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XVI PRÉFACE

Or, on s^est emparé de cet aveu de non-infaillibilité, dicté cependant par la plue simple probité littéraire, aussi bien que par le principe plus élevé de la foi religieuse, pour lui supposer l'intention systématique de plier aux exigences de l'orthodoxie les monuments et les textes soumis à son étude, sans attendre, en cas de contradictions apparentes, les résultats ultérieurs du travail scientifique. Une telle allégation n'irait à rien moins qu'à mettre sa bonne foi en suspicion. 11 ne l'aurait pas relevée néanmoins, si sa personne seule était ici en cause. Hais affirmer, en thèse générale, qu'il y a « obligation pour un prêtre catholique d'être orthodoxe quand même, de donner à certaines particularités des antiquités chrétiennes des interprétations qui ne sont pas conformes aux faits acquis à la science » (Bulletin des Cùmmissions royales d'art et d* archéologie^ de Bruxelles, 4* année, p. 348), c'est évidemment prendre à partie le clergé tout entier, le frapper d'incapacité et revendiquer pour les libres penseurs le privilège exclusif de disserter sur des questions archéologiques où tous les intérêts de la religion sont engagés. Un excellent travail de H. Tabbé Delvigne dans la Revue générale de Bruxelles^ février 1866, ne tarda pas à faire justice de si étranges prétentions ; ce savant professeur les réfuta par des arguments sans réplique et flétrit par des protestations indignées les atteintes portées à l'honneur de l'ordre ecclésiastique et au bon aloi de sa science.

Biais les assertions du critique bruxellois ont trouvé chez nous des contradicteui*s dont il ne saurait récuser le témoignage, attendu qu'ils sont absolument sans parti pris de partialité en faveur du clergé. Un homme d'un grand savoir et d'un esprit distingué que nous ne saurions trop regretter de trouver séparé de nous sur beaucoup de points essentiels, écrivait à l'auteur avec une sincérité qui l'honore grandement : « J'ai une estime très-grande pour le Dictionnaire que vous avez livré au public, et j'en tire pour ma part un très-grand profit. ... Je le recommande à toutes les personnes que ce genre d'études intéresse. J'exprimerai prochainement mon opinion à son égard dans un article destiné à la Revue des Deux-Mondes..,. Bien loin d'y partager les idées de H. F..., j'y exprime cette pensée que les personnes les mieux placées pour approfondir les antiquités chrétiennes sont les prêtres catholiques^ et les raisons que j'en donnerai frapperont tous les esprits (Lettre de M. Emile Bumouf, Nancy, 13 nov. 1865). » Quelques mois auparavant, un journal de Paris, qui, lui non plus, ne s'est jamais posé en champion de l'Église, la Presse (30 janv. 1865), exprimait en ces termes la même pensée au sujet du Dictionnaire : t Pour entreprendre un semblable travail, et écrire un pareil livre, il fallait être prêtre en même temps que savant. » Ces témoignages, pris en dehors du camp des apologistes habituels de la religion et de ses ministres, suffisent à rétablir le clergé dans des droits inconsidérément attaqués.

Une observation d'une tout autre nature, mais qui mérite d'être prise en considération, a été adressée à l'auteur. Quelques personnes adonnées à l'étude de l'histoire ecclésiastique se sont étonnées de voir la qualification de saint constamment attribuée dans cet ouvrage à Clément d'Alexandrie. 11 y a ici une question controversée parmi les théologiens et les savants, et l'auteur n'eut jamais la prétention de la trancher; mais, ayant adopté l'opinion favorable à la sainteté du grand docteur, il doit exposer les raisons qui expliquent et excuseront, s'il le faut, ses préférences.

Tout a été dit au sujet de l'érudition du célèbre prêtre d'Alexandrie, et elle n'est pas ici en cause. Dans plusieurs de ses écrits, il fait un fréquent usage des Livres saints, et Cassiodore nous apprend (De instit. div. lib. 8) qu'il en avait commenté plusieurs. Hais, comme il s'était donné pour mission spéciale de confondre les païens par leur propre littérature, leur théogonie, leur culte et leur histoire, c'est surtout vers les auteurs profanes qu'il avait dirigé son étude, et sa science sous ce rapport n'a été égalée par aucun autre Père de l'Église. Un calcul auquel se sont livrés quelques érudits sur les œuvres de ce docteur, et dont Petit- Radei a résumé les résultats (Rechercha sur les bibUoth. anc., p. 25], peut nous donner une idée de l'inunensilé de ses lectures. Si l'on excepte Athénée, qui cite plus de neuf cents auteurs, aucun savant du même temps n'avait fait usage d'un aussi grand nombre de livres : il cil ait six cents auteurs, tandis que Strabon n'en avait nommé que deux cent vingt et un.

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