PRÉFACE. XVII
et Plutarque lui-même que cinq cent neuf, quelque nombreuses que soient les matières que cet ancien polygraphe ait traitées.
Mais, pour l'objet qui nous occupe, il s'agit bien moins de Térudition que de la piété et des vertus de ce grand homme. Or, sous ce double rapport, rien ne manque aux honorables témoignages que lui a rendus Tantiquité ecclésiastique, et dans ce concert presque unanime brillent les plus grandes lumières des deux Églises, saint Jérôme, suint Théodore, saint Cyrille d'Alexandrie et surtout saint Alexandre, évô |ue de Jérusalem, qui avait été son disciple (Euseb. UUt. eccL VI, 14. Cf. Greppo, Notes sur les premiers siècles chrétiens, p. 99). Quant à sa doctrine, on ne voit pas qu'aucun des anciens Pères de l'Église lui ait infligé le moindre biâme ; tous au contraire, en prodiguant leurs éloges à sa science, semblent donner une approbation implicite à son orthodoxie. On cite toutefois un décret du pape Gélase qui, dans un concile de Rome tenu en 494, aurait flétri quelques-uns de ses ouvrages ; mais la réprobation semble porter sur les écrits apocryphes de ce Père (peut-être même s'agit-il d'un autre Clément), opuscula alterius démentis Alexandrini apocrypha, La plupart des critiques modernes soupçonnent qu'il ne s'agit dans ce décret que des Ilypotyposes de Clément qui avaient été falsifiées par les hérétiques.
Quoi qu'il en soit, s'il no parait pas que TÉglise grecque ait jamais honoré ce Père comme un saint, il n'en est pas de même chez les latins. Le martyrologe d'Usûard, dont la leçon a été répétée par plusieurs autres, notamment par celui de Paris, fait lire au 4 décembre : Ahxandriœ, sancti Clement'is Alexandrini, qui in divinarum eruditionum scholis quam maxime flortiiU et le titre de saint ne lui a jamais été, que nous sachions, contesté en deçà des Alpes ; les Boilandistes eux-mêmes expriment le regret qu'il ait été rayé du martyrologe romain par Baronius (du Sollier,Ao/. sur S. Clément, dans Tédit. dHJsiiard de 1714). Dans une préface au même martyrologe romain, le savant pape Benoit XIV se borne à constater qu'il n'y avait pas d'assez fortes raisons pour y rétablir le nom de ce docteur. Là où ce pontife émettait des doutes, notre judicieux Tillemont articule, relativement à cette question, des faits dont il est bon de tenir compte pour la solution désirée (Tillemont. Mém. d'hist. eccl. t. III, p. 195) : « Nous avons dit que sa feste estait marquée le 4 de décembre dans plusieurs martyrologes; et quoique son nom ne se lise pas dans le romain de Baronius, cela n'a pas empesché que Ton ait cru pouvoir tirer divers endroits de ses écrits pour les mettre dans l'office de TÉglise de Paris, en lui donnant mesme le titre de saint. Et on assure que, quoiqu'on eust témoigné d'abord à Rome en être surpris, on céda aussitôt à l'autorité d'Usuard et on trouva étrange que Baronius ne Teust pas mis dans le sien, celui d'Usuard ayant esté longtemps le martyrologe ordinaire de TÉglise et Testant encore en divers endroits. »
IV. On a peu de chose à dire des autres améliorations réalisées dans celte nouvelle édition :
un répertoire analytique donnera au lecteur la facilité de se renseigner d'un coup d'œil sur
ce qui peut Tintéresser dans chacun des articles du Dictionnaire. Ce travail de patience est
dû à la sympathique obligeance de M. Vialliez, chanoine honoraire, professeur d'histoire au
petit séminaire de Belley.
Dans un but analogue, on a cru opportun d'y joindre une table des gravures, dont le nombre dépasse de quatre cents et plus celui de la première édition. Ici une mention particulièrement amicale et reconnaissante est due à M. le commandant Sériziat, qui a bien voulu mettre à la disposition de l'auteur son habile crayon, exercé de longue main à dessiner l'antique. Les nouveaux dessins sont en grande partie son œuvre, plusieurs sont inédits et ont été relevés par lui sur des monuments de l'Algérie pendant un long séjour dans nos possessions africaines.