‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 95 sur 155 · ARR · texte numérisé non relu

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l’un d’eux laboure, l’autre sème : ainsi se trouve lixée au mois de Maimakterion (novembre- décembre) la date jusqu’alors ignorée des àpoxoi Upoi. E. Saglio.

ARQUITES, archer [sagittarius].

ARRA (’Ap^xêov). — I. Les arrhes, dont l’invention paraît devoir être attribuée aux peuples de race sémitique 1 qui tirent les premiers le commerce entre les côtes de la Méditerranée, consistaient, chez les Grecs, en une somme d’argent proportionnée à la valeur de l’objet du contrat. Dès que les arrhes avaient été librement données et reçues, le contrat était parfait (xupiov) et produisait tous ses effets, bien que chaque partie eût encore le droit, tant qu'elle ne l’avait pas exécuté, de le résoudre et de se dédire en perdant ses arrhes.

Les arrhes étaient surtout usitées dans les ventes, c'était l’acheteur qui les payait au vendeur en avance sur le prix. S’il venait ensuite à se dédire, les arrhes restaient acquises au vendeur comme indemnité ; si c’était le vendeur qui se départît du contrat, la loi l’obligeait à payer à l'acheteur la valeur de la chose vendue, c’est-à-dire à racheter en quelque sorte cette chose 2. P. Gide.

IL Arra, arrha ou arrhabo était en droit romain une certaine somme ou valeur remise par l’une des parties à l’autre, dans un contrat, comme gage de sa foi. Aussi cette expression fut-elle parfois employée improprement pour désigner un gage [pignus] 3.

En matière de vente [emptio venditio], les arrhes indiquaient, dans le droit romain classique, c’est-à-dire au temps de Gaius, que le contrat était parfait \ Si les arrhes consistaient dans une somme d’argent, on les considérait comme un à-compte sur le prix, payé par l’acheteur ; quand il avait livré un anneau, il pouvait, après paiement du prix, réclamer cet objet 5. Justinien modifia les règles de la matière6; il décida que les arrhes dans la vente à rédiger par écrit auraient pour effet de fortifier la convention. En effet, celle-ci ne devant être parfaite que par la signature , chacune des parties pourrait s’en départir impunément; mais celle qui a donné des arrhes les perd, ou l’autre les restitue au double, si elle ne veut pas achever l’affaire. Au contraire, dans les ventes sans écrit, la dation des arrhes offre un moyen de dédit qui n’existerait pas sans elle 7. Suivant M. Boissonade, la constitution de Justinien s’appliquerait seulement aux ventes par écrit.

Dans les fiançailles [sponsalia], il n’était pas permis de stipuler une clause pénale pour simple dédit de l’un des fiancés8. Cependant d’habitude le fiancé, ou ses parents, en son nom, donnaient un anneau ( anulus pronubus ) à la fiancée 9 ; plus tard, les présents donnés en arrhes devinrent fort considérables10. En cas de mort d’un des futurs, les

ARRA. 1 C’est ce qu’indique la racine sémitique arab. — 2 Theophrast. ap. Stobae. Serm. XLIY, 22 ; Isae. De Ciron . her. 23 ; M. Caillemer, Revue de législation , 1871, p. 661-667, admet bien que, à Thurium, les parties qui avaient donné des arrhes conservaient le droit de se dédire ; mais il pense que, à Athènes comme à Rome, les arrhes étaient le signe de la conclusion définitive du contrat; voy. Étymol. M. 148, 52; Harpocration, s. v. peSaiwaew; ; Bekker, Anecdota graeca, I, p. 219; cf. Saumaise, De modo usurarum , p. 584. Voir aussi Hoffmann, Beilrcige zur Geschichte des griechischen Rechts, 1870, p. 104 et s. — 3 Yarro, Ling. I. Y, 36 ; Gell. XY11, 2 ; Isid. Orig. IX, 8 ; Apul. Met. I, 211. Synonyme de fiducia opérée par simple tradition, comme l’a soutenu Muther, Sequestratioîi, p. 377 et s. — 4 Gaius, Comm . 111, 139. — 5 Ulp. fr. 11, § 6 ; Dig. De act. empt. XIX, 1. — 6 Distit. Just. III, 23, De empt. pr. ; c. 17, Cod. De fide inst . IV, 21 ; c. 15 Cod. IV, 38. — 7 Ducaurroy, Instit. expi. nos 1036 et 1037. — 8 Paul. fr. 134, Dig. XLY, 1. — 9 Isidor. IX, 8; XIX, 32; rlin. Bist. nat. XXXIII, 46; Tertull. Apolog. 6. — 10 Capitolin. Maxim. Junior. 1, Saumaise, Ad h. I. — n Grat. et Valent, c. 10 Cod. Theod. III, 5 ; c. 3, Cod. Just. Y, 1. — 12 C. 1 1 Cod. Theod. 111, 5. — 13 C. 5 Cod. Just. De spons. Y, 1. — 14 C. 1 et 2 Cod. Just. Y, 2 ; fr. 38, Dig. XXIII, 2, De rit. nupt. — 13 C. 6 Cod. Theod. III, 5. — 16 Ducaurroy, Inst* expi. I, no 495. — 17 Eckhel, Doct * num. Y III.

arrhes devaient être rendues ". Mais celui qui refusait sans motif légitime de conclure le mariage, perdait le quadruple des arrhes. Cela fut réduit au simple par les mêmes empereurs pour les parents qui avaient fiancé la fille avant l’âge de dix ans12. Sous Léon et Anthémius, la peine fut fixée au double, sauf stipulation formelle 13. La mineure de vingtcinq ans ne remboursait que les arrhes reçues u. Il ne faut pas confondre l 'arrha sponsaliorum nomme data avec les présents entre fiancés ( sponsalitia ), autrefois irrévocables chez les Romains 1S, institution modifiée ensuite en 336 par Constantin 16 [osculum], puis remplacée elle-même eu Orient par les donations ante nupt las, et sous Justinien par les donations propter nuptias [donatio, nos]. G. Humbert.

III. Une pièce de plomb, dont on connaît plusieurs exemplaires 17, indique un usage particulier du mot arra. Elle porte au droit (fig. 539) une tête de femme avec les sigles c s, au revers quatre osselets [tali] avec ces mots : qui ludit arram det quoi» satis sit (que celui qui joue donne une arrhe suffisante). Cette arrhe, était-ce une mise, un enjeu? et l’avis est-il une de ces sentences générales comme on en lit sur un assez grand nombre de

, . . , . .. r -, , Fig. 539. Jeton de jeu.

tables a jeu antiques [tabula], gravee cette fois sur les jetons qui servaient à marquer les points? Cela est possible. Peut-être aussi doit-on entendre par arra une entrée à donner au maître d’une maison de jeu, et le jeton servait-il de contre-marque 1S. E. S.

ARRUEP1IORIA (’A^yjcpopta). — Fête athénienne qui tombait dans le mois de Scirophorion (juin) l. Elle se rattachait, d’une part, à la fête des Scirophories, de l’autre, à celle des Panathénées [skiropiioria, panatuenaea]. Quatre jeunes filles de sept à onze ans étaient choisies chaque année, dans les familles les plus nobles “2, par l’archonteroi. Ces jeunes filles, appelées arrhéphores, err/iéphores ou erséphores (àp^cpopot, i^Y)cpopoi, ipc?7)cpdpot 8), demeuraient pendant plusieurs mois sur l’Acropole, dans le voisinage du temple d’Athéné Polias 4, où une localité était même affectée à leurs jeux6. Deux d’entre elles (épyaaTtvai) 6 devaient travailler avec les ouvrières chargées de tisser le péplos dont on revêtait la statue de bois d’Athéné à la fête des Panathénées7; ce travail, qui était celui de la fête appelée cualkeia 8, commençait le dernier jour du mois de Pyanepsion. La prêtresse d’Athéné, qui appartenait toujours à la famille des Étéobutades 9, était chargée de la surveillance des arrhéphores. Dans la nuit qui précédait la fête10, cette prêtresse remettait à deux des jeunes filles des vases ou corbeilles dont le contenu était ignoré d’elles aussi bien que de celle qui les leur transmettait. Elles descen-

p. 316 ; Ficoroni, I tali ed altri strumenti lusorii. Il en existe un au cabinet des médailles, à Paris ; un autre a été trouvé près d’Autun, Castan, Revue archéol. 1870 p. 261 ; c’est celui qui est ici reproduit. — 18 Recq de Fouquières, Les Jeux des anciens, 2e éd. Paris, 1873, p. 355. — Bibliographie. Zumbacb, De arrha contrahentium, Jena, 1828; Rein, Das Privatrecht der Rômer, Leips. 1858, p. 350 et 410 ; Mutlicr, Séquestration, Leips. 1856, p. 377 et s.; Ducaurroy, Institutes expliquées , 8e édition, Paris, 1851, nos 496, 1036, 1037 ; de Fresquet, Traité élémentaire de droit romain , Paris et Aix, 1834, p. 121, 122; Boissonade, Rev. hist. de droit, t. XI, p. 136 et s*; c. Démangeât, Cours de droit rom. II, p. 301 et s. 2e éd. Paris, 1S67; Cujas, Observ. XI, 17 ; Hesdorffer> Diss. de arrha, Haunover, 1856.

ARRHEPHORIA. 1 Etym.M.p* 149; Clem. Al. Protr. p. 140; Aug. Mommsen, Beortologie, p. 443. — 2 Etym. M; dfpfftjçopeïv ; Suid. lituh^avo. C’était pour elles un titre d’honneur : voy; Corp. insc.gr* I, n. 431. — 3 Schol. Arist. Lysistr. 642 ; C. I, t. II, 431. — 4 Paus. 1,27, 4. — 5 2<j.<xtpt<TTpa, jeu de paume; Plut, décorât, p. 839 ; Bculé, L’Acropole d’Athènes, II, 296. — Hesych. I, p. 1418 ; cf. Schol. Eurip. Bec. 468. — 7 Etym. M. p. 149 ; Harpocr. p. 48; Arist. Lysistr. 640; Suidas, I, p. 823 ; Schol. Eurip. Hecub. 463. — 8 Suid. yautla. — 9 Etym. Mi p. 386. — lo Paus. I. I. dit : tÿ); éop-tf,?, ce qui peut s’entendre de la fête des Arrhéphories, ou peut-être de celle des Panathénées.

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daient dans un souterrain, naturellement creusé dans une enceinte peu éloignée de l’Aphrodite des jardins u, y déposaient leur fardeau, et en prenaient un autre aussi soigneusement caché, qu’elles rapportaient dans 1 Acropole. Cette cérémonie accomplie, les quatre arrhéphores étaient quittes de tout service, et étaient remplacées par d autres qui, le lendemain, étaient conduites à leur tour en grande pompe à l’Acropole 12. Les frais de cette pompe, de même que l’entretien des arrhéphores, constituaient une liturgie [leitourgia], appelée aussi àp^cpopta et qui était probablement à la charge de leurs parents 13. Des pains d’une sorte particulière, appelés dtvâcxaxot, ou plus brièvement vatrxoi', étaient destinés à leur nourriture u. Elles devaient porter des vêtements blancs, avec des ornements d’or ; ces ornements restaient, quand elles quittaient 1 Acropole, consacrés dans le trésor du temple lo.

On a voulu reconnaître les arrhéphores et la prêtresse d’Athéné Polias dans un des bas-reliefs de la frise du Parthénon 16. Mais cette conjecture ne s’appuie sur aucun fondement certain.

Les anciens 17 expliquaient cette cérémonie, en disant qu’elle avait lieu en l’honneur d’Hersé, sœur de Pandrose et d’Aglaure, les filles de Cécrops [cecropides], et les compagnes d’Athéné, qui, avec Érichthonius, présidaient à l’agriculture et à la croissance des moissons. En effet, de même que le nom de Hersé (''Epar]), le mot «pp-q, epp-q ou l'pa-q , signifie pluie, rosée 18. Arrhéphores voudrait donc dire « celles qui portent de la rosée, » et OLfried Millier 19 paraît avoir fait une juste supposition, en disant que les arrhéphores portaient simplement des branches couvertes de feuilles et trempées dans la rosée, sans doute pour demander le bienfait de la rosée pendant les chaleurs de l’été 20. Hunziker.

ARROGATIO [adrogatio].

ARTEMISIA (’ApxEpu'cia). — Nom commun à toutes les fêtes d’Artémis [diana]. La plus connue est celle qu’on célébrait àÉphèse, en l’honneur de l’Artémis asiatique, dans le mois qui portait son nom (ApTEpdtriov ou ’ApTEpuemov), et qui correspondait au mois attique d’Élaphébolion ‘. Cette solennité était accompagnée de jeux gymniques, de courses et de concours de musique 2. Elle fut représentée par le pinceau d’Apelles 3. On y promenait en procession et en chantant des hymnes, l’image de la déesse, armée de l’arc et du carquois, portant la peau d’une bête sauvage. Tout le monde s’y rendait paré de son mieux; une partie de ceux qui y prenaient part, se masquaient et se livraient à des actes ridicules et inconvenants; les jeunes filles portaient, comme des nymphes de Diane, l’arc, le carquois, la peau de faon4; ou, vêtues de tuniques légères, exécutaient des danses peu décentes 3, rappelant celles qu’on célébrait à Élis et chez les Doriens en l’honneur d’Artemis Cordax 6.

U Cf. Forchhammer, Hellenika, I, p. 64. — U Paus. I. 27, 4; Hesych. I, 551 ; Schol. Aristoph. Lys. 642. — 13 Lys. Or. XXI, § 5. — H Athen. III, 80 ; Suid. et Hesych. s. v. Avàirrazo; ; Bekker, Aneccl. gr. p. 239. — 18 Etym. M.p. 148 ; Ilarpocr. p. 48; Bekker, Aneed. p. 446. — 16 Stuart, .4/if. o/ Athens, II, c. i, pl. xxiv ; O. Miiller, De sacris Minerv. Poliad. p. 14; Lcnormant, les Das-reliefs du Parthénon, 1834, p. 21 ; Boulé, l’Acropole d'Athènes, II, p. 142; Overbeck, Neu. llhein. Mus. XIV, 191 ; Chr. Petersen, Zeitschr. f. Alt. Wiss. 1857, pr. 26, p. 395, cf. Eu g. Petersen, Die Kunst des Phidias, 1847, p. 246 ; voy. aussi Ross, Arch. Aufsàtze, I, 87. — 17 Etym. M. et Hesych. s. u.; Bekker, Anecd. 239 ; Schol. Arist. Lysistr. 642 ; cf. Moeris, i(îpi)o4çoi ; Keil in Philolog. XXII, 600. — 1® G. Curtius, Grundsüge d. griech. Etym. I, 311. — 19 Minerv. Pol. p. 15; Id. Kleine Schrift. p. 160 et 227. — 20 Voy. les explications différentes de Lobeck, Aglaophanos, 873 ; A. Mommsen, Heortol. p. 448 ; Rinck, Delig. der Hellenen, p. 67. — Bibliographie. O. Miiller, Minervae Poliadis sacra, Gôtting. 1820; Id. P allas- Athéné, in Ersch und. Gruber. Encycl., 1838 ; et Kleine Schriften, 1873, p. 160, 227 ; Hermann, Gottesdicnsl.

D’autres fêtes du môme nom se célébraient à Syracuse et dans beaucoup d’autres cités grecques 7. Hunziker.

ARTIASMOS et ARTIAZEIN [par, impar].

ARTIFICES. — I. Les Grecs ne paraissent pas avoir eu l’idée de la distinction que nous faisons aujourd’hui entre l’art et le métier, entre l’artiste et l’artisan. Les mêmes mots (te /v-q, T£/vtT7]ç) servaient à désigner les uns et les autres. Il y avait sans doute, dans le vocabulaire grec, beaucoup d’autres noms donnés aux artisans et qui étaient empruntés à leur genre de vie ; on les appelait oî fidvauTot, Oi ISpaïoi, oî xaOqjxevot, quand on voulait faire allusion à leur existence pénible et sédentaire ; oî /jEpvyfreç, oî y.sipoxtyv*i, oî •/EipojvàxTeç, pour montrer qu’ils demandaient au travail manuel des moyens d’existence; oî âr^ioupyot, pour rappeler qu’ils travaillaient pour le public ; oî ypripaxtotocî, pour caractériser le désir de gagner de l'argent, auquel ils obéissaient l. Mais l’expression générique, celle qui convenait à tous, artisans ou artistes, et que l’on employait le plus habituellement, était celle de xE/vtxat.

Nous allons essayer d’exposer rapidement, dans cet article, quelle fut, aux diverses époques et dans les divers pays, la condition des xsyvTxat grecs.

La Grèce homérique n’éprouva pas, pour le travail manuel et pour ceux qui y consacraient leur vie, les dédains que nous signalerons à une époque moins reculée 2. Les héros les plus illustres faisaient volontiers œuvre de leurs mains. Paris avait construit son palais en se faisant aider par les plus habiles ouvriers d'Ilion 3. Lycaon, autre fils de Priam, abattait sur les domaines de son père de jeunes arbres, dans lesquels il taillait ensuite des jantes et des rais pour les roues de ses chars 4. Phéréclos, fils d’un charpentier, était, non-seulement un vaillant soldat, mais encore un habile ouvrier s. Le poète ne craint pas de nous montrer Ulysse, armé d’une haclie à deux tranchants, d’une doloire et d’une tarière ; dans l'île de Calypso, il abat des arbres, il les ébranche, les équarrit et les dresse au cordeau ; puis il les perce, les ajuste avec des clous et des chevilles et en forme un vaisseau ; plus tard, il taille les voiles de son navire et prépare tous les agrès 6. C’est lui qui a construit, sans le secours de personne, le lit qui décore sa chambre nuptiale7.

Les dieux eux-mêmes ne rougissaient pas de travailler. Vulcain était forgeron et nous le voyons au milieu des enclumes, couvert de sueur et de fumée, maniant le marteau et les tenailles, activant à coups de soufflet la flamme de ses fourneaux8. Minerve excellait à tisser la toile9 [vul-

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