‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 8 sur 111 · U AM · texte numérisé non relu

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devant le préteur qui lui faisait d’abord prêter serment que la plainte était sérieuse ( non calumnioe causa se postulare) 5 et enjoignait à l’adversaire, au moyen d’un décret, de s’engager par stipulation à réparer le dommage, s’il avait lieu, et de fournir en outre caution pour cela. L’adversaire s’y refusant, d’autres décrets du préteur 6 envoyaient le plaignant en possession de l’édifice dangereux; si l’adversaire s’opposait encore à la prise de possession, le préteur donnait alors au plaignant l’action damni in fecti, qui obligeait l'adversaire récalcitrant à fournir tout de suite les dommages-intérêts, comme si le mal qu’on craignait fût déjà arrivé. Les mêmes dispositions s’appliquaient aux cas où l’on creusait trop près de l’édifice appartenant au voisin, où un arbre agité par le vent étendait ses rameaux sur la propriété mitoyenne, etc. Mais cette législation avait surtout en vue les édifices voisins les uns des autres et elle semble indiquer, à toutes les périodes de l’histoire de Rome, un état de construction assez misérable, où il n’était pas rare de voir des murs et des maisons tomber en ruines sans qu’on prît souci de les réparer. Juvénal constate de son temps le même état de choses7. La tenue des édifices en état constant de réparation est une habitude tout occidentale et moderne; mais peut-être la législation que nous venons de décrire a-t-elle contribué à l’amener. P. Baudky.

DAMNUM INJURIA DATUM. — Il s’agit du dommage causé injustement à autrui. La loi des xii Tables condamnait déjà à le réparer1. Mais cette partie de la législation fut complètement réglée par la loi Aquilia, plébiscite de date incertaine, que les uns placent en 286 et les autres en 181 av. J.-C. Elle avait trois chapitres ou chefs ( capita ), dont le premier décidait que celui qui aurait tué injustement ( injuria ) un esclave ou un quadrupède domestique appartenant à autrui, serait condamné à payer au maître la plus haute valeur que l’objet avait eue dans l’année. Le deuxième chef 2 établissait contre 1 ' adstipulator qui avait fait acceptilation en fraude du stipulateur [acceptilatio, obligatio] une action en réparation du dommage que ce dernier en souffrait3. On a supposé, non sans apparence de raison, que cette poursuite était instituée en faveur des clients contre leurs patrons patriciens qui leur servaient d’adstipulateurs. Ce chef, qui faisait à peu près double emploi avec l’action mandati, tomba en désuétude4. Le troisième chef atteignait tous les genres de dommages causés injustement à autrui par un acte corporel appliqué aux objets lui appartenant, non compris dans le premier chef. Ici l’auteur du dommage n était pas condamné à la plus haute valeur que la chose avait eue dans l’année, mais seulement à celle qu’elle avait eue dans les trente derniers jours. Quant aux dommages causés autrement que par un

5 L. 7, Pr. Dig. fit. cit. — 6 Pellat, De la propriété , p. 102, 2° édit. Paris, 1853.

— 7 Sat. III, v. 193 et suiv. — Bibliographie. C. A. Hesse, De cautione damni infecti , Iéna, 1837, et Cautio damni in fecti , Leipzig, 1838; ’Wydenbrugk, De damni infecti cautione , Iéna, 1838; Schilling, Tnstit. III, p. 83-93, Leipzig, 1834-46 ; Puchta, dans Zeitschrift für Geschichte d. Rechtsioissens , X, p. 211; Vangerow, Pandeci. III, p. 526-548, Marburg, 1851-6; J. Groh, Die Caution wegen Zukunft Schadens, München, 1854; P. E. Huschke, De actionis forma quae in lege Rubria extant, Vratislaw, 1832, et Gaius , Leipzig, 1855, p. 203-242 ; Rein, Das Privatrecht der Rômer , Leipzig, 1858, p. 214 et s. ; Du Caurroy, lnstitutes expliquées , 8° édit. Paris, 1851, II, n° 984; Ortolan, Explic. historique des lnstitutes , 6° édit. Paris, 1858, III, p. 188 et s., n» 1319.

DAMNUM INJURIA DATUM. l Festus, s. v. Rupitias et Sarcito ; Rein, Privatrecht, p. 744, note 2; Gaius, Comm. III, 210. — 2 Gaius, Comm. III, 215, 216.

— 3 V. Rein, O. c. p. 745, note 2. — 4 V. Tnstit. Justin. IV, 3, § 2. — 5 Gaius, Comm.

IV, 171 ; Tnstit. Just. IV, 6, 2G1. Sur toute cette matière, v. Gaius, Tnstit. III, § 210- 219; List. Just. De lege Aquilia, lib. IV, tit. 3; et le Vit. ad leg. Aquil. au Digeste, X,2. V. injuria, culpa , delictum, — Bibliographie. J. Op. den IIoolT, De damno |

acte matériel et direct, par exemple, si l’on avait engagé l’esclave d’autrui à monter dans un arbre et qu’il se fût tué en tombant, la loi Aquilia ne les atteignait pas, mais dans ces circonstances le préteur accorda des actions utiles, à l’exemple de cette loi.

Les actions de la loi Aquilia avaient cela de particulier que le défendeur qui avait nié le délit y encourait la condamnation au double ( inficiando lis crescitin duplum) 6.

P. Baddry.

DAMOSIA. Ot rapt oapocuav. — Nom donné par les Spartiates aux personnes qui composaient ce que nous appellerions aujourd’hui l'état-major des rois de Sparte en temps de guerre L

Les rois, étant de droit commandants en chef de l’armée lacédémonienne, avaient naturellement sous leurs ordres les six polémarques. Pour que ces officiers, lieutenants immédiats du général en chef, fussent toujours à même d’aider le roi de leurs avis et prêts à délibérer en conseil de guerre sur ce qu’exigeaient les circonstances, le législateur avait décidé que les polémarques habiteraient la même tente que le roi et vivraient à sa table. 2

La même décision avait été prise pour les trois citoyens, choisis dans la classe des ojxoïoi, dont la mission était de procurer au roi et aux polémarques toutes les choses nécessaires à la vie et de leur épargner par cela même les soucis qui auraient distrait leur attention des affaires militaires3. Il est permis de croire, avec M. Gilbert4, que c’était l’un de ces ojxotot qui était chargé des fonctions de découpeur des viandes (xpeoiSai'-r,?), fonctions si honorables que les premiers des citoyens, des hommes tels que Lysandre, ne dédaignaient pas de les remplir s.

Les deux éphores, qui accompagnaient les rois dans les expéditions militaires et qui, sans jouer un rôle très actif en apparence, devaient, par une surveillance incessante, maintenir tout le monde dans le devoir r\ étaient aussi probablement commensaux du roi et partageaient sa tente (gucxyivoc) 7 .

A côté de ces grands personnages, il y avait encore, nous disent les historiens anciens, beaucoup d’autres personnes comprises dans la oauocta : des devins, des médecins, des joueurs de flûte, des vainqueurs dans les grands jeux de la Grèce 8. Le cercle normal de la Sapoata était donc assez étendu et le roi pouvait l’étendre encore en appelant qui il voulait à vivre de sa vie. Les ideXoûmoi, que Xénophon cite dans l’énumération des oÎ7t£pi oapoct'av ne doivent pas être, en effet, les premiers venus, qui, de leur autorité privée, se seraient installés sous la tente du roi; ce sont plutôt des compagnons que le roi choisissait librement.

Le plus âgé des membres de la Sciuogîoc avait, s’il faut

injuria dato, Pragest. ad Rhen. 1817; Puchta, Cui'sus institution. 5e édit., Leipzig, 1857, p. 120 et s.; Vollgraff, De lege Aquilia, Marburg, 1820; Rudorff, dans Zeitschrift für Geschichte für Rechtsioissens, XIV, p. 374-399; Huschke, Gains, Leipzig, 1855, p. 104-115 ; Rudorff, Rom. Rechtsgeschichte, Leipzig, 1 857-1859, 1, p. 98 et s. ; II, p. 217; Marcroll, Précis d'un cours de droit privé des Romains, traduct. frauç. par Pellat, 2° éd. Paris, 1852, § 120 et 148 ; Rein, Das Privatrecht der Rumer, Leipzig, 1858, p. 744 et s. ; du Caurroy, lnstitutes expliquées, 8° éd. Paris, 1851,

II, nos 1142 et s.; Ortolan , Explication historique d.es lnstitutes, 6° édit. Paris, 1858,

III, p. 426 et s., n09 1746 et s. ; de Fresquet, Traité de droit romain, Paris, 1855, II, p. 238 et s.

DAMOSIA. i Muller, Die Dorier, III, 12, § 5 ; Gabriel, De magistratibus Lacedaemoniorum, Berlin, 1845, p. 18 et s. — 2 Xenopli., De repub. Lacaedem., XIII,

1. — 3 Xenopli. Eod. Loc. — 4 Handbuch der griechischen Staatsalterthümer ,

I, p. 80, note 3. — 5 Plut., Quaest. sympos., II, 10, § 2. — G Xeuoph., Hellcnic.,

II, 4, 36; De rep. Lac., XIII, 5; Herod., IX, 76. — 7 Smith, Dictionary of Grcelc Antiquilies, s. v. damosia. — 8 Plut., Lycurg., 22. — 9 De repub. Lacedacm. XIII, 7.

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en croire Xénophon, des attributions lactiques, limitées, suivant toute vraisemblance, à l’ordre de marche des devins, des médecins et autres personnes attachées à l’étatmajor du roi. E. Caillemer.

DANAE [perseus, Jupiter].

DANAÏDES, Aava'îûE;, AavatSat. — Les filles de DANAUS, appelées aussi Belides, du nom de Bélus, leur ancêtre1. Elles suivirent leur père, lors de sa fuite d’Égypte, et émigrèrent avec lui en Grèce. Toute leur légende paraît avoir trait à la transformation du pays aride où elles abordèrent en une contrée fertile arrosée par des eaux abondantes.

Aussitôt qu’il est arrivé dans l’Argolide, Danaüs envoie ses filles à la recherche des sources 2. Une d’elles, amymone, rencontre Poséidon et devient son épouse : le dieu fait jaillir pour elle les sources de la campagne deLerne et le fleuve, formé par la réunion de leurs eaux3, porte son nom *. Niobé, Psammate, Physadéia, donnèrent de même , leurs noms à d’autres cours d’eau. La tradition locale rattachait à l’arrivée des Danaïdes l’institution6 du culte de Déméter Thesmophore, l’irrigation de l’Argolide et l’invention de l’agriculture °.

D’après la fable, les fils d’Ægyptus, s’étant mis à la poursuite des Danaïdes, parvinrent jusqu’il Argos et contraignirent leur oncle à leur accorder ses filles en mariage. Danaüs confia au sort le soin de choisir les époux; mais à son instigation les jeunes filles se vengèrent de la violence qu’elles subissaient, en assassinant ceux-ci pendant la nuit des noces. Hypermnestre 7 seule, dont la virginité avait été respectée, épargna son époux Lynkeus. Son père irrité la fit jeter en prison, citer en justice, et elle ne dut son acquittement qu’à la puissante intervention de la deesse Aphrodite, tandis que ses sœurs furent purifiées du meurtre par Hermès et Athéné 8.

Cependant, après leur crime, les Danaïdes ne trouvaient plus aucun prétendant. Leur père pour les marier célébra des jeux où il offrit ses filles comme prix aux vainqueurs9. Dans la suite, les meilleures maisons des Danaens s’honorèrent de descendre de ce mariage des Danaïdes avec des héros grecs, et la tradition populaire, qui tenait Danaüs pour le fondateur des sthenia argiennes 10, rapportait que le premier hyménée avait été chanté à ces secondes noces11. D’après une autre version, Danaüs et ses filles seraient morts sous les coups de Lynkeus, successeur de son beau-père sur le trône d’Argos 12.

Les Danaïdes, au nombre de cinquante, comme les néréides, sont généralement considérées comme les nymphes des sources du pays d’Argos : c’est sans doute par allusion à la nature de ces cours d’eau périodiquement taris par la sécheresse, quelles furent représentées dans des œuvres anciennes tenant des urnes brisées, ou occupées à remplir un vaisseau percé. Cette image d’un travail sans relâche et sans fin fut une de celles que les poètes et les artistes introduisirent dans leurs peintures 13. C’est par leur châtiment que les Danaïdes sont surtout connues dans les temps modernes, mais l’idée de leur supplice est postérieure à la période de formation du mythe. Homère,

DANAÏDES. 1 Ovid. Met. IV, 462; cf. Sen. Herc. (Et., 959. — 2 Apollod. II, 1,4; Ovid. A. Am. I, 73 ; Trist. III, 1, 73. — 3 Strab. VIII, p. 368 et s. ; Apollod’. I. c’.

— 4 Hygin. Fab. 169; Eustath. II. 461. — 6 Plin. H. nat. IV, 5; Callim. E. in l'ail. 47. — G strab. I, p. 23 . VIII, p. 371 ; Eustath. Ad Hom. 350 et 461 ; Plin.

Ilist. nat. VII. 56; Herod. II, 171 ; Plutarcli. De Isid. et Osir. p. 367. 7 Pind

Nem. X, 7 ; Schol. Pind. Pylh. IX, 200 ; Eustath. Ad Dionys. Perieg. 805. — 8 Cf. Hermann, De Aeschyli Danaid. Op11.sc. II, 329 sqq; Paus. II, 20, 5; Horat. Od.

III, 11, 53. —» Pind. Pyth. IX, 111 ; Paus. III, 12, 2; Apollod. II, 1, 5; cf. Herod.

VI, 126. « Plutarch. De mitsica, 26. — Il Ilygiu. Fab. 273. — 12 Schol. Eurip.

ni Hésiode, ni Pindare, ne mentionnent une peine, qui paraît contraster avec la purification faite par les dieux, et le premier auteur chez lequel on en rencontre la trace est Platon14. Polygnote avait peint, dans la lesché de Delphes16, des jeunes femmes tenant des urnes brisées. On retrouve sur plusieurs vases peints figurant le monde des enfers16 les Danaïdes dans la même attitude. Quelques archéologues pensent que Polygnote avait voulu représenter les âmes de ceux qui n’étaient pas initiés (tôjv où u.£gu7]uivwv ) 17 et que l’image des Danaïdes dans les enfers avait la même signification dans les monuments postérieurs. C’est ainsi que Yisconti interprétait un bas-re- Jief 18 ici reproduit (fig. 2290) et Panofka19 expliquant une peinture analogue d’un vase du musée Blacas ajoute que

Fig 2290. — Les Danaïdes.

dons le même bas-relief « la jeune femme qui ne partage point le supplice des autres et qui s’en éloigne au contraire en se dirigeant vers Mercure assis sur un rocher, représente Hypermnestre à qui sa piété valut le sacerdoce dans le temple de Vénus 20. »

Une peinture d’un vase de la collection royale de Munich 21 montre (fig. 2291) les Danaïdes, accomplissant aux enfers leur tâche sans fin. Elles gravissent les flancs d’un vase aux larges flancs (tuôo;) dans lequel elles vident leurs

hydries. Elles sont nues et ailées; cette dernière circonstance vient à l’appui de l’opinion des archéologues qui reconnaissent dans la figure de Danaïdes les âmes des non-initiés. On ne peut reconnaître avec certitude des Danaïdes dans aucune des statues de nymphes ou de jeunes filles portant de l’eau conservées dans les collections. L’une d’elles porte sur sa base le nom d’Anchirrhoé, l’aïeule des filles de Danaüs ; mais cette inscription est actuellement considérée comme moderne 23 . On voyait au temps d’Auguste, sous le portique du temple d’Apollon

Dec. 880 ; Serv. Ad Aen. X, 497. — 13 Ovid. Met. IV, 462; Horat. Od. III, 11, 21 ; Hygin. Fab. 168, 170 ; Serv. Ad Aen. X, 497. — H Plat. Gorg. 493 B; De rep. H, p. 363 D. — la Paus. X, 31. — 16 Mon. ined. de l’Inst. arch. II, pl. 40 ; Arch. Zeit. 1844, pl. xm ; 1870, pl. xxxi. — 17 Paus. I. c. — 18 Mus. Pio Cl. IV, pl. xxxvi . — » Musée Plaças, pl. ix, p. 30; Gerhard, l. c. — 20 p;lUs. III, 19; Hygin. Fab. 168. — 21 Gerhard, A/cad. Abhandl. pl. ix ; lughirami, Pitture di vasi failli, t. II, pl. 135; 0. Jahn, Münch. Vas en , 153; Id. Arch. Beitr&ge , p. 128. — 22 Sur ces figures cf. 0. Jahn, Arch. Aufsàtze, p. 25; Id. Berichte d. Sikhs. Gcsellschaft der Wisscttsch., 1869, p. 5; Couze, Arch. Anzeig. 1864, p. 221.

Fig. 2291. — Les Danaïdes.

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Palatin, à Rome, les statues de Danaüs et de ses filles33.

Celle des cinquante sœurs qui semble avoir le plus fréquemment inspiré les anciens artistes est amymone.

Giraud-Teulon.

DANAKÉ. 'O ou ^ cavcr/v). — Petite monnaie d’argent perse qui commença à être frappée sous les Achéménides et équivalait à peu près à l’obole. De là vint qu’on désignait parfois sous ce nom l’obole déposée dans la bouche des morts et que percevait Cbaron pour admettre les ombres dans sa barque et leur faire traverser le Styx. Suidas définit la dcinaké : « le nom de la monnaie qu’on donnait autrefois aux morts afin qu’ils pussent traverser l’Achéron » ; il appelle aussi cette monnaie, xapxdoova’.L 'Etymologicon magnum dit que c’est « une monnaie barbare . ((kpêapocôv) plus grande que l’obole 2 ». Hésychius donne la même définition et cite la demi-danaké (djfiiSavdxv) et djaioxvâxcov) 3. Pollux précise davantage en disant que la danaké est une monnaie perse4. D’après Brandis 6 et Hultsch G, la <7avdzv] est la trente-deuxième partie du double sicle syrien ou octodrachme des Achéménides. L’octodrachme étant de 28gr,04, la danaké pèse 0çr,90, c’est-à-dire équivaut à une obole attique. La plus petite monnaie qu’on ait frappée dans l’empire perse, l’vjpiSavdxtov,pèse 0gr,4S ; la pièce de lgr,87 est la double danaké.

On continua, même après la domination d’Alexandre, à désigner sous le nom de Sa vâxïj, l’obole frappée dans les pays asiatiques, et particulièrement à Antioche. Bien plus, le nom de oavdxr] a persisté jusqu’au moyen âge dans l’arabe daneq et le persan daneh, et il a formé le néosanscrit tanka 7. Chez les Arabes et les Persans, le daneq est un poids monétaire : Makrizi l’estime à huit grains et demi d’orge barbelé et non écossé 8; d’autres auteurs arabes l’évaluent à 2/3 d’obole ou 1/6 de derham, c’est-àdire à 0gr, 55175 environ9. E. Babelon.

DANAUS, Aavaoç. — Ancêtre mythique des Danaens et personnification d’une peuplade que la tradition faisait venir de Libye, établie en Grèce à l’époque pélasgique et qui se fondit avec les Argiviens primitifs1. Au temps d’Homère, le nom de Danaens s’était déjà étendu de ceux-ci à tous les peuples grecs 2. Chez les écrivains postérieurs, grecs ou romains, on le trouve employé comme le synonyme de 'EaXï.vsç ou de Graeci. Danaüs était, d’après la fable, fils de Bélus et d’Anchirroé, petit-fils de Poséidon et de Libya, frère d’Ægyptus et père des cinquante danaïdes. Chassé par son frère, il émigra3, aborda premièrement à Rhodes, où il fut toujours honoré par la colonie Argienne de Lindos comme fondateur du culte d’Athéna Lindia 4. Là, instruit par Athéné, il construisit le premier navire à cinquante rames, avec lequel il fit voile vers le Péloponèse 6. Il prit terre près de Lerne, dans un endroit nommé depuis Apobalhmi en mémoire de l’événement, et vint enfin à Argos d’où il expulsa le roi Gélanor 6. D’après le récit populaire, les deux rois ayant résolu de remettre au peuple le soin de décider entre eux, on vit, le matin même du jour où il devait se prononcer, un

23 Prop. 2, 31 ; 1, 4; Ovid. Am. II, 2. 3; A. Am. I, 73 ; Trial. III, i, 60. DANAKÉ. 1 Suidas, s. v. SavàxYj et xaç>xâ£ova. — 2 Elym. mag. éd. Gaisford, 5. v. p. 247, 41. — 3 Hesych. s. v. — 4 Pollux, IX, 82. — S Brandis, Bas Münz-Mass und G ewicht. System, p. 234 et s. — fi Hultsch, Griechische und rômische Métrologie ,

2° éd. p. 592 et s. — 7 Oppert, dans le Journal asiatique , 1874, VIIe série, t. IV, p. 484. — 8 Makrizi, Historia monetae arabicae (texte arabe), Rostock, 1784, p. 74 de la traduction. — 9 H. Sauvaire, Numismatique et métrologie musulmanes , dans le Journal asiatique , 1884, VIIIe série, t. III, p. 422.

DANAUS. 1 Eurip. Orest. 933. — 2 Strab. VIII. p. 340. — 3 Ilerod. II, 91 ; Clem.

loup se précipiter sur les troupeaux paissant hors des murs de la ville et étrangler le taureau qui en était le chef. On y reconnut l’image des deux rois et un signe de la protection accordée à l’étranger par Apollon Lycien. Danaüs fonda en l’honneur de ce dieu un temple, dans lequel on conserva longtemps une sculpture de style archaïque représentant le fait qui vient d’être raconté 7. Il est rappelé sur les monnaies d’Argos soit par l’image d’un taureau et d’un loup combattant, soit par celle d’un loup vu à mi-corps8 qui serait Apollon Lycien, ou Danaüs fondateur de son culte; sur d’autres on voit d’un côté la tête d’Apollon et de l’autre un loup courant ou une tête de loup °.

La tradition attribuait encore à Danaüs la fondation de l’acropole d’Argos10. On faisait également remonter jusqu'à lui 1 invention de l’agriculture dans ce pays [danaïdes11]. Au temps de Pausanias on montrait son tombeau dans l’agora d’Argos 12 tandis qu’à Delphes on lui avait élevé une statue, à côté de celles de sa fille Hypermnestre et de Lynkeus, son gendre 13, qui lui succéda. Giraud-Téüeon.

DANEION [foenus].

DAPHNEPIIORIA. — Fêtes célébrées dans quelques sanctuaires de la Grèce en l’honneur d’Apollon Daphnéphore, ou porteur de laurier.

C’est à Delphes qu’avait lieu la plus importante Daphnéphorie. Suivant Plutarque1 et Élien2, elle fut instituée en souvenir du voyage qu’Apollon fit à Tempé, par ordre de Zeus, pour se purifier d’avoir tué le serpent Python, gardien de Delphes. Le dieu, ayant sur la tête une couronne, à la main droite un rameau du laurier sacré de Tempé, revint à Delphes pour prendre possession de l’oracle et du sanctuaire. De là l’épithète de Daphnéphoros ou Daphnéphorios qui lui est souvent donnée. A Tempé, au lieu même où Apollon s’était couronné et avait coupé la branche de laurier, il y avait un autel. Tous les neuf ans, les Delphiens envoyaient à Tempé une théorie d’enfants nobles, dont l’un, l’Archidaphnéphore, conduisait les autres. Après avoir accompli sur l’autel un pompeux sacrifice, ils tressaient des couronnes, coupaient des rameaux du laurier sacré et revenaient à Delphes en grande pompe. La voie qu’ils suivaient, et dont les étapes étaient régulièrement fixées, était la même qu’avait suivie Apollon Daphnéphoros, la voie Pythias, à travers les pays des Thessaliens, des Pélagoniens, des OEtéens, des OEnianes, des Méliens, des Doriens, des Locriens-Hespériens. Sur leur passage, les populations leur faisaient cortège avec une grande vénération. La Daphnéphorie delphique n’était qu’un épisode de la fête appelée septérion, et que Plutarque nous explique 3 comme « une représentation du combat d’Apollon avec Python, et de la fuite à Tempé du dieu exilé après ce combat ». La daphnéphorie delphique se rattache donc au mythe d’Apollon dieu solaire. On sait, en effet, que c’est par les phénomènes solaires du jour, de la nuit et des saisons que s’expliquent la mort du serpent Python et l’exil d’Apollon en Thessalie. La période de neuf ans qui sépa-

Al. Slrom. IV, p. 688 P. — i Paus. II, 37, 2; Apollod. II, i. 4; Diod. V, 58. — 6 Paus. II, 38, 4. — 6 Paus. II, 19, 3. — 7 Paus. II, 19, 6. — 8 Imhof-Blümner, Bôotien und Argos , p. 55, n. 17. — 9 Mionuet, Bescr. de mèd. antiq. t. II, p. 229, pl. ^6, n° 1 ; Eckhel, Boctr. num. 286. — Greuzer-Guigniaut. Relig. de l'antiquité , II, p. 107, 159, 598, 683; t. III, p. 335; Guigniaut, Nouv. galerie mxjtli. n° 605 a;

— 10 Paus. II, 19, 2, 3 ; Iiygin. Fab. 170. — H Herod. Il, 171 ; Strab. I, p. 23 ; VIII, p. 371. — 12 Paus. II, 20, 4; Strab. VIII, 371. — I3 Paus. X, 10, 2.

DAPllNiiPllORIA. 1 Plut. Quaest. grâce. 12. — 2 Aelian. Hist. var . III, 1.

— 3 Plut. I. I.

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rait deux -célébrations consécutives de la Daphnéphorie a même porté 0. Muller'' à croire que la fête avait un caractère plus précis et un véritable sens chronologique.

Celte interprétation semble confirmée par l’histoire et les rites de la Daphnéphorie thébaine. Apollon avait, près de T bel) es, un temple où il était honoré sous le nom d’Isménios s. Ce nom, d’après Pausanias, venait du fleuve ’lapivioç, qui coulait près du sanctuaire. Peut-être faut -il croire au contraire que l’épithète est passée du dieu au fleuve, et attribuer quelque importance au radical pvjv, mois. Quoi qu’il en soit, voici le récit de la fete, appelée Daphnéphorie, qu’on célébrait en ce lieu 6 : « En Béotie, tous les neuf ans, à l’époque où ils vont couper les lauriers d’Apollon, ses prêtres honorent le dieu d’un chœur de jeunes filles. En voici le motif. Les QEtiens qui habi= taient Arné et les environs, ayant émigré, sur l’ordre d’un oracle, assiégèrent Tbèbes. Comme les deux partis avaient à célébrer une fête d’Apollon qui leur était commune, ils conclurent un armistice, et, ayant coupé des lauriers, les uns sur l’Hélicon, les autres près du fleuve Mêlas, ils les offrirent à Apollon. Or, Polématas, le chef des Béotiens, eut un songe, où il lui sembla qu’une jeune fille lui donnait une panoplie et lui ordonnait de célébrer tous les neuf ans une Daphnéphorie en l’honneur d’Apollon. Trois jours après il était vainqueur des ennemis. Il célébra lui-même une Daphnéphorie, et depuis lors la coutume s’en est perpétuée. Voici en quoi consiste cette Daphnéphorie. On couronne une branche d’olivier avec du laurier et des fleurs, et à la pointe, on fixe une boule de cuivre d’où pendent d’autres boules plus petites. Au milieu de la branche on a enfilé une boule plus petite que celle de la pointe, à laquelle on adapte des bandelettes de pourpre; l’autre extrémité de la branche est enveloppée d’étoffe légère couleur de safran (xpt.xwro'ç) . Un enfant, ayant encore son père et sa mère, conduit la Daphnéphorie, et celui qui est son plus proche parent porte la branche couronnée qu’on appelle xwto»; le Daphnéphore le suit, en touchant le laurier, les cheveux dénoués, ceint d’une couronne d’or, vêtu jusqu’aux pieds d’une riche tunique, chaussé de bottines (îyixpaTiSsç). Le chœur de vierges suit, élevant des rameaux et chantant des hymnes. » Pausanias 7 donne quelques détails de plus sur cette fête qui était encore célébrée de son temps. Il fallait que le jeune Daphnéphore fût noble, beau et fort; il consacrait à Apollon un trépied de bronze. Le plus ancien de ces ex-voto vu par Pausanias est celui qu’Amphitryon, suivant la légende, consacra en souvenir de la Daphnéphorie d’Héraclès. D’après Proclus, la Daphnéphorie était célébrée en l’honneur d’Apollon Xa)iâi;io<; ou raf.âijio;, en même temps qu’en l’honneur d’Apollon ’lag-ijvtoç. Apollon Chalaxios avait un temple surl’Hélicon. Le même auteur nous explique ce que signifiait la xmtuo ; « la sphère supérieure est le soleil, par lequel on représente Apollon ; celle du dessous est la lune ; les autres sont les planètes et les étoiles; les bandelettes représentent la course annuelle du soleil (c’est-à-dire les jours); il y en a 36a ». D’après cette explication, il n’y aurait pas à hésiter sur le sens de laDaphnéphorie thébaine. Ses rites, non moins que la période de neuf ans qui en séparait les retours, rattachent cette fête à celle de Delphes.

4 0. Muller, Orchom. p. 215, 386-90. — 6 Pnusan. IX, 10. - 6 procl. ap. Phot. Biblioth. p. 998. — 7 Pnusan. IX, 10. — 8 Boeckh, ad Pind. Fraqm. 589. 9 c. I. G. 1595, 1596, 1597. — 10 Ib. 1766. — U Athen. X, 24. — 12 procl. ad Ilesiod. Op. etdics, T67 ; Boetticher, Baumkultus der Bellenen, p. 390. — 13 PUUs. X, 32 6 — WSlrab'

On sait, toujours par Proclus, que les hymnes chantés par les chœurs de jeunes filles avaient un caractère très particulier et portaient le nom de Daphnèphorika. Trois des six livres d’odes de Pindare, connus sous le nom de I lotpOevixd se composaient de Saivr^oftxd 9. Alcman, Alcée, Simonide, en écrivirent comme Pindare. On dit que Pindare composa un chant Daphnéphorique pour son fils Deïphantès, ce qui tendrait à prouver que Proclus a trop restreint le sens du mot.

Les inscriptions de Chéronée mentionnent le culte d’Apollon Aaivr,pdpo; associé à celui d’Arléinis 2o<»57vx 9; mais on ne connaît aucun détail de Daphnéphorie locale. Une inscription de Thessalie mentionne un personnage portant le titre de c’est-à-dire d’fc/i-

êax.v/l'pdpoç ’°.

Enfin, Athénée 10 nous a conservé un passage de Théophraste (rapl McOy)ç), où il est question d’un AaivripopEtov, ou temple d’Apollon Daphnéphoros au dème de Phlyeis. Un tableau y était conservé, représentant des danses autour du temple d’Apollon Délien. Il est probable, d’après quelques mots de ce passage, qu’un épisode de la fête des Thargélies était une vraie Daphnéphorie.

Nous savons d’ailleurs d’une façon certaine que pendant la semaine qui était tout entière consacrée à Apollon (mois Pyanepsion et Thargelion), les Athéniens, à côté d’autres cérémonies, célébraient une Daphnéphorie ; c’était, comme celles de Delphes et de Tbèbes, une fête purificatoire 12 .

On peut considérer aussi comme une Daphnéphorie la fête que célébraient les Magnêtes à Hylce, sur les bords du fleuve Léthaios; des « hommes sacrés » àvSpsç lepoi, allaient dans la montagne arracher de jeunes arbres, très probablement des lauriers, et les rapportaient en grande pompe pour les planter devant une grotte où se trouvait une idole d’Apollon ,3.

Strabon mentionne, des Dendrophories en l’honneur d’Apollon, c’est-à-dire des processions où l’on portait des arbres, qui sans nul doute étaient des lauriers. Ainsi est attesté qu’il y avait des rapports étroits entre les Daphnéphories d’Apollon et les Dendrophories en l’honneur d’autres divinités helléniques, Dionysos, Hécate, les Muses et surtout Déméter14 [dendrophoria].

La légende célèbre de l’amour d’Apollon pour la jeune Daphné, qui, déjà saisie entre les bras du dieu qu’elle fuyait, lui échappe grâce à sa subite et gracieuse métamorphose en laurier, ne semble pas avoir de rapport direct avec les Daphnépbories. Cependant ce mythe se rapporte bien à la conception et au culte d’Apollon dieu solaire, si l’on accepte, avec Max Millier, que Daphné soit la personnification de l’aurore fuyant le soleil levant et mourant des premières atteintes de ses rayons ,5.

Les représentations d Apollon Daphnéphoros sont très fréquentes16, mais dans la plupart d’entre elles la couronne ou la branche de lauriers servent seulement à désigner le dieu, sans qu il soit fait allusion à une Daphnéphorie proprement dite. Il est d’ailleurs difficile d établir que telle ou telle cérémonie soit vraiment une Daphnéphorie, car dans la plupart des représentations figurées, c est Apollon lui-même qui porte le laurier11,

X, 3, 10. — « Max Millier, Mythol. camp. trad. G. Perrot, p. 116-120; Dechnrme, Mythol. grec. p. 98. 10 Lenormant et de Witte. Elite des mon. cèramogr . Il,

pl. vi A ; xiv, xix, xxi, lxi, lxii, lxvi, lxxvi A, lxxix, lxxxviii A, cvi, cviii. — 17 Ibid. pl. cviii, cf. pl. cvi, cvu.

tandis que dans les Daphnéphories, l’arbre sacré était porté par des dévots ou par des prêtres. P. Paris.

DARDANARII. — On appelait ainsi, en droit romain, tous ceux qui, par leurs actes, opéraient une rareté artificielle et, par conséquent, une hausse factice dans le prix des denrées. Quant au délit en lui-rnême, les interprètes modernes le nomment dardanariatus L L’étymologie de dardanarius est assez obscure. Turnèbe2 croit qu’on a tiré ce nom de Dardanus, célèbre magicien, parce que le peuple croyait à la possibilité d’anéantir les récoltes dans les greniers, au moyen de manœuvres magiques ou de sortilèges, ou de tromper l’acheteur dans le mesurage. Du reste, on nommait aussi les dardanarii, pantapolae, cociatores, arillalores 3. n>vTa7cw.Xr,ç est le nom grec des accapareurs, comme nous l'apprend la Novelle V de Valentinien 111 ", intitulée De pantapolis ad Urbem Romam revocandis. Mais 1 expression dardanarii était la plus usitée; elle est employée par Ulpien s.

Il paraît que, dans les premiers temps, les manœuvres des dardanarii étaient punies d’une amende parles édiles, ou par le peuple, sans doute en vertu d’une loi spéciale, à laquelle Plaute fait allusion0. Tite-Live1 mentionne également une peine pécuniaire prononcée contre les frumentarii, ob annonam compressam. Nous ne trouvons pas d autres traces de ce délit jusqu’à la loi Julia de annona (on ne sait si elle appartient à César ou à Auguste). Elle embrassait dans sa généralité l’infraction des dardanarii , entant qu’ils se seraient rendus coupables de manœuvres frauduleuses tendant à la hausse des prix des céréales, annonam attentare ou vexare 8. Cette loi fait l’objet d’un titre spécial au Digeste9, De lege Julia de annona. Ulpien nous dit 10 qu’elle punit quiconque a fait des actes contraires à l’approvisionnement du blé ( contra annonam fecit) ou formé une société à cet effet, et celui qui, dans ce but, a détourné ou fait retenir des navires ou des matelots. La peine consistait dans une amende de 20 aurei. Plus tard, on vit que les abus en cette matière devenaient plus graves et plus dangereux et, pour les réprimer, des constitutions impériales ordonnèrent aux magistrats, et notamment au proconsul, de statuer extra ordinem , en dehors du judictum tublicum institué par la loi Julia, contre ceux qui annonam vexant ou adtenlant, et même contre les accapareurs de toute sorte de marchandises : ne dardanarii ullius mercis sint. Ainsi ces peines atteignaient, par exemple, ceux qui supprimaient des marchandises après les avoir achetées, et les riches qui refusaient de vendre leurs fruits à des prix équitables, attendant d’une mauvaise récolte un bénéfice plus élevé 11 . Quelquefois les marchands employaient, pour accroître leurs gains, des mesures ou des poids faux, slaterae adulterinae. Un édit de Trajan leur appliqua la peine de la loi Cornelia de f'alsis 12. Quant aux dardanarii proprement dits, leur châtiment variait; quelquefois on les frappait d’interdiction de commerce; souvent on les reléguait, ou s’ils étaient de basse condition, on les condamnait aux travaux pu¬

blics. Plusieurs empereurs, afin d’assurer la répression du dardanariatus, permirent aux femmes et aux militaires de se porter accusateurs en cette matière, et même aux esclaves contre leurs maîtres13. L’empereur Zénon publia une constitution tendant à punir spécialement le concert formé par plusieurs négociants ou propriétaires pour ne vendre des marchandises qu’à un prix déterminé ; ce qui offre la plus grande affinité avec le dardanariatus. La peine était au maximum la confiscation etl’exil perpétuel u. Souvent, les empereurs, cédant aux clameurs populaires, avaient exilé de Rome les négociants en grains, violence anliéconomique et dont le résultat, comme toutes les mesures antiiibérales en cette matière, a toujours été d’amener la hausse et la famine. La Novelle V de Valentinien, citée plus haut, a précisément pour but de ramener à Rome les pantapolae, afin d’y rétablir l’abondance 1 G. Humbert.

DARICUS, AafEixoç, sous-entendu axcm-p. — Tel est le nom que les Grecs donnaient à la monnaie d’or royale des Perses, monnaie de forme allongée et irrégulière, portant au droit la figure du roi en costume d’archer et au revers un carré creux (fig. 2292). C’est à ce type que faisait allusion Agésilas, rappelé d’Asie à Sparte par la guerre entre les Athéniens et les Lacédémoniens, lorsqu’il disait que 30,000 archers envoyés par le Grand Roi à Athènes l’avaient chassé de l’Asie1.

La darique d’or était exactement du même poids que le statère attique. Harpocration, Pollux et Héron d’Alexandrie 1 attestent, et leur rapport est confirmé par les nombreux monuments de cette espèce qui sont parvenus jusqu’à nous, lesquels pèsent tous environ 8Br,57G. La monnaie d’argent royale des Perses était taillée sur un autre poids, puisque l’unité en était, d’après le témoignage des monuments eux-mèmes, la drachme babylonienne de 56r,500. Mais,

ainsi que l’a judicieusement remarqué M. Vasquez Queypo*, celte différence de poids était calculée pour produire un rapport exact de valeur; car, avec la proportion treizième qui existait entre la valeur de l'argent et celle de l’or dans l’empire des Achéménides [moneta], une darique d'or au poids du statère attique correspondait à 20 drachmes d’argent de poids babylonien [drachma, siclus].

Les émissions de monnaies d’or faites par les rois de Perse ont presque toutes consisté en dariques simples. Cependant il existe dans les collections quelques doubles dariques, fort rares, frappées toutes sous Artaxerxe Longue-Main3, et quelques demi-dariques *, encore plus rares, fabriquées également à la même époque.

Il est souvent question des dariques chez les écrivains grecs5, qui tous vantent avec raison la belle qualité du métal et l’exactitude du poids de ces pièces. Les témoignages littéraires et les inscriptions 6 prouvent qu’entre l’époque des guerres Médiques et le règne d’Alexandre cette monnaie formait une notable partie de la masse de

RARRAiVARîl. 1 Rein, Das crimin. Recht dcr Rômer , Leipzig, 1844-, p. 829.

— 2 Adv. IX, 17. — - 3 Gloss. Iat. gr. : « dardanarius, -avTu-iblr.ç, itavTGgeTàSoW, e-.T'jj'.àiïïiT.o; » ; Gl. gr. Iat. « i(mâ6o7o;, dardanarius, sociator, arillafor ». Cujas, Ob~ sert). X, 19; Polhier, Pandect. XLVlII, H, n” 5. — * Éd. Haenel, p. 142. — S L. 6, Dig. De extraord. crimin. XLVH, H, et par Paul, 1. 37, D. De pœnis, XL VIII, 19. ■ — B Captio. III, 1, 32 et s. — 7 XXXVIII, 35. — 8 L. 6, pr. Dig. De extr. crim.

— » XLVIII, 12. — 10 L. 2, h. lit.— « Ulp. 1. G pr. h. t. L. 3, De stell. XLVII, 20. — 12 L. 6, g I, A, L — 13 L. 1 et 3, Dig. De loge Julia de annona. Cf. 1. 1 et 5, Dig. De accus. XL\ III, 2. — U L. unie. cod. De monop. IV, 59. — Bibliographie. Platner, Quaistiones de jure criminum, Marburg, 1842, p. 229 et 322; Rein, Das criminal

Recht dcr Rômer, Leipzig, 1844, p. 829 ; Walter, Rôm. Rechtsgeschite. II, n° S 13, 3'éd., Bonn., 1800 ; RuAorïï, Rôm. Rcchts Geschichte, Leipzig, 1857-9, II, p. 395, note!

DARICUS. 1 Plut. Apopht, lac. 40, — 2 Essai sur les syst. métriques et mon. des anciens peuples, t. I, p. 289-305. — 3 Ch. Lenormant, Rec. num. 1856, p. 16. — 4 L’hémi-darique est mentionnée par Xénopbon, Anabas. I, 3, 21. — 6 V. entre autres exemples : Herodot. VII, 28; ThucyaL VII, 28; Aristoph. Ecclesias. v. 602; Xenoph. Anabas. I, 1, 9; I, 3, 3; I, 7, 18 ; Demostb. Adv. Timocr. p. 741 ; Plut. Cimon, 10 ; Apopht. lac. 40 ; Aman. Exp. Alex. IV, 18, H ; Diod. Sic. XVII, 66 ; Pollux, VII, 98; Alciphr. I, 5; Tzetz. Hist. I, 928. — 6 Corp. inscr. gr. nos 1511 et 1571; Rb ingabé, Ant. hellén. u» 11-25; ’Rsr.iiijSj àfZaio7u>prij, n"“ 3368, 3369 et 4081

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