‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 64 sur 281 · In comitatu sive SS. Quatuor Coronatorum · texte numérisé non relu

In comitatu sive SS. Quatuor Coronatorum

Vlii. — GONNAÎT-OX AU JUSTE l'ÂTENDUB DBS CATA- COMBES ROMAINES? Jusqu'ici la science n'a pas été en mesure de satisfaire à la légitime curiosité qui ne cesse de lui adresser cette importante question, et il est probable que la réponse précise, complète, se fera attendre longtemps encore. Ce qui est connu de cette œuvre de la primitive Église est immense, et, tout en répudiant les appréciations exagérées, admises par le vulgaire sur la foi d'écrivains superûciels et sans doctrine, on peut, à laide des déductions les plus sûres de Tanalogie, proclamer colossales les proportions de Tétonnante nécro* pôle. Mais, dés qu'il s'agit de sortir de ces généralités, la science se trouve réduite à reconnaître l'insuffisance de ses ressources. Interrogez Bosio, Boldetti, Marangoni, Lupi, Bottari, vous les trouverez hésitants sur l'extension, ou pour mieux dire sur Taire occupée par les cimetières chrétiens. Un seul point résulte de leurs témoignages, c'est que, bien qu'insuffisamment éclairés au sujet des confins et de la distinction précise des différents cimetières, ils repoussent la supposition erronée, renouvelée de nos jours par R. Rochette, que leur ensemble compose un réseau continu occupant toute l'étendue du sol romain.

Le P. Marchi a démontré avec évidence qu'il faut d'abord exclure les vallées, et que les hypogées se trouvent nécessairement placés au-dessus du niveau des inondations du Tibre auxquelles la campagne romaine est sujette. Seize années d'études nouvelles et de fouilles persévérantes, auxquelles le savant Jésuite n'est pas resté étranger, mais où, grâce à sa jeunesse, à son activité et à sa sagacité bien connue, M. le chevalier J. B. De'Rossi a pris la meilleure part, sont venues apporter une foule d'éléments nouveaux pour le développement de cette idée non moins féconde que lumineuse. M. Michel De' Rossi, en qui son docte frère a, conune on sait, trouvé un si intelligent auxiliaire, a profité de ces conquêtes acquises à la science pour tenter la solution du problème, dans un mémoire intitulé : Dell* ampiezza délie Romane calacombe,..^ Rom. 1860. Assurément son remarquable travail n'est pas et ne peut pas être le dernier |

mot sur cette difficile question; mais c'est un pas immense vers la solution définitive, et nous ne saurions mieux faire, pour remplir cette partie de notre tâche, que d'exposer ici, d'une manière aussi fidèle que possible, la substance de ce mémoire.

I. —Posons d'abord quelques principes généraux. L^une des dernières compilations des Mira^ hilia tirbis Romœ (Y. Montfaucon. Iter. UaU p. 286), datant du quatorzième siècle, affirme que les catacx)mbes s'étendent jusqu'à trois milles, à partir des murs de Rome, per tria milliaria. C'est là, selon l'estimation de M. Michel De' Rossi, une limite extrême, qu'elles atteignent même rarement. De telle sorte que, en dehors de ces limites, cesse le système d'ensemble des cimetières tx}mains ; au delà il n'y a que des souterrains isolés, peu considérables, appartenant à des pagi, à de petites villes, et même à des familles particulières.

Un autre fait, constamment observé, c'est que les cimetières non-seulement ne descendent jamais sous les grandes vallées, mais qu'ils s'arrêtent même devant les dépressions de terrain moins considérables qui séparent une colline de l'autre. Aussi est-il presque impossible de trouver entre les cimes des collines une liaison suffisante pour avoir permis la communication des souterrains entre eux. On conçoit, en effet, que les chrétiens, voulant avoir pour Texercice de leurs cérémonies religieuses des cimetières pratiquâmes en tout temps, devaient éviter non-seulement les lieux exposés aux alluvions, mais aussi les plis de terrain attirant les grands écoulements d'eau.

À ces faits naturels vient s'en joindre un autre, révélé par les fouilles et d'ailleurs conforme aux documents historiques sur lesquels se basent les nouvelles études de la Rome souterraine. C'est que chacun des grands cimetières, ayant un nom et une existence propres, est séparé et indépendant de celui qui lui est contigu, alors même qu'il se trouve au même niveau, et qu'aucun obstacle physique ne s'opposait à leur fusion. Les exceptions sont rares et sans aucune portée sérieuse.

Ce n'est pas tout : la nature des roches, plus on moins aptes à être ouvertes pour y pratiquer des

GATA

CATA

cioietiéfes, constitue aussi un élément dont il est nécessaire de tenir compte pour déterminer les limites des catacombes. L'expérience a démontré que les cimetières chrétiens se trouvent partout où la roche est assez consistante pour supporter le vide des galeries et des chambres assez spacieuses en hauteur et en largeur pour être fréquentées commodément, et pour receyoir, dans leurs parois, de nombreuses sépultures, de façon à tirer tout le parti possible de l'espace creusé. De plus, la roche devait être en même temps solide et cependant facile à tailler. Or ces conditions se trouvent réunies par excellence dans certaines couches des formations volcaniques, dont le sol romain est tout recouvert, et où, pour cette raison, les cimetières se sont déTeloppés plus que partout ailleurs. Ces couches sont ce que les géologues appellent lits de tuf granulaire. Mais comme, à raison des différentes époques de leur formation, elles se trouvent diversement mélangées, ou coupées par d*autres roches également volcaniques, tantôt plus dures, tantôt plus [riables, elles ne se sont prêtées ni partout, ni uniformément, dans la même profondeur, à Fusage en question. U se rencontre donc, dans les lieux élevés et propres aux excavations de cimetières, des dépôts marins ou fluviaux qui ne présentent pas la même aptitude. Néanmoins, toutes les fois qu'on les a trouvés, rigoureusement assez solides, les chrétiens ne les ont pas évités, mais ils ont soutenu les parties faibles par des constructions en maçonnerie.

Cela posé, pour déterminer d'une manière plus précise qu'on ne Fa fait Jusqu'à présent la superficie occupée par les catacombes, il suffira d'un rapide examen, soit de la direction, soit de la nature du sol romain. Après quoi, on arrivera à se rendre un compte pins exact du rayon d'extension des cimetières, le long de chacune des voies antiques.

1* Au lieu de suivre, comme les anciens auteurs de la Rome Mouterraine, Tordre de ces voies consulaires, notre guide tient donc pour plus rationnel de se diriger par la configuration et la nature du sol. La vallée du Tibre, eu égard au peu d'élévation de son niveau, et des masses de sable dont le fleuve la recouverte à l'époque où il l'inondait tout entière, doit d'abord, comme il a été dit, être exclue. Laissant donc la vallée, et montant les collines, nous trouvons celles qui formaient la rive droite du lit primitif à peine revêtues d'une légère couche de tuf granulaire, et encore celte couche est-elle moins compacte et moins profonde qu'ailleurs. Aussi les collines du Janicule, qui en font partie, n'offrent-elles que deux cimetières, peu dt:^tants Tun de l'autre, celui de Saint-Pontien et celui de Saint-Pancrace. Le premier, autant qu'il a été possible de le faire, est creusé dans le tuf granulaire ; mais sa majeure partie est pratiquée sous un gisement sablonneux mêlé de brèches et de fossiles et qui présente une solidité suffisante. I^ couches inférieures, qui ne sont pas (accessibles aujourd'hui, reviennent aux bancs du tuf granulaire : de telle sorte que c'est là un des

points géologiques les plus intéressants delà Rome souterraine. Le cimetière de Saint-Pancrace est tout entier dans le tuf, mais son excavation est tout à fait exceptionnelle, parce qu'on a dû obéir aux capricieuses directions de la roche.

2* Après le Janicule .vient le Vatican. Sous une mince couche de tuf, on y rencontre des bancs d'un grossier sable siliceux calcaire et de marne, qui semblent peu favorables à l'excavation des galeries : parfois néanmoins ces bancs présentent la solidité des arénaires. Le cimetière du Vatican est très-célèbre, mais il est aujourd'hui détruit, et attendu que son aire est occupée par la gigantesque basilique de Saint-Pierre, on ne saurait en reconnaître au juste ni la forme, ni l'étendue, ni le mode d'existence.

Vient ensuite le Mont-Marius (Monte Mario), où il n'y a pas de trace de souterrains chrétiens, ce qui s'explique par la qualité des gisements, composés d'une petite quantité de tufs et de dépôts marins peu consistants. Derrière cette chaîne de colUnes, du Janicule au Mario, qui forme la rive droite du Tibre, apparaissent, à quelque distance, de grands bancs de tuf granulaire : aussi existe-t-il dans les flancs de ces éminences plusieurs cimetières chrétiens, qui sont les plus éloignés des voies de Porto, Aurélia et Triomphale, à peu près jusqu'à un mille et demi des murs de Rome.

3* Passant maintenant à la gauche de la vallée, avant de trouver .la chaîne des monts Parioli, on rencontre, sur la voie Flaminienne, une colline détachée, dont le sommet est de tuf; le reste est un amas confus de sable, de cailloux et quelquefois même de masses très-dures. C'est là qu'est creusé le cimetière de Saint-Valentin, le seul qui, au jugement du géologue Brocchi (Stato fisico del suolo di Roma, p. 98), ne soit pas pratiqué dans le tuf granulaire, mais dans un sol composé de dépâU fluviatHes, On sait que la voie Flaminienne court le long de la vallée et s'enfonce dans la coupure à pic qu'ouvrit dans les monts Parioh le consul Flaminius, lorsqu'il traça la voie qui porte son nom. Les cimes de ces collines sont inaccessibles, et l'épaisse croûte de travertin formée parles dépôts du Tibre en rendait l'ouverture difficile : c'est ce qui explique pourquoi les catacombes qui existent dans la direction de la voie Flaminienne commencent et finissent au premier mille de la ville.

4" Toute la partie du sol qui s'étend à la gauche du Tibre a de vastes et profondes couches de tuf granulaire. Aussi toutes les hauteurs qui s'enchaînent depuis les monts Parioli, le long des voies Salaria, Nomentane, Tiburtine, Prénestine, Labicane, Asinaria, Latine, Appia et Ardéatine, jusqu'à ce qu'elles rencontrent de nouveau la vallée du Tibre sur la voie d'Ostie, se prêtent-elles merveilleusement aux excavations, et en effet elles ont été en grande partie fouillées. Et telle est la profondeur de ces bancs, qu'on y a pu pratiquer jusqu'à quatre et même cinq étages de galeries. Mais les avantages que présente la nature de la roche pour l'établissement des cimetières se trouvent restreints parles

GATA

GATA

accidents du sol. La vallée de TAnio oppose un barrage à deux milles à peu prés sur les Toies Salaria et Nomentane. Plus prés de la ville se présente une autre limite formée par une grande vallée, sur la voie Tiburtine, après la basilique de Saint-Laurent, peut-être avant le premier mille. Sur la Prénestine et la Labicane, la nature apparente du sol semblerait permettre de grands développements à nos cimetières. Cependant ils ne se produisent qu*à une distance considérable, après cette grande dépression de terrain où court la Marrana, et se terminent peu après Torre Pignalarra.

5* Avant cette vallée, un seul cimetière nous est connu, celui de Gastulus, et encore par Thistoire seulement, car il est aujourd'hui inaccessible : il fut trouvé par Fabretti et décrit par Boldetti (p. 100 et 565). Ce cimetière semble constituer une exception, tant par ses formes que par la constitution du sol où il est creusé, ce qui donne & penser que rintérieur de la roclie est ici peu propre aux excavations, et que telle est la cause- de l'absence totale de catacombes sur cette éminence plus rapprochée de la ville. En effet, sur la voie Prénestine, et dans quelques souterrains de la Labicane, on observe un vaste banc de tuf lithoîde, espèce de roche où il ne fut jamais creusé de cimetières. Entre la Labicane, TAsinaria et la Latine, une immense vallée va presque joindre les murs de Rome, et là aucune trace de cimetières chrétiens. Les voies Latine, Appia et Ardéatine sont un vaste champ, où jusqu'à la distance de plus de deux milles, il n'est pas une hauteur qui n'ait été exploitée par les premiers chrétiens. Et c'est dans cet espace que se groupent les cimetières les plus célèbres, les plus nombreux et les plus étendus. Cette région aboutit de nouveau à la vallée du Tibre, près de la voie d'Ostie ; et les dernières collines, les plus rapprochées du fleuve, portent dans leurs flancs les cimetières de Comodilla et du petit Pont, ponticeîlOf de Saint- Paul.

6" Après avoir déterminé, à l'aide de la nature du sol et de l'expérience, le rayon d'extension de Taire ou superficie occupée par les cimetières chrétiens sur chacune des voies consulaires, et défalqué, dans le cercle de ces limites, toutes les parties de terrain qui sont en dehors des conditions voulues, il resterait à savoir, pour se faire une idée juste de l'étendue des catacombes, si toutes les hauteurs p uvant se prêter à cet usage ont été réellement occupées par les chrétiens, et si, les ayant occupées, ils les ont exploitées dans tous les sens, selon l'étendue totale de leur superficie extérieure.

M. Michel De' Rossi affirme qu'une partie considérable des collines comprises dans les confins tracés par lui présentent des ouvertures donnant accès à des souterrains chrétiens ; de telle sorte que ceux-ci, principalement sur les voies Salaria, Latine et Appia, sont presque en contact les uns avec les autres, sous la totalité de la superficie. Quant à la seconde question, tout porte à croire

qu'on a exploité tout l'espace, et creusé partout jusqu'à ce que l'interruption des lits propices ou quelque autre circonstance locale Tinssent opposer aux fossorei un obstacle insurmontable. Sans parler des autres indices qui mènent à cette conclusion, on peut l'adopter par analogie d'après la vaste étendue des quatre grands cimetières de TAppia et de TArdéatine, savoir, ceux de Prétextât, de Calliste, des Catacombes, et de ûomitille.

n. » Ayant posé de telles prémisses, l'autetir se livre à des calculs tendant à en faire ressortir des conclusions aussi rigoureuses que possible.

Trois données, résultant de nombreuses observations, l'amènent à trouver approximativement la quantité de la surface sous laquelle se déroulent toutes les catacombes romaines et la quantité métrique des galeries souterraines qui y sont pratiquées.

1* De l'examen géologique et expérimental au- ' quel il s'est hvré précédemment, il obtient, en mètres et milles carrés la quantité de la surface, pour nn seul étage, qui, à raison de la nature du sol, a pu se prêter à l'excavation de catacombes ; et la quantité trouvée est de cinq milles géographiques qui égalent onze millions cent mille cinq cents mètres.

2' D'après l'expérience et le point de comparaison que lui fournissent les quatre cimetières de l'Appia et de l'Ardéatine, il se demande quelle est, sur la somme totale de la surface apte à l'excavation des cimetières qu'il a obtenue précédemment, la partie qui a été réellement creusée pour cette destination. Or, en défalquant de la somme cidessus la portion des hauteurs aptes à fexcavation où Ton sait qu'il n'existe pas de souterrain, et de plus celles qu'excluent certains empêchements inhérents à la nature du sol, ou autres obstacles indépendants de sa nature, la quantité totale de la superficie se trouve réduite à sept millions quatre cent mille trois cent trente-quatre mètres carrés.

3" Recherchant enfin dans quelles proportions les cimetières se sont développés sous les hauteurs où ils apparaissent, et prenant toujours pour point de départ l'exemple que lui fournissent les quatre cimetières de l'Appia et de l'Ardéatine, il trouve que la partie réellement creusée ne s'élève guère qti'à un tiers de celle qui semblait pouvoir se prêter à l'excavation. D'après ce calcul, il ne resterait donc plus que deux millions quatre cent soixante-six mille sept cent soixante-dixhuit mètres carrés, c'est-à-dire à peu prés un mille carré.

Un tel résultat pourra au premier abord être regardé comme un démenti donné à l'opinion générale sur la vaste étendue des catacombes. U n'en est rien cependant; et la juste admiration qu'inspire la grandeur de la nécropole romaine ne perdra rien de sa vivacité, elle s'accrottra même encore, si Ton considère quel est en réalité (et c'est ici une donnée positive) le réseau des galeries et le rayon de leur

GATA

GATA

déreloi^iiient sous une superflcie médiocre en apparence. Qui pourrait songer, sans étonnement, qae la moyenne de TexcaTation sur une surface carrée de la troisH^ent-quatre-Tingt-quinzîème partie <f un mille carrécomprenne mil le métrés de galeries î

Mais c'est peu encore : chacun sait que dans les catacombes Û y a ordinairement deux, trés--souvent trots, quelquefois quatre, et jusqu'à cinq étages de galeries superposées, ce qui irait souvent à tripler et quelquefois à quadrupler les mille mètres. Mais, pour rester dans les termes les plus modérés (car il faut tenir compte de Tinégalité qui se remarque parfois dans Fextension des étages inférieurs}, et à ne prendre la moyenne que pour deai étages seulement, nous aurions encore, pour crtte imperceptible fraction du mille carré, au moins deux mille mètres de galeries. L'auteur a pris cette moyenne dans six grands plans de cimetières très-différents et très-éloignés les uns des autres, et Texpérience est d'autant plus concluante, que, confrontés dans tous les sens, ils ont constanmient fourni le même résultat.

Cela posé, rien n'est plus facile que d'obtenir, par de siropJes multiplications, la somme approximative des Jfgnes d'excavations produites par les galeries contenues dans la totalité de la Rome souterraine. Cette somme s'élève, à raison de deux étages seulement, ce qui, bien certainement, est au-dessous de la réalité, à huit cent soiiante-seize mille mètres de galeries, lesquelles, ajoutées par rimaginalion à la suite les unes des autres, donnent mie ligne totale de cinq cent quatre-vingt-sept milles, soit huit cent soixante-seize kilomètres géographiques.

Ken qu'inférieur à celui qu'avait obtenu le P. Marchi, d'après des données un peu trop vagues (dooie cents kilomètres), ce chiffre a encore de qnoi étonner, et laisse subsister, du moins dans les apparences, l'objection de ceux qui regardent comme impossible qu'une communauté pauvre et persécutée ait pu exécuter un tef travail. Cette difculté perd beaucoup de sa force, quand on songe que ks chrétiens ont mis près de cinq siècles à creuser leur nécropole. Car il ne faut pas oublier, comme on Ta vu plus haut, que longtemps après b cessation des tristes circonstances qui avaient rendu nécessaire l'établissement de ces mystérieuses sépultures, c'est-à-dire après la paix coiistantinienne, on continua à rechercher par dévotion nne place, locum, dans des cimetières sanctifiés par la présence des reliques d'innombrables martyrs. La sépulture sous les portiques ou même dins rintérieur des basiliques, permise et usitée <iepais l'ère d*émancipation inaugurée par le premier empereur chrétien, ne fit point oublier le chemin des catacombes, et les monuments attestent qne la pieuse ambition d*ètre ensevelis ad sanc^ iot, ad martyres, l'emporta dans le cœur d'une multitude de fidèles sur le vaniteux désir de se procurer un tombeau plus exposé aux regards des hommes (V. fart. Ad aoucfoa, etc.).

Au reste, sans même tenir compte de la néces-

AirnQ. CHRÉT.

site, dont le puissant aiguillon se faisant sentir à des hommes de cœur, les met à même d'entreprendre et de mener à fin les plus difficiles entreprises, de quoi n'était pas capable, et de quels moyens ne devait pas disposer, même dans les temps les plus difficiles, une société ardente et active, de laquelle TertuUien a pu dire dés le deuxième siècle : t Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout, vos villes, vos îles, vos bourgs, vos prorinces, vos assemblées, les camps mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum. Nous ne vous laissons que vos temples • {Apologet. xixvii.)?

Nous donnons ci-après, comme spécimen, d'après le P. Marchi (Monum. délie arti Crût. tav. ix), un plan reproduisant la huitième partie du cimetière de Sainte-Agnès. Le lecteur pourra, à l'aide d'une multiplication partant de cette donnée, se faire une idée approximative de Timmense réseau des soixante cimetières de la Rome souterraine.

Explication du plan :

La teinte générale indique la roche où est creusé le premier étage de cette partie du cimetière de Sainte-Agnès ; la teinte moyenne marque les vides pratiquables de l'étage inférieur; les quelques traits plus foncés que la teinte générale indiquent les murs de soutènement bâtis pour suppléer au peu de solidité de la roche naturelle où ce cimetière est ouvert.

A. ' Tracée près de l'angle inférieur et à la gauche" de la planche, cette lettre indique le point où Tunique voie venant de la catacombe creusée sous la basilique et ses dépendances se joint au cimetière proprement dit, dont nous avons une partie sous les yeux.

1. Escalier antique, découvert et déblayé en 1841 et 1842, lequel, s'ouvrant sur la campagne, introduit dans l'étage supérieur de cette partie du cimetière de Sainte-Agnès.

2. Autre escalier encore obstrué en grande partie, et aboutissant, dans une direction opposée, au même étage.

Le cimetière de Sainte-Agnès, ainsi que quelques autres, fut creusé primitivement sous une carrière de sable ou de pouziolane, arenaria^ d'origine probablement païenne ; de sorte que les premiers chrétiens pouvaient y entrer et en sortir impunément, et se livrer à leurs travaux d'excavation sans exciter les soupçons des idolâtres. Aussi voit-on au centre de cette carrière, dont on peut étudier le plan dans la planche m de l'ouvrage du P. Marchi (ci-dessus, page 133), un escalier (BB), le premier sans doute qui ait été pratiqué, par lequel les chrétiens descendaient et remontaient, d'abord pour travailler, et ensuite pour tenir leurs assemblées. On sup^ pose qu'un des leurs, resté en dehors, en fer^* mait l'entrée avec une dalle qu'il recouvrait encore de sable, afin de dérober aux profanes l'existence de k catacombe.

3. Tètes des voies ou corridors partant du pied des deux escaliers.

GATA

GATA

4. Espaco presque entièrement encombré par 1 Avant 184S, c'est par là qu'on pjnétnît dans )c

des ruines, et dans lequel restent cacliâs deux dmetiére.

aulres escaliers descendant i l'étage inrérieur du 6. Lieu où lei Toutes du cimetière sont trarv-

cimeliére- sées par des luminaires ou acropbores (Y. l'irl.

h. Ouvertures résultant d'ébnulements arrivés Luiiûnareeryptie),

dans les parties faibles de la roche du dmetiére. > 7. Caverne Qanquée, à son entrée, de murailles

ÉMM

fÊBsmw

tombées en ruine avec la roctie qu'elles soute- I naient. Au milieu de ces ruines, il esl aujourd'hui malaisé de reconnaître la forme du locnl, aussi bien que l'usage auquel il a pu être affecté.

Page 1