F. CHA VANNES
ERICIUS. — Hérisson, machine de guerre formée par des poutres armées de pointes de fer, qui servaient à défendre les approches d’une ville ou d un camp contre la cavalerie. Ce sont nos chevaux de frise1. De la Berge.
ERIAYES [FURIAEj.
BROS [CUPIDO].
EROSANTHIA(’Hpoav0ta ou’HposivOeta). — Fête de printemps, ainsi que l’indique le nom (’éap, printemps, et àvOoç, fleur). Les femmes seules la célébraient dans le Péloponnèse1. Hunzteler.
EROTIA ou EROTIDIA (’EpcuTta1 ou ’EpumBia* ; on trouve aussi les formes ’Epto-rixaVEpumBEta', EpomW.a5,
63 Ces -versements sont tantôt égaux, tantôt de 5/10 et 4/tO de la somme totale.
— M Plat. Leg. I. c. — BinLioGniFKiE. Dareste, Les travaux publics chez les Grecs, dans Ann. de l'assoc. des Études grecques, 1877, p. 107 et s.; Fabricius, De architectura graeca comment, epigraphicac , Berlin, 1881, et Hermès, t. X\ II, p. 1 et s. , Choisy, Eludes épigraphiques sur V architecture grecque, Taris. 1884; Hermann- Talheim, Bec/Usallerthùmcr, p. 100 et s. ; Bull, de correspondance hellénique, t. VI (1882), p. 78 et s.; t. XIV (1890), p. 462 et s.; Homolle, Les Archives de l'Intendance sacrée à Délos, Paris, 1887; Inscriptions juridiques grecques, publ. par K. Dareste, B. Haussoullier et Th. Reinach, lor fasc., p. 143.
ERICIUS. - 1 Caes. Dell. civ. III, 67; Sallust. ap. Non. s. v. verntum.
EIUISANTIHA. — 1 Phot. Lex. p. 95 ; Ilesych. I, p. 1656.
EROTIA ou EROTIDIA. — Schot. Pindar. Olymp. IX, 154. — 2 Atben. XIII, 12; Pausan. IX, 31, 3; Keil, Inscr. bœot. 29. - 3 Plutarch. Amat. 1, 2. - ‘ Corp.
’EpiimBija) °. — Fête célébrée à Thespies en l'honneur d’Éros, dieu tutélaire de cette ville. Elle revenait tous les cinq ans et se composait de jeux gymniques, sans doute aussi de concours musicaux, s’il est permis de conclure d’un texte de Plutarque que dans cette fête Ëros était associé aux Muses 7. Mais il faut remarquer qu aucune des inscriptions mentionnant ces jeux ne fait allusion ni aux Muses, ni à d’autres concours que des jeux gymniques .
11 est probable que l’on célébrait aussi des Érotidies à Parium, où Éros, comme à Thespies, était la divinité principale9. P. Monceaux.
ERREPIIOROI [ARREPIIORIA].
ES BOTII Y N ( ’E? (IgOBv). — Jeu d’enfant, mentionné par Hésychius comme étant en usage chez les Tarentins1. 11 ne donne pas d’autre explication; on peut seulement conjecturer qu’il s’agit d’un jeu de dés ou d osselets que l’on devait lancer de manière à les réunir dans une fossette, (3o0ûv étant ici une forme altérée pour |3ri0uvov ou JBBOpov2. Ce jeu serait de la même espèce que ceux qu’on appelait tropa. E. Saglio.
ESSEDA S ESSEDUM. — Chariot dont les Romains empruntèrent l’usage aux peuples de race celtique.
Primitivement les Celtes se servaient de l 'essedum sur les champs de bataille, comme les Grecs de 1 époque homérique se servaient du Bîcppo? [currus] ; cette analogie a été relevée dans l’antiquité même par Diodore 2. En 295 avant Jésus-Christ, les Gaulois qui combattirent à Sentinum contre les Romains avaient au milieu d eux mille chariots, parmi lesquels des esseda ; ils contenaient chacun un conducteur et un guerrier, ils laisaient en roulant un tel fracas, que la cavalerie romaine, qui n’en avait pas l’habitude, fut prise à leur approche d’une véritable panique 3 ; on suppose que des pièces de métal étaient avec intention suspendues au véhicule et au harnais de l’équipage, en vue de produire cet effet sur 1 ennemi4. Mais il est probable que les Romains revinrent bientôt de cette première surprise ; les Gaulois, obligés de modifier leur tactique pour pouvoir lutter avec une nation plus civilisée, renoncèrent peu à peu à employer Y essedum dans leurs armées. C’était une réforme accomplie lorsque César vint faire la conquête de leur pays. Mais il trouva ce même genre de chariot encore en usage parmi les barbares qui défendirent contre lui la Grande- Bretagne ; le roi Cassivellaunus avait sous ses ordres quatre mille essedarii, ce qui suppose deux mille chars, à raison de deux hommes pour chacun6. César a pris soin de décrire lui-même la manœuvre de Yessedinn en campagne : « D’abord les Bretons font courir ces chariots sur tous les points en lançant des traits, et par la seule crainte qu’inspirent les chevaux et le bruit des roues ils parviennent souvent à rompre les rangs ennemis. Quand ils ont péilétré dans les escadrons ils sautent à bas de leurs chariots et combattent à pied. Les
inscr . graec. 1429. — 5 Ibid. 1430. — G Dechanne, Bec. d'inscr. inéd. de Béotie, n° 48 ; cl. Bull, de corr. hell. 1879, p. 443. — 7 Plut. Amat. 1, 2. — 8 Nous devons ce renseignement à M. Jamot qui a trouvé à Thespies une inscription encore inédite, relative aux Erotia : elle sera publiée dans le Bulletin de corr. hellénique. — 9 Schômann, Ant. grecq. trad. fr. t. II, p. 608.
ES ROTUYN. — Hesych. s. v. — 2 Cf. Schol. Plat. Lys. p. 320 ; Pollux, IX, 193. Voy. Grasberger, Ersiehung und Unlerricht , Würzb. 1864, I, p. 147, 158.
ESSEDA, ESSEDUM. — 1 Senec. Epist. 56,4; Jornand. Bell. Goth. 2. — 2 Diod. V, 21. Cf. Ibid. 29. — 3 Tit. Liv. X, 28 et 30; D od. V, 29; voy. d’Arbois de Jnbainville, Bev. arch., 1888, XI, p. 494 ; C<es. Bell. Gall. IV, 33; Claudian. LI, 18, esseda multisonora ; Sid. Apollin. Ep. Il, 10, Stridentum moierator essedorum. Cf. Sen. Epist. 56, 4; Tac. Agric. 35, etc. — 4 Giuzvot, Wagen und Etthruierkc. 1, p. 378. — B Cæs. Bell . Gall. V, 19.
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conducteurs se retirent peu à peu de la mêlée et placent les chars de telle façon, que si les combattants sont pressés par le nombre ils puissent aisément se replier sur eux. C'est ainsi qu’ils unissent dans les combats l’agilité du cavalier à la fermeté du fantassin, et tel est l’effet de l’habitude et de leurs exercices journaliers, que dans les pentes les plus rapides ils savent arrêter leurs chevaux au galop, les modérer et les détourner aussitôt, courir sur le timon {per temonem percurrere ), se tenir ferme sur le joug [et in jugo insistere ), puis rentrer précipitamment dans le char {et inde se in currus citissime recipere ) 6. » Il faut entendre que le guerrier, en se portant à l’extrémité du timon, cherchait à gagner du terrain pour lancer le javelot, et aussi qu’il voulait éviter d’être gêné dans ses mouvements offensifs par le voisinage du cocher. Des explications de l’écrivain latin il résulte encore que Vessedum devait être un char à deux roues, traîné par deux chevaux, assez léger pour fournir des courses rapides, assez solide pour supporter les évolutions du guerrier qui le montait ; il fallait aussi qu’il fût ouvert par devant pour pouvoir lui livrer passage quand il s’avançait sur le timon ; en cela Vessedum se distinguait du char de guerre hellénique, qui s’ouvrait au contraire par derrière. On croit en avoir l’image sur un denier de Jules César, qu’on rapporte à l’année 54, date de son triomphe sur les Bretons (fig. 2767) 7 ; on voit à gauche, au pied d’un trophée, «un chariot fort élémentaire, composé d’une plate-forme, dont le plan est continué par le timon, et dont les côtés sont munis de deux simples ridelles circulaires8. » Ce serait \hV essedum. Sur d’autres monnaies des
Fig. 2767.
Char breton.
familles Aurélia, Cosconia, Domitia (fig. 2768), Licinia, Hostilia (fig. 2769),Poblicia, Pomponia, Porcia, est figuré un guerrier, que la forme de son bouclier et la trompette appelée carnyx font reconnaître pour un Gaulois. Debout
sur un char, il s’avance sur le timon et va lancer son javelot, ou bien il se retourne pour faire face à un ennemi qui l’attaque par derrière. M. de Witte a démontré que ce guerrier, sur un denier des Domitii, (fig. 2769) est le roi des Arvernes Bituit, vaincu avec les Allobroges en 121 avant Jésus-Christ, à la bataille de la Sorgue, par Cn. Domitius Ahenobarbus 9. D’autres auteurs anciens, au temps de César10 et après lui, mentionnent encore ce char de guerre des Bretons ; jusqu’au 11e siècle de notre ère leur façon de combattre de temone caractérisait aux yeux des Romains la tactique propre de la race 11 . Ceux qui tinrent tête à Agricola, le beau-père de Tacite, y étaient restés fidèles12; seulement l’historien appelle
Chars gaulois.
0 Cæs. Bell. G ail. IV, 33. Cf. Ibid. 24 et V, 9, 15, 16, 17, 19. - 7 Babelon, Monnaies de la république romaine, t. II, p. 12, n° 13. — 8 De Saulcy dans le Journal des savants, 1880, p. 74. — 8 Babelon, l. c. t. I, p. 243, 435, 463, 552; II, p. 330, 360, 375 ; De Witte, Bulletin de la Société des antiq. de France, 1882, p. 342 et 348 ; Bevue archéol. 1887, t. Il, pl. xiv, p. 136. V. aussi de Lagoy, Becherches numismatiques sur l'armement des Gaulois (1849), p. 25; Blanchet (Adr.1, Les Gaulois et les Germains sur les monnaies romaines (1891), p. 4; Nicaisc (Aug.), L’époque gauloise dans le département de la Marne (1884), p. 20 à 23. — 10 Ci c. Epist. famil. VII, 6 et 10. 11 Juven-
IV, 126. Valerius Flaccus, Argon. VI, 83, attribue la mémo coutume aux Scythes : Etpuer e primo targuons temone cateias. — 12 Tac. Agric. 35 et 56. — 13 Jurnand.
leur chariot covinus ; nous sommes hors d’état de décider en quoi ce véhicule se distinguait de celui qui nous occupe. Jornandès assure que les esseda des Bretons étaient garnis de faux ; mais il est le seul qui nous donne ce détail13. Au temps de l’Empire, le même char de guerre est encore mentionné comme étant en usage chez les Germains14.
Mais pour tous ces peuples barbares Vessedum avait aussi bien son utilité en temps de paix ; ils s’en servaient dans leurs voyages et pour toute espèce de courses, et ils le conservèrent encore pour les besoins de la vie civile après qu’il eut cessé de faire partie de leur armement 16.
Vers le temps où César observait Vessedum dans la Grande-Bretagne, ce véhicule était déjà adopté par les Romains16, quoique le souvenir de son origine étrangère ne se fût pas effacé ; on lui applique l’épithète générique de Britannum 11 , ou encore de Belgicum"* , parce que la Gaule Relgique, autrement dit la Gaule du Nord, était au nombre des pays qui en avaient fourni le modèle. Dès lors les Romains l’affectèrent à peu près aux mêmes usages que le cisium, auquel il devait ressembler beaucoup par sa forme; peut-être seulement était-il un peu moins léger et plus orrué. Cicéron reproche à Antoine d’avoir parcouru les routes de l’Italie, tandis qu’il exerçait la propréture, dans un essedum précédé de licteurs19; suivant lui, il ne convenait pas à un magistrat, entouré des insignes de son pouvoir, de se montrer en public autrement qu’à pied ou à cheval. Mais on sait que Cicéron, dans ses discours, exagère beaucoup son attachement aux vieilles mœurs. Les empereurs, lorsqu’ils eurent à voyager, ne crurent pas devoir s’interdire l’équipage qui avait excité l’indignation de l’orateur20; Auguste y mangeait21, et Claude y jouait aux dés; la table était si bien ajustée que le jeu n’était jamais brouillé par les cahots22. Les dames, le monde élégant de Rome se servaient volontiers aussi de Vessedum. On en fit une voiture de luxe, qu’on se plaisait à montrer dans les promenades aux environs de la ville 23. Les panneaux en furent décorés de métal précieux artistement ciselé24. L’empereur Claude, étant censeur, voulut faire un exemple pour arrêter ces prodigalités ; il ordonna de racheter et de briser sous ses yeux un essedum d’argent d’un travail magnifique, qui avait été mis en vente dans un marché public26. Ces voitures devaient circuler en grand nombre à travers la ville, du moins à certaines heures26; Sénèque considère le bruit qu’elles produisent en roulant sur le pavé comme un des plus fatigants que l’on puisse entendre27. On en faisait défiler sur la scène des théâtres, dans ces tragédies à grand spectacle, qui ramenaient au milieu d’une action mythologique l’image des pompes triomphales28. Sous Domitien on en vit que traînait dans le cirque un attelage de bisons 29 [essedariüs]. Enfin au temps de l’empire, Vessedum était d’un usage général soit pour les voyages, soit pour la promenade30. On en trouvait de
B&U. Goth. 2. — H Pers. VI. 47. — 1° Cic. Epist. fam. VII, 7 ; Virg. Georg. III, 204; Suet. Calig. 5i. — Cic. Ad. Att. VI, 1 ; Philipp. II, 24. — 17 II, 1,76. — '8 Virg. Georg. III, 204 et Serv. ad. h. I. — 19 Cic. Phit. II, 24.
— 20 Suet. Octav. 76; Calig. 19 et 51; Galba, 6, 18 et 33. — 21 Suet. Oclav. 76. - 22 Suet. Claud. 33. - 23 Prop. II, 1,76 et 23, 43; O». Am. II, 16, 45. 21 [>rop. II, 1, 76; Plin. Bist. nat. XXXIV, 48 , 3. - 26 Suet .Claud. 16.
— 26 V. Friedlander, Ueber den Gebrauch der Wagen in Rom-, Sittengescli. Roms, 16, p. 60 et s. — 27 Sen. Epist. 56, 4. — 2» Hor. Epist. II, 1,192. — 29 Epigr. I, 105,8. — 30 Outre les textes cités, v. encore Sil. ltal- III, 337 ! Epigr. IV, 64, 19 ; XII, 24, 2 et 57, 23 ; Ausou. Epist. XXI, v. 32 ; Sid. Apo , Epist. II, 10, v. 24.
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louL préparés le long des roules dans les relais de poste3'. Au besoin on pouvait y transporter des bagages et des fardeaux de peu de poids, quoique ce ne iïit pas là leur destination principale32. Il faut supposer que le plus souvent le cocher était assis devant la personne qu’il conduisait33. G. Lafaye.
ESSEDARIUS. — On désigna d’abord sous ce nom les soldats de la Grande-Bretagne, qui, montés sur les chars appelés esseda, défendirent contre les troupes de César l’indépendance de leur pays ; le mot s'appliquait à la fois au conducteur et au guerrier qui prenaient place sur chacun de ces véhicules *. Ils formaient dans les troupes du roi Cassivellaunus un contingent de quatre mille hommes2. On suppose qu’après ses victoires César ramena à Rome un certain nombre de ces barbares, afin que le peuple pût être témoin, dans un amphithéâtre, de l’habileté redoutable avec laquelle ils manœuvraient leur chariot sur les champs de bataille3. De là sans doute se forma une classe particulière de gladiateurs, qui prit leur nom, leur costume, leurs armes et leur façon de combattre. Peut-être même continua-t-on, sous l’Empire, à tirer ces gladiateurs de la Grande-Bretagne. Suétone raconte en effet qu’un essedarius, ayant été vainqueur à Rome dans un spectacle public, affranchit son esclave, aux applaudissements de la foule, pour le concours qu il en avait reçu en cette occasion cet esclave ne pouvait être que son compagnon de char, qui lançait le javelot à ses côtés; et ceci concorde fort bien avec un passage de Tacite, où nous apprenons que chez les Bretons, à l’inverse de la coutume hellénique, le cocher était d’une condition plus relevée que le combattant5. Les expéditions entreprises dans la Grande-Bretagne sous Claude et sous Néron donnèrent à ce genre de spectacle un attrait tout particulier6, et elles durent aussi iaciliter le recrutement des essedard. Claude fit représenter dans le Champ de Mars la prise et le sac d’une ville, pour donner une image de la guerre et de la soumission des chefs bretons, et il y présida vêtu du costume militaire. Les essedard étaient soumis aux mêmes règlements que les autres membres de la gladiature 7 . Ils exécutaient parfois leurs manœuvres dans l’arène au son de 1 orgue; ce que l’on admirait alors, c’était la précision avec laquelle ils réglaient sur la cadence de la musique leurs moindres mouvements8. On voit même parmi eux une femme : Pétrone parle d’un riche propriétaire qui s’apprête à
31 Mart. X, 104,7. — 33 Cic. Ad. Attic. VI, 1. Sid. Apoll. Epist. IV, 18 ; Claudian. 1,1, 18. — 33 Mart. XII, 24, 2. — Bibliograpuie. Scheffer, De re vehiculari veterum (1071), lib. II, cap. xxiii, p. 282 ; Ginzrot, Die M'agen und Fahrwerlce der Griechen und Rômern (1817), t. I, ch. 42, p. 376 et s.; d’Arbois île Jubainville, Le char de guerre chez les Celtes , Revue archéologique , 1888, Nouv. sér. t. XI, p. 194.
ESSEDAItlCS. — ' Caes. Bell. Gall. IV, 24; V, 15 et 19; Cic. Ad. famil. VII, 6 et 10. —2 Caes. Bell. Gall. V, 19. — 3 L’année même de l'expédition, en 54, Cicéroa joue déjà suc les mots essedarios spectare, Ad famil. VII, 10. \. encore Philargyp. ad Vie g. Geovg. III, 203. — 4 Suet. Calig. 35. 3 Tac. Agric. 12.
— 3 Sen. Epist. 29. — 7 Suet. Claud. 21. — « Petrou. Sat. 36. — 9 Ibid. 45.
— 10 Tac. Ann. XIV, 35. — u Corp. inscr. lat. IV, 2508, ligues 7 et 26 ; VI, 631 et 4335. — bibliographie. Friedliinder, Sittengeschichte Roms , t. 115, p. 520, note 12.
ETHANION. — i Hesycb. s. n. et Etym. M. s. v. ‘HO-j-gç; cf. Larcher, Remarques critiques sur VEtymol. magn. p. 218, édit. Lips. — 2 Hellanic. ap. Atlien. XI, p. 470 d. — 3 Hesych. et Etym. M. I. I.
ETRUSCI. — 1 Selon Corssen (Ansspr. u. Vocal, d. lat. Sprache, 12, p, 246, Die Sprache der Elruslcer , II, p. 490), Etrusci signifierait étrangers et viendrait de l’ombrien etro (en latin alter ; cf. iterum ); cf. Vauicck, Etym. AVôvterb. p. 21. Le nom aurait été donne par les Ombriens vaincus à leurs maîtres. Mais, d après les tables Eugubines, Turslci paraît être le vrai nom donné aux Etrusques par les Ombriens (Bréal, Tables Eugubines, tab. VI, 58; Vil", 11, 12). Selon Seechi (Bull. delV Instit. 1846, p. 15), Etrusci correspondrait a Extçoi "Ointoi. Le radical du mot
donner des jeux magnifiques; entre autres raretés il doit montrer au peuple une essedari'a ®. On a fait remarquer à ce propos que chez les Bretons les femmes montaient souvent comme les hommes sur les chariots de guerre et affrontaient avec eux tous les dangers de la bataille'0. Une essedaria conduisant elle-même un char, ou lançant le javelot de l’extrémité du timon, devait offrir à la curiosité des Romains un véritable régal.
Les inscriptions latines nous tont connaître des essedarii, qui ont vécu au Ier et au ne siècle; quelques-uns ont appartenu aux empereurs G. Lafaye.
ETHANION (’Hôdtv'.ov ou vjùvjviov) *. — Vase dont on trouve le nom2 placé à côté de la phiala et du cyathus, parmi ceux d’airain que l’on voyait en Égypte dans les maisons. Il s’agirait, d’après cette énumération, d’un vase à boire. D’autre part, le rapprochement, fait ailleurs 3, de l’vjOâviov et de l’vjOtxôç donne à penser que ce vase était muni d’une passoire ou qu’il avait la forme des corbeilles servant à filtrer le vin [colum]. E. Saglio.
ETRUSCI. — Les Romains appelaient Etrusci 1 ou Tusci 2 les populations qui occupaient la partie de l’Italie centrale située au nord du Tibre, entre l’Apennin et la mer, c’est-à-dire la région qui correspond à la Toscane moderne. Ces mêmes populations étaient désignées par les Grecs sous le terme, générique de Tyrrhéniens3. Leur vrai nom, celui du moins quelles se donnaient à elles-mêmes, était celui de Rasènas l.
Origine des Étrusques. — Les traditions antiques sur l’origine des Tyrrhéniens-Étrusques sont incertaines et contradictoires 5. Elles peuvent se ramener à trois systèmes.
1° Selon Hellanicus de Lesbos, les Tyrrhéniens sont des Pélasges ; ils ont débarqué en Italie, au nord de l’Adriatique, à l’une des bouches du Pô, et après avoir gagné de proche en proche et franchi l’Apennin, ont fondé sur l’autre versant la ville de Cortone 6.
2° D’après Hérodote, les Étrusques sont des Lydiens, qui ont abandonné l’Asie Mineure désolée par une famine et sont venus par mer s’installer dans l’Italie centrale, sous la conduite de Tyrrhénos, fils du roi de Lydie, Atys7.
3° Denys d’Halicarnasse enfin prétend que les Étrusques sont autochthones en Italie8.
La diversité de ces systèmes montre, en somme, que les anciens ne savaient rien de précis sur l’origine des
semble être Turs (V. Deecke, Etr. Forschungen, I, p. 56 et s.). — 2 Les Romains dérivaient faussement Tusci du grec Ouw (Servius,. Ad. Aen ., II, 781; X, 203 ; Thusci a frequenti sacrificio sunt dicti. Cf. Diou. Halic. Ant. rom. I, 30 ; Plin. Hist. nat. III, 8). — 3 Tiiça^vot, Tuoo’a.vol, Tu^&tivoi. — *■ Dion. Haï. I, 30,3 : ouItoT
jnÉvTot ao a; aùToù; eVi twv r.Ye.uôvwv -rivb; *Pa«révva t'ov aùtbv Ustvw tçoiïov ôvo|xàÇou<n.
Heyne [Nov. Comment. Societ. Gôtting. III, p. 38) croit que le grec Tu^vot n’est qu’une transcription de Tu-Rasena. Lepsius ( Die Tyrrheniscken Pelasger , p. 24) pense que la vraie forme est Tarasena ou Tarsena et que Rasena , donné par Denys, n’est pas la véritable leçon. — 5 Noël des Vergers, VÉlrurie et les Étrusques , t. I, p. 99 et s.; J. Martlia, l'Art étrusque, p. 9 et s. — 6 Fragm. hist. gr. (Didot), t, p. 45 et s. Cf. Thucyd. IV, 109; Sophocl. Fragm. 256 (Dindorf) ; Myrsil. Lesb. Fragm. hist. gr. t. IV, p. 457; Theopomp. Ibid. t. I, p. 288 (fragm . 67); Aristoxeu. Ibid. t. II, p. 272; Neanth. Cyzic. Ibid. t. I, p. 10. Pour Anticlide d’Athènes (ap. Strab. V, 4, p. 221), les Tyrrhéniens sont des Pélasges, mais qui, pour venir en Italie, se sont joints à l'émigration lydienne dont parle Hérodote.
7 Herodot. 1, 94. L’historien raconte tout au loug avec force détails romanesques
les circonstances de la migration. Sou récit est accepté de confiance par presque tous les écrivains grecs et latins. Voir les textes cités par Noël des Vergers, VÉlrurie et les Étrusques, I, p. 113, note 2; Schwegler, Rom. Geschichte , I, p. 253, note 3; Nissen, Italische Landeskunde , p. 497, note 2. Au temps de l’empire, les Étrusques eux-mêmes croyaient à leur parenté avec les Lydiens (Tacit. Ann. IV, 55 ; sur la valeur contestable de ce texte voir Martha, Art étrusque, p. 21). — 8 Antiq. rom. I, 25-30.
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Étrusques. Les traditions qu'ils rapportaient étaient confuses, fondées sur des légendes plus ou moins suspectes ou sur de fausses étymologies. La science moderne n’est guère plus avancée. Depuis la Renaissance, le problème de l’origine des Étrusques n’a pas cessé de passionner la curiosité des savants, surtout en Italie, oii la question est presque une affaire de patriotisme. Les solutions imaginées depuis trois siècles sont si nombreuses et si variées qu'un volume suffirait à peine à en donner une analyse même sommaire. Quelques-unes sont a 'priori si invraisemblables, pour ne pas dire si extravagantes, qu’il n’y a pas lieu de s’y arrêter.
Parmi les régions connues des anciens, depuis les bords du Gange jusqu’au détroit de Gibraltar, il n’y en a pas une seule où quelqu’un n’ait prétendu retrouver le berceau des Étrusques. On a voulu les faire venir de l’Inde0, de l’Égypte10, de la Maurétanie11, du pays de Chanaan 12. On en a fait des Celtes13, des Sémites n, des Slaves15, des Tartares 10, des Thraces-Illyriens 17, des Libyens-Berbères18, des Italiotes19, des Hittites30 ; on a repris, en les développant ou en les combinant, les systèmes d’Hellanicus, qui identifie les Étrusques avec les Pélasges21, d'Hérodote qui en fait des Lydiens22, de Denys d’Halicarnasse qui leur attribue une origine italique 23 .
Au milieu de tant cohue d’hypothèses, le plus sage est de s’abstenir. Un problème qui comporte toutes les solutions possibles est, à vrai dire, un problème insoluble.
On ne pourra rien dire de certain ni même de probable sur l’origine des Étrusques, tant que l’on n’aura pas la clef de la langue qu’ils parlaient. Cette langue nous a été conservée par plusieurs milliers d’inscriptions2'*, dont la collection s’augmente tous les jours2'. On les transcrit couramment, les caractères de l’écriture étrusque dérivant des caractères de l’écriture grecque archaïque [alphabetüm]. Mais les mots que forment ces lettres demeurent des énigmes et l’on n’a sous les yeux que des transcriptions inertes. Les tentatives d interprétation n’ont pas manqué 2G, et l’on peut dire sans exagération qu’il n’y a guère d idiome auquel on n ait essayé de rattacher l’étrusque. On en a lait successivement une langue indo-européenne, une langue sémi¬
tique, une langue mixte. Quoi qu’ait imaginé la science la plus ingénieuse, quelques espérances qu'aient pu faire concevoir les noms des plus illustres philologues, la langue étrusque reste un mystère et ainsi nous échappe le seul moyen que nous puissions avoir de déterminer avec certitude le caractère spécifique de la race qui l’a parlée.
Aujourd’hui, la science parait renoncer, provisoirement du moins, à poursuivre l’étude d’un problème ethnographique qui dans l’état actuel de nos connaissances ne peut guère aboutir qu’à une déconvenue. Au lieu de s’obstiner à rechercher à quelle branche de la grande famille humaine appartiennent les Étrusques et quel a été leur berceau primitif, elle s’en tient à une question plus définie, celle de savoir par quel chemin ils sont arrivés en Italie.
Personne ne soutient plus, en effet, avec Denys d Halicarnasse que les Étrusques soient autochthones. Euxmêmes, du reste, ne croyaient pas l’être, puisqu’ils prétendaient indiquer le point initial de leur ère, ce qui revient à marquer le moment où l’histoire commençait pour eux dans la Péninsule. D’après leurs annales, le début du xc et dernier siècle de leur ère correspondait à l'apparition de la comète de 710 (44 av. J.-C.)21. Leur arrivée en Italie se placerait donc vers le milieu du xic siècle avant notre ère ou au début du xe siècle 2S.
Si l’on est à peu près d’accord pour accepter cette date, qu’il est d’ailleurs impossible de contrôler, on dispute sur la question de savoir par où et de quel côté les Étrusques ont abordé l’Italie. Les uns tiennent pour une migration maritime aboutissant à la côte de la mer Tyrrhénienne, non loin de l’embouchure du Tibre; les autres croient à une migration par terre, dirigée du nord au sud, des Alpes à l’Apennin, puis au bassin du Tibre.
Les premiers se fondent surtout sur l’autorité d Hérodote et le consentement presque unanime de l'antiquité. Ils remarquent, en outre, qu il y a dans la civilisation étrusque un fonds oriental qui ne peut, selon eux, s’expliquer que par une origine asiatique20. Ils invoquent enfin le témoignage des hiéroglyphes égyptiens, signalant des Tourshâ parmi les peuples maritimes dont les invasions inquiétèrent la Basse-Egypte sous les règnes de Séti Ier, de Ménephtah Ier et de Ramsès III °.
9 Fabbroni, Dérivation? e coltura degli antic/ii ahitatori d Italie. Florence.
1 803. 10 Buonarotti, Ad monumenta etrusca operi Dempsteriano addita explicationes et conjecturae (t. II de Dempster, De Etruria regali). - « Romagnosi Estime delta Sloria del Micali. — « ScipioDO MafTei. Ragionamento degli Itah primitivi , Mantoue, 1727; 1(1. Délia lingua etrusca e délia pelasga (dans les Osserva-ioni litterarie , t. VI), Vérone, 1740 ; Mazzocchi, Origine dei Tirreni (dans les Dissertazioni academiche di Cortona , t. III, p. 1-66) ; Guarnacci, Origine italiche, Lucanes, 1767-1772; Curli, Dette antiebitd italische, Milan, 1788 ; Mazzoldi, Origini italiche, Milan, 1840. — 1:t Durandi, Saggin sulla storia degli antichi popoli d halia, 1760 ■ Bardetti, Dei primi abitatori dell’ Italie, 1769; Bentham, Etruria celhca, Dublin, 1842. — «• Lichtenauer, Quaestio de Thuscis eorumgue origine, Munich, 1832- Shekel, Das etrusleische ... als semitische Sprache erwiesen, Leipzig, 1838; Krüo-er, Gesch. der Assyrier und Iranien, Francfort, 1866 ; Volkmuth, Die Pelasger ah Semiten, Schaffhouse, 1860.— 13 V ro\msk\,Schrift-Denhnüler der Slaven, 1850.
16 Taylor Etruscan researches, 1874. — 17 Uschold, Geschichte des troiamschen
Krieges, 1836. - 1» Academy, 1889, n” 918, p. 375. - « Cuno, Vorgesehiehte Bonis 1873-1 878 — 2° John Campbell, Etruria capta ( Proceedings of the Canadien Insiitute, sér. III, t. III, fasc. 4, p. 144-266). - 21 Lepsius, üeber die turrhenischen Pelasger in Etrurien, 1842 ; Guigniaut, Eclaircissements a la Symboliaue de Creuser, p. 1 167 ; Hesselmeyer, Die Pelasger-Frage und ihre Losbarkeü, 1890- O Mutler-Deeeke, Die Etrusker-, d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de V Europe, 2' éd. - 22 Wachsmuth, Die altéré Geschichte des rôm. Staates 1819- Cremer, Symbolik, üv. V; Thiersch, Sepolcro d, Alhatte, 1833 ; Koch Die Alper- Etrusker, 1853; Diefenbach, Origines europeae , 1861 ; Noël des Vergers VÉtrurie et les Étrusques, 1862; Dennis, Cities and Cemetenes of Etruria - Ellis, The asiatic affinities oftheold Italians, 1870. - 23 Micali, Stona degli antichi popoli italiani, 1832; Uccelli, Altre viste sugli antichi popoh italiani 1853. — 24 Voir Fabretti, Corpus inscr. itahcarum antiquions aem, 186 / (suppléments, 1872-1877); Gamumni, Appendice al Corpus inscr. it. 1889. Voir
le résumé do Deecke à la fin du 1" vol. d'O. Muller, p. 435 el s. - 25 Elles sont oubliées régulièrement dans les Notizie degli scavi di antidata ( Acc . dei Lmcci). 20 Voir Conseil, Die Sprache der Etrusker, 1870-1872; Deecke, Etrusleische Forsehvngen ; Deecke et Pauli, Etrusleische Forsehungen und Studien-, Pauli. kltitalische Studien. Les résultats de la philologie étrusque sont résumes par Deecke, à la fin du II- volume d'O. Millier, Die Etrusker, p. 328-512. Cf. S. Reinach Recherches nouvelles sur la langue étrusque (dans l' Anthropologie, I, 1800, p. 108 et s.). - 27 Serv. Ad Ducal. IX, 47. Le siècle étrusque n'éta.t pas exactement uu espace de ceut ans. Il commençait avec uue génération et fimssai avec la mort du dernier individu de cette génération. La constatation du terme initial et du terme final n'étant pas pratiquement possible, on croyait que les «lieux se chargeaient d'indiquer par des prodiges le moment où le siecle finissait Sept siècles étrusques représentant, d'après Varron (Ceusoriu De die nat. 17, 3).
781 ans, la durée moyenne du siècle variait entre 105 et ■ ans. . • Etrusker, I, p. 60; II, p. 309 et s.j Noël des Verger», VÉtrurie el les Etr I, p. oet s. • D’Arbois de Jubainville, Les premiers hab. de l Europe, p. loO. - La . varie suivant que l’on donne au siècle une durée moyenne de 1 10 ou de i JO ans. En tous cas les anciens s’accordent à considérer les Etrusque» comme ayant vécu en Italie dès une très haute antiquité. Voir Eplior. ap. Strab. \'l, î, -, •
Liv 1 2- V 33- Herodot. I, 94; Appian. De regibus, t; Dioü. XIV, 114,
Ilcs’iod. Theog. 1016 ; Virgit. A». VIII. 479-480. - «t No«l des Verge», • n 136 et s. ; Vannucci, Storia dell’ Halia antica, t. I, p. 117 et s. ; Milclihœfer, infange der Kunst in Griechenland, p. 220 et s. Voir la réfutation de Helbig, iJnJi 1884, p. 142 et s. - 30 De Rougé, Revue archéol. 1867, p. 38 et »., 81 et s. , Chabas, Études sur l’antiquité historique, p. 191 et s.; Maspéro Hist. anc. de peuples de l’Orient, p. 250 et s. ; Brugsch, Gesch. Aegyptens, p. «77 et s.; W J manu, Aegyptische Gesch. p. 474 (et supplément). Sur la valeur très cont de cet argumeut, v. Martha, Art étrusque, p. t8 ; Gsell, Fouilles dans la neci p de Vulci, p. 343.
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L’autre théorie, celle qui suppose une invasion étrusque en Italie par les Alpes rhétiques81, n’a pas pour elle les témoignages antiques. Car si le texte d’Hellanicus indique une marche dirigée du nord au sud, de l’embouchure du Pô vers la Toscane, il signale en même temps une migration maritime préalable et non une invasion par la voie des Alpes3-. Mais en pareille matière, les textes ne sont pas tout, les anciens n’ayant guère pu avoir sur les grands mouvements ethnographiques de l’époque préhistorique que des notions très confuses et très incertaines. 11 est curieux de remarquer qu’à l’exception de Populonia 33, qui d’ailleurs n’est qu’une colonie de Volaterrae 34, il n'y a pas une seule ville étrusque un peu importante qui soit située au bord de la mer, ce qui implique l'existence en Étrurie d’une population d'origine plutôt continentale que maritime. D’autre part, l’étude des plus récentes découvertes archéologiques montre que les Étrusques, au moment de leur arrivée en Italie, étaient dans un état voisin de la barbarie, ce qui est peu compatible avec l’hypothèse d’une traversée longue et difficile, supposant une flotte considérable et un fonds déjà riche de connaissances nautiques33. L'idée d’une invasion parterre parait plus vraisemblable. Cette théorie, qui reposait à l’origine sur le rapprochement, d’ailleurs très contestable, du nom de Rasena avec celui de Rhaeti, se fonde aujourd'hui sur une foule d’observations archéologiques. M. Helbig l’a renouvelée dans ces dernières années, d’une façon fort ingénieuse, en essayant de montrer que les Étrusques avaient suivi les mêmes chemins d’invasion que les Italiotes 3(i.
Il serait trop long de reprendre en détail l’exposé et la discussion de ces systèmes. La question, en somme, est toujours pendante, et si les archéologues, qui se sont le plus récemment occupés de l’Étrurie, penchent plus ou moins vers les conclusions de Niebuhr, précisées etconlirmées parles études de M. Helbig, le nombre est grand encore de ceux qui croient devoir s'en tenir à la tradition lydienne d’Hérodote.
Pays occupés par les Étrusques. — L’Étrurie des anciens, la Toscane des modernes, ne représente qu'une partie du territoire jadis occupé par les Étrusques. C’est là qu’ils se sont surtout développés ; c’est là qu’était le centre de leur activité politique et que s’élevaient leurs cités les plus importantes. Mais ce n’était pas leur unique domaine.
Un retrouve, en effet des traces de leur séjour dans l’Italie du Nord37. Plusieurs villes passaient pour avoir été fondées par eux, entre autres Felsina (Bologne) 3S, Mantua39, Atria 10 et Spina41. Selon Tite-Live, qui était de Padoue et dont le témoignage mérite ici une consi-
31 Guido Ferrari, Disscrtationes pertinentes ud ïnsubriae antiquitates , 1765; Fl’éret , Acad, des Inscr. et Belles-Lettres , 1753, vol. XVUI; la théorie a été surtout formulée par Niebuhr, Itüm. Gesch. (2° éd.), p. 109 et s. Voir aussi Grotefend, Zur Géographie und Gesch. von Alt-Jtalien, 1840-1841 ; Steub, Ueber die Urbewohner Rhaetiens und ihrer Zusammenhang mit den Etrus/cer 1844; Abeken , Mittel- Italien, 1843; Giovanelli, Dei Rezii, deli origine, dei popoli d'Italia , etc. 1844; Schwegler, Rom. Gesch. I, p. 253 et s. : Mommsen, Hist. rom. (trad. Alexandre), I, p. 164. — 32 Fragm. hist. gr. (Didot), t. ï, p. 45 et s. — 33 Mommsen, Hist. rom. I, p. 164. — 34 Serv. Ad Aen. X, 172. — 35 Gsell, Fouilles, etc., p. 343, 344. — 36 Sopra la provenienza degli Etruschi ( Ann ali , 1384, p. 108 et s.). Cf. Undset, L'antickissima necropoli tarquiniese (Annali, 1885, P* 5 et s.); Martha, l'Art étrusque, p. 25 et s.; Gsell, Fouilles, etc., p. 342.
37 o. Muller, Etrus/cer, I, p. 125 et s. ; Noël des Vergers, I, p. 205 et s.; Genthe, Ueber den etr. Tauschhandel nach dem Norden , p. 120 et s. — 38 Serv. Ad Aen. X, 198. — 39 Serv. Ad Aen. X, 201 ; Plin. Hist. nat. 111, 130. — 40 Plia. Hist. nat. III, 16, 120; Tit. Liv. V, 33. — 41 Dion. Hul. 1, 28. Cf. 0. Muller, Etrus/cer , I, p. 136, 137. Les travaux d'endiguemeut, qui régularisaient le cours
dération particulière, le territoire sur lequel étaient situées les villes de Mutina (Modène) et de Parma, avait appartenu aux Étrusques 48, ainsi que la région comprise entre les Alpes et l’Apennin43. Le même auteur signale aussi des tribus étrusques dans la Rhétie u.
On rencontre encore les Étrusques sur les côtes du Picenum46, dans le territoire des Praetutii et des Palmenses. Atria Picentina rappelle le nom de la ville étrusque d’ Atria et la ville de Cupra porte le nom d'une divinité étrusque 46.
11 y a eu aussi des Étrusques au delà du Tibre ”, dans le pays des Volsques48et dans le Latium. Fidenae et Crustumina sont citées comme des villes étrusques49. Le nom de Tusculum est un diminutif de Tuscum. Le nom de Velitrae (Velletri) rappelle celui de Velathri (Volaterrae). Tarracina semble être un doublet de Tarchna ou Tarkina (Tarquinii). Si peu précises que soient les légendes romaines relatives au temps des derniers rois, il semble bien qu’à partir de Tarquin le Superbe jusqu'à la chute de la royauté, Rome ait été plus ou moins sous la tutelle étrusque50. Elle avait reçu, probablement à cette époque, un certain nombre de colons étrusques et conserva toujours un quartier toscan ( Tuscus vlcus).
Le territoire de la Campanie enfin a été occupé par des tribus étrusques. Selon Polvbe51, au temps où les Étrusques étaient les maîtres dans le bassin du Pô, ils tenaient aussi le pays désigné sous le nom de Champs Phlégréens, où s’élevèrent les villes de Nolaet de Capua, que l’ou disait d’ailleurs avoir été fondées par eux vers la fin du ixc siècle S2. Sophocle parle du lac Aornos, voisin de Cumes, comme étant en pays étrusque53. Dicaearchia, Puteoli, Herculanum, Pompei, Surrentum, Marcina et tout YAger Picentinus jusqu'au fleuve Silarus était, selon Pline, aux mains des Étrusques “4. Il faut y joindre Calés sans doute, patrie du devin étrusque Olénos, qui fut consulté lors de la construction du Capitole 55.
Ainsi les Étrusques ont rayonné sur la plus grande partie de l’Italie56. Ils ont même poussé jusqu’en Corse et peut-être en Sardaigne 57.
Comment et à quel moment s’est produite cette expansion? Le même flot d'invasion qui jeta les Étrusques sur l’Italie les entraina-t-il de proche en proche d'un seul élan jusqu’au delà du Tibre, ou bien leurs progrès sontils le résultat d’expéditions postérieures à la migration ? Le point de départ de leur marche envahissante est-il au nord du Pô ou dans les Maremmes toscanes, sur les côtes de la mer Tyrrhénienne ? Il est difficile de le dire avec certitude. D’après les textes, il. semble que le mouvement de la conquête ait été dirigé de la Toscane vers l’Apennin et l'Italie du Nord, d'une part, et d’autre part,
tlu P6 à son embouchure, étaient attribués aux Étrusques (Plin. Hist. nat. 111, 16, 120). — 42 Tit. Liv. XXXIX, 55. — 43 Tit. Liv. V, 33. D'après un décret athénien, ou voit qu'au v° siècle avant notre ère, les Etrusques étaient les maîtres de la côte de l’Adriatique, près de l’estuaire du Pô (Bull. delV Inst. 1836, p. 132; Boeckh, Seewesen, p. 465). — 44 Tit. Liv. V, 33; cf. Justin. XX, 5; Plin. Hist. nat. III, 20, 133. — 43 Plin. Hist. nat. III, 14, 112. — 4G Strab. V, 4, p. 201. Voir Mauri, De antique i Picentum civitate Cupra Montana, 1748; Colucci, Cupra Maritima, 1779; Dellico, DelV antica numismatica délia città di Atri nel Piceno, 1824. — 47 Gardthausen, Ma&tarna oder Servius Tullius, 1882; Dennis, Cities and Cemeteries , II, p. 261 ; 0. Muller, Etrus/cer, 1, p. 102 et s. ; Noël des Vergers, I, p. 241 et s. — 48 Serv. Ad Aen. XI, 567. — 49 Tit. Liv. I, 15; Strab. V, 11, p. 18; Plut. Rom. 25 ; Fcst. s. v. Crustumina. — 50 0. Millier, Etr. I, p. 112 et s.
— 51 Polyb. II, 17, 1. Cf. Dion. liai. VU, 3 et s. — 52 Vell. Pat. I, 7. — 53 Bekker, Anecdota, I, p. 413, 414. — 54 Plin. Hist. nat. III, 5 , 70. — 55 Jb. XXVIII, 2, 15.
— 56 Cat. Origines, 62 (Serv. Ad. Aen. XI, 597) in Tuseorum jure paene otnnis Ralia fuit. Cf. Tit. Liv. V, 33 : Tuseorum ante romanum imperium laie terra marique res patuere. — 57 O. Müller, Etrus/c. I, p. 173.
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au delà du Tibre vers la Campanie 58 . Suivant les légendes étrusques, l’origine de la domination étrusque’ dans le bassin du Pô remonterait à Tarchon, le héros fondateur de Tarquinii, qui aurait passé l’Apennin avec une armée et fondé douze villes dans le pays conquis par ses armes69. Quant à Felsina (Bologne), elle passait pour être une colonie toscane fondée par Àucnus, frère ou iils d’Aulestes le fondateur de Pérouse60, à qui l'on attribuait aussi la fondation de Mantoue 61 . Mais il est très possible que les légendes dont nous venons de parler aient été imaginées après coup pour expliquer la présence des Étrusques dans le bassin du Pô, et que leur installation dans ces parages remonte au temps même de la migration. Il est naturel que les Étrusques de la Toscane, qui étaient les mieux organisés et les plus puissants, aient tout ramené à eux et conçu des légendes pour justifier leur suprématie. Il est probable que si nous connaissions d’autres légendes que les leurs, si nous connaissions en particulier celles des Étrusques établis au nord de l’Apennin, nous aurions une version contraire et nous verrions peut-être qu’au temps où les Étrusques de la Toscane envoyaient des colonies dans la région circumpadane, le pays était depuis longtemps déjà occupé par des tribus étrusques 62. Peut-être aussi arriverions-nous à des conclusions analogues, si les légendes de l’Étrurie campanienne étaient venues jusqu’à nous63.
Principaux faits de l’histoire étrusque. — L’histoire des Étrusques est fort mal connue 6\ Les ouvrages composés d’après leurs annales6' ayant disparu, et ces annales elles-mêmes ayant laissé dans les souvenirs de l’antiquité peu de traces, nous ne disposons que de textes épars, où il n’est parlé des Étrusques qu’incidemment et qui, outre qu’ils sont peu nombreux, sont pour la plupart trop peu explicites pour permettre de présenter un tableau historique d’ensemble. 11 faut se borner à quelques faits et à quelques dates, marquant les principales périodes de la grandeur politique et de la décadence de l’Ëtrurie et, puisqu’un grand empire aux temps encore barbares se fonde et se détruit surtout par la force, montrer quels adversaires les Étrusques ont eu à combattre, soit pour se faire une place en Italie, soit pour établir leur suprématie, soit pour défendre leur indépendance.
Quelque chemin qu’aient suivi les Étrusques pour entrer en Italie, il est certain que dès leur arrivée dans la Péninsule, ils se sont heurtés aux Italiotes, soit que ceux-ci s’y trouvassent déjà installés, soit qu’ils y fussent entrés en même temps qu’eux, comme le prétend M. Helbig 66. L’antiquité nous a conservé le souvenir de leurs conflits avec les Ombriens 67 . Pline évalue à trois cents le nombre des villes ombriennes conquises par eux °8. Mais à quelle époque se placent ces luttes? Sont-elles toutes contemporaines de l’invasion? ou bien se sontelles poursuivies pendant plusieurs siècles, entretenues
58 Tit. Liv. V, 33. — Textes daus 0. Millier, O. c. I, p- 67. note ti. 60 lnterpret. Verg. ap. Serv. [Ad Aen. IX, 198). - <11 Ibid. - 62 Gsell, Fouilles,
p 332. 63 Suivant Velleius Paterculus (I, 7) qui rapporte l’opinion île
plusieurs autres écrivains, Capoue aurait été fondée par les Etrusques vers le milieu du ix« siècle, c'est-à-dire à une époque très voisine de la migration.
64 Tout ce qu’on en sait a été résumé dans le 11' volume de Noël des Vergers.
66 Entre autres les Tupjrivixv. de l’empereur Claude eu 20 livres (Suet. Claud. 42). Cf. les tables Claudiennes retrouvées à Lyon (De Boissieu, Inser. de Lyon , p" J36) 66 Annali, 1884, p. 139. — 67 Plin. Hist. nal. III, 112, HS; Staab. V, t, 7, 10, H; 2,10; Tit. Liv. V, 33. - 08 Plin. Hist. nat. 111, 112. 69 Voir Gsell, Fouilles, p. 341. — 70 Pliilistos ap. Diou. liai. I, 22. — 7) Tit.
par une rivalité de voisinage? Il est difficile de le dire et, sur ce point, les découvertes archéologiques n’apportent aucune lumière 69.
Les Étrusques eurent aussi affaire aux Ligures, dont les tribus pillardes furent toujours une menace pour les populations de la Toscane et qui, plus d’une fois, durent les inquiéter par leurs incursions, comme ils avaient inquiété les Ombriens 70 et comme plus tard ils inquiétèrent les Romains71. La ville étrusque de Pisae avait appartenu aux Ligures avant d’être aux Étrusques7-2. La ville de Luna, située sur les confins de la Ligurie et de l’Étrurie, semble avoir été plusieurs fois disputée par les deux peuples, ainsi que le territoire environnant7’1.
Les Gaulois furent pour les Étrusques des voisins plus redoutables encore. Il est malaisé de dire à quel moment les deux nations se trouvèrent pour la première fois aux prises. Plusieurs textes donnent à penser que les plus anciennes invasions gauloises en Italie remontent au vie siècle avant notre ère74. Mais il n’est pas impossible qu’il y ait eu déjà auparavant des incursions partielles. Toujours est-il que dès le ivc siècle, les Gaulois sont installés sur plusieurs points de la région circumpadane. Strabon signale une ambassade envoyée à Alexandre par les Celtes d’Atria75. Vers le temps de la prise de Veies par les Romains, Melpum, au dire de Pline, tombe entre les mains des Gaulois 70. Malgré les progrès des envahisseurs au nord de l Apennin, les Étrusques ne disparaissent pas complètement de la région. Ils se maintiennent dans un certain nombre de districts, entre autres aux environs de Mantoue, que Pline cite encore comme une ville étrusque7', et dans la Rhétie78, qui demeure jusqu’à l’époque romaine un centre de population étrusque, soit que la contrée, occupée depuis l’immigration, ail échappé au péril des expéditions gauloises, soit, comme le dit Tite-Live 79, qu’une portion des tribus étrusques, précédemment installées dans le bassin du Pô, ait fui devant les Gaulois et cherché un asile dans les montagnes du Tyrol 80.
Du jour où les Gaulois se furent répandus dans l’Italie septentrionale et y eurent pris en partie la place des Étrusques, la Toscane se trouva menacée. S’il faut en croire la légende, les Gaulois n’auraient été conduits à franchir l’Apennin que pour répondre à 1 appel d un seigneur étrusque de Clusium, qui, ayant à venger sou honneur conjugal outragé par un des principaux magistrats de la ville, avait été chercher des alliés en territoire gaulois81. Mais il est plus vraisemblable de penser que l’invasion des Gaulois en Toscane fut la conséquence naturelle et inévitable de conflits antérieurs. Il est certain, les découvertes de Bologne le prouvent surabondamment82, que dès la fin du vi° siècle avant notre ère les Étrusques de la Toscane avaient envoyé des colonies dans l’Émilie83, sans doute pour couvrir leurs frontières menacées. Il se peut donc qu’ils se fussent déjà heui h ’
,iv. XXXV, 10 ; XXXIX, 1; XL, 23; XLI, 10; XLI1, 8. - 72 Lycophr. 1241 ' SO, — 73 0. Muller, Etrusker, I, p. 100. — T, Tit. Liv. V, 33 ; Dion. ■
Tl 3. Voir Nisseu, Italische Landeslcunde, p. 476; Gsell, Fouilles, p. >
32’ 76 Strab. VII, 3, 8, p. 301. — 70 Plin. Hist. nat. 111, 17, 123. — 1 '•
U ’jp (30 78 Ib. 111, 20, 133. - 79 Tit. Liv. V, 33. - 8° Sur les annuités étrusques retrouvées daus le Tyrol, voir Geuthe, Ueber de, , etr TmscUandel naeh dem Norden, p. 138 (Renvois à la bibliographe). - ^ '
,33; Dion. Hal. Excerpta (Mai), 24; Plut. Camill. 16. - « B™o, A t délia leputazione di storia patrie per la Romagna. 3- sérié, t. IH. 188» t P- ^ ^ 197; Marthu, Art étrusque, p. 86 et s.; Gsell, Fouilles, p. 3-.