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tout ce que l'on voulait, sauf à y faire des ratures, des surcharges, à en gratter récriture. Ulpien lui donne le nom de charia deletilis, papier destiné à être raturé, papier de rebut : c'est ce que nous appellerions brouillon. Pour mettre les feuilles de papier ou de parchemin en état de servir de nouveau, on en faisait disparaître la première écriture, à Taide de l'éponge.
Les écrivains qui avaient à cœur de ne produire que des ouvrages très-soignés, les essayaient souvent à plusieurs reprises sur le palimpseste avant de les livrer au public, et Catulle (1 Epigr. A) se moque de la prétendue facilité d'un poète nommé Sutienus à faire de méchants vers de premier jet et sans ratures :
Sed tu ne toties domini patiare liluras, Keve notet lusus Irislis arundo tuos.
« Tu ne souffres pas les ratures multipliées de ton maître, ni que le roseau sévère réprime les jeux de ton indiscrète fécondité. >
Gicéron fait, lui aussi, usage du mot palimpseste dans une lettre à Trebatius (ad. Fam, vn, EpisL 18), où il exprime son étonnement de la patience de celui-ci à recopier ses propres épîtres sur le palimpseste, c C'est une épargne fort louable sans doute, mais je cherche ce qui a pu mériter d'être ainsi effacé sur ce petit papier, chariula .... car je ne puis croire que vous ^ratiez mes lettres pour y écrire les vôtres. Youdriez-vous me faire entendre que vos affaires sont peu prospères, et que le papier vous manque ? »
II. — Les procédés du palimpseste, en se reproduisant au moyen âge, ont causé à la littérature antique des pertes que nous ne saurions trop déplorer. Hais les services immenses rendus à cette même littérature par les calligraphes des monastères, qui, durant une longue série de siècles, furent les seuls copistes des livres anciens, doivent singulièrement atténuer des torts dus surtout à l'entraînement des circonstances (V. l'art. Moines, VI). Car il ne faut pas oublier que, dès que le christianisme se trouva en possession de trésors littéraires émanés du génie de ses propres docteurs, il se
fit, dans la domaine des lettres une véritable révo. lution, excessive peut-être comme toutes les réactions, mais conforme aux tendances générales de l'esprit humain. Alors les auteurs anciens tombèrent nécessairement dans un discrédit momentané, et ce n'est pas la faute des moines copistes 5i Euripide et Virgile étaient laissés de côté par les lecteurs chrétiens, dont toutes les préférences se reportaient sur S. Grégoire de Nazianze ou surSedulins. De là, pour se dispenser d'acheter du parchemin dont le prix était alors Irès-élevé, la malheureuse idée de déloger des tablettes de leurs bibliollièque$ les écrivains de l'antiquité qui ne leur étaient plus demandés, et d'en oblitérer récriture pour écrire à la place les auteurs dont le débit était plus assuré. Tantôt ils effaçaient les caractères au mmn d'une préparation chimique, tantôt ils les grattaient avec un instrument tranchant.
Les manuscrits qui ont subi l'une de ces deux opérations s'appellent codices palimpseiti ou rescripU. Il parait certain que l'on a perdu de cette manière plusieurs pièces de théâtre grecques, des comédies de Plante et diverses oraisons de Cicéron.
Heureusement, il a été découvert de notre temps des procédés qui permettent de faire revivre l'écriture primitive, après avoir fait disparaître les surcharges du moyen âge. Et ce sont surtout deux ecclésiastiques de nos jours qui se sont appliqués, avec un merveilleux succès, à réparer les fautes et les erreurs des copistes d'alors. Ces deux hommes qui ont si bien mérité de la science, sont M. Angelo Mal, professeur de langues orientales à la bibliothèque ambroisienne de Mibn, devenu plus tard bibliothécaire du Vatican, et qui a fait revivre ainsi la Répttblique de Cicéron. U second n'est autre que M. l'abbé Peyron de Turin, qui a découvert, sous la nouvelle écriture dont ou les avait surchargés aux siècles obscurs, plusieurs fragments inédits des oraisons de Cicéron pour Scaurus, Tullius et contre Claudius. On doit ^ussi à ce savant la restitution, par le même procédé. d'un grand nombre de constitutions du codeTbéodosien complètement inconnues jusqu'à lut.
La voie a été suivie
ouverte par ces deux savants hommes 1 tout par M. Tischendorf, érudit allemand depuis par beaucoup d'autres, et sur- I rendu célèbre par de grands travaux sur
qui s'est