XLIV. XLIX. l
Nous savons par le témoignage de S. Augustin (Homil. cix* De divet^ê.) que les chrétiens de cette ville avaient une basilique sous le vocable des Machabées, et il nous reste de ce Père deux sermons pour leur solennité et où il s'applique à démontrer qu'ils furent véritablement martyrs chrétiens. Nous pouvons conclure de là que la fête des Machabées était solennellement célébrée en Afrique au temps de S. Augustin. Le premier de ces deux sermons commence par ces mots : « La gloire des Machabées vous a fait ce jour solennel. » Le fait nous est d'ailleurs sûrement connu par le célèbre calendrier de l'Ëglise de Garthage, où on lit : Kal. aug, sanciorum Machaheorum (Y. PatroL Migne. t. X.... col. 1223). S. Grégoire de Nazianze a aussi pour cette solennité un sermon où il dit (Ora^ XXII. Dt Machab.) : « G'est en l'honneur du nom des Machabées que nous célébrons cette fête; car, bien que plusieurs s'abstiennent de les honorer, parce qu'ils n'ont pas combattu après le Christ, ils sont dignes néanmoins de l'être, parce qu'ils ont déployé une âme forte en faveur des lois et des institutions de leur patrie. • Nous trouvons des discours analogues parmi ceux de S. Gaudence, évêque de Brixium (Serm. xv. De Mach.), d'Eusèbe d'Ëmesse (Homil. de Machab.), du pape Léon le Grand (5e?-m. uxxii. De sept. Machab.), L'église de Saint-Just, à Lyon, avait été en premier lieu dédiée aux Machabées.
Il est donc évident que cette fête était répandue dans toute l'Église catholique. S. Grégoire de Nazianze en donne pour raison qu'ils furent de tout point admirables dans leurs actions, et même, sous un certain rapport, plus admirables que les martyrs qui ont sacrifié leur vie pour la religion après la mort du Christ (loc. laud.) : c Ceux, ditil, qui après les passions du Christ ont subi le martyre, que pouvaient-ils faire, alors que, persécutés à l'exemple du Christ, ils étaient mis en
demeure d*imiter la mort qu*il avait acceptée pour notre salut ? Ceux qui, sans Tascendant d'un te! exemple, ont déployé tant de courage, ne se fussent-ils pas montrés plus héroïques encore, s*ils avaient eu cet exemple pour stimulant dans leurs épreuves? •
La fête des Machabées est marquée aux calendes d'août dans le s«icramen taire de S. GéIase(Nnn(tori. LU. Rom. vet. 1. 1. col. 658), ainsi que dans le martyrologe romain : Antiochiœ pamo sanciorum eepiem fratrum Mcu^habceoruMy cmn maire ma^ qui paui suni sub AnUocho EftfhanB. Le martyrologe ajoute que les reliques de ces martyrs avaient été transportées à Rome et qu'elles se conservaient dans l'église de Saint-Pierre^s-Liens.
L'histoire des Machabées ne se trouve pas seulement dans les Écritures canoniques ; riiistorien Josèphe, au témoignage de S. Jérôme [De icrifl. eccL), en avait aussi adressé le récit à Polybeè Megalopolis. Voici les noms que leur donne récrivain juif : la mère de ces héros s'appelait Salomona ; le fils aine Machabée, le second iber, le troisième Machir, le quatrième Judas, le cioquiénw Achas, le sixième Arath, le dernier Jacob (V. Baron. Not. ad martyroL Rom, ad kakitd. oug.),
MAGES (adoration des). ^ C'est un des sujets du Nouveau Testament le plus fréquemment reproduits dans les monuments antiques. C'était une profession de foi à la divinité de Jésus-Christ et à la maternité divine de Marie, et une protestation contre les hérésies qui attaquaient ces dem dogmes. On donne encore un autre motif à ces représentations : on pense que les fidèles, qui pour la plupart étaient nés dans le paganisme ou de parents païens, voulaient, en multipliant ainsi la figure des mages qui furent les prémices des gentils, se rappeler le bienfait de leur vocation au christianisme. On pourrait citer à l'appui de celte interprétation un fond de coupe où se voit un mage portant son offrande à la main, et ayant derrière lui, dans le champ du verre, le volume de rÉvangile (Buonarr. ix. ?).
Les mages sont presque toujours au nombre de trois, selon l'ancienne tradition de l'Église latine, bien antérieure à S. Léon, à qui on en a quelquefois attribué l'origine. Quelques artistes ont suivi une autre tradition : ils mettent quelquefois quatre mages, d'autres fois deux seulement, comme on w peut voir dans les représentations de Vierges publiées naguère par M. De' Rossi. Ce sont là simpi«; ment des licences d'artistes, sacrifiant les traditions reçues à un vain amour de symétrie, et tenant a donner à la Ste Vierge la place centrale.
MAGE —i
Ils sont ordinal remenl Télus d'une tunique cDDrle et ceinte, et paiMlessus, du utpim ou de la chlin^yde. Ils sont coiffés du pileut phrygien, ce qui fait croire qoe ces personnages Tenaient de la hne. Leurs jambes sont nues ou protégées par DM espèce de calegoii collant à la mnniére des ïvtiares, et que ceux-ci appelaient anaririda. KousaTons au moins un monument où ib portent des Iwlles et des éperons (Boltari. uixi)- UiHin publie un sjircophai;e [Midi de la France, pi. uxt) qui les représente au moment où ils aperçoivent l'étoile; deux d'entre eux la désignent du doigt au troisième. Le même sujet se trouve dans un basrelief donné par Bartoli
MrM....Torino.1768].
C'est je début de l'his-
Qudquesroon umenls mcnlrent la seconde scnK, qui est la comparution des mages de- Tanl Hérode. Telle est une fresque découverte en iUl au cimetière de SiiDle-A^Dès. Le roi porte It main sur son cœur comme pour protester deses lionnes dis' positions en faveur du noureau roi des Juifs (Perret. toI. h, pi. iliui). Un sarcophage du quatrième siècle, existant i. AncAne, fait voir la même scène; mais jl y a de plus, prés d'Ilérode. quelques antres personnages auxquels il adresse la parole et qu'il sendDte consulter (Bartoli. op. latid.].
Dans le sdjet proprement dit de l'Adoration des mages, on les voit debout devant l'Enfanl Jésus que tiiut sur ses genoux sa mère, assise sur un siège resKmblanl ani chaires épiscopales antiques, et qui est parfois composé d'un treillis d'osier (Bottsri. «Il) ; i côté du siège ou derrière, S. Joseph se liêut debout, et une pierre sépulcrale donnée par ll-Perrel(T. m) le montre étendant la main sur la itte de Jlarie et de Jésus en signe de protection. («ci iemblerait appuyer l'opinion du P. Harclii supposant que ce personnage est le Saint-Esprit et OOQ pas S. Joseph. Nous hésiterions beaucoup à admettre cesenliment d'un savant très-pieui, mais on peu trop ami des interprétations symboliques.
Le divin Enfant, au lieu d'être sur les gmoux de sa mère, repose quelquefois dans le berceau ou dans la crèche. Souvent aussi le tugurium est revente sur le second plan, et le bœuf et l'âne sont auprès du berceau (V. l'art. Boeuf (Le) et fàiie).
Dans la mosaïque du grand arc de Sainle-Marie- Ibjeure (Ciampini. Vet mon. i. Li),le Dieu enfant, eoirme marque de sa royauté, est assis sur un tf*ne entouré d'anges, et i ses pieds on voit les "tages debout qui lui offrent leurs présents. Hais **ciesi particulier aux mosaïques, qui s'éloignent
1 — MAr>E
déjà de la simplicité des types rrimllifs, et les entourent d'une pompe jusque-^à inusitée et que la pleine possession de la paix pouvait seule permettre. Cette mosaïque est du milieu du cinquième siècle. Les monuments de tous genres monirent chacun des msges portant une seule offrande, et non pas trois, comme quelques savants l'ont supposé. Communément, le premier olîre un vase et une couronne d'or, le second, une espèce de paiére qui est supposée contenir la myrrhe, le troisième un vase du même genre sur lequel est l'encens façonné en colombe, et qu'il présente sur un pan de son vêtement. La forme de ces dons varie ce> pendant : soit, pour exemple, une peinture ducimetièredeCallisle, où ils sont renfermés dans de petits coffrets (Boltari. Lxx>ii).L'étoile qui guida les Ha^es complète souvent le tableau, et brille au- .
dessus de la tête de la Sie Vierge {Monun dt Ste Mad. I. p. 755. — Allegranza. Monum. di Miiano. lav. iv), et, ordinairement, le pre> mier mage la désigne de la main, ou bien avec le vase en forme de préféricule qu'il offre k Notre-Seigneur (Id.
Dans une peinture récemment découverte par suite d'un éboulement extérieur de terrain, au cimeiière de Cyriaque, l'étoile est remplacée par.le monogramme du Christ : c'est une intéressante singularité dont on ne connaît pas d'autre exemple H. LeBlant avait néanmoins signaléquelque chose de semblable sur des sarcophages d'Arles, où l'étoile renfermée dans un cercle ressemble à certaines formes du chrisme que fournissent les'monumenls antiques, les mosaïques nota mment.[ L'étoile, c'était bien le Christ qui < éclaire tout homme venant au monde >, et qui, dans h personne]des mages, illumina de sa lumière divine ceux qui étaient assis à l'ombre de la mort et marchaient dans les ténèbres de l'idolâtrie. N- De' Rossi a récemment publié le monument dans son Bulletin archéologique (octobre t863).
On remarque une particularité fort curieuse sur le bas-relief d'un sarcophage du cimelîérejde Sainte-Agnès (Id. itiui) : c'est que le premier des mages agile sur la tête de l'Enfant Jésus un pambellum qu'il lient de la main droite, pendant que de )a gauche il présente son offrande.
Il existe quelques verres dorés de petite dimension (V. Garrucci. Yetri. iv. 7. 8. 9. 10. Il) où un seul mage est représenté avec son offrande â la main; et l'un d'eux (n. 8) offre celte circonstance remarquable, déjà notée plus haut, que derrière le mage est Ogurê le volume de l'Ëvangile
MAIN —
pour rappeler que tes mages furent les premiers parmi les genlils à recevoir h bonne nouvelle. Le n' 9 e%l enlouré d'un cercle de métal et muni d'un anneau, ce qui indique qu'il élait destiué à être porté au cou. Ces petits médaillons que l'on trouve aujourd'liui isolés étaient encastrés dans des patènes de verre, dont ils se sont détachés par la rupture du va^e (V. l'eiplicalion que nous avons donnée à cesujet k notre arl. Fond* découpe).
On peut citer aussi quelques médailles et médaillons de bronze représentant le même sujet, et qui durent être aiïectés au même usage {V. Uamacjii. lib. u. g 3. p. 311). Pasqualini, chanoine de Sainte-Marie-Majeure, possédait un objet de ce genre [Hagioglspta. p. 7S) ; H. Edm. Le Blant a
! — MAIN
publié dans VÀlhénée français (rémerlKie, p. 9) un ustensile à peu prés semblable : c'tsl uu plaque de bronze où le sujet est représenlé lu repoussé.
Le P. Uozzoni (Tawtle cronologidu aitidu dilU tlor. delta Chieta univeriaU. secolo it. p, n. Veneiia. 1857) a publié trois cuillers d'orgenl jur l'une desquelles l'adoration des mages est figurée en or et en émail. Ces curieui laonuiiieDU oui été trouvés près d'Aquilèe., en 1792.
Hais nous ne saurions rien présenter i nus Inteurs de plus digne de leur allention que Ir dessin ci-contre, qui reproduit aitc une griaile Gdélité une fresque encore inédite du ciuvlièr! dt Callisle.
MAINS (s
lUDEs). — I, — Maint recouverte* d'une draperie. Celait dans l'anliquilé une marque de reipecl. Ainsi, quand Jésus-Christ conrére i S. Pierre sa mission, le prince des apûires reçoit toujours sur ses mains, recouvertes d'un pan de son manteau, le pbylactère que lut remet le Sauveur. Ainsi en est-il sur les innombrables sarcophages où ce sujet est représenté (Bottari. tav. m. xxii segg.), dans les mosaïques, celle de Sainte -Constance par exemple (Ciampini. Saei: ardif. tab. mu), sur les simples pierres sépulcrales (Uarangoni. Act. S. Vicl. p. 42), etc. Ainsi voj'ons-nous encore, dans des monuments dont quelques-uns ne sont pas postérieurs au quatrième siècle (V. Perret, vol. i. pi. vi[), S. Pierre recevant sur un pan de son manteau les clefs du royaume des cieux de la main de Noire-Sei^neur (V. aussi Bollari. m-v, et notre arl. Cleft de S. Pierre), et depuis celte époque il n'est jamais représenté autrement dans cette circonstance capitaledesavie.Les mosaïques des basiliques deHomeetdeRavenne{Ciampini. Vef. mon. 1. 1. lab.
LIVIll. LIX. II. lab. IV. IVl. ItVIII. I\III. XLV. tLVI.
etc.) font T<Hr les martyrs tenant aussi sur lan mains voilées la couronne qu'ils viennent de rec^ voir du Sauveur assis ou debout au milieu d'^' Ou doit interpréter dans le même sens Milu* tout à fait analogue de certains personnagesqui s* montrent sur deî lomboanx antiques (V. BuUiri. ixï. pasiim), (iroîtemés devant tiolre-Si'igneur, «l dirigeant vers lui, non-seulement leurs nuiss,nu>i encore des regards pleins d'une vive espênnccili attendent du divin Rémunérateur le prii de Nf foi et de leurs œuvrer.
Dans une représentation delà fuite en ÏJïï" qui se trouve au 26 décembre do ménologe ii Basile, on voit une femme qui, sortie d'iiue fv<^' de ville qui est sans doute la Cgure ibrrfW de cette province, se dirige à la rencontre du Dieu enfant. Or elle a les mains couvertes d'un voile, ce qui assurément ne peut être rfgiw que comme un acte de soumission et d'Iwiniwi-*; Celle pratique respectueuse s'est consertée, imsi que tant d'autres remontant à la plusluuteaaliquité, dans les usages de l'Église romaine: q<»'"' les cardinaux s'approdient du pape, soitpoun*'
MAIN — '
oroir le chapeiu, soit pour lui prêter foi et obéis-
since, ils doÎTent avoir les mains voilées d'un pan de leur cape.
11. — Maini élevée» et élenduti. C'est un geste de prière ou d'adhésion. Il peut èlre pris dans ces deui sens quand il s'agit des apôlres debout des dcmcAlà du SauTeiir, et dirigeant vers lui leur main droite. Les auteurs classiques autorisent l'une et l'autre interprétation. Comme prière,
■nppl«i
eu las, d«iti«inque precanlem
{Xaeid I
OnpeutToir dans Botliri (i. 115} des cil at ion s analogues d'Ovide, de Sénèque le Tragique, de S:xe, de Silius Ilalicus. Hais nous pensons qu'ici c'est plulAt un signe d'assentiment et de respectoense déférence pour la parole du divin Hailre. Lucain, Claudien, Valerius Flaccus, Suidas [Ibid. 116) attestent que tel était le sens qu'on lui donnait ordinairement dans l'anliquité.
C'était aussi, dans certaines circonstances, un geste d'acclamation, d'applaudissement, témoin Varron. Pline, Columelie, Martial (Id. p. 165). Ainsi, dans le sujet de l'entrée triomphale a Jérusalem {V. Botlari. imk. pauim), si souvent répété, on dislingue toujours, à la suite du Sauveur moiité sur l'dnesse, un ou plusieurs personnages élevant en l'air la main avec empressement et des lèvres desquels on croit entendre sortir le solennel Hottinna ^lio David! A l'article Bénir, noos atons traité du geste d'allocution ou de bé-
111. — La main à la joue. Dans l'anliquité, porter sa main à sa joue, ou appuyer son visage sur sa main, était un gesie exprimant la douleur. C'est dans celle attitude que les provinces conquises sont représentées au revers de quelques niédjilles. liante se sert de cette ftg,uTe{Purgalorio. I- <]i) pour dépeindre la douleur du roi Guillaume de .Navarre :
De la sua palma sospirando lelto.
• Vtjei cel uitee qui, soupirant, a Tait i sa joue un lit <le la main. •
Jusiinien avait fait placer devant la basilique de Saiole 'Sophie, â (xinstantinople, une statue de ^lotnon, qui inclinait sa joue sur la paume de sa ■min, comme pour témoigner son étonneinent et !on déplaisir d'avoir été surpassé en magnificejice : eoiplialique façon d'exprimer la singulière pré- 'entim d'élever Sainte- Sophie au-dessus du temple •le Jérusalem (V. Buonarruoli. Ottervaz. topra oleuni medaglioni. p. 3Ô5).
L'Eglise primilive, qui s'était fait une loi de respecter les Iraditions de l'anliquité en tout ce qui ne portait pas un caractère essentiel de paganisme, a constamment suivi celte pratique de l'art wàm dans ses monuments divers. Ainsi, quand