‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 20 sur 155 · avec d'autres anti · texte numérisé non relu

avec d'autres anti

quiteS îomaines • Le trou Fig. 88. Passe-lacet en os.

en forme de carré long est

foré irrégulièrement; tout le travail est peu soigné et semble indiquer un objet de fabrication courante. On peut voir des ustensiles semblables, en os, en ivoire ou en bronze, dans la plupart des collections. Quelques-uns et celui même qui est ici représente étaient peut-être destines à la coiffure. Nous parlerons tout à l’heure de ces aiguilles de tête qui méritent quelques explications particulières.

Quant aux aiguilles et épingles ordinaires, il n est pas besoin d’insister sur la manière de se servir d'outils si semblables aux nôtres. Dans les rares passages où il est question de travaux de couture, les écrivains grecs ne paraissent pas faire de distinction entre les mots [kXôvï], fais, àxs'cToa. Le premier est un terme général applicable à toute espèce d’instrument effilé et pointu, à l’aiguille à coudre4 même la plus fine, par exemple celle dont se sert un imposteur dans un traité de Lucien5 pour enlever le cachet des lettres, aussi bien qu’aux grandes épingles de tête6 dont il sera question ci-après. Axécxpa7 et paepf;8 signifient toujours des aiguilles dans le sens que nous attachons proprement à ce nom, quel que soit d’ailleurs le travail auquel on l’emploie, qu’il s’agisse d’un vêtement, d’une voile de navire que l’on coud ou que l’on répare, d’une étoffe que l’on brode, etc. Nous renvoyons à des articles spéciaux [piirygio, plumarius] pour tout ce qui concerne l’art de broder (acu pingere ). Les mots nepo'vr), ixo'pitYj, indépendamment de (kXôvï), et de son diminutif [kXovt'ç, qui se rencontrent aussi en ce sens, désignent en grec les épingles aussi bien que les broches ou agrafes de tout genre [fibula]. Le nom latin acus répond aux noms grecs qui précèdent dans toutes leurs acceptions9, et il a une signification plus étendue encore, puisqu’il s’entend non-seulement des aiguilles et épingles10, mais de toute autre espèce d’instrument aigu, par exemple de la tige au moyen de laquelle on tirait la mèche d’une lampe et on en ravivait la flamme [lucerna]; ou encore d’un outil pointu servant de plantoir11.

3 Ruperti, Handb. der rômisch. Alt . Il, p. 78$; Walter, Rom. Rechlsgesch. c. xxx, p. 405, 3e édit.; Frontin. De cont. p. 24; Hygin. De limit. p. 168, 169, 1 94 ; Ici., Découd, agror., liber coloniar ., p. 212, 242, ap. Uudorff, Feldm., Berlin, 1848. — Bibliographie. Walter, Geschichte des rômisch. Rechts. Bonn, 1860, 3e édition, § 36, p. 60 et 61, et § 267; Uudorff, Blume et Lachmann, Dis Schriften der rômisch. Feldmesser. Berlin, 1848-1852, in-8 ; Giraud, Recherches sur le droit de propriété chez les Romains , 1838, p. 98 et suiv. ; et pour les colonies militaires colonia.

ACTUS 1 Hist. nat. XV11I, 3, 9. — 2 II, 2, 27. — 3 Frontin. De limit ., in Gromat. p. 30 ; Uudorff, Grom . Inst. p. 28 1 ; Mommsen. Rom. Gesch. I, p. 208, 4e éd. — 4 Yarr. De re rust. I, 10; Colum. Y, 10; Balbus in Gromat. p. 95; lsidor. Orig. XX, 15. —

5 Colum. V, 1 ; Plin. I. I. ; Varr. I. I. ; Quinül. I, 10, 42 ; Ibid. I. L- 6 Yarr. I.

Colum II. 7 Yarr. De ling. lat . V, 31 ; Colum. , Isid. I. I ; Festus, s. v. — 8 j)jo.

VIII, tit. III, 1 et 2. — Bibliographie. Ideler, Abhandlungen der Berlin . AJcademie, 1813, p. 142 ; Bureau de la Malle, Écon . poliliq. des Romains. Paris, 1840, I. p. 10, Il et 440; Letronue, Tabulae octo nummorum, ponderum, mensurarum apud Rom. et Graecos. Paris, 1825 ; Hultscb, Griechische und rômische Métrologie. Berliu, 1862. ACUS. 1 Fictet, Aryas primit. II, p. 157, 512, 177 ; G. Curtius, Gr. Etymol. I, s.v.

— 2 Niccolini, Case di Pompei : Terme, p. 1 1 ; Teatri, p. 8, Casa di Castor e Poil, p. 16. — 3 Comarmond, Descr. des antiq. du musée de Lyon, pl. XX, n° 28, p. 449. — 4 Poil. VII, 208 ; Phrynich. ed. Lobeck, p. 90. — 3 Alexand . 21. — 6 Dio. Cass. LI, 14. — 7 Etvm., 46, 31 ; Lucian. Dial. mort. IV, 1 ; Xen. Cyrop. I, fi, 15;

| Erotian. — 8 Phrynich. I. I. ; Poil. X, 136; Anthol. Pal. X I, 110. — 9 Cels. VU, 16 et 17 ; Cic. Pro Mil. 24 ; Juv. VI, 498 ; Titin. ap. Non. p. 3 Merc.— *0 l est. s. v .

— 11 Pallad. I, 43.

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Fig. S9. Étui et bracelet en or.

Fig. 90. Étui en os.

Fig. 91. Boite d’épingles.

Des fabricants d’aiguilles sont désignés par les inscriptions sous les noms d 'acuarius et acutarius 12.

On ne trouve que dans les glossaires les noms de (IsXovo- OvjxY) , psccptSoQ'rçxv), aciarium, désignant l’étui où l’on conserve les aiguilles ; mais ces noms doivent être anciens comme les objets, dont on a fait certainement usage de bonne heure. La figure 89 reproduit à la moitié de la grandeur du modèle un étui en or ayant la forme d’une petite massue et muni d’un couvercle attaché à un bracelet13 : ce bijou a été trouvé en Crimee dans un tombeau de l’ancienne Panticapée, avec d’autres objets appartenant aux meilleurs temps de l’art grec. Un second étui (fig. 90) en os faisait partie du contenu d’une de ces boîtes [cista] où les femmes enfermaient, au moins dans une certaine partie de l’Italie, des bijoux et des ustensiles de bain et de toilette. Dans celle qui contenait cet étui, tirée d’un tombeau de l’antique Praeneste u , se trouvaient entre autres objets trois épingles de tête, une aiguille, terminée du côté opposé à la pointe par une sorte de racloire et ressemblant assez à un style [stilus] ; enfin, une autre aiguille pareille à nos passe-lacets. Beaucoup d aiguilles et d’épingles ont été trouvées dans d’autres cistes. Plusieurs boîtes de formes diverses trouvées à Pompéilb, comme celle qui est ici gravée (fig. 91), paraissent avoir

eu la même destination. Enfin, sur un vase peint trouvé à Athènes, où est représentée une scène de toilette, Stackelberg16 a cru reconnaître une pelote garnie d’épingles, qu’une servante tient devant sa maîtresse.

Cette conjecture n’a rien d’invraisemblable ; toutefois l’auteur ne cite aucun texte h l’appui de son opinion, et la figure est trop peu précise pour que nous ayons jugé à propos de la reproduire.

Quelques exemples ritontreront combien la forme de ces objets était variée et quelle élégance les anciens mettaient à ceux qui devaient faire partie de la parure. La figure 92 offre , réduite de moitié, une épingle en or, ornée à son extrémité d’une tête de cerf ou d élan, du plus fin travail ; elle a été trouvée, comme l’étui suspendu à un bracelet dont il a été parlé plus haut, dans un tombeau du Bosphore cimmérien, et appartient à la même époque de l’art grec17. On en peut voir d’autres de même provenance, différentes de forme et non moins remarquables, dans le bel ouvrage où sont reproduites les antiquités du musée de l’Ermitage. D’autres épingles sont surmontées de figurines ou même de groupes qui sont autant d œuvres d ait exquises. Telles sont ces épingles d’argent du musée de Naples, trouvées dans les fouilles d’Herculanum, qu’admirait Winkelmann 18 : « La plus grosse, dit-il, longue de

12 Orelli, 4135, 4139; Orelli-Henzen, 72)6. — 13 Antiq. du Bosphore cimmérien, au musée de 'l’Ermitage , St-Pétersbourg, 1 854, pl. xxiv, 4. — « Mon. ined. del. Inst, arch VIII, lav. vin, 20; Annal. 1844, p. 371.— ^ Mus. Borbon. IX, tav. xiv. — 16 Grâber der Hellenen, t. xxx:n. - U Antiq. du Bosphore cimmérien au musée de l’Ermitage, pl. xxiv, n° 7. - 18 Lettres sur les découvertes d’Herculanum, p. 61. —

huit pouces, est terminée par un chapiteau d ordre corinthien, sur lequel est une Vénus qui tient ses cheveux avec les deux mains ; l’Amour, qui est à côté d elle, lui piésente un miroir. Sur une autre de ces épingles, surmontée aussi d’un chapiteau d’ordre corinthien sont deux petites figures de l’Amour et de Psyché qui s embrassent ; une autre est ornée de deux bustes; la plus petite représente Vénus appuyée sur le socle d’une petite figure de Priape, et elle touche de la main droite son pied qui est levé. » Le musée du Louvre possède des épingles qui, sans avoir peutêtre la même perfection, répondent assez exactement à ces descriptions19. A ce musée appartient aussi 2lJ l’épingle en or qu’on voit réduite de moitié (fig. 93) : la tête se compose d’un chapiteau sur lequel est debout un Amour qui joue de la flûte de Pan; au musée de Naples21, une épingle d’ivoire (fig. 94) dont la tige est surmontée de la

Fig. 92.

Fig. 93.

'■ig. 95.

Épingles grecques et romaines.

figure de Vénus nue, sortant du sein des eaux et tordant ses cheveux; au même musée22, une autre épingle en or (fig. 93), dont la tige est recourbée; à son extrémité

est comme suspendue

ailé qui tient d’une main une patère, de l’autre un objet de forme cylindrique, peut-être un vase à parfums. L’épingle en or du musée de

Chiusi23, que l’on voit (fig. 96), porte la marque d’une antiquité reculée. Les animaux , d’un travail délicat, dont la tête est ornée, ont ce caractère oriental que l’on a observé dans beau • coup d’objets étrusques d’ancienne date. Une autre épingle étrusque, en argent, plus moderne, appartient au musée du Louvre. Elle est dans la figure 97 réduite au tiers, la tige traverse trois lentilles légèrement gravées et surmontées d’un tambour abords façonnés qui porte une tête de bélier24. On peut

13 Catalog. des bijoux du musée Napoléon m, Épingles, n°> 37, U, 48, etc. —20 76. no 44. 21 Barbon, t. IX, la*. x\ ; Houx et Banc, Herculan. et Pompéi,

3e sér. pl. xci 1 1 . — Mus. Ilorb. II, xiv; Houx et Barri, l. I. pl. xciv. — 23 Inghiraïui, Mus. Chiusino, I, tuv. xci. - Catalog. des bijoux du musée Napoléon ni. Épingles, n“ 26.

Fig. 96. Fig. 96 bis. Tète Je l'épingle Fig. 97. en grand.

Aiguilles de tète étrusques.

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voir au même musée une autre épingle de forme semblable, mais un peu plus grande et portant à son extrémité une tête de sanglier25. La figure 98 reproduit encore un objet de la même collection : c’est une épingle en argent ici réduite au tiers, ayant la forme d’une épée munie de

sa garde ; ce n’est pas l’arme ordinaire du soldat romain, mais la longue spatiia à deux tranchants des derniers siècles de l’Empire.

Quelques personnes inclinent même à voir dans cet ouvrage un objet d’une époque encore plus récente. La figure 99 représente une épingle surmontée d’un buste

Fig. 98 et 39.

Fig. 100

de femme, qui a été trouvée, comme un certain nombre d autres27, dans le tombeau d’une femme chrétienne ; la figure 100, dessinée de la grandeur du modèle 28, une épingle étrusque en or, du musée du Louvre : la tête estampée a la forme d’un gland.

Quelques-unes des épingles qui nous ont été conservées ont pu servir à fixer les pièces de l’ajustement, mais les plus grandes,

Aiguilles de tête Épingle qUî sont aussi les plus nombreu-

romaines. étrusque. geg , ont certainement em¬

ployées pour la coiffure. Ces épingles ou aiguilles de tête (acus crinalis, comatoria, [kXdvr,, rapovy]) furent d’un usage général pour les femmes dans toute 1 antiquité, et les hommes mêmes en portèrent lorsque la mode de laisser à la chevelure toute sa longueur rendit nécessaire de la diviser et de l’assujettir comme celle des femmes [coma, crobylus]. On voit déjà dans Homère 29 un homme dont les cheveux sont ornés de bijoux d’or ou d’argent : c’est un Asiatique, le Dardanien Euphorbe ; et, en efiet, ce luxe paraît avoir pris naissance en Asie. 11 fut poussé fort loin chez les Ioniens, à Samos, à Colophon, et sans doute dans toutes les riches cités de l’Asie Mineure30; il ne resta pas étranger non plus aux Ioniens d’Europe. Les Athéniens, à peu près jusqu’à l’époque des guerres médiques, tinrent leurs cheveux attachés à l’aide d’épingles ornées de cigales d’or31. Quant aux épingles à cheveux dont les femmes faisaient usage, les exemples fournis par les textes et par les monuments sont abondants et permettent de déterminer assez exactement leurs divers emplois. Les auteurs, en effet, nous apprennent que des épingles ou aiguilles semblables servaient à partager les cheveux, et que pour cette raison on leur donnait les dénominations de discerniculum ou acus discriminalis 32. On rencontre encore ceux de enason et de scalp lorium33, tirés également de leur usage. Un de ces objets est figuré avec un peigne sur une pierre funéraire, comme insigne de la profession d’une coiffeuse ou ornatrix34. On les voit encore sur les vases peints et les miroirs gravés où sont représentées des scènes de la vie féminine ; ordinairement ils sont placés dans les

25 Ib. n° 24. — 26 /b. u° 22. — 21 Boldetti, Osservaz. sopra i cimiteri , tav. III ; Martigny, Dict. des antiq. chrét. p. 467. — 28 Ib. n° 33. — 29 IUad. XVII, 52. — 30 Athen. XII, 526, f. — 31 Thuc. 1, 6; Aristoph. Nub. 978. -82yarr. Ling. lat.Y, 29, 129; laid. XIX, 31,8; Lucil. ap. Non. p. 35, Merc.; Hieron. InRuf. III, 42 ; Claudian.XXXV, 15. — 33 Fest. s.«.; Scaliger, Ad h. I. ; Mari. XIV, 83. — 34 Guasco, Belle ornatrici. — 35 Gerhard, Etrüsk. Spiegel, pl. cr.xxxi, et t. III, p. 4 et 8 ; O. Muller, Handbuch der Arch. 398, 1. — 36 Gerhard, l. I. pl. xxxi à xxxvi, lxxxvi, exi ; Mon. ined. del InSt.

mains de servantes ou de génies qui en font l’office. Les ailes dont ceux-ci sont quelquefois pourvus et le nom de lasa inscrit sur un miroir35 a fait prendre pendant longtemps ces aiguilles pour des styles à écrire, que l’on considérait comme l’attribut de ces divinités étrusques du destin; on supposait par suite qu’un vase de forme allongée, qui en est, dans les mêmes mains, l’accompagnement ordinaire, ne pouvait être qu’une écritoire. Mais un style aigu est un instrument impropre à écrire à l’aide d’un liquide ; et d’ailleurs sur les monuments, l’objetauquel on donnait ce nom se trouve reuni non-seulement a la fiole à parfum36 facile à reconnaître à sa forme pour un al abastrum, mais encore aux miroirs, aux écrins, aux rubans, et les personnages, ailés ou non, qui les tiennent, sont évidemment occupés des soins de la toilette3'. Enfin, on ne peut se méprendre sur l’usage que fait du discerniculum une femme représentée sur un miroir étrusque38 (fig. 101) : elle est dans une salle de bain en compagnie de deux autres femmes nues comme elle ; agenouillée à demi auprès d’une vasque, elle se coiffe en se mirant. On voit encore sur une ciste gravée 39, une femme qui sépare sescheveuxà l’aide d’une aiguille, et se regarde dans un miroir. Ces exemples ne laissent pas de doute sur la destination de Y acus discriminalis. Le mot Fig. 101. usage du discerniculum. acus est aussi employé par les

auteurs d’une manière générale pour tous les soins donnés à la coiffure [coma]; et l’on voit par eux que des aiguilles du même genre servaient à friser, à crêper, à lisser, à dresser ou assouplir les cheveux et à leur donner tous les tours [calamistrum]40, quelquefois à les teindre ainsi que les sourcils41. On sait déjà qu’on les parfumait à l’aide de ces mêmes objets, constamment rapprochés sur les monuments des vases à parfum. Aux nombreux exemples que nous avons déjà cités nous ajouterons (fig. 102) la

peinture d’un vase grec trouvé dans un tombeau près d’Orvieto42: elle représente Bacchus tenant une jeune femme embrassée ; et près d’eux un génie ailé, l’Amour peut-être, ayant dans une main un de ces vases et dans

arch, 1853, pl xlix. — 37 Gerhard, l. l. pl. lxxxii, cvii, clxxxi, ccxiii, cccxvii, cccxvnr, cccxix ; Arch, Anzeiger , 1864, p. 288 ; Braun, Annal, del. Inst, arch. 1855. p. 55 ; Boulez, ibid. 1 862, p. 181. — 38 De la collect. de Janzé ; Gerhard, 1. 1. pl. cccxvir-> — 39 Elle appartient au prince Barberini ; Garucci, Bullet. del. Inst. 1S65, p. 55. ~ 40 0vid* Ainor. I, 14 ; Quintil. II, 5, 12 ; Serv. Ad Aen. XII, 100 ; Tertul. De virg. vel. 12 jlsid. X, 57 ; R. Rochette, Mém. de V Acad, des Inscr ., t. XIII, 2e partie, p. 740. 41 Juven. II, 93. — 42 Conestabile, Pitture scoperte presso Orvieto, 1865, p. 161.

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