BRE
bable que c’était au printemps 2. Ce qui est certain, c’est qu’elles revenaient tous les cinq ans (SiàTcev'xaexïipoïïç/povou), et qu’elles se trouvaient placées sous la surveillance de dix hieropoioi 3.
La fête célébrée en l’honneur d’Artémis Brauronia, était ainsi appelée du nom du bourg de Brauron, dans le voisinage duquel se trouvait le plus ancien temple de cette déesse 4 ; elle en eut ensuite un à Athènes même, dans l’enceinte de l’Acropole [acropolis]. C’est dans le premier de ces temples que l’on conservait l’image d’Artémis Taurique, rapportée de la Tauride, selon la légende, par Oreste et Iphigénie s.
La principale cérémonie de la fête d’Artémis était une procession de jeunes filles âgées de cinq à dix ans, habillées de vêtements couleur de safran, qui allaient de la ville au sanctuaire de la déesse 6, ayant à leur tête une prêtresse et conduites par leurs parents, qui faisaient pour chacune d’elles le sacrifice d’une chèvre7. C’est sans doute pendant la procession d’une de ces fêtes qu’eut lieu le rapt des jeunes filles de la contrée par une troupe de pirates de Lemnos 8. Quant à l’origine de la fête, Suidas 9 raconte que, dans un bourg de l’Attique, on gardait un ours apprivoisé, qui circulait librement. Une jeune fille l’ayant maltraité en jouant avec lui, fut déchirée. Ses frères, dans leur douleur, percèrent l’ours de coups de lance ; aussitôt une maladie pestilentielle survint à Athènes. Les habitants ayant consulté l’oracle, celui-ci répondit qu’ils seraient délivrés du fléau, si, à la place de l’animal tué, qui appartenait à Artémis, ils consacraient leurs filles. Dès lors aucune fille ne fut donnée en mariage avant d’avoir été, sous la forme d’un ours, consacrée fictivement à la déesse pendant les années qui s’écoulaient jusqu’à la fête suivante. Les filles étaient appelées dans cette occasion àpxxoi (ours) 10. Il est probable qu’elles recevaient pendant la fête la ceinture dont elles faisaient plus tard offrande à la déesse avant leur mariage u. Le rite lui-même se nommait àpxxsta ; consacrer se disait txpxxEustv, et aussi Sexixtêûeiv à cause de l’âge qu’avaient la plupart des enfants qui prenaient part à la cérémonie 12, et célébrer la fête àpxTsueaOou. Il est inutile de demander si ce récit est appuyé sur un fait réel ; ce qui paraît en ressortir clairement, c’est que le rite appelé apxxeuetv n’était que le dernier vestige de sacrifices humains semblables à ceux dont on retrouve ailleurs encore la trace dans un temps très-ancien13:
IL lout ce que nous savons de la fête dionysiaque appelée Brauronia , c’est qu’elle avait un caractère fort licencieux : les hommes s’enivraient et cherchaient à enlever les femmes u. Hésychius 13 dit aussi qu’on avait l’habitude de faire réciter ce jour-là, par des rhapsodes, les poésies d’IIomère. Hunziker.
BREVIARIUM ALARICI. — Titie donné par les mo-
2 Preller, Griech. Mythol. I, p. 246, 3» édit.; A. Mommsen, U l. — 3 pollux, VIII,
107 ; Suid. I, p. 454. — 4 Strabo, IX, 22, 399. — 8 Eurip. Iph. Taur. 1450, 1462; Callim. In Dian. H 3 ; Paus. I, 23, 9; 33, 1; III, 16,6; VIII, 46, 2. — 6 Soit au temple de Brauron, soit à Athènes, au temple situé dans l’Acropole : Schol. Theocr. II, 65; Welcker, Griech. Gôtterlehre, I, p. 573 ; Suchier, De Diana Brauronia, Marburg, 1847, p. 16; A. Mommsen, Heort. p. 405 et s. — 7 Suid. Lys. Harpocr. s. v. 'Apxto;; Bekker, Anecd. I, 206 et 444; Schol. Aristoph. Lysistr. 645. Quanta 1 âge des jeunes filles, voy.
A. Mommsen, Heort. p. 406. — 8 Herodot. VI, 138; IV, 145; Harpocr. p. 47; et.
O. Miiller, Orchom. p. 305 ; Id. Dorier, p. 385. — 9 L. c.;cf. Hesych. et Harpocr. s! v. Açktoç, Af/xtÙEiv. — 10 Voy. une étymologie et une explication différentes (âEpx-cot,
“ celles qui ne sont point exclues du culte, qui sont consacrées ») , Lobeck, Aglaophamos, p. 74, n. d; Lehrs, in Rhein. Mus. XXVI, p. 683 ; Suchier, p. 29; Schumann,
Gr. Alterth. II, p. 4S0, 3' édit.; A. Mommsen, 1. 1. p. 406. — H Welcker, l. 1. 1, p. 574 ( Michaelis, Der Parthenon, p. 307. — 12 Harpocr. et Hesych. s. v.; Welcker, l. I.
— 13 O. Miiller, l. L; cf. Gerhard, Gr. Myth. § 342, 2, 3 ; Preller, Gr. Myth. I, p. 194 et s.; A. Maury, Religions de la Grèce, I,p. 151 ; Welcker, p. 573. — l'-Aris-
dernes à l’extrait des lois romaines qu’Alaric II, roi des Wisigoths, fit promulguer en 506 à l’usage de ses sujets romains. Les exemplaires adressés aux fonctionnaires supérieurs devaient être certifiés authentiques par la signature d’Anianus, vir spectabilis, que cette circonstance afait prendre à tort par Cujas pour l’auteur du Breviarium ; et ils étaient accompagnés d’un avertissement ( commoni torium) apprenant que Goiaric, comte du palais, avait présidé, à Aire en Gascogne, une commission de jurisconsultes chargée de cette publication. L’ouvrage ne portait pas d’autre titre que Codex de Theodosianis legibus atque sententiis juris vel dru er sis libris electus. Une partie des manuscrits porte le titre général de Lex Bomana. Le Breviarium contient d’abord un extrait du code Théodosien en seize livres ; puis un extrait des Novelles de Théodose le Jeune, de Valentinien, de Marcien, de Majorien et de Sévère ; un Epitome des Institutes de Gaius ; un abrégé des Sentences de Paul; un extrait des codes Grégorien et Hermogénien, et un passage tiré du premier livre des Réponses de Papinien. Sauf \ Epitome des Institutes, les autres morceaux sont accompagnés d’une interprétation officielle. F. Baudry.
BREVIARIUM IMPERII. — Auguste rédigea lui-même, pour servir de base à son administration, un état statistique de l’organisation militaire et financière de l’empire, comprenant à la fois les soldats et employés de toute nature, et les ressources et les dépenses. Cette espèce de budget est appelé par les historiens Breviarium ou Rationarium imperii. Auguste, qui songeait à résigner le pouvoir, à la suite de l’ennui d’une longue maladie \ appela chez lui les magistrats et les sénateurs, et leur remit la statistique de l’empire. Suétone dit, en effet, que Galigula publia les comptes de l’empire suivant l’usage d’Auguste, interrompu par Tibère 2. Plus tard Auguste fit déposer entre les mains des vestales, avec son testament, trois volumes scellés dont l’un contenait des prescriptions relatives à ses funérailles, le second un sommaire de sa vie, sorte de testament politique 3, et le troisième, le breviarium imperii. Ce dernier renfermait, d’après Suétone \ le nombre des soldats qui servaient en tous lieux, des deniers qui se trouvaient dans Vaerarium et dans les caisses du fisc [fiscus], et ce qui restait dû sur les vectigalia ; il ajoutait les noms des affranchis et des esclaves qui avaient des comptes à rendre à cet égard. Tacite nous dit également 3 que ce registre écrit de la main de l’empereur renfermait l’état des richesses de l’empire, le nombre des citoyens et des alliés sous les armes, celui des flottes, des royaumes, des provinces, des tributs et des vectigalia, des besoins et des gratifications [largitio] ; il finissait par le conseil de retenir l’empire dans ses limites. Tibère fit lire ce registre [libellus] au sein du
toph. Pax, 874 et Schol.; Suid. s. v. Bpaupitv ; Demosth. Adv. Conon. § 25; Hemsterhuis, Ad Pollue. IX, 74. — 13 I, p. 761 ; cf. Athen. VII, 1 ; Welcker’ Episch. Cyclus, p. 391 ; K. F. Hermann, Gottesdienst. Alterth. § 62, n. 14 et 8.
BREX Iarium ALARICI. Bibliograpuie. La première édition du Breviarium Alarici est celle de Sichard, Bâle, 1528, in-fol. M. Hanoi en a publié une seconde (Leipzig, 1819) excellente et digne de sa réputation. Sur le Breviarium Alarici, voir Savigny, Hist. du droit romain au moyen âge, trad. fr. t. II, ch. 8, et Bénech, dans le Recueil de l'Académie de législation de Toulouse, 1854 ; C. Witte, De Malmesburiens. cod. leg. rom. wisigoth. Wratislaw. 1831 ; liane!, Vortrag über die Udimer Handschrift, in Berichte der Sachs. Geseltschaft der Wissensch. Leipzig,
1852, p. 65-89 ; de Petiguy, De l’origine et des différentes rédactions de la loi des Wisigoths, dans la Revue historique de droit, Paris, t. I, 1S53, p. 209 et s. ;. Rudorll', Rômisch. Rechts Geschichte, Leipzig, 1859, I, p. 287 et s. §§ 104 et s.
BREVIARIUM IMPERII. 1 Suet. Oct. 28, 102 ; Dio Cass. LUI, 30. — 2 Suet. Calig. 16 3 Le monument d Ancyre en reproduit une partie. — 4 Oct. 1 . — 5 Annal.
I 11; DioCass.LVI, 33.
BRI
BRI
sénat, lorsqu'il feignit de refuser comme trop accablant le fardeau de la couronne. Ce tableau statistique devait être le résumé du mesurage et du recensement général des personnes et des biens 6 qu Auguste avait ordonnés pour les différentes provinces romaines, et pour le territoire de chaque circonscription ou cité. Faut-il admettre en outre la rédaction officielle d’un cadastre parcellaire de toutes les terres comprises dans le territoire de chaque civitas? La question est controversée et la négative semble prévaloir 7 ; mais nous renvoyons ce débat à 1 article census. Quoi qu’il en soit, l’empereur Auguste n avait fait que généraliser en établissant son breviarium imperii , l'idée déjà réalisée en partie parles tabulae des censeurs, à l’office desquels il avait succédé ; quant au recensement, il le prescrivit en vertu de son imperium proconsulare [imperium], G. Humbert.
BRIAREUS (Bpiapsuç et ô liptape-jç), aussi nommé aegaeon (AiyouMv). — Géant, l’un des hécatonchires ou centimanes [gigantes]. Selon Homère, il était appelé Égéon chez les hommes et Briarée chez les dieux1. Les traditions sur Lgéon-Briarée sont doubles comme son nom. « Deux croyances opposées sur l’origine d’Égéon se manifestent, dit 1 auteur d une savante étude sur ce sujet 2 :
1 une, qui ressort des vers d’Homère, reconnaît Égéon pour un fils de la Terre et de Neptune ; l’autre, qui a pris place parmi les généalogies cosmogoniques d’Hésiode3, fait d’Égéon un des enfants de la Terre et d’Uranus. » Cette dernière tradition a été suivie par Apollodore \ Eumélus, auteur d’une Titanomachie 5, et Hygin se rapprochent de la tradition homérique en donnant pour père à Égéon Pontus. Pour Ovide, Briarée est un géant marin, qui, dans ses jeux avec Protée et Triton, presse de ses bras les énormes baleines 6. Les légendes ne diffèrent pas moins par le rôle qu elles lui font jouer, tandis qu Homère le représente comme ami de Zeus, prenant sa défense contre les dieux qui voulaient l’enchaîner et contre Poséidon lui-même ; tandis qu’Hésiode le range parmi les défenseurs des dieux olympiens, avec les autres hécatonchires, dans la guerre contre les Titans, d’autres poètes, comme Antimaque 7, Callimaque 8, Virgile 9, le placent au contraire parmi les géants ennemis des dieux, que Zeus frappa de la foudre et qu’il précipita sous l’Etna. Ailleurs, dans une légende recueillie par Pausanias, nous retrouvons Briarée pris pour arbitre dans la dispute qui s’élève entre Poséidon et le Soleil au sujet de 1 isthme de Corinthe, dont chacun d’eux voulait la possession ; Briarée adjugea l’isthme à Poséidon, et l’Acrocorinthe au Soleil10. Des traditions populaires faisaient aussi de lui un géant marin, ennemi de Poséidon
maître d’une Ægée fabuleuse située en Eubée, d’où il aurait été forcé de fuir jusqu’en Phrygie, et comme l’inventeur des vaisseaux de guerre ". On lui rendait en Eubée les honneurs divins 12.
M. Vinet a reconnu le dieu marin sur une pierre gravée de la collection de Cadès (fig.
881). Égéon y est représenté moitié homme, moitié poisson ; une barbe touffue lui couvre la poitrine; d’une main il tient la foudre et de 1 autre montre le ciel. Derrière lui est un trident orné de bandelettes 13. L. de Ronchaud.
BRITOMARTIS (BpiTo'p.apxiç). — Divinité de l’ancienne religion pélasgique1 de la Crète. C’était originairement une déesse lunaire, présidant comme telle à l’élément humide, adorée des chasseurs et des pêcheurs 2, à laquelle on attribuait l’invention des fdets 3, une déesse tenant à la
lois d Artémis [diana] et d’Aphrodite [venus] et appartenant il la même famille de divinités de la nature que la Diane hphésienne4. Son nom signifiait « la douce vierge 5 ».
Quand le culte de l’Artémis hellénique eut été introduit en Crète par les Samiens de Cydonia 6 et par les Doriens, la parenté de conception et de nature conduisit d abord a les rapprocher, puis à les confondre. Il en fut de la Britomartis crétoise comme de la Callisto arcadienne, on la réduisit au rôle d’une simple nymphe, compagne de la fille de Latone et particulièrement chérie d’elle 7. La nymphe Britomartis était même représentée comme ayant élevé un temple à la déesse 8. On dit ensuite qu’Artémis elle-même avait pris le nom de sa compagne favorite et s'était fait adorer sous ce nom par les Cretois 9. Enfin elles furent complètement assimilées 10, et certains auteurs la firent fille de Latone u, tandis que la tradition crétoise indigène lui donnait Zeus pour père, marque de son antique importance, et pour mère Canné 12, dont on a fait une nymphe de Gortyne, mais qui paraît avoir été à l’origine une divinité d’un ordre plus relevé 13. On fil alors de Britomartis l’Artémis des pêcheurs, Artémis Dictynna, de ôtxxuov, « filet » ; il semble que ce furent les Samiens, auxquels on attribuait la construction du temple de la déesse à Cydonia u, qui lui appliquèrent les premiers ce nom grec 15. Mais pour les Crétois eux-mêmes, Britomartis resta toujours une des plus grandes déesses, et nettement distincte d’Artémis, qu’ils nomment quelquefois à côté d’elle dans leurs inscriptions 16. Pausanias 17 fait
6 Cassiod. Var. III, 52; s. Luc, Évang. X, I, 3. — 7 Walter, Gesch. des rom. Hechts, 3e éd. 1860, I, n» 321 ; Marquardt, Rôm. Staatsverwa.lt. II, p. 200; Zumpt, das Geburtsjahr Christi, Leipz. 1869, p. 142 et s. — BiBuoGiurmE. Dureau de la Malle, Economie polit, des Rom. Paris, 1840, 1, p. 191 et s.; II, p.432 et s.; Huschke, Ueber den Census und die Steuerverfassung der frühern rôm. Kaiserzeits, Berl. 1847 ; Bôcking, Ueber die Notitia dignitatum, Bonn, 1834, p. 77 et s.; Becker-Marquardt, Handbuch der rom. Allerthümer, Leipzig, 1853, III, 2, p. 163 et s.; Marquardt, Rom. Staatsverivaltung, II, p. 299 et s. Leipz. 1876.
BRIAREUS. 1 Iliad. 1, 403, 404. Sur la formation du nom, voy. Bergicr, Orig. des dieux de la Grèce, II, p. 32, et Uindorf, Ad Hes. Theog. 617 (et in H. Steph.ïAes. II, p. 417) ; Preller, Gr.Myth. I,p.489, 2e éd. — 2 Vinet, Revue archéol. X, p. 105. - 3 Theog. 147-149; voy. aussi Apollod. I, 11; Schol. Theocr. I, ’65. — ‘ I, 1. — 5 Schol. A poli. Rhod. Arg. I, H65. — 6 Met. I, lo. — 7 Antimach. Tragm. VIII, édit. Didot, p. 33.-8 In Del. 141-143.-9 Aen.X, 565. - i» Paus.ll, 1, 6; 4, fi. — 11 Schol. Apoll. Rh. I. U; Plin. H. nat. VII, 57; Eust. Ad Iliad. p. 123, 33 ; cf. Hesvch. s. v. Ti-raviSa.— 12 Solin. 16. — 13 Revue arck, x, p. 101 ; selon Millingen, Médailles grecques inéd. p. 5, pl. i, 3, on verrait son image sur des monnaies de Eûmes.
BRITOMARTIS. l Les gens de Chersonésus faisaient fonder son temple par les Pélasges Tyrrhéniens, Strab. X,p. 479.-2 Hœck, Kreta, t. II, p. 158 et s. — 3 Diod. Sic. V, 76. — 4 Maury, Hist. des relig. de la Grèce, t. I, p. 456. — S De deux mots de 1 idiome des Pélasges de Crète, ppi;, Ppixu;, Pplxo;, h doux » (Cornut. ad Pers. Sattr. I, v. 76 ; Etvm. Magn. et Hesvch. s. v.), et pàpxiî, ou papvà, « vierge » (Steph. Byz. s. v. ràÇa). Solin. 11; voy. O. Millier, Aeginetica, p. 161. — 6 Herodot. III, 59. — 7 Callimach. Hymn. in Dian. v. 189 et s.; Paus. II, 30, 3; Claudiau. Sec. consul. Stilich.y. 302 ; Nonn. Dionys. XXXIII, v. 334 et s.; Lactant. ad Stat. Theb. IX, v. 632; Schol. ad Eurip. Hippol. 146 et 1130. — 8 Schol. ad Aristoph. Ran. v. 1402. — 9 Callimach. Hymn. in Dian. 205 ; Schol. ad h. I. — 10 Hesych. s. v. BptTÔ(ia?ti; ; Diogenian. ap. Schol. ad Callim. H. in Dian. v. 190. — H Eurip. lph. Tour. v. 126; Aristoph. Ran. v. 1358 ; Virg. Cir. v. 305. — 12 Diod. Sic. V, 76; Antonin. Lib. 40. — 13 Maury, Relig. de la Grèce, t. I, p. 456. — 14 Herodot. III, 59. 13 O. Millier, Aegin. p. 165 et s. Peut-être en modifiant un ancien surnom in¬
digène, dont la forme aurait été Aixxivv] et qui aurait désigné Britomartis comme lançant des rayons, en qualité de lune, d une racine analogue au grec Sixeiv (V. Spanheim, ad Callim. H. in Dian.). — 16 Corp. inscr. graec. 2554; W. Vischer, Rhein. Muséum, N. s. t. X, p. 395. — 17 IH, 14, 2.
BRI
BRI
la même distinction. Britomartis avait des temples à Chersonesus 18, au port de Lyttus, à Phalasarna 19, à Olonte, où l’on montrait un vieux xoanon attribué à Dédale 20, enfin à Polyrrhénium, où son sanctuaire était très-célèbre et gardé par des chiens féroces : on n’y pouvait entrer que pieds nus 21 . Le nom de Dictynna n’était usité en Crète même dans une époque ancienne qu’à Cydonia, ville auprès de laquelle était situé le promontoire Dictynnæum 22 ; on l’y appelait aussi Artémis Cydonias 23. On employait dans les fêtes de Britomartis des guirlandes de pin et de lentisque, mais le myrte en était absolument exclu 24.
Les formes hellénisées du mythe de Britomartis, telles que nous les possédons, ont dû garder beaucoup des traits de l’ancien symbolisme indigène. 11 y en a deux versions principales. Dans l’une, c’est celle de Callimaque 25 et de Pausanias 26, Britomartis, fille de Zeus et de Carmé, la fille d’Eubulus, compagne des chasses d’Artémis, fut l’objet de la passion de Minos, et ne lui échappa qu’en se jetant du promontoire Dictynnæum dans la mer, oii elle se prit dans les filets tendus par les pêcheurs. Artémis la divinisa. Elle apparut ensuite à Égine, où elle fut adorée sous le nom d’Aphæa, tandis que les Crétois l’appelaient Dictynna (d’après les filets). Ainsi que l’a remarqué Ottfried Mailler, ce récit a manifestement sa source dans les légendes locales de Cydonia. La version conservée par Antoninus Liberalis 27 fait toujours de Britomartis la fille de Zeus et de Carmé, mais celle-ci est la fille de Phœnix. Venue d’abord de Phénicie, Britomartis habita quelque temps à Argos, auprès des fdles d’Erasinus, Byzé, Mélité, Mæra et Anchiroé.Passantdans l’île deCéphallénie, elley futadorée comme déesse par les habitants sous le nom de Laphria [diana]. Elle gagna ensuite la Crète, où elle excita la passion de Minos et tomba dans les filets des pêcheurs en le fuyant, ce qui lui valut le nom de Dictynna et les honneurs divins dans ce pays. Un marin du nom d’Andromède la recueillit dans les flots et la porta sur son bâtiment à Égine. En y arrivant il tenta de la violer, mais elle s’enfuit dans le bois sacré d’Artémis, où elle disparut aux yeux humains. Les Éginètes l’appelèrent Aphæa et lui rendirent un culte. C’est ici bien manifestement une légende péloponnésienne, qui faisait passer dans les aventures de la déesse les voyages de son culte, répandu de proche en proche dans la Grèce et dans les îles sous la forme grécisée de Dictynna, car le nom de Britomartis resta toujours confiné en Crète.
Plutarque 28 dit qu’il y avait des temples et des autels d’Artémis Dictynna dans presque toutes les parties de la Grèce. En effet les poètes de la belle époque connaissent cette déesse 29. Pausanias signale à Sparte un temple d’Artémis Issoria, appelée aussi Limnæa, qui n’est pas proprement Diane, dit-il, mais la Britomartis crétoise 30 ; la même Issoria avait un sanctuaire non loin du cap Ténare 31, et tout auprès, à Hypsus, on en voyait un autre de Dictynna, où l’on célébrait une fête annuelle 32. Dictynna était encore la principale divinité d’Amphryssa en Phocide, où sa
18 Strab. X, p. 479 ; Plutarcli. De virt. mulier. p. 247. — 19 Dicaearch. Cr. v. 11.
- 20 Paus. IX, 40, 2. - 21 Strab. X, p. 479. - 22 Jb . p. 475 . v. 0. Millier, Aegin. p. 165. — 23 Orph. Hymn. XXXVI, v. 12. — 2* Callim. I. I. 199 et s. — 25 L. I.
1 89-205. — 26 II( 30, 3. — 27 Melam. 40. — 28 De solert. an. 36. — 29 Eurip. Hippol.
145 et 1130 ; Aristoph. Dan. 1402. — 3o m, 14, 2. — 31 Paus. III, 25, 3 ; cf. Steph.
B\z. et Hcsych. s. v. •Iamùçio v. — 32 Paus. III, 24, 6. — 33 jj. x, 36, 3. — 34 c. inscr. gr. 6764. -- 3b spanheim ad Callim. H. in Dian. 39 et 2 59. — 36 paus. III, 14, 2.
- 37 O. Millier, Aegin. p. 168. — 38 paUs. II, 30, 3 ; Anton. Lib. 40 ; Etym. M. s. v. B?lT6(iaç-u;; Hesych. s. v. 'Aaaia. — 39 o. Millier, Aegin. p. 169. —40 Eurip. Hippol.
115; Schol. ad h. I.; cf. Orph. Hymn. XXXVI, v. 12. — 41 Paus. Il, 30, 2 ; Lucian.
statue, œuvre de l’école éginétique, était faite en marbre noir 33. On retrouve même son culte jusqu’à Marseille 34.
'fous les temples de Britomartis et de Dictynna étaient situés dans des ports ou sur le rivage de la mer 33, et quand il en est autrement, comme à Sparte 36, elle est groupée avec des divinités essentiellement marines. Elle garda donc toujours, même hellénisée, son ancien caractère de divinité des eaux 37, qui appartenait aussi à l’Artémis arcadienne [diana]. Tout ce qui se rapporte aux fleuves, aux fontaines, à la mer dans le culte de la Diane hellénique, vient de son assimilation à la Britomartis de la Crète et à la Gallisto de l’Arcadie.
La nature lunaire de Britomartis se conserve surtout dans le culte qui lui est rendu à Égine sous le nom d 'Aphæa, ’Aoma 38, la déesse « qui disparaît » périodiquement i9, épithète essentiellement caractéristique de l’astre nocturne. Dans cette localité, elle se confond, du reste, avec Hécate 40, la déesse en l’honneur de laquelle les Éginètes célébraient des mystères dont on attribuait l'institution à Orphée Par suite de son introduction dans ces cérémonies secrètes s’était formée la légende, rapportée par Néanthe, qui faisait de Britomartis la fille d’Hécate, née après qu’un oracle avait annoncé à Jupiter que si cet enfant était un fils il le chasserait de son trône 42.
Sous les Romains, le nom de Britomartis était tombé complètement en désuétude, même dans la Crète, et remplacé par celui de Dictynna 43. Apulée nous montre cette divinité confondue, dans le syncrétisme des derniers siècles païens, avec Isis et les déesses mères de l’Asie.
C'est dans la numismatique de la Crète qu’il faut chercher les images de Britomartis ou Dictynna. Les monnaies des villes où la déesse crétoise avait ses principaux temples, Chersonesus 4i, Olonte 43, Polyrrhénium 46, portent sa tête laurée ou son buste avec le carquois sous des traits qui ne diffèrent en rien de ceux de l’Artémis hellénique [diana]. C’est aussi la déesse nationale qu’ont voulu représenter les monétaires qui ont placé une Diane chasseresse sur les pièces du xotvo'v des Crétois sous les empereurs romains 47 et sur celles de Lappa 48. Pour trouver un type offrant des particularités spéciales, il faut recourir aux tétradrachmes de Cydonia 49, où la Dictynna de cette ville est représentée debout, avec la tunique courte de la Diane chasseresse, accompagnée d’un chien et tenant de la main droite une grande torche allumée (fig. 882). La
même figure est reproduite trait pour trait sur une pièce de bronze de Lacédémone 50, que Neumann 31 a déjà com-
Navig. 15 ; Aul. Gell. Noct. att. Il, 21. — 42 Neanth. fragm. 23, ap. C. Müller, !• ragm. hist. graec. t. III. O. Millier, Aegin. p. 168 et s. a relevé des indices trèsprobants d une relation entre Britomartis et les divinités des mystères, établie en Crète, dès une époque ancienne. — 43 Palaeph. 32 ; Apul. Met. XI, p. 763. — 44Eckhel, Doctr. num. vet. t. II, p. 307 ; Mionnet, Descr. de méd. ant. t. II, p. 264, nos 45 et 46. - 43 Mionnet, t. II, p. 289, n°> 243 et 244. — 46 Mionnet, t. II, p. 294, n° 289; Suppl, t. IV, p. 334, n° 245,. — 47 Mionnet, t. II, p. 259 et 260, n°‘ 14, 15 et 19. — 48 Mionnet, Suppl, t. IV, p. 326, 197-199. — 49 Pellerin, Méd. de peup. et de
villes, t. III, pl. xcix, ni 35; Eckhel, Doctr. num. t. II, p. 310; Mionnet, t. II, p. 273, n° 123. — 50 Popul. et urb. num. vet. t. I, pl. vu. — 51 jb% p> 24p
MJR