‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 7 sur 111 · DAL · texte numérisé non relu

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dington, il ne s’agirait à cet endroit que du prix des pièces d’étoffe destinées aux vêtements ; d’après M. Lépaulle il s’agirait du vêtement confectionné. Les dalmatiques d’hommes les plus chères en laine auraient coûté environ 210 francs, celles des femmes 190 francs; les moins chères ne seraient que de 17 francs.

Les chrétiens adoptèrent la dalmatique. Saint Cyprien de Carthage, conduit au supplice, se dépouille d’abord de son manteau, lacerna byrro 8, puis de sa dalmatique, et ne garde que sa tunique9. 11 ne s’agit pas ici d’un costume ecclésiastique : évêques et prêtres étaient alors vêtus comme les particuliers. D'après le Liber Pontificalis, un peu plus tard Eutychien, évêque de Home (275-283), défendit qu’on ensevelît les corps des martyrs sans dalmatique et sans colobe ; mais le Liber Pontificalis est bien plus récent, et on ne peut déterminer l’origine ni la valeur de ce renseignement10. Au ive siècle, par ordre du pape Silvestre (314-335), la dalmatique serait devenue le costume officiel des diacres à l’Église11, mais ici encore l’autorité du témoignage est incertaine. Ce fut probablement dans le courant du v° siècle que la dalmatique devint un insigne des diacres romains, mais le pape accordait quelquefois le droit de la porter à des clercs d’autres églises 12. 11 serait hors de propos ici de pousser plus loin et de renvoyer aux textes très nombreux des écrivains du moyen âge qui traitent de la dalmatique ecclésiastique 13. L’ancienne dalmatique était du reste portée encore par des laïques au vi°, au vu0 siècle, etc., ainsi que l’attestent certains textes 14 et des monuments tels que les mosaïques, les ivoires, etc.

On faisait des dalmatiques avec divers tissus, soie, lin, mais surtout laine. Quelle était la forme de ce vêtement? Dans l’édit de Dioclétien les mots dalmatica et colobium paraissent employés comme synonymes quand il s’agit du costume viril et M. Waddington croit qu’en effet il n’y avait pas de différence entre ces deux vêtements15. 11 s’appuie sur un passage de saint Épiphane où on lit « SeXga- Ttxà;, ÿjyouv xoXoêicovaç », mais l’ensemble de ce texte manque de précision et d’ailleurs à cet endroit saint Épiphane parle de vêtements juifs qu’il rapproche de vêtements romains 16. Nicétas Choniatès , au commencement du xme siècle, écrit aussi « les dalmatiques qu’on appelle maintenant colobes » 17, mais ce texte de basse époque est de valeur douteuse.

Au contraire, de nombreux témoignages antiques distinguent la dalmatique du colobe. Tandis que Capitolin signale les longues manches du vêtement- dalmate 18, Servius indique que le colobe est sans manches et qu’il appartient à l’ancien costume 19 [tunica]. Aussi Ferrari propose-t-il d’y reconnaître la tunique ordinaire 20. Isidore, il est vrai, reproduisant Servius, ajoute que le colobe aurait été long, ce qui ne convient pas a la tunique. Cassien, décrivant le colobe des moines égyptiens, dit qu’il n’a que de courtes manches qui atteignent à peine le coude 21. Enfin,

8 Sur le Byrrus, cf. Marriott, l. c., p. lvi, note <o. — 8 Acta proconsularia S. Cypriani , c. 5, dans Ruinart. — 10 Lib. Pontifie, éd. Ducliesne, t. I, p. 159.

— H Ib. p. 171 ; cf. avec la Vita Silvestri, dans Combefis, Illustr. martyr, leeil triumphi , 1660, p. 265, qui présente une version différente. — 12 Vita s. Caesarii , c. 4; Greg. Epist. IX, 107 ; Walafrid Strabo, De rebus eccles. c. 6. — 13 Cf. Marriott, Op. cit. pl. lvii et s. — 1* Joan. Diac. Vita s. Grcgor. lib. IV, cap. 84. Cf. Marriott, Op. cit. pl. xiv. — 15 Op. cit. p. 182. — 16 Epiphan. De Haeres. I, 15.

— 17 Thésaurus orthodoxae fidei, I, 39, 1561. Le texte grec de cet ouvrage est encore inédit. Voy. de même un témoignage de Damascène : « tSv SE7.jAaTt*ùiv, {pouv M7.oSii.jv s, cité par Marriott, l. c., p. iv, note ç. — 18 Pertinax , 8. — 19 Serv Ad Aen. IX, 616. — 20 De re vestiaria, III, 8, 9. — 21 De coenob. institut. I, 5.

22 Marquardt, Das Privatleben der Borner, t. I, p. 564, a peut-être tort de ne

dans le passage de la Vita Silvestri indiqué déjà il est dit que les dalmatiques auraient remplacé les colobes afin d’éviter la nudité des bras. En résumé, malgré les obscurités et quelquefois les contradictions des textes, on peut en conclure que la dalmatique différait du colobe par des manches dépassantle coude 22. Dèslors, on peut compléter les renseignements des écrivains par ceux des monuments. Sur les bas-reliefs profanes, les diptyques consulaires, les peintures des catacombes, les sarcophages chrétiens, les miniatures de manuscrits, les mosaïques, la tunique à longues manches et tombant au-dessous des genoux que portent tant de personnages est évidemment la dalmatique. A la fin de l’empire elle s’introduit même dans le costume officiel (voy. p. 1475, ûg. 1906). Les peintures des catacombes (fig. 2288 et 2289) prouvent qu’elle

était ordinairement ornée de deux larges clavi de pourpre 23 [clavus]]. Ce détail est conforme à ce qu’apprennent saint Épiphane et Isidore de Séville r*. Plus tard on vit dans ces bandes de pourpre le symbole du sang du Christ 23. Pour confectionner la dalmatique oh employait sans doute une pièce d’étoffe assez longue pour retomber devant et derrière ; on la pliait en deux et on cousait les bords en laissant libres pour les bras deux ouvertures auxquelles on ajustait les manches faites à part 20 ; enfin on ménageait à mi-liauteur l’ouverture pour la tête. Cet ajustement diffère de celui de la tunique ordinaire, tel que l’a si bien décrit M. Heuzey 21. De curieux vêtements, trouvés dans des nécropoles d’Égypte et récemment acquis par le Musée d’art industriel de Lyon, donnent pour l’époque romaine quelques indications qui peuvent s’appliquer à la dalmatique. Quant aux dalmatiques ecclésiastiques du moyen âge, elles ne peuventfournir beaucoup de renseignements, car l’Église a fait subir à ce vêtement des modifications profondes : les manches ont été remplacées par des épaulières et la dalmatique a été ouverte sur les côtés. En Occident c’est surtout à partir du xirisiècle

point admettre de courtes manches pour le colobe; Gay, Vêtements sacerdotaux, Ann. archéol. de Didron, t. II, p. 153, 163. — 23 Marriott, Op. cit. pl. ux, ne pense pas que sur les dalmatiques ecclésiastiques les clavi aient été nécessairement rouges. Sur les monuments antérieurs à 600, il estime qu’on trouve seulement la dalmatique ornée de bandes noires. Isidore de Séville a pu copier sa notice sur le texte de quelque scholiaste qui ne faisait pas allusion à un vêtement ecclésiastique. — 2; Epiph. I, 15; Isid. Etymol. XIX, 22. V. le texte cité plus haut, note 6. — 25 De divinis offic. c. 40. — 26 Un texte du ix° siècle, Rabanus Maurus, De instit. clericorum , lib. I, cap. 20, indique que le vêtement avait la forme d’une croix. « Haec vestis in modum est crucis facta, et passionis domiui indicium est. » — 27 Annuaire de V Association des études grecques , 1877, p. 270.

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que la forme de la dalmatique est définitivement changée 38 : en Orient le trrot^txptov, que portent les diacres de l’Eglise orthodoxe, rappelle au contraire bien mieux l’ancienne dalmatique 29. G. Bayet.

DAM El A [damia].

DAMIA, Aagi'oc. — Déesse en l’honneur de laquelle on • célébrait des mystères très anciens dans plusieurs villes doriennes, à Trézène, à Épidaure, à Égine, à Tarente, et qu’on retrouve plus tard à Rome, où son nom et son culte, introduits dès les premiers temps de la République, furent assimilés à ceux de bona dea.

Ce culte uni, en Grèce, à celui d’une autre divinité appelée Auxesia, était, disait-on, venu de Crète à Trézène. Là on expliquait l’origine d’une fête nommée litrobolia (la lapidation), en racontant que deux vierges, Damia et Auxesia, arrivant de Crète, avaient été lapidées au milieu d’un tumulte populaire1. Mais cette légende paraît avoir été inventée tardivement. Damia et Auxesia n’étaient que des noms différents de Déméter et de Coré, et leur forme indique assez clairement des divinités de la terre et de la production. Le nom d 'Auxesia dérive certainement d’auljoj; celui de Damia semble n’être qu’une altération de da ma, la terre mère2. A Épidaure, la religion de Damia et Auxesia fut introduite à la suite d’une famine causée par le manqué de pluie. La Pythie consultée prescrivit d’ériger aux deux déesses des statues d’olivier, et les Épidauriens, considérant les oliviers de l’Attique comme les plus sacrés, demandèrent aux Athéniens d’en aller chercher chez eux, ce qui leur fut accordé, à la condition de faire chaque année des présents à Athéna Polias et à Érechthée3. Ces statues furent enlevées par les Éginètes, lorsqu’ils s’affranchirent de la domination d’Épidaure, et à leur tour ils rendirent un culte aux divinités dont ils avaient conquis les images.

Ce que l’on sait des cérémonies par lesquelles on les honorait à Egine et à Épidaure fait comprendre, mieux encore que leurs noms, qu’elles aient été identifiées à Déméter et à Coré. C’étaient des sacrifices, des chœurs des femmes du pays et des orgies mystiques d’où les hommes étaient exclus. Des disputes^ burlesques y avaient lieu analogues aux gephyrismi des Éleusinies 4. Pausanias dit aussi8 qu’on y sacrifiait avec les rites en usage à Éleusis [eleusiota].

On a supposé que les deux figures de femmes drapées, chacune tenant une fleur, qui étaient placées au sommet du fronton du temple de Jupiter à Égine, représentaient Damia et Auxesia 6. On peut voir (t. I, p. 45, fig. 79) les deux statuettes telles qu’elles étaient au moment de leur découverte.

La fête appelée Aocgeia par les Tarentins était sans doute célébrée aussi en l’honneur de la Damia dorienne, et celle-

] ci n’était probablement pas séparée <|’ Auxesia, quoiqu’elle i soit nommée seule dans le lexique d’Hésychius 7.

Lorsque le culte de Damia pénétra chez les Romains, il se confondit avec celui de leur bona dea, qui était comme elle la déesse des femmes et dont le culte était pareillement interdit aux hommes. La déesse romaine fut elle-même appelée Damia, la victime qu’on lui sacrifiait damium et sa prêtresse damiatrix 8. Les cérémonies de ce culte prirent alors un caractère orgiaslique, rappelant les mystères de la Grèce, plutôt qu’elles n’étaient conformes au caractère de l’ancienne religion romaine9. E. Saglio.

DAMIATRIX [damia].

DAMNUM. — Ce mot a deux acceptions en droit romain. Le plus souvent il signifie dommage, comme dans les expressions DAMNUM INFECTUM, DAMNUM INJURIA DATUM J du temps de la loi des xii Tables, le mot rupitiae 1 semble avoir été usité en ce sens. Mais damnum signifie quelquefois aussi condamnation 2. On a conjecturé 3 que, dans cette dernière acception, il avait dû s’appliquer originairement aux peines pécuniaires qui furent substituées aux vengeances privées. Damnum decidere, qui fut employé plus tard dans la formule des actions de vol et de la loi Aquilia4, aurait désigné la transaction entre les parties sur le montant de ces peines [voy. damnum infectum]. P. Baudry.

DAMNUM INFECTUM. — Le droit romain obligeait, conformément à l’équité, le propriétaire d’un immeuble à ne rien faire qui pût nuire au voisin, ou à réparer le dommage que son fait lui aurait causé. Mais le propriétaire pouvait se soustraire aux dommages-intérêts en faisant 1 abandon de l’objet qui avait causé le préjudice ; ainsi, sa maison entraînait-elle en tombant la chute de celle du voisin, les principes généraux lui auraient permis de se libérer en abandonnant les matériaux, qui n’avaient qu’une valeur illusoire. Mais la législation avait de bonne heure prévu ce cas, en permettant à celui que menaçait un dommage imminent ( damnum infectum, id est damnum nondum factum , quod futurum veremur *), de prendre ses précautions à 1 avance. Il est question du dommage imminent dans la loi des xii Tables2, mais on ignore par quelles dispositions elle le prévenait. On sait seulement par Gaius 3 qu’après que les actions de loi eurent été supprimées par la loi Aebutia et les deux lois Julia, elle restèrent encore en vigueur dans le cas qui nous occupe. On ignore de quelle façon on y procédait; mais Gaius ajoute que, de son temps et pour le dommage imminent, « personne ne veut plus employer l’action de la loi, et qu’on préfère obliger son adversaire par la stipulation proposée dans l’édit du prêteur ». La législation prétorienne remonte d’ailleurs plus haut que Gaius, car il en est déjà question dans Cicéron *. Le plaignant citait son adversaire

28 Gay, Gloss, archêol. du moyen âge, s. v. ; Quicherat, Rist. du costume en France, passim; Martigny, Dict. des antiq. chrétiennes, art. Dalmatique-, Smith, Dict. of christ antiq. s. y.; Kraus, Realencylclop. der christl. Alterth. s. v. Kleidung. — 29 BoisseYée, Ueber die Kaiser-Dalmatilca in der Saint- Peterskirche ou Rom, Abhandl. der A/cad. der Wissensch. Munich, t. III, 1843 p. 556 ; Bock, Gesch. des liturgisch. Gewanders , t. I, p. 94; Marriott On cil p. sxxvii. ’ 1

damia. 1 Paus. II, 32, 2. — 2 Schol. Aristid. ad Ilerod. V, 86, p. 230 éd Frommel ; Maury, Relig. de la Grèce, II, p. 377 ; Preller, Griech. Mythol I p ’618 3»ed. 1872; Ahrens, Philol. 23, 207, et Part, ceuki, t. I« de ce Dictionnaire, p Voy. cependant G. Cnrtius, Etymol. 5» éd. p. 492; Welcker, Griech. Gôlterlehre III, p. 131; Peter, dans Roscher, Ausführl. Lexic. der Mythol. I, p. 945. 3Herod! V, 82. — '> Herod. V, 83 ; 0. Muller, Aeginet. p. 170. — 5 II, 30, 5.-6 Blouet' Expedit. de Marée, III, pl. lui; Ch. Garnier, Reo. archéol. 1854; Id Restit du temple de Jupiter à Égine ; Cockerell. Journ. of. sc. und. art t VI -T s û I p. 883; 0. Müller, O. c., p. 171; Welcker, l. e. p. 136. Voy. l'explication' difle-

rente de Meursius, Graecia feriata, p. 80, et de Raoul Rochette, Mém. de numtsmat 1840, p, 239, et Mém. de V Acad, des Inscr., t. XIV, 2» part. p. 406, qui font dériver A*uSia de A^o,-; il s'agirait d’une fête du peuple personnifié,- mais W a aussi le sens de terre, contrée : Hom. Riad. XIV, 437 ; Hesiod. Theog. 971 8 Pa„i Diac. p. 52 Lindemanu; cf. Placid. Gl. p. 451 ; Gloss. Labb. s. u. Damium. - 9 Macrob. Sat. I, 12, 23 ; Cic. De har. resp. V, 8 ; Ad Attic. V, 21, 14 -XV 25 • Pison XXXIX, 95; Mil. XXVII, 72; Plut. Caes. 9 ; Cic. 19. — BiDuoGairmu.’ Hullmann' De origine damii, Bonn, 1828; Motty, De Faune et Fauna s. Bona dea, Berl 1840- Welcker, Griech. Gôtterlehre, III, 130; Maury, Relig. de la Grèce ant. II, p. 378 j ose 1er, Ausfuhrl. Lexicon. der Mythol. aux mots Auxesia , Damia, Bona dea. DAMNUM. 1 Festus, s. V. Rupitia ; Gaius, III, 217. — 2 L. 8, Pr. De poenis, XLVIII, Dig. 19. — 3 Huschke, Gaius, p. 121 ; Rein, Privatrechc der Rômer. p. 744 note l’ — 4 Gaius, IV, 37, 45.

DAMNUM INFECTUM. 1 L. 2, De damn. infect. XXXIX, Dig. 2. - 2 L 5 Ne quxd m toc. public, vel ilinere fiat, XL1II, Dig. 8. - 3 IV, 30, 31, - 4 Ton 4 et In Verr. act. I, lib. I, 56.

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