‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 9 sur 155 · ABR · texte numérisé non relu

ABR

jurisconsulte Paul * s’exprime ainsi : « On admet depuis longtemps, d’après l’autorité du savant Hippocrate, que le fœtus naît parfait le septième mois ; conséquemment, on doit considérer comme légitime l’enfant qui est né le septième mois depuis les justes noces [matrimonium] ; » mais il ajoute 3 que le part doit en outre avoir la forme humaine. Quant aux peines prononcées contre les auteurs ou complices de l’avortement volontaire, nous renvoyons à l’article abigere partum. Le droit romain avait pris des mesures pour veiller aux intérêts des enfants conçus \ Les avantages légaux de la maternité, notamment le jus liberorum, ne s’appliquaient pas à la femme qui accouchait avant terme ou d’un monstre 5. G. Humbert.

ABRAXAS, ABPAEAC ou ABPACAE. — Ce nom, qu’on lit ainsi gravé de deux manières, en caractères grecs, sur des intailles du 11e siècle après Jésus-Christ, ou des siècles suivants, fait reconnaître des amulettes ou talismans appartenant à la secte gnostique des basilidiens. Abraxas, d’après l’explication des Pères de l’Église, adversaires des gnostiques ‘, est le nom qu’un de leurs chefs, Basilide, donnait au Dieu suprême en le formant de sept lettres qui, selon la manière de supputer des Grecs, font au total 365. Ce nombre, qui est celui des jours de l’année solaire, était aussi, pour les basilidiens, celui des éons , intelligences ou anges créateurs, dont les manifestations, dans leur doctrine, formaient le plérôme, la plénitude delà puissance divine. D’autres inscriptions souvent indéchiffrables et des symboles extrêmement variés et compliqués, la plupart devenus inexplicables, accompagnent le nom d’ Abraxas, et on les trouve aussi sur des pierres où ce nom ne se lit pas. Il en est résulté que ce nom a été indûment étendu : dans l’usage commun on appelle abraxas les pierres gnostiques en général, bien qu'elles aient souvent un caractère tout différent. On les appelle aussi pierres basilidiennes ; et cependant elles sont loin d’appartenir toutes à la secte des basilidiens, mais il est vrai que c’est parmi ceux-ci que le nom a pris naissance.

Bien des essais d’explication de ces pierres ont été tentés. Les antiquaires des derniers siècles, Jean l’Heureux 2, Chifflet 3, du Molinet 4, Montfaucon 5, Caylus 6, etc., en ont proposé de très-hasardées. Les modernes ont apporté dans cette étude plus de critique et de vrai savoir. Parmi eux il convient de nommer en première ligne l’auteur de Y Histoire critique du Gnosticisme. M. Matter a publié dans un volume supplémentaire de cet ouvrage plusieurs planches représentant des pierres gnostiques. Dans les explications qu’il y a jointes, il a séparé de ces pierres un grand nombre d’autres qui se rapportent à des doctrines différentes enfantées vers le même temps dans la Grèce, l’Egypte et l’Asie, et il a interprété, souvent avec succès, quelquesuns des noms et des figures qui distinguent celles des gnostiques. Les sujets sont de bizarres assemblages de formes empruntées à la figure humaine et à celles de divers animaux, de signes astronomiques et d’attributs de tout genre dont l’explication se trouvait sans doute dans la connaissance aujourd’hui très-imparfaite des doctrines gnostiques,

* L. 12 Dis. De statu hominum, I, 5. — 3 Ibid. 1. 14. — ’• Gaius, Comm. I, 130; Justin. Jnstit. I, 4 pr. et fr. 13, § I et î, Dig. De ventre in possession, mittend. XXXVII, 9. — 5 Paul. Sent. IV, 9, § 3 et 4.

ABRAXAS. 1 Voyez les textes de saint Irénée, saint Jérôme, Tertullien, saint Augustin, réunis dans l’ Antiquité expliquée du P. Montfaucon, t. II, 2« partie, p. 353.

2 jani Macarii Abraxas seu Apislopistus. — 3 Abraxas-Proteus, dissertation

jointe à l’édition donnée par Chifflet, en 1 657, du livre précédent. — 4 Dans le Ca- Linet de la bibliothèque de Sainte-Geneviève . 1692. — 5 Op. laud. — 6 Bec. d’an-

et. dans celle de leurs rites qui est complètement perdue. Nous en offrons divers exemples empruntés à la collection des pierres gravées du Cabinet des médailles. Ils suffiront pour donner une idée du caractère de ces compositions, compliquées et variées à l’infini. Sur la première pierre ffig. 21) on voit un personnage à corps humain, à tête de

lion radiée, debout, tenant d’une main le signe égyplien de la vie qu’on appelle la croix ansée, et de l’autre un sceptre autour duquel s’enroule un serpent dont la tête se tourne vers les rayons solaires. On lit à côté de cette figure son nom en caractères grecs : iaq, et au revers abpaCae 7. Le premier nom se retrouve sur une autre pierre (fig. 22), au-dessous d’un personnage à tête de coq avec des serpents pour jambes, armé d’un fouet et d’un bouclier 8. Ce nom est celui d’un des éons des basilidiens. On lit encore sur leurs talismans ceux de Sabaoth, d’Adonaï, d’Éloï, d’Oraios, d’Astaphaios, celui d’Ialdabaoth, le démiurge, créateur du monde, dont les six précédents étaient, disait-on, émanés, et d’autres en grand nombre. On y voit aussi les sept voyelles A F, H i o VQ disposées suivant des modes cabalistiques, ou la formule abaanaoanaaba qui se lit dans les deux sens. Parmi les autres inscriptions restées indéchiffrables, on rencontre des radicaux hébreux, grecs, syriaques, coptes. Sur la troisième pierre (fig. 23) on voit 9 un serpent à tête de lion radiée ( Chnou p/tis ) se dressant entre sept étoiles ; au revers un vase d’où s’échappent deux serpents (peutêtre le vase des péchés, selon l’explication de Matter) et un

Fii?. 22. Abraxas.

Fig. 23. Abraxas des ophites.

symbole formé de trois serpents, trois S ou trois Z traversés par une barre. Au revers on litTuxNor<M (« Chnoup/ns). Le serpent à tête de lion radiée est une des figures qu’on rencontre le plus fréquemment sur les pierres dites abraxas. Celles où on le voit appartiennent sans doute à la secte gnosique des ophites.

Les abraxas des basilidiens se portaient vraisemblablement de la même manière que les amulettes de toute autre espèce [amuletum]. E. Saguo.

ABROGATIO [LEX, MAGISTRATUS].

ABSENS. — L’absent était, en droit romain, celui qui ne se rencontrait pas au lieu où sa présence était requise. L’absence peut être envisagée soit au point de vue du droit civil, soit au point de vue du droit public.

tiquités, t. VI. — 7 Chabouillet, Catalog. n° 2168. — 3 Ibid. n° 2174. — 9 Ibid. no Bibliographie. Bcllcrmann, Ein Versuch iiber die Gemmen der Alten

mit dem Abraxasbilde, Berlin, 1817-1819; Gurlitt, Archâologische Schriften, Altona, 1831, p. 127 et seq.; Matter, Histoire critique du gnosticisme, 1814, 2« édit.; K. Mogenstern, Erklàrungsversuch einer noch nicht bekannt gemachten Abraxasgemme, Dorpat, 1843 ; Stickel, De gemma abraxea nondum édita, Iéna, 1848 ; Chabouillet, Catalogue des camées et pierres gravées de la Bibliothèque impériale. p. 282.

ABS

ABS

1. Un grand nombre de textes régissent les effets de l’absence considérée comme simple non-présence. Ainsi les débiteurs qui se cachent pour ne pas être appelés en justice *, et qui ne sont défendus par personne, donnent lieu à l’envoi en possession de leurs biens, suivi d’une vente en masse [missio in possessionem, emptio bonorum]. Le préteur, dans le cas où un absent avait achevé par son fermier une usucapion commencée, sans qu’on pût agir contre lui, venait au secours du propriétaire 2 qui n’avait pas eu le moyen de se faire envoyer à temps en possession des biens, et rescindait l’usucapion. Réciproquement, un citoyen absent pour un service public était autorisé par le préteur à revendiquer 3 ( rescissa usucapione) un objet usucapé pendant ce temps par un tiers [usucapio]. Sur les effets de l’absence quant à la procédure, voyez contumacia et eremôdicium Mais le droit romain n’avait pas organisé de système complet en vue du cas d’absence véritable, c’est-à-dire de l’hypothèse où un individu a disparu de son domicile, sans donner de ses nouvelles, en sorte que son existence est incertaine. Sans doute, en pareille hypothèse, on appliquait, quant à l’administration de ses biens, les règles relatives aux non-présents 5. Aucun droit ne pouvait être réclamé à son proütsans la preuve de son existence ; et réciproquement nul ne devait, sans prouver la mort de l’absent, exercer un droit subordonné à son décès 6, sauf le cas où il était constaté que cent ans s’étaient écoulés depuis sa naissance. Au cas d’absence d’un père de famille, ses enfants pouvaient, après trois années, se marier sans son consentement 7 ; le jurisconsulte Julien assimile le cas de captivité à celui d’absence, et valide même l’union conjugale contractée par l’enfant avant ce délai, si l’on peut présumer, d’après la condition de l’époux, que le père n’eût pas refusé son consentement. La femme d’un individu soldat, en campagne ou captif, et dont on n’avait pas de nouvelles depuis cinq ans 8, était autorisée à se remarier. Constantin paraît avoir réduit ce délai à quatre années 9, mais ces prescriptions furent modifiées par Justinien 10.

II. Au point de vue du droit public, il n’était pas permis à un absent de solliciter comme candidat une magistrature romaine. Becker 11 pense toutefois que les restrictions en cette matière ne se présentèrent qu’après le commencement du vu0 siècle de Rome ; il cite un grand nombre d’exemples 12 qui prouvent la liberté presque illimitée laissée au peuple dans le choix des candidats [ambitus, magistratus]. On peut à cet égard adopter la distinction suivante proposée par Rein : Le peuple était maître d’élever au rang de consul ou de préteur, etc. un citoyen qui ne s’était point porté officiellement candidat ( professio ), puisque Cicéron 13 critique comme absolument nouvelle la disposition de la loi agraire de Rullus, qui exigeait qu’un citoyen fût présent pour être élu décemvir. Du reste, celui qui ne briguait pas une magistrature, était ultro creatus 14, ou non petens; et, à ce point de vue, qu’il fût ou non présent à Rome, on disait qu’il pouvait être nommé en son absence 15. Au contraire, l’usage avait in¬

troduit la défense pour un absent de briguer un honneur à Rome ; cela fut transformé en loi et renouvelé peu de temps après, en 702 de Rome, dans une loi de Cn. Pompée 16, De jure magistratuum ; elle contenait en effet un chapitre quod a petitione honorum absentes summovebat. Ainsi, c’était la brigue seule ( petitio honorum) qui se trouvait interdite.

Suivant Suétone 17, Pompée, sous prétexte d’avoir oublié d’écrire dans cette loi une exception en faveur de Jules César, l’y fit ajouter après que la table d’airain avait été déjà déposée à I’aerarium. Plus tard et pendant que César était dans les Gaules 18, un plébiscite, proposé par le tribun Cælius et appuyé par Cicéron, renouvela ce privilège, ut ratio absente Caesar is in petitione consulatus haberetur. Mais Marcellus fit décider par le sénat qu’on ne tiendrait aucun compte de cette loi, comme si Pompée avait abrogé un plébiscite. Voici comment M. Mommsen 19 explique la succession de ces faits assez obscurs : Pompée en 702 de Rome avait, pendant sa dictature, fait dispenser César, par le plébiscite de Cælius, de la formalité prescrite aux candidats par une loi antérieure de présenter six mois à l’avance, et en personne, leur candidature. Lorsque plus tard vint l’époque des élections, la règle générale aurait été proclamée de nouveau, sans mentionner l’exception en faveur de César; sur ses plaintes, elle fut ajoutée après coup à la loi Pompéia. Mais Marcellus argua de nullité cette addition.

L’absence ne dispensait pas des obligations du recensement [census]. G. Humbert.

ABSIS ou, sous une forme moins latine, APSIS. — C’est la transcription du mot grec àtjnç, ïoo;, qui, venant de aTTIO), ajuster, exprime proprement l’assemblage, la connexion de plusieurs pièces, se tenant l’une par l’autre, comme les différentes parties d’une roue qui s’areboutent réciproquement b Or, en architecture, ce principe est celui même de toutes les constructions voûtées, et trouve son application la plus complète dans les voûtes hémisphériques que nous appelons coupoles. Aussi, quand on voit le mot tyiç employé non-seulement par les écrivains de l’époque romaine pour désigner un arc de triomphe 2, mais déjà par Platon 3, pour exprimer la forme de la coupole céleste, ne peut-on douter que ce ne fût dans la langue des architectes grecs un terme technique, que les Romains leur empruntèrent avec une signification toute faite. Ils l’appliquèrent, par exemple, à une chambre formant rotonde, construite en saillie sur un corps de bâtiment, de manière à recevoir toute la journée les rayons du soleil : Adnectitur angulo cubiculum in absida, quod ambitum solis fenestris omnibus sequitur 4.

Dans un sens plus restreint, c’était une grande niche demicirculaire, voûtée en cul-de-four, comme celles qui terminaient les deux cellae adossées l’une à l’autre, où étaient placées les images de Vénus et de Rome, dans le temple qui leur était commun. La figure 24 reproduit une de ces absides encore debout, d après une aquarelle de. M. Vaudoyer 5. On en voyait ordinairement une semblable à l’extrémité des basi-

ABSKNS. 1 Gaius, Comm. XII, 78 et 79, et Theophii. Ad Instit. III, 1». Démangeai, Cours élém. de droit rom. t. Il, p.136, sous ce titre des Lustitutes, 2= éd. Pans 1867 - 2 Kr; 12, § 2, Dig. De ea.pt. XL]X, 15; fr. 21, § 1 ; fr. 23, § 4 ; 26, & 2, Ex quibus causis maj. Dig. IV, 6 ; Instit. Just. IV, 6, 5. -3 Fr. 28 § 5 • Dig IV Wl, Mandati Dig. XVII, I. -* Pour le cas de captivité, voy. VosrcJuiJ.

VUlequez, De l absence en droit romain, in Rev. hist. de droit, 1856 n. 210 et smv. v. v 1 et 1b, Dig. IV, 6; fr. 22 Dig. De rebus auct. judic. XLII, 5; Déniante Encyclopédie du droit, s.v. Absence, n» 3.— 6 c. 4, Cod. Just. De postlim. reu. Vül 5i!

It. Il Dig. De ritu nupt. XXIII, 2. — 8 Fr. 6, De divort. Dig. XXIV, 2. 9 r 7

Cod Just. De repud. V, 17.- 10 Novel. XXII, c. 14, et CXVII, c. 11. 11 Handuch der rom. Alterth. Il, 2, p. 47 et suiv. — 12 Tit. Liv. IV, 42, 48 : VIII «2 ■ X 22 •

“• xxvi, s,, a, xxix, J, , GxV LX-

*3 Delege agrar. II, 9. 14 lit. Liv. Epit. LVI. - 15 Cicer. De Repub. V, 11; Pro Caelio, 2; Tit. Liv. IV, 42. - 16 Cf. Tit. Liv. Epit. CVIII ; Sueton. /. Caesar, 28. - U Suet. I. L; Dio Cassius, XL, 56. — 18 Tit. Liv. Epit. CVIII; Cic. Ad Attic. VU, 1, 3* Philip. II, 10; Ad familiares , XVI, 12. — 19 Rom. Gesch. III, 9, p. 343,

2« édit., et Die Rechtsfrage zwischen Caesar und dem Sénat, Breslau, 1857. Bi-

BL.oGnAFHiE. Becker, Handbuch der rom. Alterthümer, Leipzig, 1846, 11, 2, p. 47 a 49 ; Rem m Pauly Real Encyclopadie, s. v. Absens, p. 20; 2= éd., 1862; Lange, Romische Alterthümer, I, § 80, p. 607, 2- éd., Berlin, 1863.

ABSIS. 1 Hesiod. Op. 424 ; Herodot. IV, 72. -2 Dio Cass. XL1X, 15; LIU, 22 e 6. 3 Phoedr. p. 247 ; cf. Hieronvm. lib. II Epist. ad Ephes. — * Plin. Epist.

’ *'• ~ 5 Itestaur- du temple de Vénus et Rome, à la bibliothèque de [Ecole des Beaus-Arts.

ACA

ACA

linues 4ssignée d’abord à l’usage du préteur, qui y tenait son tribunal puis conservée dans les basiliques chrétiennes,

comme la place d’honneur de l’évêque et de son clergé, elle est devenue l’abside de nos églises 6.

La figure 25, empruntée à un sarcophage romain 7, offre des exemples de constructions de formes diverses ; quelques-unes sont couvertes de cou- ° pôles et de demi-

coupoles auxquelles convient le nom d ’absis.

Le même mot paraît avoir été employé par extension chez

les Romains pour exprimer toutes sortes d’objets ayant une

Fig. 25. Bâtiments accompagnés d'absides.

forme courbe. Pline 8 s’en sert en parlant de la courbe que décrivent les astres dans leur cours. On le trouve dans le Digeste 9 pour désigner des bassins d’argent. L. Heuzev.

ABSOLUTIO [sententia].

ABSTENENDI BENEFICIUM [haeres].

ACADEMIA, ’Axa8r,[jLÎa OU Axaorjp.£ta, ou encore ’ExotSii- L — Ce nom, dérivé de celui de'Exà&rçuoç 2, selon d’autres ’AxdSv](ji.oç, habitant de l’Attique qui avait révélé aux Dioscures poursuivant Hélène et Thésée, son ravisseur, la retraite où leur sœur était cachée, désignait un jardin 3 situé au nord-ouest d’Athènes4, à tO stades environ de la ville \ Pour y aller, on traversait le quartier du Céramique et on sortait par la porte Dipyle 6. Le long du chemin, on remarquait quantité de tombeaux 7, parmi lesquels ceux de Thrasybule, de Chabrias, de Phormion et de Périclès 8. L’ancienne propriété d’Académus, après avoir appartenu à Hipparque, fils de Pisistrate 9, qui l’entoura d’un mur et y établit un gymnase 10, fut embellie par Cimon, qui y amena des eaux, y planta des arbres et y créa un stade pour les courses 11 . Elle était tout entière consacrée à Athéné qui y avait un autel à côté de ceux d’Héphæstos, de Prométhée, d’Hermès, d’Héraklès, des Muses et d’Éros. Cet autel était entouré des douze oliviers sacrés appelés copiai. L’un de ces arbres était considéré comme le premier rejeton de l’olivier créé par la déesse 12. Les promenades ombi âgées

de l’Académie étaient celles que Platon recherchait de préférence 13 pour s’y entretenir avec ses eleves et ses amis. Ce philosophe fît élever dans l’enceinte de l’Academie un pe î temple des Muses, appelé Moucaov,' dans lequel Speusippe plaça les statues des Grâces Un Perse du nom de Mandate Üt exécuter une statue de Platon par le sculpteur Silanion la fit transporter dans ce temple et la dédia aux Muses 18’. Après la mort de Platon, cette statue resta placée au centre de son école et le grand philosophe fut enterré dans le voisinage de l’Académie 16. Son tombeau était situé près du lieu appelé KoWoç fcmoç, parce qu’on y voyait les autels de Poséidon et d’Athéné Équestres. Plus tard, le roi Attale fit planter un jardin dans l’Académie. Dans ce jardin le philosophe cyrénéen Lakydès, successeur d Aicesi as, fonda des écoles et donna des leçons 17. Ce fut alors que ce lieu prit le nom de A#wi8*wv 18. Les Spartiates, maîtres d’Athènes à la fin de la guerre du Péloponèse, avaient respecté l’Académie en souvenir de l’assistance fournie par Académus à leurs héros Castor et Pollux 19; mais Sylla, lorsqu’il assiégea Athènes, détruisit les beaux arbres de l’ Académie pour en faire des machines de guerre . Ces ar ^ lcs toutefois ne tardèrent pas à être remplacés. Aujourd ui, il ne reste plus rien du gymnase et des autres bâtiments de l’Académie et les savants ne sont pas complètement d accord sur son emplacement.

Le nom d’ Académie fut souvent donné, en mémoire de Platon et de ses disciples qui l’avaient illustré, à d autres lieux consacrés à l’étude des lettres et de la philosophie . C’est ainsi que Cicéron appelait une campagne qu il possédait près de Puteoli ( Pouzzoles ) 22 ; dans celle de Tusculum il avait aussi une académie 23. L’empereur Adrien, qui avait fait reproduire dans sa somptueuse villa de Tibur quelquesuns des plus beaux édifices de la Grèce, y fit élever des constructions et planter des jardins à l’imitation de l’Académie d’Athènes24. A. -P. Simian.

ACANTHUS, du grec àxavôoc, épine, l’acanthe. Plante herbacée, vivace, espèce de chardon ; son feuillage élégant a fourni aux architectes anciens le motif des plus gracieux et des plus riches ornements.

Il existe une douzaine d’espèces d’acanthe, mais la plupart sont particulières aux pays chauds, où elles servent à former des haies et des clôtures ; deux espèces seulement nous sont

régions méridionales de l’Europe. L’une est 1 acanthe sauvage (, acanthus spinosus), épineuse et frisée, c’est la plus courte; l’autre, sans épines, lisse et unie, a de larges feuilles flexibles, qui l’ont fait nommer acanthe molle ( acanthus mollis) ; on l’appelle en Italie branca ursina, ou griffe d’ours ‘. Ces plantes étaient employées chez les R omains pour la décoi ation des jar dins, elles formaient ordinairement la bordure des parterres et des bassins 2.

L’acanthe sauvage est certainement celle que les Grecs ont imitée, quoi qu’en disent plusieurs auteurs 3. Les Romains seuls, en développant considérablement l’usage de l’acanthe dans l’ornementation de leur architecture, ont employé aussi

« Isid. Oricj. XV, 8; Paulin. Nol. Ep. XXXII, 17. — 1 Bottari, Pitt. e Scult. I, lav. 34.-8 Plin .Hist.Nat. XV, 16, 17. — 9 XXXIV, 2, 19, § 6.

ACADEMIA. 1 Diog. Laert. III, 7 ; Steph. Byz. ’ExaSiiimct. — 2 Schol. Aristoph. Nub 1003 ; Plut. Thés. 32; Diog. Laert. 111, 9. — 3 Paus. I, 2S; Suidas, A«*5ï)|Mot. 4 Barthélemy, Anacli. Atlas. - 3 Cic. Pe finib. V, 1. - 6 Barthélemy, Anach. VII- Leake, Hesearches in Greece, p. 73. —7 Meursius, Ceram. c. xix ; Cic. Ad fam IV 12. -8 Paus. I, 29. - 3 Suidas, II, 2, p. 1162, ed. Bernh.-l» Plut. Cimon,’ 13; Plin. Hist. Nat. XII, 1, 5,9; Dicæarch. Pèse. Gr fr i, 1- 11 Apoliod. ap. Schol. Soph. Œd. Col. 56, TOI ; Paus. 1, 30, 2. - « Athen. XIII, p. 561, 609 d ; Plut. Solon, I, Paus. I. I. - 13 Pial. Pe exsil. 10. - Diog. Laert.

îv l 3 s • III 5 et 20. - 15 Diog. Laert. III, ?J. — 16 Pausan. I. I. — 11 Diog. uJî. IV, 4, “ - «Id. 1. 1. — 19 Diog. Laert.’ 111, 9; Plut. Thés. 32. - 29 Plut. Sylla, 12. — 21 Allatius, Ad Epist. Socr. p. 278, ed. Orellt. — 22 Plin. Hist. Nat. XXXI 2, 3. — 23 cic. Ad Att. I, 4, 3, 1 1 , et Tusc. 2, 3. — ^ Spartian. in Adr. 22. — Bibliographie. Barthélemy, Voyage du jeune Anacharsis, ch. 7 ; Paulv, Real Encyclopédie, s. y.Academia, 2» éd. 1862; Gerhard, Archâologische Zeitung, 1845, m-|33, p.l 30.

ACANTHUS. 1 Plin. Hist.Nat. XXII, 34; Canina, Arch. greca, p. 114 pl. 106, — 2 Plin. I. I. — 3 Perrault, Traduction de Vitruoe p. 108;Millin, Dictionnaire des Peaux- Arts s. v. ; Quatremere .de Quincv, Dictionnaire d’architecture s. v. Acanthe.

ACA

ACA

l’acanthe domestique. La légende si connue, racontée par Vitruve 4, sur l’origine du chapiteau corinthien 1 indiquerait déjà [capitulüm] ; l’abondance de l’acanthe sauvage en Grèce, comparée à l’excessive rareté de 1 acanthe molle, /e prouverait aussi; mais ce qui le démontre sans réplique, c’est l’examen des monuments grecs encore existants. Nous trouvons l’acanthe épineuse au monument choragique de Lysicrate, dans le chapiteau des colonnes et dans le magnifique fleuron triangulaire du couronnement, qui porta jadis le trépied décerné au cliorège [acroterium] 5 ; nous la trouvons dans les nombreuses stèles athéniennes, où elle forme ordinairement la base de l’ornementation sculptée 6 [sepulcrum] ; nous la trouvons enfin dans les édifices où la pure tradition grecque s’est plus ou moins bien conservée, c’est-à-dire aux chapiteaux du temple d’Apollon Didyméen 7, à ceux de la tour des Vents à Athènes, de l’Incantade à Salonique, de

l’Arc et du Portique d’Adrien 8, et du temple de Jupiter Olympien à Athènes 9,etc. Nous donnons (fig. 26), comme exemple de la feuille d’acanthe telle que les Grecs l’ont comprise et interprétée, une feuille d’un chapiteau de ce dernier temple.

Chez les Romains, les monuments qui datent de la République nous offrent une interprétation curieuse de l’acanthe. La masse de la feuille est restée la même, mais les détails sont changés ; les extrémités de chaque partie de la feuille se sont arrondies et frisées au lieu de rester aiguës et droites. Le chapiteau du temple de Vesta à Tivoli, dont une feuille est représentée

fig. 27, les rosaces du plafond sous le portique du même temple, les chapiteaux du temple de la Fortune à Préneste, aujourd’hui Palestrine, et de la Basilique de Pompéi, un chapiteau isolé à Cori, sont de trèsbeaux types de l’acanthe ainsi traduite 10. On a voulu voir ici l’imitation des feuilles de la vigne, greffées en quelque sorte sur la masse conservée de l’acanthe; on a ajouté comme preuve que, dans la plupart de ces chapiteaux, les caulicoles paraissent imitées des vrilles de la vigne 11 . Nous y reconnaîtrions plutôt la feuille de la solanée appelée vulgairement bouillon blanc ou chou gras, et nous donnerions à ce mode d’expression de l’acanthe une origine étrusque. Nous retrouvons en effet cette feuille dans des monuments étrusques qui à coup sûr sont antérieurs aux monuments romains précédemment cités 12 . On peut en voir parmi les terres cuites de la collection Campana, actuellement au Musée du Louvre, d’autres encore au Musée de la ville de Pérouse.

Fi;;. 26. Acanthe du temple de Jupiter Olympien à Athènes.

Fi

Page 1