BOULEVARD S A I N T - G E R M A I N . 7 il
Droit» de [-nti-rKie et tj« traflucti>>n rrs*
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FABA (Kûa[Aoi;), la fève. — Pour le légume, sa eullurc, ses emplois, voy. legumina et cibaria.
Tout le monde connaît le précepte d'aiislcnlion des fèves, imposée par Pythagore à ses disci|)les'. La fève était également considérée comme impure dans le culte d'Eleusis et interdite aux initiés [elkusinia, p. 3o8|. Dans les traditions de Phénée en Arcadie, on disait que Cérès avait dimné aux habitants tous les légumes, sauf la fève-. On peut voir ici le résultat d'une influence orphique. En effet, dans les poésies attribuées ;ï Orphée, on remarquait deux préceptes dont le premier était conçu sous une forme toute symbolique : « C'est la même chose de manger des fèves que de manger la tète de ses parents^ » ; et « Pleins de crainte, abstenez-vous des fèves" «. La défense était d'origine égyptienne^ et avait passé dans presque tous les Mystères.
Aulu-Gelle ° mc^t sur la voie des idées qui avaient motivé ces prescriptions, en soutenant que ce n'étaient pas des fèves dont Pythagore avait défendu l'usage à ses sectateurs. On aurait, selon lui, inexactement interprété dans la règle pythagorienne le mot xûaixo; par fève, tandis qu'il y désignait le sexe des animaux''. On racontait des histoires étranges sur la métamorphose qui s'opérait de fèves enfouies sous un fumier et d'où sortaient des hommes", croyance fabuleuse à laquelle serait due l'assimilation faite entre les fèves et des têtes humaines. La fève était donc considérée comme un réceptacle de génération de la plus grande puissance, et c'est ce qu'indique encore Plutarque', en assimilant la défense, faite par les Orphiques et par Pythagore, de manger ce légume avec cejle que les mêmes législateurs avaient portée au sujet des œufs.
En même temps, on attribuait à cette plante un caractère funèbre et infernal. On jetait des fèves comme offrande sur les tombeaux •". Nous lisons dans Festus : « Il n'est permis au flamen dialis ni de toucher ni même de nommer la fève, car on la considère comme appartenant aux morts; en efTet, on la jette en offrande aux Larves et aux Lémures et on l'emploie dans le sacrifice des parentalia " ». Le même caractère funèbre était attribué par extension à d'autres légumes de nature analogue, aux lupins'-, aux pois chiches". L'association des idées de génération et de mort qui se révèle ici n'étonnera aucun de ceux qui ont étudié les religions antiques. Elle est complètement marquée dans ce que dit un des
FABA. 1 l'iutarcli. Sympos. Il, .3 ; Vlll, 8 ; Qunest. vom. 03 ; Cic. De div. I, 30 ; l'orplijr. VU. Pythaijor. 44; Clcm. Alex. Stromat. III. p. 521, vt\. Potier; Diog. Lacrt. VIII, 34; Luciaii. Gall. 4.-2 Pausaii. VIII, 15, 1. — 3 Plut. Syinj}. Il, 3 ; Dûlym. Oeop. II, 35; Lyd. De mens. p. 76; Cleni. Alex. /. c. ; Atlicn. II, p. 65; Eustath. ad Iloni. Jliarl. N, p. 948 ; cf. Lobeck. Agtaopham. p. 251 et s. — ^ Didyni. r.L'op. II, 35; Aiil. Gcll. Xocl. ail. IV. Il; Greg. Naz. Oral. XXIII, p. 533.
— 3 Heiodol. Il, 37 ; Diod. Sic. I, 89; Porphyr. De abstin. Il, 25. — 0 i\ocl. ail. IV, 11. — 7 Voy. Miiury, Hist. des relif/ions de la Grèce, t. III, p. 358. — 8 I,yd. De mensih. p. 76. — 0 Symp. II, 3; cf. Cic. De divin. I, 30. CI(5meiit d'Alcxaudrio. Siromal, III, p. 521, suppose au coulrairc que les législateurs intcrdisaieut l'usage de ce légume, parce ([u'il rendait les femmes stériles. — 10 Lyd. De titens. p. 77; voy. Lobeck, Agliioph. p. 254. — H Festus, s. v. Fabam, p. 06 Lindemaïui.
— 12 Calpuni. Edo;i. III, 82. — " Plut. Quaest. rom. 93. — IV Eusialli. ad lliml. N". T. 389, p. 918. — I" Calnloi/ue des bijoiir du musée .XopoU'on III, n" 8, 10, 11, \i et 13. — ic Pausaii. I. 37, 3 ; Pseudo-Plut. V'i7. dec. oral. p. 837 ; Ilesycli. et Pliol. .t. r. Iv-jtt-itÎTr,;. — 1" Voy. F. J-enormant. Monographie de la Voie .sacrée éleusinieune, t. I, p. 337-348. — 13 Clcm. Alex. Droirëiil. Il, p. )6, éd. Potter. — 10 Ibid.
scholiastes d'Homère, que les prêtres ne mangeaient point de fèves noires parce qu'elles étaient le symbole de la montée des âmes lorsqu'elles quittent la demeure d'Hadès pour revenir à la lumière". C'est peut-être à la signification symbolique indiquée par le scholiaste que se rapportent les couronnes d'or imitant le feuillage de la fève, que l'on trouve assez fréquemment autour de la tète des morts dans les tombeaux de l'Italie'".
Un héros local, ou Bacchus lui-même, était adoré sur la Voie Sacrée d'Eleusis sous le nom de K'jajX!T/)i;", producteur des fèves''. Il faut se souvenir ici f]ue l'on exl)liquait l'abstinence du fruit du grenadier, imposée aux femmes athéniennes dans les Thesmophories, en ce sens (jue cet arbre était censé né du sang de Dionysos Zagreus répandu à terre '^ De même, dans les mystères des Corybantes, les prêtres ne pouvaient pas manger de céleri, parce que cette plante passait pour avoir été engendrée par le sang d'un des Corybantes'^. Ces deux prescriptions éclairent un peu l'origine mystique attribuée à l'abstinence des fèves dans les Ëleusinies. [Il y a sans doute, au fond de toutes ces légendes, une simple prescription hygiénique, comme l'abstinence de la chair du porc chez les Hébreux, prescription sur laquelle la superstition antique avait brodé des thèmes très variés.]
F. Lexormast.
FABRI. — I. Signification etbistoire dumotfaber. — Le sens du mot fahpy ne paraît point douteux. 11 désigne l'ouvrier qui travaille un corps dur', comme le bois, le métal, l'ivoire, la pierre^. Le faber s'oppose à l'ouvrier qui façonne un corps mou, comme la terre, l'argile, la cire, fictor ou ftguliis'K
L'expression de fabev correspond à peu près exactement à celle de téxtwv en grec. II est bien vrai que TÉxTcov, dans la langue classique, s'applique spécialement au charpentier '. Mais on a également compris sous ce mot ceux qui travaillaient la pierre ^, et parfois même les ouvriers en métal °.
11 est fréquent que faber soit employé isolément. Mais souvent aussi, le mot est accompagné d'une épithète, qui indique soit la matière que travaille l'ouvTier, soit les ol)jets qu'il fabrique. Voici la liste des qualificatifs dont on fait suivre le mot faber.
1° Ceux qui désignent la matière travaillée sont les suivants : iir/nariun ou tignuarius', plus rarement lignariiis *, pour les charpentiers ; matcriarius pour les scieurs
FABRI. 1 Faber... propier operis firmitatein, dit très Dcttcmcnt Isidore de Sévillo, Origines, XIX, 6. — 2 Que faber pût se dire par exemple d'un entrepreneur de constructions en pierre, cela résulte du texte suivant (Digest. XIII, 6, 5, § 7) : 5i serras lapidario commodatus sub machina perierit, teneri fabrmn commodati. Il peut s'employer aussi à propos d'un marbrier : Marmonz aut eboris fabi-os (Horace, Episl. Il, 1 , 96) ; d'un maçon : fabri... uluntur ad soxa coagmenlata... (Varro, ap. Xonium. p. 9, tS). — 3 Pour cette opposition entre le faber et le fictor, voyez les excellentes remarques de Blûmncr. Terminologie, t. II. p. Il et s., p. 164 et s. Cod. Tlieo<1. XIII. 1, lu: Eo» qui manu vietum rimantur nul tolérant, figuloa ridetic^^t aut fabros. — * T«t«>o; Tin c'JXqv, dit Hpictète ap. Arrûan. I, 15, i. D'autres textes dans Bliîmner. t. Il, p. 165 et s. — ô Homer. llind. XXIII, 712. — <> Corp. inscr. graec. 4158. Mais cela est infiniment rare. Voyej. les rcman|Ues de BlOmucr, p. 165, n. 3. — ' Cic. Brutus, 1,111, 157, sans parler des textes et des inscriptions cités plus bas. — 8 Faber lignarius chez Isidore de Séville, Or. XIX. 6. D,ins Dig. L. 16. 235. il faut lire fabi'os tignarios; lignarios se trouve dans le manuscrit mais comme correction.
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de long'; aeravitis-, argenlarius \ fn-rnniis\ poulies ouvriers en métal. Je ne pense pas que Ton trouve faber nurarius \ Ehurarms se dit de l'ouvrier en ivoire °. De ces différentes expressions, celle de faher iujnarius paraît être de beaucoup la plus fréquente.
2° Comme épithètes indiquant la nature des objets fabriqués, on trouve les suivantes : navnlis', pour les constructeurs de navires; bubientor, pour les ouvriers employés dans la construction des bains " ; leclarius, pour les fabricants de lits^; pcditinnus, pour les ouvriers en peignes'"; limnrius, pour les fabricants de limes " ; sagillarius, pour les fabricants de flèches '- ; le fabei- oculariarius est celui qui fabrique pour les statues des yeux en métal ou en marbre ''; \c fnber aulomatarius est un fabricant d'automates**; les fnbri /lalunril sigillariarii étaient sans doute les fondeurs de statuettes en métal'". Enfin on trouve l'expression de faber solrarius baxearius pour désigner le fabricant de semelles (sûlea) et de sandales {baxea)*'^ : l'expression serait impropre, si on ne savait que le bois pouvait entrer dans la fabrication des chaussures ' '. — H faut rattacher à cette catégorie d'expressions celle de subadeani ou siihardiani ", et celle d'intestinarii, qui sont un peu énigmatiquos, n'étant connues que par les inscriptions. Les fabt-i itilestmarii "* sont sans doute des ouvriers en menuiserie fine, ceux qui décorent l'intérieur {opus iiitcsHiiinii) des appartements-". Les fabri subaedhnii seraient peut-être les ouvriers chargés de la grosse besogne dans les constructions, de la charpente intérieure ou de la maçonnerie extérieure'^'. — De ces différentes expressions, la plus usitée est sans contredit celle de fribrr nacalis, qui désigne encore des charpentiers.
3° Faber s'emploie souvent seul ^-'. Dans ce cas, s'il peut arriver qu'il désigne un ouvrier en métal -% il est presque de règle qu'il s'applique au charpentier, et qu'il faille sous-entendre tir/uarius^''. Quand les traducteurs de la Vulgate ont voulu indiquer que Jésus était fils d'un charpentier et charpentier lui-même, c'est le mol faber dont ils se sont servis ■''.
D'après la fréquence de certaines expressions et la date des textes qui mentionnent les fabri, on peut se rendre compte des transformations subies par le sens du mot. 11 n'est pas inutile de les indiquer : l'histoire du mot est un peu un chapitre de l'histoire des métiers à Rome.
Il est vraisemblable que le mot de faber désigna au début le charpentier, et le charpentier seulement. N'est-il
I llnitcr, DCXLII, C (M. Ilabuer regarde, à tnrl, je crois, celle insci'iplion comme fausse, Corjjus, II, i'). — 2 Plin. Hixl. nul. XXXIV, 1,1, de. Corpus, XII, 4473 (Narbonno), etc. Vitruv. II, 7, 4. — 3 Faber argmtarius dans un grand nombre d'inscripUons, Corpus. VI. n" i226, 9300-3002 (Rome); XII, 4474 (Narbonne), elc, et dans le Digeste. XXXIV, 2, 30. — >> Cl forlnnttti sitnt fiihri ferrarii, Plaut. Rud. II, G, 47; HM. Auff. XXX Tyr. 8, 1; Max. et Balb. 5, 1; Vulgal. Iteg. I, 13, 10, etc. Dans les inscriptions. Corpus, VI, 1892; VI, 0400: Faher ferreus (de lY'poque chri^ticnne). — <• Marquardt, l'rioatWmi. p. 070, s'en sert sans allf'guer de texte. — 6 Faber ebiirariu.i dans les inscriptions, Corpus, VI, 9307 (Komc). — 7 Voyez plus bas les inscriptions d'Ostio, etc.
— S P'aber hnlnmlor dans les inscriptions. Corpus, VI, 9395-00 (Home).
— 9 Faber lecturius, Orelli, 4183, Corpus. VI, 7882. 1,'iuscription des fabri ferrarii, tahularii de Grutcr, CCXXXV, 7, doit iHre fausse. — 10 Corp. V, 98.
— 11 Faber limarius à Narbonne, Corpus. XII, 4475-70. — 13 On lit dans le Digeste, L, 6, 7, 6, une il'numi'ralion d'ouvriers militaires : Artifices..., fnbri saf/ittarii, nerarii, buculantui structores, carpentarii. ferrarii, lapiilarii, etc. Tous les (éditeurs modernes, et en particulier Mommsen. séparcnl par une \irgide fabri et sngittnrii. Je crois qu'il faut rf'unir les deux mots en une seule expression. Nous ne voyons pas en cITet ce que pourrait signifier faltri seul, puisigu'il est question plus loin des ouvriers en bois et en mi'tal ; et d'autre part sn;;illarii seul ue peut indiquer que les arcbers ; il ue prend le sens de fabricants de llèclics iiu'à la condition de lui donner fabri comme diacrminatif. — '3 Corpus VI, 0402. Cf. 0103 : l/ic
pas, en date, le premier de tous les ouvriers, le plus utile à la vie de chaque jour? Le bois a dû être travaillé avant le métal, avant la pierre. 11 en a été de l'expression faber comme de celle de malerie.s : maleries n'a signifié d'abord que le bois, la matière par excellence; faber ne s'est appliqué d'abord qu'au charpentier, l'ouvrier par excellence.
Quand d'autres industries furent connues, on les groupa sous l'antique appellation de faber : mais on les caractérisa par des épithètes. Tout d'abord, on distingua les ouvriers enhois (fabri tignarii) et les ouvriers en bronze (fabri aerarii). Pendant longtemps, il ne fut question que de ces deux catégories d'ouvriers. On devine pourquoi : le bronze a été connu et employé bien avant le fer; le bois a été durant des siècles la matière unique utilisée dans la construction des maisons et la fabrication des statues.
De même en Grèce on oppose le charpentier, téztwv, à l'ouvrier en bronze ou on métal, yAy.t'Ji. Mais là, le charpentier a dû, presque dès l'origine, coexister avec l'ouvrier en métal : car les deux expressions do tsxtoiv et de /-/XxEiJç ne sont pas, comme en latin, réunies sous iiiM' appellation commune.
11 est à remarquer qu'il y a eu de très bonne heure à Rome un mot spécial pour désigner l'orfèvre [aurifex] : l'orfèvrerie a dt"i se constituer assez b'it on dehors des autres fabri.
Au fur et à mesure que les Romains ont connu l'art de travailhir la pierre, l'argent ou le fer, ils ont compris ces différents métiers dans le sens du mol fabri. Toutefois, ils se sont toujours souvenus de l'application première et limitée de ce mot : fabri désigna surtout, à l'époque classique, des charpentiers, comme t^xtwv s'entendit presque uniquement de l'ouvrier en bois.
Sous le bas empire, une évolution semble se produire dans la signification du mot faber. Il se limite peu à peu à l'ouvrier en fer, au forgeron, au serrurier. Peutêtre cela doit-il s'expliquer par la diffusion chaque jour croissante de l'industrie du fer. Le fer devint rapidement le métal le plus utile à la vie, et l'élément essentiel du travail manuel -^ Sous le bas empire, /'"icc ne s'entendra plus guère que du forgeron, qui est maintenant l'ouvrier par excellence, comme l'était autrefois le charpentier. Aussi Isidore de Séville, au vu" siècle, cherchant l'étymologie du mot, n'imagine-t-il rien de mieux que de le faire venir de fa(cere) fer(rurii), « travailler le fer -' ».
ma!'mor{eos) ocutos reposuil slatuis. ■ — 1^ Corpus, VI, 9304 (Rome). — IS Orelli, 4280. L'expression de faljer a Corintbiis ne se trouve que dans une inscription (Orelli, 4181} qui est regardée comme apocrypbe {Corp. VI. 037*), mais à tort, je crois. — *GC'or/). VI, 9404. — 17 Bliinuier, I, p. 277. — 18 Fabri subaediani à Narbonne. Corpus, XII, 4303. L'importance de ce coUôgc à Nai'boune semble bien indiqiuM- que les suliaetliani d-taient autre cliose que de simples d<?coraleurs en bâtiments. — l'J Corpus, VI, 0101 ; X, 1922, 3957 (Capoue). Le faber iutestinnrius est repri''seuté sur ce dernier monument avec une hache, debout devant une table. — 20 Cf. Godefroi, C. Tlieod. XIII, 4, 2; Hliirnner, II, p. 321. — 21 Marquardt, Priralleben, p. GOG, voit dans les .'iutmetfiaui ceux qui di^corent les maisons. C'est aussi l'avis de Hliimner. D'autres regardent ce mot comme tin'- du local {.'iub aeftibus) on ils tenaient séance. — S2 Notanunent dans les inscriptions, Corpus, VI, n<" 9102, 7405, 7283-5, i4.13,4.W6, 3969, elc. — 23 Vulg. E.sai. 54, 16. — 21 Cic. Yerr. V, 10, 48: l'iin. Ad Traj. 33 et 34; C. Th. XllI, 1, 10; XIV, 8, 1; XII, ), 62, etc. Dig. XXXIll. 7, 12, 5 : Fabrum, qui villae reficiendae paralus sil. — 2ô Marc, B, 3 : A'om4e hic est faljcr, filius Mariae? Cf. Bliimner, p. 242 : « Ars fabrilis désigne le travail en bois. » Mais cela est vrai seulement de la langue cKissique. — 2C Optimum pessimumque vitae iustrumentum, Plino, XXXIV. 138. — 27 Origin. XIX, 6 : Fabkh a. rkciendo rmro impositum nomen habel. Hinc deriratum est nomen ail ntias artium materias fnliros vel fabricas dicere, sed cu?n adjeclione, ttt falier li/inariu.s, el reliqua, propter operis, srilicel, firmitatem. On peut voir par toul ce chapitre qu'Isidore emploie conslamment faber «îans le sens de forgeron.
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Au moyen âge, c'est de fnhor que dériveront l(!S mots signiliant forgeron ou serrurier, fèvri> en français et fauve en provençal.
II. Les collèges des fabhi a kome. — 1. Loui- origine et leur rnraclère primitif. — C'est sous le règne de Nunia que la tradition romaine plaçait l'organisation des faln-i. Voici ce (|ue dit Plutarque à ce sujet ' : « Le plus admiré des étal)lissements de Numa, c'est la division qu'il lit de la plèbe (7rXf|9oç), suivant les métiers. Rome était composée de deux nations.... C'étaient, entre les deux portions de la plèbe, des querelles interminables... Pour faire disparaître cette grande cause d(^ division, et la disséminer, si je puis dire, en plusieurs petites parties, il distribua toute la plèbe en corps de métiers (xarà TÉ/vaç) : c'étaient des joueurs de fliites [xùXr^'veU, tibicines}, des orfèvres (/pudojcdot, auvificrs)^ des charpentiers (téxtovs;, fahri tigmiarii), des teinturiers (pacpctç, tinctorcs), des cordonniers (nxuroToiAot, sutorex)., des tanneurs (tzijtooe'J/ek;, roriarii], des ouvriers en bronze (yaXxEîç, fi/ji'i ficrnrii), des potiers (xepzaeïç, figuli). Tous les autres métiers furent groupés ensemble pour ne former qu'un seul corps. Chaque métier eut ses confréries, ses réunions, et le culte divin convenant à chacun d'eux -. »
Pline le Naturaliste nous apprend qu'il y avait une hiérarchie entre ces difTércnts collèges. Chacun d'eux avait son rang et son numéro d'ordre. Le collège des potiers était le septième ' ; le collège des fnliri aernrii était le troisième •. Il ne serait pas impossible que celui des musiciens fût à la première place, et celui des fabri tignuaru à la seconde". Il est possible que le roi Numa ne soit point l'auteur de cette institution des collèges. Mais il n'est point douteux qu'ils ne doivent remonter aux temps les plus anciens de Rome et peut-être aux origines mêmes de la cité. La nature des métiers qui leur ont donné naissance suffit à le prouver.
Nous trouvons dans cette liste les ouvriers qui travaillent l'or, les orfèvres : les argentiers n'y sont point mentionnés. Or, il est connu que l'argent fut pendant longtemps une rareté parmi les Romains, et que l'or fut au contraire de très bonne heure en usage, au moins en dehors du monnayage [.^urifex, aurumJ ".
Il est question des ouvriers qui travaillent le bois : il n'est point parlé de ceux qui travaillent la pierre : il y a des charpentiers et il n'y a pas de maçons. Ces collèges ont donc été institués dans un temps où la pierre n'était point utilisée pour la construction. Or, les Romains n'ont jiendant longtemps élevé que des maisons ou des temples de bois : c'était en bois qu'était le premier temple de Vesta, en bois aussi, la cabane de Romulus sur le Palatin, et les chapelles des Lares".
Le troisième de ces collèges est celui des ouvriers en bronze *. Il n'y a pas de corps formé pour les ouvriers en fer. C'est que le fer a été connu à Rome beaucoup plus tard que le bronze, et le bronze a été pendant longtemps seul employé dans les cérémonies religieuses'.
Une autre remar(iue a été faite '". Tous les métiers ainsi groupés par le roi Numa étaient de ceux qui ne
1 NuiiKi, 17, — - Koivoivittî Hi x«t çjvoS'.Jî xat 8t.*» îijià; 4T:.)S'.i;, Êxàimu ^ivit -}ii:oj5«;. — 1 l'Mn. .\XXV, M. — V XXXIV. 1. — 5 Momniseii, De eottef/iis, p. 31. compare cet oivlo collegiontm i Voi-do tribuum. — 6 BUimncr. IV. p. if> cl s. — T Voir rarliclc domus. — B pUn. XXXIV, 1 ; Docuimiis qitamilin popithis Jiomaïuts aère tantum signala iisus esset, et atia vetustas aequatem iti'bi niictoritrttem ejus deciaral a reffe Xitma coltef/io tertio (lernriuin fahrum inslilulo. — 9 Lucrcl. V, liSS; Blumuer, IV, p. 38. — 10 Monimscn, |>. 3/.
pf)uvaient s'exercer dans les familles. Plutarque ne parle ni des tisserands ni des boulangers : on sait que, dans les temps anciens, chaque famille cuisait son pain et conli'(.'lionnait ses vêtements.
jj'origine de ces collèges se rattache donc au début de la civilisation romaine. On voudrait .savoir quel a été le caractère primitif d(! l'institution ou quelles furent les intentions du législateur (|ui l'imagina.
11 est visible qu'on n'admit dans ces corporations que les métiers qui n'avaient point place dans l'intérieur des familles. On peut donc sup[)oser qu'elles ont été créées l)our prêter aide et secours aux familles, aux gentes, et, en dernier analyse, à l'fitat même. .Numa n'a songé ni à protéger ni à régler l'industrie : des préoccupations de ce genre n'étaient d'ailleurs ni de son temps ni du caractère de son peuple. 11 n'a agi que pour rendre service à l'État. Avant d'être des corps industriels, les collèges ont été des corps publics ".
Il est vraisemblable encore qu'ils ont été fondés pour subvenir aux besoins des cultes de la cité et de sa vie religieuse. II n'est guère de ces métiers auxquels la religion n'eût point recours. Les fnbri tignuarii pouvaient construire les demeures des dieux : quand on éleva le temple du Capitole, ce fut, dit une tradition rapportée par Cicéron, sans qu'il en coûtât rien àl'Ëtat; on réunit les fabri, et ils firent le travail, au nom et sur l'ordre de la cité '-. Les fabri arrnrii pouvaient fabriquer les vases et les ustensiles d'airain, si nombreux dans le culte primitif: ils contribuaient aussi à la construction des temples, dont les portes étaient d'airain " ; plus tard leurs devoirs religieux grandirent encore, lorsqu'on s'habitua à se servir du bronze pour les statues des divinités". Il y avait des fictores spécialement attachés au service des pontifes, soit pour confectionner les moules des gâteaux sacrés, soit pour préparer les simulacres de cire que l'on offrait à la divinité : la tradition attribuait même à Numa la création de ces fictores'''.
Ce qui nous ferait croire encore au caractère religieux de ces deux collèges de fahri, c'est qu'ils viennent immédiatement après celui des joueurs de flûte, tibicitie.s. Or, les libirines avaient précisément un office sacré : leur place était marquée dans toutes les cérémonies religieuses. Le titre complet du corps était collegium li/jiciiiHin Homanortiiii, qui sacris piibliris praesto siiitt '". On ne conçoit pas le groupement des joueurs de tlùte en un corps de métier, si l'on ne voit pas en eux les serviteurs des dieux de l'État. Remarquons d'ailleurs qu'il n'est pas question d'autres musiciens : la (lùte a été pendant longtemps l'instrument réservé de la musique religieuse, aussi indispensable aux repas et aux sacrifices que le prêtre et que la victime.
Nous pouvons donc regarder ces ditférents collèges, et en particulier ceux des/W6c(. comme destinés d'abord et surtout au service de la religion de la cité, et cela nous explique pourquoi la tradition en attribuait l'origine au roi Numa. Numa ne passait-il pas pour l'organisateur de la religion romaine? C'est à lui qu'on rapportait en
— Il Cela .1 ét6 bicu iiiarqut^ île uouM'au. par llcrrog, Bùm. Staatscerfassmuj. I, p. 6.H. — '- Cîc. In Verrem. V, 11*. 4S : Cnpitotiiim, sicut apud majores nostros factum est, putilice. gratis, coaetis fabris, operisque imperatis. exacdificari atque effiei potuit. Il s'agit selon toute prokabilitt^ du lemple primitif. coDSlruit sous les Tai-quins. — 13 Prisci liminn etiain ne ralvas itt templis ex aère faetitnrerr. Plin. XXXIV. 13. — '^ Id. ibifi. lo. Trnnsiit ars ad effigies deorum. — 1- Eouius. fr. Ii3. Mit. Valileu. — 16 Manjuanlt. Sacralwesen. p. ii6.
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particulier la création de tous les collèges religieux, des Pontifes, des Vestales, des Saliens et de bien d'autres. Si l'histoire l'a désigné pour être le fondateur des collèges d'ouvriers, c'est que l'institution avait avant tout une allure sacrée. Ajoutons que ce fut, dit Plutarque, « celle de ses réformes qu'on admira le plus ».
On a discuté pendant longtemps la question de savoir si ces collèges d'ouvriers étaient l'origine des collèges sacrés, ou si ces derniers avaient été institués à leur ressemblance. M. Mommsen a raillé ces recherches comme vaines et n'a attribué qu'au hasard les ressemblances que ces différents collèges pouvaient présenter entre eux'. C'est méconnaître un peu le caractère de la vie et de la cité antiques que de dédaigner ces discussions et de parler de hasard à propos des origines des institutions romaines. Tout est intimement lié en ces temps primitifs. Ces collèges, ceux d'ouvriers comme ceux de prêtres, avaient la même nature, religieuse et politique à la fois ; la religion et l'État ne faisaient qu'un: ils servaient la cité parce qu'ils servaient les dieux. Us étaient, comme on dira plus lard, d'utilité publique, parce qu'ils étaient d'utilité religieuse. Les ouvriers étaient, au même titre que les prêtres et les magistrats, des serviteurs de la divinité : la religion fut à l'origine du travail manuel et du commerce, comme au début de la famille et de la vie publique ; les dieux prenaient pour eux les prémices de l'industrie et de l'art, comme ils revendiquaient les premiers instants des cérémonies publiques et des occupations journalières.
L'étude de l'organisation primitive de ces collèges montrera mieux encore leur caractère religieux.
Nous ne savons sans doute que peu de chose à ce sujet : les deux collèges de fabri formaient chacun une société (xotvcovi'a), ils avaient des réunions, et un dieu à adorera Mais ce peu de chose a son importance. Ces collèges étaient des sociétés, des communautés : rappelons-nous que l'idée religieuse a été, dans le monde ancien, « le souffle inspirateur et organisateur » de toute société ^ Plutarque néglige de nous dire comment ces fabri travaillaient, quelle était chez eux l'organisation du travail, si leur indusirie avait des règlements et des traditions. Mais il ne manque pas de nous apprendre, comme détail essentiel, qu'ils avaient des règlements religieux et un culte à célébrer. Le lien qui les unissait, ce n'était pas la similitude de métier ou les intérêts de leur art, c'était la communauté de religion, les prières adressées aux mêmes dieux. Le collège est une famille religieuse.
On voudrait savoir quelle était la divinité qui présidait îi la vie du collège. On songe d'abord à Sylvain et à Vulcain, tout désignés par leurs attributs traditionnels à être les dieux des ouvriers qui travaillent le bois et le métal. Mais aucun texte ne nous permet de supposer <|u'ils aient été, du moins à l'époque primitive, les patrons des fabri de Rome. D'autres indices laissent deviner que ces deux collèges étaient consacrés à Minerve. Cette déesse passait pour être la protectrice de tous les corps de métier' : le jour de la fête de Minerve (■'tait « le jour des ouvriers », dirs miificuiii. C'est en particulier la divinité attitrée des collèges des fullones, des sutoves, des tibiciiifs, i[ui sont contemporains des
1 UoimtKcn, De collcgi in, p. 28. — 2 Plul. .\iima, 17. — 3 Fusicl do Coulangcs, ia CM lottirjue, III, 3. — l Ovid. /•'<«/. III, 833 cl s. — '• Voir PrcUcr, /lom. Myth. (jdil. Jordan. I, p. 294 et s. — c l'relIcT, I, p. 214 : Jn scitola ileae Mmm-rn col-
deux corps de fabri et qui ont la même organisation''. C'est dans le temple de Minerve que se réunissent les fabri de Pesaro ^. Il est permis de croire que les neuf collèges d'ouvriers créés parNuma ont été également placés sous la protection de Minerve.
Il est à remarquer qu'un des plus anciens et des plus importants sanctuaires de Minerve était sur le mont Aventin ^ alors la demeure propre des gens de la plèbe : or les fabri étaient exclusivement des plébéiens. Il n'y a pas impossibilité à ce que la création de ces collèges d'ouvriers se rattache au culte de la Minerve Aventine. La tradition raconte qu'en -i9.5 les consuls dédièrent un temple à Mercure : en même temps ils instituèrent, pour y desservir le culte, un collège qui fut « le collège des marchands », rollrgiuin inrrcaloritm *. Les collèges des fabri et des autres artisans n'auraient-ils pas, de la même manière, été créés pour célébrer la Minerve du temple de l'Aventin?
La création de ces collèges eut une assez grande conséquence dans l'histoire de la plèbe, où ils se recrutaient exclusivement. Les plébéiens étaient, d'après le droit ancien, des hommes qui n'avaient ni famille ni religion ; ils étaient en dehors de toute constitution; multitude confuse, ils ne formaient aucune société, ni religieuse, ni civile, ni politique. L'institution attribuée à Numa fit précisément de la plèbe une société : en les groupant en collèges, sous la protection d'une même divinité, elle donna aux plébéiens l'union religieuse qui leur manquait; elle établit entre eux un premier lien politique ; elle les rattacha aux dieux de l'État, qu'ils purent ainsi adorer; elle les souda en quelque sorte à la cité ellemême, à laquelle les corporations d'ouvriers rendaient des services. Le collège, par cela seul qu'il est une société religieuse, sera pour le plébéien ce qu'est la fainilia et la civilas pour le patricien, à la fois une famille et une cité : c'est sous la forme de collège que la plèbe entre ainsi dans le droit religieux et dans la vie publique.
2. Destinée des collèges de fabri sous la république et sous le haut empire. — Les textes nous manquent pour suivre l'histoire des deux collèges de fabri tignuarii et (le fnbri aerarii depuis leur création par Numa. On doit supposer que leur importance grandit sous la domination des rois étrusques. De gigantesques travaux furt^il exécutés par eux à Rome : les fabri devinrent les auxiliaires permanents de la royauté, et peut-être les collèges d'ouvriers furent-ils un précieux appui pour la politique des Tarquins. Nous savons, en tout cas, que les rois firent venir d'Étrurie un très grand nombre de fabri''. On a dit plus haut que les fabri eurent le devoir de construire, pour le compte de l'État, le temple de .Jupiter Capitolin.
C'est vers ce temps-là que l'usage de la pierre et du fer se répandit à Rome. Mais l'État ne créa pas deux nouveaux collèges : les ma(;ons et les ouvriers en fer furent sans doute réunis aux charpentiers et aux bronziers. L'appellation des deux anciens corps ne fut pas cependant modifiée : l'État romain n'aimait pas à changer les titres et les règlements de toute institution qui touchait aux choses religieuses. C'est ainsi (pie l'on ciitcndit par fabri tignuarii, non seulement les ouvriers eu charpente, mais aussi tous ceux qui travaillent aux bù tisses'".
Iri/ium fabrum... coiivfnerunl \ cf. Corp. II, 4108. — ' l'icllcr, I, p. :!',l.1 cl s. — 8 Til. Liv. II, 27, 5. — 'J TH. Liv. I, 5U. - '0 Gaius, Difi. L, 10, 235 : Falims liijiinlios dicinm-i, twn eos dumtaxal, qui tigna dolarent, sed omîtes qui «cdi/icaivnl.
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Les destinées ultérieures des deux collèges de [nhri nous échappi'ut complètement. Nous savons seulement qu'ils ne furent jamais su|)primés. Le sénatus-consulte de l'an Oi, qui mit lin à tant de collèges, les épargna à cause de l(uu- antiquité, et parce qu'ils étaient regardés comme des institutions « d'utilité publique ' ». César, Auguste, les respectèrent pour les mêmes motifs '-. On peut croire qu'à cette époque le caractère public de ces corporations était plus marqué qu"autr(!fois et que leur nature religieuse s'était un peu efîacée.
Grâce aux inscriptions, nous pouvons connaître un peu l'organisation des collèges de fnliri romains à l'époque impériale.
Du collège des fabv'i arrnrii nous n(! trouvons plus du trace appréciable. 11 a dû peut-être disparaitr(! sous l'empire. A sa place apparaît un collcf/iiu/i fabnuii fcrrariorum, dont une inscription mentionne un derur'm '. Mais il ne parait pas avoir eu grande importance.
Une inscription de Rome nous a fait connaître un petit collège de fnbri, les fnbn solrar'n hn.vpnru, ceux qui fabriquaient des semelles et des sandales. Us étaient divisés en centuries, administrés par des quinquennalrs; leur lieu de réunion se trouvait sous le théâtre de Pompée, et l'État pouvait accorder à ses membres les plus considérés certaines immunités*.
Le colli'fj'nun f'nbntm tignuar'ioruin demeura toujours le plus en évidence. Auguste paraît l'avoir réorganisé °. Deux inscriptions du temps des Sévères" nous le montre composé de soixante décuries. Chacune d'elles est gouvernée par un décurion ". A la tête du collège se trouvaient peut-être six « maîtres » nommés pour cinq ans, magister quinquetinalis '. Des patrons lui servaient de protecteurs, des scribes y étaient attachés. L'habitude s'y conservait d'une sépulture en commun'.
Ces fabri tignuarii doivent avoir été assez nombreux ; il semble qu'une décurie pouvait renfermer une trentaine de membres'". L'effectif total du collège pouvait être de dix-huit cents ouvriers. Mais il est permis de douter qu'il ait atteint ce chififre dans les deux premiers siècles de l'empire.
En ce temps-là, en effet, il est visible que les collèges de fnbri comptent peu. Qu'on songe qu'ils nous ont livré à peine une douzaine d'inscriptions", alors que le collège des charpentiers d'Oslie nous en fournit de si nombreuses et de si importantes. L'autorité des princes a dû restreindre et leur nombre et leur situation; et il est fort possible que, maintenus seulement par égard pour leur vénérable antiquité, ils aient été réduits à un simple rôle de parade dans quelques cérémonies religieuses.
Peut-être s'expliquera-t-on leur déchéance pour deux motifs. D'une part, les empereurs n'aimaient pas les collèges et les réunions d'où pouvait sortir aisément l'émeute; ils les acceptaient avec peine dans les muni-
t Asconius, p. 67 (cf. Moniiiiscn. i>. 7-1) : CoUegia sunt siiblnta, prarti'r pauca atque certa, tiuai- utUitn.-i rfifiufilicni' ifesiderassct, qualin ftunt ut fabrol'tim. — 2 Suet. Caes., 42; Aitf/. 3i. Ils sii|iprimi>i-cut tous les collèges praetrr antit[Urt et l''f/ilima. Je place parmi res ilcrniors les fabri. — ^ Corp. VI, 1892. ~ 1 Cnrit. VI, 9101. — •> I.'iliscriplion ili- Home, VI. i0i99. meulioime eu 129-133 lo SK' lustre de co colli>f;e. ce qui ferait tomber sou premier lustre en l'an 7 av- J.-C. Mais l'iuscripliou est-elle bien de Home et du colli^gc des tignuarii'! Cf. I.iebcuam, p. 19G. — 6 VI, lOliO et 10030; voir les notes de celte derniOre inscription. Cf. 7881, 7803, 78(54, 9234, 9403, 9407-'.l409. — 1 Et peut-être d'une façon intérimaire par un prarfectus. Voir VI, n^ 9409 où l'on peut lire prnef{ectus) dec{uriae) tout aussi bien c|ue praiiffctus) et dec(urio). — 8 Corp. VI, 996, cl 10i99, en adniettiuit que les inscriptions soient de Korac. Les u" 148, 3il cl 9406 sont 1res
cipes; ils les ont contenus et à demi étouffés dans Rome. D'autre part, les grands travaux publics se faisaient maintenant par les « familles » d'esclaves impériaux : les collèges d'ouvriers n'avaient plus leur raison d'être comme corps public.
3. Le collegium fabrorum à Rome sous le ban-empire. — Au ni" siècle, une vie nouvelle se manifeste dans les collèges de la capitale. Les empereurs Septime-Sévère et Caracalla, qui ont fait beaucoup pour tous les collèges, méritent aussi la reconnaissance des fabri tignuarii de Rome'-. 11 semble qu'on ait de leur temps inscrit les décurions du collège sur les registres de l'État, comme étant à son service '^ Sévère-Alexandre continue la restauration des collèges romains; il constitua en corporations tous les métiers, il leur permit d'avoir des •1 défenseurs » tirés de leur sein, il leur désigna des juges spéciaux''*. Le collegium fabrorum figt)uariorum'^ (ou fabri seulement) va redevenir, comme dans les premiers temps de la république , une corporation " d'utilité publique », servant la patrie à sa manière.
Les services que lef^ fabri rendent à Rome ne diffèrent pas de ceux que l'État leur avait autrefois imposés. Ils sont occupés aux constructions publiques, « aux édifices sacrés », c'est-à-dire à ceux qui appartiennent à l'empereur. Ils ont remplacé ainsi les esclaves du prince, qui leur avaient jadis succédé. Il semble que les fabri aient un autre devoir à rendre à l'État : prêter main-forte aux magistrats en cas d'incendie"'. Je croirais volontiers qu'ils avaient déjà eu cette mission sous la république ; les fabri municipaux la conservèrent toujours. C'était dans la nature de leurs métiers et de leurs habitudes d'être les hommes les plus aptes à escalader les maisons incendiées, à abattre ou à démolir les pans de murs pour faire la part du feu. Ce furent désormais là les services publics, officia^', qu'on leur demanda. Sous le haut empire, Rome avait eu un corps spécial de sapeurspompiers, les vigiles : sous le bas-empire, les fabri en tinrent lieu.
En échange, ils reçurent d'importantes immunités, et notamment l'exemption de l'impc'd qui frappait le commerce et l'industrie, l'impôt du curys.\rgyrum". L'État n'eut plus désormais la moindre crainte à l'égard des fabri, et il proclamait que cette classe d'hommes devait être encouragée et fortifiée. Elle h- fut si bien, que les décurions des villes abandonnèrent parfois leur sénat et leurs charges pour se faire recevoir parmi les fabri de Rome : ils aimaient mieux servir l'État dans un collège de la capitale que dans une curie municipale ".
in. Les cùllegl\ f.\brorum hors de Rome. — Mais tout ce que nous savons sur les collegia fabrorum à Rome est en somme peu de chose. Si nous voulons apprendre quelle était l'organisation d'un collège de fabri sous Tempire, quelle était la nature de l'institution et comment on y
probablement dOslic. - 3 VI, 9403. — 10 D'apr*s VI. 940S. — " M. Mommson. .'itaat.^recht, III, p. 287, n. 2, semble croire que ces inscriptions ne so rattachent pas au collège primitif. Et les deux plus importantes 1060 et lOÛ.'ÎO sonl posl^rieur<*s à Commode. — 12 Corp. VI, 1060. — lii 76. VI, IU030 : Orfuriones n consulibus .i« acrariuni drlati\. — Il Lamprid.33. — 15 Corp. Cf. VI. 1173. — ISSTmmaquc, fielat. 14. 3, »^d. Sccck, cite parmi les coUegia de Rome, ceux gui fabricn» manu* augustia operibus adcommodent, per atios fortuita nrcentur incendia. L'uuect l'autre expression peuvent convenir àdes/'rtôri. liirschfcld, fffi//i«cA< Studien. p. 13. applique la seconde .lUX ceu/oiirtri'l. — 1* L'expression est dans C. Th. XII. 1. 62. — 1^ Loi de 374, C. Tli. XIII. 1, 10. Il n'est pas douteux que celle loi. relative aux fabri de l'Italie, ne concerne aussi ceux de Rome. Cf. Corp. VI. 9W4. — *5 Loi de 364. C. Th. XU, I, 62.
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vivait, il faut s'adresser aux grandes cités des provinces, et surtout aux colonies, à Oslie d'abord, puis à Milan, Arles, Ravenne, Lyon, Apuluin,Sarmizégéthusa. Pendant que l'antique collège s'étiolait dans Rome, l'institution, transportée en province, s'y développait avec une rare vigueur. De plus, comme toutes les fondations municipales que Rome implanta dans les villes sujettes, celle-là garda toujours, loin de la capitale, son caractère primitif, sa nature à la fois politique, religieuse et familiale. En regardant ce qu'était un collège de fabri provinciaux au 11° siècle, on devine ce qu'étaient ceux de Rome au temps des Tarquins ou de Camille.
1. Organisation. — C'est sous le nom de rollcrjium fabrum, sans autre indication, que les corporations de fabri apparaissent le plus souvent dans les villes municipales. Il faut entendre par ce mot uniquement les fnbri fif/miarii, c'est-à-dire, d'après le nouveau sens que l'on donnait à l'expression de tifjnuarii. les constructeurs en bâtiments, charpentiers et maçons. Pline le Jeune, dans une lettre à Trajan, nous parle d'un collège de fabri qu'il se propose de créer à Nicomédie; et il ressort bien de la lecture de sa lettre qu'il ne peut s'agir que de maçons et de charpentiers'.
Quelquefois le mot de fabri est suivi d'une appellation plus précise : c'est le plus souvent celle de tignarii ou de tignuarii, le vieux titre traditionnel du collège des charpentiers romains-.
L'emploi de l'expression do tifjnarii révèle souvent qu'il y a dans une même ville deux collèges de fabri. L'autre est celui des ouvriers constructeurs de navires, les fnbri navales'^. Fabri iignarii, fabri navales sont les deux grands collèges d'ouvriers que nous rencontrons dans les plus importantes cités de l'empire. Entre tous, il faut citer la colonie d'Ostie, où les deux corporations de constructeurs en maisons et en navires avaient une importance exceptionnelle*.
Les autres appellations sont plus rares. Le collège des fabri subaediani (expression qui ne différait peut-être pas beaucoup de celle de fabri tignarii) apparaît dans quelques villes. A Narbonne et à Cordoue il avait une certaine puissance; il paraît y avoir été le collège principal ■".
Les collèges de fabri sont certainement les plus importantes des corporations municipales : là où il n'y a qu'un collège, c'est presque toujours un collrgiuin fabrorum; s'il y en a plusieurs, le collège des charpentiers marche en tête, comme dans la Rome de Numa.
Ce collège de fnbri est souvent associé aux collèges des centenarii et des dcndrophori " : il en deviendra inséparable sous le bas-empire. La loi recommandait que, pour donner plus de force à ces trois corporations, on n'en fit qu'un seul collège, cnllrgiuin ou rolli-gia fabrorani
1 Ad Trojanum, 33 (42), Mil. Kcil. — 2 A Osliu, à Ti-U'sin, chez les llchWcs {UitU. fpiiii: 1885. p. 319), chez les YMnvi en (Jaulc (Itiv. rpii/r. Il, p. 450), i Forum .Si'f/u.iiavorum eu ûaulc (Orelli, .^216), à Lyon, à Nîmes, à Arles, à lama, à Pisc, à Albe, AlUfan^ Cavsioli, Tolenlino (l'expression parail s'ôlre mieux conservY'e dans le centre de l'ILalie). Voyez du reste les listes d'inscri|)lion5 données par Maué et IJebcnani, p. 100. Lc^ fabri tignarii Homawtini'n. i\v V.\\\ww l^h-AW, 1080), sont dilliciles .à expliquer. M. Mommsen (Staatsrechl, 111, p. is7} explique floi/innrnsis celui (jui travaille à la façon romaine. Je verrais plutôt dans cette appellation » ceux qui sont organistes à la façon romaine >>. — -1 .\ Ostie, à Arles, a Pisaurum, à Pisc (celui-ci Irôs ancien, XI, 14:t6;, peut-ôtre à Ravcnnc (XI, 139). — 4 Voir les cxcelleuts exposés de Dcssau, Corpurt. XIV, p. 8 cl s. — !» Corp. Xll, 4393; 11, 2211 (inscript, de 348, à Cordoue). — » Voyez surtout les villes de la Haute-Italie, -Milan, Brescia, FeUre, Kimini, Ueggio, Aquilée, l'arme; ajoutez Tréa (XI, 5653), Liqures Uachinni (llenzcn, 7018), Claslidium (5117), etc. A l.yon, par exception, nous voyous les faltri tignuarii unis en un seul collùgc avec les orti/icrs
ci'ntenariorum dendrophorortirii '. Dans ce cas, l'appellation de fabri qui est la plus ancienne est toujours placée la première ; et il est possible que dans bien des cas, lorsqu'elle apparaît seule, les deux autres soient sous-entendues *.
Le nombre des membres de ces collèges est difficile à établir. Il a di*! être fort variable suivant l'importance des cités. A Nicomédie en Bithynie, Pline ne voulait pas que l'effectif du collège des /'aèri dépassât cent cinquante membres'. A Ostie, ce chiffre a dû être de beaucoup dépassé '". Il ne serait pas impossible que l'elfoctif, une fois établi, ne dût jamais être changé, mais que l'on éludât la loi en créant des membres surnuméraires ".
Ces fabri étaient divisés en décuries, dont le nombre paraît avoir fort varié suivant les villes. Il y avait 16 décuries dans les tignuarii d'Ostie '-, 28 au moins à Ravenne '% 25 au moins à Aquilée '*, 4 à Sarmizégéthusa'%11 à .Vpulum "'. Mais, dans l'intérieur de chaque collège, le nombre des dôcuries était fixe. Aussi, pour dire que l'on faisait partie des décuries d'un collège, donnait-on le nombre total de ses décuries : px XVI deruriis '" signifiait que l'on appartenait etïectivement au collège, que l'on était inscrit officiellement sur son aUitun, ^ur le rôle des décuries.
Les membres des décuries formaient le commun peuple du collège, la plèbe, plcbs. Au-dessus se trouvaient les dignitaires, /(ojîocrti; " : car l'expression dlmnos désignait une dignité dans un collège comme dans une ville.
Les collèges ont des chefs suprêmes qui prennent en règle générale le titre de niagistri'^. Ces chefs sont leurs élus; ils les représentent et ils les gouvernent; ce sont leurs magistrats, comme le consul est le magistralus ou le rnagisler popuU Romani.
La magistrature n'était pas plus unique dans les collèges qu'à Rome : il y avait d'ordinaire deux ^° ou trois ^' magistri siégeant conjointement. On pouvait être renommé plusieurs fois". Ils étaient assez souvent nommés pour cinq ans ; d'où l'appellation de quinquennalis, qui est fréquente. Ils pouvaient être nommés aussi, exceptionnellement, pour toute leur \ie, pprprtui : ce qui amène quelquefois l'expression bizarre de quinquennalis perpntuus-'.
Ils sont éponymes comme les consuls à Rome. Car le collège a son « ère », comme les cités. Dans certains collèges, on compte par année-'. Dans d'autres, par exemple à Ostie, on compte par hislruni, ou période de cint] ans. Quand on mentionne à Ostie les (juinijuennaux du collrgiuin fabrum ligtiuariorutn, on indique le lustre pendant lequel ils gouvernent-'. Il serait intéressant de savoir à quelle date se place le premier lustre de ce grand collège, ce qui nous donnerait celle de sa création
trclori:i. — 7 C. Th. XIV, 8, 1 (loi de 313). — » Voir Mommsen, Corp. V. p. 440, 035 et 1198; llirschfeld, Oatt. Stmlim, III, p. 12. — oPline, Ad Traj. 33 (42). —
10 Le collège des fatjri navales renfermait au moins 350 membres (XIV, 236). —
11 Cf. plus loin, note 193. — 12 Corp. .XIV, 100. 374. Il \a sans dire que nous ne citons qu'un nombre limité des mscriptions relatives aux fabri. — 1-' Corp. XI, 125- 126. — H llirschfeld, p. 15. — 15 Corp. 111, 1431, 1493. — lO Cf. III, 1043, cic. n III. 1043. — 18 Cor/i. XIV. 2:i6; Orclli. 4086. etc. — 19 Decrcvil prr magislron (XL 120). etc. M. Moranisen ideuliru' (V, p. 4401 les officiâtes .avec les magistri. Cf. le magister officiorum deC.ùme. V, 5310. Sur leur rôle religieux, cf. Maué, p'abri, p. -46. J'identiflerais volontiers les nmi/isfn' cl les redores (X, 69C8; II, 2411). — 20 Chez les faliri nar. ilOstie (XIV, 168, 169). — 21 Chez les/'niri tign. d'Ostie (XIV, 128, 160). — 22 XIV, 128 et 365 ; IX, 5450 —23 C'est le titre des deux guini/uennales du c. fabri nar. d'Ostie. Cf. XIV, 2981 (Prénestc). — 2* Une inscri|)liiMi de Milan, Co7'p. V, 5869, mentionne l'ainn'c 151 rot. fatir. On attribue ainsi la liindation ilu coUùge à Trajan. — 2o Voir les iuscriptions d'Ostie, XIV, 128, 135, etc.