‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 15 sur 104 · Larentalia · texte numérisé non relu

Larentalia

Junon.

Jupiter.

Neptune.

Furrina.

Jupiter.

Porlunus.

Jupiter.

Cousus.

Vulcain.

Ops.

Vollurnus.

Jupiter.

Jupiter.

Fous.

Jupiter.

Mars.

Jupiter.

Inuus?

Jupiter.

Consus.

Saturne.

Ops.

I)ivn .\ngérona.

Jupiter.

Le calendrier primiliret traditionnel du peuple romain

sont marqués N. Le caractère îles Lemuria est plutùl privé. — 9 II esl bien étonnanf, remarque avec raison Wissowa, p. sv, que ce Tuhilustrium soit consacré i Vulcain, ({ui n'a rien à voir avec les tubar. tandis que celui de .Mars appartient au dieu Mars. Toutefois tous les textes sont d'.accoiil sur celte attribution. — l"^ Macrobe attribue leur fondation à Junius Brulus, sans aucun doute à cause de la similitude entre son nom et celui du mois (I, ii. 31). Mais c'est une fêle ancienne (cî. Wissowa, p. \m;. d'ailleurs une fêle funéraire analogue aux Feratia. Elle comportait des sacrilices publies (Varro op. .Noni., p. 3VI). mais c'était avant tout une fête privée ; cf. T'o/yx/s. III. n''3SU3. — " Le jour esl marqué X ; il est cependant élon- (|ue les Veslalia ne soient pas un jour de fête publique. Indépendannnent du collège des Vestales, elles étaient célébrées par les meuniers et les boulangers. — 12 Jour anniversaire de la dédicace du temple de .Mater Matuta. célébré exclusivement par les mères de famille, et marqué \ sur le calendrier, j'ai peine à croire que ce jour soit un jour de fête iiublique. — '3 C'est la seule fêle publique, avec les calendes de mars, qui précède le jourdes Noues. — '^ Jecrois la fête primilive. Mais, à coup sûr. ce n'est pas une fêle officielle. Elle esl particulière aux femmes, matrones el esclaves, et peut-être (c'est l'avis de Momnisen, p. SCf') une fête latine plutôt que romaine.

— 15 Ces jours appartiennent sans doute à quelques divinités locales des bois de la campagne romaine et doivent être rapprocbés de- celui des fontiualia. — 16 Marqué IV seulement dans le cal. ValL, F dans le cal. d'AiiL, F. P. dans les autres. Il ne serait pas inqtossible qu'elles aient été transformées sous .\uguste en ftilcs privées.

— J" Tout ferait croire que la fêle est primitive, mais il est à remarquer qu'elle est la seule à peu près, dans cette liste, à la laquelle les anciens ont donné une date précise : .Saturaalia institutus frsfus <ties. dit entre autres Tile-Livc. â l'année 19,7, II, 21,2; cf. Marquardl, p. 5î*0 ; Monimsen, Corpus. I, p. 4CS. Hartm,ann, A'ulender, p. 20j, clierclio à prouver, avec beaucoup d'Iiabileté, que les Saturnales furent à l'origine une fêle mobile et qu'elles ne reeurenl qu'assez laril Lx dale du 17 dée. Il est encore à remanjuerque Macrobe prétend que les Opalia elles Saturuatia se célébrèrent primitivement le même jour. Cf. Wissowa. De ftriis. p. ir. — 18 II y a évidemment deux fêtes ce jour-là. Le jour appartient à Jupiter (cal. de Prénesle ; Maer. 1. 10 IIV l'Étal célèbre la fêle funèbre des Z^miffi/t». le fait semble inexpli. cable (Mommsen, it'rutiscitc For.vchungen, L pL 4; Wis.sowa, p, xi\

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— lOoO

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parait donc avoir renfermé cin(|uanle jours de fête, y compris les Ides de chaque mois, (jui étaient consacrées à Jupiter'. Mais il est probable (juil faut réduire encore ce chiffre, pour avoir la liste exacte dos fêles au temps du roi Numa. 11 est visible que les Êquirries du 14 mars doivent être rattachées au jour qui suit; et il est possible que les Saturnales du 17 décembre ne soient pas une institution pi'imitive -. Il serait aisé d'arriver, comme total, aux chiffres plus significatifs de 36 ou de 48 jours de fête : chiffres très régulièrement combinés avec ces nombres 3 et 4, que les Romains, comme on Ta souvent remarqué, affectionnaient dans les temps anciens. Nous n'hésitons pas à penser que ces chiffres de 48 et de 36 étaient les nombres primitifs et consacrés des fêtes romaines ^

Ces questions de chiffre prennent d'ailleurs une réelle importance dès qu'il s'agit du culte primitif et du calendrier qui s'y rattachent. On a pu voir cjue toutes ces fêtes, sauf une \ tombent à des jours impairs : le nombre impair convenait seul, en effet, à la divinité °.

Une seule chose paraît un peu surprenante dans ce calendrier de Numa : c'est la consécration à Jupiter des Ides de tous les mois. Jupiter n'avait pas, à beaucoup près, cette importance dans la religion romaine d'alors. Si les Ides étaient dès ce temps jours de fêtes, ce dont il est permis de douter, je doute qu'elles appartinssent à Jupiter. Le fait qu'une fête de mars se trouve célébrée la veille des Ides, au jour pair du 14, donne à penser que Mars a pu être chassé par Jupiter du jour impair qui suivait. Je supposerais volontiers que la consécration des Ides au dieu du Capitole est une institution récente, et sans doute l'œuvre des tyrans étrusques, dont Jupiter était le dieu préféré °.

Toutes ces fêtes, sauf deux ', sont postérieures aux Nones. Ce fait s'explique aisément*. Chaque mois, au jour des Nones, le roi proclamait devant le peuple quels jours seraient, dans le mois, fêtes des dieux. Ainsi, pour fixes que toutes ces fêtes soient rapidement devenues, ce n'en était pas moins, à l'origine, des fêtes « conçues ».

Il suffit de parcourir ce tableau pour y voir le reflet des croyances primitives de l'ancien Latium". Les deux divinités qui apparaissent comme les principales, celles dont le culte réclame le plus de jours de fêtes, sont Mars et Jupiter. Pour ce qui est de Jupiter, laissons de côté les énigmatiques l'opllfugia, peut-être d'institution tardive, et les Ides, dont la consécration au futur maître de l'Olympe est sans doute postérieure à Numa; mais Jupiter se montre dans ce calendrier avec un caractère archaïque très net, de dieu du vin et des vendanges : ses trois vraies fêtes sont les Vinalia du 23 avril {Vinalia priora), jour où l'on goûtait le vin nouveau, les Vinulia rustiques du 19 août, où l'on implorait sa protection pour le raisin mûrissant, et les Mcditrinalia du 11 octobre, qui marquaient la fin des vendanges et les jours où on goûtait le vin au sortir du cuvier. Malgré ses trois fêtes. Jupiter est certainement moins favorisé dans ce calendrier

1 La liste de îlommscn conduit à a" jours, y compris les l Ides. Niebulir acceplail 38 jours moins les Ides. Voyez ce que dît Mommseu à ce pi'0|)Os, p. rî59. — 2 pcut-ùlre aussi les secondes Carmcutales, les Poplifuf/in. — ^ Une tratlition faisait de 300 jours l'année primitive des Romains. — '» Les l'^ijuirrit'a du i i mars ; voir note 2, p. lOU'. — ^ Voyez tout au long ïlaerûb. I. 13. CL Mommsen. /ttrm. Citron, ji. 12. — 6 H est à remarquer que les anciens donnaient au mot iiliix une éljmologic ('•Irusque; Varron, De l.l. VI, 28; Macrobe, I, 15 cl 13. Cf. Prcller, ('■dit. Jordan, I. I, p. l:iC cl 189. — 1 Les Calendes de mars et les Pojilifutjiu. — 8 Momiusen, Itiem, Chron.

([ue Mars, le vieux dieu de la campagne romaine, celui qui donne son nom au premier mois de l'année : celui-là est bien le vrai dieu de la cité, la divinité poliade de la Rome de Romulus : toutes les fêtes qui lui sont consacrées sont des fêtes municipales et guerrières, fêtes des chevaux, fêtes des armes : il revendique pour lui toutes les solennités qui intéressent le plus la vie publique.

Aucune des grandes divinités de la Rome classique, sauf Mars et Jupiter, ne sont représentées dans cette liste ; ni Junon, ni Minerve, ni Apollon, ni Diane n'y ont leurs fêtes liu]jli(jues. Toutes les autres fêtes sont surtout agraires et rurales. Les unes sont placées sous l'invocation des divinités qui président à la vie des champs, aux semailles, aux récoltes ou aux bestiaux, Consus, Vulcain'", Liber, Ops, Saturne, Robigus, la Terre et Paies. Les autres appartiennent à de petites divinités, cachées dans les bois ou les fontaines de la campagne romaine : ce sont des fêtes locales plusencore que rurales. Les Lucaria sonlles fêtes des bois; Furrina est sans doute la fée mystérieuse d'un bois sacré. Les Fontinalia, comme les jours de Neptune, de Volturne et de Portunus, sont consacrés aux fontaines ou aux ruisseaux de Rome et des environs". La vie sociale est enfin représentée dans ce calendrier, soit par des fêtes de purification, comme les Lupercales ou les Poplifur/ia, soit par la fête de la propriété, les Termlnalia, soit enfin par les fêtes toutes militaires consacrées à Mars. Ajoutez à cela les fêtes familiales des dieux des Morts et des Génies de la gens. Nous sommes bien là en présence d'une cité naissante ; la vie familiale repose sur le culte des morts, la vie publique consiste surtout a guerroyer; mais l'existence du peuple est faite essentiellement des craintes et des espérances que donne le travail de la terre. C'est le calendrier d'un État agricole plus encore que guerrier.

La place que ces différentes fêtes occupent dans l'année marque mieux encore le caractère des populations chez lesquelles elles prirent naissance, et avec quelle régularité elles correspondent aux retours périodiques des saisons et des travaux champêtres.

Le mois de mars ouvre alors l'année : il appartient au dieu public et politique par excellence, père du fondateur de Rome. On purifie les armes et les trompettes, on fait courir les chevaux : la cité prépare ses forces avant de se mettre en campagne. — .\vril est le vrai mois du printemps : la vie des champs réclame les soins des hommes et les dieux de la terre exigent leurs prières. C'est la terre elle-même, Tellus, que l'on prie à la première fête du mois, et que l'on supplie de devenir féconde; et après elle Paies, qui protège les troupeaux, Robigus, qui menace le blé, Jupiter, qui veille à la vigne. — Après ces dcu:î mois de fêtes, celles-ci municipales, celles-là champêtres, l'homme consacre mai et juin au travail des champs ou de la guerre. — Juillet est, en revanche, un mois de fêles rurales ; on va adorer les divinités des sources et des bois de la campagne, dont ce mois est le plein éjianouissement. — En août, on retourne aux dieux

p. 2;iO. — 9 Sans parler des formes primitives que révèle IV-tudc grammaticale de mots, comme cquirniim pour Cfjuicurriimu popfiftii/iuw {lour popufîfuf/iinn, comme tjuiniiuatrus signillant le cinquii^me jour. Voir du reste toules les remarques de Monunsen. Corpus, l, I, p. 362. — "* Vulcain doit ùlre regardé connue le dieu ipli écarte le feu des greniers. — O Les Yoflitriinlin n'ont rien à voir avec le Vulturne de Canq>anie. Je ne serais pas éloigné de regarder aussi comme ayant été â l'origine des divinités locales tle sources ou de bois ; Carmcnta (Il et 15 janv.), Angerona (21 déc), .\ima l'ereinia (15 mai), Larentia (23déc.).

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de la terre : les moissons sont terminées, le raisin mûrit : on prie do nouveau Jupiter et on supplie les dieux qui protègent les récoltes amassées dans les greniers, Consus, Ops ou Vulcain. — Septembre est vide de fêtes. — Mais octobre a celle de la vendange, des fontaines de nouveau jaillissantes après les premières pluies; elle a aussi la fête des armes ([ui marque la fin de la guerre. — Novembre appartient aux hommes. — Décembre appartient presque entier aux dieux. Les semailles terminées, il faut encore invoquer les dieux respectés et craints j)ar-dessus tous les autres, qui président à la vie du blé, Saturne, Ops, Consus. — Février termine l'année. La famille et la cité se mettent en règle avec les dieux qui leur sont propres. C'est le mois di^s purifications publiques : c'est celui où l'on rend aux morts les suprêmes honneurs, où l'on célèbre les Lares de la famille, les dieux de la rjcns, et ceux qui protègent la propriété. Ce mois, consacré ainsi aux génies et aux dieux qui veillent sur la cité, sur la famille, sur la propriété, est comme le mois de l'association humaine. — Çà et là sont dispersés dans l'année les quatre Agonia, sacrifices solennels où l'on offrait peut-être à la divinité les premiers-nés des troupeaux.

Tel qu'il est, disposé avec une telle symétrie et un art si entendu, ce calendrier des fêtes primitives ne peut guère être le produit du hasard ou du simple travail dos générations humaines. Il s'est sans aucun doute fait en grande partie de lui-même ; il est né peu à peu de la vie même des champs et do la cité. Mais l'ensemble en est trop méthodique, il renferme trop de symboles pour ne pas croire que la main d'un intelligent législateur soit venue arrêter les contours et préciser le sens de l'œuvre confuse de la religion populaire. Et ici encore, en dépit de la critique moderne, il faut toujours songer à Numa.

2° Fêles de quartiers (feriae conccptivae; sacra popularia). — A côté de ces fêtes officielles, inscrites sur le calendrier, et revenant à des jours fixes, nous rencontrons d'autres fêtes, mobiles pour la plupart, que le calendrier ne marque pas et que les érudits semblent ranger volontiers sous l'appellation de fêtes populaires [sucra popularia), réservant aux autres le nom de fêtes officielles [sacra pro populo)'. Nous verrons tout à l'heure quel est le vrai caractère de ces fêtes : il ressortira de leur énumération même. Voici quelles elles étaient.

1° Le Srplimonlium, fête fixe, au 11 décembre. Elle était célébrée par les habitants des sept collines dont se composait la Home du temps de iVuma-;

2° Los .l)(/('(, fêtes fixes, aux 1(1, 17 mars et 15 mai. Elles élaient célébrées par le peuple dans les chapelles de quartiers, qui étaient groupées suivant les (juatre tribus géographiques de la ville romaine'.

3° Les/'V;r/irtiv//)(( élaient fixées par le prêtre des curi(^s

1 Cf. Maiinianll , p. 100 ; r.oiiclii'-l.orlorcq. ]). 436, cl plus Imiit, p. 1018. Il n'est pas certain que celte lUstinetion soil Ires nette chez les anciens. Les deux textes si Ronvont allégués <le Festus, p. 24.S et 2.ï3, semblent au contraire idenlilier Icsjiojmltina sacra et les publicti sacra : Ptiblica sacra quac jnthlico suniplu pro populo fiitnt (ce sont les fêles fixes dont nous venons lio \iaF\ov),quacquc pro moiitibus, pagis, curiis, sact^Uis (ce sont les fûtes de quartiers dont nous parlons ici)... Popufaria sacra sniU quae omnes cives faciunl iti'c crrlts familiis adtrihHla stint (il oppose ici les fêtes assign)5es à certaines (/entes et les fêles célébrées par le peuple entier; mais rien ne nous dit une poputaria ne désigne que les sacra pro montibits^clc. Varron dit très nettement du Sfptimontitim : Feriae non populi; De t. l. VI, 2t). Je croirais plus facilement que popularia désigne simplement les fêles gt'nérales à tout le peuple, ofliciclles ou non. Cf. Macrolie, I, IG, 0 ; Stativae univcrsi popuii communes. — 2 Palatium, Cermalus, Vélia, Fagutal, Oppius, Cispius et Subura. Cf. Varr. Pe l. t, VI. 21. M. Moinmsen croit que cette fête se confond avec celle des Agonia dans le cdendrier de Numa; Cf. Staalsrecht, 111, p. II.). — 3 V.arron, De l. l.

[curio maximus) et observées par le peuple romain, chaque citoyen dans sa curie. Elles tombaient en février. — A cette fête se rattachaient les feriae Stultorum, qui coïncidaient avec les Quirinalia du 17 février, et qui étaient réservées à ceux des citoyens qui ne faisaient partie d'aucune curie'. — La fête fixe des Fordicidia [lo avril) était, dit-on, également célébrée par l'État et par les curies-'.

A" Les feriae Scmentivae ou Sementinae avaient lieu au mois de janvier, à un jour réglé par les pontifes'"'. Elles étaient célébrées surtout dans la campagne de Rome, comme une fête de semailles, et plus encore comme un jour de lustration : à vrai dire, c'est la fête du pagus, le canton rural". Il est donc probable qu'elle se confond avec les feriae Paganicac ou Paganalia et que ces différents noms se rattachent au même jour cl à la même solennité ".

5° Les Ambarvalia, qui s'étaient fixées au 29 mai, étaient également une fête rurale, dont la cérémonie principale était une lustration du pagus''. — Les J'alilia, fête fixe et publique du 21 avril, étaient également regardées comme une fête propre à chaque pagus'".

6° Les Compil/iliii, qui se rattachent intimement aux Sementinae ou Paganalia", étaient « conçues « par le préteur et tombaient en janvier'-. Célébrées en l'honneur des dieux Lares dos carrefours de Rome, elles portaient aussi, sans doute, le nom de Laralia'^ : c'étaient proprement les fêtes des quartiers et des rues de la cité".

Cherchons maintenant quels sont les caractères communs de ces différentes fêtes. Celui qui apparaît le plus nettement, c'est qu'elles sont célébrées par le peuple romain groupé suivant ses subdivisions géographiques : les curies, les tribus, les pagi, les vici, les mnntes''\ Sans doute elles sont générales au peuple tout entier : tous les citoyens les célèbrent le même jour et de la même manière et, on ce sens, on a raison de les appeler feriae populi"'. Mais le peuple n'y apparaît point avec cette cohésion et cette unité sociale qu'il montre aux autres fêtes : il y apparaît moins comme une société que comme une agglomération de petits groupes semblables, curies ou tribus. « Le jour des Fornacalia », dit Ovide, « on suspend dans le Forum des tableaux où tous les citoyens peuvent lire dans quelle curie ils doivent sacrifier'". » Les Argées sont les chapelles des tribus de l'ancienne Rome'*, et la fête commençait par une procession autour de ces chapelles. Les quatre autres fêtes ont un nom significatif, Paganicae, Compitalia, Septimontium, Ambarvalia. Toutes sont donc avant tout des fêtes de quartier, ce que nous pourrions appeler des fêtes paroissiales. Aussi no sont-elles pas consacrées, comme les fêles officielles de l'État, à une divinité déterminée, Mars ou Ju-

V, -ii) (vojez les corrections faites aux mss. acceptées d'aliord et maintenant repoussées par Mommsen, Slaatsrfcht, III, p. IJ3). — ' Ovide, Fasl. Il, 5J7 cl s; Festus, p. iU. Varr., VI, 13 ; Plut., Qu. rom. S9. — 5 Ovid., IV, fii». Varr..

VI, 13. — G V.irr., VI, ÎO ; Ov. Fasl. I, 657 et s. ; Macr. I, 6. — 7 Ov. /. e. : Pagus agat fcsium, pagitm lustratc, coloni; El ilale paganis omnia liba focit.

— 8 II est vrai de dire que Varron, VI, 2iî, et Macrobo. V. ÎC. 6, semblent distinguer les Paganalia et les Seinenlivar. — 3 Sur la question de savoir si elles se confondeul avec la fêle des Frères .\rvales. ce dont je doute, cf. SlatquardI, p. 200

— 10 Schol. IVrs. I, 72. — U Cf. Hartmann, p. 202 et s. — 12.\.-Gell.. X. 2t. 3.

— i,ï t;f. MarquartU. p. 20V. — IV Conipilaper vicos cum sua quixgur rotil^ .\usone. De feriis. 17. — 15 Le ciractêrc est très bien noté par Festus, p. 2*3 (cf. note 61). -~ 16 Varron. VI, 2t, rappelle que le Septimontium n'est pas feriae popuii : cela pouvait être vrai de son temps, mais l'était au temps où le peuple était limité aux habitants des Sept Collines. — 17 Ov, Fasl. II, 527. — 18 Les saeella de Festus (voir note I de celte page).

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piler. EUesappartiennentauxdivinilésinnommées, Lares, Génies ou Tutelles, quiprolègenllameoule canton. Elles sont, pour emprunter le langage des temps classiques, les fêtes du Gmiiispagionde\ii Tiiicla loci. Ce ne sont pas les magistrats du peuple romain qui les célèbrent : pour publiques qu'elles soient, elles sont dirigées par les chefs locaux, ici les curions, \h les magisiri vicormn.

Les fêtes de quartier ou de paroisse ont un caractère plus populaire que les solennités officielles. Cela est vrai dans toutes les villes et dans tous les pays du monde : cela était vrai surtout à Rome. Les grandes fêtes publiques ne pouvaient être à l'origine que des fêtes patriciennes : la plèbe ne faisait point partie de la cité romaine; surtout, elle était en dehors de la religion publique : les dieux de l'État n'étaient point ses dieux. Mais en revanche les plébéiens appartenaient à une curie, ù une tribu, à un pagus : les dieux des champs et des collines, les Lares des carrefours et des Génies du pays étaient les vrais dieux de la plèbe, et leurs fêtes devaient devenir ses vraies fêtes. Il s'est passé pour ces fêtes locales ce que l'on a souvent remarqué à propos des districts géographiques créés par Servius Tullius. La tribu comprenait patriciens et plébéiens : mais on ne tarda pas à la regarder surtout comme une subdivision de la plèbe. Les Argées ou les Compitalin n'excluaient pas les patriciens : mais ce furent surtout les vraies solennités plébéiennes. Le Sepiimontium est vraiment une fête du bas peuple '. Les Ambarvnlia, les Paganicae, les Palilies étaient des fêtes de villageois, les jours de gaieté et de plaisirs pour eux-. La fête des Curies elle-même est représentée par Ovide comme une réjouissance des grossiers laboureurs-'.

C'est peut-être cette nature plébéienne et ce caractère local des fêtes paroissiales qui expliquent pourquoi elles sont demeurées presque toutes des fêtes mobiles. Elles n'aj/partenaient pas à une seule et même divinité, mais à plusieurs petits dieux épars sur le territoire ; elles étaient célébrées surtout par les petites gens que leur domicile seul faisait membres de l'État romain. 11 n'était pas indispensable que le même jour de l'année fut régulièrement et solennellement assigné à leur observation. Les magistrats ou les prêtres pouvaient sans danger pour la religion fixer chaque année le jour où les dieux paroissiaux recevraient les hommages dos plébéiens et des paysans : ils le subordonnaient aux intérêts de la chose j)ul)li([ue.

Il faut rapprocher de ces fêtes de quartier les Frriac Lniinae, célébrées par les cités de l'ancienne confédération latine. Elles ont au fond le même caractère. Les Frriac Lat'nme sont, comme les Forimcnlin ou les Compiialia, des fêtes « conçues » ; le jour en est fixé par le consul. De même que les fêtes paroissiales s'adressent à des agglomérations géograi)lii(iiies, curies, tribus ou faubourgs, de même les Fêtes Latines sont célébrées par un groupe de cités unies entre elles : elles appartiennent aux cités formant la ligue latine, comme le Scjirniionlhtni appartient aux Sept Collines formant la cité romaine.

On peut pousser cette comparaison plus loin' et

' Feriae montanorum, Varr. De l. t. VI, H; Cici'ron, De domo, XXVIII, "l, assimile les ytiontanî avxpagam. — i Est fjemts hitaritatis et lusKs apuih'usticos; Varr. ap. scliol. Pcrs. I, 72. — 3 Ovid. l'hast., II, .526. — '* On peut rcmaif|iicr que l'usage des oscilla^ pouiK^-es qu'on ofTraiL aux dieux ou balançoires auxquelles on se suspendait, se rencontre seulement à la fètc des Argci^ à celle des Compitalia^ à celle des Semenlivac, et aux feriae Latinae. — ^ Remarquez que Tibullc invoque les (///

peut-être trouver ainsi le vrai caractère des fêtes que nous venons d'énumérer. Les Fêtes Latines étaient à proprement parler des « fêtes d'union » : elles consacraient l'union par une ligue en un seul nomrn^^Q. tintnen Lailirum. des trente cités groupées au mont Albain. Les fêtes paroissiales sont aussi, je crois, des fêtes d'union, sanctifiant et sanctionnant le groupement des curies ou des tribus en une seule cité, par exemple l'union des Sept Collines sous un même nom, le nom romain. Si jamais Rome a eu des fêtes d'un caractère politique, ce sont bien celles-Ui : ce sont moins des fêtes de dieux que les fêtes du peuple romain, dont elles célèbrent la formation. Athènes avait une fête qu'on appelait les Synoikies, Suvoixia : elle rappelait, disait-on, l'union en une seule cité des douze bourgades de l'Attique. Comme les Synoikies, les fêtes populaires de Rome sont des fêtes d'association municipale, les solennités joyeuses et pacifiques consacrées aux dieux du sol de la patrie^ et aux Lares de la cité.

3° Fêtes extraordinaires et anomjmes [feriae imper ativac). — Indépendamment de ces fêles fixes ou mobiles, publiques ou populaires, Varron et Macrobe admettent une troisième catégorie de fêtes. « Ce sont, dit Macrobe, les fêtes impératives, que le consul ou le préteur fixe au gré de son pouvoir" ». Varron les range dans la catégorie des fêtes « conçues » ; mais elles se distinguent des Paganicne ou autres, en ce qu'elles sont extraordinaires et n'ont aucune périodicité, et en outre en ce qu'elles n'ont « aucun nom particulier'' ».

Ces fêtes sont, je crois, les fêtes extraordinaires que les magistrats de Rome ordonnaient sur l'avis des prêtres et le conseil du Sénat, lorsqu'un malheur imprévu ou un prodige nouveau venaient frapper de crainte le peuple romain. Elles étaient destinées à apaiser la colère du dieu auteur du prodige : comme ce dieu était inconnu, la fête était anonyme; elle appartenait sive deo sivc deae. Nous avons dit que toute pluie de pierres, tout tremblement de terre entraînait plusieurs jours de fête comme expiation. La pluie de pierres comportait en règle générale une fête de neuf jours [sacrum novemdiale)^. Dans les premiers temps de la République, une aurore boréale effraya le peuple au point que « pour écarter toutes ces terreurs », on fixa trois jours de fète^. En 192, la terre trembla pendant trente-huit jours, qui furent pour le peuple épouvanté autant de jours de fête '". Quelques années plus tard, deux jours de fête furent décrétés pour éloigner la pesle qui désolait la cité, pro valctudine pnpidi'K Quelquefois on confiait à un dictateur [dictator ronstitucndarum feriarum) le soin de célébrer ces fêtes et do mettre ainsi la cité en règle avec ses dieux '-.

IV. HiSTomii DES FÊTES PUBLIQUES. — 1° />c la décudcncc de certaines fêtes sous la République. — Telles furent, semble-t-il, les fêtes de la religion romaine au temps des rois, de celle dont on attriluiail les règlements à Nuiua. Toutes étaient encore, au dernier jour de la République, connues, sinon observées, et on en inscrivait oiu'(U'e le nom en lettres capitales sur le marbre des cali'udriers nrticirls. hien des choses avaient disparu du culte des

patrii à propos des Sementivac (II, I, 17j. — ^ Tmperntivae sunt qttas considett vel praetores pro arltitrio potestantis iHrfj'CHHf ; Macrob. I, 10, 6. — T Sunt praetarea feriae couceptivae quue non sunt annales, uthaecgttae dicnnttir sinepropi'io rocahuff aut cnm persjiicuo ut Xovenflialis sunt; Varr., De L l. VI, 20. — 8 Qiianrlo idem prodifjium nuntiatutn feriae pro novetn dies afferentur; Til. Hv. I, 31 ; cf. XXV, 7, 1 — 0 ïit. Uv. III, 45. - 10 XXXIV, 40. — 11 XLH, 2 ; cf. XU, 21. — 12 VU, 28.

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ancêtres, mais les calendriers, avec une invariable régularité, niai'quaient toujours les fêtes aux jours traditionnels : nulle part, niiiuix ((ue dans Thistoire des fêtes, nous ne pouvons saisii' l'ineroyaliie ténarili'' dps traditions religieuses.

Il est vrai de dire que si le nom de ces fêtes subsistait, les Romains de la République ne se piquèrent pas de les observer toutes ou d'en comprendre toujours le sens : ils avouaient même ne pas bien savoir à qui appartenait le jour de fête. — Qu'étaient-ce par exemple que ces fêtes des bois, ces Lucariii, assez importantes cependant pour durer deux jours (19 et 21 juillet]? Nul n'aurait pu dire à quelles divinités elles étaient réservées, et les rédacteurs des calondri(îrs des premières années de l'empire n'ont pu inscrire à côté de leur nom le nom des dieux à qui elles appartenaient'. Personne à peu près, au temps de Varron, ne connaissait même de nom la déesse Furrina; nul ne savait qui elle était, mais elle avait toujours ses fêtes publiques au 25 juillet^.

De toutes ces fêtes, celles qui tombèrent peut-être le plus vite dans le discrédit, furent les solennités d'origine si lointaine qui se célébraient dans les bois sacrés en l'honneur de mystérieuses divinités : les fêtes les plus démodées à la lin do la République étaient sans contredit celles des divinités « sylvestres », les Lucaria et les Furrinalia : ce culte des bois était le plus ancien de la religion romaine, mais il pouvait le moins convenir à la Rome moderne. — Après ces fêtes, les moins populaires semblent avoir été celles des vieux dieux fluviaux, Neptune, Portunus et VoUurnus : culte des bois, culte des sources, tout cela se rattachait à l'origine même de la religion romaine : c'étaient d(!S cultes locaux dont la ferveur se retira forcément, à mesure que la ville s'étendit et que la vie municipale chassa les dieux des fontaines desséchées ou des bois arrachés ^ — Les jours des Agonia, au sens confus, ont cessé aussi d'assez bonne heure d'exciter l'émotion populaire.

L'État prenait sans doute des précautions pour qu'aucun de ces cultes ne fût aboli. Il y avait toujours un flamine spécial pour célébrer les vieilles cérémonies des fêtes, attachées à quelque bois ou à quelque source oubliés de la campagne romaine : Carmenta avait son flainen Carriientalk ; Furrina avait aussi le sien, et Portunus, et VoUurnus. Mais je doute que ces llamines ne fussent pas les seuls à se souvenir de la fête de leur dieu. Quand le dieu de la fête n'avait pas son prêtre, il empruntait le ministère de quelque grand flamine. Le jlamcn Quirinalis, par exemple, desservait les Larenialla et les RobigaUa. A d'autres fêtes paraissaient les pontifes et les vestales, auxquels surtout incombait le soin de célébrer par des sacrifices les jours fériés. Enfin, il ne parait point douteux que dès la République on ait confié à des collèges le soin d' « observer », au nom de l'État, certaines fêtes publiques traditionnelles'". Il est vraisemblable qu'à l'origine le peuple entier ])renait ]iart à toutes ces fêtes, qu'il les célébrât en l'aniille par des sacrifices ou des réjouissances, ou (|uil lit cortège à ses magistrats et à ses prêtres dans les processions et l'accomplissement

' Fcstuft. p. liy ; Musuriu^ ap. Maerol». 1,4,15; Coi-jiiisinscr. lai.], p. 307. — 2Vïx»oincn notum ])nucis ; Varr. De 1. 1. VI, 19. — 3 i'cut-iïtrc aussi les fûtes des Carmentalia et celle d'Angej'oila étaient-elles fort m'-gligéesà la fin de la R«!'publique. — ^ Par exemple les Cumiiitaliti (Asconius. p. (i), le Scptimontium (Vai-r. VI, 21}. — ■* Cf. Tihull, 11,1,

des devoirs religieux. Mais, à ré])oque classic^ue, le peuple se tenait à l'écart de la plupart de ces solennités : il laissait flamines et pontifes sacrifier en son nom, pro populo, et se détournait des cérémonies bizarres ou monotones qu'ad'eclionnaient les divinités démodées de ses ancêtres. Il réservait ses faveurs aux fêtes privées .et familiales, comme les Carislies ou les Parentales, et, parmi les fêtes publiques, aux solennités agrestes des moissons ou des semailles, qui avaient un sens clair et précis, et qui répondaient davantage aux besoins immédiats de la vie courante. Les I'af/anic(ie'\ les Ambarvalia, et, k côté d'elles, les fêtes de Paies" et de Robigus', voilà sans doute quelles étaient les vraies fêtes populaires et aimées de la fin de la République : la vie des champs fut, dans cette période de l'histoire religieuse, celle qui demeura le plus attachée aux choses d'autrefois. En vilh;, les jeux faisaient une concurrence redoutable aux anciennes fêtes publiques qui paraissaient, à côté d'eux, froides et ternes, et devenaient les vrais jours de réjouissances publiques. La seule qui lïit alors vraiment vivante et éclatante, était celle des Saturnales, qui se célébrait aussi bien dans les familles qu'en public : mais il faut ajouter qu'on avait perdu singuliôrenient de vue le sens primitif de la fête. La vieille fête des Fonlinalia, rajeunie peut-être par la construction et l'entretien des aqueducs, avait encore ses fervents ". Les mystérieuses Argées attiraient la foule à la suite du cortège officiel. Mais quelques-unes des fêtes municipales de Rome, appelées plus tard à un prodigieux regain de célébrité, les Lupercales', les Compildlia'", étaient comme abolies dans les derniers jours de la République. Sans doute l'aristocratie dominante n'aimait pas les démonstrations religieuses de la plèbe qui, en ces temps troublés, dégénéraient vite en émeutes polititiques. Toutefois le calendrier des vieilles fêtes demeurait immuable, gardait leur nom et n'en admettait point d'autre.

2° De la nature des fêtes accordées aux nouveaux dieux sous la Rfpiiblique [ludi, fêtes de temples, fêtes de collèges). — La fidélité des Romains à leur vieux calendrier se montrait, en effet, d'une autre manière: s'ils n'y supprimèrent aucun jour férié, ils n'eurent jamais la pensée d'y introduire de nouvelles fêtes publiques. Entre l'avènement des Tarquius et la fin de la République, la religion romaine se transforme : l'Italie subit une révolution religieuse presque aussi importante que celle qui assura le triomphe du christianisme ; un rituel nouveau fut introduit dans le culte; les vieux dieux devinrent méconnaissables sous le vêtement grec qu'on leur donna; surtout, des dieux étrangers arrivèrent en foule, du Latium, de Grèce et d'Orient. Mais le calendrier demeura l'asile inviolable de la religion des ancêtres. Les nouveaux dieux n'yobtinrent jamais des jours publics de fêle (j'entends des jours marqués X^) : la démodée Furrina avait toujours sa fête et sa journée, qu'aucun jour n'était attribue aux toutes-puissantes Junon et Minerve.

Mais, s'ils n'entrèrent pas franchement dans le calendrier, comme titulaires de " jours institués pour eux », ils s'y glissèrent assez aisément, et ici se marque

17. — '"• llenvs, I, 8S, dit des Palilics iit-.-i-, oiStiiiis i;TToï«. Cf. Cal. Caeitl., Cor/,ut inst-r, lat.Xl, 3592: Feriae coroilatis omtiibus. — 7 Varr,, Dcrc r.l, I, G; t^lum., X. 342; Cal. de Prt^u. — 8 cf. Kroiltiu. iV aqtiis, 4; Foutium memoria cuin sanctitate ailliuceslalel co/i7ur,Varr, VI, 2i. — «Suel. ..luy.31. — IO.\scou.. p. 6 : Siiet. Au./. 31.

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riialjilplé avec laquelle les Romains surent concilier le respect dû au calendrier de Numa et les droits que réclamèrent les nouveaux dieux accueillis par l'État.

1° D'abord, si on ne créa pas de fêtes, on institua des jeux en leur honneur. Pour ne point changer la nature intrinsèque, l'essence fondamentale du jour, qui demeura faste ou néfaste, les jeux n'en comportaient pas moinS' toutes les cérémonies des fêtes, sacrifices, repas, processions et combats, surtout ils entraînaient toutes les réjouissances habituelles : c'étaient les attributs de la fête sans le jour de la fête. On comprend que les jeux, ayant l'attrait de ces courses et de ces combats qui manquaient aux vieilles fêtes, et de plus, celui de la nouveauté, devinrent aisément populaires et contribuèrent plus que tout à discréditer les fêtes de Numa. Telles furent, au ni" siècle avant notre ère, les créations de jeux en l'honneur de quatre grandes divinités nouvelles ou transformées du panthéon romain, Apollon, Gérés, Flore et la Mère des dieux'.

Mais, à côté des jeux, les Romains accordèrent à leurs lii'ites divins des honneurs qui, sans modifier l'attribution publique des journées du calendrier, n'en constituaient pas moins de véritables fêtes.

2° Ce fut en premier lieu ce que nous serions tentés d'appeler, bien que l'expression ne soit pas latine, « des fêtes de temples « ; les Romains auraient dit plus volontiers, « des fêtes dans les temples ». En l'honneur de la divinité nouvelle qu'il s'agissait de recevoir, ou de l'ancien dieu qu'on avait à remercier d'une faveur nouvelle, on élevait un temple aux frais de l'État : le jour de la dédicace de ce temple était appelé « le jour de naissance » du dieu auquel le sanctuaire était consacré, natalis Dei, et à l'anniversaire de ce jour des sacrifices solennels appelaient dans ce temple des prêtres ou des magistrats du peuple romaine C'était une vraie fête, non pas pour le peuple tout entier, non pas même pour l'État, mais en quelque sorte une fête localisée au temple où les calendriers portent qu'elle se célébrait : Minervae in Aventino, il y a sacrifice à Minerve sur le mont Aventin, et nous pourrions dire : c'est la fête de la Minerve de l'Aventin. Aucune des fêtes du calendrier primitif, sauf quelques exceptions faciles à écarter^, ne présentait ce caractère restreint; aucune d'entre elles n'est l'anniversaire d'un jour de dédicace. Célébrées dans des temples, elles le sont peut-être plus encore dans des bois consacrés : mais elles ne sont pas attachées au souvenir de la dédicace des uns ou des autres; elles ne sont pas limitées non plus, à l'origine, à tel ou tel sanctuaire. C'est le peuple entier qui rend hommage à la divinité sur toute la surface du territoire. D'ailleurs, il est permis de croire que la plupart de ces fêtes sont antérieures à la construction de temples, et qu'elles appartiennent à l'époque confuse où la divinité était adorée au fond des bois, sur le bord des fontaines ou des marécages.

* Ludi Ceriates (avant la seconde guerre Punique), Ittdi Apotlitiafes (en 212). ludi Morales (en 210), ludi Megaletises (en 204). — 2 .\pud liomanos nihil fuit tant sollemne quam difs consecrationis ; Serv., Ad Aeu. VIII, Gûl. Voir les nombreux textes cités par Rlarquardt, p. 136. — 3 A savoir : 1" les Portunniiti : Eo dit' acdfs in jiortu Tibrrino facta et fariac institutae (Varr., VI, 10) ; mais la donm'e de Varron ne prùseute aucune date et parait erronniïe (cf. Corp. inscr. lut. I, p. 300) ; 2" les Suturualin (Tit. Liv. II, 21 ; Macrob. I, 8, 1, etc.) : mais ces textes sont contradictoires en ai)parcnce et ne s'expliquent qu'en supposant le temple consiruil posli'-ricuremeut à la fôte; 3" les Carmmtalia : Te quuqua lux eftdt'm acdc recepit Ovid. Fast. I, 403) ; 4" les Quirinatia : 7'empla deo fiunt et rcfcrunt sacra dies (Id.

Les « fêles de temple », au contraire, ne sont pas des I' jours institués » en l'honneur des dieux, mais de simples commémorations religieuses, ou peut-être mieux les anniversaires de la vie matérielle des dieux, rappelant le jour où ils ont été reçus sous une demeure terrestre, où « ils sont nés » pour les hommes de la cité romaine, natalis Dci. Toutefois ces fêtes étaient inscrites dans le calendrier; le peuple pouvait, suivant ses goûts religieux, sacrifier dans la famille au dieu qui était né ce jour-là. Le 24 juin était l'anniversaire de la dédicace du temple dédié par Servius TuUius à Fors Forluna'' : ce jour-là, hors de Rome, les paysans <( chantaient les louanges » et célébraient par des réjouissances la fête de la déesse =. Rien n'empêchait d'ailleurs de dédier, à un autre jour, un nouveau sanctuaire à la divinité. Pour ne citer que l'exemple de Foj-s Fortuna, en l'an 17 de notre ère, elle reçut de l'empereur Tibère un temple, dont la « naissance » fut placée à la fin de l'année ". Mais ces nouveaux dieux avaient d'ordinaire un jour qu'ils préféraient parmi tous ceux où on leur avait élevé des temples, et il est probable que ce jour était celui où ils avaient reçu leur premier sanctuaire. Ce jour-là, quand bien même il ne leur appartenait pas comme fête publiijuc, portait souvent leur nom : les MntraUn étaient le jour de la fondation du temple de Mater Maluta, les Cerialia étaient celui de la dédicace du premier sanctuaire romain de Cérès. Et on appelait couramment cUps Fortis ForiunacXe 24 juin '.

De la même manière, nous trouvons dans le calendrier chrétien, à côté des grandes fêtes publiques, — jours de repos et de religion qui vont partout et tout entiers à Dieu, au Christ, à la Vierge ou aux grands saints, — nous trouvons les fêtes des saints de chaque jour : celles-là sont célébrées soit par les confréries qu'ils protègent, soit dans les églises placées sous leur vocable, soit dans les familles qui leur doivent quelque grâce particulière. Et cette comparaison est justifiée, parce que les fêtes de saints sont souvent placées aux jours anniversaires de la dédicace de la première église qui leur fut consacrée, et que cet anniversaire était appelé autrefois natalis sancti, comme les Romains disaient natalis dei".

3° Un assez grand nombre de ces « fêtes de temples » rentraient dans la catégorie des fêtes de collèges. En même temps que l'État élevait le sanctuaire, il établissait un collège pour en vénérer le dieu et pour en célébrer la fête. L'anniversaire de la dédicace devient, par là même, « la fête du collège ». Le 15 mai 495, on dédia le temple de Mercure, construit par l'Étal : on institua la même année, pour le desservir, un collège, « le collège des marchands » [collcgiiun mrrcnloruui). Désormais, le 15 mai fut « le jour de fête des marchands », comme il était celui de Mercure'. Le calendrier de Préneste appelle le 19 mars, anniversaire de la Minerve Aventine,« le jour des ouvriers », dies arlificum : c'est la fête des collèges d'ouvriers. La fête de Minerve, du 13 juin, est sur-

II. jIO); mais il est permis de ne pas accordera ces deux vers la valeur d'un renseignement historique. — * Varr. VI, 17. — ^î Colum., X, 311. — 0 Taeit., Il, -il. — ^ Varr. VI, 17. — 8 C'est le cas en particulier des fiMes des saints anges, qui ne pouvaient gutro être placées qu'aux jours anniversaires de la dédicace de leurs églises ; ici l'assimilation aux fêtes des dieux Romains est coniplÈte. Cf. Oucliesne, Orit/ines du culte chrétien^ p. 204 et suiv. C'est pour cela qu'on rencontre si souvent, dans les églises, des inscriptions mentionn.int, non pas l'auTiée, mais seulement le jour do la dédicace. — i'T. Liv., II, 21 ; Kestus, p. 148 : Mail idibus mkhcatoiilm dies imistus ernt, quod eo die Mercurii aedcs esset dedicata.

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lOfîo —

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tout le jour dos musiciens, lUjkinrs : ils se promènenl en fête, feriali, par la ville et se réunissent au Icnuplo de leur déesse'. Au i" siècle avant notre ère, Q. Lulalius Calulus éleva un temple à .lulurna, la déesse des eaux : Tannivcrsaire de la dédicace l'ut la fête célébrée en son honneur par les ouvriers (jui travaillaient aux aqueducs-. Souvent aussi, l'État déliTait le soin d(! célébrer la fête, non pas à un collège, mais à un groupe déterminé de personnes; la grande fêt(! de ,lunon, les calendes '< féminines » de Mars, anniversaire du lemph; de l'Esquilin, fut réserv('e par l'Ëlat aux matrones''. Aussi, ce jour de fête ]iri'nail-il souvent le nom de ceux qui Tobservaicnt particulièrement. Le 1°' mars devint le jour des Matrones, Mntroiyilia. Vénus avait deux fêtes, le 2H avril et le 1!) août; le 23 avril, les courtisanes célébraient le jour de Vénus; le 19 août, Vénus était fêtée comme déesse des jardins : c'était" le jour dos jardiniers >> dles oittorurn'', tandis que la première fête était le dics mpreiricimv' . 11 est bon d'ajouter c[ue ces appellations étaient populaires et ne sont pas inscrites dans les calendriers officiels, tandis qu'ils mentionnent, et en grandes lettres, celles qui sont tirées du nom de la divinité, comme Vcdalla, Malralia, Ccrialia.

4° Il esta remarquer qu'un certain nombre de ces fêles de temples ou de collèges furent placées à des jours qui étaient déjà fériés dans le calendrier primitif, et qui appartenaient par tradition à de vieux dieux de Rome. Les deux fêtes principales de Minerve tombaient : l'une au 19 mars, l'ancien jour des Quinquatrus, qui appartenait à Mars; l'autre, aux Ides de juin, consacrées à Jupiter. Le 13 mai, fixé en Wo pour la fête de Mercure, le 13 février, fête du Faune de l'ile du Tibre, appartenaient à Jupiter, comme toutes les Ides. Au m" et au ir siècle, on lixa au 23 avril et au 19 août les deux fêtes de Vénus; or, ces deux jours étaient l'un et l'autre des V'malia réservés encore à Jupiter. Enfin, les Malronalia de Junon coïncidaient avec les Calendes de Mars.

Aucune de ces co'incidences ne paraît l'effet du hasard. KUes favorisent en effet les plus grandes d'entre les divinités nouvelles, Mercure, Junon, Minerve, Vénus, et elles portaient préjudice à Mars et à Jupiter, précisément les divinités dont les Romains célébraient le plus souvent la fête et qui pouvaient le moins se plaindre de partager ainsi quelques-uns de leurs jours avec de nouveaux venus °. Par ce moyen détourné, l'État ne créait pas de nouveaux

jours en faveur des dieux importés : mais il les faisait bénéficier des jours de fêles traditionnels.

Ce partage d'un jour entre deux divinités, l'une primitive et l'autre nouvelle, eut, de fait, une grande conséquence,attendue ou provoquée peut-être par l'État romain. 11 entraîna une sorte de substitution, qui a une réelle importance dans l'histoire des fêtes et qui a induit en erreur les anciens eux-mêmes. La fête publique apparlimait à Jupiter, à Mars; la fête du collège ou des matrones, à Minerve, à Junon ou à Mercure. Mais le peuple se désintéressa bien vite, ces jours-là, de Mars ou de Ju])it('r, qu'il retrouvait à bien d'autres moments^de sa vie; il porta toutes ses faveurs au dieu nouveau. La fête nouvell(!, locale et restreinte, laissa dans l'ombre la vieille fête publique : elle profita à la fois et de la tradition qui faisait de ce jour un jour férié et chômé, et d(! l'attrait exercé sur le peuple par la nouveauté. Voilà pourquoi, de toutes ces fêtes de temples instituées depuis iNuma, celles qui prirent une importance vraiment populaire, sont celles qui tombaient à des jours de fêle traditionnels. On finit même par croire que ce jour était celui de la divinité nouvelle. On disait couramment que les Quinqualrus appartenaient à Minerve '', que Vénus était la déesse des Viiialia", et que les Calendes de Mars étaient la fête de Junon'', les Ides de mai celle de Mercure '",61 les Ides d'août celle de Diane". Le peuple ignora ainsi la véritable destination de ces jours qu'il célébrait, et il fallut, pour la retrouver, tous les efforts des érudits du temps d'Auguste.

Voici, par ordre chromologique, les principales fêtes de temples ou de collèges institués par l'État jusqu'au temps de César.

Nous ne donnons que les plus importantes de ces fêtes. On en trouvera la liste complote dans Marquardt, édition Wissowa : mais cette liste sera certainement allongée p.ar de nouvelles découvertes épigraphiques. — La pi-eniière colonne indique la date où le temple a été dédié et la fête instituée. — La seconde, le jour de cette dédicace et de cette fête. — La troisième, le nom que portait ce jour : les grandes lettres désignent les fêtes publiques, les parenthèses indiquent que le nom n"cst connu que par les écrivains ou n'est pas inscrit en lettres capitales dans les calendriers. — La quatrième, le nom de la divinité honorée : les majuscules indiquent les divinités adorées aux vieux jours de fêtes. — La cinquième, le temple ou la localité où se célébrait la fête. — La sixième, la catégorie de personnes chargées de l'observer. — La presque totalité des expressions que nous employons sont empruntées directement aux textes épigraphiques ou autres.

'.' 15 mars.

Uomulus ■? l'^mai.

Numa'? 9 juin.

Numa? 19 mars.'

? 7 mars.

Tullus. l"'' octobre,

Servius. 24 juin.

Servius. 13 août.

Idus.

]'eslalla.

QUINOUATUUS.

( T'igïllum Sororiitm).

i J>rscctisio Tibavinu) ' Idus.

An.\.\e Perexnae.

Laribus Pnu'slitibus.

Vvsinr.

MiNEHVAE.

Vi'diovi.

Jimn Cur'inllo ri Ju-

noni Soroviae.

Fovti Fortunac.

DiANAE.

vid Flandnia '^

ht acdibus Vestac.

hi Avcnthio.

hiler duos lucos.

ad compiium Acili.

trans Tiberim.

in Averti ino.

dii'sartificum^'.

diesservoi'um'^.

1 Van-., VI, 17. — aSiTv.. A,l Arn. XII, l,l'J. — ;> IVslus, p. 1 iT . Cal. lio l'ivii. — 1 Cf. Varr., VI, -20. — '• Cal. do Pri/n. (au 10 avril). — •> Les Viiialiit en particulier ont |)u cesser d'iMre attribués à Jupiter seul, parce qu'il a perdu d'assez bonne heure ce caractère primitif de dieu du vin. Vénus lui prit ce rôle et ces fiHos.» — ' Les Qiiiniiuiilnis ih\ l'.i mars sont /<■(■/«(■ Mari i (ad. du Vat.; Varr., VI, lt;cf. Manpiardt. p. i;(ii), et coiieudnut Ovide (III. Soi)) dit : Fitti>t sticni Mhtei'caf, et le cal. Farn. porte ; Miiifri'iif. Les Ides de Juin sont fffiae Jot'i (eal. de Yen. et de Tusc.) et ccpond.lnt Varron (VI, 17) ne parle que de Minerve. Il esta rcuiai-ipior qucVarrou appelle aussi ces id<'s Qniittjniili'iis Minnscidaf par rapprochement avec le t;»mars, ce (fui indique une singulière attéi-ation do ce mot, devetni sj nonj nu? de fête de Minerve apri's avoir sipnilié

à l'origine le cinquième jour (après la fête de Mars). — * Les ViHaiia du 23 avril portent vknkri dans lo cal. de Ccrv. : Varron remarque justement (VL 16) : Hic dies Joi'is lion Veneris. Des Vinali» du 19 août, Feslus (p. 26;>) dit Joeis tiies cl Ovide (FasI. IV, S77) : Cur igitiir Veneris feslinn Vinalia dieitnt Qiiaerile, et ijiioiv sil Joeis isia ilies ; cf. Varr., De r. r. l. I . fi. etc. — 9 Feriae Marti, dit entre autres calendriei-s le cîiL de Prt^n. et chez tous les écrivains le jour est appolé Afalrviialio (Marquardt. p. 371). — 10 Feriae Juri Merciirio (cal. de Ven.) : iilus Merciirio cal. de 'l'usculuni). — ll.faciiiwi Wiinii.(Ménol. rusl.). Cf. Feslus. p. 113.— ISVoir p. 1013, note 3. — 13 Calendrier de Préneste. — Il Cic. De finikui. V, î-l, 70 — li Sans doute te jour des jardiniers ; Colunu>ll, X, 3, 13. — 'G Foslus. p. 343.

FER

— lOSG —

FER

Servius.

11 juin.

Mat ru lia.

Malr'i Matutai'.

in foro Boario.

dics matronariim ' .

Servius.

11 juin.

Matra lia.

Forhiuae.

i)i foro Boario.

29 juin.

fjuiriiw.

in colle Quirinali.

24 février.

Hcgifufjiuiii.

in Comitio.

24 aoiU.

1 {Mundus palet).

5 octobre.

Diti Patri.

in clivo CapitoUno.

8 novembre.

In mai.

Idl's.

Mercurio.

ad Cirriun Maiiinum.

dics mercatorum-.

19 avril.

Cl' lia il a.

Cererl.

ad Circiim Ma.rinunn.

0 juillet.

Fortunar Miilirhri.

dics muUerum ^.

27 janvier.

Caslori cl l'olhici.

in Foro.

3 juin.

Deo Fklio.

in Colle Quirinali.

23 septembre.

ApnlUni .

ad Ikeairum Mareelli.

7 juillet.

{Aonac Caprothiac).

Junun'i.

dics ancillarum'.

l'"' mars.

l Kalendae (fcmincae) ( {Matronalia).

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