IV. — Attributs particuliers à chacun des deux apôtres
1 . Attributs de S. Pierre. Ils sont tous affirmatifs de sa prééminence sur les autres apôtres.
Ainsi 1® de nombreux monuments, peintures, mosaïques, sculptures, nous le montrent avec les clefs en main, ou dans l'acte même de les recevoir du divin Maître (V. l'art. Clefs de S. Pierre) : c'est une traduction figurée des promesses faites par le Sauveur à celui qu'il établissait chef de ses apôtres et de son ÉgUse : Tibi dabo claces regni cœlorum (Matth. xv. 19).
2° On sait que, voulant préluder à ses souffrances par un exemple d'humilité, notre Sauveur lava les pieds de ses apôtres (Joan. xiii. 5). Or, quand ce fait est représenté dans nos monuments antiques, c'est toujours S. Pierre, et S. Pierre seul', qui est mis en scène. (V. l'art. Passion de Notre- Seigneur.) Un sarcophage d'Arles le fait voir manifestant par ses gestes et par l'animation de son visage son étonnement et sa confusion, comme dans le texte sacré : « Vous, Seigneur, me laver les pieds, à moi ! w Dumine^ tu mihi lavas pedes ! (Joan. XIII. 6.)
3° S'il est représenté avec S. Paul, dans les fonds de coupe par exemple, souvent Tartiste
le distingue par quelque marque particulière destinée à montrer que, bien que coUègaes dans l'apostolat, S. Pierre et S. Paul ne sont pas égaux. Quand ils sont figurés en buste (V. Bottari. tav. cxcvu), vêtus l'un et l'autre de la lacema^ ce vêtement , qui est uni pour S. Paul, est orné chez S. Pierre d'une bordait de perles ou de calliculx tout autour du cou; quand ils sont assis (V. Boldetti. p. 197. n. 8), S. Pierre occupe une chaire à dossier, tandis que S. Paul n'a qu'un simple banc ou tubd- Hum. £t en général, quand ils paraissent s'entretenir ensemble (Garrucci. Vetri. xi. v. 2), S. Pierre fait ordinairement un geste d'illocution ou présente d'un air impérieux un volume à son interlocuteur, celui-ci au contraire écoute attentivement, fait de la main un signe d'adhésion ou l'appuie sur le volume qu'A tient sur ses genoux.
Si S. Pierre est représenté avec tous les autres apôtres, comme dans la mosaïque do baptistère de Ravenne (Ciampini Vet. mon. I. p. 23^), en outre de l'emblème caractéristique des clefs, il est coiffé d'une espèce de tiare, tandis que tous les autres ont la tête nue ; dans une des fioles de Hona (Mozzoni. VII. p. 84 B.), dont le disque est orné des bustes des douze apôtres, S. Pierre. à la droite du Sauveur, porte une couronne radiée qui le distingue de ses collègues dans l'apostolat. Dans les bas-reliefs, les mosaïques, et ailleurs, toutes les fois que Notre-Seigneur , au milieu de ses disciples choisis, leur confère ses pouvoirs, c'est invariablement à S. Pierre qu'il remet le volume déroulé, symbole du souverain pouvoir d'enseignement et de direction qui lui est donné, non-seulement sur les agneaux^ mais encore sur les brebis. (V. Bosio. Sarcoph. passim.} Ailleurs, toujours sur les sarcophages, le divin Maître en Bon-Pasteur, entouré de ses douie apôtres et de douze brebis qui les figurent, caresse tendrement de la main une brebis plus grande que les autres et qui correspond exactement au prince des apôtres (Bottari. cxxxi) Quand l'Église est figurée sous l'emblème du navire, comme dans la lampe de Florence qne nous avons citée, ou dans quelques pierres gravées (Borgia. De cruce veUt. Frontisp.),c'fi$i S. Pierre qui manie l'aviron.
4® Mais voici qui est bien plus important encore pour attester la croyance des siècles primitifs à la primauté de S. Pierre. Moïse, chef de l'Église judaïque et législateur des hébreux était la figure de Pierre, vicaire de Jésus-Christ et chef visible de l'Église chrétienne ; ou plutôt le second n'était que le continuateur du premier, comme le nouveau testament était le complément de l'ancien. C'est là une vérité dont la tradition était constant^
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vulgaire parmi les premiers chrétiens, et li était souvent développée dans Pensei^neent des Pères. (V. Part. Mdise.) Telle est Torioe des innombrables reproductions de la ^re de Moïse dans les monuments chrétiens. t ces représentations le prennent presque lujours dans le trait qui constitue la plus vive tssemblance entre le rôle du Moïse ancien et ilui du Moïse nouveau, c'est-à-dire la perission du rocher d'Oreb. Ici, en effet, le raprochement n'est pas arbitraire, il est préinté par S. Paul lui-même (1 Cor. x. 4) : « Les raélites buvaient l'eau jaillissant de la pierre,
cette pierre était Jésus-Christ, » Pelra aumttat Chiistus. Moïse tire du rocher une eau d étanche la soif des Hébreux, Pierre fait illir du vrai rocher, « qui est le Christ, » la urce mystérieuse de la grâce qui arrive aux lèles par les canaux des sacrements. Une linture vraiment merveilleuse, découverte iguère dans une crypte du cimetière de Calite, qu'on a surnommée la chambre des saements^ déroule cette doctrine sous nos yeux ms une série de tableaux disposés avec un t infini. En premier lieu, on y voit Moïse, 1 plutôt S. Pierre, frappant le rocher mysti- 16 ; du fleuve qui s'en échappe un personnage isis retire un poisson au bout d'une ligne ï. la figure à l'art. Pécheur) : c'est l'image de i conversion d'un idolâtre par la vertu de la race découlant du flanc du Sauveur; plus >iii, dans cette môme eau divine, ce môme omme est baptisé par un ministre debout evant lui et appuyant sa main sur la tôte du éophyte pour la triple immersion (V. la figure
l'art. Baptême)] à quelque distance encore, n prêtre, étendant les mains sur un pain et un oisson, consacre la sainte eucharistie (V. la igure à Fart. Eucharistie) ; et enfin sept peronnages assis à une table prennent part au Bstin sacré, où ne figurent comme précédemaentque le pain et le poisson.
Mais quelque palpable que soit cette déttonstration, nous avons des monuments qui
I rendent plus certaine encore. C'est d'abord in fond de coupe (Boldetti. p. 200. — Garrucci. av. X. 9) où la détermination du personnage rappant le rocher se trouve fixée par le nom Qôme de Pierre, petrvs, écrit dans le champ t encore par la conformité parfaite de la tète vec le type traditionnel du prince des apôtres. '6 même type n'est pas moins reconnaissable ans la plupart des sculptures de sarcophages ^ le sujet qui nous occupe se trouve reproduit, t, pour qu'on ne puisse pas s'y méprendre, a point de comparaison est ordinairement Tert tout à côté, l'arrestation de S. Pierre, et tôte de cet apôtre et celle de Moïse frappant rocher sont absolument identiques.
II y a plus encore dans le bas-relief d'un
sarcophage magnifique et vraiment précieux sous tous les rapports, monument du quatrième siècle découvert il y a peu d'années à Saint- Paul hors des murs. (V. ce monument à Part. Sarcophages.) On y voit d'abord S. Pierre au moment où Notre-Seigneur lui annonce sa chute, et en môme temps la prière qu'il adresse à son Père pour que la foi de son vicaire, une fois converti, n'éprouve plus de défaillance. Le coq est à ses pieds, ce qui ôte toute hésitation sur l'attribution du personnage de S. Pierre. Le prince des apôtres porte à la main la verge, symbole de l'autorité qui lui est confiée et qui n'est jamais attribuée, dans nos monuments, à aucun autre apôtre (V. aussi Bottari. tav. Lxxxv). Un peu plus loin, il fait usage de ce sceptre pour frapper le rocher mystique dont on voit sortir une eau abondante. C'est la divine parole annoncée par Pierre au jour de la Pentecôte. La synagogue se scinde en deux parts: d'un côté, ceux des Israélites qui accourent avec avidité aux eaux vivifiantes du Christ; de l'autre (Et ceci est l'objet d'une troisième scène), ceux qui, fermant les yeux à la lumière, conspirent contre Pierre, le saisissent par le bras et le traînent devant les tribunaux des scribes {Act. apost. xii). Et ici encore Pierre tient la verge du commandement dont, libre ou captif, il ne se dessaisira plus. Allegranza {Opusc. p. 177) donne une pierre antique chrétienne très-curieuse, qui fait voir le Bon-Pasteur entouré de douze figurines en pied qui ne sont autres que les douze apôtres. Or, le premier à droite est reconnu pour S. Pierre à la verge qu'il tient à la main.
5® En se prévalant contre la primauté de S. Pierre de la position respective qu'occupent les deux apôtres, dans les différentes classes de monuments, soit l'un par rapport à l'autre, soit tous deux par rapport à ISotre-Seigneur, quand ils sont représentés à ses côtés, les hétérodoxes ont mis les écrivains catholiques dans la nécessité d'accorder beaucoup d'importance à une question archéologique qui en offre assez peu par elle-même.
La droite était-elle, chez les anciens, réputée la place la plus noble , et de ce que S. Pierre occupe quelquefois la gauche, est-on en droit d'en inférer qu'il était regardé dans la primitive Église comme inférieur à S. Paul? Telles sont les questions qui ont exercé les auteurs les plus graves depuis Pierre Damien {Opusc, xxxv), S. Thomas (Lect. i In Galat.). Durand {Rat. div. off, vu. 24), Molanus {Hist. SS. imag. m. 24), De Marca {De primat, Petr. Opusc. ap. Baluz. n. 21), Allatius {De eccL Occid. et Orient, consens, p. 86), Mabillon {De re diplom,)^ jusqu'au P. Garrucci et à l'abbé Polidori. Sans entrer dans la discussion du premier point en litige où le pour et le contre
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peuvent étru soutenus, nous dirons, quant au second, qn'alors iiiênie qne S. Pierre serai', toujours placé à gaucliu, ce fait ne prouverai', rien contre sa primauté établie par tant d'auties argunieiits; on en pourrait cnnclure (ou: an plus que les artistes avaient en vue, bien moins les peinUires en elles-mêmes que les spectateurs, par rapport auxquels ce qui i^i. à droite dans le dessin se trouve à gauche Vi réciproquement. Et encore cette interpréta-tion est-elle superflue; car les monuments le^plus anciens qui soient en notre possession, les verres dorés, doiment, ix peu près sans exception, la droite à S. Pierre et la gauclit à S. Paul. Ce n'est que plus tard que, com^ munÉment dans les sculptures et les mosaT^ ques, et plus tard encore, mais constamment, dans les plombs des papes, cet ordre fut interverti. (V. Mamachi. t. v. p. 503.) On ne saurait supposer assurément au souverain pontife l'intention de constater son intériorité sui les sceaux mêmes destinés à imprimer te cachet de l'authenticité aux actes de son autorité souveraine comme successeur de Pierre et vicaire de Jésus-Christ.
6° Un dus attributs les plus ordinaires de S. Pierre, c'est la croix et, communément, la croix gemmée qu'il tient de la main gauche, appuyée contre son épaule, tandis que de la droite il reçoit de Notre-Seigneur le volume déroulé. C'est là le type commun dans les sarcophages, les pierres sépulciales, les mosaïques et les verres dorés. La statue de bronze que nous avons reproduite plus haut porte la croix monot,'rammatique. L'attribut de la croix fait allusion au genre de mort de cet apôtre, et le monogramme, qui n'est autre chose que l'abréviation du nom du Christ, rappelle entre ses mains le pouvoir qui lui avait été donné d'opérer des miracles par la vertu de ce nom auguste: a Je n'ai ni or ni argent, dit-il à cet infirme qui implorait sa pitié à la porte du temple, mais au nom de iësus-christ de Nazareth, lÈve-toi et marche. » {Act. m. 6.) Un sarcophage de la crypte de S. Maximin (V. Monum. sur l'apost. de Sie Madeleine. 1. 1. col. 757) offre, dans la résnrreclion de Tabithe, un intéressant exemple de l'exercice de ce pouvoir du prince des apôtres. (V. l'art. Tabilhe.,
II existe aussi à Ferme, en Italie (V. Amico ctitt. vil. 397), un tombeau où tous les sujets représentés en bas-relief sont relatifs à la vie de S. Pierre.