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semble bien indiquer qu’il s’agit ici d'une chaise mobile. Quant au x sellae familiaricae de Varron, auxquelles on a donné le même sens, je crois que c’est simplement une latrine pour les esclaves et les serviteurs d’une ferme (familia), à laquelle le tas de fumier (sterquilinium) 1 tient lieu de fosse ; le contexte ne me paraît laisser subsister aucun doute. Les cellac familiaricae de Vitruve 2, qu’on a aussi interprétées latrines ou garde-robes, sans doute par rapprochement avec les sellae familiaricae de Varron, semblent être des pièces pour le service.
Nous trouverons en province, à Pompéi et dans les villes d’Afrique, les renseignements que Rome nous a refusés.
Pompéi avait des latrines publiques assez nombreuses :
au Forum 3, aux
thermes du Forum ou petits thermes grands
Fig. 43G3. — Plan des latrines publique à sPompéi.
-, aux thermes, dits ne Stabie 5, aux thermes centraux aussi appelés nouveaux 6, au théâtre7, aux portiques d’Eumachia 8 et dans divers endroits de la ville9. Ces latrines publiques sont généralement établies d’après le système du tout àl’égout. Celles du Forum, quoique toute la partie extérieure, sauf les murs, ait disparu, nous permettront d’étudier le fonctionnement, à l’aide du plan ci-joint (fig. 4363) 10 , car le sous-sol est intact. Un vestibule A, dontles portes d’entrée et de sortie 1 et 2 sont contrariées, afin que, du dehors, on ne puisse pas voir l’intérieur de la latrine, donne entrée dans la salle principale B. Sur trois côtés de cette salle, le long du mur, courait un canal C, aujourd’hui à découvert, sur lequel étaient posés les sièges dont on voit encore, de distance en distance, les supports en pierre 3. Les sièges te^en. °nc susPendus sur le canal où tombaient direcna'^r esma^res qu’une eau, toujours courante, entraîuectement à un égout passant derrière la latrine.
dans rW î , f ' 3” m^me disposition se trouve encore quelquefois en France,
p. 251 9jj. ln*s rusl>ques. 2 Vitruv. VI, 10. — 3 Fiorelli, Descr. di Pompéi, 1875, 4 0 vert i v.n’ PoniPe*a’ 18"0,p. 130; J. Overbeck-Mau, Porhpeji , 1884, p. 72. Ovcrbeck-Mau 5 Mic,laelis> ArcA- ZeiL XV11’ 1859> P- 26>P>- cxxlvi
Fiorelli, GH '?/ ~ R P' 234‘ “ 7 Id- P- >02- - 8 H- P- ‘33- ~ 9 Cf.
et Descr. na ■ ' “ 1 PomPet,dél 1861 al 1872, p. 9, n. 41 ; 35, n. 27-28 ; 37, n° 47, Tin igad, 1897 ^ 10 ^ après Breton, l. I. — il D'après A. Battu, Les ruines de
’ I1' 13’ *'&• 6> et ld. Guide de Timgad, 1897, p. 1 13. Voir aussi une
La latrine publique du forum de Timgad, en Afrique, établie d’après le même système que celle de Pompéi, est assez bien conservée pour que nous puissions en reconstituer l’appareil extérieur ; nous aurons ainsi la description complète d’une latrine publique romaine. Dans le dessin de l’état actuelquenous reproduisons (fig. 4364) 11 , on voit, à gauche, une partie de l’ouverture ménagée audessus du canal qui longe le mur, et, en avant, sur le dallage, lp trace des sièges qui, comme à Pompéi, étaient suspendus sur le vide au-dessus de ce canal. Entre chaque siège, large de 60 centimètres, une dalle debout haute de 80 centimètres, dont la partie supérieure était arrondie et sculptée en dauphin, formait séparation et donnait au bras un point d’appui; des caniveaux, creusés peu profondément et inclinés vers l’égout, facilitaient, de distance en distance, l’écoulement des liquides12. Au centre d’un des murs, une fontaine, encore accostée de ses séparations sculptées en dauphin, recevait l’eau par le fond et en déversait sans cesse le trop-plein dans une rigole figurée sur notre dessin, qui faisait tout le tour de la salle et se vidait dans le canal. Le dallage, la présence de la fontaine, l’eau qui circulait sans cesse dans la rigole, l'entrainement perpétuel des matières à l’égout rendaient certainement ces latrines propres, faciles à maintenir en bon état à l’aide de lavages à grande eau et probablement presque inodores. La salle, longue de 8 m. 53 sur 6 m. 20, contenait environ 25 places; elle était, comme nous l’avons déjà remarqué à Pompéi, précédée d’un vestibule13. Les latrines des thermes de Timgad étaient aussi établies sur un canal courant le long d’un mur; mais ce mur, auquel étaient adossés 28 sièges limités par des séparations, était en demi-cercle, de telle sorte que la pièce formait
un hémicycle de 14 mètres de diamètre. Autant de caniveaux qu’il y avait de places facilitaient l’écoulement des liquides vers la fosse; une rigole, comme aux latrines du forum, courait devant les sièges, alimentée d’abord par une fontaine centrale, qui, plus tard, fut supprimée et remplacée par un robinet placé au-dessus de la rigole à chaque extrémité du demi-cercle. Les sièges en pierre, artistement moulurés, étaientépais de 17 centimètres et profonds de 51 ; les lunettes avaient un diamètre de 21 centimètres11. Dans des latrines entièrement en marbre, attenant au marché de Pouzzoles, les trous des lunettes ne sont pas parfaitement circulaires, mais ont, en avant,
vue prise d'un autre côté, ld. Les ruines, pl. xi , p. 111, et le dessin, différent encore, de E. Boeswilhvald et R. Cagnat, Timgad, une cité africaine, 1892, p. 14, fig. 7. — 12 Pour comprendre Futilité de ces caniveaux, il faut sans doute se rendre compte que les sièges, qui aujourd'hui n existent plus, couvraient à la fois l'espace vide au-dessus de l’égout et l'extrémité des dalles en bordure où étaient ménagés les caniveaux ; ceux-ci pouvaient en même temps servir à l'expulsion des eaux de lavage. — ,3 Cf. A. Ballu, Les ruines, p. 112 et s.; Boeswilhvald et Cagnat, O. I. p. 13 et s. — U A. Ballu, Les ruines, p. 187, pl. xxv ; Guide, p. 48.
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une légère échancrure, ce qui leur donne, à la partie antérieure, une forme un peu ovale1. Le sol de lalatrine des thermes de Timgad est couvert d’une belle mosaïque représentant des animaux entourés de rinceaux variés. Les latrines publiques de Lambèse sont organisées d après le même système et également semi-circulaires, avec canal et courant d’eau poussant tout à l’égout. Mais, au lieu de sièges, elles ont de simples dalles percées, et, en avant du trou, une dépression en forme de cuiller pour l’écoulement des urines 2.
Si nous rapprochons les latrines de Lambèse et des thermes de Timgad de celles du palais d'Auguste et de la ■\illa d Hadrien, nous constaterons que, pour les latrines a sièges multiples, la forme en hémicycle n’était pas moins usitée que la forme rectangulaire. Nous remarquerons aussi que le système très hygiénique et très pratique adopté par les Romains était d’un usage général, puisque nous le retrouvons en Italie et dans les villes d Afrique. Les villes de province de l’empire romain étaient, a ce point de vue, plus favorisées que nos capitales qui hésitent encore devant « l’innovation » du tout à l’égout.
C est a Pompéi qu il nous faut revenir pour étudier les latrines privées. Celle dont nous donnons ici le dessin (fig. 4305) se trouve dans une maison située derrière le
monument d’Eumachia3. Deux socles en maçonnerie, surélevés, marquent la place des pieds (1), un peu audessous de l’amorce qui supportait à droite (2) le siège aujourd’hui disparu ; une forte pente (3) s’incline vers un conduit ménagé, au fond de la latrine, dans l’épaisseur du mur (5) et en communication avec l’égout; un tuyau (4) descend de l’étage supérieur, soit pour apporter de l’eau, soit plutôt, à cause de salargeur, comme tuyau de décharge des eaux ménagères ou d’une latrine située au-dessus de la première.
1 Cochin et Bellicard, Obscrv. sur les antig. d' Herculanum, 2e éd. 1755, pl. xxx, p. 83, et 1757, p. 66. Voir le dessin, sans doute restauré, de Jorio, dans Cagnat, Timgad, p. 212. — 2 A. Poulie. Hecueil de la Soc. de Constantine, 3e sér., I. Il (XXXIII), 1883-1884, p. 194; II. Cagnat, Lambèse, 1893, p. 49, s. — 3 Reg.VII, ius. 9, via 4, n° 63. — 4 Fiorelli, Gl i scav. d. 1801 a. <872, p. 24, n01 2-3 ; 57, 18. Je cite cet ouvrage de préférence à la Descrizione du même auteur : les planches, à grande échelle, permettent de Suivre la description pièce par pièce. Je ne citerai qu’un très petit nombre d’exemples par variété. — 5 Ibid. p. 33, 20 ; 55, 7; 56, 10. — 6 P. 49, 11, — 7 P. 55, 4; 63, 22. — 8 Fiorelli, Descr. p. 374. — 9 Id. Gli scav. p. 27, 9-11; 58, 24. — 10 P. 4, 9 ; 40, 8; 47, 4-5; 57, 16.
Une chose qu’il faut admettre tout d’abord, c’est que sauf exceptions, chaque maison, à Pompéi, avait sa latrine. L’usage de placer la latrine dans la cuisine, ou à côté, subsiste encore, mais il est loin d’être la règle générale. La latrine de la cuisine est dissimulée dans un renfoncement4, isolée par une cloison 8 ou par un petit mur 6 quelquefois semi-circulaire et simplement à hauteur d’appui, souvent aussi sans aucune séparation ’• mais il est probable qu’il y avait alors une barrière en bois que le temps aura détruite, un paravent, ou quelque autre clôture mobile. On a vu des cuisines en possession de deux latrines 8. Installée dans une pièce voisine de la cuisine, la latrine avait encore une canalisation commune, à travers le mur mitoyen9; mais souvent on lui réservait une pièce isolée et écartée au fond de la maison 10, ou bien ouvrant au contraire sur le vestibule 11 ; très souvent encore on utilisait l’espace libre sous l’escalier12. Il existait aussi, au premier étage, des latrines se déversant, par un conduit, dans celles du rez-de-chaussée 13 ou pourvues de leur canalisation spéciale14. Certaines maisons en ont deux isolées13; il existe encore des latrines à deux places16, avec un urinoir à côté du siège11. Quelquefois le siège était remplacé par un socle bas percé d’un trou avec, en avant, la place des pieds marquée 18 ; l’inclinaison du sol ramenait l’urine dans le tuyau de décharge, grâce à un trou ménagé sous le socle19. Le soir, une niche recevait la lampe20. Les sièges conservés21, assez nombreux, sont en maçonnerie; ceux qui étaient en bois ont péri. L’installation des latrines de Pompéi était inégale, comme les maisons elles-mêmes, et comme les fortunes; elles étaient riches ou mesquines, petites ou spacieuses, obscures et sans air ou largement éclairées avec une fenêtre sur la rue ou le jardin. La plus luxueuse latrine est celle de la maison des Dioscures : la salle est vaste et éclairée, le siège double, les murs peints avec élégance22.
Les systèmes de latrines étaient variés. Le tout à l’égout, général pour la plupart des latrines publiques, était beaucoup plus rare pour les latrines prixrées; on en rencontre cependant des exemples, probablement dans les maisons qui se trouvent sur le passage des égouts23. Si Ton étudiait sérieusement le sous-sol et la canalisation de Pompéi, ce qui n’a pas encore été fait, on trouverait peut-être que le tout à l’égout était moins exceptionnel qu’on le pense. D’autres latrines avaient des fosses24; les latrines de deux maisons voisines, adossées au mur mitoyen, profitaient de la même fosse28. Dans le quartier qui avoisine la porte de Stabie, une latrine très simple est appliquée contre un mur percé d’une ouverture au niveau du sol, de telle sorte que, de l’extérieur qui m’a paru être un petit jardin, on pouvait, avec une pelle, faire le nettoyage26. Enfin, certaines latrines n’ont ni égout, ni fosse, ni ouverture d’aucune sorte vers l’extérieur. Il est plus que probable qu’elles contenaient autrefois des récipients que l’on retirait par une porte ouvrant sur le devant de la latrine; et, en effet, que pour-
Il p. 47, 4-5 ; 52, 3 ; 54, 13. — 12 P. 10, 47 ; 20, 18 ; 57, 16 ; Descr. p. 270, 2/1,
287, 300, etc. — *3 Gli scav. p. 4,9; 18, 4 ; 41 , 19-20. — 1 4 Overbeck-Mau, Pompej’i p. 292. 13 Fiorelli, Descr. p. 309-310, n» 4-5 ; Gli scav. p. 47, 4-5. — I6 Over¬
beck-Mau, O. I. p. 316. — U Fiorelli, Descr. p. 53, 166; Gli scav. p. 72, 13-1 1 — 18 J'ai le souvenir d'avoir vu en plusieurs endroits, à Pompéi, des latrines <lc ce genre. — I9 Voir le dessin de P. Gusman, Pompéi, 1900, p. 316. — 20 Fiorelli, Descr. p. 44. — 2* Ibid. p. 39 ; Gli scav. p. 4, n. 9. — 22 Cf. Overbeck-Mau, p. 3J;| Fiorelli, Descr. p. 137. — 23 Mittheil. d. arch. Inst. roem. t. IV, 1889, p. 1°:I’ V, 189o', p. 238 ; VIII, 1893, p. 52. — 24 Breton, p. 382. — 25 Fiorelli, Gli scae. p. 10, n0’ 47, 48. — 20 Souvenir personnel.
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raient être ces chaises percees fixes dont parle Pollux , linon des latrines contenant un vase mobile ?
Pompéi nous a fourni des éléments d’étude assez commets pour que nous ne cherchions pas ailleurs; les Romains nous l’avons vu pour les latrines publiques, ont porté dans les provinces éloignées leurs progrès et leur civilisation, en cela comme dans les monuments d un ordre plus élevé. A Nîmes, le général Pothier a découvert, dans les ruines d’une maison romaine, une latrine contiguë à la cuisine, dont la fosse était sans cesse lavée par des eaux courantes 2. Au Châtelet, Grignon a trouvé des fosses maçonnées, carrées, circulaires et semi-circulaires 3 . On avait relevé en Gaule l’existence d’un grand nombre de puits, dits puits funéraires. On s’étonnait toutefois de n’y pas rencontrer d’ossements humains, mais un dépôt noir caractérisé, et des débris de toute sorte qui, d’habitude, ne constituent pas les mobiliers funéraires. La présence de substructions surprenait aussi, tant les vivants semblaient 4 ivre avec les morts. M. Lièvre, de Poitiers, a découvert et démontré que ces prétendus puits étaient simplement des fosses d’aisance ; on a même reconnu, entre certains
d’entre eux et la cuisine, les tuyaux dé communication 4. Ces découvertes démontrent que le système de la fosse était très usité dans les campagnes gallo-romaines. Il est bon de remarquer toutefois que beaucoup de ces puits étaient de simples trous, danslesquels on jetaitles vidanges ; quand ils étaient pleins, on les recouvrait et on en creusait d’autres; c’est ce qui explique leur nombre considérable.
Nous sommes bien peu renseignés sur le mobilier des latrines antiques. Par Sénèque, on sait qu’on y trouvait une éponge fixée à un bâton 5. Certains auteurs, Montaigne entre autres0, ont cru que cet instrument servait au même usage que nos papiers modernes 7 ; mais c’est une erreur : ces éponges faisaient ce que font aujourd’hui nos petits balais. Trimalchion, dans un accès de cette grosse gaieté qui lui était naturelle, conseille à ses convives de l’imiter et de ne pas se gêner : dans une pièce voisine ils trouveront des lasani 8, de l’eau et cetera minutalia ; si, au lieu de garder une réserve qui ne lui était pas habituelle, Trimalchion avait énuméré ces minuta lia, il nous aurait appris, sur le mobilier des latrines antiques, des choses que nous ignorons.
Comme de nos jours, les murs des latrines se couvraient d inscriptions gravées à la pointe9, écrites au charbon ou à la craie 10.
Comment s’enlevait la vidange dans les villes? Des industriels en affermaient l’entreprise u, si toutefois on admet que dans le texte de Juvénal et dans le Digeste 12 e con(luctor foricarum ou foricarius est bien un entrepreneur de vidanges13. Le texte de Juvénal, surtout avec interprétation d un des scoliastes14, peut s’expliquer dans
1889 ’ ‘ 2 fumier, Mérri. de l’Acad. de Nîmes, 7 « série, t. XI, (1888),
p. viu 4 ? • 3 <-’r*Snon> Bulletin des fouilles faites au Châtelet en 1772, mire ioqo , lovre’ ^ es fosses gallo-romaines de Jarnac et les puits funé- Id Une m- CXtlait <lu ballet, de la Soc. hist. et archéol. de la Charente)-, de la S "PT archéo,o0i(Iue> h's puits funéraires, 1894 (extrait des Mém. antiq de F- ' ^ ^ Oaest) ; cf. A. de Barthélemy, Bull, de la Soc. des
de l’homme ‘ '! " vi’i!SM’ P' 141 ’ C,lailvet> Matériaux pour servir à l'hist. naturelle cf. MaTxû 48 ’ !; f arM 189i- P' 399. - « Senec. Epist. LXX, t7 ;
cailloux et de r ’ j. -, Jissa,s’ l’ 49- — 7 Aristoph. (Plut. 817-818) parle de - 8 Petron XLVH f ^ 482’ ^ d'éP°"^ 12», et Schol.
lut. Meyer, XI 34 9'^° ** °lme lasanus qui se rencontre aussi dans VAnthol.
2375. — lOMart vu e °‘P' lnscr- lat- lv> 3149 : Secundus hic cacat ; cf. 3146 a: 3- -«Celte .nternJL, ’ “ “ Juv' Hl> 38> ^ Schol. ad. v. - «XXII, 1, 17,
S. v. FonicuLAniuM. — H 11"1 a étéco,nbaUue- Voir entre autres, ici même, Humtert, est vrai qu un autre scoliasle, au lieu d'interpréter, comme
ce sens; quant au Digeste, il dit peut-être que l’entrepreneur avait à payer un impôt analogue à celui qui était exigé des foulons pour l’enlèvement des urines ; on peut admettre que la question reste douteuse, mais, quoi qu’il en soit, on n’avait pas le droit, dans les villes de 1 empire romain, de jeter les vidanges sur la voie publique 'S et, comme l’engrais humain avait une valeur vénale, étant très recherché pour l’agriculture [rustica res] 16, il était facile de faire vider ses latrines, latrinas stercorare'1 '. Nous savons, par une disposition de la lex Julia municipalis 18 et par d’autres textes19, que l’enlèvement se faisait dans des chariots, plaustra 20, et, comme de notre temps, pendant la nuit. II. Thédenat.
LATROCINIUM. — Vol à main armée ou s’exerçant habituellement sur les grands chemins, par surprise. [C’est ce qu’indique la définition de Verrius Flaccus 1 qui fait venir latro de latere , en rejetant l’étymologie grecque à7to ty,î Aarpsiaç.] Cicéron assimile également le latro et Yinsidiator2. Les jurisconsultes opposent les latrones ou latrunculi et les pirates (praedones) aux ennemis publics3. Le latrocinium suppose que le voleur est armé, qu’il a l’intention arrêtée de piller; pour lui, le meurtre n’est considéré que comme un moyen accessoire et non pas comme un but 4. Le crime est plus évident, quand les brigands forment une bande ( factio ) ; la préméditation est certaine3. Le brigand s’appelle aussi aggressor*", on assimile aux latrones les grassatores , quand ils attaquent à main armée 7. [La personne qui, repoussant l’attaque d’un brigand, le tue, est dans le cas de légitime défense8. Le brigandage a toujours été un fléau endémique dans le monde romain, sous la République et sous l’Empire. Il en est très fréquemment question dans les écrits des jurisconsultes impériaux. Septime Sévère admet 1’ « incursus latronum » parmi les causes légitimes d’empêchement9. L’Italie en particulier, surtout l’Italie du Sud, était déjà la terre classique du brigandage. En 185 av. J.-C., le préteur Postumius fit la chasse aux brigands dans la région de Tarente et en prit jusqu’à 7 000 dont la plupart étaient des bergers10; à l’époque de César, la ville de Rome et la Sicile étaient en proie aux brigands ; Sabinus mit une année à les détruire 11 [vigiles]. Sous Auguste, des bandes ravagèrent pendant trois ans la Sardaigne ; Auguste dut prendre des mesures spéciales, établir des postes militaires ( statio narii ) en Italie, faire une véritable guerre aux Isauriens dans l’Asie Mineure, mettre à prix pour 250 000 drachmes la tête d’un brigand espagnol, Coracottas 12. Yarron signale les brigandages qui rendaient souvent impossible la culture des champs dans la Sardaigne, l’Espagne13. Tibère continua les mesures d’Auguste; il expédia en Sardaigne 4 000 affranchis de religion juive, à la fois
le premier, forica par latrine, lui donne le sens de boutique. — 13 Di y. XL1II, 10, 4.
16 Colum. XI, 3, 12 : « nam quod homines faciunt [stercus], quamvis habeatur
cxcellentissimum...» cf. id, I, 6, 21 ; X, 85 ; Galen. De httnior. III, édit. Külm, XVI, p. 360. — 11 Dig. Vil, 1, 15, 1. — 18 Corp. inscr. lat. I, p. ICI, 1. 60 ; G. Bruns, Font.jur. rom. ant. 4e éd. 1881, p. 98-99, 10. — l9Cic. De divin. I, 7 ; Val. Max. I, 7, extern. 10 ; Suid. s.v.TqiwpoïvToî.— 20 Corp. inscr. lat. 1. 1.; Digest. XXXI1I.7, 12, 10.
LATROCINIUM. [1 Paul. Diac. s. v. latrones : « at nunc viarum obsessores dicunlur, quod a latere adoriuntur, vel quod latentev insidiantur » ; cf. Isidor. Etym.s.v. X 159. D'autres font dériver latro, de Xirrpo;, synonyme chez les Thessaliens de SoùU>4, Bekker, Anccd. 1095 ap. Athen, VI, p. 264 c.J — 2 Pro. JUil. 4 et 19, 50, — 3 Dig. 50, 16, 118; 49, 15, 24. — 4 Voir cependant Senec. De benef. 5,' 14, 1 ; Quintil. Decl. 15,4 . — ^ Dig. 48, 19, 11, § 2. — 0 Dig. 48, 9, 7. —7 Dig. 48, 19, 28, § 10 ; Suet. Oclav. 32. — [8 Paul. Sent. 5, 23, 8 ; C. Just. 3, 27, 1-2. — 9 Dig. 27, I, 13, § 7. — l°Liv. 39,29, 41. — 1* Appian. Bell. civ. 5, 132. — 12 Dio. Cass. 55, 28; 50, 43, 54, 12; 71, 4; Suet. Octav. 32; Tib. 8. — 13 De re rust. I, 16, 2.
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pour s’en débarrasser et pour les occuper contiœ les brigands1. Même sous les meilleurs empereurs, il y eut peu de sécurité en Italie 2. Il en était de même dans la plupart des provinces, en Corse, Afrique, Égypte, Dalmatie, Espagne, surtout dans les régions montagneuses de l'Asie Mineure, Mysie, Isaurie, Pamphylie 3. Arrien avait écrit la biographie du brigand Tilloboros 4 ; sous Commode, un déserteur, Maternus, à la tète de bandes considérables, surtout de déserteurs, désola pendant longtemps l’Espagne et la Gaule, pillant les villes, ouvrant les prisons; il fallut envoyer contre lui toute une armée 0 ; sous Septime Sévère, un certain Bullas tint en échec en Italie toute la police impériale pendant deux ans 0 ; un autre brigand, Claudius, qui dévastait la Palestine et la Syrie, se présenta devant l’empereur avec le costume de tribun militaire 7 ; aussi Sévère fit établir des stationarii dans tout l’Empire 8. Le mal ne fit que s accroître au Bas-Empire ; ainsi en 364 Valentinien et Valens défendent l’usage des chevaux, sauf aux sénateurs et au x honorati, dans plusieurs provinces du centre et du sud de l'Italie, pour arrêter les progrès du brigandage 9. Il était exercé particulièrement par les hommes des grands domaines impériaux et sénatoriaux, souvent avec la complicité de leurs chefs, les actores et les procuratores 10 [latifundia].
Nous ne savons pas exactement dans quelle catégorie de criminels étaient rangés les latrones aux premiers siècles de la République ; plus tard, sous Sylla, ils furent compris dans les termes de la /ex Cornelia de sicariis qui atteignait entre autres ceux qui « furti faciendi causa cum telo ambulant 11 », et par conséquent assimilés aux sicarir, mais le latrocinium forme cependant un crime spécial, distinct de Yhomicidium , comme le prouve une loi de 292 ap. J.-C.12.] En général, on appliquait aux brigands la peine de l’homicide, mais souvent, extra ordinem , un châtiment plus sévère, à raison des circonstances ; ainsi les famosi latrones étaient punis de la furca , ou jetés aux bêtes ou crucifiés 13. Les magistrats chargés de la répression étaient les magistrats ordinaires, c’est-à-dire à Rome sous la République les questeurs, les très viri capitales , sous l’Empire les préfets de la ville et du prétoire, le préfet des Vigiles, dans les provinces les gouverneurs [judicia publica]. [Mais sous la République, en Italie, le sénat a souvent donné pour ces affaires des pouvoirs spéciaux à des magistrats
l Tacit. Ann. 2, 85 ; Suel. Tib. 37. — 2 pim. Epist. G, 25 ; Front. Ep. 2, 17; Petron. Sat. 3; Juven. 3, 305-307; 10,20; Dio. Cass. 74, 2. — 3 Galon. De anatom. adm. I, 2 (éd. Kuhn, t. Il, p. 221 ; 4, 5, p. 385); De usu part, corp. 2, p. 188; Cels. Praef. I, p. 10; Dig. 17, 1, 26, §6; Apul. Metam. I, p. 268 ; 3, p. 292, 300; 4, p. 303 ; 6, 339; 7, 343 (éd. Nisard); Cic. Ad Quint. I, 1, 8; Strab. 7, 7, 3 ; Dio. Cass. 74, 2 ; Ovid. Trist. I , 11, 31; Vita Marci, 21 ; Corp. inscr. lat. 2, 2968, 3479; 3, 1, 1559, 1579, 1585, 2399, 2544; 8, 2494, 2495 ; Corp. inscr.gr. 3612 ; Wilmanns. 785; Cyprian. Ep. 68, 3. — 4 Lucian. Alex. 2 et 44. — 3 Herod. 1, 10, 5-16 ; Spart. Aig. 3. — 6 Dio. Cass. 76, 10. — 7 Dio. Cass. 75, 2.-8 Tertull. Apol. 2-3. — 9 c. Theod. 9, 30, 2 ; 9, 31, 1, 9, 14, 2; Ammian. 28, 2. —10 C. Theod. 9, 30, 2 ; Nov. Just. 102. — H Dig. 48, 8, 1 pr. ; Paul. Sent. 5, 23, 1. — 12 C. Just. 9, 2, 11], — 13 Dig. 48, 19, 28, § 15; Collât, leg. Mos. 1, 0; Scnec. Ep. 7, 40; Petron. 91. - [14 Cic. Brut. 22, 85-86; Polyb. 6, 13; Liv. 8, 20, 7; 39, 29, 8 et 41 ; 10, 1, 3; 28, 10, 4; 29, 30, 10. — 15 Mommsen, Inscr. Helvet. 119]. — 16 Strab. 11,2; Cic. De off. 3, 29 ; Joseph. Dell. jud. 3, 9, 2 ; Epict. 4, 1, 9 ; Lucan. 3, 228. — 17 Polyb. 2, 4-12. — 18 Appian. Mithrid. 92; Cic. Pr. leg. Man. ; Plut. Pomp. 24; Zonar. 10, 30 ; Dio. Cass. 36, 3. — 19 Cic. Verr. 5, 27 ; Suel. Caes. 4, 74 ; Vell. 2, 42; Val. Max. 0, 9, 15; Plut. Caes. 1; Crass.1 ; Polyaen. Strat. 8, 23, 1. — Bibliocraphik. Rein, Das Criminal Recht der Ilômer , Leipzig, 1844, p. 424-420; Walter, Rôm. Rechtsgesch. 3e éd. 18G0, t. II, n°» 813-816; [Pauly’s, Real-Encyclopaedie, 1848, t. IV, p:.8S4; t. V, p. 1636; Ilirschfeld, Die Sicherheitspolizei im rômis. Kaiserreich [Sitsungsber. d. Rerl. Akad. 1891, p. 24etsuiv. Friedlander, Darstellungen, 1889, l. II, p. 40-53],
supérieurs, consuls ou préteurs, qui jugeaient sommairement avec leur conseil et pouvaient faire procéder à des exécutions en masse u. Une inscription signale à Novio dumum (Ayons) un « praef ectus arcendis latrociniis 15 » 1
On peut rapprocher du brigandage la piraterie, autre fléau que l’administration romaine ne put jamais faire complètement disparaître, surtout sur les côtes de l’Asie Mineure, en particulier dans la Cilicie, l’Isaurie 16 et sur les côtes illyriennes 1 ‘. Il ne fut pas supprimé par les belles campagnes de Pompée 18. Il appartint aux généraux et aux gouverneurs de province de réprimer la piraterie extra ordinem ; les pirates étaient généralement décapités ou mis en croix 19. G. Humbert. [Ch. Lécrivain.]
LATRUNCULI. — Latroncules, jeu de combinaisons en usage chez les Romains ; il se jouait avec des pions sur une tablette divisée par des lignes.
Les Grecs connurent de très bonne heure un jeu où l’on faisait manœuvrer des pions (ttettoi, ^epot) ; c’était la TtETTEta. Palamède passait pour l'avoir inventé aussi bien que le jeu de dés, xô(ioi [tessera], tandis que l’armée grecque était retenue à Aulis par les vents contraires1; dans Euripide, nous voyons ce héros engager une partie avec Protésilas2. Cependant, même chez les Grecs, on a quelquefois attribué 1 origine de la 7reTT£i'« aux Égyptiens3, tradition qui semble confirmée par un assez grand nombre de monuments L Quoi qu’il en soit, il en est déjà question dans YOdyssée ; Homère montre les prétendants jouant a la pettie devant la demeure de Pénélope3.
Il y avait deux manières d’y jouer. Dans la première (ire-TTct 7tEVTÉYpa;x[4a) fi, « chacun des deux adversaires, dit Pollux, a cinq pions sur cinq lignes, et des cinq lignes en partant de chaque côté (éxarÉpMÔEv), la ligne du milieu s appelle ligne sacrée (îepi ypafj.pnj). Par comparaison avec le joueur qui pousse le pion à partir de cet endroit, on dit en guise de proverbe : il pousse le pion de la ligne sacrée ». Ce jeu est mentionné dans des auteurs grecs de la meilleure époque1; malheureusement, le texte de Pollux comporte des interprétations assez différentes, et ceux qu’on peut en rapprocher8 ne suffisent pas à l’éclaircir. « Pousser le pion de la ligne sacrée », c’était évidemment, en cas d’extrême nécessité, employer les grands moyens, « jouer son dernier atout». Mais chacun des joueurs avait-il cinq lignes et faut-il y ajouter la ligne sacrée, ce qui ferait onze, ou bien, au contraire n’y en avait-il en tout que cinq pour les deux,
LATKUNCULI. 1 Soph. ap. Euslalh. ad Hom. 11. II, 308, p. 228, 5 = Tragic. gr. (ragm. Nauck2, Soph. 438; Pausan. II, 20, 3; X, 31, 1 ; Suet. dans Miller, Mél. de litt. gr. (1868), p. 435; Jahn, Palamed. (Hambourg, 1836, 8°), p. 27. — 2 Eurip. Jphig. Aul. 194, Weil ; passage ponctué et interprété de différentes manières. — 3 plat. Pliaedr. p. 274 D. Les Lydiens prétendaient avoir invente tous les jeux, sauf la pettie, ilerod. I, 94. Sur les Égyptiens, cf. Herod. II, 122; Plut. De Is. et Os. 12. — 4 Rosellini, Monum. dell' Egitto, I, 122; Rawlinson, History of Herodotus, II, p. 275-276; Wilkinson, The Egyptians in the time of the Pharaons , p. 14; Manners and customs, I, p. 41; Th. Wright, A history «/ caricature and grotesque, Lond. 1865, p. 8; Bircli, dans la Rev. archéol. n. st. XII (1865), p. 56; Champfleury, Hisl. de la caricature antique, 3° éd. p. 24 : Lenormant, Hist. anc. de l'Orient, t. II, Paris, 1882, p. 320, 321 ; Maspéro, dans la Rev. de l'Assoc. des étud. grecq. 1878, p. 158 ; Falkener, Games ancient and oriental, p. 9-101 ; Maspéro, Hist. anc. de l'Orient, I, p. 194. Parmi ces monuments, il y a un papyrus égyptien du temps de Trajan, Falkener, p. 14. — 5 Hom. Od. I, 107. Apion d’Alexandrie (ap. Athen. I, 29, p. 16 F) en faisait un jeu de marelle; v. lusoria tabula. — 6 Soph. ap. Poil. X, 97 Tragic. gr. fragm. Nauck 2, Sopk- 396; cf. 977. — 7 Alcaei fragm. 82, Bergk ; Soph. I. c. ; Sophron. ap. Eustatli. ad Ilom. Od. I, 107 ; Tlicocr. VI, 18, Fritzsche, ad h. I. I, p. 187. — 8 Suet. dans Miller, Mél. de litt. gr. p. 435; Schol. ad Plat. Leg. VII, p. 820; Hesycli. s. v. re<TffàirevT2yça|Ajjia ; Etym. M. iteixtrot ; Diogenian. Prov. V, 41 ; Eustath. ad Hom. II. VI, p. 633, 59 ; Eustath. Ismen. Amor. X, 10, p. 267, Hcrcher; Meineke ad Menandr. P- 94; v. Lcutsch. ad Apostol. IV, 55.
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pi„ la üSne sacrée? Le jeu se composait-il uniquey C°uie lignes parallèles, ou celles-ci étaient-elles coumen r d’autres? Les solutions qu'on a essayé de donner frTdiverses questions ne sont que de pures hypothèses1 Autant qu’on en peut juger, cette forme de la pettie aurait quelque ressemblance avec la marelle [luso-
rIA TABULA]. vj*
• i;aulre se jouait avec un plus grand nombre de pions, soixante à ce qu’on suppose 2. On se servait, dit Pollux, d’un tableau (itXiv9tov) comprenant des cases (x<*P««) limitées par des lignes ; le tableau s’appelait la Ville [U6l \ et chacun des pions un chien (xûwv) 3. Les pions étaient partagés suivant leur couleur en deux camps de trente chacun. Pour prendre (àvatP£Ïv) un pion, il fallait l’enfermer (irsptXagêâvetv, àiroxXEtv, auyxXsTv) entre deux pions de la couleur opposée, de manière à lui couper la retraite (àiwwimffOai). D’autres auteurs appellent ce même jeu les Villes (IWXstç), chacune des cases du tableau représentant pour eux une ville différente *. Les manœuvres auxquelles se livrait le joueur pour avancer (àffâyeiv, TtOÉvat tV ^(pov), reculer (àvaxiQÉvat), changer
de place ( gsTartôÉvixt , ;x£xa7i£TTEU£tv) et pour ne pas assurer un avantage (xpEtTxov otoôvai) à l’adversaire , ont donné naissance dans le langage à des comparaisons, à des proverbes, qui témoignent de la popularité de ce jeu s.
La victoire était d’autant plus honorable qu’on avait sacrifié moins de pions pour l’obtenir0. Le jeu passait pour difficile et ceux qui s’y distinguaient par une supériorité manifeste étaient rares1. Suétone avait traité delà pettie dans son ouvrage sur les Jeux des Grecs*. La figure 4366 représente un groupe de terre cuite trouvé à Athènes; un homme et une femme, assis l’un en face de l’autre, ont sur leurs genoux une tablette de jeu chargée de pions. 11 semble qu’à la suite d’un coup douteux la femme a interrompu la partie pour faire une observation à son adversaire ; à l’arrière-plan, on voit un personnage dont la grosse tête aux traits grotesques a une expression comique. La figure -4367 reproduit la disposition des pions sur la tablette ; on remarquera que les uns sont posés sur les lignes qui limitent les cases, les autres à l’intérieur de
Clnistie, L. ï. ; Becq de Fouquièrcs, p. 397. Falkener, p. 91, semble avoir
meie des données très différentes. — 2 pi10t. Lex. p. 439: « TC3Xst5 icatÇetv
T*5 V'ÎV (X“ǫΠNaber) **Xo ul*Éva5 (, t«ï; Ç’ (*’ Pors.) » — 3 Ils
aient le môme nom dans le jeu égyptien ; Maspéro, Rev. des ét. gr.
’ P' de Falkener, p. 31. — 4- Cratin. fragm. 56 Comic.
n XCJla°m- K°Ck’ 1 P' 29 1 Plat* RePnbl Iv> P- *23, Scliol. Ad. h. I. ; cf. VI,
..L , . * R nVx ’ P* 3^5; Polyb. I, 84; Plut. Prov. alex. 14; Zenob. Prov. V, G7.
m. *'wh*BeCl 98?i P‘at' ^ V1, P’ 487 ; ffiPParcli. p. 229 ; Leg. X, p. 903;
Nauck2 F ’• p' 39a’ ^org. p. 430 D ; Eurip. Suppl. 400 ; Tragic. gr. fragm.
13U1 ’ E"rip; 3G0’ 9 ; Anliph. ap. Ilarpocr. àvcSÉ^a,; Polyb. 1, 84 ; Plut. De exil.
8S„pI p temid' 0nirocr ■ III, I- Reif. - 7 Plat. Polit, p. 292; Ilcp. H, p. 374.—
puisé da ']'n ' ■ MiUer> Mil. de litt. gr. p. 43 c. Suétone a probablement
De cnlf i ° Al|iwv Pampl>ile et il a été la source de Pollux, l. c. Voir Boelim,
tuf j°’ 1SS' Poiln> 1893, p. 5-8, — 9 Micbaelis dans VArch. Zeit. 1863,
Musée rie iv tl ~ 10 Eurip. Iphig. Aul. 194, Weil. — H Amphore de Nola au
"• 1". r *• «- ». ■* ► « f. Ov.rbcck,
anf Leh lof v ‘ (W' ’ P' 3l0’ 15; M°n- dell’ Ist. I, pl. xxvi; Panofka, Bildw.
sentait ' ’ Welck« d°™e
seutalions ; mais il n’a
Fig. 4366. — Jeu de pions.
un copieux catalogue de ces sortes de repré-
sulté
avec Précaution. 11 est
pas du tout dislingue les r.z-.-.a'. des :
; et doit être convrai que cette distinction n’est pas toujours facile à
ces cases ; C indique la place de l’homme, B celle de la femme. Il y a en tout douze pions et quarante-deux cases. On peut considérer comme vraisemblable que la partie engagée est une partie de Ville] cependant ces détails, il faut bien le reconnaître, ne correspondent qu’imparfaitement aux données des textes 9. Les vases peints nous offrent aussi quelquefois des scènes analogues; deux guerriers assis face à face ont les yeux fixés sur des pions de couleurs différentes, et l’un d’eux, le doigt tendu, semble chercher celui qu’il va faire mouvoir ; on a donné à ces deux personnages, d’après le texte d’Euripide 10, les noms de Palamède et de Protésilas, ou encore ceux d’Achille et d’Ajax, par comparaison avec d’autres vases où se trouve représenté le jeu de dés [tessera]11, ou plutôt une consultation du sort au moyen de cailloux ou de dés [divinatio, p. 301, lig. 2479].
On admet généralement que les latrunculi des Romains ont un rapport étroit avec la irerrsfa des Grecs. Ce jeu se jouait aussi sur une tablette ( tabula latruncularia)12. On faisait pour cet usage des tablettes à deux fins, qui pouvaient se retourner comme nos damiers ; sur une face on jouait aux latroncules, sur l’autre au jeu de dés appelé duodecim scripta 13. Les pions ( calces , calculi) 14 portaient le nom particulier de latrones, latrunculi i5,d’où est venu celui du jeu lui-même; à l’origine, le latro n’ètait pas autre chose qu’un soldat [miles) 10, mais un soldat mercenaire 11 ; c’est qu’en effet dans ce jeu savant, comme dans la ndXtç des Grecs, tout rappelait l’art des batailles et des sièges. La tablette était divisée en cases par des lignes qui se coupaient à angles droits 13 ; nous ne connaissons pas le nombre des cases; on conjecture, par analogie avec la IlôXi;, que les pions devaient être au nombre desoixante en tout, soittrente pions dans chaque camp. On les distinguait par la couleur 19; d’ordinaire ils étaient blancs dans un camp et noirs dans l’autre. Quoique sans doute ils fussent le plus ordinairement en pierre, on en faisait aussi en verre 20, et même en pierres précieuses21. Comme dans la pettie. il fallait, pour qu’un pion fût en prise, qu’il se trouvât enfermé entre deux pions de l’adversaire 22 sans pouvoir se dégager [exire) 23 ; on disait alors qu’il était ligatus , alligatus, obligatus 24. Le joueur dont tous les pions étaient bloqués et qui ne pouvait plus en remuer un seul était redactus ad incitas ( calces ) 2\ Les bons joueurs étaient ceux à qui il restait encore un grand nombre de pions après
faire sur les monuments. Tables de jeu en pierre trouvées à Epidaure, imitant sans doute des tables en bois : Blinkenberg dans les Alittheil d. bais, deutsch. Inst., Athen. Abth. 1898, p. 1-14. Il me paraît très douteux qu'elles aient servi à la itETxsia tri zivTs Yçannwv, comme le veut Blinkenberg. Il n’est pas démontré non plus qu'on doive, à l’exemple de Bliimner, Loc. cit. p. 511, identifier les isévte Yjan[ial avec le SiaYjot|ii|it!Tfi.o; [tesseua]. Voir néanmoins sur ces tables lusoria tabula. — 12 Sen. Epist. 117, 30. — 13 Mart. XIV, 17. — 14 Fest. Calces; Plaut. Poenul. 906; Lucil. XIV, 11, Miiller; Mart. Loc. cit . ; Plin.Æ'pisf. VH, 24, 5. — 13 Ov. Ars am. II, 207; Sid. Apoll. Epist. VIII, 12; Sen. Ep. 106, 11; Macrob. I, 5; Corp. inscr. lat. XIII, 444. — 13 Ov. Trist. II, 477. — 17 Fest. Epit. p. 118, 16; Varr. De l. I. VII, 52; Suid. Xàiçov; Callim. fr. 238; Plaut. Mil. 75; cf. Cure. 548 ; Stich. 135; Ov. Ars. am. III, 357. — 18 Varr. De l. I. X, 22, — 19 Ov. Trist. H, 477; Mari. XIV, 17 Plin. Hist. nat. XXXVI, 26, 199; Sid. Apoll. Ep. VIH, 12; De laude Pison. vers 194. — 20 Ov. Ars am. II, 208; Mari. VII, 72, 8; l. c. — 21 Mart. XIV, 20; cf. XII, 40, 3. — 22 C’est ce qui résulte notamment de Mart. XIV, 17 : « Calculus hoc gemino discolor hostc périt » ; cf. Ov. Ars am. III, 357 ; Trist. Il, 477. — 23 Sen. Epist. 117, 30. — 24 De laude Pison. dans Baehrens, Poet. lat. min. I, 225, vers 194-201 ; Sen. Epist. 117, 30. — 23 Incitus de ct'eo, mouvoir. Plaut. Poen. IV, 2, 85; Trinumm. Il, 4, 136; Isid. Orig. 18, 67.
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leur victoire *. Le vainqueur était proclamé imperator 2.
Comme on le voit par cet exposé, les latroncules aussi bien que la pettie diffèrent de notre jeu de dames en un point essentiel, à savoir la manœuvre des pions. La pettie et les latroncules sont-ils identiques à notre jeu d'échecs? Il ne semble pas qu’on puisse le prétendre pour la pettie, si les textes nous disent bien tout le nécessaire; car ce qui caractérise les échecs, c’est que les pièces se partagent en plusieurs catégories qui se distinguent par leur forme, et dont chacune a sa marche propre ; à notre connaissance, il n’y avait rien de tel dans la pettie; jusqu’à preuve du contraire, les pions ou chiens (xüveç) devaient tous être semblables les uns aux autres3.
Faut-il en dire autant des latroncules ? Quelques auteurs modernes ont admis leur identité avec les échecs. Sans discuter ici tous les arguments invoqués en faveur de cette thèse 4, nous ferons simplement remarquer qu’à certains égards ce jeu semble au moins se rapprocher de nos échecs ; il admettait probablement des combinaisons qui ne se retrouvent pas dans la pettie. A côté des lat roues, les anciens mentionnent ce qu’ils appellent des mandrae 5, d'où quelques savants ont été conduits à penser que les pions, dans chaque camp, se divisaient en deux catégories, les uns jouant le rôle d’officiers, les autres celui de simples soldats 6. Mais le sens ordinaire du mot mandra paraît mal se prêter à cette interprétation : [xàvopa désigne en général une étable, une écurie, un lieu clos propre à garder les animaux domestiques, et par suite l'ensemble des animaux enfermés dans ce lieu 7. On peut donc tout au plus l’entendre ici d’une file de pions alignés sur les cases 8 ; mais la distinction qu’on a essayé d’établir entre les pions ainsi désignés et les latrones est tout à fait hypothétique et hasardeuse 9. Nous trouvons sur les latroncules des détails curieux dans un poème anonyme du temps de Néron, où est décrite en termes ingénieux la tactique d’un joueur habile; c’est dans le sujet notre principale source ; malheureusement, ce texte est pour nous plein d’obscurités 10. Mais nous devons à Isidore de Séville un renseignement précieux ; c’est que parmi les pions les uns, comme les simples soldats ( ordinarii ), ne pouvaient marcher que dans le rang, droit devant eux ; les autres, au contraire, avaient une marche plus libre, et probablement, par opposition aux premiers, une marche oblique : « Calculi partirn ordine moventur , partirn vage ; ideo alios ordinarios, alios vagos appellant11. » Ceci supposerait que dans un même camp les 'pions ordinarii etles vagi se distinguaient
1 De laude Pison. I. c. vers 206-720. — 2 Hist. Aug. Yopisc. Procul. 13, 2. — 3 C’esl aussi la conclusion de Falkener, p. 51. Voir les pions à têtes de lions trouvés en Égypte, Ibid. p. 31 . — '* Fauvel aurait possédé un cavalier d’un jeu d’échecs, en ivoire, trouvé dans un tombeau d’Athènes : Raoul-Rochette, Mém. de l'Institut, XIII, p. 638 (3e Mém. p. 110). Mais qu’est devenue cette pièce et était-elle antique ?Plin. Hist. nat. VIII, 215 : « Mucianusetlatrunculis lusisse [simias dicitj, fictas cera icônes usu distinguente », conjecture de Saumaise sur un passage corrompu, « fictas cera nuces visu distinguer » (Detlefsen). Suet. Ner. 22:«cum eburnis quadrigisinabacoluderet »; pour que ce texte pût s'entendre des échecs, il aurait fallu qu’il y eut sur la table d’autres pièces que des quadriges, ce que l’auteur nedit pas. — *> Mart. VII, 72, 7 ; De laude Pison. I. c. vers 191. — 6 Wersdorf, Becker-Gôll, Marquardt. — 7 Hesych. s. v. ; cf. Mart. V, 22;Juv. III, 237. — 8 Becqde Fouquières, p. 438. — 9 R faut en dire autant de la distinction imaginée, parBecq de Fouquières entre les latrones d’une part et les latrunculi de l’autre. — 10 De laude Pison. I. c. vers 178-196. — H Isid. Orig. XVIII, 67. — 12 L’origine de nos échecs est généralement attribuée aux Hindous; voir Frère t, Mém. de V Acad, des inset*, et b.-l. t. V, p. 250 ; Rcinaud, Journ. Asiat. août 1844; Falkener, p. 113-231. — 13 Les reconstitutions de Becq de Fouquières, p. 441-456, et de Falkener, p.53, sont de pures hypothèses sur lesquelles il est impossible de se prononcer. — H Falkener, Op. cit. p. 37, les identifie avec le jeu de Tau des anciens Égyptiens. — 13 Minervini, Bull. arch. Napolet. n. s. t. I (1852),
les uns des autres par la forme. Nous aurions donc affaire là à un jeu plus savant que la pettie et qui en serait Un perfectionnement. Mais il ne s’ensuit pas qu’il doive être identifié avec les échecs modernes 12 ; en tout état de cause il est téméraire de pousser plus loin l’induction et de prétendre retrouver les règles perdues 13. C’est peut-èi,.e dans les jeux en usage chez les Orientaux qu’on pourrait le mieux s’éclairer sur la pettie et les latroncules u.
Une améthyste ayant appartenu au duc de Luynes (fig. 4368) nous montre deux personnages en train de jouer à l’un de ces jeux ; deux autres, debout à côté d’eux, les guident de leurs conseils15. On a quelquefois recueilli dans les fouilles des pions qui ont dû être employés à cet Fig. 43cb. usage ; tels sont ceux que représentent les figures 4369 et 4370. Les trois premiers sont en pierre ; ils font partie d’une série trouvée dans une tombe romaine de Cumes 16. L’autre est en os etprovient d’Halicarnasse11, Enfin, on a recueilli dans une fouille près de Pérouse des pions hémisphériques en verre, semblables à ceux de
Fig. 4369. Pions. Fig. 4370.
la figure 4369; il y en avait de bleus, de jaunes et de blancs, en tout huit cent seize18. Cette division en trois couleurs a suggéré à M. Tilley une théorie nouvelle; il suppose que sous le nom de calculi inciti on désignait une troisième catégorie de pions, dont le rôle particulier, à côté des ordinarii et des vagi, aurait été de ne pouvoir jamais bouger ; ils auraient représenté le camp, la garnison sédentaire par opposition aux troupes mobiles19.
On a soutenu non sans vraisemblance que les médaillons de l’empire romain, connus sous le nom de co.ntorniàti nummi, n’étaient pas autre chose que des pions ayant servi à quelque « jeu de table20 ».
Les Grecs ont eu un goût très vif pour ces sortes de jeux. Comme les prétendants de Pénélope21, les oisifs se réunissaient souvent en plein air pour y jouer; c’était un plaisir savant, apprécié surtout des vieillards22 ; à Co-
p. 192, tav. VIII, 5. Cf. Dütschke, Ant. Bildw. in Ober liai. IV, 23, 31, W (= Corp. inscr. lat. V, 7510); Heydemann, Mittheil. aus den Antik. in Obéi' u. Mittél. liai. p. 19 et 36; Matz-Dulin, Ant. Bildw. in Rom, II, n. 3056; Mowat Bull, des Antiquaires de France , 1895, p. 238; 1896, p. 215 (cf. Corp. insef. lat. VI, 22108) . Damier (?) sur une gemme, Caylus, Bec. d’unt. IV, pi. lxxx, iv.
— 10 Minervini, l. c. tav. VIII, n. C ; cf. Fiorelli, Mon. Cumani, tav. 11,5. — i7 Newton, Halicarnassus , p. 307. ■ — 18 Notizie degli scavi, 1887, p. 396. — 1° Classict d review, VI, 1892, p. 335. Le Musée du Louvre possède six pions en terre cuite, <1f forme conique, trouvés dans un tombeau d’enfant en Grèce (salle L). Au M"'11 Walraf-Richartz, à Cologne, vingt-quatre pions en os, dont douze colorés en rouge, Jalirb. d. deutsch. Inst. XII (1897), Arch. Anz. p. 19; mais étant joints à llcs cornets et à des dés, ils ont plutôt servi à un jeu de trictrac [tessera]. P- PclaUl Antiqu. suppcllect. portin. (1610), pl. xiv, reproduit des pions, qui peuvent élu antiques, sur un damier et dans un ordre qui sont l'un et l’autre de son invent1011’
— 20 Froeliner, dans V Annuaire de la Société française de numism. mars-a'11 1894 ; C. W. King, On the truc nature of the conlorniate medals, p. 5; dans la Rivista italiana di numismatica, XI (898), n. 1 ; cf. Petron. 33, où ** 1 question du trictrac ; « pro calculis albis ac nigris aureos argenteosque habe « denarios ». — 21 Hom. Od. I, 107. — 22 Lucian. Vit. auct. 14, interprété a cou tresens par Becq de Fouquières, p. 388,
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•nthe il y avait sous la citadelle, près de la fontaine n ^ J nn endroit où ils se donnaient volontiers rendez- V ’ C’était aussi la distraction des criminels dans raisons2, des soldats en campagne 3. Plutarque, qui Ird ûux philosophes les jeux de hasard leur recomrnde s’ils sont exilés, de cultiver la pcttie comme 1res prcmre’à charmer leur ennui ». Lucien, dans la journée L Phomme de loisir, place la petüe avant le bain, « quand l’ombre du cadran est de six pieds6 ». L’antiquité vantait DOur leur habileté Diodore de Mégalopolis, Théodore et Léon de Mitylène, tous trois inconnus d’ailleurs 7 . Chez les Romains, on a cité parmi les joueurs qui ont marque dans l’histoire le stoïcien Julius Canus, une des victimes de Calcula 8, etC. Calpurnius Piso, condamné à mort pour avoir pris part à un complot contre Néron ; il était si fort aux latroncules qu’on accourait de tous côtés pour le voir jouer 9. Ajoutons-y deux contemporains de Martial, qu’il appelle Novius et Publius10. Proculus, qui disputa quelque temps le pouvoir à Probus (280 ap. J.-C.), venait de gagner dix parties de suite, lorsqu’on eut l'idée d’en faire un véritable imperator11. On a trouvé l’épitaphe d’un affranchi, habitant d’Auch, qui est qualifié de professeur de calligraphie, doctor librarius , et de latroncules, et luso? ' latrunculorum. Ce personnage, qui a vécu probablement au ier siècle, occupait un rang assez élevé dans sa cité ; il y était curator civium romanorum ,2. Georges Lafaye.
LAUDATIOfETtcuvo;, lyxcüfxiov). Discours élogieux, apologie, panégyrique. — Faire l’histoire de l’éloge chez les anciens serait faire l’histoire de l’éloquence épidictique, c’est-à-dire de l'éloquence d’apparat tout entière. Ce genre oratoire se développa toujours davantage au cours des siècles, au fur et à mesure que l'éloquence politique perdait de son importance et de sa dignité. Sous 1 Empire, il n’y eut point de solennité ou de réjouissance publique qui ne comportât quelque discours en l’honneur du prince et de sa famille ; le Panégyrique de Trajan par Pline le Jeune et le recueil des Panegyrici veteres sont les principaux monuments de cette éloquence déclamatoire. Il y eut alors de tous côtés un véritable débordement de rhétorique officielle. Pour que les enfants fussent un jour en mesure d’y prendre part avec succès, on les exerçait de bonne heure dans les écoles à composer des éloges de personnages célèbres ; c’était un des principaux exercices auxquels présidait le grammairien 1 . Sans entrer ici dans des questions qui sont du domaine de 1 histoire littéraire 2, nous nous bornerons à passer en
revue les formes de la laudatio qui touchent de plus près à l’histoire des mœurs et des institutions3.
I. Vers le temps d’Alexandre, l’usage s introduisit dans les jeux publics de la Grèce, de faire une place a l’éloquence d’apparat au milieu des àywveç p.ou<rixot, c està-dire des concours de poésie et de musique [ludi]4. De tout temps il y avait eu un prix spécial pour le poète qui chantait avec le plus de talent la divinité ou le héros en l’honneur de qui se célébrait la fête locale ° ; évidemment c’est encore l’hymne [hymnus] que les inscriptions agonistiques de l’époque postérieure appellent êyxwfAtov ’étuxov. Mais à côté de cette épreuve est mentionné dans certaines villes un autre 6 ; quelques savants
après Boeckh entendaient par là un hymne lyrique, qui aurait fait suite à l’hymne en vers épiques 7. La question a été tranchée par la découverte d’inscriptions nouvelles qui mentionnent formellement, outre 1 éloge épique, un Éyxwjxiov Xoytxov ou lyxoSfiiov xaTxXoyxÔTjv, c’est-à-dire un éloge en prose 8. Le nom de l’iyxwjjiioypàçpoç couronné vient après ceux du trompette et du héraut; c est lui qui ouvre la série des concours littéraires. Sous 1 Empire, cet usage se répandit dans toutes les provinces de langue grecque; il y eut alors un prix spécial pour l’éloge en prose dans beaucoup de fêtes publiques9; à Athènes, nous voyons des éphèbes, vers la fin du n° siècle, remporter ce prix jusqu’à sept fois dans une seule année10. En Italie, ce furent sans doute les jeux grecs de Naples qui en donnèrent le premier exemple sous Auguste “. Une couronne fut proposée pour la laudatio dans Yayon musicus , fondé à Rome par Néron, en l’an 60 12 ; enfin, en 96, Domitien en institua une nouvelle, la plus glorieuse de toutes, lorsqu'il ouvrit les concours quinquennaux du Capitole13; là le sujet traditionnel était l’éloge de Jupiter Capitolin14. L’éloge de l’empereur fut souvent aussi le thème de ces joutes oratoires ls. Quintilien, d’après les rhéteurs grecs, a tracé les règles du genre16 ; plusieurs discours d’Aelius Aristide nous en offrent des échantillons17.
IL Laudatio judicialis. — C’était chez les Romains une coutume très ancienne 18 que dans les procès l’accusé fût admis, après les plaidoiries des avocats, à produire des apologistes (laudatores), distincts des témoins àdécharge, qui venaient faire valoir à la barre tous les arguments qu’ils croyaient de nature à bien disposer le tribunal en sa faveur ; quelquefois même des lettres de recommandation, adressées aux juges, pouvaient être lues en séance et tenir lieu de ces discours 19. Il est clair que la laudatio judicialis 20 devait porter beaucoup moins sur les faits de la
I Em-ip. Med. 67. — 2 Plut. -Scr. mm. vind. 9. — 3 Strab.VlII, 6, 23. — V Plut. vit.pud. 5.-5 piut, De exj[ H. — 6 Lucian. Saturn. 17 et 18. — 7 Phanias
aP- Athen. I, 29, p. te F. — 8 sen. De tranquill. an. 14, 7. — 9 De laude Pison. l- c. vers 178-208 ; Scl.ol. .fuv. Vall. V, 109. — 10 Novius (Vindcx?) : Mart. Vil, 72, 7 ; b 80- 2, Friedl. ; Publius : Mart. VII, 92, 7; cf. I, 109,5 ; II, 57 ; VII, 87, 3; X, 98.
II Hist. Ail g. Vopisc. Procul. 13. — 12 Corp. inscr. lat. XIII, 444. — Bibliochavhie. Saumaise, Ad Script, hist. Aug. (1620), t. II, p. 741; Boulenger, De ludis
raecorum (1627), dans le Thesaur. ant. de Gronovius, t. VII (1735), p. 934; eursius, /6id. (1622), p. 982; Souter(1625), Ibid. p. 1038 ; Scnfllebcu (1667), Ibid. p . 87 » Calcagnino (1544), Ibid. p. 1229; Aur. Severino, Dell’ anticapettia overoche liulU(\L'/e n°n è ^ *nven*ore degli scachi, Nap. 1690; Th. Ilydc, Historia Nerdithe m)' Syntarjma dissert. Oxon. 1707,4», p. 217; Christie, An inquiry into 180 >lt ^ree^ yame suPposed to hâve been invented by Palamedcs , London, 1840 ' jr,'-ISC'0'* at' P°et. lat. viin. IV, p. 404;Rangabé dans la Dev. archéol.
1 ’ Hubert Coleridge, On Gr. and R. chess (1855) dans Forbcs, History (180USSn î°); WaylC'art -^truncuti dans Smith, Dict. of gr. a. r. ant. 3 BecqdeF 1GÔ11’ CMes (1878)> 1'- P- 371 ; Gallus (1882), 111, p. 335; Privataît°l'am lQS'JeUX anc‘ens 2 (1873), cliap. xviii; H. Blümner, Griech. P>e Spide J' ri 508 ’ ®artIuardt-Mau, Rôm. Privatalterth. Il, p. 433; Richtcr, der Gr un.’ **.' P°m- Leipzig, 1888; Frankel, Die schônsten Lustspiele ~u> ICinftihrung in die antike Komoedie, Halle, 1888 ; Edw. Falkcner,
Games ancient and oriental and how to play them, London, 1892, 8», p. 37-62. LAUDATIO. l Em. Jullien, Les professeurs de littérat. dans l’anc. Rom. p. 308.
— 2 Walsch, üissertalio de panegyricis veterum, lena, 1721 ; Aug. Guil. Ernesti, De panegyrica eloquentia Romanorum aureae quidem aetatis, progr. Lips. 1783, 4»; O. Ribbcck, Lobpreis von Fürsten und Helden bei Griech. u. Rôm., Reden. u. Vortraege (1899), p. 97. — 3 Elles sont indiquées avec beaucoup de précision par Quintilien, Inst. or. III, 7. — 4 Lafaye, De poetarum et oratorum certaminibus apud veteres, p. 30. Auparavant ou y avait bien débité des morceaux d’éloquence, mais sans qu’il y eût un concours. — » Ibid. p. 3 et 29. — 6 Boeckh, Corp. inscr. gr. 1585-1587. — 1 Liidcrs, Dionys. Künstler (1873); Alb. Muller, Bilhn. Altertli. p. 405, n. 2, p. 120-127. — 8 Dittenbcrger, Corp. inscr. Graeciae sept. I, 415, 416, 418, 419, 420, 1773, 2727 ; Liermann, Agonistica, Dissert. Halens. X (1889), p. 122.
— 9 Corp. inscr. gr. 1587, 2758 A, 1, 5; 2759 I, 3 ; pour le surplus, voir Lafaye, p. 41-46. — *6 Corp. inscr. ail. III, 1, n» 1100, I. 36-39; Dumont, Ephéb. att. I, p. 244. — n Lafaye, p. 49-55. — 12 Tac. Ann. XIV, 20 ; XVI, 2 ; Lafaye, p. 56-01.
— 13 Suet. Dom. 4 ; Lafaye, p. 62-09. — 1’» Quintil. Inst. or. III, 7 ; Lafaye, p. 87-88. 15 Voir les inscriptions de l'éphébie attique, Loc. cit. ; Diltenberger, Loc. cit. 1773.
— 16 Quintil. Loc. cit. ; Menand. ap. Rhet. graec. (Spengel), III, 25. — 17 Acl. Aristid. In Jovem, in Dacchum, in Neptunum, in Serapidem, in Minervam, in lmperatorem. — 18 Mos inveteratus, Fronto, Epist. ad amie. 1, 1, 3; Quintil. Loc. cit. 19 Fronto, Loc. cit. ; Ascon. ad Cic. Pro Scaur. 40, 139. — 20 Sucl. Octav, 56.
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cause que sur les circonstances accessoires, sur le caractère, les antécédents et la moralité de l'accusé. Au temps de Cicéron, nous voyons des personnages importants user de ce moyen de défense : M. Caelius Rufus étant accusé de brigue, la ville de Pouzzoles envoie à Rome une députation pour intercéder dans sa cause 1 ; Cadix rend le îpême service à L. Cornélius Ralbus, le jour où il se voit contester le droit de cité romaine 2. Les magistrats qui avaient eu une part dans le gouvernement des provinces ne manquaient pas non plus d'invoquer le secours de la laudatio, lorsqu’en sortant de leur charge ils étaient inculpés de concussion: M. Aemilius Scaurus, ancien gouverneur de Sardaigne, pour lequel avaient plaidé six avocats, entre autres Cicéron et Hortensius, fit faire ensuite son apologie par dix personnes ; neuf étaient des consulaires; la dixième était son frère; la plupart exposèrent leur opinion par écrit 3. Cicéron assure que ce chiffre de dix personnes était exigé en pareil cas, sinon par une loi, du moins par une coutume presque aussi forte, et que les accusés qui ne pouvaient produire dix laudatores faisaient mieux pour leur honneur de n’en produire aucun *. Mais cette affirmation évidemment exagérée ne doit s’entendre que des procès retentissants, dans lesquels se jouait la destinée de quelque puissant personnage. Ce qui arrivait le plus fréquemment, c’est que le gouverneur menacé cherchait à recruter lui-même des apologistes parmi ses anciens administrés ; il demandait aux principales villes d’envoyer des députations dont le témoignage pût être opposé à celui de ses adversaires ; Verrès ne trouva en Sicile 5 que la seule Messine qui voulût bien se charger de ce rôle. Si toutes se récusaient, il y avait encore une ressource: L. Valerius Flaccus, repoussé par les villes de l’Asie, son ancienne province, fit appel à celles de l'Achaïe, qui l’avaient connu légat à une époque antérieure, et à Marseille, où il avait été questeur °.
Cette coutume offrait l’avantage que le magistrat romain, toujours exposé à rendre des comptes, avait un intérêt personnel à traiter les provinciaux avec équité et douceur; mais il en résulta aussi de graves abus: les gouverneurs faibles ou corrompus achetaient par des complaisances les éloges dont ils pouvaient avoir besoin; ils s’y prenaient longtemps à l’avance et intriguaient, pendant la durée même de leur charge, pour s’assurer des témoignages d'estime et de reconnaissance. Inquiétés ou non, ils priaient les villes, par provision, d’envoyer à Rome des citoyens notables pour célébrer leurs mérites dans le sénat; une fois sortis de la province, ils pressaient leur successeur de favoriser ces délégations 1 ; de là des marchandages avilissants, et aussi, pour les provinciaux, des dépenses qui grevaient quelquefois lourdement leur budget. Le mal s’accrut encore lorsque le système des assemblées provinciales eut été, au début de l’Empire, réorganisé et généralisé. Alors on vit les gouverneurs s’agiter pour se faire délivrer régulièrement par les concilia, à l’expiration de leur charge,
1 Cic. Pro Cael. 2, b. — 2 Cic. Pro Balb. 18. De même encore P. Scstius, trib. pl., affaire défis (Cic. ad fam. I, 9) ; sous Auguste, Nonius Asprenas, affaire d empoisonnement (Suet. Octav. 56) ; cf. Cic. Brut. 4i, 1G2; Plut. Pomp. 55.
— 3 Ascon. ad Cic. Pro Scaur. 40, 139. — 4 Cic. Verr. II, 5, 22, 57. — s Cic. Loc. cil. ; cf. II, 5, 13 ; 26, G4. - — 6 Cic. Pro Place. 15, 26, 63. Voir encore Pro Font. 7, 16. — 4 Ainsi Appius Claudius accusé de majestas, Cic. ad fam. III, 8 et 10. — 8 Guiraud, Assemblées provinciales de l’Empire romain, p. 168. — 9 Dio Cass. LM, 25.
— lü Tac. Ann. XV, 20,21. — U Plin. Paneg. 70; Lamprid. Alex. Ber. 12. \ oir encore
les attestations élogieuses que leurs prédécesseurs, sous la République, avaient sollicitées des autorités municipales8. Pour remédier en quelque manière à ces abus Auguste (11 ap. J.-C.) « défendit aux provinciaux de rendre des décrets honorifiques à l'égard d’aucun de leurs gouverneurs, soit durant le temps de ses fonctions, soit dans l’espace de soixante jours après son départ ,J » En 62, le sénat se montra plus sévère encore : un Cretois à qui sa fortune donnait une grande influence, s’était vanté de disposer entièrement des suffrages de ses compatriotes ; à lui seul, il était maître, disait-il, de faire accorder ou refuser aux proconsuls les remerciements de la Crète. Paetus Thrasea saisit cette occasion pour se plaindre de la situation humiliante que cette coutume créait aux magistrats romains dans les provinces. Le sénat interdit d’une manière générale aux concilia ces manifestations honorifiques et les députations qui auraient pour objet de les porter à sa connaissance; c’était revenir à l’ancienne coutume : la laudatio ne devait plus être autorisée que devant les tribunaux en faveur des magistrats contre qui avait été portée une accusation en forme10. Mais les mœurs furent plus fortes que les lois; les villes et les provinces continuèrent comme par le passé à voter des éloges aux gouverneurs sortants ; nous savons même que certains empereurs les considéraient comme des titres à l’avancement, quand ils en avaient reconnu la sincérité 11. On en vint bientôt aies prodiguer, au-dessous du gouverneur, à des personnages de moindre importance, pour peu qu’ils eussent rendu quelques services dans l’administration provinciale ‘L
III. Il est possible qu’on ait appliqué le nom de laudatio aux félicitations que le général adressait, en présence des troupes, aux soldats qui s’étaient signalés par leur I mile conduite ; c’était l’équivalent de notre citation à l’ordre13.
IV’. Laudatio funebris. — Chez aucun peuple l’éloge funèbre n’a eu une fortune plus durable et n'a tenu une plus large place dans la vie nationale que chez les Romains. En Grèce, au temps de l’indépendance, c’était un hommage collectif, qu’un orateur désigné par l’Etat rendait une fois l’an aux soldats morts pour la patrie [epitaphia]. A Rome, au contraire, tout personnage qui s’était distingué par son mérite était loué individuellement en public au moment même où l’on portait ses restes au tombeau14. Polybe, en décrivant cette coutume étrangère à sa nation16, en a mieux que personne dégagé l’esprit et il a rendu très fidèlement aussi le sentiment des Grecs qui comme lui savaient la comprendre : « Un seul exemple, dit-il, suffira à montrer avec quel soin Rome forme ses citoyens à tout sacrifier pour se faire un nom illustre dans leur patrie. Lorsqu’un homme considérable meurt, on porte en grande pompe, après la cérémonie funèbre, son corps à la tribune, sur le Forum; là on 1( dresse tout droit, de façon que tous puissent le voir, pl'lS rarement on le couche. Alors, en présence du peupl* entier rassemblé alentour, son fils, s’il en a un qui soü en âge et qui se trouve à Rome, sinon quelqu’un de ses
Corp. inscr. lat. XIII, 3162 ; III, 14. — 12 Voir les exemples réunis par Guiraud, Opcit. p. 170. — 13 'Eyxiüjxiov dans Polyb. VI, 39, 2. — 14 Cic. De leg. II, 2C> 1 ' — 15 II faut, bien entendu, écarter le tliréne plus ou moins rythmé (Aescli. Agamemn- 1547), voir threnos; on ne peut pas davantage alléguer Dionys. Halic. tiy.vfi, ' L Lncian. De luctu, 23, comme le fait Vollmer, Op. cit. p. 451, notes I et 2; ces tel h'5 ne prouvent rien pour l’épor|ue antérieure à Alexandre. Mais il est vrai que l(l ^ tume de l’éloge funèbre a dû exister en Égypte à une époque ancienne ;
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, monte à la tribune pour rappeler les vertus du 9arC?l choses qu’il a accomplies durantsavie. Qu arr.vemr t es assistants, qui se rappellent et remettent a, ns, t-'1 1 mlvcu* tout ce qu’il a fait (je ne dis pas ic. seus0US 1 uni ont pris part aux mêmes actions, mais
lemcn,1 mêmes qui y ont été étrangers), sont tellement “llX"‘ m souvenir que le deuil d’une famille semble T\r un deuil publie... L’orateur qui fait l’éloge du ITprononce, lorsqu’il est terminé, celui des ancêtres l„t les statues assistent à la cérémome et raconte leurs pv lits et leur vie en commençant par le plus ancien, ne elle manière, la renommée des citoyens vertueux se renouvelle sans cesse, la gloire des grandes actions devient immortelle, le nom de ceux qui ont b, en mer, te de le,,,, patrie est répété par toutes les bouches et transmis à la postérité. Mais, ce qui vaut mieux encore, la jeunesse est vivement sollicitée ainsi à tout braver pour ! intérêt commun, dans l’espoir d’atteindre cette gloire
oui s’attache aux bons citoyens1. »
Il est probable que dans les temps les plus recules, lorsque les funérailles se célébraient de nuit [funus, p 1390] , la coutume de l’éloge funèbre n était pas encore en vigueur 2, ou du moins on peut admettre qu’il fut d’abord prononcé à 1 intérieur de la famille. Suivant quelques historiens, Valerius Publicola aurait dès pan 509 av. J.-C. rendu cet hommage en public à la mémoire de Brutus, son ancien collègue dans le consulat ; mais on a des raisons de considérer cette tradition comme fabuleuse 3. En tout cas, il est certain que le consul M. Fabius Vibullinus prononça en 480 devant le peuple l’éloge de son frère Quintus et par la meme occasion celui de son propre collègue C. Manlius Cincinnatus, tous deux morts à l’ennemi 4. Depuis, il n y eut guère de personnage marquant dans les grandes familles de Rome qui ne reçût le même honneur ; à la fin de la République, on notait comme des exceptions ceux qui en étaient privés 5. À l’origine, les patriciens seuls durent y avoir droit ; car il se rattache, comme le jus imaginum, atout un ensemblede traditions essentiellementaristocratiques, qui avaient pour but d’assurer et de perpétuer à travers les siècles la cohésion de la gens ; nous ne savons pas à quelle époque les familles plébéiennes furent admises à en jouir. Les impubères étant portés de nuit au tombeau °, on ne pouvait leur consacrer un éloge funèbre. Q. Lutatius Catulus, consul en 102, fit celui de sa mère Popilia; ce serait, d’après Cicéron 7, la première fois qu’on aurait rendu cet hommage en public à une femme ; son témoignage est sur ce point en désaccord avec d autres 8 ; mais il paraît plus digne de créance. Les exemples se multiplièrent et il y en eut d’illustres.
L’orateur était toujours un des plus proches parents du défunt, son fils, son gendre, son frère, son père, son beau-père ou son neveu; plusieurs femmes connues
I olyb. X I, 5», 11-54. Sur l'influence politique et morale île la laudatio, .voii Marlha, Op. cit. C’est le meilleur commentaire de ce passage. — 2 Cf. Tac. Am X111- 17- — 3 Dionys. Hal. V, 17 ; Plut. Val. Public. IX, 53; Auctor I evir. ill. i irb. Rom. 10; Joli. Lyd. I, 33, p. 145, Bekker; H. Peter, Rist.rom. rel. j>. XXIX ; Vollmer, p. 455. — 4 T. Liv. II, 47. — a Cic. Pro Mil. XIII, 33 ; Tac. Ann. ' ’ 5' ~ 6 8orv- nd Aen. XI. 143. 7 Cic. De Or. Il, 1 1, 41. — 8 Plut. Caes. 5,
j ■ V, 50; II. Peler, Histor. rom. rel. p. xxx, note 1 ; Vollmer, p. 453;
- Plut. Fab. M„x. 94, 4. Caes 5. Zona|, XI 2 f. Tac. Ann. v, 2; Polyb. VI,
• K. on. ep. f,0; Dio. Or. XXIX, t. — 10 Appian. 1, 100; Suet. Jul. 84; les autres fUnoignages prêtent à la discussion. Voir Vollmer, p.455. — n Dio. Cass. 57, 11,7;
— '13° < ert,n- — 12 Suet. Aug. S ; Quintil. XII, 6. I ; Nicol. Damasc. Aug. 3. note » ^el,'- T‘lj' G; Calig. 10. — H Mommsen, Pôm. Staatsreclil, l3, p. 442,
folvb. \ |, 53 ; Cic. ad Att. XV, 20, 2 ; XV. 1 1 ; Auctor De vir. il.
dans l’histoire furent louées par leur mari 5. Un orateur étranger à la famille n’était chargé de la laudatio h titre privé que dans le cas où le plus proche parent avait un empêchement légitime ». Cependant, les empereurs semblent s’en être quelquefois arrogé le droit, par exception, pour honorer une famille amie". H va de soi que personne ne pouvait remplir celte tâche pieuse, s i n’était pas dans les conditions exigées par la loi pour prendre la parole devant le peuple; par conséquent, elle ne pouvait être confiée ni à une femme ni à un enfant, qui n’avait pas encore pris la toge virile. Pourtant, en a , nous voyons Octave, âgé de onze ans, louer sa grand mère Julia pro concione 12, et bientôt après il se produit encore des faits semblables, mais seulement dans la maison Julienne 13. On s’est même demandé si 1 orateur ne devait pas être magistrat pour avoir le droit de s’adresser à la concio funebris 14 [funus] ; rien ne prouve cependant que cette condition fût nécessaire dans les
funérailles célébrées à titre privé.
L’éloge funèbre était prononcé au forum du haut de la tribune, le corps du défunt étant exposé et même dressé sur les Rostres anciens (: rostra vetera)lh. Certains personnages de la famille impériale furent honorés en outre d’un second éloge ; en pareil cas, les deux orateurs s’entendaient probablement pour se partager le sujet, et le second choisissait pour y prendre la parole d autres monuments, tels que les Rostra Julia , le terhple de Jules César, le Cirque Flaminius, etc. 16. Il a dû arriver aussi quelquefois que les vertus ou les mérites de citoyens récemment décédés fussent l’objet d’éloges publics dans l’enceinte du sénat de Rome 17 ou des sénats municipaux18, à l’occasion des honneurs qu’on demandait pour perpétuer leur mémoire.
Lorsque les funérailles étaient célébrées aux frais de l’État ou aux frais d’unmunicipe, la laudatio était confiée, non plus à un parent du défunt, mais à un magistrat désigné expressément pour cette tâche par un sénatusconsulte ou par un décret des décurions19. Il n est pas certain cependant que le funus publicum comportât toujours et nécessairement ce genre d hommage-0. La presque totalité des inscriptions où il est mentionné sont des inscriptions d’Espagne21 ; on en connaît une, qui a été découverte à Tanger22. Cependant, on ne peut douter que cet usage ait été aussi en vigueur dans la ville de Rome23. Nous savons que Tacite, étant consul, fut chargé par- le sénat de prononcer l’éloge funèbre de L. Verginius Rufus, personnage éminent, qui avait refusé deux fois l’empire24. En Espagne, cet honneur est accordé parfois à des femmes25, et il arrive aussi que plusieurs éloges funèbres soient consacrés à un seul et même personnage par des municipes différents 26.
Lorsqu’un officier mourait à 1 armee, une laudatio pouvait être prononcée devant sa dépouille au nom de la
urb. Ilom. 10; Dionys. Hal. Ant. rom. IX, 54; Plul. Fab. Max. 24, 4; Appian. Bell ci». I, 106: Plut. Caes. 5; Dio. Cass. 39, 64, 54 ; 28, 55, 2; 54, 35; Plut. Brut. 20 ; Anton. 14, 3; Suet. Caes. 6 ; Aug. 8, 100; Tib. 6; Calig. 10, Claud. 1; Ouintil. xil, 6, 1; Tac. Ann. III, 5, 76; IV, 12 ; V, 1 ; XVI, 6; Sen. ad Marc. 15; Zonar XI, 2 c; Plin. Ep. II, 1-6; Jul. Capitol. VII, Il ; Nicol. Damasc. Aug. 3.
I IG Dio. Cass. LIV, 35 ; LV, 2, 2; LVI, 34, 4; Suet. Aug. 100 ; Jul. Capitol. VU,
II —17 Cic. Philipp. IX, fin ; Vollmer, p. 459. — 18 Corp. inscr. lat. VIII, 15880 ;
X 3903 4-9. — 19 Quintil. Inst. or. III, 7. — 29 Vollmer, p. 461. — 21 Coip. inscr. lat. II, 1065, 1089, 1186, 1286, 1342, 1735, 2131, 2150. 2188, 2344, 2345, 3251, 3952 3746, 5409. Probablement aussi Corp. inscr. lat. II, 4217, 4611. 22 La
Mart'inière dans le Bull, arc h. du Comité des trav. histor. 1888, p. 476. 23 Quintil. Loc. cit. - 24 Plin. Epist. U, 1, 6. — » Corp. inscr. lat. II, 1089, 9(88 2345, 5409. — 26 tbid. II, 3251, 3252.
troupe où il commandait, et même au nom de plusieurs troupes qui connaissaient ses services *.
Les familles de Rome qui avaient donné à la République un grand nombre de magistrats et de personnages remarquables conservaient pieusement dans leurs archives domestiques la suite des éloges de leurs membres défunts. Cette catégorie de documents, précieuse pour l’histoire des premiers siècles de la République, fut mise à profit par les annalistes; mais de bonne heure elle leur devint suspecte; déjà Caelius Antipater s’en défiait2. Cicéron et Tite-Live en ont dit la raison : c’est que la vanité des familles s’y était donné libre carrière, au point même d’altérer les faits 3. Ce fut sans doute vers la fin du 111e siècle avant notre ère que l’on commença à publier les éloges funèbres des contemporains au fur et à mesure qu’ils étaient composés ; le plus ancien dont il soit fait mention, comme d’un ouvrage connu par des copies, est celui que Fabius Cunctator prononça en l’honneur de son fils entre 207 et 203; on l’avait encore au temps de Plutarque Vers la fin de la République, on voit s’introduire l’usage de publier des biographies de personnages contemporains, écrites plus ou moins longtemps après leur mort comme un hommage destiné à remplacer l’éloge funèbre, lorsque, pour des raisons diverses, il n’avait pu être prononcé devant leur dépouille: tel fut Y Éloge de Caton d'Utique par Cicéron 6. De même, s’il est inexact de dire que YAgricola de Tacite est proprement une laudatio funebris 6, on peut admettre qu’il donne une idée du genre, d’où ces biographies tirent probablement leur origine.
Quoique Cicéron ait donné sur la composition des éloges en général des préceptes qui pouvaient trouver leur application dans l’éloge funèbre 7, il ne semble pas avoir eu beaucoup d’estime pour ce genre d’éloquence, ni même avoir aperçu le parti que l’on en peut tirer 8. La principale cause de ce dédain est dans l’abus qu’en avaient fait les familles puissantes de Rome ; nous savons que l’éloge des ancêtres en était un des thèmes obligatoires et qu’il y tenait une large place ; l’orateur, à propos de chaque décès, commençait toujours par récapituler les laudationes antérieures de la même famille 9, et c’était une des raisons pour lesquelles on les conservait si soigneusement; de là dans ces morceaux d’apparat une convention et une monotonie qui leur nuisaient
1 Corp. inscr. lat. II, 2079 ; VI, 3617. — 2 Cad. Anlipat. ap. T. Liv. XXVII, 27, 12 ; W. Soltau, Die rôm. Laudalionen u. ihre Einfluss auf die Annalistik , Deutsche Zeitschr. f. Geschicht. Wissensch. 1897, p. 98, — 3 Cic. Brut. 16, 62; cf. De leg. II, 63; T. Liv. VIII, 40. — 4 Plut. Fab. Max. 1, 5; Cic. Cat. maj. IV, 12. Autres mentionnées dans Plin. Hist. nat. VU, 43; T. Liv.XXVIl, 27, 12; Cic. De orat. II, 84, 341 ; Schol. Bob. ad Cic. Pro Mil. VII, 2 ; Suct. Jul. 6; Serv. ad Aen. I, 712; Plut. Marcell. 30, 4 ; Comp. Marcelli et Pelop. 1, 4; Suet. Claud. 1. Témoignages plus douteux; Cic. ad Quint, fr. III, 8, 5; ad Attic. XIV, 11 ; Tac. Ann. XIII, 3.-6 Voir les autres exemples réunis par Vollmer, p. 468-471. - — 6 Hübner, Hermès , I (1866), p. 447 ; cf. Plin. Epist. V, 5, 2. — 7 Cic. De or. II, 11, 44, 50 ; cf. Dionys. Halic. -«xvri, 6 ; Theon. Progymn. 8; Menandr. IieiSeixt. H ; ap. Jiliet. gr. Spengcl, II, p. 109; III, p. 418.
— 8(ÿC. Deor. II, 84, 341. Vollmer cherche en vain, p. 478, à interpréter autrement ce passage. Voir H. Peter, Berlin. Philolog. Wochenschr. XII (1892), p. 1421.
— 9 Suet. Caes. 0 ; Plut. Caes. 5 ; A. Oeil. XIII, 20 j Dio Cass. LUI, 30, 5 ; Serv . ad Virg. Aen. 1, 712 ; Tac. Ann. XIII, 3 ; Cic. Brut. XVI, 61 . Un autre ordre est peutêtre indiqué par Polyb. VI, 54. Cf. Vollmer, p. 477, combattu par H. Peter, Roc. cit.
— 10 Voir surtout Martha, Op. cit. Amatucci, Eeloquenza latina nei primi cingue secoli di Borna, Torino, 1895, a essayé de réhabiliter les laudationes. — " Vollmer donne, p. 478, la liste chronologique des laudationes connues, et, p. 480, une édition critique de tous les fragments contenus dans les textes et les inscriptions. — 42 Corp. inscr. lat. VI, 10230, Vollmer, n° 12. — 43 Corp. inscr. lat. VI, 1527, Vollmer, n“ 13. Nouveaux fragments trouvés en 1898, Notizie degli scavi, 1898, p. 413. — 44 Corp , inscr. lat. XIV, 3579, Vollmer, n° 18. — 15 Bio. Chrys. Melancomas-, Hérode Atticus sur son maître Secundus (Philostr. Vif. sopli. I, 26, p. 225, Didot), Hadrien
beaucoup aux yeux des véritables orateurs. On s’explique ainsi qu’ils aient pu paraître aussi peu susceptibles d’art que dangereux pour la vérité historique 10.
Outre les fragments d’éloges funèbres cités par les auteurs latins, nous en avons conservé quelques-uns dans les inscriptions ; quelquefois, en effet, les familles ont tenu à faire graver le texte de ces discours sur le tombeau même des personnes qui en avaient été l’objet11. Parmi les plus intéressants, nous mentionnerons seulement l’éloge de Murdia, qui date du temps d’Auguste12, celui de Turia, prononcé par son mari, le consul Q. Lucretius Vespillo, entre l’an 7 et l’an 1 av. J.-C. 13, celui de Matidie par son gendre, l’empereur Hadrien (an 119) u.
L’usage romain constammentrespecté, quoique n’ayant produit aucune œuvre éclatante, eut pour effet de développer chez les Grecs, par imitation, le goût du Xôyoç sTitTctcptoç ou l7ttx7jo£iGç ; sous l’Empire, ils composèrent à leur tour des éloges funèbres pour honorer individuellement des personnes qui s’étaient recommandées par divers genres de mérites. Quelques-uns de ceux qui nous sont parvenus ont été réellement prononcés ; les autres ne sont que des exercices d’école 16. Au iv° siècle apparaissent dans l’Église les premières oraisons funèbres inspirées du sentiment chrétien 16. Georges Lafaye.
LAUTIA. — Ce mot 1 désigne le mobilier que le gouvernement de la République romaine mettait à la disposition des ambassadeurs étrangers, en même temps qu’une habitation pour la durée de leur séjour à Rome2 [hospitium, p. 301]. L’étymologie de cette expression est incertaine. On donne lautus* ou lavare , lotus , le bain étant à l’origine le premier besoin de l’hôte4'. D’après Festus5, Livius Andronicus aurait employé, au lieu de lautia , le mot dautia , en supposant sans doute une racine grecque, oiSwp. En grec, l’expression correspondante est 7rapôy T; ou 7i7.po/at6. Dans un sénatus-consulte de 45 av. J.-C., le mot yopijy.a parait désigner à la fois le mobilier et le présentd’hospitalité7. Plus tard Apulée emploie aussi le mot lautia àpropos de l’hospitalité privée 8 . Cn. Lécrivain.
LAVATIO, nXudt;1. — Lavage, nettoyage en général, blanchissage2. Chez tous les peuples qui ont atteint un certain degré de civilisation, les soins de propreté ont été regardés comme indispensables. C’est à l’eau froide ou chaude, pure ou additionnée de certaines substances que partout on a eu recours pour enlever les souillures des
de Tyr sur Hérode Alticus [Ibid. II, 10, p. 245 D) ; Ael. Arislid. Et; ’Exur/iu, 1- •ATieEivSfw ; Libanius, ht’ ’loukavS, etc. Voir Westermann, Quaest. Demosth. II, p. 4 i
— 4G Euseb. Vif. Constantin. IV, 55. Voiries exemples réunis par Vollmer, p. 472, 475. — Biblioghaphie. Kirchmann, De funeribus Bomanorum, II, cap. xvui-xix, llamburg, 1605; Ant. Frid. Meyer, De laudationibus funebr. veterum, Lipsiar. 1670; Taylor, Lectiones Lysiacae (1739), ap. Rciske, Oral. graec.X I, p. 231 Doring, De laudationibus funebr. ap. veteres, Golha, 1804, 4"; Westermann, Quaestiones Demosthenicae, II, cap. u (18311, p. 23-48; Cadenbacli, De Roman. laudationibus funebribus, Essen, 1832; Herm. Graff, De Roman, laudationibus commentatio , Dorpat, 1862 ; Const. Martha, L oraison funèbre chez les Romains (Rev. des Deux Mondes, 1877, 21, 654) dans scs Études morales sur l'antiquité, Paris, 1883, p. 1-59 Marquardt-Mau, Privatleben der Rôm. (1886), p. 357 ; J. Kukutsch, Ueber die laudatio fun. bei den Rôm. Progr. gymn. Theres. Vindobon. 1888 ; Frid. Vollmer, Laudationum funebr. Romanor. historia et reliquiarum editio dans les Jahrb. fur class. Philologie de Fleckeisen, LXXX, Suppl. Band, Leipzig, 1892, p. 445.
LAUTIA. 1 Plutarque (Quaest. rom. 43) écrit kaùtEia qu'il traduit à tort par ;e\ioc. — 2 Tit. Liv. 28, 39; 30, 17; 33, 24; 35, 23; 42, 26 ; 44, 16; 45, 20.
— 3 Festus, p. 117 : lautitia epularum magnificentia. — 4 Cic. Ad fam. 9,
5 p. 68 : « item dautia quae lautia dicimus et dantur legatis hospitii gratin. »
6 Polyb. 21, 18 ; 24, 4, 6 ; 32, 23, 2 ; Corp. inscr. lat. 1, 203, 1. 26. — 1 Inscr.
gr. insular. II, 35 6, 1. 24. — 8 Metam. 9, p. 300, 370 (éd. Nisard).
LAVATIO. 4 Plat. Rep. 429 E. — 2 Le terme lavatio a servi encore pour désigner les ustensiles de toilette (Cic. Ad famil. IX, 5, s. fin.; Pliaedr. IV, 4; Ulp- Dig. XXXIV, 2, 26) et l'endroit où l’on se lave (Vitruv- V 11 Dig. XIX, 2, 30 1 Inscript, ap. Gruter. 444, 8).