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ou de sa réorganisalioii. Un le mel, approximulivemenl, sous le rogne d'Auguste'.
Il peut arriver, dans certains collèges de /«////, que les ■iiifir/islri soient remplacés par un préfet, prarfrclus. La dlll'érence n'est pas seulenKuil un(! dilTérence de litres: le ninf/islfi- du collège, comme le magistrat di; Rome, est l'élu de s(^s confrères; le prarfrclus est pris en <lehorsdu collègi! et désigné soit par les magisli'als municipaux, soit par l'empereur''. Il est possible que le collège ait parfois demandé à l'empereur d'être non magistrat : le l>rince, acceptant, se fait rej)résenter par un [)réfet. C'est ainsi que les villes obtenaient souvent de lui qu'il les gouvernât, comme chefs municipaux, par l'inti^rmédiairc^ de ses préfets. Mais il est jilus probable que les préfets des collèges de /'((///■/' leur aient ét(' inii)osi''s par l'Ktal, sans leur agrément.
De tous les collèges, en effet, celui des fabri est le seul où l'institution des préfets apparaisse d'une façon continue. Si le préfet ne se montre que de loin en loin dans les collèges de fabri d'Ostic ' et d'autres grandes villes, il est le chef régulier et normal des fabri municipaux dans le nord de l'Italie. Les rullrgia fabrorum de ristrie et de la Vénétie n'ont point d'autres magistrats suprêmes ''. La présence de préfets à la tête des fabri \)(iul s'expliquer aisément : de tous les collèges, ils élaienl le plus au service de l'Ëtal; ils avaient, nous le verrons, des devoirs municipaux ; il fallait qu'ils fussent dans la main du pouvoir, « contenus » par elle, comme dit Pline le Jeune ■'. L'État se réserva le droit de leur nommer un préfet".
Le collège des fabri crntnnarii , dmdfophori de Milan, le plus considérable peut-être de tout l'empire après ceux d'Ostie, présente une anomalie. Il n'a pas de marfisiii. Les chefs sont quatre curatorcs arcae Titianue^ « curateurs du trésor ' » ; leur nom indiquerait qu'ils ne sont que des fonctionnaires financiers, des administrateurs. Peutêtre exerçaient-ils les pouvoirs des magistri ordinaires, et leur titre se rattacherait-il à l'origine du collège, qui remonterait à une fondation pécuniaire d'un Titius. Il ne serait pas non plus impossible que l'État n'ait point voulu de magistrat suprême dans ce collège dont il pouvait redouter la puissance : il semble que Milan, la première cité de l'Italie, n'ait point eu de chef municipal: il en fut de même de sa grande corporation.
Dans la plupart des collèges, nous rencontrons, à côté des magistri, des fonctionnaires d'ordre financier. Ici un ri'puncior est chargé do vérifier les comptes'; là un curalor contrôlait le budget du collège ". Ils étaient jn-is parfois en dehors de la société, parmi les habitants notables de la ville. Au-dessous d'eux, un qiuwstor servait de caissier au collège '". Enfin dc's décurions, decitriones, commandaient aux différentes décuries ". Il y
1 Pcul-(>lrc vn 7 ;iv. J.-C. Vojcz lo travail «le Wallzinf» et Liobonam, p. 196 et s. — 2 or. Corp. XIV, 3003 ; Quiiu/. pcfp, tiulua ab imp. //tulriano colli'tjio fabrorum tUjimariorum. Remariiuo?. Mtoiws prnrfeclttrae olTorL à un nia^islrat municipal par un collège, XIV, 2034. — 3 XIV, 208. — i Tricsle (V, ÔIC), l'arenluni ^33i^), l'ola (S8G7), Aquih'-o, Concordia, Julia Carnica. Peut-ôlre aussi en ï'annonic (NI, 4557, 3i3â). — !i Pline, /. c. — G II reste à expliquer pourquoi l'institution, cxeeptionnelle chez les autres fiibri,csi régulière dans le nord-est de l'Italie et les abords du Danube. Un prarfevtits pt'rpettim ii D}rracliiuni. 111. 011. — " V, 5S69, 5847, ,5612. — « Corp. V, 3847: Muratori, 1007,4 (Milan). Cf. Corp. III, au n" 2020. — 0 V, «33 (Urescia): XII, 730 (Arlesj. — 10 V, 2830 {P.-idoue) ; -4408 (lirescia), etc. — u XIV, 330 (Oslic); XI, 125li (Ravcnnc); V, 731 (Padouo), etc. — 12 AUnier, Mii.we ilr Lyon, II, p. 421. — " Corp. XIV. 25(i; XI, 1355; XIV, 347, etc. — tv Corp. V, 4422. Les anciens grammairiens faisaient venir de /Vift/'i le nom do l'antique gens des Fabiicius. On doit douter de cette origine. — 1" V, 5869
avait ainsi, dans les grands collèges, de véritables çî/z'-vi/x honovum, (;t l'on pouvait dire de quelques membres favorisés qu'ils avaient parcouru toute la série des honneurs parmi les fabri : antnibus honoribiis apud fabrox functi '-.
Comme les cités encore, U'.s fabri avaient une véritable cohorte d'employés, des scribes, «cj'i6«e, des médecins, des gardiens pour leur ttiinple, ar-rfJ/M/H/', et jusqu'il un devin, liaruspcc^-'. Ils ont des esclaves, qu'ils peuvent affranchir, et qui, comme affranchis, prennent pour nom gentilice,le nom mêmt! du collège : ils s'appellent /■V/AWc!)'*.
Comme tous les autres collèges, ceux tien fabri avaient une caisse, arca '", des archives"'", des lieux de réunion, .irlwlae ^\ des meubles'*; ils possédaient des biensfonds'^. Ils rec(!vaient des legs'-", des héritages-', des donations--. Us jouissaient ainsi de la personnalité civile. Us étaient en môme temps une personne politique: ils décernaient des sièges d'honneur, hisrllium ", ils élevaient des statues -* et rendaient des décrets-^ Nous avons le procès-verbal d'une séance du collegium fabroruiii de lieggio-". On dirait, à s'y méprendre, qu'il s'agit d'une si'ance du sénat romain. Il y a un rapport, rdalio, ! présenté par les questeurs au nom des magistrats; il y a un vote et le texte d'une résolution. La procédure est la même qu'à Rome, les expressions sont empruntées à la langue officielle, les abréviations sont celles de la chancellerie impériale; et, comme les corps sénatoriaux, le collège des fabri se pare de l'épithète de « très brillant » splendidissiinuH -' .
A côté de cette constitution, que nous pourrions appeler la constitution civile du collège des fabri. on trouve la trace d'une organisation toute militaire, qui ne se rencontre au même degré dans aucun autre collège municipal ^'. Les collèges de fabri, dans l'ancienne Rome, formaient des centuries militaires; de même, ceux des villes du nord de l'Italie apparaissent divisés en centuries : le grand collège de Milan en comprend douze". Chaque centurie a un centurion à sa tête^"; près de lui se trouve un adjudant ou aspirant, optio ''. Il y a un certain nombre de sous-officiers, ;j/v')ici/)a/es^^, d'exempts, imiiiunes '^, de privilégiés ^' : parmi eux étaient sans doute ceux qu'on appelait les lesserarii, « porteurs de mots d'ordre'" », des vexillarii ou vrxilliferi, porte-drapeaux'^, un garde d'arsenal, curalor inslrumenli^'. Audessous des chefs, les simples /'(/i/'Z s'appellent volontiers « la troupe des soldats ordinaires », iniiuerus iiiiUluiu caligatorum^*. Enfin, certains grands collèges avaient dans les localités voisines de véritables détachements : une compagnie des fabri navales d'Ostie était détachée à Porto sous les ordres d'un tribun ".
Si l'on ajoute à ces détails que ces collèges avaient souvent à leur tête un préfet, dont le titre indique une fonction d'allure plutôt militaire, on devine qu'ils pou-
5Iilan); XII, 4393 (Xarbonne); X, 6675 (Anliuro), clc. — IG C'est ce qui résulte de XII, 4393. — 17 V, 5272; IX, 5568, etc. — '8 XII, 4316. — 19 IX, 5568. Voir V, 5W6 : Locus daltts decrelo coUeffii, etc. Ils achetaient des biens, V, 4-189. . — 2û XI. t 136; V, 4188, etc. — 21 V, 4122. 4391. — 22 XII. 4393; V. 866. etc. — 23 Biselli.irim dans un colligc de fabri. XI, 1355. — 21 XIV, 370: XII, 4393; V. 1020. etc. — -■' .M, 126. etc. Cf. note 19. à la p-ige précMente. Voir, pour ces institutions, coli.E<;iux. — 2C XI, 970. — 2; Allnier. Musre île Lyon. II, p. 501. — 2* Ce point a él* mis en lumière par M. Hirsclifeld. Galli. .Slwtien. III. p. 29. — 28 Cory. V. 58S8 ; cf. 5701. — 30 V, 3738 (Milan). — 31 V, 5701 (Milan). — 32 1||, 1210 (Apulum). Mais on peut douter de l'intcrpn^lation donnOe ici à ce mot. — 83 XIV, 236. Interprétation douteuse. — 3V Sesquipiicarii, XIV, 256, en admettant que le terme soit emprunt!.^ au vocabulaire de l'armée. — 3ô Corp. V, 5272 (l^me). — 36 V. 5272 (Corne); III, 1583. 6130, 8837, 7300. —37 V, 3387 (Vérone). — 3S XIV. 156. 374 (Ostic). Cr. V, 3387. — 39 Tribunus fabrum navalium Porlentium, XIV. 169-
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vaient au besoin être conduits et traités en véritables corps de troupes. On dirait de nosjours qu'ils pouvaient être « mobilisés ». On s'explique alors qu'une inscription dise d'un préfet qu'il a « mené les fahri aux manœuvres », duxit in amhulai'nns\
Les anciens attribuaient à l'empereur Hadrien cette organisation des fahri en corps de troupes ; il les avait, dit un écrivain, distribués en cohortes ou centuries à la manière des légions. Et l'écrivain donne de cotte mesure une explication qui est fort plausilile : pour accélérer les grandes constructions qu'il ordonna dans les municipes et les colonies, Hadrien voulut queles/'aici sussent obéir et travailler à la façon des soldats -. On peut en donner une autre explication : chargés d'éteindre les incendies, il était bon que les falni fussent disciplinés et enrégimentés.
Le caractère de cette double organisation, civile et militaire, est bien net. Le collège des fabri est une cité, je dirais volontiers une patrie. C'est ce qu'il a dû être à Rome au temps de Numa, alors que les plébéiens groupés dans leurs collèges y trouvaient cette vie municipale que l'État leur refusait dans la grande cité. Une inscription des fabvi iignuarii d'Ostie^ nous fait saisir, sur le vif, l'analogie qui existait entre ce collège et une cité. Trois magistrats quinquennaux l'administraient pendant un lustre : à chaque lustre correspondait un recensement, une lustration, une élection. Pour présider à ces différentes cérémonies, on nommait un censeur ' et on confiait à des membres du collège le soin de garder les urnes qui renfermaient les suffrages ".Le collège était l'image réduite de la cité. Il formaitun populus&\ec ses chefs et sa plèbe °.
Il va sans dire que dans les villes municipales comme dans l'ancienne Rome, les membres des collèges de fabri (sauf peut-être les honorali) étaient regardés comme des plébéiens. Mais ils étaient ce qu'il y avait déplus considéré dans la plèbe, un corps aristocratique qui la représentait' et qui peut-être la dirigeait*.
Il est cependant quelques détails de cette organisation où le collège nous apparaît plus encore comme une famille que comme une cité. Il a des patrons; et les expressions dont on désigne les relations entre ces patrons et le collège sont celles qui définissaient les liens entre les clients et leurs protecteurs, fides, industria, benevolcnlin, liberalitas. La Fides, « la foi jurée », est la divinité qui préside à ces rapports". Les membres du collège doivent à leur patron des sentiments de piété, pieias, comme les fils à leurs parents '". Les patrons appellent leurs protégés, « mes très chers et excellents seigneurs », opliriri et carissimi domini^K Comme dans les autres collèges, ces patrons sont pris parmi les personnages iniluents de la cité, prêtres ou fonctionnaires, chevaliers romains pour la plupart'- parfois riches affranchis".
1 Corp. III, 3438 (.Vquincum). C'est ainsi qu'explique M. Hirschfcld; mais t;i ambidativis peut .lussi di^signcr une procession religieuse. M. Ilirschfeld suppose avec raison qu'à Nîmes le col. fabr. t^-tait placù sous les ordres du fonctionnaire municipal appela? praefecltts amiorum et vifjilum. — 2 Aur. Victor, Epist. W : Ad spécimen Icyionian fnhros in cohortc.i crnturiaverat. — '3 Je n'ai aucun <loutc, voir Dessau, Corpus, XIV. i!G30. — '* Censor ttd maq, creandos. — f» .Vjihf/entus . L'expression est emprnnt('-e à la langue officielle do Rome. C'est le nom qu'on y donnait à ceux qui i'-taient chargés de ce devoir. — 6 Corp. XIV, 256. Ptebs s'entend spécialement des membres non dignitaires, popxdus de tout le collège. — "ï Cf. f'nrp. Xll. 31(i.'i, où les fnhri tit/nuarii de \imes semblent se faire les interprètes de toute la plébc de la colonie. Ibid. XI, 418. — 8 Un notable d'un collège de fabri d'Ostie a élàjudex inter eîectos XII nb ordine {Corp. XIV, 2630). On peut se demander s'il s'agit do .juges choisis par le s^-not municipal pour juger
Enfin le collège des fabri a parfois un « père », pali'r^', et d'ordinaire une « mère », mater : on dit mater collegii comme on dit mater familias ; et, si le collège a plusieurs patrons, il n'a le plus souvent, comme la famille, qu'une seule mère''.