Acanthe du temple de Vesta à Tivoli
* \itruv. IV, i. — 6 Stuart et Uevett, Ant. of Ath. I, ch. 4, pl.3,8,9; Owen Jones, lhe Grammar of ornament, ch. 4 ; galerie des moulages grecs à l’École des Beaux- Arts — 6 Ph. Lebas, Voyage en Grèce et en Asie Mineure, pl. II, 14. — 7 Antiq. of lonia, t. III, ch. 3, pl. 10 (ed. de 1769), pl. 8 (ed. de 1821).— 8 Stuart et Revett, Antiq. of Athens, t. I, ch. 3, pl, 6, 7 ; t. 111, ch. 3, pl. 6-10, et ch. 9, pl. 3. — 9 Penrose, Principes of Athen. Arch. pl. 39. — io Envois de Rome de MM. Tétas. Aucclet, Bonnet et Brune ; biblioth. de 1 École des Beaux-Arts. — U Canina.
Après l’asservissement de la Grèce, quand ses artistes vinrent à Rome chercher l’emploi de leurs talents, nous y voyons apparaître la pure acanthe grecque, avec ses lobes à trois divisions aiguës, avec ses œils ronds comme ceux du chardon épineux, acanthe dont l’ensemble est à la fois décoratif et plein du sentiment de la nature et de la vie. Le temple en marbre de Vesta, à Rome, nous présente, dans son chapiteau, un très-beau spécimen de l’acanthe ainsi comprise 11 ; nous la retrouvons aussi à Cori, dans le magnifique chapiteau, en pierre stuquée, des colonnes du temple de Castor et Pollux H. De la même époque date, sans doute, un temple dont les restes, peu connus, subsistent en France, auVernègues (Bouches-du-Rhône). Ses chapiteaux, comme ceux du posticum du temple de Livie, à Vienne (Isère), sont ornés de feuilles d’acanthe qui ont tous les caractères ci-dessus décrits 15.
Bientôt cependant le sentiment de la nature est abandonné, et, même dans les premiers édifices de l’Empire, les chapiteaux présentent une feuille d’acanthe conventionnelle, qui n’a plus, de la feuille primitive, que l’aspect général. Les grandes divisions sont toujours observées, l’ensemble est décoratif et monumental, mais l’effet est froid, la vie est absente. On a remarqué ici, comme esprit de détail, l’introduction de la feuille de l’olivier et de celle du laurier. Chaque lobe de la feuille offre quatre ou cinq divisions, profondément refendues, dont chacune, creusée en coquille, peut, à la rigueur, représenter la ligne extérieure d’une feuille d’olivier ou de laurier; l’œil est allongé, les côtes sont très-fortement accusées et celle du milieu est ornée de divisions ou d’une petite feuille étroite superposée. C’est la feuille que nous offrent le plus fréquemment les édifices romains. Nous la trouvons aux chapiteaux du temple de Mars Vengeur, du Panthéon, du portique d’Octavie, de l’arc de Titus, du temple d’Antonin et Faustine (fig. 28), etc., et généralement dans les modiilons des entablements de ces mêmes édifices 16. Dfins le chapiteau du temple de Jupiter Stator, et dans le chapiteau à têtes de bélier qui provient de l’intérieur du temple de la Concorde 17, cette feuille conventionnelle prend un autre caractère ; elle montre plus de vie par la forme flamboyante de ses divisions.
L’acanthe molle, plus fine, plus souple , plus gracieuse peut-être, fut surtout, comme nous l’avons dit, employée par les Romains. Ils la transformèrent en y ajoutant des détails pris à d’autres plantes, telles que le persil, et en tirèrent ces magnifiques ornements qui couvrirent les moulures, les modiilons, les consoles, les frises d’entablements, les corps de pilastres, etc., et dont les exemples sont si nombreux. Nous n’en citerons que quelques-uns parmi les meilleurs : les moulures du piédestal de la colonne Trajane 18, la cymaise du temple de Jupiter Sérapis à Pouzzoles 19, les consoles et les rinceaux
Arch. romana, pl. 20, p. 73. — 12 Monumenti mediti dell’ Inst, arclieol. 1835, tav. 20. — 13 Galerie des moulages romains; Envoi de Rome de M. Bounet, Bibl. de l’école des Beaux-Arts. — Envoi de Rome de WM. Th. Labrouste et Brune. — Moulages romains à l’École des Beaux-Arts. — 16 Moulages romains à l’École des Beaux- Arts; et Envois de Rome de MM. Paccard, Louvet, LebouU ux, Vaudreiner et Ginain. — *■ n Moulages romains à l’École des Beaux-Arts, ctÆ'nuotsde MM. Ancelet et Paumct
18 Envoi de Rome de M. Giuaiu — Envoi de Rome de M. Garnier,
Fig. 23. Acanthe du temple d’Antonin et Faustine.
ACA
ACA
du forum de Trajan î0, la frise du temple du Soleil, dont les fragments gisent dans le jardin Colonna 21 , et les rinceaux de la villa Médicis, qui ont dû décorer des corps de pilastres 22 • Semblables à ces derniers rinceaux étaient sans doute les acanthes d’or dont parle Diodore de Sicile, en décrivant le char funèbre d’Alexandre ss, et qui, surgissant du milieu de chaque colonne, s’élevaient insensiblement jusqu’aux chapiteaux 24 .
L’acanthe molle fut aussi employée dans la décoration des chapiteaux ; nous la voyons au chapiteau composite de l’arc de Septime Sévère (fig. 29) 25. C’est par erreur que Perrault et Quatremère de Quincy l’indiquent à l’arc de Titus 86 : les chapiteaux et les modillons de cet arc portent l’acanthe de convention.
L’acanthe en général, diversement interprétée suivant les différentes époques, ne fut pas seulement appliquée à 1 architectui e proprement dite. Nous la trouvons encore soit dans les peintures de Pompéi et des Thermes de Titus, soit
Fig. 29. Acanthe de l'arc de Septime comme ornement de vases,
de candélabres, de tables, et de toutes sortes d’objets en marbre ou en bronze, que contiennent nos musées.
L’orfèvrerie s’en servit aussi très-heureusement; nous en avons un bel exemple au Musée de Naples, dans un \ase en argent, où se trouvent représentés Homère, 1 Iliade et 1 Odyssée, portés sur des rinceaux d’acanthe 27 .
Dans leurs poésies, Théocrite, Ovide, Properce et "Virgile, nous décrivent des vases et des coupes, en airain ou en bois, sur lesquels la flexible acanthe serpente et s’entrelace 28. L acanthe fut aussi employée en broderie pour orner les vêtements. E. Guillaume.
ACAPNA. — I. acapna ligna, «xaitvaÇvXa, bois qui brûlent
sans fumée. Le climat de la Grèce et de 1 Italie n exige pas des appareils de chauffage très-compliqués. Les anciens, dans leurs appartements, se contentaient, en général, comme on fait encore dans beaucoup de pays chauds, d’un foyer fixe (écTta) ou portatif ( focus , «vGpaxta, eo-/apa)> et dans le premier cas, une simple ouverture au plafond suffisait à donner passage à la fumée [focus, domus]. Ce mode de chauffage rendait nécessaire l’emploi de combustibles donnant aussi peu de fumée que possible. On se servait de bois que l’on avait eu la précaution de faire complètement sécher. Les poètes ont toujours soin d’indiquer cette dessiccation par des épithètes convenables (£uXa 8avd 2, ljuXa xctyxava 2, xaXa xàyxava ). On perfectionna en Grèce les procédés de dessiccation de telle sorte qu’on obtint des bois brûlant sans produire aucune fumée, £uXa dxcrrtva, ou simplement dx*™ a 4 ; les Latins ont adopté le mot avec la chose qu’il désigne. Nous connaissons trois des procédés auxquels ils avaient recours. Le plus simple consistait à activer la dessiccation du bois en
20 Envoi de M. Bonnet ; Owen lones, The Grammar of ornement, ch. 6, [il. XXVI. — 21 Envoi de M. Bonnet. — 22 Moulages romains à l’École des Beaux - Arts. 23 Diod. Sic. XVIII, 26. — 24 Quatremère de Quincy, Monuments et ouvrages d’art antiq. restitués, t. II, p. 46. - 25 Envoi de M. Ancelet.-23 Envoi de M. Vaudremer. — 27 Mus. Borb. XIII, pl. 49. — 28 Theocr. Idyl. I, 55 ; Ovid. Metam. XIII v. 701 ; Propert. Eleg. III, 9; Virg. Bucol. III, 44.
ACAPNA. 1 Hom. Od. XV, 322 ; Aristoph. Pax, 1 134.— 2 Boni. Od.XVIlI, 303 ; 11. XXI 361. — 3 Hom. Hymn. in Merc. 11:'. — 4 Plut. Sympos. Il, I, 17; Galen. De tan. tuend. 1. IV, t. VI, p. 127. — » lilart. Epigr. XIII, 15. — » Theophr. üist.
l’exposant à un feu ardent, sans toutefois le réduire en charbon ; les matériaux préparés de cette façon s appelaient aussi ligna coda ou coctilia 5 ; la seconde méthode consistait à enlever l’écorce et à faire séjourner le bois dans l’eau, puis à le faire complètement sécher avant de s’en servir 6 ; le dernier procédé était l’immersion dans de Yamurca, la partie aqueuse du suc de l’olive qui sort la première sous le pressoir, avant l’huile [olea] ; quelquefois aussi on se bornait a en enduire la surface du bois, qui était ensuite séché au soleil 7. .
IL acapnon MEL, miel sans fumée, c’est-à-dire le miel
enlevé de la ruche sans qu’on eût enfumé les abeilles 8. Comme cette dernière opération communiquait au miel un goût assez désagréable, le mel acapnon était fort recherche
[mel]. Gii. Morel. ^ .
ACATUS, ACATIUM (yAxaxoî, ’Axd-uov). — Petit bâtiment dont le nom se rencontre assez fréquemment dans les auteurs anciens, mais dont aucun n’a laissé une définition précise. Des divers passages où il en est question, il résulte que ce nom, resté indéterminé, comme chez nous ceux de barque ou d’embarcation, s’appliquait à des navires d impoitance et de destination diverses. Hérodote 1 parle d acates servant à transporter des grains ; Lucien 2 appelle de même un navire de charge pouvant contenir des passagers en grand nombre, des armes, des provisions, et en état de résistei a une longue et pénible traversée ; mais, en général, ce nom désigne des bâtiments légers et surtout propres à la course. Tels étaient ceux dont se servaient les pirates, « légers, étroits, de facile manœuvre, embarquant, dit Strabon 3, environ vingt-cinq hommes, rarement capables d’en porter trente. » Thucydide raconte que les habitants de Mégare assiégée par les Athéniens, dans la guerre du Péloponèse, sortaient pendant la nuit pour exercer la piraterie ; ils transportaient sur une charrette jusqu’à la mer et faisaient rentrer de la même manière dans la ville, avant le jour, un de ces navires, que l’historien appelle dxaxiov du.cpYipixov, c est-à-dire que chaque ïameui y maniait deux avirons4. Quand Carthage fut réduite à toute extrémité par la révolte des mercenaires, elle arma les plus grandes acates qui se purent trouver 5 ; c’étaient par conséquent des navires qui n’avaient pas auparavant celte destination. D’autres témoignages prouvent encore que des acates servaient à la pêche6, ou comme embarcations attachées à de plus grands vaisseaux7, qu’elles naviguaient tantôt à la rame 8 et tantôt à la voile 9, et qu’elles étaient au besoin munies de gouvernails ‘°, d’ancres11, et quand elles devaient combattre, d’éperons. Ce dernier trait leur est attribué par Pline 12, aussi bien que la poupe arrondie et courbée en dedans ; mais ce sont là des caractères qui ne les distinguent pas de la plupart des autres navires. Plutarque 13 appelle àxemov le bateau dans lequel se jeta César surpris à Alexandrie, d’où il gagna à la nage un bâtiment en rade , et Suétone, racontant le même fait14, lui donne îe nom de scapha ; il s’agit donc ici d’une chaloupe. Enfin, les poètes grecs se servent quelquefois du mot axaxoç en parlant de la barque de Caron, le nocher des enfers. On voit combien serait peu rigoureuse toute définition de l’acale.
plant. XV, 10. — 7 Cato, De re rust. 130; Plin Hist. Nat. XV, 8. — 8 l’Un. I/ist. Nat. XI, 15; Colum, VI, 33.
ACATUS, ACATIUM. 1 VII, 186. — 2 De ver. narr. 1, 5. — 3 XI, 758 B. — 4 Thuc. IV, 47, et Sehol. ad h. I. - 3 Polyb. I, 73, 2. - 3 Oppian. liai. V, 1345 Suiil. s. t. — 7 Heliod. V, 27, p. 249; Agathias, III, c. 21, p. 97; Acta apostol. XXVII, 2. — 8 Thuc. I. c. — 9 Xen. Hellen. VI, 2, 27 ; Pind. Pyth. XI, 60 ; Lucian. I. c. — 10 Bückh, Urkunden iiber dus Seewesen des attisch. S tantes, XI. n; Theogris, 457.— n Thuc. VII, 59. — >2 Hist. Nat. IX, 30, 49. — « Caes. 04.— 14 Caes. 64.
ACC
ACC
II. Acatiuiv , ’Axdxtov, ’Axaxeioç îaxoç, nom du deuxième mât (et sans doute aussi, dans les plus grands bâtiments, celui du troisième), par opposition au grand mât du milieu (îfftoç f/iyaç). Le nom venait vraisemblablement de ce que ce mât ressemblait par son gréement au mât unique des petites embarcations appelées acates, quand elles naviguaient
Fig. 30-31. Vases en forme de bateau.
à la voile.
De même, on appelait acatia, dxdxEta 1er (a, les voiles attachées à ce second ou troisième mât 15 [malus].
III. Acatus, ÿAxax oc, était aussi le nom d’un vase à boire dont la forme rappelait celle d’une barque. C’est tout ce
qu’on peut conclure des textes grecs où cette ressemblance est indiquée 16. Au lieu de pied, ce vase avait peut-être, comme la phiale, un ombilic (ogcpaXoç) servant à le saisir 17„ La structure du navire appelé acate étant, comme on l’a vu plus haut, très-indéterminée, il est impossible de dire avec précision quelle était la forme du vase du même nom. Ce vase n’était pas le seul d’ailleurs dont le nom fût dérivé d’une semblable analogie de formes [cymbe,
CYMBIUM, SCAPUA, TRIERES]. NOUS
en offrons ici deux exemples tirés de la collection du Louvre (fig. 30 et 3 1 ), sans prétendre reconnaître lequel des noms que nous venons de citer convient le mieux à chacun de ces vases.
On en voit un presque entièrement semblable, servant à faire une libation (fig. 32), sur un vase peint de l’ancienne collection d’Hamilton 18. De même, dans un passage d’Athénée 19, ce sont des acates de grande dimension que l’on prend pour les libations qu’on avait l’habitude de faire à la fin du repas. E. Saglio.
Fig. ù'2. Vase servant aux libations.
ACCA LARENTIA. — Divinité romaine, connue surtout par des traditions qui la réduisent au rôle d’un personnage légendaire. D’après la légende la plus répandue, que rapportent plusieurs écrivains à peu près dans les mêmes termes1, c’était une courtisane qui vivait au temps deRomulus ou d’Ancus.Un gardien du temple d’Hercule ayant osé, dans une heure d’oisiveté, défier le dieu au jeu de dés, lui offrit comme enjeu de lui servir un repas et de lui amener la plus belle fille du pays. Il perdit. Acca Larenlia, enfermée par lui dans le temple, reçut d Hercule l’avis de s’unir au premier homme qui viendrait à elle. Elle rencontra un riche Toscan, nommé Tarrutius ou Carutius, qui fut frappé de sa beauté’ 1 épousa et lui laissa en mourant de grandes richesses. Acca Larentia, à son tour, légua tous ses biens au peuple romain. Elle fut enterrée dans le Vélabre, et le sacrifice an¬
nuel des larentinalia fut institué en son honneur. D’après les auteurs qui rapportent cette fable au temps de Romulus 9, c’est, ce roi qui aurait été son légataire et le fondateur de son culte. Selon une autre tradition3, elle était la femme du berger Faustulus, qui nourrit et éleva Romulus et Rémus. Elle était mère de douze fils avec lesquels elle sacrifiait chaque année pour obtenir la fertilité des champs; l’un d’eux mourut; ce fut Romulus qui le remplaça; par la suite, il fonda avec ses frères adoptifs le collège des arvales.
Sans donner au développement et à l’interprétation des mythes une place qu’ils ne doivent pas prendre dans cet ouvrage, on peut faire ressortir les traits qui appartiennent à la divinité primitive et expliquent le culte dont elle était l’objet. Acca Larentia est la mère des lares (c’est là le sens propre de son nom4), la personnification de la terre féconde où sont déposés les semences et les morts, et de la vie qui sort de son sein ; elle est identique peut-être, à l’origine, à tellus, à ops, à ceres, à dea dia. Mais elle est plus particulièrement la terre romaine : de là les traditions qui font d’elle la bienfaitrice du peuple romain, la mère des Arvales, l’épouse de l’Étrusque Tarrutius, c’est-à-dire du possesseur du sol, du terrien. Ce qu’on disait de ses rapports avec Hercule, on le racontait également 5 de Flora et d’une certaine Faula ou Favola, qui paraît n’être autre queFAUNA, déesses qui représentent comme Acca Larentia la fécondation. Cette union avec le dieu solaire en rappelle d’autres semblables de déesses telluriques avec les dieux de la lumière et de l’atmosphère, et l’on retrouve parmi les pratiques de plusieurs cultes grecs ou asiatiques l’usage d’enfermer une femme la nuit dans le sanctuaire d’un dieu 6. Enfin, comme les héros fondateurs de Rome sont les Lares de la cité Acca Larentia est, dans les récits, leur nourrice et leur mère ; elle est l’épouse de Faustulus, autrement dit de paunus, qui les recueille et les élève, et par là encore elle se confond avec Fauna ou Luperca ; elle est encore la louve qui allaite les deux jumeaux8, et ce nom de louve (■ lupa ), appliqué communément aux courtisanes, n’a pas sans doute été sans influence sur le tour qu’a pris la légende dans les temps postérieurs.
Les circonstances qui nous sont connues9 de la fête des larentinalia marquent encore et rendent plus manifeste le double caractère d’une déesse féconde qui règne dans les demeures souterraines. Cette fête était célébrée le dixième jour (et, antérieurement à Jules César, le neuvième) avant les calendes de janvier, c’est-à-dire le 23 décembre, précisément au moment de l’année où les jours ont achevé de décroître et reprennent leur cours ascendant. Elle avait le double aspect d’un culte funèbre [parentatio] en l’honneur d’Acca Larentia, et d’une réjouissance en l’honneur du dieu de lumière Jupiter. On descendait au quartier du Vélabre, jusqu’à l’entrée de la via Nova, où, non loin de l’ancienne porta Romanula , s’élevait l’éminence qui portait le nom de tombeau d Acca Larentia; et là, à la sixième heure, c’està-dire au moment même où une année expirait, où l’autre commençait, le sacrifice aux mânes était offert par les pontiles 10 ou par le flamine quirinal11. Le reste du jour était
18 Xen- f'elL VI> 27 ; Phrynic. ap. Bekker, Anecd. p. 19, 10. — 16 Athen. XI, 785 Ilesych. ’A/. i™. - 17 Athen. XI, 5o2». - '8 h’Hancarville, Vases d’Hamilton, 17
(• Il, pl. 151. — 19 xv, bt)2 f. ’
ACCA LARENTIA. 1 Macrob. Sat. I, 10; Plut. Quaest. rom. 35 ; id. Romul. 5 ; c Fast.Praen 25 déc. ; Orelli, Corp. inscr. 404,410 ; Augustin. Civ. Del, VI, 7. — 2 Mac I, 10, 17; Oeil. VI, , . — 3 Ovid. Fait. III, 56 ; Dionys. I, 84 ; Plin . Hist. Nat. XVIII, Cell. I. I. I, 4; P. Diac. Larentalia ; Fulg. Arvales fratres. — 4 Akkà, mère’ sanscrit. Bopp, Gloss, sanscr. 1846 , p. 6;Benfey, Griech. Wurzellen, I \
— 5 Lact. Inst. I, 20, 5; id. Epit. 20, 3; Arnob. III, 23; Plut. Quaest. rom. 35. — 6 Schwenck, Rhein. Mus. 1867, p. 129. — 7 Ovid. Fast. II, 615; V. 134; Dîomed. I, 379. — 8 Dionvs. I, 84; O. Muller, Etrûsk. II, 104. — 9 Varr. Ling. lat. VI, 23; Ovid. Fast. III, 55; Macrob. I. I. ; Fast. Praenest. 25 déc.; Orell. I. I. — lo Cic. Ad Rnit.l, lo, 8. — - '1 Gell, VI, 7. — Bibliograpiue. O. Millier, Etrùsker, III, 4, 15; Hertzberg, De diis rom. patriis , Halæ, 1840, p. 37 et sq. ; Sehwegler, Rom. Geschichte, I, p. 375, 395, 431; Preller, Rom. Mv ol. p. 422 ; Huschke, Das alte rômisc/ie Jahr. Breslau, 1869, p. 14 et 147,
ACC
ACC
consacré à Jupiter, qui rend la vie et qui est le père et le souverain des génies, comme Acca Larentia est la mère et la souveraine des Lares. E. Saglio.
ACCENSI. — I. Catégorie particulière de citoyens romains, dans l’organisation de Servius Tullius. Le sens de cette expression est fort controversé entre les savants. D’après une conjecture ingénieuse de Niebuhr, appuyée sur plusieurs textes, et adoptée par MM. Walter 1 et Ortolan 2, il s’agit d’une partie des citoyens qui, n’atteignant point le taux fixé pour la cinquième classe du cens, ne rentraient pas dans la classification normale des cinq classes 3. Néanmoins ces individus étaient répartis dans des divisions annexes : ceux qui, sans s’élever au chiffre de 12,500 (ou 11,000), possédaient néanmoins une valeur de plus de 1 ,500 as, proletarii ( sensu lato) portaient le nom d 'accensi velati, par un double motif 4 : 1 0 ils formaient un rôle supplémentaire du cens des légions ; 2° ils les suivaient à la guerre, mais sans armes, vestiti inermes, pour remplacer les morts. Ces citoyens composaient une centurie particulière ayant sa voix aux comices 5. Ceux, au contraire, dont la fortune s’élevait, à 375 as au moins s’appelaient proletarii ( stricto sensu) ; au-dessous venaient enfin les capite censi. — D’autres auteurs, au contraire 6, soutiennent que la dénomination accensi s’appliquait parfois aux quatre classes inférieures, par opposition à la première, celle des classici par excellence, mais plus spécialement à la cinquième classe \ composée en grande partie de clients. Ce système ne s’appuie que sur une interprétation douteuse de Tite-Live, et ne nous paraît pas vraisemblable. 11 est difficile d’admettre, en effet, que les classes les plus nombreuses n’aient été employées à la guerre que pour combler les vides, destination incontestable des accensi velati, d’après Festus et Yarron, tandis que la cinquième classe, armée de frondes, devait faire le service des troupes légères 8 [census, centuria, classis, comitia,
SERVII TULLII CONSTITUTION ES]. G. HuMBERT.
IL Soldats supplémentaires appartenant à la classe de citoyens dont il vient d’être parlé. Au temps où le service militaire était purement gratuit et où les citoyens s’armaient à leurs frais 9, les plus pauvres suivaient l’armée, sans armes défensives et n’ayant d’autres armes offensives que des bâtons ou des cailloux qu’ils lançaient avec la main ou à l’aide de frondes10. Ils formaient ainsi une sorte d’infanterie légère; d’après Denys d’Halicarnasse, ils auraient eu aussi de courts javelots, couma [veru] ; ils remplissaient encore certains emplois inférieurs ; enfin ils remplaçaient les légionnaires morts ou hors de combat “. Il ne faut pas oublier que l’institution du corps des accensi appartient à l’époque où l’armée était encore organisée en phalange compacte et profonde, agissant par sa masse ; les hommes qui combattaient aux derniers rangs, protégés par les combattants des premières lignes, n’avaient besoin ni d’armes sérieuses, ni d’une longue habitude des exercices militaires pour contribuer à sa solidité.
Les noms qu’on leur donnait se comprennent aisément. Ils s’appelaient accensi , adscripti, adscriptitii , adscriptivi, parce qu’ils étaient inscrits comme supplémentaires au rôle
ACCENSI. l Gesch. des rômisch. Bechts, 3« éd. § 30, p. 19 et suiv. — 2 Explic. hist. des Inst. 6* éd. p. 56. — 8 Tit. Liv. III, 30; Aul. Gell. X, 28. C’est à tort que Denys d’Halicarnasse établit une siii' me classe, IV, 18, 20; Mommsen, Bômische Tribus, p. 218. — 4 Festus, s. v. Adscripti, Velatitii, Adcensi ; Nonn. Marc. XII, 8 ; Varr. Ling. lat. VII, 56. — 5 Tit. Liv. I, 43; Cic. Bep. II, 22 ; Walter, I, g 33, p. 56. — 6 Lange, Bôm. Alterth. I, § 59; Mommsen, Boni. Tribus, p. 135, 136 et «19. — 7 Dionys. V, 67 ; Tit. Liv. I, 43; Plutarch. Poplicol. 21. — 8 Tit. Liv. I, 43. — 9 Tit. Liv. 1, 43; IV, 59; Dionys. IV, 16, l" et 19. — «> Tit. Liv. I, 43; Varro ap. Non. s v Decuriones ; Paul. Diac. s. v. Adscriptitii. — 11 Varr. Ling. lat. VU, 56.
des légions {quod ad legionum censum estent adscripti) 18 ; Varron 13 les nomme supervacanei, et Yégèce n supernumerarii. On a expliqué plus haut le surnom de velati, qu’ils recevaient à cause de la simplicité de leur équipement {quia vestiti inermes sequerentur exercitum) 15 ; ils s’appelaient aussi ferentarii, soit, comme le dit Varron 16, parce qu’ils n’avaient d’autres armes que les projectiles qu’ils portaient pour les lancer (fundis et lapidibus, /lis armis quae ferrentur, non quae tenerentur) ; soit, d’après l’explication plus plausible de Caton, parce qu’ils servaient de porteurs aux autres soldats ( tela ac potiones militibus proeliantibus ministrahant ,7) ; enfin on les appelait rorarii [legio], et cette confusion avec un corps tout à fait distinct vient sans doute de ce que les accensi et les rorarii ne différaient pas à l’origine et de ce qu’ils combattirent toujours de la même manière au commencement de l’action ( antequam acies coirent in modum rorantis tempestatis dimicarent) 18. Quand le sénat eut décrété, en 406 avant Jésus-Christ, que l’armée recevrait une solde, les accensi purent se procurer des armes plus efficaces que des frondes ; alors ils eurent des javelots comme les rorarii. Ils eurent même une fois au moins des hastes comme les triarii : stratagème qui permit à T. Manlius de réserver ceux-ci pour une action décisive dans la guerre contre les Latins, en faisant avancer à leur place les accensi qui étaient ordinairement aux derniers rangs 19. Les Latins, croyant avoir affaire aux triarii, firent avancer les leurs et épuisèrent ainsi leurs dernières forces pour se retrouver tout à coup en face des plus solides troupes des Romains.
Ce fait toutefois est exceptionnel. La baste demeura toujours probablement réservée aux classes des légionnaires, et peut-être la privation de cette arme par le censeur fut-elle la marque de la déchéance des citoyens qui leur appartenaient au rang des accensi velati [iiasta, censio hastaria].
On voit encore des combattants armés seulement de pierres ou de bâtons, comme les accensi des premiers temps, dans les basreliefs de la colonne Trajane 20
III. Il y avait aussi des accensi qui faisaient un service dans la cavalerie et qui étaient placés en conséquence sous le commandement du magtster equitum 21. Ils avaient pour emploi de tenir les chevaux des chevaliers, quand ceux-ci en changeaient 22 ou quand ils combattaient à pied; peutêtre combattaient-ils eux-mêmes, armés de javelots ; ce seraient alors les mêmes que Varron 23 désigne sous le nom de ferentarii équités 24 .
1Y. Des accensi remplissaient auprès des officiers les fonctions d’ordonnances 25. Les militaires d’un grade plus élevé qui portaient le titre d’oPTio, paraissent, à l’origine, être sortis des mêmes rangs 26.
Paul. Diac. I. I. — 12 Paul Diac. 1. 1. ; Varro, Ling. lat. VII, 56 ; Plaut. Menoechm. I, 3( i. — 13 Nonius, I, 279, s. v. Legionum. — n II, 9. — 15 P. Diac. I. L. — 1« Ap. Non. s. v, et P. Diac. I. I. — 17 Cat. ap. Varr. Ling. lat. VII, 58 et ap. P. Diac. s. v. Velati. Cf. Plaut. Trin. II, iv, 55. — 18 P. Diac. I. I. — 19 Tit. Liv. VIII, 3 et 10. — 20 Bartoli, Colon. Trajan. tav. 49. —21 Varr. Ling. lat. V, 82. — 22 P. Diac. s. v. Paribus equis. — 23 Varr. 1. 1. VII, 57 . — Huschke, Servius Tullius, p. 178; Zander, Andeutungen, III (die rômische Légion), p. 28. — 25 Varro ap. Non. s. v. Decuriones ; id. De vita populi romani, lib. III; id. Ling. lat. VII, 58. — 23 Festus, s. v. Optio.
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Y. Les magistrats qui étaient en possession de I’impebium seurent de même à leur disposition dansleursfonctionsciviles des ordonnances nommés accensi. Ainsi 1 on voit un accen^~ sus auprès des consuls et des proconsuls “7, des préteurs , des dictateurs 29, des decemvin legibus scnbendis , des empereurs31. On trouve dans les inscriptions certains personnages attachés à la personne de l’empereur, désignés par ces mots accensus de Icit. (de latere ) s". Les curatores tiquai uni avaient aussi des aides du même nom 33. Les magistrats qui les avaient choisis d’abord dans l’armée les prirent ensuite parmi leurs affranchis 34. Certaines attributions paraissent avoir été réservées à ces accensi, que les magistrats employaient d’ailleurs comme ils l’entendaient ; ainsi le consul chargeait un accensus de convoquer le peuple à l’ouverture des comices 35 ; Y accensus du consul, plus tard celui du préteur, annonçait les divisions principales du jour 36 ; un accensus précédait celui des consuls qui n avait pas les faisceaux 37 [fasces]. On voit Y accensus et les licteurs réunis, comme marque de la dignité consulaire, sur une monnaie de Junius Brutus, ici reproduite d’après un exemplaire du Cabinet de France 38 (fig. 34). Sur une autre
Fig. 34. Accensus précédant Fig. 35. Accensus suivant
le consul. l’empereur.
monnaie du même Cabinet (fig. 35) on voit l’empereur Adrien suivi d’un accensus et de trois enseignes 39.
Un employé du même nom faisait les fonctions d’huissier devant le tribunal, appelait les parties, et imposait le silence 4o. E. Saglio.
YI. Les monuments épigraphiques de l’époque impériale nous font connaître des accensi velali qui ne semblent avoir rien de commun avec les soldats qui portaient le même nom dans l’armée romaine primitive. Ces nouveaux accensi formaient une centurie ou un collège 41 chargé d’entretenir à ses frais les voies publiques. Un passage des fragments du Digeste retrouvés au Vatican par le cardinal A. Mai nous apprend que cette corporation comptait cent membres, lesquels jouissaient, entre autres privilèges, de l’exemption de tutelle et de curatelle 42. Les inscriptions montrent que le collège en question se recrutait surtout dans la classe moyenne de la société romaine. Parmi les accensi velati on trouve des chevaliers romains, et même des fonctionnaires
27 Varro, Ling. lat. VI, 88; Orelli, 1621, 2253, 3127, 6091, 6530; Cic. Ad AU. IV, 16; Tit. Liv. XLV, 29; Plin. Hist, Nat. VII, 60; Siiet. Caes. 20. — 28 Varro, l. L; Cic. Verr. II, 1, 28; 3, 66. — 29 Tit. Liv. vn, 31 30 T;t. LiY. IUj 33,
31 Orelli, 2931, 3197, 6340. — 32 Orelli, 2931 ; Muratori, 899, 2. — 33 Frontin De aquaed. 176. - 34 cic. Ad Attic. IV, 16; Ad Qu. Fr. I, 1, 4; Varro, Ling’ lat. III, 67; Orelli, 3255, 3127, 3306, 6341. — 35 Varro, VI, 88. — 36 id. VI, 5 et 89 • Pim. Mist. Nat. VII, 60. — 37 Suet. Caes. 20. — 88 Cohen, Monn. consulaires, XXIII, 12. — 39 Cohen, Monn. imper. II, pl. vi, 779. — 40 cic. Ad Qu. Fr I, 1, 7. - 41 orelli, III, 2461, 1368, 3884, 2182, 2153 ; Muratori, 1067, 4’ Cruter, 324, 2; Mommsen, Inscr. Regn. Neap. 3610 — 42 Juris civilis antejustl r.ianei relliquiae ineditae, § 138. — Bibliographie. Walter, Geschichte des romischen Rechts, 3- éd., Bonn, 1860, 1, § 30, 33 et 298, p. 50 et suiy. ; Ortolan, Explicat hist des Instituts, 6- éd. Paris, 1858, 3 vol. in-8, I, p. 56; Mommsen, Die rômische Tribus in admin. Reziehung, Altona, 1841, in-8, p. 135, 136, 218, 219; Lan^e Rù mische AUerthumer, Berlin, 1856, in-8, p. 347, 348 ; Becker, Handbuch der rômùchen Alterthum. Leipzig, 1844, U, 1, p. 212 et 375, 2e éd., 1863, § 59 et les auteurs cités
haut placés dans cet ordre : tribuns militaires, procurateurs de César, etc. L’un d’eux, M. Consius Cerinthus, n’est, il est vrai, qu’un affranchi, mais le style archaïque de son monument funéraire prouve que ce personnage a vécu du temps d’Auguste. L’institution date donc du commencement de l’Empire. La dignité des accensi velati dut grandir dans les siècles suivants, comme celle de tous les corps créés avec le principat. Leurs privilèges grandissaient aussi, et l’exemption des charges devenait de plus en plus précieuse, à mesure que décroissait la prospérité de l’Empire. Dans les derniers siècles, les places de ces corporations privilégiées étaient devenues héréditaires. On comprend, d’après cela, comment un enfant de quatre ans peut être qualifié de decurialis accensus velatus. Le mot decurialis prouve que le collège de cent membres était divisé en dix décuries.
Cette corporation, comme toutes celles qui étaient autorisées par l’État, avait ses biens propres, et par conséquent ses esclaves. On sait d’autre part que les affranchis, en recevant la liberté, prenaient le nom de leur maître. Ceux qui appartenaient à une tribu, ou à une ville, prenaient un nom tiré de celui de la tribu ou de la ville. Les anciens esclaves publics s’appelaient Publicius. Cette remarque suffit pour faire comprendre comment le nomen gentilitium de T. Yelatius, Accensorum Velatorum L. Ganymedes, dérive des velati auxquels le personnage en question avait appartenu comme esclave. C. De la Berge.
ACCEPTILATIO. — Ce mot, dérivé de acceptum ferre, désignait dans la langue du droit romain un mode d’éteindre une obligation au moyen de paroles ( verbis ) conçues en sens contraire de celles qui avaient servi à la former.
Le débiteur disait au créancier : Quod tibi . debeo, accep-
tumne habes (tiens-tu pour reçu)? Celui-ci répondait : Acceptum habeo. L’obligation était alors éteinte ipso jure 1.
L’ acceptilatio ne s’appliquait pas aux obligations nées autrement que verbis; mais on pouvait, à l’aide d’une novation, transformer en obligation créée verbis toute autre obligation, et l’éteindre ensuite par acceptilatio. Gallus Aquilius avait composé à cet égard une formule célèbre, connue sous le nom de stipulatio Aquiliana, et dont la teneur est donnée par les Institutes de Justinien 2. X.
ACCESSIO. — Ce mot, qui, en droit romain, signifie l’accessoire (ut accessio cédât principali *), quelquefois un avantage, un émolument attribué à une personne 2, parfois même, mais rarement, le fait de la jonction de deux objets 3, est pris par la plupart des interprètes anciens et modernes pour un des modes de droit naturel d’acquisition de la propriété4. Suivant eux, dans les cas où un objet s’accroît, s’étend ou se modifie par l’adjonction d’un autre objet appartenant à un maître différent, il faut distinguer quelle est la chose principale, quelle est la chose accessoire, et décider que la se-
dans cet ouvrage, t. II, 1, p. 203, et t. II, 3, p. 10; Huschke, Servius Tullius, p. 175-183, Heidelberg, 1838 ;Raumer, De Servii Tullii censu, Erlangen, 1839- Gerlach, Historùche Studien, 11, Bàle, 1847, p. 203 et 266; Le Beau, Mém. de l Acad, des Inscr. t. XXIX, p. 369 ; Zander, Andeutung. zur Geschichte der rôm. Kriegswesens, Schônberg, 1540, p. 9, et 3» partie, Ratzeburg, 1853, p. 25; Rein in Pauly, Real. Encyclop. I, 2* éd., 1862, s. v. Accensi; Niebuhr, Rom. Geschichte, I, p. 496 ; Mommsen, Degli Accensi Velali, in Annal. delV Institut, archœolon ' 1849, p. 209. y’’
ACCEPTILATIO. 1 Gaius, Instit. Comm. III, 169-172; Dig. XLVI, 4. 2 Inst. 3
XXIX, § 2 ; Dig. 4 6, tit. iv, fr. 18, § 1. — Bibliographie. Huschke, üeber da’s Recht des Nexum, Leipzig, 1846, p. 231, 234, 236 ; Bachofen, Dos Nexum, Bâle, 1843 ; Puchta-Rudorff, Institutionen, 1847, § 297; Rein, Rôm. Privatrecht und Civil’proz. Leipz. 4858, p. G80, 770.
ACCESSIO. 1 L. 19, § 13, De aur. argent, etc. legatis, XXXIV, D. 2. — 2 Paul. Sent. 111,6, 22.-3 Gaius, IV, 151 ; fr. 14, §3, et fr. 16, Dig. XLLV, 3. — 4 Heineccius, Klein, jur. 562 ; Ortolan, Explication hist. des Instit., t. I, p. 366 sq.
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conde est par cela môme acquise au maître de la première 5. M. Ducaurroy 6 a soutenu, au contraire, que cette théorie n’existe pas dans les écrits des jurisconsultes romains, et que tous les cas rapportés à l’accession par les commentateurs s’expliquent par les principes généraux du droit, sans recourir à cette règle particulière. Et quant à la formule, ut accessio cédât principali , il a montré qu’elle n’a pas été prononcée par Ulpien 1 pour décider une question de propriété, mais « en matière de legs et pour apprécier, d’après l’intention du testateur, l’étendue de sa disposition, spécialement pour savoir si, en léguant une pièce d’argenterie, il a entendu léguer les pierreries dont elle est ornée. » Ce qui ne peut être contesté, c’est que dans la nomenclature des jurisconsultes classiques, l’accession ne figure pas parmi les modes d’acquérir s. Quoi qu’il en soit de cette discussion, le système de l’accession mérite toujours l’attention des jurisconsultes, car il a passé tout entier dans notre droit 9.
On a expliqué par l’accession les décisions relatives à celui qui construit avec ses matériaux sur le sol d’autrui, ou à celui qui construit avec les matériaux d’autrui sur son propre sol. Dans les deux cas, la construction appartient au propriétaire du sol, parce que, dit Gaius 10, superficies solo cedit. Le sol serait donc le principal et les constructions l’accessoire. Pour M. Ducaurroy “, si le propriétaire des matériaux ne peut les réclamer ni agir ad exhibendum pour les retrouver [actio], et s’il est réduit, en ce cas, à se contenter d’une indemnité, c’est à cause de la législation spéciale de la loi des Douze Tables, De tigno juncto, qui avait pour but d’empêcher la démolition des édifices ; mais l’accession a si peu donné la propriété, que le constructeur de bonne foi sur le fonds d’autrui pourra, l’édifice une fois détruit, revendiquer ses matériaux12, Une loi 13 le permet même au possesseur malaefidei, à moins qu’on ne prouve qu’il a voulu les aliéner.
On a expliqué aussi par l’accession le principe qui veut que les arbres plantés sur le terrain d’autrui appartiennent au maître du terrain, dès qu’ils y ont pris racine. Le jurisconsulte Paul 14 en donne une autre raison ; c’est que l’arbre nourri dans un autre terrain est devenu un nouvel arbre ( arborera alio terrae aliment o aliam factam). Au reste, les jurisconsultes romains ne s’entendaient pas parfaitement sur cette question 15.
Le papier sur lequel on a écrit reste toujours à son maître. Mais pour la toile sur laquelle on a peint un tableau, les opinions des jurisconsultes ont varié. Paul l’attribue au maître de la toile 16 ; mais Gaius 17, au peintre, à cause de la valeur supérieure de la peinture.
Beaucoup d’autres cas analogues sont prévus par le droit romain 18 [alluvio, confusio, specificatio]. F. Balwy.
ACCLAMATIO, laudatio, laudes, bona vota, eôcpr,|j.ia, eùÀoyîa, £7iatvo;, ETttêoYjaa. — Les circonstances dans lesquelles la faveur et la défaveur, l’admiration, la joie, le mécontentement ou tout autre sentiment se traduisait par des acclamations, des applaudissements ou d’autres marques bruyantes d’approbation ou d’improbation, étaient extrêmement nombreuses et variées chez les Grecs et chez les Romains. Nous renvoyons aux articles où se trouve naturellement leur place,
5 Ducaurroy, Inst, u" 319. — *> Loc. cit. — "L. 19, § 13, Di". XXXIV. 2. — 8 ulp. Iteg. XIX. — 9 Cod. Nap. art. 546 et suiv. — 10 II, 73. — n N“ 367. — 12 Ducaurroy, n° 370. — 13 L. 2, Cod. Just. III, 32. — 14 L. 26, § 2, De adguir. rer. domin. XLI, D. 1 .
15 L. 6, § 2. Arborum furtim Caesarum, XL VII, D. 7 ; L. 7, § 1 3, De adquir. rer.
domin. — 16 L. 23, § 3, De rei vind. VI, D. 1 . — 17 II, 78. — 18 Voy. les commentateurs sur le 1er titre du 2* livre des Institules de Justinien. — Bibliographie. Ducaurrov, Inslitutes de Justinien traduites et expliquées, Paris, 1851, 8“ éd.,nos 349 et suiv.; Ortolan, Explication historique des Instituts de Justinien, 6' édition, Paris, 1857, t. Il, d°*361 et suiv., p. 265 et suiv.; T. de Fresquet, Traité élémentaire de
les explications qui se rapportent aux acclamations en usage dans certaines fêtes ou dans les cérémonies des mariages et des funérailles [uymenaeus, nuptiae, funus, et les noms des diverses fêtes] ; les cris qui saluaient les généraux vainqueurs sur le champ de bataille, ou dont les soldats et le peuple accompagnaient les triomphateurs [imperator, triumohus]. On trouvera également ailleurs les renseignements nécessaires sur les acclamations adressées aux athlètes, aux vainqueurs des jeux, aux acteurs et à toutes les personnes qui paraissaient sur la scène ou descendaient dans l’arène des cirques et des amphithéâtres [circus, ludi, histkio, tiieatrum], ou encore aux auteurs qui récitaient leurs compositions en public ou chez les particuliers [recitatio]. Dans cet article spécial, nous ne nous occuperons que des acclamations qui, à Rome, accueillaient au sénat, au théâtre et dans les lieux publics, l’empereur, les membres de sa famille, plus rarement d'autres personnages, et qui finirent par recevoir une organisation régulière.
On ne voit pas que rien de semblable ait existé dans la Grèce tant qu’elle fut libre, ni à Rome avant la tin de la République. L’expression du sentiment populaire vis-à-vis des hommes qui étaient le plus en vue dans les cités grecques fut souvent passionnée, tumultueuse, mais elle resta spontanée. Les délibérations publiques étaient fréquemment troublées parles clameurs de l’assemblée. Les orateurs eurent toujours à compter avec les soudains entraînements de l’auditoire le plus mobile et le plus prompt aux applaudissements comme aux invectives* ; en toute occasion, les hommes en possession de la faveur du peuple étaient l’objet de démonstrations enthousiastes 2 ; mais dans ces mouvements de la foule, on ne reconnaît rien de semblable aux acclamations concertées et disciplinées des Romains sous l’Empire. Dès avant cette époque, celles qui s’adressaient aux hommes publies, lorsqu’ils paraissaient au forum ou au théâtre, n’étaient pas toujours à l’abri du soupçon d’avoir été achetées ou préparées par la brigue. On peut voir par les lettres de Cicéron 3 quel prix on attachait à une approbation sans mélange et sans fraude ; mais les félicitations et les vœux publiquement exprimés n’avaient pas encore un caractère officiel, comme au temps où ils furent le privilège à peu près exclusif de l’empereur, de sa famille et de ses favoris.
L’habitude paraît avoir été prise, dès le règne d’Auguste, de se lever quand le prince entrait au théâtre et de le saluer par des applaudissements, par des cris, ou par des chants à sa louange 4, et il ne fut plus permis d’adresser les mêmes acclamations à toutes personnes indifféremment, ni même à tous les membres de la famille impériale 6. Les paroles et le rhythme en étaient réglés. Néron perfectionna l’art des acclamations qui s’adressaient à sa personne, ou plutôt il introduisit à Rome un art plus raffiné, depuis longtemps sans doute mis en pratique à la cour des despotes de l’Orient. Charmé de' la manière musicale de saluer ( mudulatis laudationibus ) de quelques Alexandrins qui s’étaient trouvés à Naples quand il y avait chanté pour la première fois sur la scène, il en fit venir d’autres de leur patrie ; puis il fit choisir, parmi les chevaliers romains et dans le peuple, plus de cinq mille jeunes
droit romain, Paris, 1855, t. I, p. 266 et suiv. ; Puchta, Cursus Instit. 5« éd. par Rüdorff, Leipzig, 1857, § 242 ; F. A. Schilling, Lehrbuch f. Institut., Leipzig, 1834-46, II, p. 523; Bücking, Pandekt des rom. Privatrechts, Leipzig, 1855, 11, p. 141-154; Rein, Das Prioatrecht der llnmer, Leipzig, 1858, p. 282 et seqq.
ACCLAMATIO. 1 Xen. Hellen. 1, 7 ; Demosth. De fais. leg. Op. Dem. 297, 300, 310, ed. Wolf, Francfort, 1604 ; Æschin. ib. p. 408 ; Aristoph. Acham. 37, 54 et Schol. ad h. I. — 2 Plut. Them. 34 ; Xen. Hellen. I, 4. — S Cic. Ad Att. I, 16, 11 ; II, 19, 3 ; XIV, 2 ; id. Pro Sest. 54 sq. ; Plut. Sertor. 5. — 4 Phaedr. V, 7 ; Suet. iug. 56. — 5 Suet. Aug. 54, 56.
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gens ( Avgustales ou Augusfant) qui furent divisés en plusieurs bandes et qui apprirent à varier et à moduler leurs applaudissements 6. Quelque personnage de la suite de l’empereur donnait le signal et indiquait le thème aussitôt entonné par les Augustani ; puis tous les assistants, comme un autre chœur, répétaient ce que ceux-ci avaient chanté 7. Les historiens des règnes suivants et les autres écrivains attestent en cent endroits l’usage persistant de ces acclamations 8. Les expressions qu’ils nous ont conservées et le soin qu’ils ont pris de les noter exactement prouvent qu’elles n’étaient pas abandonnées à la bonne volonté de chacun et confusément proférées, mais que les formules en étaient précises et réglées sur un mode musical. On les retrouve jusqu’à la fin de l’empire d’Occident, et, à ce qu’il semble, encore perfectionnées à la cour de Byzance. Elles ne sont plus alors exclusivement réservées à l'empereur ou à sa famille ; elles sont un des privilèges attachés aux plus hautes charges de l’empire 9. Elles ont passé jusqu’au moyen âge et les traces en subsistent dans la liturgie ecclésiastique 10.
C’est surtout dans les jeux et les représentations du théâtre que le peuple, dès le temps de la République, s’était accoutumé à témoigner aux personnages importants sa sympathie ou son aversion, en essayant parfois d’imposer ses désirs comme des ordres à ceux qui lui commandaient “. Quand il n’eut plus, sous le pouvoir d’un seul, d’autres moyens de manifester ses sentiments, il continua d’user de celui-ci avec une liberté parfois importune et en se servant des mêmes moyens qu’il employait à l’égard des acteurs, c’est-à-dire en battant des mains, en criant, en jetant des fleurs, en agitant des vêtements ou des mouchoirs [orarium], en prodiguant les noms de dieux et de héros ou les épithètes flatteuses12. On voit reproduit (fig. 36) un des côtés du piédestal de l’obélisque de Théodose à Constantinople 1S. L’empereur assis, entouré de sa suite, assiste aux j eux du cirque ou de l’amphithéâtre, et les spectateurs l’acclament, quelques-uns en agitant des mouchoirs.
A côté des acclamations officielles, il y en avait donc d’autres que comportait la liberté du théâtre u. Il y en avait aussi d'hostiles, comme les sifflets, que les orateurs avaient eu jadis à redouter même au forum 1Si, comme les fruits et autres projectiles lancés au visage de ceux qui déplaisaient 1S, comme les imprécations de tout genre ( adversae , in faustae acclamation es , exsecrationes, convicia). C’est ici le lieu de rappeler les cris de mort qui furent souvent poussés contre les chrétiens. Les empereurs eux-mêmes n’en furent pas toujours exempts, parfois même de leur vivant, quand les passions excitées par les luttes de l’amphithéâtre étaient trop vivement allumées17, mais surtout quand leur tyrannie n’était plus à craindre. Dion Cassius18 nous apprend qu’après la mort de Commode, les acclamations mêmes que l’on avait coutume de chanter au théâtre en son honneur furent répétées par dérision et pour insulter sa mémoire. Un^autre historien nous a conservé les formules d’imprécations ordonnées par le sénat après la mort de cet empereur 19 .
L’usage des acclamations avait, en effet, passé du théâtre
et de la place publique au sénat. C’est sous ce nom que l’on voit désignés, dans les historiens, les vœux, les félicitations adressés par le sénat à l’empereur, ou les décrets par lesquels lui étaient conférés de nouveaux honneurs; et, en effet, ces décrets et ces vœux étaient toujours votés par acclamations 20. Après la lecture faite par un sénateur de la proposition qui leur était soumise, tous les autres s’empressaient de
Fig. 36. Acclamations au cirque en présence de l’empereur.
témoigner de leur adhésion unanime en répétant les mots : Omnes, omnes, ou AEquum est , justum est , ou Placet uniuersis, etautres semblables. Les acclamations tenaient lieu alors de la sentence ( sententia ) que chacun motivait au temps de la liberté. Sous Trajan, ces acclamations commencèrent à être notées dans les acta et gravées sur des tables de bronze S1.
Les formules inventées par l’adulation étaient extrêmement variées ; on en trouvera un grand nombre recueillies dans les ouvrages de Ferrarius, De acclamationibus veterum, et de Brisson, De formulis; elles sont remarquables par leur développement et l’accumulation des vœux, des titres et des épithètes; d autres, abrégées, se lisent sur les monnaies et médailles. On en voit dans certaines inscriptions qui sont de simples souhaits formes par des particuliers 22 ; quelques-unes sont des acclamations en l’honneur des vainqueurs dans les luttes du cirque et de l’amphithéâtre23; il en sera parlé ailleurs, comme aussi des santés et des vœux analogues usités dans les repas ou par forme de salutation, que l’on trouve peints sur des vases ou gravés sur des pierres fines [COMISSATIO, SYMPOSIUM, INSCRIPTIONES],
6 Suet. Nero, 20, 25; Tac. Ann. XVI, 4. - 7 Dio Cass. LXI, 20; XLI1I, 18. - Pim. Traj. Paneg. 74; Id. Epist. II, 14; Dio Cass. LXXIII, 2; Trebell. Claud.it Vtilerwn. 1; Capitol. Ant. Pins, 3; Maximini duo, 46, 26 ; Gordiani très, Max. et lialjtn. 3 ; Volcat. Avid. Cass. 4 35 ; Lamprid. Anton. I ; Alex. Sev. 6-12; Claud. 4 18; Play. Vopisc. Tacit. 4, 5, 7 ; Prob. 11 ; cf. Aristeneti Epist. I, 26. 9 Cod" Theod 1. VI lit IX, 2; Gothofr. ad h. /.; Cassiodor. Var. I, 31 ; Procop. Goth. I, 6 ; Coripp. Land. Just. I, 35S ; II, 168, 308; Const. Porphyr.Æe caerem. I, 4. B 6- Reisk e, ad A. I. 10 Ducange, Gloss, lat. Laudes ; Gloss, gr. - 11 Dio Cass’
VI II, 3 1.-12 Dio Cas, LXIj Lxm . Tac. ^ CapitQl TJ »ordian ^
d Agmcourt, Eist. de l art, IV« partie, II, pl. X — H piin. Ep. VI, 5; Claudian. De sext.
cons.Eonor. 61 3 et s.; Tac. Dial. 1 3; Senec. Ep. XXIX, 1 2.-15 Cic. Ad famil. VIII, 2; Ad Attv'.l, 13. 16 Macrob. Sat. II, 6 ; Spartian. Pèse. Nig. II. —17 Capitol. Commod.6.
— 18 Dio Cass. LXXIII. — 19 Lamprid. Comm. 18, 20; cf. Suet. Domit. 23, 2. — 20 Capitol. Maximin. et Balbin .,2 ; Maximini duo in fin.; Gordiani très, 8 ; Flav. Vopisc. Tacit. 3, 4, 6, 7; Prob. 11, Aurelian. 20; Trebell. Poil. Valerian. 1; Claud. 4 et in fin. ; Vulc. Gallican. Avid. Cass. 13; Lamprid. Al. Sever. 6. — 21 Plin. Paneg. 75; Lamprid. Al. Sev. 6, 56; Commod. 18; Mommsen, Ber. der sâchs. Gesellsch. |850, p. 59. — 22 Spon, Mèl. sect. IX, p. 297 ; Ficoroni, Gem. lit., p. 54, n° 30. — 28 Corp . I. gr. 6354 ; Gruter, 1 075,9 ; Garrucci, Ve tri ornati, XXXIV, 6 ; XXXVIII, 6. — * Pæn'es gravées de Stosch, II, 10; Garucci, loc. cit. VI; id. Graffiti, p. 15, 85, 95.
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On peut voir sur divers monuments les acclamations de la foule ou des soldats en présence de l’empereur indiquées par le geste de tous les assistants qui tiennent un bras levé, par exemple dans les bas-reliefs des colonnes de Trajan 25 et de Marc-Aurèle 26 , ou sur des médailles. Ainsi, au revers d’un grand bronze d’Adrien 27, frappé en commémoration de la remise de sommes dues au fisc, on voit un licteur brûlant les registres des dettes et la foule acclamant l’empereur (fig. 37). C’est encore le revers d’un grand bronze du même empereur que représente la ligure 38 2S. Adrien est
Fig. 37. Acclamations.
Fig. 38. Acclamations.
debout sur la tribune aux harangues, des citoyens répondent à son allocution par des acclamations. E. Saglio.
ACCRESCEADI JUS. — Le droit d’accroissement est la faculté accordée par la loi romaine à une personne appelée avec d’autres à exercer un droit sur un seul et même objet, de recueillir les parts devenues vacantes. Le jus ciccrescendi s’exerçait dans plusieurs circonstances différentes.
I. Lorsque plusieurs personnes avaient la copropriété d’un esclave par indivis, si l’un des maîtres l’affranchissait par un des modes solennels [manumissio], l’esclave ne pouvant acquérir la liberté pour partie1, le manumissor perdait son droit, et ses copropriétaires (socii) profitaient de la part vacante. Justinien abrogea cette décision2. L’esclave fut libre, sauf à l’auteur de l’affranchissement à payer une indemnité à ses copropriétaires, d’après un tarif fixé par l’empereur.
IL En matière d’hérédité testamentaire les principes du droit romain voulaient que la succession ne fût jamais déférée partie par testament et partie ab intestat [testamentum, haeres] : en conséquence, si le testateur n’avait institué un ou plusieurs héritiers que pour portion de l’hérédité, la totalité devait leur appartenir par un accroissement forcé des parts non distribuées. Bien plus, lorsque la totalité de l’hérédité, même avec assignation de parts, avait été distribuée par le testament, si l’un ou plusieurs des institués manquaient, soit par nullité ab initio, refus, prédécès ou incapacité des appelés, leurs parts profitaient aux institués qui avaient accepté ou accepteraient l’hérédité. Si tous les appelés recueillaient, leurs parts déterminées par le testateur n’excédant pas la totalité, le testament s’exécutait à la lettre. S’ils recueillaient tous et que leurs parts n’eussent pas été déterminées, leur concours amenait une division forcée ( concursu partes fiunt), parce que deux personnes ne pouvaient avoir à la fois l’hérédité in solidum 3. Dans le cas d’assignation de parts aux divers héritiers, on distinguait, pour établir les règles
de l’accroissement aux parts vacantes, de quelle manière elles avaient été assignées aux institués 4. On peut consulter pour plus de détails les ouvrages spéciaux indiqués à la bibliographie de cet article.
Le droit d’accroissement fut singulièrement modifié par • les lois J u lia et Papia Poppaea, qui frappaient d’incapacité de recueillir ( cnpere ), les célibataires ( caelibes ) pour le tout, et ceux qui étaient mariés, mais sans enfant (orbi) pour moitié ; et par la loi Junia Norbana, relative aux affranchis Latins Juniens [libertinus] qui n’auraient pas acquis la cité romaine dans les cent jours du décès 5. Le jus accrescendi fut cependant maintenu pour les dispositions nulles ab initio, en vertu de l’ancien droit civil, et réputées non écrites {pro non sçriptae ), et en outre, au profit des ascendants et descendants du testateur, jusqu’au troisième degré, lesquels conservaient le jus antiquurn in caducis. Enfin, Justinien 6 rétablit le droit d’accroissement en le réorganisant sur de nouvelles bases [bona caduca, caducabiae leges].
III. En ce qui concerne les legs, les règles de l’ancien droit civil relatives au jus accrescendi, dépendaient de la formule employée par le testateur pour faire un legs. On distinguait si les légataires étaient appelés per vindicationem , per damnationem, sinendi modo ou per praecepttonem, et s il y avait ou non disposition [legatum].
La législation caducaire d’Auguste maintint, dans certains cas, les règles de l’accroissement, pourvu que le légataire ne fût ni célibataire, ni marié sans enfant, ni Latin Junien , notamment en matière de legs d’usufruit, droit essentiellement intransmissible, ou à l’égard des legs considérés comme non avenus ( pro non scripta ), et au profit des personnes ayant le jus antiquurn in caducis. Les parts vacantes étaient recueillies en première ligne par les colégataires pères de famille [patres), pourvu qu’il n’y eût pas disjonction. Au défaut de colégataires conjoints et patres, les parts vacantes étaient revendiquées par les héritiers institués et patres, et en dernier lieu par les légataires non conjoints et patres; enfin, au défaut de ces divers appelés, par le lise ( aerarium populi, velut parens omnium). Après de nombreuses modifications, le système des lois caducaires fut enfin aboli par l’empereur Justinien, qui réorganisa le jus accrescendi sur de nouvelles bases7. G. Humbert.
ACCRESCENTES. — Les contribuables arrivés, après la formation des rôles, à l’âge qui les assujettissait à l’impôt appelé cahtatio humana, ou à l’impôt du recrutement, comme tirones [tiro], portaient le nom d ’accrescentes ou recensiti; ils étaient soumis conditionnellement à payer leur cote au cas où il serait nécessaire de combler les non-valeurs résultant de la mort d’un certain nombre de contribuables, entre deux recensements [census] b II est probable que dans le cas où les accrescentes étaient insuffisants, le maître continuait à payer pour les contribuables non remplacés.
Le propriétaire satisfaisait d’ordinaire à l’impôt du sang, en fournissant quelques-uns de ses colons. Ceux-ci, devenus tirones, ne comptaient plus pour la capitatio humana ; mais ils devaient être remplacés par les accrescentes du même do-
*5 Bartoli, Col. Traj. tav. 33, 63, 57, 77, 97. — 26 Id. Col. Ant. 36, 57. — 27 Cohen, Mon. impériales, I; Adrien, 1049, pl. vi; Lenorniant, Trésor de Numismat., Iconogr. des empereurs, pl. xxix, xiii. — 28 Cohen, l. I. Adrien, 779, pl. vi. — Bibliographie. Casaubon, ad S'cript. Rist. Avg. ; Ferrarii De veter. acclamât, in Grævii Thés, antiq. t. VI; Zell, Ferienschriften, Heibrld. 1857 ; Hübner, De sénat, populique romani actis, bips. 1860, p. 29, et append. III.
ACCRESCENDI JUS. — 1 Ulp. Reg. 1, 18 ; Paul. Sent. IV, 12, 1 .— 2 c. 1, § 5. Cod. Just. VII, h, 14, 23 et s. — 3 Fr. 141, § 1, Dig. 4, 17. —4 Gaius, II, 192, 193, 199, 201, 205, 216, 220; Ulp. Reg. XXVI, 1 2, 13; Vutic. fragm. 85; Machelard, Du
droit d’accroissement, p. 6 à 12. — 8 Machelard. p. 122 et suiv., et p. 236 à 239. — 6 c. unie. Cod. Just. De caduc, tollend. VI, 51; Machelard, p. 282 et suiv. 7 c. unie. Cod. Just, VI, 51. — Bibliographie. Holtius, Du droit d'accroissement, dans le recueil la Thémis, IX, p. 235, 534 ; X, p. 321 ; A. d’Hautuille, Essai sur le droit d'accroissement, Aix, 1S34- Schneider, Das altcivile und Justinian. Amoachsungsrecht, Berlin, 1837 ; Iluschlce, Recension in krit. Jahrbüchern, Leipzig, 1838, p. 307-332; Machelard, Du droit d’accroissement, Paris, 1 SbO ; et les auteurs cités par Rein, Das Priuatrecht der Rômer, Leipzig, 1858, p. 834, note 4.
ACCRESCENTES. 1 C. 7. Cod. Theod. XIII, 10 ; C. 7, C. Thcod. VII, ldi
ACC
maine, ou, à leur défaut, pris sur l’ensemble du rôle des
contribuables 2. G. Humbekt.
ACCUBITUM. — Couche, lit ou sofa, sur lequc on s couchait (accumbere) dans les repas, sous les empereurs romains Ce lit était garni de coussins et de couvertures (accubitalia) \ dont la richesse était en rapport avec le luxe toujours croissant. Les passages des auteurs anciens sur ce meuble ne nous permettent pas d’en donner avec certitude une description. Ils ne disent même pas s’il servait a une seule personne ou à plusieurs. D’apres le scholiaste de Juvénal3 les accubita n’étaient pas en usage chez les anciens
Fig. 39- Lit de repas romain.
Romains, mais ils mangeaient couchés sur des lits (in lectulis). Servius s’exprime dans les mêmes termes 4 en parlant du stibadium. On peut supposer que Yaccuoitum n’était autre chose que le lit en forme de demi-lune placé auprès des tables rondes dont l’usage prévalut sous l’Empire. On en voit un exemple dans la figure 39, empruntée à une peinture de Pompéi s [triclinium, sigma, lectus]. Ch. Morel.
ACCUSATOR. — Les règles relatives au droit d’accusation en matière répressive ont varié aux différentes époques de la législation romaine.
I. Sous la Royauté, les fonctions d’accusateur paraissent avoir appartenu aux deux quaestores parricidii 1, suivant l’opinion de Walter 2, bien que Geib n’ait vu en eux que des juges3. Mais il est certain que ces quaestores pouvaient convoquer les comices^ quand il y avait lieu à poursuite criminelle.
IL Sous la République, avant l’institution des commissions permanentes [quaestio PERPETUA], en principe, le droit d’accuser d’office ou sur la dénonciation d un index ne put appartenir qu’à ceux qui étaient admis à réunir les différents comices et à leur faire une proposition [comitia]. Ainsi pour les comices par curies et les comices par centuries, il était réservé aux magistrats du peuple romain, aux dictateurs, aux consuls, puis aux préteurs, même aux quaestores parricidii*’. Les comices par curies perdirent en général leur juridiction criminelle, lorsque la loi des Douze Tables eut décidé qu’une cause capitale ne pourrait être portée que devant le maximus comitiatus 6. Pour les délits légers, les édiles eux-mêmes obtinrent le droit de poursuivre devant cette dernière assemblée, ainsi que cela résulte de plusieurs
5 C. 6, § 2, Cod. Theod. VII, 13. — Bibliographie. Walter, Geschichte des rômisch. Rechts, 3e éd. Bonn, 1860, nos 409, 417, 422 ; Savigny, Vermischte Schriften, II, 71-77, Berlin, 1850 ; Baudi de Resme, Des impositions dans la Gaule, traduit par Laboulaye dans la Revue historique de droit, Paris, 1861, p. 388 et 389.
ACCUBITUM. 1 Lamprid. Heliogab. XIX, 25; Casaub. et Salmas. ad h. I. ; Alex. Sev. 34. — 2 Treb. Claud.. 14; Edict. Dioclet. XVI, 6. ^-3 Ad Sat, V, 16. — * Ad AEn. I, 698. — 5 Niccolini, Case di Pompei, Descr. geü., taY. 3.
ACCUSATOR. l Cicer. De repub. II, 35 ; Tit. Liv. II, 41 ; fr. 1, Dig. De off , quaest. I, 13; Joann. Lydus, De magist. I, 24; Festus, s. y. Parricidii quaestores. — 2 Geschichte des rom. Rechts, 3® édit, g 21 et 59. — 3 Criminal Process, p. 50-66. — 4 Tit. LiY. II, 4, 5; XXXIX, 14; Zumpt, Crim. Redit, I, 1, p. 151 et s. — ® Yarro, De ling. lat. VI, 90, 91, 92. — 6 Polyb. VI, 14 ; Cicer. De legib. III, 19 ; De repub. II, 3 ; Pro
textes 7. La création des comices par tribus permit aux tribuns de la plèbe et aux édiles plébéiens de porter une accusation criminelle devant ces comices 8 ; mais ils ne pouvaient en principe que prononcer des amendes, et, en général, pour cause politique. Les tribuns n’avaient pas le droit de saisir directement d’une poursuite les comices par centuries; mais ils y arrivaient en demandant au préteur de convoquer cette assemblée 9. On conçoit du reste que tout particulier était maître de dénoncer un délit au magistrat compétent pour former une accusation 10 (multam dicere, perduellionem j udicare).
III. Après l’institution des quaestiones perpetuae, ou juridictions perpétuelles permanentes, il fut permis à chaque citoyen de se porter directement accusateur 11 (delationem nominis postulare ), acte suivi de la nominis delatio, puis de la legibus interrogatio. Depuis la loi Julia de judiciis, 1 acte fondamental de la procédure fut I’inscriptio in crimen, puis la nominis receptio ; pour les formes à suivre, nous renvoyons à ces articles spéciaux et à 1 article ordo judiciorum.
IV. Il importe, au contraire, de résumer ici les règles relatives à la capacité requise chez l’accusateur, lorsque le droit d’accusation fut reconnu à tous les citoyens 12. Les incapacités existaient en partie sous la République ; elles furent régularisées par la loi Julia de publias judiciis, dont le Digeste nous a gardé des restes. Les femmes et les pupilles, même les mineurs de dix-sept ans, étaient en général considérés comme incapables d’accuser ; il en était de même des militaires, des indigents, c’est-à-dire de ceux qui ne possédaient pas 50 aurei. On excluait ceux qui avaient déjà formé deux accusations non encore terminées par jugement, ou qui avaient reçu de l’argent pour accuser ; il en était de même pour les individus reconnus coupables de faux témoignage, ou frappés d’infamie, enfin pour les affranchis à l’égard de leur patron 13. Mais on faisait exception à cette prohibition pour le cas où les incapables poursuivaient leur propre injure ou celle de leurs proches 14. Sous 1 Empire, les eschrves et les affranchis furent admis à intenter une accusation publique, excepté contre leur maître ou patron 1S, quand il y avait crime capital. Toutefois, en matière de crime de lese-majesté [majestas], la loi Julia autorisait à cette accusation même les esclaves, les infâmes , les femmes , etc. lfi. Remarquons enfin que celui qui lui-même était en état d’accusation, in reatu [reus], n’était admis à poursuivre contre un autre qu’une accusation plus grave n. Autrefois les peregrini, ou sujets de l’Empire non citoyens romains, n’étaient pas capables d’intenter une action criminelle ; on les réduisait, en cas de concussion des gouverneurs de province, à faire valoir leurs plaintes devant le sénat par l’intermédiaire d’un patron 18 [repetundae PECUNiAE].La loi Calpurnia, rendue en 605 de Rome, permit auxsocu de porter leur action directement devant la quœsiio instituée par cette loi pour ce genre de crime 19. La loi Servilia de repetundis alla plus loin, en déclarant citoyen romain le
Sext. 30, 34. — 7 Valer. Max. VI, 1, 7 ; Tit. LiY. VIII, 22 ; XXV, 2 ; Cicer. In Verr. I, 12; Gell. XUI, 15. — 8 Polyb. VI, 14; Tit. LiY. X, 13, 23; XXV, 3; XXVI, 2, 3; XXXVII, 57, 58 ; XLIII, 8 ; XXXV, 41. — 9 Tit. LiY. XXV, 4 ; XXVI, 3 ; XLIII, 16 ; Gell. VII, 9. — 10 Quant aux formes de l’accusation, Yoyez Dxei dictio. — 11 Valer. Max. VI, 1, 10. — 19 Laboulaye, Lois crim. p. 311 et suiv. — 13 Fr. i; 3;
10, Dig. De accusât. XLVIII, 2 ; Cicer. Pro Cluent. 43. — 14 Fr. 11, Dig. eod. C. 8, 10; Cod. Just. Dehis qui ace. IX, 1. — 15 plin. Panegyr. 42 ; Capitolin. Pertinax, 9; Paul. Sent, recept. V, 13, 3; fr. 1, § 16, Dig. De quaest. XLVIII, 18. C. 20, 21 ; Cod. Just. IX, 1. — '6 Fr. 7, pr. et § 1 et 2 ; fr. 8. Dig. Ad legem Juliam majestat. XLVIII, 4. — 17 c. 1 et 19, Cod. Just. De his qui acc. IX, '• — 1® Tit. Lix. XLIII, 2 ; Tacit. Annal. I, 74. — 19 Cicer Dioin. 17 : In Verr. II, 6;
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provincial qui aurait fait condamner un magistrat prévaricateur 20.
Dès le temps de la République, des avantages avaient été attachés par certaines lois à des accusations pour crimes spéciaux : ainsi notamment il y eut des fraemia pour l’accusation de brigue [ambitus] et de concussion [repetundae fecuniae]. Sous l’Empire, quand l’esprit civique eut disparu, ce système se développa 21 ; alors la profession d’accusateur devint un métier lucratif et infâme, qui rendit odieux le nom de delator 22. Cependant il existait des peines contre les auteurs d’accusations calomnieuses [calumnia] ; en outre , l’accusateur devait donner caution de poursuivre l’instance 23, ou même se constituer prisonnier avec l’accusé , et l’abandon volontaire de l’action , sans en avoir obtenu l’autorisation judiciaire [abolitio], constituait le délit de tergiversatio 2b Le sénatus-consulte Turpilicn, porté sous Néron, en 814 de Rome, punissait non-seulement ce désistement, mais aussi la praeyaricatio 25. Toutefois la mort ouun empêchement légitime dispensaitl’accusateurdecontinuerla poursuite, dont l’accusé pouvait alors demander de son côté l’abolition 26, afin de ne pas demeurer indéfiniment sous le poids de l’accusation. — Quant aux droits de l’accusateur, relativement à l’instruction, nous renvoyons aux articles PROBATIO, ALTERCATIO , QUARTA ACCüSATIO, TESTIS , PATRO-
nus. Rappelons seulement ce principe que , sous la République, c’était à l’accusateur privé à réunir tous les éléments du procès 27 ; cette règle se maintint sous l’Empire, mais la poursuite d’office par certains magistrats 28, la dénonciation et l’instruction par des employés des bureaux et des officiers de police devinrent de plus en plus fréquentes [index, irenarcha, curiosus, quadruplator, station arius]. Dans ces circonstances l’agent était dispensé d ’inscriptio in crimen; toutefois il était tenu de défendre et d’expliquer son rapport29. G. Humbert.
ACERRA (Aiëavw-pt'ç). — C’est le nom donné au colfret dans lequel se mettait l’encens des sacrifices {circula turalis)1. Un servant le portait à l’autel, et on y puisait les grains que l’on répandait sur la flamme ( acerra libare ) 2 . Des
fragments des frises de deux temples, l’un au Musée du Capitole 3, l’autre au Louvre 4, nous montrent X acerra parmi les instruments du sacrifice. On le voit figurer (fig. 40), avec le bâton augurai [iituus], sur l’un des côtés de l’autel encore debout dans le petit temple dit de Quirinus, à Pompéi3. Sur d’autres bas-reliefs qui représentent des cérémonies religieuses on voit les servants portant X acerra. Trois de ces bas-reliefs sont au Musée du Louvre 6. L’assistant représenté figure 41 est tiré d’un bas-relief de Rome 7. beaucoup des cassettes diversement ornées que l’on voit si souvent dans les peintures de
vases grecs ne sont autre chose que le coffret à encens dont les Grecs, aussi bien que les Romains, faisaient usage 8. Cette destination est clairement indiquée dans la peinture d’un vase du Musée de Naples 9, où sont représentés les apprêts d’un sacrifice (fig. 42).
Certains petits autels portatifs servant à brûler des parfums, que l’on peut confondre avec Xara turicrema [ara] ou avec l’encensoir [turibulum] , prenaient aussi le nom
Fi;;. 41 et «.Servants portant l’acerra.
d’ acerra 10. Tels étaient notamment ceux que l’on plaçait près du lit où un mort était exposé u, comme on le peut voir dans un bas-relief reproduit au mot funus et qui représente l’exposition du mort {collocatio).
L’usage de porter l 'acerra dans la cérémonie des funérailles avait été interdit comme trop somptueux par la loi des Douze Tables12. E. Vinet.
ACETABULUM (’0;tç, ’Oçuêacpov). —I. Petit vase destiné à contenir du vinaigre [acetum] *, ou d’autres condiments en usage dans les repas. L’origine du nom , tirée de son emploi, ne peut être mise en doute, mais ce nom ne resta pas exclusivement appliqué aux vases à vinaigre, il désigna également d’autres vases semblables, quel qu’en fût le contenu, comme le dit expressément Quintilien 2. On trouve des acetabula d’argent mentionnés au Digeste, parmi les vases qui composent la vaisselle de la maison 3. Il y en avait sans doute de toute matière, aussi bien que des vases appelés oxis et oxtbapuon : le mot latin est la traduction exacte de ces mots grecs. C’est aussi en les rapprochant et en tenant compte de quelques autres acceptions du mot acetabulum, que l’on peut arriver à déterminer la forme du vase de ce nom. D’après Athénée 4, il ressemblait à une icylix petite et évasée (sTSoç xuXtxoç [Aixpaç,£xu=TaXovnoT7jpiov) ; d’autre part, nous voyons qu’on appelait acetabulum la cavité d’un os qui
20 Lex Servilia, édit. Klenze, c. 23;.Cicer. Pro Balbo, c. 24; Laboulaye, Lois crimin. p. 241. — 21 Tacit. Annal. IV, 20, 30 ; Suet. Tib. 6i ; Dio Cass. LVIII, 14; Joseph. Ant. Jud. XIX, I, 16; C. 5, § 7, Cod. Ad leg. Jul. maj. IX, 8; C. 2, Cod. De fais. mon. IX, 24. — 22 Quintil. Lnstit. oral. V, 13, 2, 3; XII, 7; XIII, 7, 3 ; Senec. Controv. III, 20. — 23 Fr. 7, § I, Dig. De acc. XLVIII, 2 ; C. 3," Cod. Just. IX, 1 ; c. 1, 2, Cod. IX, 2. — 2V Tacit. Annal. XIV, 41 ; Paul. Sent. V, 17, § 1 ; C. 2, Cod. Just. De abolit. IX, 42. — 25 Fr. 1, § 1 et 6, Dig.
XLVIII, 16; fr. 1, Dig. XLV1I, 15. — 26 Fr. 10, Dig. XLYIII, 16; Fr. 3, § 4, Dig.
XLVIII, 2. — 27 Laboulave, Lois crim. p. 348. — 28 c. 7, Cod. Just. IX, 2; C. un.
Cod. IX, 11. — 29 c. 1, Cod. De cur. XII, 23; fr. 6, § 3, Dig. XLYIII, 16; c. 7,
Cod. IX, 2. — Bibliographie. Geib, Criminal Process, Leipzig, 1842, p. 104, 107, 204, 257, 533, 579 ; Laboulaye, Essai sur les lois crim. des Rom. Paris, 1845, p. 134, 143, 311, 339 et suiv. ; Walter, Gesch. des rômisch. Rechts, 3® édit. Bonn, 1860,
I, n°* 59, 120, 138 ; II, n°s 847, 848, 854, 855, 860, 861 , et la traduction par Péquet-Damesme, Paris, 1 863, p. 85 et suiv.; A. W. Zumpt, Dos crimin. Recht der Rômer , 2 v. in-8, Berlin, 1865.
ACERRA. 1 Festus, s. v. Acerra; Suct. Tib. 44; Gnlb. S; Serv. Ad Virg. AEn. V, 745. —2 Ovid. Pont. IV, 8, 39 ; Pers. Sat. II, 5.-3 Mus. Capit. t. IV, tab. 34. - '* Clarac, Mus. de sculpt. pl. eexx. — 5 Mazois Ruines de Pompéi, IV, pi. xv.
Voy. les autres faces de l'autel au mot ara. — 6 Clarac, pl. ccxvii'i, ccxix, ccxxi.
7 Bartoli, Admir. roman, tav. 14. — 8 De Laborde, Vases de Lamberg, t. II, pl. xxvii, xxviii, p. 42; Inghirami, Mon. Etruschi, ser. V, tav. 15. — 9 Gerhard, Avch. Zeit. 1853, pl. lv. — 10 Festus, loc. cit.; Hor. Od. III, 8, 2. — 11 Festus, s. v. Acerra. — 12 Cic. De leg. II, 24.
ACETABULUM. 1 Isid. Orig. XX, 4, 12; Apic. VI, 6; VIII, 7; — 2 VIII, 6. — 3 Ulp. XXXIV, 2, 19, § 9. — 4 p. 494 C; ibid. e.
ACE
emboîte la tête d’un autre os s; de même celle qui reçoit le moyeu d’une roue 6, et enfin les suçoirs ou ventouses dont sont pourvus les bras de certains polypes. Il s’agit donc d un vase rond, petit, peu profond et bien ouvert. Nous en trouvons qui répondent à cette description dans des peintures 7 découvertes à Rome en 1783, représentant de jeunes esclaves portant dans ° des plats ou bassins
des mets de diverses sortes. L’un de ces plats est ici reproduit (fig. 43). On y voit avec un cochon de lait deux de ces petits vases qui sont évidemment destinés à l’assaisonnement ; sur
un autre, sont des raiforts, et, au milieu du plat, un seul petit vase pareil à ceux qu’on voit ici. Dans une peinture étrusque, découverte récemment près d’Orvieto 8, des esclaves sont occupés des préparatifs d’un repas ; l’un d’eux (fig. 44) tient dans sa main droite un vase à peu près semblable, trop petit pour servir à verser ou à boire, et qui vraisemblablement fait l’office d 'acetabulum.
II. Les escamoteurs (circulatores , praestigiatores ) faisaient leurs tours à l’aide de gobelets de forme analogue et qui s’appelaient acetabula 9. Tel est celui qu’on voit aux pieds d’un jongleur figuré sur une lampe en terre cuite 10 (fig. 43).
Fi». 45. Jongleur.
III. Il s’appliquait encore à un instrument de percussion consistant en une cymbale de terre cuite, d’airain, d’argent ou d autre matière, que l’on frappait contre une autre cymbale ou au moyen d’une baguette 11 .
IV. L acetabulum était aussi une mesure de capacité pour les matières sèches ou liquides 12, équivalant pour les li-
5 Plin. Bist. Nat. XXVJII, 1 1 . 49.-6 Scalig. ad Varr. De re rust. 5.-7 Cassi itture antiche trov. al Laterano, Rome, 1783. pl. 2 et 5. - 8 Golini, Pitture scope , presse Ormeto, F’iEenze, 1865, tav. 5. 9 Senec. Epist. XI.V, 7 ; Alciphron. Ep. 1
Veter- tav- ,7--11 Isid' 11; Suid. s. y. -12 P1
Ihst. Nat. XXI, 34, 185 ; Isid. XVI, 26, 5; Priscian. V 76
Il T™',,! GeZT VI11' 33 Sq- éd- “am- *. Il- - 2 Xen. Anal. I, 5, I ' ’ 4 ’ hen‘ XIV' ' SI e. — 3 Plm. ffist. Nat. XXV, 84 ; XIV, 103. — 4 Geop,
ACH
quides à 1 1/2 cyathus, ou 1/s quartanus, V* d ’heminaa J/8 du sextarius, 1/tg du congrus, 1/384 de Yamphora ; pour les substances sèches, à */, quartanus , 1/4 de Yhernina, 1/8 du sextarius, 1/)28 du moclius ; soit, d’après les mesures actuelles, 0,0684 de litre. [Voir les tableaux des poids et mesures à la fin de cet ouvrage.] E. Saglio.
ACETUM (vO;oç), vinaigre. — Les anciens le tiraient nonseulement du vin, qu’ils faisaient aigrir en y ajoutant divers fruits, herbes ou racines, en l’exposant au soleil, etc. 1 ; ils en fabriquaient aussi avec des dattes 2, des figues, des bétoines 3, ou en faisant macérer des figues et d’autres fruits avec du jus de citron, de l’orge grillée, ou d’autres manières encore 4. Ils avaient des recettes très-variées pour le préparer, pour augmenter ou tempérer sa force, ou pour lui communiquer la saveur des substances qui y étaient introduites 5. Le vinaigre d’Égypte était renommé pour sa force 6; on recherchait aussi ceux de Gnide, de Sphettus, de Décélie 7. Pline, Apicius, Columelle et les auteurs médicaux fournissent des renseignements sur les nombreux em • plois du vinaigre dans la cuisine, dans les arts ou dans la médecine.
Les mots acetum et oijoç signifient quelquefois 8 une boisson qui n’est pas du vinaigre, mais un vin aigre ou de qualité inférieure. E. Saglio.
ACHAICUM FOEDUS. — La ligue achéenne est une confédération de peuples du Péloponèse, fort importante au point de vue de l’histoire et du droit public de la Grèce. Cette confédération n’acquit son plein développement et ne jeta tout son éclat que vers l’an 280 avant Jésus-Christ; mais elle remontait à une plus haute antiquité.
Les Achéens occupèrent, lors de l’invasion des Héraclides, la côte assez peu fertile du nord du Péloponèse, depuis Sicyone jusqu’au promontoire Araxe. L’Achaïe se divisait en douze cités, qui comprenaient chacune sept à huit bourgs dans leur territoire. Hérodote 1 cite Pellène, Ægira, Ægus, Bura, Hélice, Ægium, Rhypes, Pâtre, Phare, Olenus, enfin Dymæ et Tritæa, seules villes situées dans l’intérieur des terres. On sait peu de chose sur la formation première de la ligue entre ces cités, parce qu’elles prirent peu de part aux affaires de la Grèce, même à l’époque de la guerre de Xerxès. Il paraît que très-anciennement une assemblée des députés des villes se tenait déjà dans la capitale, au printemps, pour la confection des lois et la nomination des magistrats, et extraordinairement suivant les circonstances. La confédération semble avoir été dissoute à la suite d un tremblement de terre 2. Ægium était devenue la capitale. Pendant les luttes entre les successeurs d Alexandre, certaines villes d’Achaïe reçurent des garnisons étrangères, d’autres furent soumises à des tyrans 3. Enfin, en 280, les villes de Patras, de Dymæ, Phare et Triteis profitèrent de la situation fâcheuse où se trouvait Antigone Gonatas, pour se soustraire à sa domination, et former les liens d une nouvelle ligue Achéenne 4, à laquelle les autres cités se rattachèrent successivement. Vingt ans après, 1 exemple des Étoliens [aetolicum foedus] décida les Achéens à se placer sous les ordres d’un seul stratège [strategos]. Alors la confédération fit de rapides progrès, grâce
L L; Colum. XII, 5. - 6 Geopon. ib.; Athen. VII, p. 314 c, Hippocr. p. 674, 17; Cato, Resrustica, 104. — 6 Cic. an. Non. IV, 17 ; Juven. XIII, 85; Mari. XIII, 122. — 7 Athen. loc. cit. et II, 67. — 8 piut. Quaest. symposiacae, II, 19; Plaut. Rud. IV » 3»- Pers. IV, 32. ’ ’ ’
ACHAICUM FOEDUS. 1 I, 145. 2 Diod. XV, 48 . PausaD. 24; 5 . 0yid.
Metam. XV, 293 ; Polyb. II, 41, 7. — 3 strab. VIII, 384. — * Polvb. Il, 41, 12; Merlecker, Achaïsck. Gesch. p. 66-70.
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ACH
surtout à l’habile politique de son chef, Aratus, qui bientôt réunit Sicyone, sa patrie, à la ligue Achéenne, en 251 b.
En 243, elle lui dut encore l’annexion de Corinthe, après l’expulsion de la garnison macédonienne qui l’occupait 5 6. Enfin Épidaure, Trézène, Mégare et d’autres villes furent également rattachées à la confédération 7 *.
A la tête de la confédération se trouvaient deux conseils, qui se réunissaient dans la capitale, Ægium, et siégeaient dans le bois sacré deZsùç 'Ouappto; près du temple de Atîpit-op lW'/oua \ Le premier conseil, appelé SoiAvj 9 *, se composait des députés des villes, et n’était pas permanent; ses membres recevaient une indemnité. Le second portait le nom de yspouoroc, et formait le conseil permanent du stratège . L’assemblée générale du peuple se tenait également dans cette ville, et comprenait tous les citoyens des cités confédérées, au-dessus de trente ans 11 ; ils étaient convoqués deux fois par an, au printemps et à 1 automne 12. Chaque session ne pouvait durer que trois jours 13 ; mais les circonstances amenaient quelquefois la nécessité d’une session extraordinaire dans une des villes de la ligue u. Philopœmen fit prévaloir, contre l’avis du consul Fulvius, une loi aux termes de laquelle les assemblées régulières durent se tenir alternativement dans chacune des villes de la confédération 15. C’est au printemps qu’on nommait les magistrats, indépendamment du stratège et des scribes publics ou Ypap-aa-mç. Parmi les premières autorités, on comptait Yhipparque (ïmrapxoc), fonctionnaire immédiatement inférieur au stratège 16 ; dans certaines villes, il y avait aussi des hippostratèges (kiroor'rpaTriyot). Du reste, l’usage s’établit de permettre la rééligibilité d’un citoyen aux mêmes fonctions. Le stratège ne pouvait cependant être réélu que de deux années l’une. Le droit de convoquer et de présider l’assemblée du peuple appartenait en principe à dix magistrats nommés démiurges (Syip-ioupyol) ou simplement archontes (àpyr^cç) 11 , dont le rang était égal à celui du stratège; cependant ce dernier magistrat pouvait appeler le peuple à une assemblée extraordinaire, quand il s’agissait de prendre les armes 1S. Le peuple décidait les questions de paix ou de guerre, comme toutes celles qui intéressaient l’ensemble de la confédération ; mais il votait par cités et non par têtes ; la majorité des villes emportait la décision 19. L’initiative des projets de décret appartenait aux démiurges; le partage d’opinions entre ces dix magistrats mettait obstacle à la mise aux voix d’une proposition, car l’assemblée ne pouvait délibérer que sur les propositions à elle soumises par les chefs 20. 11 est à remarquer que les liens de la confédération n’étaient pas assez étroits pour entraver l’autonomie des cités d’une manière rigoureuse S1. On voit certaines d’entre elles se retirer de l’assemblée qui a pris une décision contraire à leurs vues ; aussi la ligue portait-elle simplement le nom de eu pioXiTei'a, OU de guvtsXe ta.
A l’extérieur, elle interdisait à ses membres le droit d’avoir des ambassadeurs 22, et leur donnait un chef pour la défense commune ; elle fixait le contingent de leurs troupes23. A l’intérieur, la ligue veillait au maintien de la démocratie,
5 Plut. Arat. 2-10; Polyb. IV, 8; Pausan. II, 8, 3; voy. la bibliographie relative à Aratus, dans Hermann, Griech. Staatsalterth. § 185, 9. — 6 Polyb. II, 43 ; Plut. Arat. 16 à 24 ; Ath. IV, 54. — I Pausan. II, 8, 4; VII, 7, 2 ; Polyb. XX,
6, 7; Strab. VIII, 7, 3. — » Pausan. VII, 24 ; Strab. VIII, 7, p. 385. — 9 Polyb.
IV, 26, 8 ; XXIII, 7, 3 ; XXVIII, 9, 6. — 10 Id. XXXVIII, 5 ; XXIV, 12 ; Hermann,
g ,'g5) 2. H Polyb. XXIX, 9, 6. —12 Polyb. II, 54 ; Tit. Liv. XXXVIII, 32. — '3 Po-
iyb. XXIX, 9, 10 ; Tit. Liv. XXXII, 22. — 14 Polyb. XXIX, 9, 6. — « Tit. Liv. XXXVIII,
30. 16 Polyb. V, 95, 7 ; XXXVIII, 6, 9 ; IV, 59, 2. — 17 Id. V, 1, 9 ; XXIII, 10,
1 1 ; XXVIII, 6 ; Tit. Liv. XXXII, 22 ; XXXVIII, 30. — 1» Polyb. IV, 7, 5. — 19 Tit.
Liv. XXXII, 22, 23. — 20 Tit. Liv. XXXI, 25. — 21 Cf. Wachsmuth, Hellen. Alter-
(hwnsk. ni 31 4. — 22 Pausan. VII, U, 4. — 23 Tit. Liv. XXXI, 25.— 24 polyb. II, 41,
que le génie indépendant des Achéens avait établie depuis l’extinction des anciennes races royales 24 , et s’efforçait de faire prévaloir de pareilles institutions dans les villes qui venaient s’allier aux confédérés 2S. Quelquefois il est question de la nomination de juges spéciaux, communs à toute
la ligue 26.
Le stratège n’avait pas seulement la haute direction de la guerre et des négociations préliminaires de la paix ; on peut dire qu’en général il était investi du pouvoir exécutif ; quand il présidait l’assemblée du peuple, c’est lui aussi qui la congédiait 21. Ce pouvoir aux mains d’hommes tels qu Aratus et Philopœmen contribua beaucoup à la grandeur de la confédération Achéenne. Après avoir lutte victorieusement sous ces grands hommes contre Sparte, à qui son roi Cléomène avait rendu une partie de son ancienne puissance, puis contre les Macédoniens, tour à tour ses alliés et ses ennemis, la ligne Achéenne fut le dernier soutien de l’indépendance de la Grèce contre Rome. Elle finit par succomber, ruinée par la politique astucieuse du sénat et par les victoires de Métellus. La prise et la destruction de Corinthe par Mummius, en 146 avant Jésus-Christ, consomma sa défaite et celle de la Grèce tout entière.
On répète généralement, sur la foi de Sigonius 2S, que l’Achaïe fut dès ce moment réduite en province romaine. Cette opinion, qui ne repose sur aucune preuve directe, a été fortement ébranlée de nos jours par Hermann 29. Suivant cet auteur, dont le système a rencontré beaucoup de partisans, après les mesures de rigueur provisoirement ordonnées par les députés du sénat et l’établissement de gouvernements démocratiques dans les villes du Péloponèse, les confédérations d’abord dissoutes furent autorisées à se reformer 30. L’Achaïe, in deditionem accepta [deditio], ne fut pas réduite en province, car elle n’eut pas de gouverneur romain permanent 31 , à l’exception de la Béotie et de l’Eubée et du territoire de quelques villes détruites, soumises peut-être à l’administration soit du gouverneur de la Macédoine, soit d’un questeur spécial. Mais ce n’est pas ici le lieu de discuter cette grave question. Il est certain du reste que l’Achaïe, qui dans les guerres civiles avait en généial suivi le parti destiné à succomber, fut occupée plusieurs fois militairement et réduite en province sous Auguste 32.
On possède un assez grand nombre de monnaies de la ligue Achéenne. Nous en offrons ici des exemples. On voit (ûg. 46) une monnaie de la première période de la ligue 33. Elle porte au droit la tête de Jupiter, au revers Un monogramme forme des pig,46. Monnaie delà ligue Achéenne.
lettres ax, dans une couronne de
laurier. Cette monnaie est antérieure à l’époque où Aratus fut élevé à la préture. A ce moment la nouvelle république ordonna que les monnaies versées au trésor commun seraient toutes d’un même poids et au môme titre 3\
5 ; Pausan. VII, 7 ; Deniosth. Fœd. Alex. § 10. — 25 Polyb. II, 43, 7. — 26 polyb. II, 37, 10 ; Wachsmuth, op. laucl, p. 314. — 27 Tit . Liv. XXXI, 25; Polyb. XXVIII, 7 ; cf. Wachsmuth, l. I. p. 314. — 28 Antiq. Jur. pop.rom. p. 70. — 29 Op. laud., ts9, § 6 ; Id. Gesamm. Abhandl. Gott. 1849, et Defensio disput. de Graec. cond.\ Gott. 1852, 4; Marquardt, Handbuchd. Rôm. Alterth. lll, 1, p. 121 ; Zumpt, Comtn. epigr. 1854, t. II, p. 151 ; E.Kuhn, Verfass. des rôm. Reichs , t. II, p.68. — 30 Cicer. Ad Att. XIII, 4; Pausan. U, 1, 2; VII, 16, 6, 7 ; VIII, 39 ; Polyb. X, 4, 8. — 31 Marquardt, Handbuch der rôm. Alterth. III, 1, p. 127, et Zumpt, Comm. epigr. II, 154. — 32 Strab. XVII, 3; Dio Cass. LUI, 12. — 33 Cousinery, Alonn. de la lig. Ach. pl. I, 1 — 34 Polyb. Il, 7 — Bibliographie. Wachsmuth, Hellen. Alterthumskunde . Halle, 1846. 1, p. 312-318; Schômann, Antiquit. Jurispubl. grâce. p. 44-1447; id. Griech. Alterth. U, p.lC6etsq.;Wahner,
ACIl
ACII
Un monogramme , formé des premières lettres des mots axai on ou IIANAXA1QN, fut ajouté comme signe conventionnel aux symboles ordi¬
naires qui faisaient reconnaître la monnaie de chaque cité.
Ainsi on le remarque sur une monnaie d’Élide, ici gravée (fig. 47), d’après le modèle «ï- 47- Monn,'ie dc Ia lisue Achéenne- qui appartient au Cabinet des médailles, et sur de rares monnaies de Corinthe, dont un
exemplaire de la collection Cousinery, qui a passé dans le Cabinet de Munich, est ici reproduit (fig. 48). Corinthe, qui possédait déjà une grande abondance de numéraire, nécessaire aux opérations de
Fig. 48. Monnaie de la lig ue Achcenne.
la ligue, dut être autorisée à verser au trésor ses monnaies sans y faire aucun changement. C’est cette circonstance qui explique la rareté des monnaies de cette ville portant le
monogramme. G. Humbert.
ACHANÉ (’A^âvri). — Mesure de capacité mentionnée par Hésychius comme ayant été en usage chez les Béotiens et valant un medimnus. Hans Aristophane 1 le même nom désigne une mesure perse beaucoup plus grande : 45 médimnes selon le scholiaste. Ch. Morel.
ACIIARISTIAS DIIÎÈ (’A^aptcxlaç Sfxvj), action d’ingratitude. — Dans son énumération des actions privées, Pollux 1 mentionne cette action sans autre explication. Faut-il en conclure que la loi grecque avait érigé le devoir de reconnaissance en une obligation civile et exigible en justice? C’est ce qu’a pensé Samuel Petit 2, sur la foi de Lucien 3 et de Yalère-Maxime 4 ; et si l’on se rappelle qu’une action semblable était établie, dit-on 8, chez les Perses et chez les Macédoniens; si l’on considère surtout que les nations anciennes n’avaient pas encore séparé, comme nous, le droit de la morale, et que chez les Grecs en particulier un seul et même mot, Sîx.ouov, exprimait les idées diverses d’équité, de justice et de droit [dikè], on trouvera que l’opinion de Petit, bien que rejetée par la plupart des modernes, n’est pas dénuée de vraisemblance. Ce qui est certain toutefois, c’est que cette action avait cessé d’ètre en usage au temps de Xénophon : « La seule ingratitude, dit cet auteur 6, dont s’occupent les lois d’Athènes et dont les tribunaux aient à connaître, est celle des enfants envers leurs père et mère » [kakosis]. — La loi romaine ne donnait d’action pour cause d’ingratitude que contre le donataire [donatio], l’affranchi [patrünus], et l’enfant émancipé [emancipatio]. P. Gide.
ACHELOÜS (’Ay^woç et ’AyeXwto;). — Ce nom, dans la géographie ancienne, appartient à six fleuves S et il p >^aît avoir été à l’origine une appellation générale des eaux courantes ; les poètes, même d’une époque plus récente,
l’ont employé figurativement dans ce sens (Acheloia pocula, dit Virgile 2). Mais le plus célèbre fleuve de ce nom, et le seul qui joue un rôle dans la mythologie, est celui qui, sortant du Pinde, coule entre l’Acarnanie et l’Étolie, et se jette dans la mer Ionienne près des Échinades ; c’est aujourd’hui l’Aspro-Potamo. Cet Achéloiis est mentionné par Homère , qui lui donne l’épithète de xpetwv, ce que Pausanias interprète par « le roi des fleuves 3 » . La célébrité de l’Achéloüs lui vint de ce qu’il était le plus grand fleuve de la Grèce, et que, sans avoir l’ampleur du Nil, il avait néanmoins fait des choses extraordinaires L Son travail consistait dans les alluvions par lesquelles il joignit les Échinades au continent, phénomène qui excita l’admiration de l’antiquité 5. Des traditions qui faisaient du fleuve le créateur des îles situées à son embouchure prirent une forme mythique dans la fable racontée par Ovide, d’après laquelle les Échinades sont des nymphes changées en îles par la colère d’Achéloüs qu’elles avaient oublié dans un sacrifice 6.
Quant à Achéloüs considéré comme personnage mythique, Hésiode le fait fils de l’Océan et de Téthys 7 ; selon d’autres, il est issu de Hélios et de Gaea 8. On lui donne de nombreux enfants : 1° Les Sirènes, qu’il eut de Melpomène selon les uns 9, de Terpsichore suivant d’autres 10, ou de Sténope, fille de Porthaon, d’après une ancienne tradition 11 [sirenes]. 2° Callirhoé, épouse d’Alcméon et mère d’Acarnan qui fonda l’État d’Acarnanie. Poursuivi par Érinnys pour le meurtre de sa mère, Alcméon, qu’im oracle avait averti de chercher une terre que le soleil n’eût pas encore éclairée lorsque le crime avait été commis, se réfugia sur les alluvions de l’Achéloüs 12. 3° La fontaine Castalie, au rapport de Panyasis dans son Héracléide 13. 4° Deux fils qu’il eut de Périmède, fille d’Éole, et qui sont nommés Hippodamas et Oreste u. Suivant une autre version, Périmède (ou Périmèle) n’était pas mère, mais fille d’Hippodamas et l’une des Échinades, dont Ovide a raconté les amours avec Achéloüs et la métamorphose 15.
Suivant Ovide, Achéloüs donna un jour l’hospitalité à Thésée et l’instruisit de ses conseils ie. Mais le grand événement de son histoire, ce fut sa lutte avec Héraclès pour la main de Déjanire, lutte fameuse par les récits des poètes et des mythographes 17. Pour combattre son adversaire, le fleuve prit tantôt la forme d’un serpent, tantôt celle d’un taureau, puis celle d’un homme à tête de taureau. Mais Héraclès le vainquit et lui arracha une corne. Consacrée par les Nymphes et remplie par elles de fruits et de fleurs, la corne du fleuve devint la corne d’abondance [amalthea]. De honte, Achéloüs alla se cacher dans les roseaux de ses rives. Ce mythe a été expliqué dès l’antiquité dans le sens historique par Strabon 18 et par Diodore 19. On y a vu une allusion à des travaux exécutés pour resserrer le lit du fleuve et dessécher ses rives afin de les rendre saines et fertiles. Achéloüs devint le symbole des
De. Achoeor.foed.orig. Glogau, 1854, 8; Cousinery, Monnaies de la ligue Ache'cnnet Paris, 1825; Merlecker, Achaïcorum libri III, Darmstadt, 1837 ; Droysen, Hellenismns, t. II, Hamburg, 1843, et les auteurs cités par Hermann, Lehrbucb der griech. Staatsalterthüm. 4» édit. Heidelberg, 1855, § 185 et sq.
ACHANÉ. > Acharn. \m, et Schol. ad h. loc. Conf. Suidas s. V.
ACIIARISTIAS DIKÈ. 1 Pollux, VIII, 31. — 2 Petit, Leg. att. VII, 8, § I. 3 Lucian. Abdicatus, 19. — 4 Val. Max. V, 3, p. 41S, Iveirpf. - 5 Xen. Cyropaed. I, 2, 7; Senec. De benef. III, 6. — 6 xen. Mcmor. Socr. II, 2, 13.
Bibuoghaphie. Janus Pan, De grati animi officiis et ingratorum poena jure Attico et Romano , Lugd. Bat. 1809 ; S. Mayer, Die Redite der Israël., Athener und Rômer, Leipzig, 1862, t. I, p. 58.
ACIIELOUS. 1 Pausan. VIII, 38 ; Strab. VIII, p. 342 ; IX, p. 434; X, p. 450; Schol Iliad. XXIV, 616. — 2 Aristoph. Lysist. 381 et Schol.; Virg. Genrg. I, 9 ; Artemidor. II, 33; Welcker, Griech. Gütterlehre, III, p. 45. — 3 Hom. Iliad. XXI, 194; PausaD. loc. cit. ; cf. Solin. Polyhistor. VII, 3. — ■ 4 Herodot. II, 10. — 5 Thucyd. II, 102; Pausan. VIII, 24. — 6 Metam. VIII, 576 sq. —7 Theog. 340. — 8 Natal. Com. VII, 2 ; Serv. ad Virg. Georg. I, 9. — 9 Apollod. I, 3, 2. — 10 Apollon. Argon. IV, 895, 896. — 11 Apollod. I, 7, 10. — 12 Thucyd. II, 102; Pausan. VIII, 24 ; Apollod. III, 7, 5. — 13 Pausau. X, 8. — 14 Apollod. I, 7, 3. — 13 Metam. VIII, 589 sqq. — 16 Metam. VIII, 546 sq. — 17 Sophocl. Trach. 10 sq. ; Ovid. Met. IX, 1-S8 ; Philost. Juu. 4 ; Diod. Sic. IV, 34, 35 ; Hygin. Fab. 31, 33 ; Apol* lod. I, 8, 1 ; II, 7, 5. — 18 x, 2. — 19 Loc. cit.
acîi
a en
eaux coulant sous les lois de l’homme; etThéagène, tyran de Mégare , ayant détourné un torrent qui tombait des montagnes dominant la ville, éleva un autel à ce dieu dans le lieu même d’où l’on avait conduit les eaux 2n.
Le nom d’Achéloüs était révéré par toute la Grèce, bien que les fables qui le concernent soient qualifiées d’étoliennes 21 . On jurait par lui comme par le Styx. Son culte paraît avoir été lié avec celui du Zeus de Dodone [jupiter], car Éphore nous apprend que toutes les réponses de l’oracle de Dodone portaient que l’on devait faire des sacrifices à Achéloiis 22. Dans le temple d’Amphiaraüs à Oropus, il y avait un autel divisé en plusieurs parties dont chacune était dédiée à plusieurs dieux. Une part était consacrée aux nymphes , à Pan, à Achéloiis et au Céphise 2!. Une source était à côté du temple 2h
La lutte d’Achéloüs et d’Héraclès était figurée en relief sur le trône d’Apollon à Amyclée 2S, et dans un groupe, œuvre de Doutas, qui faisait partie du trésor des Mégariens à Delphes 26 .
mais on sait que de semblables jeux étaient célébrés en
Fig. 51. Lutte d’iïcrcule et d’Achéloüs
Fig. 50. Achéloüs.
Les monuments qui nous restent représentent Achéloüs tantôt, comme sur une monnaie d’argent de Métaponte (lig. 50), ville d’origine à demi étolienne, sous les traits d’un homme à la tête armée de cornes, tenant le roseau et la patère 27 (il est figuré de même sur des pierres gravées 28) ; tantôt, comme sur le vase peint reproduit plus haut (fi g. 4-9) et sur les monnaies d’OEniadaeen Acarnanie, sous la figure d’un taureau avec un visage humain29.
C’est ainsi qu’on le voit aussi représenté dans un fragment de marbre de la galerie de Florence et sur plusieurs vases peints30. La peinture reproduite ( fi g. 51), d’après un vase du Musée britannique, où le dieu a une tête humaine et le corps d’un poisson, bien que conforme à une des traditions conservées parles poètes, est jusqu’à présent une exception.
Sur la monnaie de Métaponte, dont il vient d’être parlé, on lit ces mots : axeaoio abaon, qui paraissent indiquer qu’elle était donnée en prix aux vainqueurs de jeux au sujet desquels on ne possède d’ailleurs aucun renseignement;
l’honneur d’Achéloüs en Acarnanie 31. L. de Ronciiaüd.
AC HERON [iNFERl].
ACHERONTICI LIRRI [libri].
ACIIILLES (’A iiHeiz). — Achille, fils de Pélée, roi des Myrmidons, peuple de la Phthie en Thessalie, et d’une déesse de la mer particulièrement honorée dans cette contrée, la néréide Thétis1. Son aïeul est Laque, par qui il est issu de Jupiter.
Traditions homériques . — Tout enfant, Achille fut confié à Phoenix, alors réfugié auprès de Pélée. Phoenix ne quitta plus son élève et le suivit sous les murs de Troie 2. Il enseigna au fils de son hôte l’éloquence et la guerre 3 ; le centaure Chiron apprit la médecine au jeune héros 4. Achille était Te plus vaillant des hommes ; sa mère lui avait annoncé que sa destinée lui permettait de choisir entre une vie longue mais obscure, ou une vie glorieuse mais courte 5 ; ce fut celle-ci qu’il préféra. Quand la ruine de Troie fut décidée, il vogua vers l’Asie suivi de cinquante vaisseaux 6. Chéri de Minerve 1 et de Junons, aimé de Jupiter, il fut bientôt célèbre et les Grecs virent en lui le rempart de l’armée 9. Déjà, avant sa querelle avec Agamenmon, il avait désolé le pays troyen, détruit douze villes sur le bord de la mer et onze dans les terres ln. L’origine de cette querelle fut la maladie qui ravagea le camp des Grecs. Inspiré par Junon, Achille convoque l’assemblée des Grecs. Le devin Calchas déclare qu’ Apollon a envoyé ce mal terrible, et que le dieu ne s’apaisera que lorsque la fille de son prêtre, Chryséis, captive d’Agamemnon, aura été rendue à sôn père. Agamcmnon courroucé déclare à son tour qu’il ne livrera Chryséis qu’en échange d’une autre récompense, et il réclame la captive Bris '-s échue en partage à.Achille. D’injurieuses paroles départ et d’autre sont prononcées. Achille menace d’abandonner l’armée et va frapper Agamemnon quand Minerve l’arrête. L’assemblée se disperse, Agamemnon r nd Chryséis, mais ses hérauts vont enlever Briséis. Achille désespéré se rend sur le rivage. A son appel Thétis se montre et lui promet de prier Jupiter de le venger des Grecs u. Dès ce moment, retiré sous sa
20 Pausan. I, 41. — 21 Lucian. De saltat. 50. — 22 Jacobi, Dict. myth.s. v. Achetons. — 23 pausan. I, 33. — 2» Ibid. — 23 paus. III, 8, 16. — 26 id. VI, 19, 12.
— 27 Millingen, Ane. coins of greek cities, I, 21 ; de Luynes, Métaponte, pi. 2. — 21 Millingen, Transact. II, p, 93; Cades, Abdrück-Samml. XXII, 113; Arc. h. Zeitung , 1862, pl. 168 — 29 Mionnet, Méd. ant. Suppl. III, pi. 14; O. Muller, Handb. § 403, 2.
— ;o Gâter, de Florence , 4e série, Statues et bas-reliefs, pl. 25, Florence, 1819, 8“; Gerhard, Auscrl. Vas. II, pl. 113; id. Etrusk. und campan. Vas., XV, 1, 2, et
XV, 3, 4; O. Jahu, iu Arch. Zeitung, 1 862, taf. 147, 14S; Millingen, Transact of royal Soc of litt. II, 1 ; de Witte, Catal. Etr. p. 4S; Urlichs, Ann. dell’ inst. di
Corresp. arch. 1839, p. 265, et Guigniaut, Relig. de l’ant. pl. 190 bis, n» 181 6.
Cf. les auteurs cités à la note 17. — 31 Schol. Iliad. XXIV, (16.
ACHILLES. 1 Hom. II. XX, 206 ; Pind. Nem. 4. — 2 //. ix, 433. 3 440. 4 II.
XI, 831. —5 II. IX, 410. —6 II. II, 681. —7 II. I, 193.— 8 //. 1; 209. — 9 Il.l^i’J — 10 II. IX, 328, 271 ; XI, 625 ; VI, Il 6; II, 691 ; XX. 90.— U II. I. 351-127.
ACH
ACH
tente, Achille demeure dans l’inaction 12, et joue de la lyre13;
vainement les Grecs, battus par les Troyens, réclamen e se cours de son bras », il refuse 15. L’ennemi pénètre jusqu au camp, et va mettre le feu aux vaisseaux16 quand les pneres et les pleurs de Patrocle 17 amollissent enfin son cœur. Il envoie son ami, couvert de ses propres armes, pour sauver les Grecs 18. Patrocle est tué 19. A cette nouvelle, Achille s arrache les cheveux, se jette à terre, se couvre le visage de cendre 20 Thétis entend ses cris 21, elle arrive suivie des Nereides et l’assure que Vulcain lui forgera une armure nouvelle i2. Elle-même lui apporte ces armes merveilleuses 23. Achille convoque les Grecs, et se réconcilie avec Agamemnon “ . Fortifie par le nectar et l’ambroisie qu’ Athéné a versés dans son sein 2% il s’arme, monte sur son char, et se précipite dans la mêlée 2t>. Les Troyens tombent sous ses coups. Le lit du Xanthe est encombré de morts.Le fleuve, avec menace, demande à Achille de cesser le carnage 27. Achille reste sourd, le Xanthe se soulève, et le fils de Pélée va périr dans les flots 2% quand "V ulcain embrase les rivages et dessèche la plaine 29 . Les Troyens sont rentrés dans la ville ; seul, Hector a osé attendre Achille qui le poursuit et venge Patrocle 30 en le perçant de sa lance. Il ordonne les funérailles de son ami, et traîne trois fois autour du tombeau le cadavre d’Hector attaché à son char 31. Sa colère s’apaise enfin lorsque Priam vient jusque dans sa tente lui offrir la rançon du corps de son fils 32. Mais bientôt il va tomber à son tour devant les portes Scées, frappé par Paris et par Apollon33. Les Grecs rapportent son cadavre dans le camp. Pendant dix-sept jours et dix-sept nuits, il est pleuré par tous les Grecs, auxquels se joignent les dieux mêmes. Les Néréides et les Muses chantent le chant funèbre ; puis sa cendre est réunie à celle de Patrocle et enterrée auprès des restes d’Antiloque, sous un tertre élevé sur le rivage de l’Hellespont 34 . Ulysse descendant aux enfers retrouvera les trois amis parmi les ombres, dans la compagnie d’Ajax fils de Télamon 33. Le plus brave, le plus beau, le plus agile des Grecs rassemblés devant Troie 36 ; terrible dans les combats 37, Achille est compatissant et hospitalier, tendre pour sa mère, ses amis et ses captives 38, et plein de respect pour les dieux.
Traditions postérieures.— Nous venons de voir l’Achille homérique, examinons maintenant celui que nous montrent les traditions post-homériques. Les mythologues et les poètes nous dépeignent l’enfance du héros et certaines particularités de sa courte et glorieuse vie. Suivant les uns, sa mère veut le rendre immortel, et pour y réussir elle le tient la nuit dans le feu après l’avoir oint d’ambroisie pendant le jour39; suivant les autres, elle le plonge dans le Styx, ce qui le rend invulnérable, si ce n’est au talon 40 . Pélée charge Chiron d’élever Achille41. Le centaure nourrit son élève des entrailles des lions et de la moelle des ours 42. L’enfant n’a que neuf ans quand Calchas prédit que sans le concours d’Achille Troie ne pourra jamais être prise. Thétis s’effraye, car elle sait que son fils doit périr dans cette guerre. Elle l’envoie à Scyros, sous des vêtements de femme, chez Lycomède, roi des Dolopes, père de Déidamie, qui se charge de l’élever. Achille devient amoureux de Déidamie qui lui donne un
'■-II- 1, 490.— 13 II. IX, 186.— 14 II. IX, 185.— 15 II. IX, 420-430. — 16 II. XV, 717.
— H II. XVI, I. —18/1. XVI, 125.— 19 II. XVII, 855. —20 II. XVII, 23-30. —21 II. XVII, 45-50. — 22 II. XVIII, 135.— 23/1. XIX, 1.— » II. XIX, 195-235. — 25 II. xix, 353. — 26 II. XIX, 3 64, 4 20. — 27 II. XXI, 215. — 28//. XXI, 237. — s9 // XXI, 342.
— 30/1. XXIII, 130-369.— 31// XXIV, 15.— 32//. XXIV, 399.— 33 //.XIX, 417; XXII, 278, 359. — 34 II. XXIII, 92 ; Od. XXIV, 36. — 38 Od. XI, 467. — 36 //. I, 279,488. —
37 11. XX, 492. — 38 R. XVIII, 70 ; XXIII, et passim. — 39 Apollod. III, 13, 6.
40 Fulgent. III, 7; Stat. Aclt. 1. 134, 269 ; II, 72; III, 84 etScliol.— 41 Apollod. loc. cit.
— 42 Apollod. loc. cit. — *8 Apollod. lit, 13,9; Plut. Thés. 35 ; Philostr. Her. 19,3.
fils 43. Cependant les Grecs vont à sa recherche et arrivent à Scyros. Pour reconnaître Achille parmi les filles de Lycomède, Ulysse fait sonner la trompette. Au son de l’airain, le cœur d’Achille palpite, il s’empare des armes apportées par Ulysse, et suit les Grecs jusque sous les murs de Troie. Deux traditions post-homériques nous montrent Achille dans les plaines de l’Asie, la charmante légende qui représente le héros versant des larmes sur Penthésilée tombée sous ses coups 44 et le récit de son combat avec Memnon, le fils de l’Aurore 45. Ce fut sa dernière victoire. Hygin 46, Dictys 47, Darès 48, et particulièrement Philostrate 49, racontent, avec de légères variantes, qu’il fut attiré dans le temple d’Apollon, à Thymbra, par Polyxène, fille de Priam, dont il était épris, et que là Pàris(ou Apollon sous les traits de Pâlis) lui décocha un trait mortel. — Les légendes post-homériques offrent cela de particulier qu’elles laissent percer 1 idée d’une vie autre que la vie mortelle, et l’idée de la récompense après la mort, la récompense des héros; ainsi thétis obtint de Jupiter la permission de transporter son fils dans l’île des Heureux, sorte de paradis profane où la vie est exempte de larmes, où des fleurs d’or étincellent sur la terre, où habitent Saturne, Rhadamante, Cadmus et Pélée 50. Suivant d autres traditions plus réalistes, ce fut dans une île du Pont-Euxin, l’île d’Achillea S1, que Thétis transporta son fils. Là, les légendes lui donnent pour épouses quelques-unes des plus célèbres héroïnes de l’antiquité, Médée, Iphigénie (qu’il n’avait pas pu sauver en Aulide), ou Hélène 52. Un temple, une statue, un tombeau 53 avaient été érigés dans cette île au fils de Thétis. Achille eut d’autres monuments que ceux de cette île à moitié fabuleuse. Nous citerons un cénotaphe à Olympie 54, un second à Sparte55, et un temple sur le promontoire de Sigée 56 .
La poésie avait fait d’Achille le type du courage, l’art en fit le type de la force élégante et de la beauté gymnastique. Les anciens (ils nous l’apprennent eux-mêmes b7) représentaient le fils de Pélée sous les traits d’un jeune homme dont les formes élancées accusaient néanmoins la vigueur et l’agilité. Souvent la colère ou l’orgueil gonflaient ses narines ; souvent des mouvements prononcés indiquaient la violence de ses passions. Philostrate le Jeune58 décrit un tableau dans lequel on voyait les filles de Lycomède prenant leurs ébats dans une prairie tout émaillée de fleurs; Achille était au milieu d’elles, et, malgré ses habits de femme, trahissait par son impétuosité gracieuse et sa chevelure hérissée (àva-/ouTtÇou<7x tV xou-Y]v) sa virile nature. Les statues d’Achille étaient nombreuses dans l’antiquité, comme suffirait à le prouver le nom d’Achilléennes (Achillae statuae), donné, dit Pline59, aux figures d’éphèbes nus et tenant une lance qu’on voyait dans les gymnases, sans doute parce qu’elles étaient conformes à ce type. On en signale de Scopas 60, de Silanion 61. On n’en connaît point actuellement à qui le nom d’Achille puisse être appliqué avec certitude. La belle statue du Louvre, l’Ad tille Borghèse (fig. 5"2) doit à une simple conjecture de Yisconti 62 son nom, sinon sa célébrité. Un grand nombre de bas-reliefs 63 reproduisent le charmant épisode dont parle Philostrate. Parmi ceux qui représentent Priam aux pieds
44 Quint. Smyrn. 1,6 7 0. — 48 Ibid. III, 400. — 46 Hyg. Fab. 1 07. — 47 Rebell. Troj. IV, 10. — 48 Re excid. Troj. c. 34 . — 49 lier. c. 19, 11. — 50 Pind. Ol. II, 87. — 51 Pomp. Mel. II, c. 7 , 208. Cf. Eust. in Yirg. 306. — 62 Apollon. Arg. IV, 815; Sch. Apoll. IV, 811. — 53 paus. III, 19, 11. — 54 paus. VI, 23, 2. — 53 Paus. III, 30, 8. — 56 Strabon, XII, p. 596. Cf. Steph. Bvz. Achill. Dromos. — 57 Philostr. Imag. II, 2 et 7 ; Phil. Juu. Heroic. I, 19, 5 ; Libanius, Cephr. 6; Heliodor. Æthiop. Il, 5. — 58 Imag. c. 1.-59 plïn. XXXIV, 5. — 60 id. XXXIV, 8, 19. — «i ld. XXXVI, 5, 4. — 6-2 Monum. scelt. Borgh. t. I, tav. 5 ; cf. 11. Rochette, Mon. incd. p. 54-57. — 63 U. jbid. Achill. pl. x 4, 12; Oxerbeck, Bildw. p. 2s8.
ACI1
ACl
d’Achille, il huit placer au premier rang celui du Musée du Capitole 6,1 et celui du Louvre 6S. Des sarcophages, généralement d’un travail médiocre, et une belle terre cuite de la collection Campana, actuellement au Louvre, représentent Penthésilée expirant dans les bras d’Achille 66. La table iliaque du Musée du Capitole 67 [iliacae tabulae] reproduit les hauts faits d’Achille devant Troie.
Le pute al 68 du même musée déroule la vie du héros depuis sa naissance jusqu’à sa victoire sur Hector (fig. 53).
De môme que les sculpteurs, les peintres de l’antiquité se sont emparés de ce beau mythe d’Achille. Dans plusieurs peintures de Pompéi, dont une est particulièrement célèbre 69, on reconnaît le fils de Thétis apprenant du centaure Chiron à jouer de la lyre. On le voit tirant son épée pour frapper Agamemnon dans une peinture du temple de Vénus à Pompéi70. Une autre composition du premier ordre, ornement de la Maison du Poète à Pompéi, nous montre Achille
Fig. 52. Achille.
ordonnant à Patrocle de remettre Briséis aux hérauts d’Agamemnon71; d’autres peintures reproduisent l’épisode d’Achille à Scyros72. Le fils de Pélée se voit très-souvent sur les vases peints(fig. 54). Nous signalerons parmi ces compositions celles qui représentent le héros quittant Pélée, Nérée et Thé-
lis 7S; pansant la blessure de Patrocle 74 ; jouant aux dés avec Ajax73; guettant et tuant Troïle76; triomphant d’Hector77; traînant le cadavre de celui-ci après son char 78 ; combattant Memnon 79 ; ôtant la vie à Penthésilée 80 ; accueillant Priam 81 , et pleurant Patrocle 82. — Le marteau et le burin ont aussi reproduit l’image d’Achille. L’artiste qui a ciselé le disque d’argent 83, de la Bibliothèque impériale de Paris, connu sous le nom de Bouclier de Scipion, a choisi le même sujet que le peintre de la Maison du Poëte. Achille traînant le cadavre d’Hector, et frappé à mort par les flèches de Paris, telles sont les scènes que présentent deux des vases d’argent de Bernay8*.
Des cistes gravées nous offrent l’image d’Achille immolant sur le tombeau de Patrocle les captifs troyens, sujet également représenté par la peinture dans un tombeau étrusque83. Un miroir étrusque représente le fils de Pélée guérissant avec sa lance la blessure de Télèphe 86 ; un second miroir nous le montre se revêtant de l’armure que vient de lui apporter Thétis 87. La glyptique elle-même a son Achilléide.
Une précieuse intaille de la Bibliothèque impériale, l’améthyste signée du nom de Pamphile, représente (fig. 55) un Achille citharède 88. Antiloque annonçant à Achille la mort de Patrocle 89, est le sujet d’un
des plus admirables camées qui soient connus. Une médaille delaPhthiotide, frappée sous Adrien, représente la tête d’Achille casquée et tournée à droite avec cette inscription : axiaaeys 90. On lit le même nom sur divers vases peints, et par exemple au-dessus de la figure d’Achille armé, représentée plus haut, d’après un vase du musée du Vatican (fig. 54) 91 . E. V INET.
ACIES (Taljtç). Voy. pour les Grecs, taxis. — Le mot a des a une signification toute particulière qui ne doit pas
Fig. 55. Achille.
61 Mus. Capit. IV, pl. iv. — 65 Clarac, Mus. de sculpt. pl. n.— 66 Visconti, Mus. Pio Clement. t. V, tav. 21 ; Clarac, Mus. de sculpt. pl.ccxii; Beschreibung d. Stadt Rom. t. III, p. 889 ; Houel, Voyage pitt. de la Sicile , I, 14 ; Gazette des Beaux-Arts, 1865, p. 20. — 67 Mus. Capit. t. IV, tab. 7. — 68 Mus. Capit. t. IV, tab. 27. — 69 Bitture di Ercol. t. I, tav. 8 ; Mus. Borbon. I, pl. vm, et la plupart des recueils sur Pompéi. Cf. W. Helbig, Wandgemülde der Stüdle Campaniens, 1868, n. 1291-1295. — 7i) Overbeck, Bildwerke zum troïsch. Heldenkreis, t. XVI, 1 ; Helbig, l. I., n. 1306-
1307. — 71 Raoul Rochette, Mon. inéd. pl. i; Mus. Borb. II, 58; cf. Helbig, l. L,
1308, 1309. — 72 Mus. Borb. IX, 6; Raoul Rochette, Peintur. de Pompéi, pl. xx, xxi ; Gerhard, Arch. Zeitung, 1858, pl. cxiii; Overbeck, l. L, XIV, 8; cf. Helbig, Z. 1., n. 1296-13 0 3. — 73 Gerhard, Etrusle. und Camp. Vas. t. XIII ; Millingen, Ane. Uncdil. Mon. I, 20; Welcker, Alte Denkmâler, t. XXV. — 74 Mon. ined. dell’ Inst, arch. t. I, tav. .35. — - 75 Ibid. t. I, tav. 26; t. II, tav. 27. — 76 Annal, dei. Instit. arch. 1850, tav. d’agg. E. 1 ; Mon. ined. dell’ Inst. IV, 55; Gerhard, Auserl. Vas. pl. ccxxiv, ccxxv. — 77 Gerhard, Griech. Vasenbild. t. III, pl. ccm.
78 Raoul Rochette, Mon. ined. pl. xvn. 79 Millin, Vases peints, t. I, pl. xix. —
80 Gerhard, Griech. Vasenbild. t. III, pl. ccvi. — 81 Gerhard, Auserl. Vas. III, 197; Inghirami, Galeria omerica, t. II, p. 238; Monum. dell' Inst. V, tav. 11. — 82 Mon. inéd. dell’ Inst. arch. t. V, tav. 77. — 83 Millin, Mon. ined. I, pl. îv, p. 69; Chabouillet, Catalog. du Cab. des Med. n» 2S75. — 84 Chabouillet, Catalog. n° 2804 et s.; Raoul Rochette, Mon. inéd. pl. lii, liii. — • 83 Ibid. pl. xx; Mon. inéd. dcl. Inst. 1859, pl. xxxi ; 1862, pl. lxi, lxii. — 88 Gerhard, Etrusk. Spiegel, t. II, pl. ccxix. — 8" Ibid. pl. ccxxvm. — 88 Winckelmann, Descript. des pierres gravées du baron de Stosch, pl. ccclxii ; Chabouillet, Catalog. n° 1815. — 89 Winckelmann, Mon. inéd. n° 129 ; comp. Tisehbein, Eomer nach Antiken, IX, 4. — 90 ru Mersan, Médailles du cabinet de Allier de Hauteroche, pl. v, n° 17. — 91 Mus. Gregor. II, 58, 3 ; Gerhard, Auserl. Vasenb. III, pl. clxxxiv ; Overbeck, Z. Z. pl. xvi, 2. — Bibliographie. O. Muller, Handbuch der Archoeologie der Kunst, § 413, 2, et § 415, 2e éd., 1,818; Raoul Rochette, Monuments inédits : Achilléide; Overbeck, Bildwerke des troïsehen Heldenkreis, Stuttgart, 1857.
ACI
être confondue avec celle du mot agmen, erreur que commettent souvent les traducteurs. Il signifie une armce rangée en bataille, ou tout au moins une ligne de troupes prêtes à combattre, et non pas le rang. Végèce ‘ détruit toute incertitude à cet égard, en disant : Am* dicitur exercitus mstructus. Quelquefois aussi on a employé le même mot pour
C L / (A/ls 1/ Lld • ' , .
désigner le combat lui-même 2. Les expressions aciem instruere \ aciem instituer \ aciem constituerez signifient ranger l’armée en bataille : prima acies 6 signifie la première P 0 ne de troupes ; secunda acies \ la deuxième ligne; tertio. acies9 la troisième ligne, et quarta acies, la quatrième ligne9. L’expression triplex acies 10 servait à désigner l’ensemble de l’armée rangée en bataille sur trois lignes, et celle-ci, in aciem procedere u, indiquait la marche en bataille.
On employait encore le mot acies dans la désignation de manœuvres de détail, mais se rattachant aux formations de combat, telles que doubler et quadrupler les rangs, aciem duplicare, quadratam aciem constituere; se former en triangle, in trigonum ( quem cuneum vocant ) aciem mutare 12, etc.
Jusqu’à l’époque où vécut Camille, les Romains combattirent en phalange [pualanx], c’est-à-dire sur une seule ligne pleine 13; puis, pendant tout le temps qui s’écoula ensuite jusqu’au moment où Marius changea l’organisation de la légion [legio], celle-ci se forma sur trois lignes (fig. 56).
La première était composée des manipules (U LZj EU LZ] [HH de hastati laissant entre eux des intervalles 4 dont chacun était égal au front d’un manipule : devant chacun de ces intervalles et sur une deuxième ligne, se trouvaient les manipules des principes ; enfin, en troisième ligne, les manipules des triarii placés devant les intervalles des
principes : si ceux-ci et les hastati ne pouvaient résister à I l’ennemi, ils se portaient en arrière et allaient se reformer dans les intervalles des triarii. Cette dernière manœuvre était possible, attendu que les triarii ayant un effectif moitié moindre que les hastati et les principes, les intervalles qui existaient entre leurs manipules étaient deux fois plus grands que ceux des deux premières lignes : donc, dans chacun de ces intervalles, un manipule de hastati et un manipule de principes pouvaient trouver place 14.
Derrière les triarii se rangeaient les rorarii et les accensi 15 : quant aux velites, ils étaient répartis dans les intervalles de la première ligne 16, ou placés en avant de l’armée 17 .
Quelquefois, pour laisser passer sa cavalerie ou les élé-
ACIES. 1 II, 14. — 2 Cic. Epist. VI, 3. — 3 Caes. Bell. gall. I, 24, 49, 51 ; Bell, cio. I, 41. — * Caes. Bell. gall. IV, 14. — 5 Bell. afr. 58. — 8 Tit. Liv. VIII, 8. —
7 Caes. Bell. cio. I, 41 ; Bell. afr. 60. — 8 Caes. Bell. gall. I, 52. — 9 Caes. Bell, cio. III, 89, 93 ; Bell. afr. 81. — 10 Tit. Liv. XXIII, 29 ; Caes. Bell. gall. I, 24, etc. ; Front. Strat. II, 3, 16, 17, 20, 22. — 11 Tit. Liv. IX, 27. — 12 Veg. Mil. 1, '.'6. — 13 Tit. Liv. VIII, 8. — 14 Tit. Liv. VII, 23 ; VIII, 8, 10 ; XXX, 8, 32 ; XXXVII, 39 ; Front. Strat. II, 3, 16 ; Polyb. XIV, 8 ; XVIII, 15. — «Tit. Liv. VIII. 8. — «Tit. Liv. XXIII, 29 ; XXX, 33 ; Front. Strat. II, 3, 16 ; Polyb. XV, 9. — ,7 Tit. Liv. XXII, 45; XXXVIII, 21; Polyb., I, 33; III, 113; X, 39.— « Tit. Liv. X, 5; XXX, 33 ; Front. Strat. II, 3, 16 ; Polyb. XV, 9. — « Tit. Liv. XXXVll, 39. — 20 Sali. Jug. 101. — 21 Front. Strat. II, 4, 31. — 22 Tit. Liv. IV, 33 ; VIII, 30 ; XL, 40. — 33 Tit- Liv. XXX, 1S. — 24 Tit. Liv. II, 20; III, 02; IV, 38, 40 ; VI, 24; VII, 7; IX,
phants de l’ennemi, le consul abandonnait la formation en quinconce dont nous venons de parler, et, tout en conservant les intervalles entre les manipules et les distances entre les lignes, plaçait chaque manipule de principes et de triarii derrière le manipule correspondant de hastati, de telle sorte que les intervalles existaient dans toute la profondeur de l’armée 18.
Une armée consulaire comprenait habituellement quatre légions, deux composées de citoyens romains et les deux autres composées d’alliés du nom latin : les légions romaines étaient placées au centre de la ligne de bataille et les autres à droite et à gauche 19 [soen].
La cavalerie romaine était bien plus redoutable que celle des Grecs, puisqu’elle chargeait à fond soit en ligne confertis equis 20, soit en fourrageurs en lâchant les rênes, effusis habenis 21 , ou même en ôtant les mors des chevaux 22 ; elle n’hésitait donc pas à combattre de près et à pénétrer dans les rangs ennemis 23, et même à mettre pied à terre pour soutenir l’infanterie lorsqu’elle n’avait pas l’espace nécessaire pour charger 24 . Aussi rendit-elle souvent de grands services soit en combattant, soit en opérant des diversions ou en exécutant des mouvements tournants 2S. Répartie généralement sur les deux ailes26 ou massée sur une seule aile 27, ou même encore placée der-
□ □•□oqOQODD
Fig. 56. Formation par manipules.
0œ,001 — 10 pieUs romains.
rière l’infanterie elle commençait souvent l’action par une charge dirigée sur le centre de l’armée ennemie 29 ou contre sa cavalerie 30.
Lorsque la formation par manipules fut abandonnée, on vit les armées romaines se mettre quelquefois en bataille sur une seule ligne 81 , sur deux lignes 32, sur quatre lignes 33, mais plus habituellement sur trois lignes 34, de telle sorte que chaque légion avait quatre cohortes [cohors] sur la première ligne et trois sur chacune des deux autres 35 : contrairement à ce qui se faisait précédemment, les troupes qui inspiraient le moins de confiance étaient placées au centre de l’armée 36 ; la cavalerie était répartie sur les deux ailes37 ou massée sur une seule aile 38 ; enfin, l’infanterie légère était placée en avant de l’armée et rarement sur les ailes 39.
L’empereur Alexandre Sévère, ardent admirateur d’Alexandre le Grand, organisa une phalange 40 qui ne fut pas conservée par ses successeurs : seulement, dans les derniers temps de l’Empire, la légion ne se rangea plus en bataille que sur deux lignes comprenant chacune cinq co-
39; XXI, 46; XXII, 49 ; XXIX, 2; XXXV11I, 26; Front. Strat. II, 3, 23. — 23 Tit. Liv. X, 29; XL, 31 ; Front. Strat. II, 3, 14; II. 4, 3, 6. 33, 34, 35. — 26 Tit. Liv. XXVII, 2; XXXI; 21; XXXV, 5; XL. 31 ; Front. Strat. II, 3, 20; P„lvb. III, 72. — 27 Front. Strat. II, 3, 22. — 28 Tit. Liv. X, 5, 41 ; XXIX, 2; Front. Strat. II, 3, 7- — 29 Tit. Liv. I, 30 ; II, 31 ; III, 70 ; IV, 18, 47 ; X, 5. — 30 Tit. Liv. X, 28. — 31 Caes. Bell. afr. 13. — 32 c.aes. Bell. gall. III, 24; Bell. civ. III, 67. — 33 Caes. Bell. cio. III, 89, 93 ; Bell. afr. 81 ; Plut. /. Caes. 44; Pomp. 69, 71. — 3'. Caes. Bell. gall. I, 24, 49, 51 ; IV, 14; Bell. cio. I, 41, 64, 83; Bell. afr. 60, 81 ; Front. Strat. II, 3, 22. — 35 Caes. Bell. civ. I, 83. — 36 Caes Bell. cio. III, S9 ; Bell. afr. 60 , 81. — 37 Caes. Bell. gall. III, 25 ; VI, 8 ; Bell. cio. I, 83 ; Bel. afr. 13, 81 ; App. Bell. civ. II, 75. — 38 Caes. Bell. civ. III, 88; Bell. afr. 60. — I 39 Caes. Bell. civ. I, 83; Bell. afr. 13, 60, 81. — *0 Lampr. Al. Sev. 49.