‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 210 sur 266 · I. — Les discours · texte numérisé non relu

I. — Les discours

1» Les discours adressés aux fidèles parles orateurs chrétiens furent appelés tour à tour, tractatus (Optât. Milev. Contr. Parmen, 1. iv et passim. — Ambros. epist. xiv. Ad MarceUin.— Hieron.£p. lxv. etc.); ce nom s^appliquait surtout aux discours qui avaient pour objet rexplication de quelque passage de rÉcriture;— dapuiationes (Augustin, tract, lxxxix /n ioon. — Hieron. epist. xxii. AdEustochAb)^ quidésignail plus particulièrement les discussionsdesapôtres avec les Juifs ou les gentils, et plus tard celles des Pères avec les hérétiques ;— doctrine, Si5»xaX(ai : ce mot qui exprime proprement 1 expo sition de la doctrine, fut employé de préférence par les Pères grecs, les Latins donnèrent souvent le nom de docteurs à ceux qui se li\Taient à ce genre d'instruction (Augustin. S^rm.cxiu. — Vincent. Lirin. Commonii. xxvii);— ftofwïi/. du grec ô[xiX(at , équivalent aux sermona des Latins (Augustin. Enarrat. in ps. cxviii. Proœm.j, étaient des instructions familières et à la portée de toutes les intelligences; le mot adlocutiones ou locutiones^ souvent employé par les Pères, a une signification vague et générique (Tertull. De anima, ix. — Greg. Magn. 1. vu. epist. 52\

2® Avant de commencer son discours, le pré dicateur traçait le signe de la croix sur son front. C'est assurément à cet usage que S. Methodius (De Simeon. et Anna) fait allusion, quand il appelle une de ces homélies navem sermonis crucis signacuh insignitam, c Le navire du discours orné (Ou muni) du signe de la croix. » Les Pères se munissaient surtout de ce signe sacré quand ils avaient à disputer avec les hérétiques (Cyrill. Hierosol. Cotech, xiii). L'orateur prononçait ensuite une courte prière, à l'exemple de S. Paul : Sermoni oratio débet anteire , dit S. Chrysostome {Homil. xxviii), sic Paulus facit^ quum in eœordiis4M' rum Epistolarum oral, « Le discours doit être précédé de la prière : Paul en use ainsi quand il prie au début de ses Épitres. » De là ces formules si fréquentes dans S. Augustin : Del nobis Dominus ofcrire mysteria {Ad psalm. xa et cxxxix). — Donet mihi aliquid dignum de se dicere^ « Que le Seigneur nous donne d'ouvrir les mystères, » c Qu'il me donne de dire quelque chose de digne de lui. * Il se recommandait aussi aux prières de ses auditeurs: Adjuvet Deus orationibus vestris^ ut ea dicaa. quœ oportet me dicere et vos oudiVe, « 0«^ Dieu exauce vos prières, afin que je dise ce qu'il faut dire et ce que vous -devez entendre. » 11 adressait de nouvelles prières à Dieu, pour implorer ses lumières, quand, dans le cours de son instruction, il se présentait quelque question difficile. Enfin il ter* minait ordinairement par une invocation à la Ste Trinité. Soient pour exemples, panni

PRÉD

PRÉD

les Grecs, S. Grégoire de Nazianze : In Christo ]au Domino nostro^ cui gloria et Patri cum Spiritu sancto in sxcula sxculorum. Amen; et, parmi les Latins, S. Léon : Per Christum Dominwn nostrum^ qui vivit et régnât cum Pâtre et Spiritu sancto in sxcula ssculorum. Amen. (V. Ferrari. De rit. S. concion. cap. xxii.)

3» En certains lieux, le prédicateur débutait parle salut, Pax vo(/is, auquel le peuple répondait : Et cum spiritu tuo. C'est ce que les Ccnstitutions apostoliques appellent 7:p6apT)aiv. S. Optât dit que cette formule était usitée en Afrique tant avant qu'après le sermon. Elle était quelquefois remplacée par celle-ci : Benedictas Deus , c Dieu soit béni, t (Ghrysost. homU. IV Ad Antioch. pop. ) D'assez bonne heure l'usage s'établit de demander la bénédiction à l'évéque président, S. Ghrysostome atteste (Homil. nr. xi. etc.) que cela se pratiquait surtout dans les temps de grandes calamités; et, chez les Grecs, nous trouvons souvent en tête des homélies des Pères et des Vies des Saints cette formule : hM^tjo^^ nd^tp, Benedic^ pater (V. Ferrari, cap. ix), « Bénissez, père. 1

4«> Avant la lecture de l'Écriture sainte qui précédait toujours l'instruction, les diacres, à l'instar des lévites de l'ancienne loi (2 Esdras. nii. 7;, imposaient silence au peuple (Ghrysost. hom. xix In Act. apost. — Greg. Turon. Hist. Franc, liv. rv. prop. fin. — Isid. Hispal. De eccL off. c. x. etc.), soit de la voix (Ghrysost. Hom. xvii), soit de la main (Albin. Flacc. Ue divin, offic. c. De celebr. miss.)^ soit en agitant Vorarium, principalement dans les Églises 3rien taies (Balsam. Ad can. xxii synod. Laoitc). Nous savons aussi que, avant de prendre la parole, l'orateur lui-môme réclamait le silence. Nous en avons plusieurs exemples dans les Actes des apôtres : ainsi au douzième chapitre (Vers. 17), il est dit de S. Pierre lAnnuens 5« manu ut ta(erent, narravit^ « Leur faisant ie la main signe de se taire, il raconta ; » an reizième chapitre (Vers. 16) : Surgens autem ^aulus, et tnanu silentium itidicem , ait.... Paul se levant, et imposant silence de la main, larla ainsi. » Les orateurs, dans l'antiquité, «posaient silence à leur auditoire, tantôt par e petit bruit aigu qu'on obtient par la presion du pouce sur le médius, tantôt en éle- &nt l'index et le médius , comme pour la énédiction latine, tantôt en étendant la main Qtière avec dignité : Tune Paulus^ extenta lanu, coBpit rationem reddere {Act. xxvi. 1), lors Paul, étendant la main, commença sa istification (Devant Agrippa). »

5« Ordinairement, le prédicateur énonçait, es le début de son discours, le sujet qu'il allât traiter (Ghrysost. De Lazar. m) ; quelqueîis on annonçait, plusieurs jours à l'avance,

soit le sujet lui-môme, soit encore le texte qu'on se proposait de développer (Id. homil. X /n c. I Joan.). En montant au lieu d'où il devait prêcher, l'orateur portait à la main le livre saint, afin de lire ou de faire lire son texte par le lecteur, texte qui devait toujours avoir rapport au temps ou à la fôte ; il quittait le livre et le reprenait alternativement quand il avait quelque nouveau passage à citer. Les Pères prêchaient quelquefois ex abrupto sur le texte qui se présentait à l'ouverture du livre. G'est ce qui arrivait souvent à S. Augustin qui acceptait ce texte comme une inspiration divine (Homil. xxvii. 1. 50) : Aliquid de pcenitentia dicere divinitus jubemur^ « Il nous est divinement enjoint de vous dire quelque chose de la pénitence; t et ailleurs {Serm. lxiii) : Ab illo (Domino) expectavit cor meum jussionem pro^ ferendi sermonis^ « Mon cœur a attendu du Seigneur l'ordre de vous adresser ce discours. » Origène improvisa aussi, mais seulement après sa soixantième année (Euseb. vi. 36). S. Ghrysostome n'osa aborder cette périlleuse méthode que dans des cas tout à fait urgents (Sozom. viii. 19), coacius ex tempore habuit rationem. Nous savons aussi par plusieurs de ses homélies qu'il lui arrivait souvent de s'interrompre pour suivre une inspiration soudaine, ou pour répondre aux exigences de quelque incident imprévu (Homil. iv In Gènes.). S. Augustin, S. Grégoire de Nazianze, S. Basile ont laissé des chefs-d'œuvre d'improvisation. Ges discours étaient recueillis par des notaires, familiarisés avec l'art de la sténographie (V. Part, notarii); quelques-uns les écrivaient furtivement (Euseb. vi. 36. — V. Ferrari, p. 311). Si quelque miracle s'était opéré récemment, et depuis la dernière assemblée, le prédicateur le racontait ou en faisait lire la relation par un lecteur. S'il s'agissait d'une guérison, on présentait au public celui qui en avait été l'objet, afin d'édifier le peuple et de le porter à rendre gloire à Dieu et à ses Saints (Augustin. Serm. xxix et passim).

6® Les Pères avaient grand soin de ménager l'attention des fidèles. Aussi ne dépassaientils jamais , dans leur discours , l'espace d'une heure, limite de rigueur, paralt-il par certaines précautions oratoires où ils se plaignent d'être pressés par l'heure, et s'excusent d'abréger leurs développements : Sicut et nos /oqui possumuSy — qiuintum hora sermonis pcrmittity dit S. Augustin, a Gomme il nous est permis de parler, — autant que nous le permet I'heure assignée au discours. » (Serm. cxLiii De temp. — V. aussi Origen. hom. ii In Gènes. — Cyrill. Hierosol. Catech. xiii. — Petr. Ghry sol. Serm. cxxi....) Mais par quel moyen mesuraient - ils cette heure ? Par la clepsydre probablement, élégamment définie

PRÉD

PRÉD

par Gassiodore (Varior. 1. i. epist. 449) : Ad horologium ubi solis meatus sine sole cognaS' citur, et aquis guttantibus horarum spatia terminantur^ c L'horloge où la marche du soleil est connue sans le soleil, et oil les espaces des heures sont marquées par des eaux coulant goutte à goutte. »

IL — Les prédicateurs.

1® Le pouvoir et le devoir de prêcher appartiennent essentiellement aux évoques, successeurs des apôtres , auxquels il a été dit : Euntes docete.,,. Mais, en cas d'empêchement légitime, ils purent toujours se faire suppléer par un prêtre. Ainsi, S. Chrysostome prêcha souvent avant son élévation à Tépiscopat (Pallad. Inips. Fiï.), et Valère, évêque d'Hippone, qui, Grec de naissance, s'exprimait difficilement en latin, se déchargea fréquemment du ministère de la parole sur S. Augustin tPossid. In Vit. Aug. v), qui cependant parait être le premier prêtre qui en ait été chargé dans TÉglise d'Afrique. Quelquefois, les évêques faisaient lire leurs homélies par les notaires qui les avaient écrites : S. Grégoire le Grand, souffrant de Testomac, prêchait ainsi souvent par l'organe d'un notaire apostolique (HomiL xxi Lib. XL homil.). Les diacres étaient aussi appelés à prêcher (Conci7. Vasens. ii. can. 2); mais seulement quand le prêtre était empêché par la maladie de remplacer l'évêque dans cet office. Il est certain que, dans les premiers temps, principalement pendant les persécutions, les diacres annonçaient la. parole de Dieu. Nous avons dans les Actes (vu) un beau sermon de S. Etienne ; Philippe, l'un des sept premiers diacres, est appelé évangéliste {Act. xxi), non qu'il ait écrit un Évangile, mais parce qu'il exerçait le ministère de la parole évangélique. Aussi voyons-nous, dans l'ardeur des persécutions, les tyrans rechercher et immoler avec un zèle de préférence les diacres, parce que leurs incessantes exhortations soutenaient les forts et encourageaient les faibles.

Les Pères, dans l'impossibilité de se transporter partout où l'œuvre de Dieu les appelait, prêchaient souvent par lettres à l'exemple de S. Paul. Ainsi, S. Clément, S. Gyprien, S. Athanase, S. Chrysostome du fond de leur exil ou de leur prison, instruisaient encore leurs chères ouailles. Souvent même, après avoir prononcé leurs homélies dans leurs cathédrales, ils en envoyaient des copies aux absents. (V. Ferrari. 1. ii. c. 3.)

En principe, la prédication était interdite aux laïques. Par exception cependant, on permit quelquefois à des hommes d'une doctrine sûre d'enseigner en particulier, conrnie catéchistes, et S. Jérôme {De script, eccl. xxxvi) atteste qu'un grand nombre de laïques illustres se succédèrent en cette qualité dans la célèbre

école d'Alexandrie. (y.Part.£co^cftréfi«iiiet.) L'antiquité nous fournit même quelques ezeih pies de laïques qui furent chargés par les érèques de prêcher publiquement dans l'Église. Ainsi Origène, avant son ordination, fut appelé à cet honneur par Alexandre, évêque de Jérusalem (Ëuseb. HisL eccL vi. 19), et encore par Théoctiste de Césarée.

Les femmes, selon le précepte de S. Paul, n'eurent jamais la faculté de porter la parole dans l'assemblée des fidèles. Seulement on chargeait quelquefois celles qui étaient reconnues capables d'instruire en particulier les femmes catéchumènes {Concil. Carthag. vr. 12).

2^ Bien qu'il ressorte de divers passages di Nouveau Testament que Notre-Seigneuretles apôtres prêchaient souvent debout, il est certain néanmoins que la posture classique et essentielle de celui qui enseigne avec autorité est d'être assis , et c'est ainsi que le Sauveur nous apparaît dans les circonstances solennelles (Luc. II, 14. — Matth. v et xvi. — Luc. vi. — Joan. viii). Dans les chapelles des catacombes, et dans les basiliques primitives, on remarque invariablement au fond de l'abside la chaire où s'asseyait l'évêque pour enseigner. (V. l'art Chaires,) Il y avait aussi un siège sur la plateforme de l'ambon, et nous savons par S. Chrysostome, par Nicéphore Galliste (Hist. eod. XIII. 4) et Gassiodore (rWpart. x. 4), que l'orateur chrétien s'y asseyait pour prêcher. Ce qui le prouve surabondamment, c'est que les Pères se levaient, quand ils étaient emportés par un mouvement pathétique, ou quand ils avaient à adresser une prière à Dieu : Surgentes oremtif, « Levons-nous pour prier (Origen. homil. xi /n Num.) ; 1 — Et sermo noster S€Ui$ procant^ surgentes et nos ipsi extendamus manus^ c Notre discours a atteint ses bornes, levons-nous, et nous aussi , levons les mains, > allusion à l'attitude de la prière chez les premiers chrétiens (V. l'art. Prière ) (Athanas. Hom. de Sem,).

Page 1