (emporalia, vi non omittamva xlerna, t Que, sous ta conduite, passions à travers les biens temporels, de façon à ne pas perdre les biens éternels. > On 'oit ainsi que les peintures des catacombes et [es églises primitives concouraient avec les prières de la liturgie à inspirer aux chrétiens les mêmes sentiments de piété.

S" L'Église voulut encore exciter les fidèles à rendre grâces à Dieu de les avoir placés au nombre des élus et des vrais enfants d'Abraham, en multipliant le nombre par l'adoption obtenue en Jésus-Christ, Ceci ressort de l'épltre de ce même quatrième dimanche de carême pruntée à la Lettre de S. Paul aux Galateê. f Mais le principal motif, était de mettre is cesse sous les yeux des fidèles l'image du miracle perpétuel de la multiplication du pain céleste pour la sanctification de leur ime dans l'eucharistie. C'est pour cela que, des deux multiplications opérées par Notre-Seigneur, on ne voit ordinairement représentée la seconde, qui fut faite sur des pains de froment, tandis que la première eut pour objet du pain d'orge. (V. l'art. Evcharistie.) En opérant ce miracle, Notre-Seigneur a presque toujours une baguette à la main (Buonar. Vetri. VIII.); sur un sarcophage donné par Bot- (iii. p. 201), on remarque cette circonstance particulière que de la main du Sauveur, l'a pas de baguette, s'échappent des rayons ont atteindre chacune des corbeilles, au nombre de trois. Les principales classes de monuments où ce sujet se trouve représenta sont les peintures, les sarcophages (V. Bosio. passim.), les pierres sépulcrales (Perret, vol. v, pi. XLVii. IS), les verres historiés (Buonamioti. loc, laud.), les mosaïques (Ciarapini. Vêt. mo-

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