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ffIierre punique, à envoyer leurs listes du cens a Rome . Files gardent théoriquement leur souveraineté politique, mais purement illusoire ; elles sont soumises, comme les utres villes, à la tutelle et au droit de police générale du sénat qui refusa le triomphe au vainqueur de Frecllae en 125, en considérant cette guerre comme une guerre civile. Elles gardent leur droit privé ; ainsi elles ont gardé jusqu’en 90 leur législation spéciale des fiançailles2 ; mais Rome peut leur imposer telle ou telle loi ; ce fut le cas pour la lex Didia de 143, qui appliqua à toute l’Italie la lex Fannia sur le luxe de 161 ; pour le plébiciste Sempronien de 193, qui assimila les Italiotes aux Romains en matière de dettes d’argent 3 ; d’ailleurs, les villes latines peuvent adopter telle ou telle loi romaine à leur guise et ainsi devenir fundus, municipium fundanum 4. Les deux droits latin et romain étaient d’ailleurs à peu près les mêmes sur les points essentiels, mariage, propriété, puissance paternelle s; de sorte que l’assimilation se faisait tout naturellement. On prenait aussi partout les auspices de la même façon qu 'à Rome °. Il y a commercium entre les Latins et les Romains ‘ , avec toutes les conséquences qui en découlent, en particulier l’emploi de la mancipatio \ la possibilité réciproque de l’adoption 9, mais sans doute pas de l’adrogation 10, le droit d’acquérir la propriété complète du sol, de contracter par le nexum , de laisser et de recevoir par testament des successions et des legs, de plaider devant les tribunaux ordinaires11. Quant au conubium , il n'est probablement accordé que par concession spéciale12. Le service militaire est le même que celui des socii ; c’est l’obligation de fournir un contingent, fixé sans doute par les traités (ex formula) et proportionné à la population de chaque ville. Elle est exprimée par la formule : « Socii nominisve Latin i quibus ex formula togatorum milites in terra Italia imperare soient »13. Ce sont les villes latines qui fournissent la plus grosse partie du contingent des alliés. Il est probable que chaque ville importante fournit une cohors d’infanterie et une turma de cavalerie14; peut-être groupait-on les détachements de villes moins fortes; on ne sait au juste ce que représentent les equit es latini deTite Live16. Les différents corps, conduits à l’armée romaine et dirigés en sous-ordre par un magistrat indigène16 qu’assiste un trésorier11, sont incorporés dans les alae sociorum dont chacune est commandée par les 6 praefecti sociorum romains. Nous renvoyons pour le détail aux articles exercitus, alae, socii.
On ignore quels furent les contingents de la Gaule transpadane. Les Latins à l’armée jouissent-ils du droit de provocatio ad populuml II semble qu’en théorie ce droit leur ait été refusé jusqu’à la fin18. Les lois des Gracques donnaient le droit de provocation au Latin qui
avait refusé le droit de cité romaine19. Livius Drusus proposa qu’il fût défendu de frapper de verges un Latin à l’armée20; mais cette proposition fut rejetée ou, si elle fut votée, abrogée plus tard.
Il n’y a plus de partage régulier du butin ; mais a la suite des triomphes, les alliés et les Latins touchent les mêmes gratifications que les citoyens21 ; quelques villes reçoivent des sommes d’argent22 ; quant aux terres, les alliés sont admis en partage, mais en général avec des parts moindres que celles des citoyens 2 \ soit dans les fondations de colonies, soit dans les assignations individuelles; dans la loi agraire de Tiberius Gracchus, l’expression « in numéro coloni » désigne peut-être, selon la conjecture de Mommsen, les alliés ou les Latins24; des Latins peuvent être admis dans des colonies romaines, sans toutefois acquérir le droit de cité complet2", à moins que la charte de fondation ne le leur confère expressément26.
D’autre part, les villes alliées et latines reçoivent en jouissance des portions de territoire, peut-être des subseciva 27, et peuvent laisser s’y établir leurs habitants par le droit d 'occupatio. On sait que la loi agraire de Tiberius Gracchus frappait dans ses intérêts aussi bien l’aristocratie latine que l’aristocratie romaine25; la loi agraire de 111 indemnise les anciens possesseurs, tant latins et alliés que citoyens29.
Au point de vue politique, un texte obscur de Cicéron 3? indique une division des villes latines en deux catégories. On a fait à ce sujet toutes les hypothèses imaginables sans arriver àun résultat satisfaisant. D’après Mommsen 31, les 12 colonies latines les plus récentes, Ariminum et les 11 autres fondées entre 268 et la guerre sociale (Beneventum, Firmum, Aesernia, Brundisium, Spoletium, Cremona, Placentia, Copia, Valentia, Bononia, Aquileia), auraient eu un droit inférieur ; elles auraient été privées du conubium , du droit d’émettre de la monnaie d’argent, et 5 même (Spoletium, Bononia, Placentia, Cremona, Aquileia) du droit d’émettre de la monnaie de cuivre ; les habitants n’auraient pu acquérir la cité par un simple transfert de résidence, mais seulement par les autres moyens qu’on va voir ; ce droit des 12 colonies, opposé au droit supérieur des anciennes villes et colonies latines, aurait été appliqué comme droit des Latini coloniarii 32, dès 171, à la colonie latine de Carteia (Espagne) composée d’enfants nés dans le camp de l’armée d’Espagne, puis aux villes latines de la Transpadane après la guerre sociale, et ensuite à la fin de la République et sous l’Empire aux villes latines des provinces. Ce système est peu vraisemblable.
Un des privilèges les plus importants des Latins et que n'ont pas les socii, est la possibilité légale d’acquérir de trois manières le droit de cité romaine : 1° par la trans-
1 Liv. 2a, 13 ct 37 2 Ge„ ^ 4j 3 3 Macrob Sat 3, 17)
s!'p,J’ 7‘ T 4 Cic' Pro Balb • 8’ 20‘21 ; H, 27; Fcst. p. 89; Gell. 16, 13; jy’ au|’ ®> h® (1122); lex Jul. municip. 1. 108 ( Corp . inscr. lat. 1,20
s a optons sur le sens très controversé de ces mois la théorie de Mommsi , m. , , Vl\!Uc’ C’ P- 324- — 6 Lex Salpens. c. 21-22 (Corp. inscr. lat. 2, 19i «29 ï”»!?’4' - °W De fa*. 3®- - 1 Ulpian. 19, 5; L
cit n '033 Plan- 19, 4- — 9 Liv. 41, 8. — 10 Le sens que Mommsen (L inadmissiljl n°^C 'Cu4 ^rcr b'v- 41> 8. pour la possibilité de l'adrogation d Ulpien .C'i f *.* ^'C' ^>r° Paec‘ 3®, 202. — 12 On peut le conclure du te: 22, 57 |’o ! 9- n * *a P<“‘r‘0<^e impériale (0, 4). — 13 Lex agraria, 1. 21, 50; L -13 I k- Y, oe 3 1 F>°'yb’ 2’ 24’ ~ 14 Liv- *L L ®i ® (pour Placent;
Liv. 27 q ’ 10- 16 Pohb- ®, 21, 5 ; Liv. 25, 14, 4. - 17 Polyb. 6, 21,
d’au moins t°mmSCn PlMic, C, 2, p. 304, noie 3) rattache à cela l'existci dans enlln 1 'v'S ciuesteurs dans la colonie latine de Venusia et d’au moins ci elle de Flrmum (C. i. I. 9, 439, 5351). - 1S Sali. Jug. 68 ; Cic. Ad. AU.
Il, 3. — 19 Lex repetund. 1. 78 (C. i. I. 1, 198) ; Val. Max. 9, 5, 1, loi proposée en 125 par M. Fulvius Flaccus « de civitate danda et de provocatione ad populnm eorum qui civitatem mutare noluissent ». — 20 Plut. C. Graec. 9. — 21 Liv. 41, 7, 3; 41, 13, 8 ; 39, 5, 17; 41, 43, 7 ; C. i. I. 1, 534. — 22 C. i. I. 10, 6527. — 23 Liv. 42, 4, 4 ; Serv. Ad. Aen. 1,2.. — 21 C. i. I. 1, 200, 1. 55, 59, 60, 66, 68 ; Mommsen, Droit public, 4, p. 350, note 1. — 25 Liv. 34, 42. — 20 Cic. Brut. 20, 79; Pro Balb. 21,48. — 27 Lex agrar. 1.21, 31. — 28 Cic. De rep. 3, 29, 41 ; Appian. Bell. civ. 1, 30. — 29 Lex agrar . I. c. — 30Cic. Pro Cacc. 35, 202 «...codera jure esse quo fuerint Ariminenséi quos quis ignorât duodecim coloniarum fuisse et a civibus Romanis hereditates capere potuisse? » — 31 Hist. de la monnaie rom. trad. fr. t. 111, p. 190 ; Droit public, 6, 2, p. 245 ; voir la liste des diverses opinions dans Walter, Gesch. d. rôm. Bcchts. § 253, note 84. Mispoulet ( Les institutions politiques des Romains , 11, p. 54-56) croit au contraire que les douze colonies étaient privilégiées ct qu elles avaient de plus que les autres la testamenti factio. — 32 Gai. I, 22, 29, 79; 3, 56; Ulp. 19, 4.
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lation du domicile à Rome. A l’époque historique, le Latin qui émigrait à Rome y acquérait immédiatement le droit de cité, par une simple déclaration faite au censeur ou par une manifestation quelconque de sa volonté. Ce droit illimité d’émigration eut de bonne heure des inconvénients graves : il amenait la dépopulation des villes latines, 1 accroissement de la plèbe indigente à Rome ; les villes latines furent les premières à se plaindre de cette désertion de leurs habitants aussi, une loi rendue avant 177 interdit aux Latins d’émigrer à Rome s’ils ne laissaient au moins un fds dans leur ville d’origine 2. Les Latins essayèrent de tourner la loi par toutes sortes de subterfuges, par exemple en obtenant de citoyens romains pour leurs enfants une adoption qui les rendait citoyens 3. En 187, on dut expulser de Rome 12000 Latins 4; en 177, on annula les émigrations postérieures à 189 et on expulsa les Latins arrivés à la cité depuis cette époque ; un préteur était chargé d’informer au criminel contre les récalcitrants 5 ; il y eut sans doute ensuite d'autres expulsions analogues. C. Gracchus échoua dans sa tentative d’accorder le droit de cité à tous les Italiens 0 ; en 95, les consuls M. Grassus et Q. Scœvola firent voter la lex Licinia Mucia de civibus regundis (ou redigendis) qui avait pour but d’exclure les non-citoyens et qui visait particulièrement les Latins, peut-être même avec effet rétroactif; les délinquants devaient être déférés à un tribunal spécial 1 ; le résultat immédiat de cette loi qui exaspéra les Latins fut la guerre sociale. — 2° Par la gestion d’une magistrature municipale ; la première mention de ce droit se trouve dans la lex repetundarum de 123-122 (lex Acilia ?) qui cite la dictature, la préture et l’édilité 8. Ce droit fut conféré en 89 aux cités transpadanes9 et ensuite, comme on va le voir, aux provinces 10 ; la questure conférait le droit de cité là où elle était considérée comme une magistrature, par exemple à Nîmes 11 ; elle ne le conférait pas quand elle n’était qu’un simple munus ; en Espagne, ce droit sera sans'doute restreint au duumvirat12. — 3° Par le mode suivant : la lex repetundarum de 123-122 et, peut-être même, d’après Mommsen13, la loi qui avait établi la procédure des quaestiones en 149, accordaient le droit de cité à tout étranger qui ferait condamner un citoyen pour repetundae ; la lex Servilia de 111 restreignit ce privilège aux seuls Latins 14.
Enfin les Latins des deux catégories15 ont le droit, au début quand ils viennent temporairement à Rome, plus tard, après la suppression du droit d’émigration, quand ils y sont domiciliés, de voter à Rome dans les comices par tribus (patricio-plébéiens ou plébéiens), mais non, sans doute, dans les comices centuriates. Avant le vote, on tire au sort la section dans laquelle ifs doivent voter ;
1 Liv. 39, 3 (187); 41, 8 (177). — 2 Liv. 41, 8, 9; où il faut supprimer ac dans la phrase « lex sociis ac nominis latinii », car la suite prouve qu'il lie s’agissait que des Latins, et non des sncii. — 3 4J, 8. La seconde fraude qu’indique Tite Live est inintelligible dans l’état du texte. Pour la première, nous suivons l’explication de Mommsen, Droit public , 6, 2, p. 232, note 1.
— 4 Liv. 39, 3. — » Cic. Pro Sest. 13, 30; Schol. Bob. p. 290; Liv. 41, 9, 9.
— 6 Appian. Bell. civ. 1, 23. — 7 Ascon. In Cornet, p. 67 ; Schol. Bob. p. 29G ; Cic. De off. 3, 11, 47 ; B rut us, 16, 63 ; Pro Bnlb. 21, 48, 34. — 8 C. i. I. 1, 198, 1. 73-83. — 9 Aseon. In Pison. p. 3 ; Appian. Bell. civ. 2, 20; Cic. Ad. Alt. 5, 11, 2. — 10 C. i. I. 2, 1945 ad(l. 2090, 1631, 1610, 1635; 12, 83 ; lex Salpens. c. 22 et 25. — 11 Strab. 4, 1, 12, p. 187. —12 Cf. lexSalp. c. 22, 25 et C. i. I. 2, 1945, 1631, 1610, 1635. — 13 Droit public, 6, 2, p. 266. — 14 C.i.l. 1, 198, 1. 76 ; Cic. Pro Balb. 23, 53; 24, 54. — 1» Mommsen {Droit public, 6, 2, p. 268) dit avec raison qu’aucun texte n’exclut les Latins de la 2' catégorie et qu’il y a en leur faveur le texte d’Appien, Bell. civ. 1, 23. — 16 Liv. 25, 3 ; 23, 3. 16 ; Ascon. In Cornet, p. 70 ; Ad Hrrenn. 1, 12, 21. Le port de l’urne pour le tirage se dit sitellam deferre.
il en est encore ainsi à l’époque de Cicéron10 el pjn tard sous l'Empire dans les comices des villes latines •' l’égard des inro/ae, tant citoyens que Latins11. C'est par rapport à ce droit des Latins que le Grec Denys considère comme une isopolitie grecque leur situation légale1»
La population des villes latines comprend, comme celle des municipes, deux éléments, les cives et les ineolae ; elle est généralement divisée en curies19; 0n trouve comme magistrats municipaux soit le dictateur [dictator], soit deux préteurs, comme à Lavinium, à Praeneste, à Cora20, dans les colonies latines de Signia de Setia21, dans les villes berniques d’Anagnia, de Capitulum, de Ferentinum22, plus tard dans les colonies latines de Nemausus, de Carcaso, d’Aquae Sextiae, d’Avenio, de Vasio, de Dea23; il est probable que h magistrature des édiles, créée à Rome en 367, a été introduite peu après par une loi générale dans toute l’Italie [magistratus municipales, aedilis, municipium].
On a vu qu’à la fin de la République le droit latin avait été relégué dans la région des Alpes; c’est le jus Latii » ou Latium 25, le droit de Latini coloniarii ; il passe dans les provinces où il sert, sous 1 Empire, d’étape intermédiaire, avant l’obtention du droit de cité complet. On ne. 1 a trouvé jusqu’ici que dans les provinces de civilisation romaine, Alpes, Sicile, sud de la Gaule, Espagne, Afrique; il est inconnu dans les provinces du Danube, du Rhin, de la Bretagne, dans l’Orient grec; mais il se peut qu'il ait été répandu dans la Dalmatie et le Noîique. Nos renseignements sont malheureusement très incomplets. Mommsen avait cru pouvoir soutenir 20 que toute ville qui sous l’Empire fournissait des soldats à un corps de troupes latin avait le droit soit pérégrin soit latin; cette théorie eût donné au droit latin une extension énorme, même en Orient, et eût permis de l’attribuer à un grand nombre de colonies que jusqu’ici on croyait romaines ; mais elle a été victorieusement réfutée27. César donna le droit latin à beaucoup de villes de Sicile, peutêtre à toutes28; en Afrique, à Utique29; c’est sans doute lui qui dans la Narbonaise le donna avec le titre honorifique de colonie à Antipolis (Antibes), Reii Apollinares (Riez), Aquae Sextiae (Aix), Avenio (Avignon), Apta (Apt), Carpentoracte (Carpentras), Yasio (Vaison), Yienna (Vienne), Nemausus (Nimes), peut-être Cabellio (Cavaillon) 30. Auguste, moins libéral cependant que César, donna le droit latin à beaucoup de villes de la Bétique dans l’Aquitaine aux Ausci (Auch) et aux Convenae (Saint-Bertrand de Comminges) 32 ; on a cru longtemps aussi qu’il l’avait donné à de nombreux petits peuples des Alpes, car Pline 33, qui décrit en général les institutions de l’époque d’Auguste, attribue le droit latin : aux Alpes Cotliae34; dans les Alpes maritimes àus
— 17 Lex Malac. c. 53. — 18 6, 13; 8, 69, 70, 77 ; 7, 53. — 19 C. i ■ l- 14, 2120 (Lanuvium); Lex Malac. c. 52, 53, 5’5, 56, 57. — 20 C. i. I. 10, 1, 79". 6527 ; 1, 1134, 1136, 1 137, 1141. — 21 Ibid. 10, i, 5969, G466. — 22 Ibid. 10, L 5920, 5926, 5929, 5832; 14, 2960. — 23 Ibid. 12, 3215,5371, 4409, 1028, 1 309, 1580.
— 24 Tac. Ann. 15, 32; Appian. Bell. civ. 2, 26; Gai. 1, 95. — 25Tae. Hist. 55; Plin. Hist. nat. 3, 7 ; Gai. 1, 96. — 26 Schweizer Nachstudien (Hernies, 10. p. 445-494). — 27 Par Uirschfeld, Gallische Studien (Sitzungsber. d. phil. hist. kl. d. Wien. Akad. d. Wissensch. 1883, t. CI1I, p. 319-328 = trad. fri de II- Thédenat, dans le Bullet. épigraphique, 1885). — 28 Cic. Ad. Att. 14, 12, 1; 0,1 connaît quatre de ces villes : Centuripae, Netinum, Segesta, Henna (Plin. Hist. nul. 3, 14, 5; Eckhel, Doct. num. 1, p. 207; Ilenzen, Annali, 1857, p. 113). — 29Cacs. Bell. civ. 2, 36; Hirt. Bell. afr. 87. — 30 Voir les notices du C. i. I. XII, pour ces villes. — 31 Car Pline parle de 27 villes « Latio antiquitus, donata » (Hist. nat. •!, 3, 7; et Strabon (3, 2, 15, p. 151) de concessions encore plus larges; cf. Sud- Aiig. 47. — 32 strab. 4, p. 191. — 33 3, 20, 135. — 34 Cf. C. i. I. 5, p. 810; C. i. I. 12,83 (inscription d’Ebrodunum, avec la’ restitution d'Hirschfeld).
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Baqienni, à une partie des Ligures Montant et Capillati ; dans les Alpes Graiae aux Ceutrones ; dans les Alpes Poeninae aux Octodurenses , et peut-être à d’autres peuples; mais c’est plutôt Claude qui a fait ces concessions. C’est sans doute Auguste qui a donné le droit latin dans la Narbonaise à : Alba Helviorum (Aps), Luteva (Lodève), Carcaso (Carcassonne), Ruscino (Castel- Roussillon), Tolosa (Toulouse), Tricastini (Saint-Paul- Trois-Châteaux), Forum Voconii (les Arcs?), Glanum Livii (Saint-Remy), Cessero (Saint-Thibery), Tarasco, Lucas Augusti (Luc-en-Diois) et à tous les Allobroges1. Néron le donna aux Alpes Maritimae 2. Il y eut sans doute de nouvelles concessions pendant les guerres civiles. Tacite reproche à Vitellius de gaspiller le droit latin ( Latium externis dilargirï) 3 ; on a conjecturé que les nova jura promis par Otton a la Cappadoce et a l’Afrique 5 se rapportaient au droit latin. Ces générosités étaient probablement blâmées par le vieux parti romain6; ainsi s’expliquerait, d’après Ilirschfeld 7, le passage obscur de Pline sur le « jactaturn procellis reipublicae Latium » 8; il s’agirait de la latinité jetée au loin, gaspillée par les guerres civiles. Vespasien la donna à toute l’Espagne, sans doute pendant sa censure en 75 9; ilirschfeld rapporte à quelque autre concession de la latinité les monnaies de Vespasien et de Titus de 78 où il y a la laie et les marcassins 10, symbole de ce droit, comme la truie et ses trente petits11. Sous Nerva et Trajan, Pline le Jeune ne parle pas de concessions de la latinité; il signale seulement leurs mesures libérales à l’égard des Latins au sujet de l’impôt sur les héritages12; la parenté civile était détruite en effet entre le Latin arrivé au droit de cité romaine et ses parents ; ils devaient donc l’impôt du vingtième pour hériter les uns des autres ; Nerva et Trajan les en dispensent pour les héritages en ligne directe (des petits-enfants aux grandsparents) et en ligne collatérale (entre frères et soeurs). Hadrien donna le droit latin à beaucoup de villes13. D Antonin nous connaissons une mesure u, le droit qu’il donna à deux peuples alpins, rattachés à Tergeste (Trieste), les Carni et les Catali, d’avoir des candidats a 1 édilité de Tergeste; il leur conférait ainsi le droit latin. Dans l’Afrique, outre l’Utique, nous connaissons comme villes de droit latin : Oppidum U zalitanum et Chisiduo dans la Proconsulaire 1S, Tipasa dans la Mauritanie, Icosium qui le reçut de Vespasien 1U, Lambaesis et Gemellae n. La dernière mention des Latini coloniarii se trouve a 1 époque de Sévère et de Caracalla dans Ulpien 18 et dansDosithée 19. Les jurisconsultes de l’époque de Justinien en parlent comme d’une institution morte qu’ils ne comprennent plus20. Elle a dû disparaître sous Cara-
, B‘sL na: ■ 3- 5 : v°ir les notices du C. i. !. XII, sur ces W'Ân,n- 13- 32 : C ■ *'• L 2, p. 903. - 3 Hist. 3, 55. - 4 Hirs ,, ,, °em™}e d" droit, p. 302, note 3. — 5 Tac. Hist. I, 78. — 6 Cf. Ta< n Tm' n ,!• * *’ n° (discours de Claude); Scuec. Apocol. 3. — 7 L
i. I. » 2ior 3> 30- 9 Ibid. — 10 Eckliel, Loc.cit. 0, 336, 356. -
— 15 pu" "* TT' * an* 3' et 39. — 13 Spartian. Hadr. 21. — H C. i. I.
Loc cit\ n “r5- C' ”• L 8’ suPPlém' P- 139°; 8. L 1269. —
s G n 4Q LÀ d- , l' • 8, supplém. 2, 182)8. — 19, 4.-19 De ma.
icio,' 1031 rg)j 7 2“ C- «.*.§!•- 21 C. i. I. 2, 1963, I!
latines - la -u . °'S de ®a,Pcnsn et de Malaga sont bien des lois d
Gemeindp u lmon''t,allon de Mommsen est probante ( Die Stadtrechte de c. 54 ; les obiecUonT*!*1 7^ MalaCa)’ surlo»t d’après l. Salp. c. 28, 29, l. municinnl i, -r 0 umpt (Sfudia romana, p. 269 et suiv.) et de Iloudoy (j 1, 57. - 24P, ;:, .7) nc >’0rtent Pas- - 22 Paul. Sent. 4, 9, 3. - 23 Ulp. fr. 5, dans C. i. l g | ' “P*,^ la lecture de Sludemund). On a un exemple de majus
Bell. cii\ s, os ■ tu < ~ 23 Ascon' 1,1 Pison- P- 3 i Cic- Ad- S, U , 2 ;
u . Lues. 29 ; voir Ilirschfeld, Loc. cil . p. 299-300.— 20 SU
calla après l’extension du droit de cité à tout l'Empire.
Les Latini coloniarii ont le droit latin de la deuxième catégorie qu’on a vu à la fin de la République. Leurs villes s’appellent généralement oppida Latina ou Latinorum , et aussi officiellement, comme le prouvent les lois municipales de Salpensa et de Malaga21, municipia. Nous renvoyons pour l’étude du droit municipal latin aux articles qui traitent du droit municipal en général [leges municipales, municipium]. Les Latini coloniarii ont, comme on l’a vu, le droit privé des Latins22, mais presque identique à celui de Rome; ils n’ont ni le jus suffragii, ni le conubium, sauf concession spéciale23. Pour l’acquisition du droit de cité romaine, il faut distinguer maintenant, d’après le texte récemment déchiffré de Gaius, le majus et le minus Latium1'*. De quelle époque date cette distinction ? A l'époque de César, il n’y a encore que le droit latin ordinaire23; il en est encore de même sous Tibère 2G, Vespasien et Domitien *7. Le droit latin majus ne doit guère être antérieur à l’époque de Gaius, c’est-à-dire d’Antonin. On peut l’attribuer à Hadrien ou à un de ses prédécesseurs immédiats, à une époque où la décadence du régime municipal oblige déjà les empereurs à attirer dans les villes latines de nouveaux candidats au décurionat par un nouveau privilège ; on voit déjà dès Trajan des citoyens nommés décurions malgré eux23; et le décret d’Antonin sur Tergeste montre aussi la difficulté du recrutement des sénats municipaux29. Le majus Latium ouvre donc la cité romaine à beaucoup plus de Latins que le minus Latium ; car dans le premier cas les décurions et ceux qui gèrent un honor ou une magistrature, dans le second cas ces derniers seuls obtiennent le droit de cité romain. La distinction qu’établit ici Gaius entre une magistrature et un honor est assez obscure80; car ces deux expressions sont généralement synonymes; le mot honor ne peut s’appliquer ni aux sacerdoces, ni à là questure, ni à la charge des praefecti qui suppléaient les duumvirs absents, car il est certain que cette dernière charge ne conférait pas le droit de cité31 ; on a conjecturé32 qu’il s’agissait du praefectus désigné pour le remplacer par l’empereur, élu duumvir d’une ville, car ce personnage paraît obtenir le droit de cité33. L’exercice d’une magistrature municipale conférait-il le droit de cité dès le début ou seulement à la sortie de charge? Les textes classiques34- et plusieurs inscriptions d’Espagne paraissent être en faveur de la première hypothèse ; mais le début de la loi de Salpensa 33 doit plutôt faire accepter la seconde qui est d’ailleurs plus conforme aux principes généraux du droit romain :Jti. Nousrenvoyons l'étude des Latini j un iani à l'article libertés. Ch. Lécrivain.
12, p. 187. — 27 Lex Salpens. c. 25. — 28 pliu. ad. Irai. 113 (114). — 29 C. i. I. 5, 532, 1. 8, 14-17. — 30 La théorie de Beaudouiu {Nom. Rev. hist. de droit, 1879, 1-30, 1 1 1-169) est fausse. — 31 Lex Salpens. c. 25. — 32 Ilirschfeld, Loc. cit. p. 296.
— 33 Lex Salpens. c. 24. — 34 Gai. 1, 90 ; Ascou. In Pison. p. 3 ; Strab. 4, 1, 12.
— 35 Avec la restitution de Mommsen. — 30 Sur les inscriptions de magistrats municipaux latins d'Espagne, la tribu, qui était la marque extérieure du droit de" cité, est tantôt absente (C. t. I. 2, 1610, 1631), tantôt indiquée (2, 1945, Add. p. 704). — Biuliogiuphie. Savigny, Ueber die Entstehung und Fortbildung der Latinitiit { Verm . Schrift. 1812, I, p. 14-28); Nibby, Analise storica topografica antiquaria délia caria dei contorni di Roma, Rome, 1837 ; Abekcn, Mittelitalien von den Zeiten der rôm. Herrschaft, Stuttgart, 1843 ; Canina, Storia e topografia délia Campagna romana antica, Rome, 1840; Forbiger, Latium {Paul g s Real-E ncyclopaedie, t. IV, p. 801-820); Walter, Geschichtc des rôm. Redits, 3» éd. Bonn, 1860, n»5 9, 84-92, 224-229, 258, 259 ; Rudorff, De majore et minore Latio, Berlin, 1860; Zumpt, Studia romana, Berlin, 1859 ; Scliwegler, Rômische Geschichte, Tübingen, 2' éd. 1867, t. I-1I ; Houdoy, Le droit inunicipal, Paris, 1876; Zôller, Latium und Rom, Leipzig, 1878 ; Belocli, Der italische
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LATINITAS, LATINUM FOEDUS [LATINl].
LATINES. — Roi des Aborigènes dans le Latium, que la légende gréco-romaine a transformé en héros éponyme de son peuple et qu’elle fait régner sur Laurente au temps de la guerre de Troie, afin de l’associer aux événements qui amenèrent les Troyens d’Énée en Italie1. A s en tenir aux témoignages de provenance romaine, dont le plus ancien est à chercher dans les Origines de Caton -, Lalinus serait une personnalité purement littéraire, une sorte de héros ex machina , inventé ou exploité par les annalistes et les poètes pour l’explication des origines de Rome et de ses rapports avec le Latium3. Il n a aucun des traits qui font de saturnus, de F au nus, de ncus, a la légende desquels il a été mélé, des créations de la religion populaire, ayant leurs racines dans la croyance primitive. Cependant Latinus est le seul des personnages ayant trouvé place dans les plus anciennes légendes du Latium, quisoitmentionné par un documentlittéraire contemporain de la royauté romaine. Un passage de \n. Théogonie hésiodique, passage que la critique autorisée date du vnc siècle avant notre ère, le mentionne avec Agrios et Télégonos, ses frères, comme issu des amours de Circé et d Ulysse : « Tous trois, suivant le poète, régnent bien loin au fond des iles sacrées, sur les illustres Tyrrhéniens*. » Tandis qu’Énée, Ulysse, Diomède, d’autres encore, sont des héros grecs transplantés dans l’histoire primitive de l’Italie centrale, Latinus est le seul qui, à cette époque reculée, ait émigré du Latium dans la légende hellénique3. Envisagés à ce point de vue, les vers de la Théogonie ont la même importance que ceux des Troïca de Stésichore, qui nous parlent d’Ënée faisant voile vers l’Hespérie au lendemain de la chute de Troie0. Malheureusement pour l’intérêt historique de cette légende, près de quatre siècles séparent le témoignage grec de ceux qui, chez les Latins, ont fait revivre Latinus. Dans l’intervalle, nous n’avons que les inventions de Callias, annaliste sicilien qui fut le biographe et le contemporain d’Agathodes 1 et peut-être de Timée, également d’origine sicilienne, qui rattacha l’émigration d'Énée à la religion des Pénates de Lavinium8. En réalité,
Bund v.nter Rouis Heyemonie, Leipzig, 1880 ; Madvig, L'État romain (Irad. Morel), 1882, Paris, 1. 1, p. 23-81 ; Secck, Urkunilen Studien zur ülteren rôm. Geschielite ( Rhein . Mus. 1882, p. 1-23); Willems, Le droit public romain , 3' éd. Paris, 1874, p. 127-133; Bouché-Leclercq , Manuel des institutions romaines, Paris, 1886, p. 171-180; Mispoulet, Les institutions politiques des Romains, Paris, 1883, 1. II, p. 50-63; Bcaudouin, Le majus et le minus Latium ( Nouv . rev. hist. de droit, 1879, p. 1-30, 11 1-169); Accarias , Précis de droit romain, 4' éd. Paris, 1886, n“ 60 ; Mommsen, Die Stadtrechte der lateinischen Gemeinden Salpensa und Malaca, Leipzig, 1855 ; Die untergegangenen Ortscliaften im eigenllichen Latium ( Hernies , 1882, p. 42-58); Droit public romain (Irad. fr.), Paris, 1889, 1. VI, 2, p. 226-269, 407-417 ; Marquardt, Organisation de l’Empire romain (trad. fr.), t. VIII, l,p. 28-94.
LATINUS. 1 Aur. Vicl. Orig. gent. rom. 9 et 12 ; Tit. Liv. 1, 1, 16 suiv. ; Jusl. XLI1I, 1, 10; Zonar. VII, 1; Serv. Aen. I, 267; Ov. Met. XIV, 449; Arnob. II, 71; Aug. Civ. D. XVIII, 16; Cauer, Die roem. Aeneassage von Naevius bis Vergiius (Extrait des Jahrb. fur Klassische Philol. Supplém. XV, p. 97 suiv.) et Schwegler, Roem. Geschichte im Zeitalter der Koenige, p. 198 suiv. — 2 Chez Serv. Ad A en. I, 6; VI, 760; VII, 158 ; XI, 316. Même tradition chez Cassius Ilemina, Solin. II, 14, cl Dion. Halic. I, 59 ; cf. Cauer, Op. cit. p. 109 sq. — 3 Schwegler, Op. cit. p. 215 et suiv. avec les texles cités. Le fait seul que Latinus est présenté sous les traits d'un héros à la façon des Grecs suffirait à prouver qu’il n'a rien de national ; on peut d’ailleurs s'étonner que Schwegler ait mélé mal à propos les Lares de Lavinium à la question; ce sont les Pénales qu’il fallait dire et Lalinus n’est pas plus un Lare que Romulus ; voir lares, p. 940. — 4 Theog. 1011 ; pour la date probable de ces vers, voir Schocmann, ffesiod. carm. p. 284-, et Goettling, Theog.
013 et 1014. Us sont cités par Scliol. Apoll. Rliod. III, 200; Joann. Lyd. De mens.
I, 4, p. 7, et Euslath. II. p. 1796. Sur la connaissance que les Grecs avaient des peuples de l’Italie latine à l’époque préhistorique, voir Den. Halic. I, 29; cf. Hild, Légende d'Enée, p. 17 suiv. — 5 Agrios est le Faunus des Latins; voir Hesych. s. v. et Apoll. Fragm. 38 ; cf. la note de Schwegler, p. 217, 1. — 6 Hild, Légende d'Enée, p. 13 à 16, avec les textes cités et le commentaire de la Tabula Iliaca ;
Latinus ne prend quelque importance que par Énée q sous l’influence desfaits tant politiques que littérairesqui après les guerres puniques, donnèrent crédit à la légende de la fondation de Rome par une colonie de Troyens 9 L’histoire fabuleuse du roi ne revêt sa forme définitive que par VÉnéide de Virgile i0.
Latinus, comme Énée, est absent de la fable romaine des deux jumeaux, et même les faits qui lui sont attribués sont en contradiction avec cette fable ; il suffit p0ur s'en convaincre de mesurer les efforts qui, tentés de Caton à Virgile, ont pour but de les concilier11. D’autre part, Latinus ne parait pas avoir figuré dans les poèmes épiques de la plus ancienne littérature 12 ; il est impossible de le conjecturer chez Naevius et chez Ennius. En ce qui concerne ce dernier, les Latins comme nation sont chez lui antérieurs à l’arrivée d’Énée en Italie 13, L’opinion la plus vraisemblable, c’est que Latinus, ancêtre des Aborigènes et par eux des Romains, est sorti de Lavinium, la métropole religieuse des Latins14. Là on vénérait une divinité nationale, Jupiter Latiaris, dont le sanctuaire principal était sur le mont Albain,où tous les peuples de race Latine pratiquaient une religion commune. A côté de lui, dans la plaine, on rendait des hommages à Jupiter Indiges, divinité topique qui parait’ s’être confondue avec le dieu fluvial Numicius l8. Les mêmes influences, contemporaines au plus tôt des guerres puniques, qui firent disparaître Jupiter Indiges dans la personnalité d’Énée, héros troyen, transformèrent Jupiter Latiaris en un ancêtre fabuleux de la race, héros éponyme à la façon des Grecs, qui fut le roi Latinus 10. Il est à peu près certain que la première apothéose tentée en faveur d'un Latin fut celle de Romulus par le poète Ennius; cette fantaisie, toute poétique encore, fut exploitée au profit de Latinus, puis à celui d’Ënée, sans que le sentiment religieux des foules aitpuen être complice n. On racontait que Latinus tomba frappé dans une bataille contre Mézence, roi de Caeré, sur l’emplacement même de la citadelle de Lavinium où devait être son tombeau ; quant à Énée, il disparut mystérieusement au sein du Numicius dont il confisqua la divinité 18.
cf. Cauer, De fabulis graecis ad Romain pertinentibus, p. 10 suiv. — 7 Chez Diou liai. I, 72, qui donne pour femme à Lalinus une Troyenne du nom de Romé, donl il eut trois fils, Romus, Romulus et Telcgonus; cf. Euseb. Chron. 1, 45, 3 ; voir sur 1rs différences de la légende grecque et de la légende romaine, en ce qui concerne Lalinus, Preller, Roem. Mgth. p. 696; Schwegler, Op. cit. I, p. 402, note 22. Voir aussi 1rs versions différentes, Serv. Ad Aen. I, 273, et Feslus, p. 269, et pour la question ou général, Aust, chez Roscher, Lcxikon der Mgth. etc. II, p. 1909, et Cauer, Op. cilp. 108 suiv. — 8 Aul. Gcll. Noct. At. XI, I ; Dion. liai. Ant. Rom. I, 6; 74; cf. Klausen, Aencas und die Penaten, p. 580; réfuté sur certains points par Cauer, De fabulis graecis, etc. p. 29. — 9 Hild, Légende d'Enée, p. 76 suiv. : cf. Nisscn, Zur Kritik der Aeneassage, p. 389, dans les Jahrb. fur Philol. 1865, fasc. 5 cl 6. — 10 Cauer, Die Roem. Aeneassage, p. 147, et, avant lui, Schwegler, Op. c>h p. 279-337. — H Aust, Loc. cit. p. 1905. — 12 Voir la critique des témoignages chez Cauer, Op. cit. p. 114 suiv. Ou a cru trouver Latinus dans ce vers de Naevius (Lib.
11, fragm. l,VahIen): Jamque ejus mentem fortuna fecerat quietam ; c’cst pure conjecture. — 13 Ennii fragm. (Vahlen), 21-23. — 14 Dion. Haï. Ant. Rom. U
12. — 16 Klausen, II, p. 834; 788, etc. : « Le dieu vénéré sur le mont Albainrègue en qualité d’homme à Laurenlum. » Pour Lavinium et son rôle religieux, voir l’inscription chez Orelli, 2275 (du règne de Claude); cf. Mommsen, Inscript, regni Neapo'- 221 1 ; cf. Cauer, Op. cit. p. 130-132; cf. Tit. Liv. I, 1 ; Dion. liai. I, 57 ; Serv. Ad Ae"- III, 148; I, 2; VI, 84 ; VII, 659 ; 678, etc. ; Varr. Ling. lat. V, 144; Slrab. V, 229.’ Aug. Civ. D. XVIII, 19. — 16 Hild, Op. cit. p. 69 suiv. ; Cauer, De fabulis graecis, ch’ p. 27, surtout les notes 52et53 ; cf. Jackcl, Zur Aeneassage, Frcisladt, 1881, P' |h — 17 Pour Romulus, voir le commentateur Probus, Georg. 111,25 ; Tit. Liv. I, IC ; P01" Enée, Scliol. Bob. Cic. Pro Plancio, IX, 23 ; Serv. Ad Aen. IV, 620, citant Caton ; Aug Civ. D. XVIII, 19, citant Varron;lc Scliol. Véron, de Virgile, Aen. I, 259, et Corp. inscr. lat. X, 8348 ; pour Latinus, voir Feslus, p. 194 ; cf. Klausen, Op. cit. p. S01, n. 1492 ; Schwegler, p. 317 s. ; Marquardt-Mommsen, Handbuch (Staatsverwall)' VI, 252, 477, etc. ; et pour les héros en général, Mommsen, Roem. Gesch. 1 p. 164 ; 225 (3» éd.). — 18 Cf. Arnob. I, 36. Pour les détails, voir les textes cités par Hild, Légende d'Enée , p. 69, n. I.
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Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans la discussion des détails de la légende que fabriquèrent pour Latinus les nnalistes et les poètes romains, les agençant tant bien mal entre eux et les rattachant aux traditions grecques1. Latinus ne garde quelque intérêt que par le rôle dont Virgile l’a chargé dans X Enéide-, là, toutes les fables antérieures sont comme clarifiées et ingénieusement adaptées au plan de l’épopée 2. Pour Virgile, Latinus, à l’arrivée d’Énée, est un vieillard doux et pacifique, fils de Faunus et de la nymphe Marica; c’est-à-dire que le poète substitue à la généalogie hésiodique une origine nationale 3. Faunus, dieu prophétique, rend des oracles sur l’emplacement de Laurente, la ville des Lauriers, et Marica est une divinité indigène, personnification des massifs de roseaux; on la trouve vénérée encore, à côté de Jupiter, dans les marais de Minturnes au temps de Marius et l’on citait d’elle un tombeau en Campanie ; les uns la confondaient avec Cérès, les autres avec Vénus ou avec Circé V C’est l’oracle de Faunus qui engage Latinus à faire alliance avec les Troyens et à donner sa fille Lavinia à leur chef Enée 5. Amata ou Amita, l’épouse de Latinus, favorable aux prétentions de Turnus, roi des Rutules, et hostile aux Troyens, est elle-même une personnification mêlée au culte de Vesta et des Pénates de Lavinium 6 ; la preuve, c’est que chaque vestale, dans la cérémonie de la captio, était par le grand Pontife interpellée sous le nom d’ Amata 7. Les péripéties diverses qui, dans X Enéide, séparent la consultation de Faunus par le vieux roi de la mort de Turnus et de la victoire d’Enée reposent à la fois sur les données de l’histoire fabuleuse, telle qu’elle s’est élaborée en se diversifiant depuis Caton jusqu’à Denys d’Halicarnasse8 et sur la nécessité pour le poète de donner à son œuvre et la variété dramatique et le dénouement vraisemblable. Pour l’ensemble, Virgile a surtout suivi Caton 9, à ceLe différence près, qui tient à des considérations purement littéraires, que ni Enée ni Latinus ne succombent au terme de la lutte : à l’apothéose mythique, X Enéide a substitué la glorification poétique.
On ne peut citer du héros aucune image authentique, soit avant, soit après le règne d’Auguste où triomphe la légende d’Enée. Si l’influence de Virgile et celle de la politique ont valu au héros Troyen une certaine popularité artistique 10, il ne semble pas que Latinus ait eu part au même honneur. Sur les trois monuments où l’on a pensé le rencontrer, il en est un seulement qui nous le fasse reconnaître avec quelque vraisemblance 11 : c’est un autel des Lares Augusti conservé au Belvédère, sur lequel un héros barbu, assis contre un arbre avec un rouleau dans la main, semble donner la réplique à un
héros debout, entouré de la truie symbolique et des trente porcelets qui représentent Rome (ou Lavinium) avec les villes de la confédération latine ; le premier serait Enée, le second Latinus. Une fresque d’un tombeau exhumé sur l’Esquilin et datant du règne d’Auguste 12, représente les combats livrés entre Latins et Rutules, mais suivant une tradition qui n’est pas celle adoptée par Virgile; la partie relative aux rapports d'Enée et de Latinus a d’ailleurs péri. La figure du mort étendu devant le vainqueur ne saurait être celle de Latinus, comme onl a prétendu, car elle est dépourvue de barbe, et l’on songerait plutôt à Turnus 13.
Reste une ciste de Préneste devenue l’objet d‘un débat archéologique qui n’est pas encore clos u. Cette ciste se compose de deux parties, le couvercle qui est intact etdont l’interprétation est tout le problème, le corps de l’œuvre qui est incomplet. On a daté cette ciste, comme d autres analogues, de la fin du me siècle avant notre ère, plus exactement des dernières années de la présence d’Hannibal en Italie ; sur le couvercle et dans le corps de la ciste, le héros principal de l’aventure représentée a les mêmes traits, le même costume. Le couvercle associe dans une action commune treize personnages ; on y voit un guerrier mort apporté par deux soldats devant le vainqueur ; à côté de ce dernier, en réalité au centre de l’action, est un personnage âgé et barbu qui lui tend la main gauche, tandis qu’il lève la droite comme pour prêter serment ; de ses pieds il foule un trophée d’armes, ce qui fait penser à un traité de paix et d’alliance 1S. Plus loin à droite, sont deux femmes dont l’une lui adresse la parole, tandis que l’autre, couronnée de fleurs, se détourne d’une troisième femme, laquelle fait pendant au cadavre déposé devant le vainqueur ; elle en est séparée par deux figures, l’une du génie de la mort (?) avec un flambeau allumé, l’autre d’un génie endormi ; cette femme paraît s’enfuir dans un état de surexcitation violente. Au bas, on voit un Silène couché auprès d’un dieu fluvial et d’une nymphe. S’il, en faut croire Brunn, le vainqueur serait Enée, le vieux roi Latinus, le cadavre celui de Turnus ; la femme couronnée de fleurs, Lavinia, qui va devenir l’épouse d’Enée, la femme qui prend la fuite, Amata qui court au suicide, et les deux génies incarneraient, l’un la destinée funeste de l’épouse de Latinus, l’autre celle de Turnus. A l’oreille de Latinus parlerait Marica samère, et les deux divinités aquatiques accostant Silène, dont la présence est d’ailleurs malaisée à expliquer, seraient à identifier, l’une avec Juturna, l’autre avec NumickiS. Dans son ensemble, la scène gravée sur le couvercle reproduirait la conclusion des luttes entre Troyens, Latins et Rutules, telle que la présentera X Enéide.
■ ,T.°lr SU1 ce P°‘nt Cauer, Die Roem. Aeneassage, absolument complet et rci- (LeiI’z' «88). - 2 Latinus ap. Virg. Aen. VU, 45 sq. ; XI, 251
îu'sn, mW9; XI1’ 18’ lfi1, CtC'; cf’ 0v' MeL XIV’ 611 : Fast ■ U' 544i cnnl ; ’ ; Am- 12’ 22 ; Macr- Sat- 1V- ù 5 ; V, 1 , 10 ; 17, 2 ; présenté — 3 Vir. COnlc"’P°(ain Priam, chez Lact. I, 22; Cassiod. Praef. Chron. P 10t»i>-,Bf ^ei> ^ 4”’ avCC *cs C0mment®t8urs î voir faunus, II, 2,
47- té, P<T Laurentum’ Klauscn, Op. cit. Il, 780 sq. — 4 Serv. Ad Aen. VII, Seq.Tvèm J Ma''' 39 : A,'S' Civ- D- 23> 2I Tit- Liv- XXVII, 37; Vib. Myth. n 3G3 * „Ct‘ 23 ; cf- Klausen, Op. cit. II, p. 833; Prcller, Roem.
tnt. I, 202 • g p~ J Tlt' ^1V' *’ 2 > Just- 43’ 1 1 Serv. Ad Aen. I, 259, 267 ; Myth.
017 a g y-° m ^ 14 ’ c^' 1 inscription chez Wilmans, Exempta inscr. lat.
53. — 7 Au| pB.j Aen' 314 1 Aur. Vict. Orig. 13; cf. Varr. Lin g. lat. V, 8,
Klausen, Op. cit il 12, 14, 19 ; cf> Scllwe8ler- °P- cit ■ h 287> et
Die Sagl. von ./ ’.L '7o' ~ 8 Cai,er, Die Aeneassage, p. 168 suiv., et Woerner,
'» conclusion *•” an^erungen des Aeneas. etc. (I.eipz. 1882), p. 6 suiv. ; avec t,Ul comparc Virgile et Denys. — 9 Serv. Ad Aen. I, 5, 207-570; III,
711; IV, 427-620; VI, 760; VII, 158; IX, 745; XI, 316. — 10 Voir aeneas, I, p (o6. — U Arch. Zeitung, 1872, p. 122; Mus. Chiaram. III, p. 19 ; cf. la truie sur les monnaies d'Antonin le Pieux, représentant ou le debarquement d'Enée, ou son arrivée à Lavinium ; Frôhner, Médaillons de l'Empire rom. p. 59 ; Cohen, Méd. imper. II, p. 340 et 341, n"s 441, 447 ; [aeneas, I, p. 107, fig. 153], — 12 Voir Brizio, Pitture e sepolcri sull' Esquilino (Rome, 1876), p. U s.; Monum. d. Inst. X, tab. 60, et Annali, 1878, p. 234 suiv. ; cf. Cauer, Op. cit. p. 137 suiv. — 13 Robert tient pour Lalinus ( Annali , loc. cit. p. 255); Cauer, avec raison, pour Turnus ou Mézence; Op. cit. 139. — H Monum. d. Inst. arch. VIII, tab. 7 et 8; Annali , t. XXXVI (1864), p. 356-371; interprétation contestée par Nissen, Zur Kritik der Aeneassage ( Jahrb . für Philol. 1865, p. 378); cf. Heydcmann, Arch. Zeitung, 1872, p. 122; Robert, Annali dell’ Instit. 1878, p. 271, n. 1 ; et Aust, chez Roscher, Op. cit. p. 1915. Heydeinann constate l'inexactitude de la reproduction donnée en 1864 par Brunn dans les Monumenti , ce qui ajoute un argument sérieux à ceux de Nissen. — 15 Voir la reproduction du groupe suivant l'opinion de Brunn, aeneas, I, 1, p. 107, fig. 155.
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Il est certain que si l’œuvre était postérieure au poème I de Virgile, rien ne serait plus légitime que de la considérer comme la traduction par l’art des derniers épisodes de Y Enéide ; mais s'il faut la dater de la seconde guerre punique, il n’y a rien de plus invraisemblable. Chacun des faits et des personnages entrés dans la composition de l 'Enéide peuvent se justifier, il est vrai, par quelque tradition antérieure; mais la combinaison de ces éléments est l’œuvre propre du poète, et elle a été déterminée le plus souvent par les exigences de la composition épique1. La conclusion du débat soulevé par 1 étude de la ciste est celle-ci 2 : ou la ciste Prénestine a été mal datée et sa fabrication est postérieure à Y Enéide qui 1 a inspirée ; ou le sujet représenté n’est pas tiré de la légende de Latinus et d’Enée. Ajoutons que toutes les autres cistes trouvées dans la nécropole de Préneste sont l’œuvre d’artistes grecs et ne traitent que des sujets puisés dans la fable hellénique3. J. A. IIild.
LA.T01VA (Arjirw). — Légende. — Le témoignage à peu près unanime de l’antiquité fait de Latone la fdle du Titan lvoios et de la Titanesse Phœbé1 ; seul Ilygin lui donne pour père le Titan Polos2. Elle a pour sœur Astéria ou Ortygia3. La partie la plus célèbre de sa légende est l'histoire de sa maternité : aimée de Zeus4, elle a donné naissance à Apollon [apollo] et à Artémis [diana]. Homère et Hésiode, qui connaissent ce double mythe3, ne l’ont pas localisé. C’est dans l’hymne homérique à Apollon Délien que nous trouvons pour la première fois le récit circonstancié de la naissance d’Apollon à Délos6. Latone, en quête d’un asile pour ses couches, parcourt en vain les îles et les rivages de la mer Egée : toutes les contrées la repoussent, par crainte sans doute du redoutable fds qu’elle doit mettre au monde7. Délos enfin l’accueille, sur la promesse des brillantes destinées que lui réservera le culte du nouveau dieu. Neuf jours et neuf nuits les douleurs déchirent la déesse; toutes les immortelles s empressent autour d’elle ; seule Héra est absente; ilithyia, que la déesse irascible tient également à l’écart, se décide à intervenir secrètement, gagnée par l’offre d’un riche collier de neuf coudées8. Son arrivée décide enfin la délivrance : Latone jette ses deux bras autour d’un palmier et appuie ses genoux sur le gazon : Apollon bondit à la lumière.
Telle est la version délienne : elle a servi de base à la tradition antique. On la retrouve, à quelques variantes
1 Sur les changements introduits dans la tradition par Virgile et la combinaison personnelle des épisodes divers, voir, outre Cauer et Wocrner, Op. cit., Rubino, Beitraege zur Vorgeschichte Italiens, p. 156 sq. — 2 C'est celle de Robert, Annali, 1878, p. 271 ; elle est reprise tant par Heydemann que par Cauer et Aust, Op. cit. — 3 Voir cista, I, 2, p. 1204. Une seule ferait exception, celle qui représente la cérémonie du triomphe romain et dont le sujet n’a rien de fabuleux.
LATONA. l Hes. Theog. 404-409 ; Hvmn. Hom. 1, 62 ; Bull, clc corr. hell. XVII, p. 506 (hymne delphique à Apollon Pythien, str. 1) ; Etym. Magn. s. v. Koinj ; Apoll. Bill. éd. Wagner, 1, 8 ; Paus. IV, 33, 6, etc. ; C-f. les épithètes Koioyevi^ç, Pind. fr. 88 Bergk ; Kotr/fç, Callim. Hgmn. IV, 150; Koiavxf;, Hymn. orpli. XXXV,
2; Kotoyévtta, Apoll. Rhod. 11, 712. — 2 Praef. p. H, 1. 12, éd. Schmidt; Fa b. CXL, p. 17, 1. 16. — 3 Hes. Theog. 409 ; Apollod. 1, 8 et 21 ; Schol. Apoll. Rhod. 1 , 308 ; Hyg. Praef. p. Il, et Fab. LIII, p. 58 sq. — 4 II. XXI, 498 sq. ; Od. XI, 580 ; Hymn. hom. I, 5 sqq. ; Hor. Carm. 1, 21, etc. — * II. I, 9 ; XVI, 849; XIX, 413 ; XXI, 504 ; XXIV, 006; Od. XI, 318 ; Hes. Theog. 918 sqq. ; Sent. Herc. 478 sq. ; Hymn. hom. 111, 253, 321, 403, 513, 524; cf. cependant Gaz. arch. 1876, p. 20; Studniczka, Kyrene, p. 151. — 6 V. 19-139. On peut croire que la même légende se trouvait exposée dans les hymnes du poète Démotélès d’Andros, Bull, de corr. hell. IV, p. 347. — 7 C’est du moins la raison qu’on peut déduire de la réponse faite par Délos à Latone, v. 66 sqq. O. Gruppe, Gr. Mythol. p. 240, conjecture que le refus des différents pays sous-entend la haine de Héra et la légende du serpent Pvlhon, envoyé dès lors à la poursuite de la déesse. — 8 Peut-être l’ancien simulacre d’Ilithyia à Délos portait-il effectivement un collier qui aura suggéré ce trait
près, dans l’Hymne à Délos de Callimaque. Le poète Alexandrin a motivé avec plus de précision la course errante de Latone par une persécution systématique d’IIéra : c’est par ordre de cette déesse qu’Arès et Iris s’attachent aux pas de Latone, et lui font interdire l’accès de tous les pays où elle aborde9. Il n’est pas question, dans Callimaque, de l'intervention d’Ilithyia; en revanche, les Déliades, filles d’Inopos, chantent, pour faciliter la délivrance, un hymne à la déesse des accouchements10.
On désignait avec précision, à Délos, l’endroit où le jeune dieu avait vu le jour : c’était aux pieds du Cynthe", plus exactement sur les bords du petit lac que forme l’Inopos en s’échappant de la montagne 12. D’après l’hymne homérique, c’est un palmier qu’embrasse Latone pour se soutenir pendant ses douleurs13; au palmier, qui est déjà connu par YOdyssée u, des auteurs postérieurs substituèrent ou ajoutèrent l’olivier, l’arbre d’Athéna, variante où se reconnaît l'influence attique13, ou bien le laurier, l’arbre d’Apollon16 ; un texte d’Euripide mentionne simultanément les trois arbres 17. Tandis que dans l’hymne homérique Latone en s'agenouillant embrasse l'arbre d’un geste tout naturel, un des hymnes découverts à Delphes imagine qu’il lui suffit de toucher une branche de l’arbre sacré pour sentir son action bienfaisante18.
Le mythe relatif à la naissance d’Artémis ne semble pas lié primitivement à celui qui vient d’être exposé, mais il s’y inséra à une certaine époque. C’est à Ortygia que l’on s’accordait à faire naître Artémis. Ortygia est encore une région indéterminée dans YOdyssée'9 . Un vers de l'hymne homérique, que l’on retrouve textuellement dans un hymne orphique, et qui pour cette raison a paru suspect, fait naître Apollon à Délos et Artémis à Ortygia20. Différentes localités du monde grec, où l’on retrouvait une Ortygia, se disputaient l’honneur d’avoir été le théâtre de cette légende21 ; mais beaucoup plus communément on identifia Délos et Ortygie 22. Latone y aurait mis au jour Artémis la première qui, aussitôt née, remplit auprès de sa mère l’office d'Ilithyia et l’assistapour la naissance d’Apollon23; on célébrait, à Délos, la naissance d’Artémis le 6 Thargélion, et celle de son frère le 7 b
La maternité de Latone est liée, dans plusieurs versions, à des fables qui expliquaient l’origine de Délos. Une tradition que ne paraît pas connaître l’hymne homérique, mais qu’on trouve déjà dans Pindare, voulait que Délos eût été primitivement une île errante ; au
de la légende : Preller-Robert, Gr. Myth. I, p. 237, n. 2. — 9 Callim. Hymn. U. 55-200. — 10 Ibid. 256. — U Hymn. hom. I, 26 ; cf. 18 (vers suspect). — 12 Theog»- 5-7 ; Callim. loc. cit. 206 sqq. ; Bull, de corr. hell. XVIII, p. 349, 1. 6 (hymne delphique). — 13 V. 117 ; cf. Theogn. 6. Le palmier est figuré sur la pyxis du Louvre représentant l’enfantement de Latone ( Mon . Piot, VI, p. 170, pl. xv). — - U Od. \ h 162; cf. Theophr. Hist. plant. IV, 13, 2. — l» Callim. Ibid. 262; Aelian. Var. hist. V, 4 ; Catull. XXXIV, 7 ; Hygin. Fab. CXL. — 1G Eurip. Hec. 458 ; Ion, 9U>-
— 17 Iphig. Taur. 1102. — 18 Bull, de corr. hell. XVII, p. 580; XVIII, p. 349, 1. 7-8 et p. 350 (Weil). — 19 Od. V, 123; XV, 404 : 'OoTuyiijç... o6t Tpoicai ^eXtoio-
— 20 Hvmn. hom. I, 16 = Hymn. orpli. XXXV, 5, éd. Abel : ity piv ev ’Oçirop'?,- •rtv Si xçavaji tvi Avjl.M ; cf. Schol. in Pind. Nem. I, 1, et Anthol. Pal. VI, 273 ; Lebcgue, Bcch. sur Délos, p. 26 sq., et sur la double tradition relative à la naissancesimultanée ou distincte, d’Apollon et d’Artémis, Ibid. p. 186 sqq., et 0. Gruppe, II" griech. Culte und Mythen , I, p. 524 sq. — 21 Un bois sacré près d’Ephèse, Hic qui fut rattachée à Syracuse, une région de l’Étolie ; voir les lextes dans Prellor Robert, Gr. Myth. I, p. 297, n. 4. — 22 Le premier texte où cette identification est faite est celui de Phanodémos, fr. 1 (iv* siècle) = Athen. IX, 392 D ; cf. un scolionap. Athen. XV, 694 = Bergk, Poet. lyr. Graeci, IV, 4° éd. 644 ; Callim. Hymn- IV, 59, Epigr. LXII ; Apoll. Rhod. 1, 537; Nicandr. ap. Schol. Apoll. Rhod. L 419; Antipater in Anlh. Pal. IX,' 550; Strab. X, 5, 5, p. 486; Hyg. Fab. LUI ; «>■ Buchholz, Hom. Beat. I, p. 256; Bérard, Bev. de l'hist. des relig., XXXIX, p. i'ü sqq. et p. 189.— 23 Diog. Laert. II, 44; III, 2; Apollod. I, 21 Wagner; Serv. Ad Aen. III, 73. — 24 Diog. Laert. Ibid. ; Preller-Robert, I, p. 238, n. 2; 302, n. L
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moment où Latone y aborda, elle fut fixée au fond de la mer par quatre colonnes *. C’est a 1 occasion de la naissance d'Apollon que l’ile, primitivement appelée Astérie Ortv-ie aurait reçu son nom de Délos, la brillante-. Quant au nom d 'Ortygia (Me de la caille, on
l’expliquait par une légende relative à la sœur de Latone : AStérie poursuivie, comme celle-ci, par l’amour de Zeus, obtint des dieux sa métamorphose en caille, puis en îlot rocheux3. D'après une version, c’est Latone elle-même nui aurait gagné, sous forme de caille, l’ile de Délos *. On lit encore dans Hygin un récit qui paraît une contamination de la légende delphique avec celle de Délos : Iléra envoie le serpentPy thon à la poursuite de Latone encore enceinte; elle fait le serment que sa rivale n’accouchera qu’en un endroit où n atteindront pas les rayons du soleil. Borée, sur 1 ordre de Zeus, amène Latone à Poséidon qui, pour respecter le serment prononcé par liera, élève les (lots comme un dôme audessus de l’ile d'Ortygie, et déjoue la poursuite de Python, qui retourne au Parnasse (fig. 4358) : c’est là qu’ Apollon va l'atteindre quatre jours après sa naissance5.
Le récit des circonstances qui ont accompagné la naissance des Létoïdes se rencon tr e encore avec d’autres variantes et d'autres localisations. Au temps de leur hégémonie maritime, les Athéniens avaient imaginé un FiS- *358. — Latone
épisode qui mettait en
contact le dieu delien et leur divinité poliade : Latone, ayant passé par l’Attique avant ses couches, y ressentit les premières douleurs; elle dénoua sa ceinture (Çwv-/)) au promontoire qui fut par suite appelé Zco<mjp ; puis, sous la conduite d’Athéna Pronoia, elle passa du cap Sunium a Délos1’. Il y avait, peut-être en commémoration de cette
légende, un sanctuaire d’Athéna Zostéria au cap Zoster ’, et un temple d’Athéna Pronoia à Délos 8. Une petite localité de Béotie, Tégyra, revendiquait l’honneur d avoir vu naître Apollon : on y voyait un mont Délos, et deux ruisseaux, Phoinix et Elaia, entre lesquels Latone aurait fait ses couches 9. La même légende s’était localisée aussi à Amphigéneia en Triphylie 10, ainsi que dans le fameux sanctuaire d’Artémis à Ephèse “.
Dans plusieurs traditions, et notamment dans celle de Délos, intervient le mythe des Hyperboréens. Ainsi, c’est du pays des Hyperboréens qu’arrive Ilithyia pour opérer la délivrance de Latone 12. Mais on disait aussi que Latone elle-même était née dans la même contrée fabuleuse13, ou encore que, pour échapper aux persécutions d’Héra, c’est sous la forme d’une louve (Xéxoç) qu’elle fi t le trajet, en douze jours, du pays des Hyperboréens à Délos u. Il n’est pas difficile ici de reconnaître une interprétation des épithètes Auxeioç et Aux7|Yevyjç attribuées à Apollon 1S.
Ces mêmes épithètes ont vraisemblablement conduit à la légende qui fait naître Apollon en Lycie 16, et l'on ajustement remarqué que la Lycie jouait souvent dans la fable le même rôle que le pays des Hyperboréens 17 . Une tradition localisait encore en Lycie une autre aventure.
Après sa délivrance, la déesse vient en Lycie, transportée à Délos. nommée alors Trémi -
lia. Près d’une source ou d’un étang, elle s’arrête afin de boire ou de baigner ses enfants ; les indigènes le lui interdisent ; en punition, elle les transforme en grenouilles18. Ou bien encore ce sont des loups (Xéxot) qui la conduisent aux bords du fleuve Xanthos ; Latone s’y baigne, consacre le fleuve à Apollon, et donne au pays le nom de Lycie19.
Fiagm. 87-bS , Bcrgk 61-05 ; cf.Anthol. lat. éd.Ricse, p. 707 ; Lcbcguc, Ilech. sur clos, p. 1 /9 sq. De là 1 opinion, d’ailleurs démentie par les fails, que l’île ne pouvai être sujet te à des tremblements de terre : lier. VI, 98 ; Time. II, 8, 2 ; Macrob. ,,a jj ^ , Plin. Hist.nat. IV, 66. — 2 Cette signification du mot Ajjlo; a été contespai ick, \eigleich. \\ ürterbuch , 4e éd. p. 69 et 456, qui rattache ce mot à la . . ""!° eui opéenne del, de le = osciller. On a donné une interprétation analogue à
. A^"1’ a " non'so'idc », et à ’Optuyfa, la « tournante » (du thème vert = tourner) ;
. nmann ap. Roschcr's Lexik. art .Leto, 1962. — 3 Hygin. Fab. LUI ; cf. Callim. jmn IV 37 sq ; Apollod. I, 21 ; Serv. Ad Aen. 111, 73 = Mfjthogr. Yat. I, 37 ; II, 17 ;
’ ’ U®t- flac- ad Slat- Theb. IV, 796 ; V, 533 , Ach. I, 206,388. Stern, Ber. der
dans ni “„'18o6’P-32stiq.. explique le nom d'Ortygie par le passage des cailles V e ; Cf' Athcn' 1X- P- 3a2' - 4 Schol. in Callim. Hyrnn. Il, 59 ; cf. Aristoph. Av.
sur ce^rT'Ir ~ S H-Vg- Fab ■ CXL ; Acl- Arist- 0r- 111 (I. 34 Dindorf); cf. O fin J.’0,' 11 6S dSendes, Lebègue, Loc. cit . ; Robert, Jahrbuch, V, p. 215-727 ; voir pPP985 UltC. und3Jythen’ *- P- 523-534, et Gr.Myth. p. 240 sq. Pour la figure 4358, aurait éch J! ’ C Fue aulrc tradition met eu relation Latone et Poséidon : elle Lucian Difl ^ * CCl-le occasiou' Rélos contre Calaurie : Epb. fr. 59 ; cf. encore
Rabe, I, n 37 ' r~ ° îlyper' 3“ éd’ Blass> fl’‘ 07 : syriau- aP- Hermog. éd.
Menand. Rb. L.ÏTv \T“U'J 10 ! Ioann' Sic' Vl’ P' -10 ’ Aristid- b P- 157 ;
P- 37 sq.; Max. Planud. V, 481,
T . A IX’ P- *-2 Walz- On expliquait le nom même d’Athéna Pronoia,
— 1 Cor T°U l°X0U tS|î A’1To0f<; Schol. Aristid. I. c. ; cf. Suid. et Etym. Magn. s. u. P- mser. ait. 1, «73; cf. cependant une autre interprétation dans Paus. I.
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31, 1; Preller-Robcrt, Op. cit. 1, p. 194, n. 5 in fine. — 8 Macrob. Sat. I, 17, 55; Prellcr-Robert, Ibid. — 9 Plut. Pelop. 16 ; De def. orac. 0 ; Stcph. Byz. v. Terj?a.
- 10 Stcph. Byz. Ibid. — u Strab. XIV, 1, 20, p. 639; Tac. Ann. 111, 61.
— 12 Paus. I, 18, 5. — 13 Hecat. fr. 2 (Muller, Fragm. hist. gr: II, p. 386); Diod. Sic. II, 47. — 14 Aristot. Hist. anim. VII, p. 580 A, 17 ; Schol. Apoll. Rh. Il, 123 (Philoslephan. fr. 32); Antig. Caryst. Mirab. 61 ; Aelian. Hist. anim. IV, 4; X, 26 (un loup de bronze fut consacré à Delphes en souvenir de cette légende) ; plut. Quaest. nat. 38; Plin. VIII, 83. — 15 Aux^yevéî, qui se trouve deux fois dans l 'Iliade (IV, 101, 119, dans la bouche du Lycien Pandarosl, n'est sans doute qu'une forme, exigée par le mètre, du mot Auxoytv^;, et doit ctre une interprétation du surnom usuel Aùxtio; ou #4*105, lequel parait être d'origine péloponésienne : cette dernière épithète elle-même a été interprétée par les modernes, soit dans le sens de Xuxoxtovo5 (Wernicke ap. Paulv-Wissowa, Iteal-Encycl. v. Apollon, 59-60), soit dans celui de dieu de la lumière, rac. Vjx, lux : Prellcr-Robert, I, 253 sqq. ; Usener, Goetternamen, p. 198 sqq. — 10 Usener, Ibid. p. 202 sq. ; Schol. ad Hom. Loc. cit.; cf. Etym. Magn. 767, 54; Hesych.s.u. Auxmytvi;; Stcph. Byz. s. c. l'Eyùoa. Particulièrement on le fait naître à Araxa en Lycie : Benndorf et Niemaun, Reisen, I, p. 76, n° 53 b, 1. 14 ; Quint. Stnyru. XI, 21. — 17 Sur l’équivalence du pays hyperboréen et de la Lycie, voir Preller- Robert, I, p. 242 sq. ; sur les rapports de la légende hyperboréenne avec celle de Délos, O. Gruppe, Gr. Mytholog. p. 241. — 18 Ovid. Metam. VI, 313. — 19 Anton. Liber. XXXV. Servius, iuVirg. Georg. I, 378 .(cf. Mytliogr. Vat. I, 10; II, 95), substitue dans cette légende Déméter à Latone.-
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Enfin un autre surnom d'Apollon, celui de ÜTtüoç, suggéra la fable d’après laquelle Latone en couches aurait été effrayée à la vue d'un sanglier; de là l’épithète de rixcux (du verbe -rrroéto, s’effrayer) qu’elle aurait reçue et transmise à son fils *.
Indépendamment de ces récits, tous relatifs à la maternité de la déesse, la légende de Latone comprend encore les deux épisodes de Tityos et de Niobé, tous deux localisés dans la Grèce centrale, le premier en Eubée ou aux environs de Delphes, le second en Béotie. Tityos, Géant né de la Terre, succombe sous les coups d’Apollon et d’Artémis pour avoir voulu faire violence à leur mère2. Dans le second de ces épisodes, les deux Létoïdes jouent un rôle analogue : ils exterminent la descendance de Niobé qui a outragé leur mère dans son orgueil maternel3.
Culte. — Latone avait à Délos un sanctuaire particulier, le Létôon, avec la grossière statue archaïque qui avait rendu le rire à Parméniscos de Métaponte, et un palmier de bronze consacré par Nicias4. Un autre Létôon, à Argos., qui contenait une Latone de Praxitèle, passait pour avoir été fondé par la seule survivante des Niobides, Méliboia ou Chloris, dont on voyait également l’image dans le temple 5. On connaît encore d’autres sanctuaires de Latone : à Décélie en Attique fl, à Amphigéneia en Triphylie 7, à Lété en Macédoine8. Le même culte est très répandu dans tout le sud-ouest de l’Asie Mineure; outre l’aXsoç A^xaiov d’Ortygie près d’Ephèse9, il y avait encore des temples de Latone à Calynda et à Physcos en Carie 10, à OEnoanda en Phrygie à Pergé en Pampbylie 12, à Antiphellos et à Xanthos en Lycie 13, et la popularité de ce culte dans ces parages explique que Latone y fût particulièrement invoquée comme protectrice des tombeaux u. Le temple de Latone à Phaestos en Crète mérite une mention particulière: la déesse y était adorée sous l’épithète de <t»uTtT), qu'on expliquait par une légende. Latone aurait changé le sexe de Leukippos, fille de Lampron et de Galateia, pour répondre aux supplications de la mère, Lampron ayant déclaré que si l’enfant qui naîtrait de lui n’était pas de sexe masculin, il le tuerait : de là le surnom de d* ut t Yj (tjtiç e<pu<7e jj.'/jSea t7) xôpv] 10). Nous connaissons le culte et les fêtes de plusieurs de ces sanctuaires [latonia].
Mais il s’en faut que ces noms épuisent la liste des
1 Tzetz. in Lycophr. 266; cf. Plut. Pelop. IG. — 2 Hom. Ocl. VII, 324; XI, 576; Pinel. Pyth. IV, 90; Apoll. Rhod. I, 759 sq. et Scliol.; Apollod. I, 21 ; Strab. IX, 3, 12, p. 422 sq. ; Virg. Aen. VI, 595 sqq. ; Hyg. Fab. LV. — 3 Hom. II. XXIV, 602 sqq.; lies. fr. 61 Rzach ; Sappho, fr. 31; Pind. IV. 64 sq. ; Aescli. et Sopli. Fragm. trag. gra.ee. 2e éd. Nauck, fr. 155-167, 40J-413 ; Parthen. 33, Ovid. Metam. VI, 146 sqq. ; Apollod. III, 45-47 ; Hyg. Fab. IX et XI. * Strab. X, 5, 2, p. 485; Aristot. Eth. Nie. I, 8; Ovid. Her. XXI, 105; Athen. XIV, p. 614; Plut. Nie. 3. Athénée, citant un extrait de Sémos (XI, p. 502 B), attribue aux Naxiens la consécration du palmier d'airain ; sur cette confusion, voir Homolle, Archives de Vint, sacrée, p. 10, n. 4. - 8 Paus. II, 21, 10. -8 Décret de la phratrie des Üémotionotides, Corp .inscr. att. IV, Suppl. II, 841 b, 123-5= Dittenberger, Syll. 2‘ éd. II, 439, 325 ; Ch. Michel, Rec. d’inscr. gr. 96 1, B G5-67 : |> -rç tejjss -cf, ; Ay;toO?.
— 7 Strab. VIII, 3, 25, p. 349; Steph. Byz. v. ’Aiieiytveioc. — 8 Stcpli. Byz. v. Ai;t»|.
— 9 Strab. XIV, 1, 20, p. 639. — 10 Strab. XIV, 2, 2 eU, p. 651 sq. — l* Bull, de corr. hell. X, p. 234. — 12 Ibid. VII, p. 263, Il sq. — 13 Le Bas-Waddington, Inscr. d’Asie Alin. n» 1273. Pour le Létôon de Xanthos, voir Appian. Mithrid. c. 27 ; Strab. XIV, 3, 6, p. 665. Les ruines de ce sanctuaire ont été décrites par Benndorf-Niemann, Reisen in Lykien, I, p. 118 sqq. (cf. tout le chap. xi). C est le Létôon de Xanthos (jui fut le premier centre de la confédération lycienne : Fougères, De Byciotuni commuai, 1898, p. 12. — 14 Corp. inscr. gr. 4259 (Pinara), 4256 (Patara), 4303 h add. 4303 add. 4303 e 3 add. (Myra); cf. sur cet aspect du caractère de Latone un vers de Timocréon cité par Plut. Them. 21. — 18 Anton. Liber. XVII (d après Nicandros). — 18 Corp. inscr. gr. 2283; Bull, de corr. hell. VI, p. 29, 1. 3-4; cf. p. 142 sqq. ( = Dittenberger, Sylloge, 1" éd. 367); X, p. 462, 1. 26, et p. 465,
108; XIV, p. 500, n. 3. — 17 Bull, de corr. hell. VI, 22, 1. 181 ; 81, n. 1 et 2 ;
localités où Latone était honorée. Elle est associée à ses enfants en un grand nombre de sanctuaires. A Délos, où les témoignages épigraphiques sont particulièrement abondants, on trouve mentionnées dans les inventaires des hiéropes des offrandes consacrées à Latone ellemême 10, des sacrifices pour les autels d’Artémis, d’Apollon et de Latone, auxquels sont associés quelquefois Zeus Soter et Athéna Soteira11 [latonia] ; un très grand nombre de bases de statues portent des dédicaces aux trois divinités réunies18. Cette association de la triade divine se rencontre très fréquemment dans les contrées les plus diverses : en Attique, au cap Zoster, où les pêcheurs sacrifiaient sur les autels des trois divinités 19, à Tanagra et à Cirrha, où elles ont un temple commun 20 ; toutes trois ont leur statue dans les temples d’Abae21, de Délion22, du Ptoon 23, dans l’Héraion d’Olympie 24, dans le double sanctuaire d’Asclépios et de Latone à Mantinée23, dans le temple d’Artémis Orthia sur le mont Lyconé en Arcadie 20, à l’agora de Sparte 21, dans le temple d’Apollon Palatin à Itome 28, sans parler de plusieurs groupes de Latone portant ses enfants que nous aurons à signaler plus loin. Au temple d’Apollon Didyrnéen, chacune d’elles reçoit des offrandes 29. Comme à Délos, leurs noms sont associés dans des dédicaces à Erétrie 30, à Tamynae 31, à Koraza32. En plusieurs localités, elles reçoivent des sacrifices communs33; toutes trois enfin sont invoquées ensemble comme garantie des serments à Delphes 34 et des traités d'alliance entre certaines villes de Crète 33. L’association particulière d’Artémis et de Latone est attestée pour Athènes, où elles ont une prêtresse commune30, et pour Ifalicarnasse37. 11 faut signaler celle de Latone et d’Apollon Hélios Lyerménos en Phrygie38.
Dans la région du Cithéron, et particulièrement ù Platées, le culte de Latone se trouvait associé à celui d’IIéra. Elles partageaient le même temple, y recevaient les mêmes honneurs ; et même c’était à Latone, surnommée Mu^ta ou Nu/tx, que l’on offrait, dans la fête des daidala, les premiers sacrifices 39. Les légendes par lesquelles les anciens expliquaient cet usage ont donné à penser que le culte de Latone, indigène à Platées, a plus tard été supplanté par celui d’IIéra, introduit de l’Eubée 40.
En Asie Mineure, Latone s’est parfois substituée.
XIV, 455, n. 5; 492, n. 5; 495, n. 5; 500, n. 5. — 18 Corp. inscr. gr. 2280, 2282, 2283 add. 2284; Bull, de corr. hell. Il, p. 400 ; III, 151, 156, 160 sq., 364, 367, 373, 381, 470; IV, 217 sq., 222 sq. ; V, 462; VI, 43, 1. 128; 44, 1. 139; VIII, 106, 133, 137, 2; 154, 156; XI, 249, 252, 259 sq., 260, 262, 264, 269 sq. ; XIII, 412; XVI. 150, 157 ; XVIII, 336. — 19 Paus. 1, 31, 1 ; Steph. Byz. s. v. Zuiv/.ç. — 20 Paus. IX, 22, 1 ; X, 37, 8. — 21 Ibid. X, 35 , 4. — 22 Ibid. IX, 20, 1. — 23 Plut. Pelop. 16; Scliol. in Lycophr. 365. — 24 Paus. V, 17, 3. — 23 Ibid. VIII, 9, 1. — 26 Ibid. IL 24, 5. — 27 Ibid. III, 11, 9. — 28 Prop. II, 31. — 20 Corp. inscr. gr. 2852, 2855, 2858 (= Dittenberger, Syll. 170), 1. 34; cf. 2800, col. II, 1. 7; peut-être un Av;ti'jov est-il mentionné à la 1. 9. — 30 ’Eçuui. «s/. 1892, 154, 41 et 42; 157, 52, 160, 54 sq. — 31 Ibid. 160; cf. pour Chalcis, XVelcker, Gr. Goetterl. 1, 530. — 32 Bull, de corr. hell. XII, p. 267. — 33 A Lesbos, sacrifice légendaire d’Achille pour se purifier du meurtre de Thcrsite, Procl. Chvestom. ap. Kinkel, Epie, fragm. p. 33 ; oracle de Dodone in Dem. Mid. 52 ; à Delphes, Bull, de corr. hell. V, p. 164 = Dittenberger, Syll. 233, 1. 54 sqq.; à Rome, aux lectisterncs et dans les jeux séculaires ; Zosim. II, 5, 2. — 34 Formule de serment dans la loi des Amphictyons : Corp. inscr. gr. 1688, 1.8 ; Aesch. in Ctes. 108. — 35 Cauer, Delectus, 2' éd. n»‘ 116, 117, 1. 20 (= Michel, n° 29); 121, 1. 26 (= Corp. inscrgr. 2554, 180 sq. 2555,1. 13 ; Michel, n° 23) ; Mus. ital. di ant. class. I, 145 ; HL 692 ; Corp. inscr. att. II, 549. — 36 Corp. inscr. att. III, 3 76. — 37 Bull- de corr. hell. IV, 398. — 38 Ramsay, The cities and bishopries of Phrygia, I, n° 34; cf. Hogarth, Journ. of hell. stud. 1887, p. 376 sqq., et Ramsay, Ibid. 1889, p. 216 sqq. — 39 Plut. ap. Euseb. Praep. ev. III, p. 83 sqq. = Moralia, éd. Dübner, V, p. 18 ; Paus. IX, 2, 7 ; - 3, 1-4. — « Prellcr-Robert, Gr. Myth. 1, p. 165, n. 4, et 233.
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• si gu’ Artémis, à la Grande Déesse A En Égypte, elle a -té également assimilée à des divinités indigènes. On trouve son nom dans des inscriptions gréco-égyptiennes; le sphinx est son animal familier 2, et Fichneumon lui est consacré3. Hérodote mentionne une divinité égyptienne qui avait un temple et un oracle dans la ville de Bouto,’ appelée quelquefois Lélopolis4; Latone y était considérée comme la nourrice d’Apollon-Horos et d’Artémis-Boubastis, qui sont les enfants d’Osiris (Dionysos) et d’Isis (Déméter). Dans une inscription nubienne, elle est la mère du dieu polyonyme Mandoulis s.
Monuments figurés. — Dès l’époque archaïque, la statuaire avait reproduit l’image de Latone et ses aventures.
Nous avons signalé les anciens simulacres de Délos et d’Ëphèse ; il faut ajouter une Latone que cite Pausanias parmi les très anciennes statues de l’Héraion d’Olympie °. Au dire du pérïégète, c’était une œuvre de Praxias, élève de Calamis, que le fronton de Delphes où figurait Latone en compagnie des Létoïdes et des Muses7. C’est également au ve siècle qu’il convient de rattacher un relief de la collection Baracco, où Latone, assise sur un rocher, ses enfants auprès d’elle, reçoit la prière des adorants8, et le relief consacré parle fils de Baccliios 9. Pour le ive siècle, les textes énumèrent un certain nombre de statues de Latone, soit isolée, soit en groupe, œuvres des grands maîtres.
A Ephèse, Scopas avait représenté la déesse appuyée sur un sceptre, et à ses côtés une Ortygia, nourrice des Létoïdes, tenant les deux enfants dans ses bras10. De Praxitèle, on cite un groupe de Latone et de ses enfants, dans le temple d’Apollon Prostatérios à Mégarc11, reproduit sur une monnaie de cette ville (fig. 4359) 12; puis une Latone groupée avec une petite figure de Chloris dans le Lëtôon d’Argos13, œuvre dont le souvenir s’est également conservé sur des monnaies (fig. 4360) 14 ; enfin un groupe de Latone, Apollon et Artémis, dans un temple de Mantinée13 : on sait que les fouilles de M. Fougères ont découvert trois reliefs qui décoraient la base de cette dernière œuvre 16. Une Latone de Céphisodote le Jeune se trouvait, avec l’Apollon de Scopas et l’Artémis de Timo- 1 éos, clans le temple d’Apollon fondé par Auguste au a afin n. Pline mentionne également une Latone
portant ses deux enfants, œuvre d’Euphranor, au temple de la Concorde à Rome18. Enfin Polyclète, sans doute le Jeune, était l’auteur d’un groupe en marbre des trois divinités, consacré sur le mont Lyconé près de Tégée1'. Peut-être un relief d’une base en marbre de Sorrente nous donne-t-il l’idée de l’un de ces groupes d’apparat exécutés au iv° siècle 20. A l’époque hellénistique ou gréco-romaine, on retrouve encore plusieurs fois la représentation de la triade divine21, en particulier sur une ciste et un miroir étrusques 22.
Les différents épisodes de la légende ont également été traduits par les monuments. Nous avons rapporté la version d’Hygin sur le secours qu’apporte Poséidon à la détresse de Latone avant ses couches; une mosaïque trouvée en Algérie, sur l’emplacement de Portus Magnus (fig. 4358), présente un motif qui concorde d’une manière frappante avec ce récit : Latone, transportée par Borée, est accueillie par Ortygie, tandis que Poséidon tient en respect le serpent Python 23 . Une pyxis en os du musée du Louvre montre Apollon sortant du sein de sa mère en présence de l’ile Délos personnifiée 24. Sur un
relief de marbre, le travail de l’enfantement est en train de s’accomplir : une petite Diane drapée est déjà debout près de Latone, mais Apollon n’est pas encore né 23 . Un certain nombre de vases peints représentent Latone, tenant dans ses bras ses deux enfants, en présence du serpent Python ou fuyant devant lui26 (fig. 4361). C’est également le motif de deux statuettes du musée Torlonia et du Capitole qui s’inspirent peut-être d’un original du ve siècle27, et d’un monument funéraire du musée Chiaramonti 28. Même sujet sur différentes monnaies d’Asie Mineure29. Un miroir étrusque montre les deux enfants tuant le monstre30. L’épisode de Tityos a fourni le motif
Fig. 4300. — Latone cl Chloris.
3 Aeliaii S jJ-’ douin‘ °f hell. stud. 1889, p. 21G sqq. — 2 Corp. inscr. g r. 4/00. - Lalnno lSl' an‘. X’ 't‘ ' ^nlon'mis Liberalis, XX VIII, 3, parle de la métamorphosée «w.-cf *0 ™USaraienc- ~ 4 Hcl'- H. 155 sqq. ; Plut. De le. et Os. 38 ; Stvab. XIII, 8( Y o ' r uPPc' Or. Culte undMyth. I,p.53isq. — $Corp. inter.gr. 5039.— 6 Pau pi. xx 'i6~L H X’ 19, f • — 8 CoU • Baracco , pl. l, p. 41. — 9 Overbeck, Atla An;. 189/ °S,C lei'’ Lcx^c- " ( Beto ', 1975, (ig. 4; cf. un relief de Dresde, Arc.
y aurait eu 'dans lT i'° Stl'ab-,XIV> Gl9- ~ 11 paus. I, 44, 2 : le texte indique qu d’autre part i J eniple, d une part trois statues indépendantes des divinité 12 Imhoof-lJI 1 bIOU1,c dc la m6me triade, toutes ces œuvres du même Praxitèle. • P- 7; Ovcrhpr'l'101/^1 (Tdner’ Numism- comm. on Pausanias, pl. A, x, ir, i, u ~ 14 Imlioof-Ri’ ' Kumtm'Jth- I!I> Münztafel V, 3. - 13 Paus. Il, 21, p. 44, |]g. / J"161’ Ct Gardner> Ibid. pl. K, 36-38 ; Overbeck, Gr. Plast. 4” éd. I
~ 13 Paus. VI,lV’,C<>lll?rT’. HiSt‘ de la sculpt- 9r- Ilj P' 20-’ fiS' 13 p. 543-564; Loch i r> ° ^ oir en dernier lieu Fougères, Mantinée , pl. î-iv Rrop. ni, 285 , A ’ des ét- sr- XI (1899), p. 234 sqq. - n Plin. XXXVI, 2- Werkdes Eunln - ^ v ** Plin‘ XXXIV> T*- Sur le motif, Reisch, Ein vermeint — m Paus. l[ oj 7S,!Up’ 18°3, P’ 30 sqcl' > Oollignon, Sculpt. gr. Il, p. 352 s ~ 20Boem. Mitth IV j IaiiS’ Pul»clète> P- -8> a Pe“sé à Polyclète l’Ancie , p . x a. — 21 Overbeck, Gr. Kunstmyth. 111, p. 259 sqq.
Atlas, pl. xxi, 10 ; Reisch, Gr. Weihgeschenke, p. 26 sq. ; Herrmann, Arch. Ans. 1894, p. 27 ; Fougères, Bull, decorr. hell. XIII, p. 392. — 22 Gerhard, Etr. Spiegel, I, 15-16, 77. — 23 Bev. de l'Afrique franc. II (1884), pl. v, p. 117 ; V (1887), pl. îv, p. 395 (Héron de Villefosse) ; Jahrbuch, V (1890), pl. v ct p. 215 sqq. (C. Robert). On peut comparer le relief d’un sarcophage de la villa Borghèse : Arch. Zeit. 1869, pl. xvi ; Robert, ffennes, XXII, p. 460 sqq.; cf. Jahrbuch, V, p. 220, n. 6. Voir la pyxis en os du Louvre, où la femme portée par un Triton représente Ortygie, l’ile de Délos elle-même, et le couvercle de sarcophage de la villa Borghcse {Mon. Piot, VI, pl. xv, p. 165 et fig. 3). — 24 Monuments Piot, VI, p. 166, pl. xv (H. Graeven). — 23 Ibid., p. 167, fig. 4. — 26 De Witte et Lcnormant, Élite ce ram. II, 1 et 1 A ; Muller-Wieseler, II, 13, 144; Berlin, Vas. 2212; Overbeck, Kunstmyth. III, p. 378, et Atlas, XXI11, 1; Roscher, Lexik. II, 1973, fig. 1.
— 27 Schreibcr, Apollo Pythoktonos, pl. i; Tischbein, Ane. Vas. III, pl. iv; Overbeck, Gr. Plastik, II, p. 172; Kunstmyth. III, p. 572, et Atlas, XXIII, 18; Reisch, Op. cit.\ Hclbig, Führer der ôffentl. Samml. I, p. 316; Roscher, Loc. cit. fig. 2 ; Rcinach, Répcrt. de la statuaire, II, 417, 6 et 7. — 28 Muller-Wieseler, II, 880.
— 29 Schreiber, Ibid. pl. net p. 79 sqq. ; Overbeck, Kunstmyth . III, p. 373 sq. etMünztafel, V, 17-20 ; Roscher, Loc. cit. 1974, fig. 3 ; Catal. of the greek coins Brit. Mus. /onia, 104, 165, 200. — 30Gerhard, Etr. Sp. IV, 291 A ; cf. Anth. Pal. III, 7.
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de plusieurs vases peints 1 . Quant à celui de Niobé, nous nous bornerons à rappeler ici que Latone figure dans plusieurs représentations, mais sans prendre elle-même part à l’action 2. Une peinture d’IIerculanum, copie d’un original attique du iv° siècle, se rapporte à une phase de la légende antérieure au dénouement tragique ; c’est une querelle entre Latone et Niobé, encore jeunes filles, à propos d’une partie d’osselets; une de leurs compagnes, Phœbé, intervient entre elles comme conciliatrice 3 .
On peut signaler encore la présence de Latone sur un assez grand nombre de vases peints à figures noires et à figures rouges, parmi d’autres divinités : elle s’y reconnaît d’ordinaire à la proximité d’Apollon ou d’Artémis, et ne porte guère, comme signes distinctifs, que Vhimation passé sur la tête en guise de voile, et une couronne ou un diadème garni de fleurons ; parfois aussi elle tient un rameau ou une coupe 4. Quelquefois elle assiste, derrière Apollon, à la dispute du trépied5, à la lutte au sujet de la nymphe Marpessa6, au concours entre Apollon et Marsyas7.. Au grand autel de Zeus, à Pergame, elle figure parmi les divinités combattantes, armée d’une torche, qu’elle dirige contre un Géant8.
Interprétation. — Le mythe de Latone est un de ceux qui se prêtent le mieux à une explication naturaliste. On a souvent rattaché le nom de A^toj à une racine Xa9, qui se retrouverait dans les verbes Xvjôw, Xavôctvo», lateo : étymologie contestée il est vrai 9, mais que ses partisans ont défendue contre les critiques10. Latone serait, dans cette hypothèse, une personnification de la nuit (littéralement Y obscure, la receleuse ), ou encore de la terre enveloppée des ténèbres de la nuit. Cette interprétation, déjà donnée par les anciens11, a été de nos jours fréquemment reproduite 12. Max Muller remarque que Léto est la sœur d’ Astérie ou du « ciel étoilé » 13. Délos, le lieu de naissance d’Apollon, est l’orient « clair » ; Ortygie, celui d'Artémis, a son équivalent dans le sanscrit vartikâ , opTu;, la « caille », et celle-ci est un symbole du printemps ou de l’aurore14. L’union de Zeus et de Léto est donc une image de l’union du ciel et de la nuit, qui donne naissance au dieu de la lumière et de l’été, Apollon, lequel est à la fois le soleil diurne et le soleil annuel, les concepts du printemps et du matin étant constamment parallèles dans la vieille mythologie. Plusieurs des détails de lalégende ont été interprétés sui¬
vant cette donnée générale : le palmier (cpoïvtÇ) représenterait la rougeur du matin, etc.15.
On a cherché aussi dans un ordre d’idées tout différent le vrai sens du mythe. Latone serait une déesse de la maternité, de la fécondité heureuse16. Son nom pourrait dériver d’un thème indo-européen, lê , « donner, procurer »n; mais l’hypothèse invoque surtout quelques détails significatifs de la légende et du culte. Latone est avant tout la mère divine, comme Héra est l’épouse par excellence. On l’invoque, dans un épithàlame, comme Koupoxpôcpoç 18. Par là s’expliquent ses accointances avec Ilithyia, et avec Héra, particulièrement dans le culte de Platées, ainsi que son surnom de $utG|, qui est si caractéristique19. La déesse qui procure les naissances heureuses est, par une induction naturelle, la même qui peut tarir la source de la vie, causer l’avortement ou anéantir la descendance : de là le mythe cruel de Niobé. Ce dernier aspect se traduit encore dans le culte d’Argos, où on lui donne pour compagne XXwptç, la « pâle », nommée aussi, comme Perséphone, MeXiêota, la « destructrice »20. F. Durrbach.
LATONIA (Atjtcoix) 1 . — Fêtes en l’honneur de Latone. On a relevé, à l’article latona, les différentes villes oit la déesse avait un sanctuaire, soit particulier, soit en commun avec Apollon et Artémis. Tous ces sanctuaires ont naturellement leur culte et leurs fêtes. Nous avons des renseignements sur quelques-unes de ces fêtes.
A Délos, on offrait dans le courant du Lénaion, le premier mois de l’année, des sacrifices à Apollon, Artémis, Latone, Zeus Soter et Athéna Soteira2 ; à la fin du dernier mois, Posidéon, des sacrifices à Apollon, Artémis et Latone 3 ; au quatrième, Artémision, étaient célébrées les Aijxia et les ’Ap-rspuW 4. Des comptes déliens mentionnent l’achat de pourpre pour l’himation de Latone5; ce détail prouve que, suivant une habitude fréquente des cultes grecs, on renouvelait à l’occasion des fêtes les vêtements et les parures de l'idole sacrée. Aux Létôa, comme aux autres fêles de Délos, le chœur des Déliades participe à l’éclat de la cérémonie 6 : il s’agit du chœur des jeunes filles, habiles aux chants et à la danse, qui sont déjà célébrées par l’hymne homérique7. Les frais du chœur sont supportés, suivant les cas, par différents donateurs, insulaires ou étrangers : c’est en leur nom que les Déliades consacrent, à Latone comme aux autres dieux, des
1 Élite céram. II, 55-57; Monument i, 1850, pl. x-xi; Gerhard, Trinkscli. und Ge . C ; -Eo . 4K. 1883, pl. ni; Overbeck, Atlas, XXIII, 2-8. Ce motif se trouvait déjà sur le trône d’Amyclées, Paus. III, 18, 15, et à Delphes, dans un ex-voto des Cnidiens, Paus. X, II, 1 ; uu fragment de cette dernière œuvre a etc retrouvé : Homollc, Bull, de corr. ' hell. XXI, p. 402. — 2 Ant. Denkm. I, 22 = Roscher, Lexik. art. Niobé, 398, fig. 1 ; cf. Lœschcke, Jahrbuch, II, p. 275 sqq. ; fragment de relief inédit de la villa Albani, Fea-Morcelli-Visconti, 178; cf. Roscher, Lexik., art. Leto , 1979; Latone assise à côté de scs enfants sur un vase de Naples, Heydemann, 3246 ; Ber. der saecbs. Gesellsch. 1875, pl. iv = Roscher, art. Niobé, 407, fig. 6. On a vu encore une Latone ou une Héra dans la déesse assise au haut d'un vase Jatta ; Stark, Niobe pl. Il, p. 153; Heydemann, Berichte, p. 218.— 3 Helbig, U andgemülde, 170 b ; Roscher, art. Leto, 1979, fig. 5; Robert, 2i'“ Hall. Winckelmanns progr. 1897, pl. I. L'étude de Robert, à qui est duc la véritable interprétation, dispense de citer la bibliographie antérieure ; cf. Léchât, Rev. des ét. gr. XI, p. 233 et s. Ce motif était peut-être le sujet d’une pièce de Sappho, dont il reste un vers, fr. 31 ; cf. encore un relief de style attique conservé au musée des Thermes : Savignom, Bull. dell. comm. di Borna, XXV (1897), pl. v = Roscher, art. Niobe, 402, fig. 3 4 Élite céram. II, 23 B, 24, 20 sq. 33 sq. 3G, 30 A, 44; Gerhard, Auser .. Yasenb. I, 20, 21, 25, 20, 28; Monumenti, IX, 17. Au sujet du voile, cf. 1 épithète de Bacchylide, X (XI), Blass, 98 : çoivixoxfaSéjivoto Aa-toü;. — B Overbeck , Ci . Kimstmyth. III, 394 sqq. n°* 17-30. — 6 Id. Ibid., Atlas, XXVI, 6. — Ibid. XXIV, 20 et 25 ; XXV, 5. — 8 Mayer, Gig. und Tit. p. 372 ; Puchstein, Sxtzungsber. d. Berl. Ak. 1888, p. 1232, et Tafel zw. S. 1242; Collignon, Sculpt. gr. Il, 5-0. Cet attribut, que ne prête jamais à la déesse l'art archaïque, autorise peut-êlie à reconnaître une Latone dans une déesse voilée et armée de deux torches, qu ou
voit auprès d’Artémis sur un relief du Vatican [Gigantes, fig. 3502]: Millier- Wicsclcr, H, 848. Latone assiste une fois à la naissance d'Athéna, Monumenti, VI, 5i>, 11 ■ elle fi "lire dans la procession des dieux du vase de Sophilos, Athen. Mitth. XD'i pl. i, etc. — » Curtius, Gr. Etym. 5« éd. 120. — 10 Enmann, ap. Roscher s, Lexik II, 1970, qui combat cette interprétation, admet cependant que l’étymologie traditionnelle ne souffre pas de difficultés péremptoires; cf. Fay, Americ. Journ. »[ philol. XVI, p. 4 ; Max Millier, Nom. études de mythol. trad. Job, 1898, p et en général sur l’application des lois phonétiques aux noms propres, Ibid ■ p. -1"' 317. Vraisemblablement, d'ailleurs, Ar.i» est un diminutif. — H Plut. De Daeda . plat. 3-4; Etym. Magn. 564, 16. Autres étymologies dans Plat. Crat. p. 406 A, <■ Aristot. ap. Tzetz. ad Od. I, 9. — 12 Wclcker, Gr. Goetterl. I, 513; Prellcr, Gr. Mylh. (3« éd.), I, p. 190 ; Max Miiller, Op. cit. p. 100, 378, 490 ; Decharme, Myt"° ' de la Grèce, p. 97.-13 Op. cit. p. 496. - U Ibid. p. 424. - is Decharme, /■<*• cit. — 16 Enmann, l. I. 1967 sq. ; Wernicke, art. Artémis in Pauly-Wissowa. l . 1359, s'est rallié à cette interprétation. — 17 Fick, Wôrterbucli, 4” éd. I, 120. 53"
18 Thcocr. XVIII, 50 : Aa tù |Uv 8ot»i Aat!» xouçotjo<çoî tiiTtxvîocv ; cf. hlsonei ,
Goetternamen, p. 124 sqq. - « Wernicke, Ibid., voit aussi dans l’épithète « M.J/îa (de ,iuxo;, caverne, retraite) une allusion à la protection exercée Par 1,1 sur la grossesse. — 20 Enmann, p. 1970, explique Me>.{8oux par («ktoî, vain, irrillis< et la racine foi qui se retrouve dans ph>s, la « vie ».
LATONIA. l La forme se trouve à Délos : Bull, de corr. be ■
p, 397, L 9 ; comptes de 279, 1, 1. 93. — 2 Ibid. VI, p. 81, n. I ; XIV, P- 49-, "
- 3 Ibid. XIV, p. 495, n. 5. — 4 Ibid. p. 493, n. 8. — 5 Ibid. p. 455, n. • p. 500, n. 5 ; cf. sur l’organisation des fêtes do Délos en général, Ibid. p. 4J»
— 0 Ibid. p. 500 sqq, — 7 Hymn. hom. I, 157.
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offrandes, couronnes, phiales, etc., qui portent le nom
gêüneal inscription d’Hiérapolis mentionne des At|t<6«*
11 L^Létôon de Xanthos fut, par ses fêtes, un des premiers centres d’attraction pour la Lycie tout entière et probablement l’origine de la confédération lycienne \ La fête fédérale annuelle était célébrée alternativement dans plusieurs des villes du Koivôv ; nous voyons qu’elle l’était, en particulier, au Létôon de Xanthos . les piytanes ' des villes voisines participaient aux cérémonies sacrées s. Plus tard on y célébra le culte des empereurs en même temps que celui des dieux nationaux6.
A Phaestos, en Crète, on a vu que Latone est adorée sous l’épithète de a» uti't), qu’on expliquait par la légende de la métamorphose de Leukippos en jeune homme [latona]. On y célébrait, en l’honneur de la déesse, la fête des ’Exoûata, qui commémorait le miracle, parce que la vierge avait dépouillé (i?é Su) ses habits de jeune fille 7. F. Dürrbach.
LATRINA. — Chez les Grecs, "AcpoSoç 1 , açooo; àvocyxatoç2 ,
àvayxaïa3, ànoTta xo;4, ïirvciç 5, Xasocva ou Xaaavov 11 . Le dernier mot, outre le sens de latrines, avait aussi celui de chaise percée7; toutefois, dit Pollux, ce meuble était plus convenablement désigné par le mot otcppoç et par son diminutif StçpGxoç8. La chaise percée était mobile, Tiôsfxsvoç, avaipoégevoç9, ou fixe, crrepeôç10, àxt'vTrproç11. Quant au mot xoTtpwv, auquel on a quelquefois attribué le sens de latrines i2, les textes allégués13 n’établissent pas qu’il ait désigné autre chose qu’un dépôt d’immondices u.
Il est donc établi que les Grecs avaient des latrines et des chaises percées; un des textes précités se rapporte évidemment à une latrine publique13, un autre, plus probablement à une latrine privée 16 ; il semble que, près des temples fréquentés, il y en avait 17. Mais les maisons particulières en étaient-elles généralement pourvues ? Quelle en était l’organisation? Autant de questions ou controversées ou encore insolubles18.
Le mot latin latrina a comme synonymes : forica 19, secessus20, sel/a21, necessarium 22. Quant au mot latrina lui-même, c’est une contraction du mot lavatrina, qui, à une époque ancienne, désignait le bain que, plus tard, on appela balneum23. La lavatrina , dont le nom dérive, on n en peut douter, du mot /avare, était généralement dans la cuisine ou àcôté. C’était une installation simple et primitive ; plus d’une fois, l’eau du bain arrivait boueuse et jaunie par 1 orage récent2'*; mais aussi c’était économique; le
même foyer chauffait le bain et cuisait le repas. Un récipient posé sur le fourneau contenait, tant que celui-ci était allumé, de l’eau toujours chaude, prête à être versée dans la baignoire25. En même temps, l’eau du bain s’écoulait par les mêmes conduits que les eaux ménagères. Quand l’usage des latrines privées s’établit, la même raison les fit placer dans la cuisine ou à côté, parce que la canalisationyétaittouteprête. Et c’esttoutcetensemble qui s’appela d’abord lavatrina , puis latrina ; c’était l’endroit par où s’écoulaient toutes les eaux, toutes les immondices qu’une maison habitée livre quotidiennement à la fosse et à l’égout. Lorsque, au commencement du me siècle av. J.-C., à l’exemple des Grecs, les Romains établirent des bains publics, offrant, à bon marché, le luxe et le confort, le bain privé disparut des intérieurs modestes, les familles riches construisirent dans leurs maisons des bains avec hypocaustes, et la latrine seule resta à la cuisine, conservant le nom emprunté au bain. Il y eut donc trois périodes : le mot lavatrina , latrina , désigna d’abord le bain26 ; puis le bain et la latrine-1, enfin la latrine seule28. Le mot latrina ne fut donc pas créé pour la chose qu’il désigna plus tard, mais il y fut appliqué par extension, et c’est à tort que certains auteurs et lexicographes le font dériver de latere , parce que la latrine est un endroit où l’on se cache29.
Les latrines publiques durent être én usage de bonne heure à Rome. Un texte remontant au ne siècle av. J.-C. y mentionne des urinoirs30, et, d’un autre endroit du même passage, on peut conclure qu il y avait, au forum ou au comitium, non loin du tribunal, un de ces établissements31. Au i^ siècle av. J.-C., Rome s’enrichit d’une nouvelle latrine publique, quand, par décret du sénat, on donna, afin de la déshonorer, cette affectation honteuse à la salle de la curie de Pompée où César avait été frappé 32. Sous Tibère, ce fut un crime de lèse-majesté, puni de la peine capitale, d’aller dans une latrine publique avec une bague dont la pierre gravée représentait l’empereur ou avec des monnaies à son effigie33. Sous Néron, Lucain, jeune encore, lança dans une latrine publique une grossière insulte à l’adresse de l’empereur, mettant en fuite, par la crainte d’être compromis dans une accusation de lèse-majesté, tous les Romains qui s’y trouvaient35. Et, de ce fait que l’historien appelle les fugitifs sessores, on peut conclure que ces latrines avaient, non pas seulement des dalles percées, mais des sièges. Il est permis aussi de leur supposer d’assez vastes dimensions, car Néron y fit jeter les statues de tous les athlètes vainqueurs dont
‘ Bu«. decorr. hell. X, p. 402, 1. 20 ; p. 405, l. 108 ; XIV, p. 500, n. 3, et p. 502. d f N’0^ ™SCr' yraec’ 3910; cf. Eckhel, Doctr, num. vet. IV, p. 452. — 3 Bennor iemann, Reisen, I, p. 53; Fougères, De Lyc. comm. p. 12. — 4Benndorfemann, I, p. 122, n» 92 ; p. 123, n” 90. — B Fougères, Ibid. p. 12. — 0 Fou- ® 71 ' 108 ’ cP- P- HA- — 7 Anton. Liberalis, XVII.
Ec l 1 H‘PPocr. De affect. Kiihn, t. II, p. 403 (Foës, 523, 18) ; Aristoph.
I 23CS" aC' AHien. X, 444 b ; Dio. XL VII, 19 ; cf. Lucian. Hist. ver.
LXXXVtït oian. Hipp. VIII, et Schol. ad. I. «ooSoç ô âxon«T ôç. — 3 Epict. Sent. nf..„ . ’ P' 134 : cf- Diod- IV, 33, XfE;a Cic. De nat. deor. Il, 50 :
Galen "nT~ 4 Aristoph. Acharn. 81 ; cf. Plut. 1184; Ecc. 351, 354 : ànoicatelv ; Plut Ris Tu UI’ 3’ éd‘ Külm’ !• XVI> P- 300 ; Poil. X, 44 (9). — B Aristoph. (Foës 9fii es?c^‘ s‘ ^ — 1 Hippocr. De superf. Kuhn, 1. 1, p. 4G3
__ 8 Pou 1 91>ist°Ph* Proa9- îr. VIII (80) et Phcrec. ap. Poil. X, 44, 45 (9).
- 11 Poil l l 9 Arist0|,h- et Phorec. ap. Poil. I. I. — i0 Artemid. Oneir. II, 20.
n 3 12 Cf’ u A" WillCkler’ Die Wohnhàuser d. Hellen. Berl. 1808, p. 187, Demos th ArisioauT^' Privatalt- 19' “■ »• - 13 Aristoph. Thesmop. 485; rep XLI ■ ri a, ’ W ld' ap' Po11- V’ 91 (u): At,ien- x- 417 plut. Sloic. «*: ”• «• >■ >. *“• «■ Migne. — 14 Cf. A.
— 17 Id. Ibid Tlxi Anllpl1' ap- AUien- x, 444 4. — 16 Aristoph. Plut. 815.
18 HI. Hermann et Winckler, l. I. ■ — 19 Juv. III, 38, et
Schol. ad v. Beaucoup de commentateurs traduisent le mot forica dans ce vers par boutique ; mais, quel que soit le sens que l'on adopte, le fait que le scoliaste, quand même il interpréterait mal Juvénal, explique forica par latrine, prouve que le mot avait aussi cette acception. — 20 Vêtus colloq. gr.-lat. publié à la fin des glossaires : àroîtaxo; y est traduit par secessus ou réciproquement (cf. Forcellini-de Vit, s. v. secessus, 8). — 21 Mart. XI, 98, 12, et Varr. R. rust. I, 13, 4 ; Scrib. Larg. Comp. med. CXCX. Quelques auteurs, trompés par la consonance du mot cacabulus, ont voulu lui donner le sens de latrine ; mais aucun texte n'autorise cette interprétation (cf. Forcellini-de Vit, s. v.). Quant au mot sterquilinium, il correspond exactement à xonj.lv. — 22 Cic. Nat. Deor. II, 56. — 23 Varr. Ling. lat. IX, 68; Lucil. ap. Non. III, 131. — 24 Senec. Epist. LXXXVI, 10. — 25 Varr. Ling. I. V, 118 ; Vitruv. VI, 6, 2. — 26 Varr. ; Non. I. L; Gloss. Philox. Latrina, AOUTÇtü V. 27 piaut. Curcul. IV, 4. 24. .. Ancillam quae latrinam meam lavat ». Les commentateurs traduisent latrinam , les uns bain, les autres latrine ; il est probable que le mot désigne ici tout l'ensemble. — 28 Voir les lexiques, s. v. — 29 Cf. Forcellini-de Vit, s. u. ; Mazocchi, Tabul. Heracl. p. 229, n. 35, qui admettent la dérivation de latere. — 30 C. Titius, ap. Macrob. Sat. II, 12. — 31 Ibid. L'expression employée : judex il minet um, ne suppose pas une latrine complète ; mais il y eu avait, selon toute probabilité. —32 Dio, XLVII, 19. — 33 Suct. Tib. LVIII. — 34 Suet. Lacan.
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la gloire lui portait ombrage *. C’est dans une latrine où il s’était réfugié qu’Elagabale fut mis à mort2.
Ces modestes établissements ne sontmentionnës parles historiens que dans des occasions exceptionnelles, quand ils ont été mêlés par hasard à des événements importants. Aussi le petit nombre de textes que nous venons de citer suffit pour établir que, dès le temps de la République, l'usage des latrines publiques était général à Rome et entié dans les mœurs. Cependant, on n’en a guère trouvé dans les fouilles et travaux de Rome. Il faut probablement attribuer aune latrine publique, ou tout au moins dépendant du camp des Prétoriens, les restes mis au jour rue Magenta, en 1872 3. Probablement aussi les sella e Patroclianae mentionnées par Martial 4 étaient une latrine publique, située dans les environs du temple de Jupiter Capitolin. Quoi qu’il en soit, plus tard, les légionnaires indiquent à Rome 144 ou 154 latrines publiques6.
Les documents sont plus rares encore sur les latrines
privées de Rome. On a trouvé l’emplacemen t de celles de la maison dorée de Néron s. Des fouilles ont ramené au jour, dans un état de con servalion complète, en 1775, celles du palais d’Auguste au Palatin.
Elles ont malheureu sement été recouvertes depuis, mais l’abbé G. A.
G u a 1 1 a n i nous en a laissé une description et un dessin 7 (fig. 4362). La latrine était établie daus une pièce en hémicycle, dont le mur était divisé en trois niches ; dans chacune de ces niches était un siège en marbre, accosté de deux consoles, en marbre aussi, d’un bon travail, formant à la fois séparation et appui pour les mains; la
1 Suet. Nero, XXIV. — 2 Lamprid. Elag. XVII, il est probable qu’il s'agit ici non d’un établissement public, niais d'une latrine privée du palais des Césars.
— 3 Lanciani , Bull. com. t. I, 1872-1873 , p. 243. — 4 Mart. XII, 77, 9.
— 3 I légion . Urb. breviar. p. 26, éd. Urlicli ; cf. Preller, Die Région, p. 30, 31, 234; 0. Gilbert, Gesch. u. Top. d. Stadt Bom, III, p. 292, n. 1. — G Bull, com. I. I. — 7 Borna descritta ed illustrala, t. I, p . 51 , n . 1 1 , pl. xm. Il y a lieu de remarquer que dans Guatlani (2e édit. 1805), par suite d’une erreur, la description de la planche xm est dqnnée dans le texte, p. 51, sous le nuni. 11. Le dessin a été reproduit et la description traduite par H. Deglane, Gaz. arch. 1888, p. 146, 147. — 8 Doinitien fit de grands travaux de constructions et aussi de restaurations sur le Palatin; cette latrine est à l'extrémité de la maison d’Auguste qui touche au palais élevé par Domitien ; sous la maison de Livie, on a trouvé aussi des tuyaux au nom de cet empereur; il est possible qu’il faille lui attribuer une restau-
tablette percée et les conduits étaient également en marbre ; en avant, dans le sol, une vasque peu pro. fonde (1) recevait, par un conduit, de l’eau qui se renouvelait sans cesse; en arrière, un gros tuyau, au nom d’un procurateur de Domitien 8, et plusieurs tuyaux plUs petits, embranchés sur le gros, envoyaient l’eau aux conduits de descente pour les maintenir propres et faciliter l'écoulement. Dans la partie supérieure du mur trois autres niches correspondaient, à titre de simple ornementation, aux niches inférieures; la voûte était en forme de dôme 9. Il existait aussi, à la villa Hadriana, une latrine dont les places, au nombre de sept ou huit, étaient disposées le long d’un mur semi-circulaire; les tubes en terre cuite descendaient, dans l’épaisseur du mur, vers la fosse ou l’égout10. Tout leur revêtement extérieur a disparu11. Les substructions indiquent qu’il y avait des sièges.
Il est probable que les latrines publiques de Rome étaient placées sur les égouts ou communiquaient avec eux; mais on n’en a trouvé aucun indice. Quant aux latrines privées, il est certain qu’elles ne communiquaient pas avec les égouts; une canalisation si considérable, qui aurait intéressé tout le sous-sol de la ville habitée, aurait laissé des traces. Or il n’en existe pas 12. Les fosses (pozzi neri) devaient être nombreuses, quoiqu'on en ait trouvé très peu : une voûtée et sans ouverture,* près de la caserne des Prétoriens13 ; une autre dans les flancs de la colline de Saint-Pierre aux Liens, du côté de la rue Cavour; cette dernière, creusée dans l’argile à une profondeur de 1 m. 64, est large de 2 m. 88 sur 2 m. 40; sa voûte, qui repose sur quatre piliers, avait une ouverture par où se faisait le curage14; elle n’est pas étanche.
Il y avait aussi, dans les rues de Rome, des urinoirs qui étaient disposés dans les ruelles étroites et peu fréquentées [in angiportu) ; il en était au moins ainsi ctu ne siècle av. J.-C. 1R. C’étaient des amphores13, des dolial\ des vases quelconques en terre, testa 18, que l’on coupait quand il y avait lieu, afin de les ramener à une hauteur pratique et auxquels, pour cette raison, on ajoute souvent l’épithète curtus1 9. Les foulons, au métier desquels l’urine était nécessaire, et sans doute aussi les tanneurs qui en faisaient également usage [fullonica, coriarius], étaient autorisés à mettre dans les rues des récipients qu’ils vidaient quand les passants les avaient remplis20. C’est sans doute ce privilège que les foulons achetaient en payant le célèbre impôt sur les urines, établi par Vespasien21.
Dans l’intérieur des maisons, les Romains possédaient aussi des chaises percées, fixes ou mobiles22 : elles étaient appelées lasanum, le scoliaste d’Horace le dit sans réticence23, et, quoiqu’il se trompe dans l’interprétation du passage qu’il commente [lasanum], le mot avait certainement, dans d’autres textes, le sens qu’il lui donne ; on les nommait aussi sella pertusa 24 ; le contexte en eflet
ration de cette latrine. — 9 Cf. Guatlani, l. I. — 10 Nibby, Descriz. délia i Adriana , 1827, p. 32. — n Héliogravure dans Lanciani, The ruins and excave lions of ancient Borne, 1897, p. 32. — 12 Cf. Lanciani, Ibid. p. 81. — 13 com. 1872, p. 244. — 14 Bull. com. 1892, p. 286. — 15 Macrob. Sat. IL i'1 — 16 Id. Ibid. — U Lucret. IV, 1023. — 18 Mart. XII, 48, 8 : Junctaque testa viae. — 19 Lucret. I. I. : dolia curta ; Propcrt. IV, 5, 73 : curto vêtus amph»"1 colla. — 20 Mart. VI, 93, i. — 21 Suet. Vesp. XXIII. C’est l’opinion adoptée |'u Casaubon, ad l. éd. de 1G72, p. 693. Les foulons jouissaient d’aillein"relativement à la voie publique, d’autres privilèges qu’il était juste leur faire payer ; cf. Frontin, De aq. XCIV; Dig. XLIII, 10 X, 44, 45 (9). — 23 Acro ad Ilor. Sat. I, 6, 109-111 : « in quo exoneratur venter » ; Petron. Sat. XLI, XL VIL — 24 Cato, B
de
1 22 Poil-
Lasanum,
vas