‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 34 sur 104 · III. Nous n'avons encore considéré le flabellum que · texte numérisé non relu

III. Nous n'avons encore considéré le flabellum que

— 9 MiUin, II, 27 et 57; MllUngen, Peint, de cases. 43 ; Gerhard, Apul. vas. pi. xn, iiv, ivi; Inghirarni, Pitt. divasi, II, pi. ixxiv. — to Dubois-Maisonueuve, Introd. à l'ét. des vas. anliq. pi. lxix. — " D'après l'original au Louvre. Cf. Clarac, Slus. de sculpt. pi. 214 1er; Inghirarni, Mon. Eiruschi, sér. I, p. II. pi. nxvi. — M Monum. inéd. de f/nst. arch. VIII, pi. xvin (voy. etrcscbi. fig. 2s44). — 13 TischbeiD, Vase d'HamiUon, I.pl.xvui; Monum.inéd.de VInst. IV, pi. iii.— I* PIiul. Trinum.îi\.

— IB Suel. Aug. S2. — 16 Ter. Eunuch. 592 et suit. ; voy. aussi Athcn. VI. p. 257. - 1' In Eulrop. I, 109 et 464 ; voy. encore Gregor. Nai. Orat. XVI.— '• V. note 13

et Buonaroli. Sopra aie. medaglioni, p. 44ô ; Winckelmann. Pierres grariesd-Slosch, n» 434. — ISGarrucci, Yetri ornati di figure d'oro, pi. lu. 1, (= Gori, Thts. tet. diptych. III, pi. ï). — SO Cf. Aeta S. S. Januarii. I. p. 38, où il s'agil de S. Fulgencc, évéquede Ruspae (Byiacène) au ti' siècle: « palmarum foliis flabellos contixebat -.

Fig. 3077. — Éventail de jonc tressé.

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sous le rapport de la forme et de la matière. Il nous reste à en indiquer les applications pratiques et symboliques, celies-ci dérivant des premières, et à montrer comment, accessoire de toilette et ustensile de cuisine, l'éventail a eu aussi le caractère d'instrument du culte.

Dans la vie ordinaire, c'était pendant et surtout après le bain que le flahellum était employé pour rafraîchir l'air étouffant des thermes. Dans V Eunuque de Térence, l'esclave chargé de l'éventail doit l'agiter dans la piscine où sont les femmes et pendant le sommeil de sa maîtresse après le bain'. Mais, tout en servant d'éventail, le /?rt6e//î/w jouait aussi le rôle de chasse-mouches. Les Grecs confondaient les termes de piitt? et de (roêv) ou [xji&ddêvi ^, comme les Latins ceux de flabellum et de viuscarium^, parce que, dans la plupart des cas, c'était le même objet qui remplissait simultanément le double office de rafraîchir le visage et d'en éloigner les mouches. Il existait cependant un objet spécial pour chasser les mouches, épousseter les meubles et les vêtements [muscabium] : c'était, soit un plumeau de plumes de paon, soit une queue de bœuf ou de cheval'. Nous n'avons pas à le décrire ici, mais seulement à considérer l'emploi particulier du flabellum en tant que préservatif des mouches. Cet emploi était fréquent pendant les funérailles et il est pratiqué dès le V siècle. La longue durée de la xpoOsciî, ou exposition du mort, exigeait des précautions spéciales. Il fallait éloigner les mouches du cadavre^ ; d'où la présence, sur des scènes de -irpcâectç, d'un ou deux personnages qui se tiennent près du lit funèbre avec un rameau ou un flabellum \ Cet usage passa à Rome. Il y avait un flabrarius près des corps exposés en public \ En ce sens, il est permis d'attribuer au flabellum un caractère funéraire, ainsi qu'à l'ombrelle tenue sur la tête des morts'. Il figure aussi sur des lécythes comme offrande à la morte en souvenir de sa vie journalière'.

Une autre application du flabellum dérive de l'emploi, ancien en Grèce, de l'éventoir à feu, encore en usage, en Orient surtout, pour attiser la braise des réchauds. Cet objet, qu'on désignait sous le nom de pnr'ç '" tenait lieu du soufflet [follis], dont on ne se servait guère que dans les ateliers. Cet éventail culinaire était de la forme la plus simple, feuille, planchette ou écran de plumes communes. Il paraît avoir été connu en Grèce bien avant qu'on employât un objet analogue et de même nom pour s'éventer la figure. C'est pourquoi le mot piTrîÇetv signifie souffler le feu et cuire", et pim'ç est synonyme de (pudïiTiip '^. Dans les Acharniens ", Dicœopolis, voulant faire cuire une anguille, réclame le réchaud et l'éventail. Le poète Euboulos, cité par Athénée *', disait dans son Orthanès que l'éventail « réveille les chiens de garde d'IIéphœslos », c'est-à-dire les charbons du foyer. Enfin le cuisinier Spinther, dans une épigramme de VAnt/iologie^^, dédie un éventail de plumes à Hermès avec

' Eunuch 532 et suiv. -, Claud. In Eutrop. I, 109. — 2 l'ollux, 10, 94. — 3 Forcclliiii-de Vit, Lexicon tôt. lat. ; H. Estieiinc, Thesaur. gr. ling. 8. v. — ^ Mai'L XVI, 67 et 71 ; Aelian. XV. 14. — 6 lUad. XIX, 30. — 6 Annali deV Instit. di corresp. archcol. 1842, p. 62; 1843, p. 283; 1872, p. 131 et suiv.; Momimenti, id. III, pi. Lx; IX, pl. xxxix-ii,; Benndorf, Grieeh. u. Sicil. Vasenb. taf. 33, V, p. 12,50; Holtier, Lécythes lilniics attiq. p. 19. — ' Dio Cass. LXXIV, 4; Isid. Gloas. s. v. flabrarius ; Cod. Justin. VII, 6, 5. — 8 Gerhard, Akad. Abltandl. Allas, pl. i, p. 14 ; Benndorf, p. 6, n» 12. — 9 Gaz. des Beaux-Arts, 1874, I, p. 128; Pollier, Lécythes blancs attiq. p. 147, n" 57 ; Dumont et Cliaplain, Céram. de la Grèce propre, I, pl. xxv-xxvi. — 10 PoIIux, 10, 94. — 11 Schol. Arisloph. ad Ecclesiaz. 842. — laid. ad Acharii. 888 ; cf. 069. — 13 /bid. — <i Athen. VI, 14, p. 229. — 16 Antliol. Palat. VI, 300. — 10 Teitull. Pallad. 4 ; Cic. Flacc. 23, 54 : quasi Habello seditionis. — 17 Peinture des Noces atdobrandincs, v. p. 2050, note 6 ; Viscoiiti, Osservazioni

d'autres outils de sa profession. De là aussi dans le langage figuré des locutions ou ptTut^eiv et flabellare ont le sens d'attiser (la discorde ou le feu de la sédition) ".

On se servait du même éventail pour activer le feu des autels, pendant le sacrifice. Des peintures de vases nous le montrent entre les mains de femmes qui sacrifient". Dans une peinture d'Herculanum ", on voit(fig. 3080) un prêtre activant le feu de l'autel avec un éventail triangulaire, et une statuette en bronze de même origine " représente un pjg 3075. - Éventail pour lo feu. jeune servant de sacrifice tenant un éventail de plumes. Des cérémonies païennes, l'emploi liturgique du. flabellum s'est longtemps perpétué dans les cérémonies de l'Église chrétienne^".

Dans la mythologie, le flabellum est un attribut d'Aphrodite; tantôt il est entre les mains de la déesse, tantôt il est tenu par Éros-'. Cléopàtre naviguant sur le Cydnus avec les attributs de Vénus avait pour flabellifères deux Amours ^-. Sur les vases peints, il est assez souvent entre les mains déjeunes hommes.

Le flabellum était, chez les monarques égyptiens, assyriens et persans, qui ne sortaient guère sans être escortés de flabellifères, un des insignes extérieurs de la royauté "'. Aujourd'hui, ce caractère semble subsister comme emblème de la souveraineté, dans les deux grands éventails en plumes de paon qui accompagnent le pape lorsqu'il officie-'". G. Fougères.

FLAGELLUM (Miaxi?)'. — Nous groupons sous cette rubrique plusieurs instruments dont les anciens se servaient pour frapper les animaux et certaines classes d'individus, tels que les esclaves et les enfants. Des noms différents étaient appliqués à ces objets, suivant leur forme et leur destination spéciale. Mais les termes de [AttŒTi? et de flagellum désignaient en bloc toutes les variantes du même type, comme celui de fouet s'emploie en français pour désigner différentes sortes de cravaches, badines, verges, férules, houssines, escourgées, lanières, étrivières, cordes, martinets, knouts, garcettes et autres instruments cinglants et flagellants.

I. Le fouet pour conduire est souvent mentionné dans Homère^; de très nombreux monuments figurés le représentent entre les mains de héros montés sur leur char ou manié par leur cocher. Pour stimuler le zèle de leurs attelages, les anciens se servaient de préférence d'une gaule flexible ou houssine simple, assez longue et dépourvue de lanière. C'était une sorte d'aiguillon léger

su due mosaici antichi, p. 7; cf. Ballet, del Instit. arch. 1842, p. G4, note. — IS Antich. d'Ercotano, II, liO. — 19 Ibid. VI, pi. Lvi. — 20 Martigny, Dict. des antiq. chrét. art. fi.abeli.um ; Ch. de Linas, Les disques crucifères, le flabellum et fumbella, dans la Rev. de fart chrétien, 1883, 1884. — 21 De Witte, Élite cèramogr. II, p. 348, pl. aub ; IV pi. lvi. — 22 Plut. AnI. 26. — 23 Xeuopli. Cyrop. VIII. — 2* Martigny et de Linas, t. t. — Bim.ioiinAiMiiB. Bœtti^'cr, Sabine, Irad. (r. Paris, 1813, appendice à la dernière scène; Edouard Petit, llist. de l'éventail; Natalis Rondot, Rapport sur tes objets de parure, de fantaisie et de goùt^ Imp. nat., 1854; Blondel, Uist. des éventails chez tous les peuples et à toutes les époques, Paris. 1875 ; Frunberger, Geschichtc des lucliers, Leipzig, 1876.

FLAGia.l.OM. 1 Forccllirii — de Vit, Lexicon totius latin, s. v. ; H. Estienno, Thés. ling. graec. s. v. Micrt.E. — 2 II. V, 748, VIII, 46 ; XVII, 440 ; XXIII, 302, 363, 500 ; Od. XV, 182 j Virjf. Aen. V, 67S(.

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(xévTpov, aculeus] qui servait à cingler les chevaux, les mules ou les bœufs. Les représentations de cet objet si commun sont trop nombreuses pour être énumérées ici '. Les cavaliers usaient d'une badine simple, dont l'extrémité allait en s'amincissanl. La (igure 3079, d'après une

Fig. 3079. — lloussiue.

stèle funéraire de Thespies, montre un cavalier tenant la badine-. Lahoussine flexible était aussi remplacée par un bàlon rigide armé de pointes. C'était alors un aiguillon,

Fig. 3080. — Aiguillon.

droit ou à crosse munie de piquants [stimulus] ou de grelots : tel est l'instrument dont se sert le conducteur d'un attelage sur l'amphore panathénaïque connue sous le nom de vase Burgon (fig. 3080) ^.

Le fouet ordinaire, semblable à celui des cochers modernes, c'est-à-dire composé d'un long manche au bout duquel s'adapte une cordelette ou une mince lanière de cuir, était connu des anciens. Les représentations en

1 Voy. les fig. 285, 430, 432 1521, 1537, 1540, 1042,2203, 2207, 2217, 2219 ; MUlin, Peint, de vases antiques, II, pi. xxii, xlix; Panofka, Cab. Pourtalès, pi. viii, 3; Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, I, pi. 40, 53; II, pi. 79, 80, 92, 94, 103, 107. 112, 122, 125, 131, 138 ; IV, pi. 250 à 2n5, 287, 310-315; Stackelberg, Grûber der Hellenen, pi. 12, 15, 17, 3S ; iluseo Etrusco al \atic. II, pi. xcii, icv. — 2 SUckelberg, Op, l. pi. II. Le marbre est au hiuslV central d'Athi>nes, D» 828 ; voy. Bennes, VIII, p. 419, pi. xviB; Athen.Miltheil. IV, p. 273, pi. xiv, I. — 3 Millingen, Ane. uiiedit. Monuments, pi. n; comp. dans la lig. 285 (t. I,p. 249), l'aiguillon pareillement garni que lient le personnage qui suit le char! un autre pique les mules avec l'aiguillon. — • Dubois-Maisonneuve, Introd. à l'ùtude des vases, pi. n, 3 ; d'Hancarvillc, Vases d'Hnmitton, I, pi. xciv. — 6 MîUjn, Peint, de vases, II, pi. xxvi. — 6 lias. relief de Langres (moulage au Musi-e de Saint-(.iprniain, n. 25849) ; Caylus, Jiec. d'antiq. t. IV, 3 et 4 ; Otto Jahn, Darstellangcn des flandwerks auf antik. Wandffemâtden. taf. III, 10. — ^ llor. E/iod. IV, 3 ; ., funiluis». — 8 Ilor. Epist. 1, 16. 47 : ..loris »; Plaul. .Moslill. IV, I. 2lî : .. bubniis cxuviis » ; et Slich.l.i, 6; Trin. IV, 3, 4. Daus le Didaskatos d'HiVondas, rt^cemmeut retrouvt^, (traduct. Dalmeyda, p. 80; cf. Th. Rcinach, Hcv. des élud. ijr., 1891, p. 224), le fouet du

sont cependant assez rares. La figure 3081, tirée d'ua vase à figures noires, représente un personnage dirigeant

3081. — Fouet décocher

son attelage avec un fouet à manche long et à double lanière '. Un fouet long est tenu par une femme ailée qui conduit un quadrige sur un vase à figures rouges ^ On le retrouve à la fin de l'antiquité sur un monument gallo-romain entre les mains de campagnards conduisant des chariots'. On verra aussi plus loin des fouets longs dans les mains de deux agonothètes (fig. 3094). II. Le fouet moyen, ou cravache à manche court avec une longue ficelle ' et plus souvent une lanière de cuir de bœuf ' était, semble-t-il, préféré comme plus maniable. Les mots ijxiç, ixâiOVri, [iLiidlr^, (Tx^to;, aipaYva', corrigia uurigaiis '°, scutica, étaient indistinctement employés pour désigner ce genre de cravache, concurremment avec les termes de ptâdTi; et de flagellum. Tous ces mots étaient synonymes ; il serait oiseux de rechercher sur les monuments figurés des représentations distinctes correspondant à chacun de ces termes ; aucun d'eux ne spécifiait un type particulier; ils désignaient tous la cra-

Fouels de cocher.

Fig. 30S4. — Fouet de chasseur.

vache à lanière de cuir unie ou tressée " (fig. 3082). Le cocher qui conduit le char royal dans la grande mosaïque de la maison du Faune à Pompéi'^ tient une cravache à mince lanière. Un cuir s'enroule autour du manche, muni d'une anse qui permettait de le suspendre au bras (fig. 3083).

Ces fouets ou cravaches servaient à corriger ou exciter les chevaux", les bœufs ", à dresser les animaux'^, à

maitre d'écolo est fait d'un cuir (?pais et d'une queue de bœuf. — 9 Hesych. 'lità^, nàffOîkTi, [iàirOl^ïiç, IjAiffO^ïi ; cf. i[jiàffffw, 'ï^iài xùveio; ; .^istoph. Vesp. 231 ; PoUux, X, 54; Alciphr. Epig. III, 51, 3. — 10 Voy. corrigia. Une corrigia aurigalis est mentionnée dans l'édit de Dioclélien sur le maximum, c. x, 19, au prix de deux deniers. — 11 Mus. Pio. Clément. V, pi. xu, d'où est tirée la figure 308!. — n Mus. Borbon. Vlll.pl. ixxvi. — i3Voy. des fouets courts de cochers ou de cavaliers, fig. 1520. 1523, 1329, 1530, 1S32, 1917-1921, 2609, 2228 ; Mus. Pio. Clément, pi. xixil à xu; Pitture fErcolano, I, pi. x; Mosaïques n" 25 à 28 du Musée Kircher à Rome, Atlid. Accad. d. iincei, sér. III, t. Vil, pi. à la p. 15G; Schreilxr, Cultur historicb. Bilderattas. i>\ . ixvn, 2 ; Monum<rnti, II, pi. xxxu ; VI, pi. xi, xlyi, xi.tii, 3 ; 1S55, pi. xvu ; Annal. 1836, p. 117; 1840, p. 157 ; 1863, pL d; 1870, lar. LMX; 1885. pi. i = Campana, Antiche opère. II, pi. xci.xcn, eu; Gerhard, Ausserksene Vasenbitder. p\.ccx\-n(= Duniy, Hisl. des Grecs, I, p. 732); Duniy, Hist. des Romains, VI, p. 274; Sabatier, Médailles contorniates, pi. vi ; Notizia dei vasi dipinti del conte di Siracusa, pi. vi ; Millict. Giraudon, Vasespeints, pi. i.xxvi ; Femme fouettant un bœuf (Virgile du Vatican),etc.— " Duruy, Hisl. des Romains. \H, p. 195, édit do Dioclétien, X, IS - flagellum raulionicum r. — 16 Fouets de dressage ; fig. 831, 835, 837. Vojf. usiui.

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— HS4. —

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Fîg. 3085. — Fouet de gardien.

Fis. 3086. — Elrivièrcs.

mâter les chiens. Le fouet faisait aussi partie de l'attirail des chasseurs (fig. 3084) ' .

C'est sans doute une scuiica de ce genre, à gros manche et à lanière garnie de nœuds, qui est entre les mains d'une statuette en terre cuite d'Artémis provenant deCorcyre".

Elle était indispensable au.\ gardiens des moissons, des tombeaux et de tous les lieux dont l'accès était interdit :

telle paraît être la destination des grands fouets dont sont armés deux personnages dont les figures mutilées ont été trouvées parmi des ruines romaines en Angleterre^. L'une d'elles est reproduite ici (fig. 3085). A la même catégorie appartiennenl les courroies, rênes, brides, vjvi'a, puTT^p, kfiaf^ûi;, puTaYtoYEÛ; ', lorum, habena ^ employées quelquefois sans manche comme fouets ou comme instruments de punition, ainsi que le montre (fig. 3086) un bas-relief du musée du Capitole°, ces mots sont devenus, comme clrivières en français, synonymes de fouet.

Virgile' emploie le mot habena pour désigner le fouet dont se servent les enfants pour faire tourner un sabot [tuhbo]. On voit (fig. 3087) sur une

coupe à fond blanc une jeune femme qui emploie pour le même jeu un fouet à plusieurs lanières '.

III. On voit par cet exemple et par celui de la figure 3081 que le fouet, long ou court, pouvait être à double escourgée (ixàsTi? SnrXîi).

Plusieurs textes font mention de fouets semblables ', et ils sont souvent représentés sur les vases peints '".

Sur l'un d'eux, des cavaliers tiennent des fouets doubles dont les lanières sont terminées par de

ISclireiber, Bilderallas. pi. xxxii, 4. La fig. 3084 est tirée d'un lombeau du musée de Parme où est représenté un chasseur. — 2 Bull, de corr. hellijn. 1891, p. 79, fig. 13. — 3 Archacologia, Londres, t. XXXII, pi. ii. — l Pollut, III, 79. — 6 Plaut. Pseud. 1. 2, 12; Terent. Adelph. Il, 1, 28; Hor. Ep. I, 10, 47; II, 2, 15; Dig. XXIX, 5, I, 33. — 6 Foggini, Mus. Capitol. IV, pi. lx. —^ Aen. VII, .380.

— 8 Frôhner, Catalogue de la collect. Van Branteqhem, n° 67. — 9 Sopli. Ajax. 242; Aeschyl. Ajiam. 642; MàireXiiî Si'yovoî dans ÏAndroméde de Sophocle (fr. 1.17); Hesych. ûi^ov); ; Elym. Magn. 8.v.\ 'Iii«;Si7:Xouçdaus MQ^'^chm^.ci Etym.Magn.; iiiXâ xivTfei dans Soph. Oed. r. 809. — 10 Voy. fig. 1312, 2208, Fouet double Icnu par un cavalier, il/u-s. etrusco al Vatic. Il, pi. xciu ; Compt. rendus de la commisde Saint-Pétersbourg pour 1862, pi. iv, p. 74; tenu |»ar un Triton, peinture de Pompéi, Mus. Borbon. III, pL lu; par une Furie, Millin, Tombeaux de Canosa, pi, ni.

— Il Monumenli, 1836, pi. xiiu. — H Anacr. fr. 21 (19), 10 éd. Borgk. ; Apul. Metam. VIU, 28 (p. 2U) ; « Flagrjm coutorlts leuiis lanosi velleris prolixe fimbria-

Fouet de sabot.

Fig. 3088. — Fouet garni déballes.

petites balles (fig. 3088). Un fouet triple pareillement garni se voit dans la main d'un conducteur de char [CARRUCAfig. 1197]".

IV. Le martinet, ou fouet à manche court et à lanière multiple (î|j.â<;, (ijiû-

scuiica '^) était d'un emploi fréquentpour punir les esclaves et les enfants. Il est placé dans la main de Pan, sur un vase peint '', et dans un exemple reproduit (fig. 3089), entre les mains de l'un des Silènes qui brûlent eltorturentLamia''*.

Le martinet en peau d'anguille [anguilla]^^ était surtout appliqué aux enfants dans les écoles, sans doute n cause de sa légèreté. Mais comme instrument de discipline, le martinet était susceptible d'aggravations savamment graduées. Moins inoll'ensive que la scuiica était le scorpion (scorpio) "^, sorte de garcette, faite de cordes nouées dont les extrémités libres étaient garnies de pointes (fig. 3090). Plus cuisant devait être encore le hérisson (ôcxpi/tç), dont les nœuds étaient hérissées de poils de porc". Mais le plus terrible de ces instruments était le flagrum, qui, dans ce cas, ne doit pas être confondu avec le flagellum proprement dit". C'était une espèce de knout, qui frappait lourdement, écrasait les chairs, rompait les os et couvrait le corps de plaies contuses. Il y en avait plusieurs sortes : 1° Le ii-ia-zil àsTpaya- XtoTVi " OU [J-âsTi; kl àG-paYotXwv^", 'iixâç àaxpayaXcoTdç"', flagrum mullijugis talis ovium iesseratum *\ c'est-à-dire garni d'osselets. On le reconnaît sur la stèle d'un archigalle, grand prêtre de Cybèle (fig. 3091) ". 2° Le pbim-

bum ou plumbata "', à manche de fil de fer tortillé, armé, en guise de lanières, de chaînettes terminées par des boules de métal. On en a conservé plusieurs spécimens (fig. 3092) ^^. Prudence compare ses etlets à

lum ... — 13 Millin, II, p. 44. pi. xxvi. — H Athen. Milthed. 1891. pi. ii. Voy. aussi le fouet du bestiaire sur le diptyque d'An.-isiase, fig. 1687. — IC Pliii. Hist. nat. iX, 39 ; Isid. Orig. V, 27, 15. Voy p. 2053, note 8. — •« Vulg. Reg. 1, 12, 11 ; Isid. V, 27, 18; Acta Sanct. Quattuor coronat . 7 cl 8. La fig. 3092 d'après un vase de bronze de Ponipéj, Mus. Borbon. XIV, pi. i.vi. On peut aussi roconnailro un instrument analogue sur la fig. 1882; cf. Wieseler, Dcnkmnler des nnlinenwesens, Gôtling, 1851, p. 8!. — 11 Pollux, III, 79; Arisloph. Pax, 746 et lo scliol. ad. l. ; Hesych. s. v. ; Tzeties, Ad Lycophr. 21 ; Plut. Mor. p. 1087 ; Alciphr. Epiqr. 3, 43, 4. — 18 Piaule n'emploie jamais que lo moyflngrum. — 19 Plut. Adv. Colot. p. 1127 G. — 20 Luciuit. Asin. 38. — 2lAllien. IV, 153 a; Euslath. il. p, 1289, 52; Pollux, X, 53.54. — 22 Apul. .\fel. VIII, 28, p. 214; ï. Justo-Lipse ad Sencc. De Ira, III, 19. — 23 Winckclmann, Monum. inédit. I, 8,p. 8; Foggini, Mu.':. Ciifiilol. IV, 16. — S'. Prudent. Peristrpli. X, 116 ell21;0vid. ;i/t;(am. X, 227;Zozim. V, 2, 7 ; Cod. Tlicodos. 9,35, 2. — 2»Caylus, Hec. d'antiq. VII, pi. lvii, 4 à 9.

Fig. 3089.— Martinet.

Fig. 3000. — Garcelto.

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ceux (lo la grêle {puhalus illn rjrrnidine). On a aussi recuulii dans les tombeaux des niarlvrs, aux Catacombes,

Fig. 3002.

Fouets de toi'lure.

fig. .003.

plusieurs instruments semblables (fig. 3093) composés de cliainctles réunies par un anneau et terminées par des boules de plomb '.

V. En latin, le mol flarjcllum désignait aussi la courroie adaptée au javelot pour le lancer ou au harpon pour le ramener- [amentum].

VI. L'usage de la flagellation avec l'un ou l'autre des objets énuniérés plus haut était originaire d'Orient. Comme moyen de punition, la flagellation se combinait avec la fustigation ou bastonnade [foena, verbera]. En Egypte et en Assyrie, le fouet était appliqué à tous les sujets du souverain, sans distinction de classes. Les ol'ticiers et contremaîtres royaux en usaient largement pour stimuler leurs troupes et leurs ouvriers. Les auteurs grecs parlent avec stupeur des bandes de Darius et de Xerxès qu'on faisait marcher à coups de fouets C'est aussi à coups de fouet et de bâton qu'étaient creusés les canaux*, que s'élevaient les fastueuses constructions des monarques orientaux : ces instruments étaient les auxiliaires do la corvée et jouaient un rôle actif dans les travaux publics.

Le sentiment de la dignité humaine était trop vif chez les Grecs pour s'accommoder du même traitement que les animaux et les peuples barbares. La peine du fouet était regardée par eux comme infamante ; on la réservait aux esclaves. Elle était placée plus bas que la meule, le C'i- Tp£Tov,etc. [SERVUS]^. Elle était appliquée dans la maison; les esclaves mauvais sujets étaient flétris du nom de roués ([AauTtYiaç, xÉvTpcov, mastigia, verbero). Le maître pouvait faire fouetter l'esclave jusqu'à écorchement du dos, en le faisant attacher à un poteau". Platon condamne l'esclave, meurtrier volontaired'unhommelibre, àpérirsous le fouet, de la main du bourreau '.

* Perret, Catacombes de Jiome, t. IV, pi. xiv ; Marligny, Dict. des antiquités clirétiennes au mot uaut\ues ; voy. Lupi, Dissertaz. lettere, etc. Facnza, 1785, 1, diss. XII. — aVirg. Aen.Vl, 730 ; Serv. ad toc. — SHorodot, Vil, 56, 103; Xenopb. Cyrop. 8, 3, 9; Anab. 3, 4. 25. Des mastigopliores escortent les prisonniers corcyréens, Tliucyd. IV, 47. — 4 Plularquc, Péri Euthymias, 470 E, parle de ceux qui ont percé l'Alhos sous le fouet. — 6 PoUux, 3, 79; Aristopli. liquil. 1228 ; Plat. Gorg. p. 524 C ; Arist. lian. 501 ; Lysisli: 1240 ; l'hileni. Frag. 143 M ; Plaut. Capl. 3, 4, 68 ; Tcrent. Ad. V, 2, 6. — 6 Hyper, ap. Poil. /. l. — t Leg. IX, p. 872 B. Les complices de Ciuadon, à Sp;irle, furent promenés dans les rues, battus de verges et piqués d'aiguillons (Xcn. Uell. III, 3, 11). Voy. casticatio. —8 Dig. .VLVIll, 2S,2. — 0 Dig. XLVllI, 19, 10, Sur une monnaie de la gens Oidia, le pniteur T. Didius,

La loi romaine ne permettait pour les hommes libres que la fustigation ou la bastonnade, qui n'était pas infamante ', mais non la flagellation. Le fouet était appliqué par le bourreau aux esclaves, dans tous les cas oii les hommes libres encouraient la peine du bâton'; après quoi, on les rendait à leurs maîtres : cela s'appelait /Ingellis caedi. Il était d'usage de ne pas soumettre à la torture les esclaves impubères, mais de leur appliquer Vhabena ou la ferula [habena velferula caedi} '". L'esclave coupable de sévices graves [injuria atrox), en l'absence de son maître, était roué à coups de flagruin [praesidi offi:rcnduscslqui cum flagris rumpal) ". Lesrescrits d'Anlonin et de Sévère donnent au préfet des Vigiles le droit d'appliquer le bâton ou le fouet aux hal)itants des insulae qui négligent les précautions relatives au feu (pôles fuslibus vel flagellis caedi jubere'^). 11 faut, sans doute, entendre le bâton pour les hommes libres, le fouet pour les esclaves. L'usufruitier d'un esclave n'avait le droit de lui infliger qu'une correction légère [casligalio levis), mais non des coups de fouet". Sous les derniers empereurs (ordonnances de Valens et de Valentinien, 376 ap. J.-C), le supplice de la plumbatn, quoique qualiflé d'immanis par le code Théodosien '"' etréprouvé en ce qui concernait les hommes libres, n'était cependant pas proscrit ; en étaient seulement exempts les dix premiers curiales de l'ordre ; pour les autres, il devait en être usé avec modération. Le fouelsous toutes ses formes pouvait être appliqué, dans l'intérieur de la maison, aux esclaves coupables, sur l'ordre du maître, en vertu de ses droits de justice domestique. Les Romains usaient largement de ce droit. La comédie latine nous renvoie, parles plaintes des esclaves, l'écho des scènes brutales dont le principal héros était le lorarius, ou exécuteur des sentences du maître, et le théâtre les épaules et le dos meurtris des patients". II n'y avait pas un de ces tristes personnages qui ne pût étaler aux yeux les stigmates les plus cruels, témoignages de son infamie et de la rigueur impitoyable qu'on opposait à ses mauvais instincts '^. Le fouetne chômait quependant les Saturnales; il était alors mis sous scellé par le maître". 11 y avait des degrés dans la flagellation, suivant les instruments qui frappaient. La scuiica ou le lorum était le plus anodin, Vhorribile flagellum plus redouté, enfin le (lagrum réservé pour les cas les plus graves ". L'effet de chacun de ces objets est caractérisé par des mots spéciaux : caedere, secare, scindcre, pour la scuiica et le flagellum^^, dont les Dnes lanières cinglaient la peau; rumpere et pinsere'" expriment les contusions produites par le flagruin ; forare et fodere par les instruments munis de piquants-'.

La flagellation était en usage dans les écoles pour punir les enfants paresseux ou rebelles. Elle s'exerçait surtout par la ferula (vâsÔY);), les verges [virgaon ulmei), et la scuiica [educatio]''".

La flagellation liturgique, en l'honneur de certaines

vainqueur des esclaves rebelles en Sicile, est représenté, un fouet double à la main, frappant un homme armé ; Eckel, Doct. num. V, 201 ; Cohen, Mon, de la Jiép. Didia, pi. XVI ; Babelon, Mon. de la Rèp. I, p. 456. — lO Dig. XXIX. 5, I, 33.

— 11 Dig. XLVll, iO, 9. 3. — 12 Dig. I, 15, 3, 1. — 13 Dig. VII, I, Ï3. — 1» Cod. Theod. IX, 35, 2. — IS Plaut. Cure. 4, Il (1281;. Vojf. I, I, I (56); Pseud. I, 2, 13 (1240); Capt. I, S ; Men. 951 ; Tcrcnl. Ad. Il, 1, 28 ; V, 2, 6 ; Senec. De mort. Clnud. 151 ; Aul. Gcll. X, 3, S. — 16 Voy. la scène rcpr.'.senlée par la fig. ISSî.

— " Martial. XIV, 79. — 18 Uorat. Sat. I, 3. 117 ; Juvcn. VI, 479. — »Ibid. Oiid. Ibis. 183. — =0 Dig. XLVll, 10, 9, 3. — 31 Plaut. .Vos(. 56 ; Men. 951 ; Cure. 12S.

— 23 Les principaux textes relatifs à la O.igellation dans les écoles ont été K-unis par 0. Jalin, Varsteliungen d. Uandwerkes, p. 294 ; cf. Liban, vol. IV. p. 389, 668.

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divinités, est interprétée par quelques auteurs comme une atténuation des sacrifices humains, auxquels répugnait le génie grec. On fouettait les enfants jusqu'au sang, à Sparte, devant l'autel d'Artémis Orthia ; les femmes, à Aléa, dans le temple de Dionysos'. Les prêtres de Cybèle ouarchigalles, ancètresdes/?aje//a?!/s du moyen âge, se donnaient la discipline dans les temples de Méter, avec ràc-oseyaXcoTvî [xâcTi; ; ils cherchaient, par ces morlificalions violentes, à frapper l'imagination des foule»-. Le fouet à osselets (fig. 3091) se trouve sur la stèle d'un archigalle, parmi les objets consacrés à Cybèle.

Le fouet était l'insigne de certains dignitaires, ppaêEïç, u.x'JTifoaocoi , [AadTiYovôuoi et 'çiai&ooùyo>. ', designalorcs, flagclliferi, masiiffophori''. Ils assistaient les agonothètes pendant les luîtes gymniques, ainsi que le représente la

Fig. 3094.

Surveillanls armés de fouels.

ligure 3094 ^ tenant un fouet ou un bâton [rhabdoucuoi], pour réprimer les infractions aux règlements des jeux, empêcher lés lutteurs de s'engager trop à fond, peut être aussi pour tenir la foule à distance, comme cela se pratique encore en Orient. Chez les Romains, les gladiateurs qui se refusaient au combat y étaient poussés à coups de fouet*"'.

Le fouet est souvent donné comme attribut à la triple HÉKATÉ,la déesse qui vit au milieu des monstres infernaux, chargée de maintenir l'ordre parmi les ombres'', à BELLONA, que les poètes représentent armée d'un fouet noir de sang ', et aux furiae '. G. Fougères.

FLAMEX, FLAMIMCA, FLAMOi\IUM. — I. Caractères GÉNÉRAUX DU FLAMINAT. — 1° DffiniHon et étymologic.

— Les Romains de l'époque classique appelaient du nom de flamine [flamen) un prêtre attaché spécialement au service d'une divinité. « Que chaque flamine ne soit attribué qu'à un dieu », dit Cicéron '. Le flamine portait le nom de son dieu, et avait pour office de lui sacrifier^. Ainsi, celui qu'on nommait le jlamcn Dialis était, dit Tite-Live, « le prêtre permanent de Jupiter », flaminem Jovi assiduum sacerdotem^ . Les Latins rempla-

iPausan. Arcad. 23; Maury, iîe/iy. rfc la Gr. <lnti(iue, 1, p. 184; II, p. 105; 111, p. 217. — 2 Plut. Adv. Colot. p. 1127 G; Apul. Melam. VUI, 173.

— 3 PoU. m, 143, 154; Xenoph. liesp. Lac. 2, 2. - * Dig. 50, 4, 18, 17; Prudent. Symmach. II, 516. — * Fragment d'anipbore inédit du Musée du Louvre; \oy. aussi la mosaïque de Tusculum, Monumenti, VII, pl. lx&xii.

— 6 Terlull. De Spect. 21; Quintil. Becl. IX, 6. Sur la mosaïque Borghôse ou voit à côté des gladiateurs des hommes armés de fouets à double et à triple lanière ; Henzen, Explic. rnusivi in villa Dorqhcs. pi. i. — 7 Arch. Zeil. 1857, pi. xcix ; Arch. Epigr. Mith. Oesler. IV, pl. vi. — 8 Sil. Punie. IV, 439; Virg. Aen. VIII, 703; Lucan. VI, TM. — 0 Virg. Aen. VI, 570; Val. Flac. VIII, 20, etc.; voy. Bûttigcr, Kleine Schriften, I, p. 223, 236 et l'art, fdbiae. — BiOMO- CRAPUiE. Gflll ap. Bccker, Gallus, II, p. 176 et s., Berl. 1881; Kirclmer, Ad Hor.

çaient parfois le mot de flamine par celui de sacerdos dei, en indiquant le dieu auquel le prêtre appartenait' ; de même les Grecs disaient t£p£'J;T&3 Atd; pour flamen Dialis. Telle est la définition que les écrivains semblent préférer, et elle est à peu près exacte pour le flaminat des temps historiques : nous verrons qu'elle ne convient peut-être pas au caractère primitif de ce sacerdoce.

La dignité de flamine se nommait flamonium, et, plus rarement, flaminaius : ce sont les deux seules formes que nous trouvions dans les incriptions. Les textes donnent souvent a.ussi flamini uni, mais c'est sans doute par négligence des copistes '".

Les recherches étymologiques ne nous apprennent rien sur le vrai caractère de ce sacerdoce. Les anciens s'accordaient à dériver le mot flamen de celui de filum, « fil » : un til de laine ornait en effet la coiffure des grands flamines romains^. Mais la philologie ne parait pas justifier cette dérivation. Les modernes rattacheraient plus volontiers flamen au \cvb(; flare, « souffler » ' : le flamine serait le prêtre chargé de souffler sur le feu de l'autel pour l'allumer. Cette étymologie a au moins l'avantage de correspondre à tout ce que nous savons du caractère primitif du flaminat. Mais ce caractère ne ressortira bien que si nous examinons en détail toutes les obligations que comportait l'exercice de ce sacerdoce Prenons pour exemple le i)lus important des flamines romains, celui qui conserva le plus fidèlement ses attributs traditionnels, le flamine de Jupiter, /7aî;i''H Dialis.

2" Z.C flamine appariienl au dieu. — Dire simplement que le flamine est le prêtre ou le ministre d'un dieu, sacerdos dei., serait inexact. Sans doute, sacrifier à ce dieu est sa principale, nous verrons même son unique fonction : mais cela constitue seulement la partie active de son rôle religieux. Si le dieu ne lui demande rien de plus comme besogne effective, il lui impose un nombre infini d'obligations. Les sacrifices ne rendent pas le flamine quitte envers son dieu : il est soumis à son endroit à des prescriptions et à des rites de toutes sorte, caerimoniae et castits multiplices^. Or, ces proscripfions' sont à peu près uniquement des défenses. Si l'on énuinérait toutes les règles auxquelles était soumis le flamine de Jupiter, on n'en trouverait qu'une seule de vraiment positive : le sacrifice à faire; toutes les autres sont des interdictions. Il en est du flamine comme des hommes au jour de fête"' : la religion leur défend, aux jours fériés, infiniment plus qu'elle ne leur impose; de même au flamine, durant toute sa vie, les dieux recommandent moins ce qu'il doit faire que ce qu'il doit éviter. Or, le jour de fête appartient en propre à la divinité : on devine qu'il en sera ainsi de la vie du flamine. Les anciens faisaient d'ailleurs cette assimilation avec la dernière netteté. Chaque jour est pour le flamine de Jupiter un jour férié : Dialis quoiidie feriatus

Sut. I, 3. 19; Marquardt, Privatleben der liâmer, Lcipz. 1886, p. 179, noie 3. FX.Y.MEN, FLAMIMCA, FLAMOMUM. I Omnibn.i diris poitlifices, siiigtllis flamines sunto, Cic. De lefj. II, 8, 20. — 2 Flaminum sinfjuli cognomina habent, ab eo deo cui saci'a faciunt ; Varr. De ling. lai. V, 81; cf. VII, 45. — 3 Tit.-I.iv. I, ;*0. — 4 i;f. Ovid. Fast. I, 587. — B Voir Mommsen, Epbem. Epigr. I, p. 221. Beaucoup de mss. des auteurs classiques ionacul flamoniuin, mais cette orthogrnpjie n'aété maintenue par les différents éditeurs que dans un tcxlcde Sidoine, Epist. V, 7.

— c Flamen quasi fitamcn, Paul. p. 87; VaiT. Ling. lat. V, 84; Serv. Aen. VIII, 664 ; \. 270; Plut. IVuma, 7 ; Dionys. II, 64. Il faut lire dans i'inscr. esp.-ignole Corp. II, 473, flamen et non filamcn que portait Gruter, ("CXXVII. 6. — 7 Marquardt, édil. Wissowa, p. 326. — 8 UcU. X, 13, 1. — 9 D'après Aulu-Gelle, X, 13.

— 10 VOV. FEHIAB.

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est '. Sa vie est consacrée à Jupitor, comme celle du peuple romain était consacrée à ce dieu au temps des Ides. Comme le peuple pendant les lélos, le fiamine ne devait, durant sa vie, l'aire aucun travail humain. Les textes ne parlent pas de la culture des champs : cela allait de soi. Mais la guerre était interdite au flamine - : il ne pouvait môme pas monter à cheval '. Les luttes politiques lui étaient inaccessibles : il devait se tenir éloigné de toute magistrature*. Nous ne parlons, bien entendu, que des temps primitifs, les seuls où nous pourrons juger le caractère fondamental du flaminat.

La qualité de prêtre d'un dieu se révèle par les insignes. Les autres prêtres n'apparaissent avec les leurs que dans les cérémonies publiques. Le llamine ne quitte jamais les siens '^ : il est censé en service permanent auprès de la divinité, assiduus, dit Tite-Live °. Toute la journée, il paraîtra avec son bonnet sacerdotal : TtiÀotpopE! à.d, dit Appien ''. Les hommes ne doivent le voir que dans le costume de son ministère '.

Comme le dieu auquel il appartient habite Rome et qu'on ne peut lui sacrifier qu'à Rome, sur les autels à lui consacrés, le flamine ne pourra pas s'absenter de la ville : il n'a pas le droit de passer une nuit hors de sa demeure, flamini Diall unam nociem manere extra Urbem nefas^. Un léger cordon de boue ou de poussière entoure les pieds de son lit, comme pour lui rappeler l'obligation de n'en point sortir aux heures du repos'".

De même que tout ce qui était la propriété d'un dieu, le flamine devait sans aucun doute être regardé comme un être pur : l'idée de pureté paraît inséparable de son ministère et de sa personne. Les anciens ne le disent pas dune façon précise" : mais ils donnent certains détails qui permettent de l'affirmer. On sait que le bronze était le métal consacré dans les sacrifices '- : la victime ne pouvait être touchée que par un couteau de bronze; de même, la barbe du flamine ne pouvait être rasée que par un rasoir en bronze". Or, la victime, avant tout, doit être « pure ». Il était défendu au flamen Dial'is de toucher, d'approcher et même de nommer aucun des objets ou des animaux auxquels les Romains de l'époque primitive attachaient quelque impureté : ni un mort ni un bûcher"; ni de la viande crue'^; ni de la farine fermcnlée'^; ni des fèves, car les fèves appartiennent aux morts"; ni un chien", ni une chèvre'", car ces deux animaux sont les victimes préférées des dieux souterrains-"; ni un cheval, parce queson fielestempoisonné-'. Enfin, il lui est interdit d'entendre le son des flûtes funéraires ". Au fond, toutes ces interdictions se ramènent à une seule : le flamine doit éviter tout contact, toute relation, par le toucher, la vue ou la parole, avec la mort ou la corruption, avec les objets et les êtres qui sont attribués au culte des morts et de leurs dieux. Le

1 (iell. X, i5; les mss. portent fertatus, que les l'dileurs corrif,'cnL parfois aussi en feslalus. — 2 Liv. XXIV, 8, 10 (/him. Quirinnlis) ; l.iv. Ejiit. XIX (fiam. JUarlialis). — 3 Gell. X, 15 ; l'iul. Qu. Jl07n. 40 ; cf. Paul. p. 81, qui ajoute : A'e, si Iongius digrederetur^ sacra iieglegert-'ntur, — * Plut. Qu. Itom. 113 : 'Açx^^ «>^» Iç.tTo )i«Sitv oûSi ntttiOsrv. Cf. Liv. IV, 54, 7. — B App. B. civ. I, 06. —6 Liv. I, 20. — ^ App. B. civ. 1, 65 ; Gell. X, 15, 50 ; Plut. Qu. Jlom. 40; Scrv. ^e,i. VIII, CG4 ; cf. I, 305. — S Plutarque, Qu. Born. 40, croit qu'il ue doit passe montrer im devant son dieu. — a Liv. V, ai, 13 ; cf. Tac. Ann. III, 71 ; Plut. Qu. Bom. 40; Liv. XXXVII, 50 [flam. Quirinnlis). — 10 Gell. X. 15. — H Cas/iw, dit Ovide du flamen DialiSy Fast. I, 587. — ii Beligioni opta est liaec materies ; Serv. arfvlcn. I. 448. — laServ. ad Aen. I, 448 ; cf. Marr. V,19, 13. De niùnie le flamine ne pouvait user que do fibules do bronze, Paul, p. 113. — H Oeil. X, 1.1 ; cf. Serv. ad Aen. XI, 70 et la loi de Narbouiie (flam. Auyu.iti\. Il hii est cependant permis de suivre des funérailles; Gell. X, 15. MCmes prescriptions pour le grand sacrificateur des Juifs, Levit. 21, ;i. — 15 Gell.

contact de la mort souille à un tel point le caractère sacré du flamine que Mérula, avant de se suicider, déposa les insignes de son sacerdoce : parce que, disait-il, un flamine ne devait point mourir dans son costume de prêtre ". C'estsansaucun doute pour demeurer fidèleà cet idéal de pureté que le flamen D'ialïs ne pouvait être que patricien, marié, et marié suivant le rite sacré de la ronfarrealin-'. Célibataire ou plébéien, le flamine n'eût pas eu de foyer, de famille; il eût manqué de cette dignité de palerfamilias qui faisait de lui un prêtre et un maître; il n'eiU pas eu qualité pour se présenter devant les autels et faire un sacrifice au nom du peuple romain. Et toute autre forme de mariage que la confarreatio n'eût pas donné à son union et à son foyer le caractère sacré qu'ils devaient avoir. Mais il y a plus. Le veuvage, rompant cette union, enlevait ainsi au flamine son caractère religieux, à sa vie sa pureté; il ne pouvait se représenter devant son dieu, et la mort de sa femme l'obligeait à quitter son ministère : uxorem si amisit, flamonio decedit^'\ A plus forte raison, le divorce lui était-il interdit"; la mort seule, disait la loi des pontifes, pouvait briser le mariage du flamine, matrimonium flaminis nisi morte dirimi jus non est^''. Le flamine est « l'homme d'une seule femme », flamen unius uxoris^*. Gardonsnous cependant d'attribuer à cette prescription la haute pureté morale qui s'attache à la vie de famille et à la fidélité conjugale : il s'agissait là, pour les anciens, 'd'une pureté surtout extérieure, résidant dans l'état religieux et la condition sociale des individus. La législation romaine, en ce qui concerne le flamine, ressemble à s'y méprendre à la législation hébraïque relative au souverain sacrilicateurdelahveh, lequel a d'ailleurs avec le prêtre de Jupiter des ressemblances nombreuses : l'un et l'autre dieu ne craignent qu'une chose pour leur prêtre, c'est qu' " il se souille, lui et sa famille, au milieu du peuple-' ».

Le flamine de Jupiter était donc quelque chose de plus qu'un sacrificateur et qu'un prêtre du dieu. II est en quelque sorte son homme et sa chose. II lui appartient, non pas tout à fait comme un esclave à son maître, mais presque comme un temple, commeunestatueàsa divinité.

3° Le flamine est indépendant de tout lien humain. — Aussi, le flamine semble avoir rompu tout lien avec la nature et les autres hommes. 11 est à part dans le monde, et pour ainsi dire le prisonnier du dieu. II n'appartient plus à la société humaine : c'est ce que la religion primitive marquait par une série de symboles.

D'abord le flamine ne peut être en contact avec aucun lien matériel, avec rien qui ressemble à un auneau, une chaîne, une attache continue. Portait-il un anneau, cet anneau devait être brisé par un endroit^". Ses vêtements ne pouvaient être retenus que par des agrafes ou

X, 15, li; Plut. Qu. Bom.l\0. — IC Gell.X, 15, 10; Plat.Qu. Bom. \09 .^en. ad Aen. 1, 179. On sait que le levain est interdit chez les Juifs aui files de Pàque (Eiod. iij, n Gell. X , 15 ; Plin. f/ist. nat. XVIll, ll'J ; cf. Paul. p. 87, qui ajoute : Qmd ea putalur ad mortuos pertinere. — 'S Plut. Qu. Bom. 1 1 1 : le chien, dit Plutarque^ n'est pas un animal pur. — 19 Gell. X, 15, 12; Plut. Qu. Bom. 111. La chèvre n'était pas un animal pnr, dit Plutarque, étant sujette à l'épdepsie. — 20 Serv. ad Aen. VII, JIO ; Virg. Aen. VI, 257, etc. — 21 Plin. Ifist. nat. XXVIII, 146 ; c'est l'eiplicatioDqas donne Pline : il est permis d'en douter, et de se demander si le cheval n'a pas été primitivement consacré aux dieux infernaux; on peut encore rattacher cette défense à celle qui tenait le flamine éloigné do la guerre. — 22 Paul. p. 93. — 23 Appian. De bfll. civ. p. 394. — 2k Serv. ad Aen. IV, 103, 374. — 86 Gc-ll. X, 15, 22 ; PluU Qu. Bom. 50; Priscian. V,12, p. 149, Hertz. — 26 Plut. Qu. Bom. 50 ; Sert . ad Aen. IV, 29; Paul. p. 89. — -^ Gell. X, 13. — 2S Hieronjm. Episl. 123, 8; adv. Jovin. I, 49; Terlull. De exhort. casiilatis, 13. —20 Levit. c. 21. — «GelL X, 15; Paul. p. 83.

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des fibules, c'est-à-dire des attaches présentant une solution de continuité *. Que le flamine, disaient les rituels, n'ait aucun nœud ni dans sa coiffure, ni dans son vêtement, noduni in se habet nullum^. Tous ces détails nous paraîtraient incompréhensibles, si nous ne songions que la religion primitive des Romains attachait à toute chose un sens symbolique; que rien ne lui était indifférent; que tout objet et tout être étaient par elle classés, évalués, étiquetés, avaient un rôle rituel et un sens mystique. Le symbolisme allait du reste, en ce qui concernait le flamine de Jupiter, aussi loin que possible. 11 ne devait toucher ni même nommer le lierre : car le lierre est la plante qui s'accroche ^ 11 ne pénétrera' pas sous une treille aux rameaux étendus : sans doute parce que les rejetons de la vigne enlacent et retiennent ^ La nature ne doit pas lier le flamine.

Ces prescriptions avaient une conséquence qui, à nos yeux pourrait paraître provoquée par un sentiment de charité humaine. Tout homme enchaîné qui pénètre dans la maison du flamine est immédiatement délié ". Mais les anciens ne rapportaient pas cette pratique à l'influence sacrée et bienfaisante du contact sacerdotal. Plutarque le croit sans doute, et le dit : mais Plutarque est humain, tout pénétré d'idées morales, et n'approfondit pas volontiers le sens des cérémonies primitives. Si le captif est délivré, ce n'est point parce que ses liens tombent au toucher du flamine : mais c'est parce que leur contact aurait souillé le flamine. La suite de la prescription rituelle le marque bien : les liens devaient être immédiatement transportés hors de la demeure du prêtre, et de manière qu'ils n'en touchassent pas les parois; on les enlevait par \'impluvium, d'où, par le toit, on les rejetait dans la rue ''.

Une autre conséquence de cette prescription était sans doute que nul esclave ne pouvait porter la main sur le flamine. Du moins Aulu-Gelle nous apprend qu'il ne pouvait faire couper ses cheveux que par un homme libre" : or, c'est là peut-être la seule besogne ordinaire qui fasse nécessairement subir à un homme le contact d'un autre homme.

De même qu'il ne pouvait être touché par aucun lien matériel, le flamine de Jupiter ne pouvait être soumis à aucun lien moral : les obligations habituelles de la société ne le concernaient point. Il vivait en dehors de la vie publique : il ne pouvait prendre part à la guerre, il ne pouvait devenir magistrat", il était dispensé du devoir le plus sérieux et privé du droit le plus précieux du citoyen romain. On pourrait croire que c'était parce qu'il devait à la divinité tout son temps et tous ses soins. Mais un autre principe plus étroit et plus précis avait dicté cette règle. Servir à l'armée, être magistrat, n'allaient pas sans la prestation d'un serment : un serment liait à l'Etat le soldat comme le magistrat.

< Paul. ]). 113 ; Serv. ad Aen. IV, 2Gi. — 2 Gcll. X, 15 ; Paul. p. 82. — 3 Coll. X, 15, 12 ; Paul. p. 82 ; Plut. Qu. llom. 112. C'esl, dit Plutarque, que le lierre est un arbuste inutile, stérile et chancelant. — '* Gell. X, 13 ; les mss. portent succedit, succidet, succcdcst : il faut sans doute lire succedit ou succedet; cf. en effet F*lutarcli. Qu. Rom. 112: OùSi oSi» Si!Î.Otr» àv«St/Sj4So5 «vudi/ S.aTtT«|itv>i!, — K C'est, dit Plutarque, parce que le flamine ne doit pas s'enivrer. — G Vinctum si aedesejus introicrit, 3olvi necessum est, Gell. .X, 15, 18; Serv. Aen. Il, 57; Plut. Q"- Itom. 111. — 7 Mômes textes. — 8 CapiUum Dïalis nisi qui liber homo est non detonset; X, 15. — 9 Gell. X, 15, 4; Uï. XXXI, 50; Plut. Qu. llom. 113 ; Dionjs. Il, 21 (pour les flamincs des curies) : ETfaTei-ùv iro^tî.ujAévouî, T'MV 8l xaT« tïjv t:ô).iv (>/>ïiç^v. — 10 Paul. p. 104 ; plut. Qu. Itom. 44; Oùx t;e<TTt ônôffai ; Gell. X, 15, 4. L'i'dit du pr<^-tcur, qu'Aulu- Cellc rapporte plus loin, mentionnait : Flaminem Dinlrm in omnî mea jurisdictione jurare non cogam. Ncve invita jurato, dit la loi de Narboune de la flaminique

Or, le flamine ne peut être enchaîné par ce lien moral qui est le serment, jurare Dialem ncfas '". Un fait prouve bien que tel était le sens que la religion attribuait à cette défense d'être magistrat. L'an 200 avant notre ère, il fut permis pour la première fois à un flamine de Jupiter d'exercer l'édilité curule : le peuple autorisa qu'il fût dispensé du serment, et que le frère du nouveau magistrat le prêtât à sa place".

A" Le flamine, incarnation de la divinilc. — C'est encore peu de dire que le flamine, délié de tout lien envers les hommes, n'appartient qu'au dieu. On peut ajouter qu'il incarne le dieu auquel il sacrifie. S'il n'est pas dieu, il ressemble un peu à la statue qui figure la divinité : il participe à son caractère divin.

Près du lit du flamen Dialis devait toujours se trouver le gâteau du sacrifice, disposé dans une petite boîte '^. Etait-ce pour que le flamine eût, à tout moment de la nuit, le moyen de faire une ofl'rande à son dieu? ou était-ce une offrande permanente qui était faite directement au prêtre ? Les anciens ne distinguaient peutêtre pas très bien eux-mêmes ce qui était attribué au flamine et ce qui allait à son dieu. — S'il ne touchait rien d'impur, c'était sans doute aussi bien pour ne pas corrompre son essence sacrée, que pour ne point blesser le dieu auquel il appartenait. Il est défendu de placer devant le flamine une table non servie" : il en va de même du dieu, qui doit toujours avoir, dans le temple, son offrande prête et un repas préparé.

Les dieux, à certains moments de l'année, ne peuvent voir ni guerre ni armée : la vue d'une troupe armée est également chose interdite au flamine".

Les dieux condamnaient le travail au jour de fête : travailler, c'était souiller ce jour, porter atteinte à sa sainteté. De môme, les jours fériés, le flamine ne devait voir s'accomplir aucune besogne humaine. Sortait-il ces jours-là, il était précédé d'un héraut accompagné des crieurs sacrés : ils avertissaient le peuple que le flamine allait passer et qu'il fallait s'abstenir de travail '^

Nul autre homme ne peut coucher dans le lit du flamine". Il lui est défendu, en plein air, de quitter sa tunique de dessous. C'est, dit Aulu-Gelle, pour ne point paraître nu devant son dieu, Jupiter, dieu du ciel et de la lumière '''. Peut-être est-ce plutôt pour ne point paraître aux hommes comme trop semblable à euxmêmes : on sait, d'ailleurs, que les anciens avaient la coutume d'orner de vêlements les statues de leurs dieux. Si un homme condamné au fouet s'agenouille aux pieds du flamine, c'est péché que de le frapper ce jourlà". Comme les images des dieux, il doit être accessible aux prisonniers et aux suppliants ".

La maison du flamine, la flaniinia, ressemble singulièrement à la maison sainte de Vesla. Elle appartient à la religion : le feu du foyer y est sacré, et il est interdit

d'Auguste, Corpus, XII, p. 8C4. — tl Liv. XXXI, 50 : Quia flamen Dialis erat. Jurare in legcsnon poterat... Datus qui juraret pro fratre. Sur la question de savoir si le flamine de Jupiter pouvait exercer, à l'origino, un autre sacerdoce, cf. Ambrosch, 111, p. 5, n. 23 ; les listes de flaniines donm^es plus loin ne permeltcnt pas do résoudre cette question â coup sûr. Certains flaniines ont été également augures, décemvirs, mais rien no nous dit si c'esl simultanément. Sous l'Knipire, il est connu ((ue le prêtre salien. une fois nomnu'; flamine, était « eiauguré » {Corp. VI, 1978) ; cf. Marqu.irdt, p. 233. — 12 Gell. X, 15, 15.— " Serv. ad Aen. I, 706. — n Gell. X, 15, 4; Pestus, p. 249; Paul. p. 248. — IG l/t ftomine.*i alistineant ab opère, Fest. p. 249; Paul. p. 224; Macrob. 1, 16, 9. — 16 Gell. X, 15. — n Gell. X, 15, 20. —18 Gell. X, l,ï, 10; Plut. Qu. llom. 111 ;Serv. ad Àcn. 111, 607. — i9 Plut. Qu.Kom. III. C'esl pour cela, dit Plutarque, (]u'il ne doit pas y avoir de chien dans sa maison. 11 .ijoule qu'il y a toujours un lit dans le vestibule du flamine ; sans doute le suppliant peut l'y allendro.

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de le transporter, si ce n'est pour une cérémonie religieuse '.

Enlln, le corps même du flamine a en lui quelque chose de divin : ses cheveux et ses ongles, quand ils sont coupés, sont soigneusement enterrés au pied d'un arbre cher aux dieux d'en haut, arhor fel'ix-.

11 en était du flamine, dans celte religion primitive cil il prit naissance, comme de tout ce qui louchait de très près aux dieux. On lui conféra volontiers les attributs et la puissance de ceux qu'il représentait. On fit le prêtre à l'image de la divinité.

5° Dn In nature primitive du flaminat. — On voit quelles profondes différences séparaient les flamines des autres prêtres publics du peuple romain. D'abord, ils officiaient séparément, maîtres uniques des sacrifices^, comme l'était le père de famille sacrifiant à ses dieux de sa race. Les autres prêtres publics au contraire, par exemple les pontifes, sont groupés en collèges. L'institution du flamine semble donc remonter à un temps où on ne concevait pas encore le ministère divin sous la forme de collège, où on ne se l'imaginait pas autrement que sous la forme sainte de la paternité familiale. Le flamine est marié : sa femme est prêtresse comme il est prêtre, elle se nomme flaminica. Ont-ils des enfants, ils sont les assistants naturels de leurs parents dans les cérémonies sacrées' : quand le flamine officie, il a sans doute près de lui sa femme et ses enfants, comme le paterfamilias a les siens au moment des sacrifices. Si le flamine n'a point d'enfants, des jeunes gens de famille patricienne lui en tiennent lieu et l'assistent devant les autels : mais ces desservants, que l'on nomme camilli et cumillae, doivent présenter les mêmes conditions que les enfants des flamines ; ils doivent avoir leurs père et mère encore vivants, et leurs parents doivent être mariés suivant le rite sacré de la confarrralio '. Le flamine ne se montre donc devant son dieu qu'entouré d'une famille : le service de la divinité était inséparable, dans le flaminat, du type primitif et consacré de la société humaine, de la famille unie par le mariage religieux.

Toutefois, le flamine ne s'occupe que d'une seule chose, le sacrifice : c'est, par définition, un sacrificateur, fîamen ad sacri ficandum constitutus ° . Les autres prêtres, au contraire, sont aussi des administrateurs des choses religieuses. Le flamine personnifie le dieu. Les pontifes règlent aussi les rapports des dieux avec les hommes, ils sont des jurisconsultes, du droit divin et du droit humain''. Le flamine ne sort pas de son ministère, ne voit que ses dieux. Cela est si vrai que,

' Ou disait flamiina simpleraeiit (Seiv. ad Aen. II, 57 ; Gcll. X, IS), ou flaminia domus (l'iuil. p. 100), flaminia aeJes (Paul. p. 89). — 2 Gcll. X, 15. Il va de soi qu'il est interdit d'outrager un (lamine ou de porter la main sur lui ; cf. la loi iclativc au (lamine dune curie de Simmittlius en Afrique, Corpus, VIII, n* 1-1G83 : 6'i quis flamini maledixerit aut mtitius injecerit... — 3 Varr. V, 6t; Cic. De kg. Il, 8, 20; cf. notes 1 et 5, p. 2056. — » Dionjs. H, 22 (qui parle d'ailleurs surtout des (lamines des curies). — 5 On appelle ces desser- >anls flaminii et fînmiiiia:-. Les testes dans Dionys. Il, 22; Paul. p. 93; Macrob. III, 8, 0 et 7 ; Serv. ad Aen. XI, 543 et 548 ; Varr. De ling. lut. Vil, 34 ; Plut. V. Num. 7. — c Festus, p. 154. — ^ Judex ati/iie arliiter rerum dninarum ftiimaMnruniîiic, Fcslus, p. 185.— 8 Paul. p. 64; cf. Dionys. II, 21. — 9 Loi de la curie de Sinmiitlhus {Corpus, VIII, 11(583); cf. Scliniidt dans /ÎAeiiii'icAes Afuseum, 1800, p. 607. — 10 Corpus, VI, 20C5A, 32; 2066, 68; 2067, 54; 2066, 40. — Il DuU. délia comin. archeot. muiiicip. 1887, p. 156. — 13 Cf. Coll. X, 15; Liv. I, 20; V, 40; Val. Maxim. I, 1, 10, etc. — 13 Tac. Ann. IV, 16. — H Qu. Iliim. 111. — 16 Les prescriptions relatives au flameil Vialis et sans aucun doute à tous les (lamines i^taient minutieusement l'nunu^riîcs dans les Livres dos l'onlifes sur les priHres publics {libri, qui de sacerdolibus pubUcis com-

rnôme dans les associations religieuses, il y avait, à c6té du prêtre qui administrait le culte, le prêtre qui officiait, le flamine. Les curies de Rome avaient pour chef religieux leur curio : à côté de lui, la flamen curialis sacrifiait au dieu de la curie». Dans les curies des villes de l'Afrique, nous trouvons, au-dessus du magisier, qui est le chef, le fîamen, qui est le prêtre'. Le collège des Frères Arvales de Rome était sous la direction d'un magister; mais près de lui officiait le flamine'". A la lete des collèges populaires des montani romains, une inscription associe les « maîtres » et les « flamines ' ».

Tout cela achève de nous laire comprendre les minutieuses prescriptions qui s'attachaient à. la personne du flamine. Encore est-il possible que nous n'en connaissions qu'un petit nombre, conservées jusqu'à nous par la curiosité d'Aulu-Gelle, de Plutarque ou des grammairiens. Mais elles suffisent pour nous faire apprécier ce qu'a pu être le flaminat à sa plus lointaine origine. Le flaminat est le service d'un dieu : le flamine est dans la même dépendance de son dieu que la Vestale de son foyer. Au reste, les deux institutions sont entièrement semblables lune à l'autre'-. Mais le flaminat empruntait son caractère à la religion sombre et formaliste des plus anciens temps de l'Italie. Sa vie était comme enveloppée de symbolisme. Dans le rituel qui réglait sa conduite, tout prenait une valeur de technique religieuse : ses actes et ses paroles, son vêlement et sa demeure, ce qu'il touchait, ce qu'il voyait, ce qu'il entendait, ce qui allait à lui et ce qui venait de lui. Aussi doit-on assigner à la condition du flamine ces dehors de tristesse, d'ennui ou d'eû'roi qui sont ceux de la plus vieille religion romaine. Le flaminat est bien riiéritage, comme Tacite le reconnaît, « d'une antiquité pleine de sombres mystères », ex horrida illa antiquiiate". Esclave du dieudont ilestleprêtre, rien d'humain ne lui semble permis. Le service divin l'enchaine plus qu'il ne l'honore, le contraint plus qu'il ne l'oblige. C'est une victime vivante sans cesse parée pour le dieu auquel elle appartient. Il ressemble à tous les prêtres dus religions primitives : fétiche autant que félicheur, le liea qui unit le flamine à son dieu le condamne à une hiératique immobilité. C'étaitcomme une statue sacrée, mais vivante, ticTtep ëu.'J/'j/ov y.a: tcfbv ôl-^xailx, dit Plutarque".

11. Les FLAMINES DU PELPLE ROiiAi.\. — 1° Les flamines majeurs : origine, rang et organisation. — C'est à Rome que l'institution du flaminat s'est développée le plus complètement, et qu'il est le plus facile d'en suivre l'histoire et d'en détailler l'organisation '^

Il y avait à Rome quinze flamines '% tous regardés

positisuiil, Gell. X, 15; Ubri caerimoniarum. Tac. Ann. 111, 58). Fabius Pictor les avait empruntées à ces livres et insérées dans son premier livre sur le droit poutifical (Gell. /. c. ; Serv. ad Georij. lit; cf. entre autres Uusclike, Reliquiae jurisnr. antejusl. p. 2), et f iut-ctre aussi Ennius dans ses Annales (i propos du règne de Numa, Varr. De limj. tal. VII, 4). Sur le flaminat écrivirent encore Varron (Gell. X, 15, 32; Dionys. II. 21) in libro secundo Rerum Dirinarum, Masurius Sabinus (Gell. X, 15, 18), et Atcius Capilo (Plut. Qa. Rom. 50), ces dcui derniers pour indiquer celles do ces prescriptions qui a\aient été abolies do leur temps. C'est des Livres des Pontifes qu'émanent tous les renseignements tournis par Varron, Plutan]ue, Aulu-Gelle, Servius, Fcstus et Macrobe, renseignements qui concordent presque toujours mot pour mot (Fcslus-Paulus, p. 104 et Gell. X, 15, 2; p. 82 et Gell. 6 ; p. 113 et GcU. 9 ; Plut. Qu. Rom. 111 et Gell. 10; voir cette concordance chei Peler, Quaest. ponlif. spee. 1SS6, qui a groupé raétliodiquement. p. 42 et suit., tous les telles relatifs au flaminat). Sur la question de savoir de quelle manière ces dilTérenls auteurs ont connu les Livres des Pontifes, vovez celle même dissertation; l'opinion courante est qu'il ne les ont connus que par Piclor et peut-être seulement par Masurius ou (jipito. — •« Fc-tus, p. 154.

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au même titre comme « prêtres publics du peuple romain » : une loi nous les montre « traversant la Ville sur des chars, pour cause des sacrifices publics du peuple romain ' ». Chacun d'eux portait le nom de sa divinité ^. Chacun avait son rang hiérarchique. Le premier en dignité, à l'époque historique, était le flamine de Jupiter ; le quinzième rang appartenait au flamine de Pomone ^ Les flamines étaient évidemment classes suivant l'importance que le droit pontifical assignait ii la divinité qu'ils desservaient : « le rang des dieux, disaiton, fixe le rang des prêtres *■ ».

Parmi ces quinze flamines, on distinguait très nettement deux groupes : les trois « flamines majeurs », ^.aminés majores, qui desservaient les autels do trois grandes divinités de l'État romain, Jupiter, Mars et Quirinus, elles douze « flamines mineurs », flamines minores, prêtres de divinités moins importantes, comme Flore ou Pomone °.

On remarquera que les trois grands flamines sont les prêtres des divinités que nous pourrions appeler politiques, de celles qui ont spécialement pour mission de protéger l'État romain : Jupiter, le dieu du Capitule, Mars, l'ancêtre divin de la Rome du Palatin, Quirinus, le dieu éponyme de la Rome sabine du Quirinal; ce sont, pour ainsi dire, les trois dieux qui ont présidé à la formation historique de la Rome royale^. La religion que desservent les grands flamines semble être une religion encore toute locale oa toute domestique, celle de dieux attachés à un canton limité de la cité romaine ou à un groupe déterminé du peuple romain.

Peut-être pourrait-on aller plus loin encore, et supposer que chacun des trois grands flamines correspond à une des trois grandes tribus de la Rome ancienne, quel que soit d'ailleurs le rapport de ces tribus avec les trois collines ou les trois dieux dont nous venons de prononcer le nom. En tout cas, on s'explique aisément ce chifTre consacré de trois pour les grands flamines romains, si on conjecture que chacun d'eux était à l'origine le sacrificateur réservé d'une trii)u.

Les deux groupes de flamines ditl'éraient encore en ceci, que les majeurs étaient et demeurèrent toujours patriciens; que les mineurs furent au contraire choisis parmi les plébéiens '. Cette difterence a-t-elle été constante ? Réduits comme nous le sommes au seul texte d'un grammairien, on ne peut rien dire à cet égard ni dans un sens ni dans l'autre *. On noiera l'analogie qui existe entre ces deux catégories de flaminats et les deux classes de magistratures, magislralus majores et minores. Ce qui élevait surtout les trois grands flamines au-dessus des autres, c'était la grandeur et le rôle public des dieux auxquels ils sacrifiaient '.

La tradition attribuait volontiers au roi Numa la création des flamines, des grands comme des petits'".

1 w Flamines plostreis in Urbe aacrorum puhlicorum p. H. cama t>ehi » ; Corp. I, n" 206, 62 {lex Julta mmicipalis). — 2 Varr. De ling. lat. V, 84. — 3 Maximae tlignationis flamen Dialis, minimi hahctur Pomotialis ; Fest. p. 154. — 4 Ordo saccrdotum apstimatur deorum ; Festus, p. 185. — E Cf. VaiT. VII, 45; Puul. p. 151. — *» C'est ce que semble avoir reconnu Festus, p. 185, sinon pour Jupiter (en qui il voit moins le Dieu du Capitolc que du mxuidua universus), du moins pour M;irs, conditoris Urbis parcns, et pour Ouirinus, aocius imperii Itumani Curibus afUcitm, Pour Flutarque ( V. Num. 7), il s'agit de Konuilus divinisé sous le nom do Quirinus, — 'ïPaul, p, loi : Mujorfs flaminfsappellaliaiiturpatriciifjeneris, minores plebii. Le seul flamen minor que nous connaissions à l'époque ancienne, M. Popillius l.acnas, cons. en 350, était d'une gens plébéienne (Gic, /irut. XIV, 56) ; cf. Mommsen, Ii6m. Forsch. 1, p. 78. — 8 M. Momniscn, /. c., croit à l'exclusion complète des

Voici ce que dit à ce sujet Tite-Live" : « Numa, en sa qualité de roi, accomplissait un grand nombre de sacrifices, notamment ceux qui concernent aujourd'hui le flamen Dialis. Mais, pensant que les rois, ses successeurs, lui ressembleraient moins qu'à Romulus, et craignant que la guerre, en les éloignant de Rome, ne leur fit oublier les sacrifices inhérents à la royauté, il créa un flamine, prêtre permanent pour Jupiter, et il lui adjoignit deux autres flamines, l'un pour Mars et l'autre pour Quirinus. » Peut-être Numa s'est-il borné à arrêter les fonctions et à définir les privilèges des flamines ; peut-être encore, sinon à attribuer chaque flamine à un dieu déterminé, du moins à lui donner son nom et son titre. S'il était permis de faire une hypothèse qu'aucun texte ne justifie, nous penserions volontiers ceci : Rome a eu trois flamines, chacun d'eux consacré aux dieux topiques ou génériques d'une des trois tribus, et étant plus encore le flamine d'une tribu que le flamine d'un dieu'^; mais quand les tribus se mêlèrent et cessèrent d'être autre chose qu'un souvenir, les flamines furent assignés à des Dieux déterminés, ne se distinguèrent plus que par le nom et les symboles d'une divinité : il n'y eut plus de flamines des Ramnes ou des iMceres, mais des flamines du peuple romain, attachés aux trois grands dieux de l'État. Les trois flamines reçurent-ils leur rang dès le temps de Numa? On a peine à le croire, car Jupiter n'était pas en ce temps-là le premier dieu de Rome. Peut-être les flamines ne prirentils leur place consacrée qu'au temps où Jupiter se mit à la tête des dieux, sous les Tarquins, et qu'une hiérarchie s'établit parmiles prêtres comme parmi les dieux. Les trois flamines des divinités domestiques des tribus romaines devinrent ainsi les prêtres hiérarchisés des trois grands dieux politiques du peuple tout entier. Mais tout cela n'est qu'hypothèse.

Même après Numa, le roi conserva le devoir d'un certain nombre de sacrifices que lui seul pouvait accomplir. 11 était, en dignité, le premier des sacrificateurs. A la chute de la royauté, on créa un riîx sacrorum pour accomplir les sacrifices attachés à ce titre de rex ; et la royauté des sacrifices conserva toujours le pas sur le flaminat. D'ailleurs, le rex sacrorum est soumis aux mêmes obligations et a les mêmes privilèges que les flamines; ce qui a fait dire, avec une certaine vraisemblance, que le rex sacrorum est en réalité le premier des flamines, le flamine de Janus'^.

On sait que, sous le gouvernement des consuls, l'administration des choses sacrées passa aux mains du souverain pontife. Mais, si grande que fût la puissance de ce dernier, alors même que les flamines étaient choisis par lui et placés sous sa dépendance, ils n'en dtimeurèreut pas moins, dans la hiérarchie religieuse, d'un rang supérieur à celui du grand pontife. « Le plus

piUriciens des flamiu.its nnneurs. — 9 Cf. Festus, p. 185. — 10 Pour la création des iietits flamines par Numa, cf. Hnuius ap. Varr. VII, 84. Plutaniue, V. A'um. 7, ne fait créer par Xunia que le flamen de Quirinus et semble croire que les deux autres dataient de Romulus, — n Liv. I, 20. — 12 Que ces trois tribus correspondissent à des divisions du sol, c'est ce qui ressort de Varron, X, 55, et Aulu-Gclle, XVIII, 7. De mémo les ti-cnle curies, Gell. /. c. Or, cluique rurie a son curio et son flamen; pourquoi les tribus n'auraient-elles pas eu leur fhntirn ? On a remarqué que les trois tribuiii, chefs de clia(|ue tribu, avaient été de bonne heure chefs communs de tout le peuple (cf. Mommsen, .Staatsrecbt^ III, p. lOU ; lllocli. Sénat romain, p. .^2 et suiv.'t. Qui sait si le llaminat n'aura pas eu les mêmes destinées ? M, Blocli {l. cl a très bien montré rim[tort.anre que cette division en trois tribus avait eu dans l'organisation politique et religieuse do Rome. — 13 Ijouclié-Leclcrcq, AIanuel,p. 514.

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grand des prêtres, dit Feslus, est le roi, puis vieul lo flamine do Jupiter, après lui, le flamine de Mars, en quatrième lieu le flauiine de Quirinus, en cinquième lieu le souverain pontife'. « La hiérarchie sacerdotale se marquait notamment dans les repas religieux : « nul, disaient les rituels, ne s'assied à une place au-dessus de celle du /lumen Uialis, si ce n'est le rex sacrorum ^ »

Représentants de la divinité, les trois (lamines furent toujours regardés comme membres du Collège des Pontifes'. Seulement les pontifes purent, à, dater de l'an 300, être recrutés parmi les plébéiens : c'est qu'ils étaient non seulement prêtres, mais aussi administrateurs. Le flaminat dut à son rôle exclusivement religieux de demeurer fidèle à son caractère primitif: jusqu'à la fin de son existence, le flaminat majeur fut l'apanage des patriciens'; ce fut leur dernier refuge. Car c'était l'institution qui touchait le plus à la religion de la vieille cité patricienne, et le palriciat était avant tout une caste religieuse et sacerdotale''.

Comme tous les prêtres publics du peuple romain, les flamines avaient à leur disposition un certain nombre de serviteurs publics. Le flamen Dialis possédait un licteur, le Iktor flaminius, qui l'assistait dans les sacrifices °, et il n'est pas improbable que les deux autres grands flamines eussent aussi le leur ''. Des hérauts spéciaux accompagnaient les trois flamines : on les appelait praeciainilalores ou praecine *. Ils avaient également à leur service un personnel de valets sacrés, calalores, qu'ils partageaient avec les pontifes".

Malgré ces prérogatives, il ne faut pas oublier que, dans la Rome consulaire, tout au moins, les flamines étaient dans la dépendance absolue du souverain pontife'", et des esprits malveillants pouvaient accuser les pontifes de persécuter ceux des flamines contre lesquels ils avaient un grief personnel". C'est le grand pontife sans doute qui les nomme tous ''. Oubliaient-ils leurs devoirs, c'était lui qui les leur rappelait sévèrement : plus d'un flamine qui voulut quitter Rome, fut retenu

1 Fcst. p. 183. — 2 Fcst. p. 183; Gell. X, 15. — 3 D'apK-s Cic. Pro domo, UI, 135. —iGaius, 1.112; Tac.Ann. IV, 16 ; Scrv. ad Aen. IV , 103 el 374; Paul. p. 151.

— 5 Fusiel de Coiilanges, Questùms historiques, p. -V29. — 6 Paul.p. 93 : Flaminius lictor est qui (ïamiui Diali sacrorum causa praesto est ; Plut. Qu. Rom. 1 13 : 'P«ô- Soj//;. /jiùvtat. M. Momnisfn {Staatsrecht, I, p. 374) suppose qu'il a pu êlre pris parmi les lictores curiatii qui sacris publicis apparent. — 7 Le flamen Augusti de la loi de ?farbOQne {Corpus, XII, p. 864) semble en avoir plusieurs. — 8 Praeco chez Macrobe, 1, 16, 9; praeciae chez Paul. p. 224; chez Fcstus, p. 249, le ms. de Florence donne praeciamitatores , qu'on a corrigé de dilTi^rentcs manières, praectamitatores, praeciae clatnitatores, praeciae viatores (correction de Madvij;, Adv. crit. I, p. 33, et la plus lofiique). —0 Calatores pontificum et flaminum dans les inscriptions de Rome. Corp. VI, 712, 2185, 2186. Ilsemblerait r(5suiter de Servius, ad Georg. 1, 268, que les praeciae pouvaient rentrer dans la catégorie des calatores ; cf. Marquardt, p. 227; Morarasen, Slaatsrechl, I, p. 344, n. 1 (2' Mil.). — '0 Voir âce sujet les bonnes pages de Bouché-Leclercq, les Pontifes, p. 299 et s. — U Tac. Ann. III, 58. — 12 Liv. XXVII, 8 {pour le flamen Dialis). On doit naturellement penser que c'était le roi qui les désignait avant l'expulsion des Tarquins (Mommsen, S(aa(srec/i(, ll,p. 11). — 13 f/amwi .l/ai/iafe : Val. Mai. I, 1, 12; Uv. £■/)!(. XIX ; Tac. Ann. III. 71 ; Cic. Phil. XI, 8, 18. Flnmen Quirinalis : Liv. XXXVII, 47 et 51. ~llCic.f/.i(. XI,8, 18; Uv. XXXVII, 51 ; Val. Mai. I. 1, 2. — l5Tac. Ann. III, 71.

— IG Liv. XXXVII, 51 ; parère dans Cic. Phil. XI, 8, 18. — 1^ Voici les flamines Diales connus pour l'époque républicaine {cf. Ambrosch, Quorsl. pontif. c. III) : 1*" m. cor- ^EH09 chTHEGus, floinouio atiiit vers 224-22U (Val. Max. I, 1, 4; Plut. V. Marc. 5). 2' 0. sui-picios, déchu du flaminat vers la même époque (Val. Max. I, 1,4; Plut. V. Marc. 5) : les teites appellent ces deu.x personnages seulement flamines, mais il est de toute vraisemblance qu'ils furent flamines Diales. Z" p. cornelius rufcs ou ncFiHus 5DLLA, prétcup cn 212, flamen Dialis sans doute avant celle date (Gell. I, 12. 16; cf. Willems, Sénat Jtomain, I, p. 230), fut également déccmvip s. fac. (Macr. 1, 17, 27). 4" c. cuDDCcs, déchu du flaminat c» 211 (V.al. Max. I, I, 4; Liv. XXVI, 23, 8). 5» c. VALEluus F1.ACCUS. créé flamen Dialis en 209 (Liv. XXVII, 7 : Val. Max. VI. 9, 3), flamine encore et édile curulc eu 199 (Liv. X.VXI, 50 ; XXXU, 7), flamine encore et préleur cn 183 (Liv. XXXIX, 3U et 45). 6' p. C[.(ï.lius sicoi-us. déchu du flaminat (sans doule de Jupiter) pour négligence, est peut-être le même qui fut inau-

près de son dieu par la parole toute puissante du pontife". Il pouvait leur infliger des amendes ''. Le flamine avait-il une autorisation à demander, il la sollicitait auprès du pontife souverain '''. Et quand un conflit s'élevait entre le pontife et un flamine récalcitrant, le peuple, pris pour juge, rappelait au prêtre qu'il fallait obéir à la parole du pontife, ut diclo obediens esset flamen ponlifiri ". Ainsi, les flamines étaient les premiers sujets de celui-là même qui se trouvait leur inférieur en rang et en litre. Ils étaient véritablement les prisonniers de l'Étal : garantie permanente du service divin et de l'accord de Rome avec ses dieux, ils étaient liés par une obéissance sans condition à celui qui était le juge du droit religieux.

2° Le flamen Dialis ". — Le premier dans la hiérarchie des flamines romains, le plus considéré comme aussi le plus tenu, était le flamine de Jupiter, flamen Dialis ". Il l'emportait autant sur les autres flamines que Jupiter était au-dessus des autres dieux. C'était même plus que le premier des prêtres, c'était aussi le premier des hommes, summits pontificum, etiam summus hominum'^.

Mode de nomination-'. — Le flamen Dialis était choisi, sur une liste de trois membres-', par le souverain pontife. Le choix du flamine, de même que celui des Vestales, était regardé comme une « prise » : le pontife « prenait », capiebal, un patricien pour en faire un flamine^-. Il le prenait, comme le vainqueurfait prisonnier un ennemi".

Une fois « pris », il devient la propriété de l'État, ou plutôt encore, du dieu de l'État : il cesse de faire partie de sa famille, il sort de la puissance paternelle-'. Toutefois, il en sort sans encourir de déchéance, sans capiiis diminutio-". Mais il faut en même temps que ce « prisonnier » soit consacré à la divinité. Cette consécration se fait dans les comices traditionnels de la Rome primitive, les comiiia calata^'', et elle se fait de la même manière que celle d'un temple ou d'une statue : le flamine de Jupiter est « inauguré »-', c'est-à-dire que le souverain pontife-' demande à la divinité, par l'intermédiaire des augures, si elle agrée son nouveau prêtre".

guré rex sacrorum en 180 (Val. Max. I, 1,4; Liv. XL, 42}. 7» ex. corneucs, inauguré flamine en 174 (Liv. XLI, 28). 8» p. Cornélius scipio, fils del'.Africain, augure en 180, mort flamen Dialis [Corpus, I, p. 133). 9* L. ojr.nei.ics merula, consul cn 87, mort cette année étant flamen Dialis (Val. Max. IX, 12, 5; Vell. II, 20 et 22; Flor. III, 21, 16). — 18 Maximae dignationis ; Fest. p. 134. — 1» Tac. Ann. m, 58. — -0 Voici toutes les expressions que nous trouvons dans les textes : Captus ou capi; Gell. I. 12, 15; Liv. XXVll, 8, 6. Creare, Liv. I, 20, 2. Factus ; Val. Max. VI, 9, 3. Légère; Tac. .4nn. IV, 16 ; Gains. I, 112. Flamonium apisci ; Tac. Ann. IV, 16. Prodere ; Cic. Pro Mil. X, 27 (il s'agit d'un flamine du Lanuvium). — 21 Ce détail n'est connu que par Tacit«. Ann. IV, 16, qui dit eepcad.ant vetusto more. —22 Gell. I, 12, 15; Liv. X.WII, 8. — 23 Les juriscousullcs modernes regardent cette " prise ■ comme analogue à la vente du butin de guerre : le flamine sort de la potestas du paterfamilias pour entrer dans celle de ton dieu ; il est placé par une sorte de vente quasi in mancipio dei. M. Cuq est plus préciset suit de plus près les textes anciens, lorsqa'ildil (înstit. Juridiq. l'Ancien Droit, p. 144): n II est enlevé â son père par la force, comme un soldat pris â la guerre •. — 2i Gains, I, 130; III, 114; Ulp. fr. X, S; Tac. Ann. IV, 16.— 25 Gains. III, 114: Sine leapilis] deminutione. M. Cuq compare avec raison encore cette situation à celle du captif romain àl'étranger, qui dans l'ancien droit, ne subit aucuneca;>i7« diminutio. — 26Gcll. XV, 27, I ; cf. Mommsen, Staaisrecht, III, p. 307. — Ï7 Gains, I, 13 0, III. 114 ; Llp. fr. X, 5; Gell. XV, 27, 1 ; Liv. XXVII, 8, 5; XXIX, 38, 6; XLI, S, 7; ixrv.ad Aen. IV, 262; Cic. Phil. Il, XLIII, 110 i flamen divi Julii). — 28 II va de soi que c'est surtout le pont. majc. qui a qualité pour présidera celle inauguration: mais peutêtre pouvait-elle être faite par d'autres. Cicéron dit à Antoine, flamen divi Julii : 1 Videquiteinauguret ;collegae sumus :nemo nej(i6i/»;/*Ai7. Il, XLIII, 110. L.Julius, César, augure, inaugura Lentulus comme flamen Martiatis iMacr. III, 13, ll):mais il ne s'agit pas dans l'un et l'autre cas du flamen Dialis ; cf. Mommsen, Staattrecht, 2» éd. t. II, p. 32. — 29 S'agit-il, par celle inauguration, de demander seulement au dieu s'il accepte ce flamine. ou est-ce uue consécration absolue de lapersonneà U divinité, c'est ce qu'il n'est pas possible de discuter ici. Pour ce qui est du flamine. nous accepterons volontiers le principe de la consécration ; cf. Marquardt, p. 230-231 (édiU Wissowa). Bouché-Leclercq, .Vanuel, p. 512. et. dans le sens de la consécration Uldenberg. De i?iauguralione sacerdot. rom. {Comm. in Aon. T'A. Momms., Berlin, 1877^.

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Il n'est pas douteux que la plupart du temps on no s'assurât du consentement du futur flamine. Mais le pontife avait le droit de prendre qui il voulait. En 209, le pontife souverain P. Licinius choisit pour le flaminat de Jupiter un ieune patricien, C. Valérius Flaccus, et il le choisit malgré lui, afin, dit Tite-Live, de le soustraire à une vie de désordres où il déshonorait son nom et sa race'. Dans cette prise de possession d'un homme, l'État agissait ainsi avec sa toute-puissance, mise au service de son dieu.

Prérogatives. — Une fois inauguré, le flamine de Jupiter devenait la chose de la divinité, et nous avons vu plus haut à quelles dures obligations sa vie était soumise. Mais, en revanche, un certain nombre de privilèges lui étaient accordés, qui en faisaient le premier des prêtres après le roi et l'égal des magistrats supérieurs^. 11 a un licteur '; il porte la prétexte*; il a le droit de s'asseoir sur la chaise curule ^ ; il lui est accordé, comme aux magistrats, de traverser Rome en voiture à certains jours solennels'^. Surtout, il pouvait entrer nu Sénat et y siéger', et ce droit, comme les insiguef:, semblait bien remonter à l'origine même du flaminat'. Tite-Live donne de ces prérogatives une explication bien conforme aux coutumes religieuses des Romains. La plupart des fonctions du flamine de Jupiter, dit-il, incombaient primitivement à la royauté : en créant un prêtre particulier pour Jupiter, Numa n'aura point voulu qu'il fût trop inférieur en dignité au roi, qui avait jadis desservi son culte : Jupiter ne devait pas déchoir'.

Fondions. — Le flamen DiaUs '", étant le sacrilicateur de Jupiter, apparaît d'abord et surtout aux fêtes de ce dieu. Les Ides de chaque mois appartenaient à Jupiter; ce jour-là, le dieu reçoit le sacrifice d'un mouton.

hlibiis in mcKjni casius Jovis aede sacerc/os Seniimaris flammis vi<ccra libat oui.s".

Le sacrifice avait lieu au temple du Capitolo, où le flamine, accompagné d'un cortège solennel, se rendait en suivant la Voie Sacrée'-. C'était le flamine, dit Ovide, qui présentait lui-même aux flammes de l'autel les entrailles de la victime '^ Les fêtes des vins, Vinalia, étaient également consacrées à Jupiter, qui nous apparaît, dans la Rome primitive, comme le dieu des vignes et des vendanges. C'était le flamine qui donnait le signal de la vendange, et qui en offrait les prémices à Jupiter en lui immolant une jeune brebis'*; et c'était lui, j'imagine, qui faisait au dieu les libations du vin nouveau'". Mais, à côté de ce service propre à Jupiter, le flamen

1 InviUtm inaugurari coegit ; Liv. XXVIi,8. — 2 Cf. Momnisen. Sfaatsrecht, I, p. 387.

— 3Cf. plusliaut, p. iiOGl,note6. « Mais il n'en a qu'un, ce qui signifie qu'en droit il n'en a pas .. (Momnisen, Staalsrecht, 1, p. 374 el 337). — i Liv. .\XV11. 8, 8; cf. 1, 20, 2.

— 5 LiT. XXVII, 8, 8; I, 20, 2; Plut. Qu. liom. 113. — 6 Lex Jiilia municipalts, c. 62; Liv. 1,21 (il s'agit là de tous les Damines). — 7Liv. XXVIl. 8, 8 : Ul in senaluin introiret... veltislum Jus saccrdolii... datuyn i/tcum loga praetexla. Le même droit appartient au flamen Augusti de la loi de Narbonne {Corpus^ XII, p. 864). M. Willcms a soutenu que le droit d'entrer et de sirçer au St'nat était la conséquence, non du sacerdoce, mais de la jouissance de la chaise curule {Sénat romain, I, p. 50 ; supplément, p. 000 et suiv.) ; M. Lange (Deplebiscilis Ov. et At., iS78, p. 20 et s.) prétend le contraire. Il est possible que tous ces privilèges fussentsi étroitcmentconnexes qu'on nesongca pas à les faire dériver l'un del'autre. — 8 Liv. I, 20 etXXVII, 8.— 9 Cf. Liv. 1. 20. — lOEn cas d'empêchement, le flamine deJupiterestremplacé dans lessacrificespar les pontifes ; Tac. Ann. III, 38. — H Ovid. l''a.sl. I, 587. C'est l'ovis Idulisic Macr. I, 15, 17. Cf. Fest. p. 299, qui parle seulement, pour ce sacrifice, Atsacirrdotes. — ISFest. p. 299 ; Varr. Z?e l. lat. V, 47. — ^^ Fast. I, 387. C'est sans doute à un sacrifice des Ides que trois flamines commirent la négligence qui louriahitla déchéance, /)ro/ï(er ex/a •parumcuriosearifiadmotdiy^. Max., 1,14; Plut. V. Marc. 3). — H Varr. Del. lat. VI. IC: a Flamen Diatis auspicatur vindemiam , etc. et \primus'? n\^^.i)orus\viniim. leqil >•

— li» Les auteurs disent seulorncut //ûoiittH^ (F*aul. p. 374). — 'G Ovid. Fast.l, 21 . — 17 Ov.

Dialis paraît aussi avoir eu dans son ministère des devoirs envers d'autres dieux. En particulier il prend part aux fêtes d'expiation du mois de février. C'est de lui que les pontifes reçoivent alors la laine sacrée, ainsi que le sel et le froment brûlé qui vont servir à purifier les maisons "^. C'est encore lui qui préside à la fête des Lupcrcales.

Flamun adhiic prisco more Viatis agil '7.

Dans ces deux dernières cérémonies, le flamine de Jupiter se montre moins comme le prêtre d'un dieu que comme une sorte de ministre suprême des fonctions religieuses de l'État tout entier : il serait possible que ces attributions générales fussent celles que la royauté, au temps de Numa, céda elle-même aux flamines".

Ce rôle important est plus visible encore dans la part que le flamine de Jupiter prenait au mariage religieux de la vieille Rome, à la confarrealio [matrimonium]. C'était lui qui unissait les nouveaux époux, qui sans doute présidait au sacrifice et leur présentait le gâteau qu'ils allaient partager". Apparaissait-il dans ces cérémonies comme prêtre de Jupiter, le dieu qui fait mûrir les épis ^"7 On peut en douter et croire plus volontiers qu'il intervenait dans le mariage comme le maître des sacrifices du peuple romain. Évidemment, si le flamine de Jupiter a pu ne pas être à l'origine le premier de tous, tout nous montre qu'il l'est devenu de bonne heure. Seul de tous, il avait, semble-t-il, à sacrifier chaque jour-'. 11 est plus que sacerdos dei, plus que le sacrilicateur d'un dieu; on peut l'appeler, comme certaines inscriptions nomment les grands flamines municipaux , flamen maximus, flamen sacrorum populi Romani -- : c'est le flamine par excellence -^

La flaminica Dialis. — La femme du flamine est associée à ses prérogatives, à ses obligations, à son ministère tout entier : elle prend le titre de flaminique, flaminica Dialis ou simplement flaminica -'.

La plupart des prescriptions auxquelles est soumis flamine de Jupiter pèsent également sur la vie de la flaminique -^ Mais en voici qui lui sont particulières ^^ Elle ne montera pas plus de trois marches d'échelles^'', sans doute pour ne point se découvrir le pied-' : il lui est permis toutefois de monter les escaliers « à la grecque^' »; car, dit un commentateur, enfermés entre quatre murs, ils sont construits de manière à ne permettre de voir aucune partie du corps ^''. C'est pour le même motif que la flaminique devait toujours se mon-

/'nsMl,282.— ISLiv. I,;o. — 'SServ. adCeorg.l, 31 ; Per ponli/icem et Dialem/laminem per fruges et molani salsam conjungebantur. — 20 Gaius, 1,112, parle, à propos de la confarrealio d'un ijuoddam genus sacrificii quodiow farreo fit. Mais il est le seul à nous faire connaître le Jupiter Farreus don peut se demander, ù propos de ce texte, siJupiter n'a pas été inlroduit dans la confarrealio â uneépoque tardive, ce qui si-rait d'autant plus vraisemblable que ce mode de mariage a été de bonne heure réservé îTurtout au llamine de Jupiter. « La religion qui faisait le mariage n'était pas celle de Jupiter : c'était le dieu domestique qui y présidait » (Fustol de Coulangcs. la Cité anligue, p. 43). — 21 Cf. Serv. ad Aen. Vlll, 552 : Neque diurnis sacrificiis destinabanlur (les flamines de Mars et de (luirinus), ce qui laisse supposer que lo flamine de Jupiter l'était. — 22 Cf. Corp. Il, 2105; Vlll, 14092; XIV, 20'.12. — 23 Aussi, toutes les fois que les écrivains disent /?owen absolument, c'est du//. Dialis (\w'\\ s'agit; voir tous les textes réunis par Peter, p. 10, n. 3. — 21 Toutes les fois que les texte» disent simplement flaminica (voyez-les réunis chez Peter, p. 16, n. 3), il s'agit de la femme du llamiuede Jupiter. — S^ Eaedem ferme caerimoniac sunt » ; Gell. X, 15, 26. — 26 A//a.ï seorsum ; Gell. l. c. — 27 Gell. X, 13, 29 ; Serv. Aen. IV, 046. — 2S C'est l'explication donnée par Servius, ad Aen. IV, 640 : Ne alla pars pedum ejus crurumve

■lubter mnspicerelur 29 Gcll.X, 15, 29 ; Serv. ad Aen. VI, 046. — SO.Vc aspectum

ad corjwris iilhjuam parteni admittant; Serv. arf.-lfn. IV,6i6. Dieu défend à Slo'ise X démouler a l'autel par des degrés, do peur que sa nudité ne soit découverte. »£x.20,2C.

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trer voilée' et qu'elle ne pouvait s'attacher la robe audessus du genou-. Il en était d'elle comme de la femme d'Orient: ses traits devaient être cachés à tous; nul regard humain ne pouvait voir la moindre partie de son corps. C'était jiour elle comme une condition de dignité sacerdotale et de pureté féminine. Les chaussures de la namini(|ue ne peuvent être faites que de la peau d'un animal tué ou immolé ^ : car tout animal mort d'une mort naturelle est regardé comme souillé*.

Un principe domine évidemment toutes ces prescriptions : c'est le désir de garantira la flaminique sa pureté religieuse. Aussi comprend-on sans peine qu'elle dût arriver vierge à son mari, et ne connaître que lui, flaminica nonnisi univira^.

Voici une prescription qui mai'que bien sa dépendance à l'égard des dieux. Entendait-elle le tonnerre, il lui fallait les apaiser, ou sa vie était frappée d'interdite

Son rôle religieux nous est mal connu. On doit supposer qu'elle assistait son mari auprès des autels de Jupiter. Plutarque la regarde comme « la prêtresse de Junon' ». Est-ce bien certain? Lui-même ne l'afQrme pas, et nous ne voyons jamais la flarnini(jue intervenir dans le culte de Junon. En tout cas, cette application de la femme du flamine à celle de Jupiter ne peut être que de date récente, et du temps oii se formaient, dans la théologie, les couples divins. La flaminique assistait à la procession des Argées, les cheveux en désordre, c'est-îi-dire en altitude de deuil'. Elle devait garder cet aspect au temps où les Salions agitaient les boucliers de Mars'. La première moitié de juin était pour elle, plus encore que pour toutes les femmes, un temps de deuil. Jusqu'aux ides du mois, fait dire Ovide à la flaminique, " il ne m'est permis ni de passer le peigne dans mes cheveux, ni de couper mes ongles, ni d'approcher de mon époux'" ». Comme devoir plus précis, nous la voyons, aux jours des nondines, immoler un bélier à Jupiter, dans la maison royale" et, au mois de février, réclamer l'oll'rande expiatoire '^ En tout cela encore, Junon n'apparaît pas : la Uaminique est moins la prêtresse d'une divinité donnée, que l'assistante de son mari dans le ministère public. Un seul dieu est nommé parmi ceux qu'elle peut prier, et c'est Jupiter. Jupiter est pour le flamine et sa femme un dieu domestique, véritablement le dieu de leur foyer et de leur famille.

Le couple flaminal. — C'est qu'en effet le flamine et la flaminique représentent bien, dans leurs fonctions religieuses, le couple conjugal tel que le concevait le monde anti(iue. La flaminique ne peut avoir d'autre dieu et d'autre culte que celui de son mari. Elle est la prêtresse des mêmes autels auxquels son époux sacrifie. De la même manière, dans le culte domestique, « la femme est tout entière dans la famille et dans la religion de son mari '^ ». C'est de ces deux prêtres qu'on doit sur-

ICcll, X, 15; Serv. ad Aen. [V, 137; XII, 602; Paul. p. 89; cf. p. 05. — 2 Serv. ad Afn. IV, 518. — 3 Serv. ad Âen, IV. 518; Fcst. p. 161. Le grand sacrificateur chez les juifs no mangera poinl d'une bête « moi-tc d'ello-mtïme » (Léo. 22, 8). — ^ Fesl. p. 161. C'est ce ((u'on appelait morticinae pecudtis. — B Tertnil. De exhort. eastil. 13; llicron. E/). 123, 8; Serv. ad Aen. IV, 2'J. Mêmes prescriptions pour le souverain sacrificateur chez les juifs, Lévit. 21, 13 et 14. — 6 Feriata erat flaminica; Macr. 1, 10, 7. — 1 Plut. Qu. Jlom. 80 : 'l'r.v f)ia|»v;«(iy Iijàv -.f,i 'H{«; i!v«i AOKOrSAX. — 8 Ccll. X, 15 ; Plut. 0"- I>om. 86. — 0 Ovid. III, 107 : .. Lucibm ihis] impexas débet habire comas «. Marquardt. p. 102, rapp"rle à tort ce texte aux Argées. — 10 Ov. l'ast. VI, 224 et suiv. — " Macrob. I, 10, 30. Pourquoi dans la reyia ? lîsl-co parco qu'un certain notnbpe de sacrifices confiés au (lamine de Jupiter, appartenaient, avant Numa, à la royauté? Cf. I.iv. I, 10. — 12 Ovid. Fast. II, 27. 28 ^ipse eijo flamimcam poscentem februa vidi : Fabrita posceiiti pinea virga data est ».

tout dire, avec Fustel deCoulanpcs" :« L'union conjugale est autre chose f|u'un rapport de sexes et une afl'ection passagère, et elle a uni deux époux par le lien puissant du même culte et des mêmes croyances. »

Considérons maintenant dans leur vie commune le flamine et la flaminique, et nous verrons quelle importance mystérieuse les Romains attachaient à la vie familiale et à l'union conjugale chez leurs grands prêtres.

On a vu comment ils se mariaient. Pour eux, on maintint toujours le vieux rite sacré de la confarreatio. On n'oubliait même, lors de la cérémonie, aucun des menus détails conservés par la tradition. Lors du mariage de ceux qui allaient être flamine et flaminique, on les faisait asseoir sur deux sièges recouverts et réunis par la peau d'une brebis sacrifiée'^. Or, c'était là un vieil usage des noces religieuses'*.

Dans leur vie matérielle, les deux époux doivent se conformer aux anciennes habitudes de la famille. La flaminique demeurera voilée hors de chez elle. La laine seuleentrera dans les vêtements de son époux et dans les siens''' : la laine n'était-elle pas, dans l'antiquité primitive, le tissu ordinaire et pour ainsi dire familial? Et cette laine, la flaminique devra la tisser elle-même, comme le faisait toute bonne matrone des temps d'autrefois ". Leur costume à tous deux est exactement calqué sur les types primitifs". Quand Virgile, en décrivant les noces et la vie commune de Didon et d'Énée, a voulu reconstituer les cérémonies de ces époques ignorées, il a lidèlement reproduit l'institution et les coutumes du flaminat-".

L'union du flamine et de la flaminique n'est pas moins conforme à la morale primitive de la famille. C'est une loi perpétuelle qui les unit l'un à l'autre^', et ils sont unis dans une éternelle sainteté : sancla, disait-on de la flaminique ^^ castus, disait-on du flamine -^. La famille qu'ils forment doit être pure et pieuse, c'est-à-dire que leur union est indissoluble : le divorce leur est interdit; la mort de l'un fait perdre à l'autre son caractère sacré. Le flamine n'aimera que sa femme, la flaminique n'aimera que son époux ; le lit nuptial ne recevra que leurs corps. Nul, que son mari, ne verra la flaminique. Elle sera, suivant l'éloge archaïque que les épitaphes donnent à la matrone, casia, pudica, lanifica, univira, unicuba. Mais cet idéal de pureté et de piété conjugale, qu'est-ce autre chose que le type primitif de la famille elle-même, telle que se la figuraient les Romains du premier âge, tel qu'il était imposé par la religion du foyer? « Cette religion impérieuse disait à la femme et à l'homme qu'ils sont unis pour toujours, et que de cette union découlent des devoirs rigoureux dont l'oubli entraînerait les conséquences les plus graves dans cette vie et dans l'autre. De là est venu le caractère sérieux et sacré de l'union conjugale chez les anciens et la pureté que la famille a conservée longtemps -''. »

— 13 Fustel de Coulanges, Ja CiW ond'îaf, liv. II, c. 2.— l'£.c. — 'îSerT. arf Jeu. IV, 374. — 10 Paul. p. 1 1 V. — n Serv. ad Aen. IV, 202, 263 ; Fcst. p. 288, 280. — 18 Serv. ad Aen. IV, 262 et 263. — 19 Voir plus loin, p. 2007-2070. — 21 Cela résulte évidemment du livre IV et du commentaire de Servius. Les commenlatcurs Pont bien compris cuï-niiimes; In hac convention'' Aenae atque Didoiis ubiqae Vergilium i-i persona Acntae flaminem^ in Didoms flaminicam praesentare {Serv. ad Aen. IV, 103). C'est pour cela encore que lorsque les commentateurs ont voulu expliquer certaines particularités de l'altitude et du costume d'Énée, c'est au flaminat qu'ils ont demandé leui^ explications : ce qui fait comprendre poun]uoi Servius nous apprend laut de choses sur ce sacerdoce. Où il a tort, c'est quand il regarde Enéc comme un Ûaminc : Enéc ne ressemble à un llamine que parce que te flamine ressemblait à un homme des premiers âges. — 21 Perpétua xit mi'Ai U-ge datus, dit le Uaminique dans 0«ide, Fast. VI. 233.

— 22 Ov. Fast VI, 226. — il Ô». Fast. I, •■587. — S» La Citi anlii/He. lit. II, c. 9.

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Cette pureté, ce caractère de piété religieuse, la famille les perdit quand la religion du foyer et des dieux domestiques perdit son influence. Mais seule, la famille flaminale demeura fidèle à la tradition sacrée, parce qu'elle était indissolublement liée au culte d'un dieu. Elle devint ainsi, dans la Rome classique, l'image exacte du couple conjugal des anciens temps, avec son éternelle communauté de vie matérielle et de pratiques religieuses. La religion, en s'emparant de la famille du flamine, l'obligea de garder jusqu'à la fin son premier caractère.

Perpétuité du flam'mal. — Le service de Jupiter étant conçu sur le modèle du service des dieux domestiques et attribué à une famille pure et complète, on ne peut, en aucune manière, assimiler le flamine à un fonctionnaire religieux, nommé pour un temps et révocable à volonté. Une loi perpétuelle doit l'unir à son dieu, comme une loi perpétuelle unit à ses Lares le père de famille. En sortant de la puissance paternelle, le flamine abandonne le culte de ses pères pour créer un nouveau foyer auquel préside Jupiter ' : il doit demeurer attaché toute sa vie à ce foyer. Mais il en résulte aussi que le jour où la mort souille ce foyer et rompt la famille, elle cesse d'appartenirà Jupiter. Sisa femme vientà mourir, le flamine doit quitter de lui-même son sacerdoce, dccedil-.

11 est un autre cas où le flamine doit renoncer à son ministère : c'est s'il s'est rendu coupable de quelque négligence dans l'exercice de ses fonctions. Et les anciens citent, comme fautes de ce genre, s'il a apporté peu de soin à l'ofl'rande des entrailles de la victime ^, si, pendant un sacrifice, il a laissé tomber sa coiffure, insigne principal de sa fonction'. Dans ce cas, il était solennellement dépossédé °. Il avait cessé de plaire à Jupiter.

3° Le flamen Martialis ^ — On pourrait croire qu'à l'époque primitive, au temps où Mars était le principal dieu de la cité, son flamine avait une importance au moins égale à celle du flamen Dialis. De fait, dans les municipes et les colonies romaines, qui ont copié volontiers les plus anciens usages de la cité romaine, le flamine de Mars semble plus considérable et en tout cas plus nécessaire que celui de Jupiter'. Toutefois, Tite- Live nous dit que dès le temps de Numa il occupait un rang au-dessous du prêtre de Jupiter '. A l'époque classique, malgré sa qualité de flamen major, il n'a plus qu'un rôle secondaire : aussi ne savons-nous de lui, comme des autres flamines, que fort peu de chose.

Dans les derniers temps de la République, le flamine de Mars était certainement soumis à beaucoup moins d'obligations que son supérieur'; mais il ne semble

1 Cf. Val. ^laï. IX, 12, 5, qui nous montre le flamine Miîiula se tuant sur l'autel de Jupiter: Sacerdotis sut sanguine velustissimi foci maduerunt. — 2 GcU. X, 15; Plut. Qu. Rom. 50. — 3 Propter exta parum cui'iose aris admola; Val. Mai. I, 1, 4; Uv. XXVI, 23, 8; Plut. Y. ^/arc. 5. Ou cite trois eieraplcs de flamines dépossédés pour ce motif, G. Claudius, V. Clœlius Siculus, M. Cornélius Cetliegus. — * Sulpicius fut déchu du flamiiiat, inter sacrificandum e capite opex prolapsus; Val. Max. I, 1, 4; Plut. V. Marc. 5. — Su Abire jussus coactusque etiam » ; Liv. XXVI, 23, 8. — *> Flamines de Mars connus sous la République : i* A. PQSTUMiDS Alblncs, flamine et consul en 242 (Liv. £pit. XIX ; V:d. Mai. 1, 1, 2 ; Tac. Ann. 111. 71 ; Uv. XXXVII, 47). 2» m. aemiucs iie(:ii.i.c5, ancien préleur (Liv. XXVII. 33; X.\I1, 9), mort flamine de Mars en 205 (Uv. XXIX, 11). 3* Ti. VÉTunics PHILO creatus inauffuratusgue in locuni IlegiUi en 204 (Liv. XXIX. 38). 4' p. QcmcrM.iDS varus, préteur en 203, mort /?nmen Martialis en 169 (Liv. XXIX, 38; XLIV, 18). 5*1.. postujjius ai.iusos, consul en 173, remplace Varus en 168 (Liv. XLV, 13). 6» L. vAiERics Fi.ACcts, cousul et flamine en 131 (Cic. Phil. XI, VIII, 18). 7* L. COHSELIDS LEXTOLDS KiGLH, ïnauguré flamine entre 73 cl 63 Macrob. III, 13, 11 ; cf. Marquardt, p. 2 12 ; Drumann, II, p. 652). — 7 Voir plus loin p. 2073. — » Liv. I, 20.

— 9 Serv. ad ^cn. VIII, 552. — 10 Hien que Servius dise veteri sacrorum ritu.

— Il Val. Mai. 1,1,3; Liv. Epil. XIX; Cic. PMI. XI, VIll, 18 ; Tac. Ann. III, 71.

pas qu'il en fût ainsi dès l'origine '" : il lui était certainement défendu, autrefois, de monter à cheval et de quitter Rome ". Il ne parait jouir, pas plus que les autres flamines, d'aucune des prérogatives honoriliques du flamine de Jupiter. Il est d'ailleurs « inauguré » comme lui '-, et choisi également parmi les patriciens mariés suivant le rite de la confarreatlo et issus de parents unis de la même manière ". Il semble que sa femme fiU associée à son ministère en qualité de flaminiquc '•.

Son rôle religieux nous échappe complètement. Quels étaient ces sacrifices pour lesquels les souverains pontifes retenaient à Rome, avec une telle insistance, les flamines de Mars'»? Ce sont, dit Valère Maxime, « les cérémonies du culte de Mars » '^ Mais nous connaissons bien les fêtesde ce dieu, en particulier celles du mois qui porte son nom, et son flamine n'y apparaît pas. On a conjecturé qu'il immolait à Mars le cheval qu'on lui offrait aux Ides d'octobre ''. En 40 av. J.-C. lorsque Jules César lit sacrifier deux soldats sur le Champ de Mars, le sacrifice fut offert à Mars par le flamine du dieu ".

Il est vraisemblable que le collège des Saliens a peu à peu absorbé sous la République le service du dieu Mars et a relégué dans l'ombre son flamine.

4° Le flamen Quirinalis". — Le flamine de Quirinus n'est guère mieux connu : il paraît nommé dans les mêmes conditions ^^ et soumis aux mêmes obligations que le flamine de Mars -'. Mais son activité religieuse est certainement plus étendue et curieuse à étudier. C'est lui qui sacrifie au dieu Robigus le jour des Robi- GALiA (25 avril). Ovide nous le montre se rendant, en cortège processionnel, au bois de Robigus:

Flamen in antiqune lucum ftobiginis ibat, Exia canis flammis, exla daturiis ovis-^.

Il va prier le dieu de ne point nuire aux moissons. Le 23 décembre, il immole une victime sur la tombe d'.\cca Larentia dans le Vélabre, au nom du peuple romain -^ Enfin, le 7 juillet et le 21 août, il sacrifie sur l'autel souterrain de Consus dans le Cirque -*.

Quel lien unit entre eux ces différents cultes et les rattache au ministère du flamine de Quirinus? Il est difficile de rien affirmer : mais on entrevoit vaguement que le flamine de Quirinus s'occupait volontiers des cultes souterrains. Le chien, immolé à Robigus, est une victime chère aux dieux d'en bas; l'autel de con'sus était recouvert de terre toute l'année ; c'était sur un tombeau qu'avait lieu le sacrifice à Larentia. Tite-Live rapporte qu'au temps du siège de Rome par les Gaulois, le

— 12 Creatus inauguratusgue, disent les textes 'Liv. XXIX, 38; XLV, 15). Voj-ei dans Macr. III, 18, 11, la cena pontificalis célébrée eu l'honneur de Lentulus, quo die flamen Martialis inauguratus est. Parmi les assistants se trouve L. Julius César, augure, qui eum inauguravit. — 13 Gaius, 1,112. — Il Parmi lesconvivesde la cenade Lentulus (Macr. III, 13, 11) se trouve ipsius uxor Publicia flaminica. — '5« .Ve asacris discederet :, Val. Mai. L 1. 2; Cic. Phil. XI. VIII, 18; Liv. Epil. XI.X.

— 16 Catirimoniis Martis ; Val. Max. I, 1, 2. — 17 Marquardt, p. 234. Cependant Pline dit {Hist. nat. XXVIll, 146) : FI amini sacrorum equum tangere non licet, quuni Romae publicis sacris equus etiam immoletur, et il peut fort bien s'agir du flamen Martialis. — '8 Dio, XLU, 24 : riçbç Toi7 îcptw; to-7 'Aj tu;. — 19 Nous connaissons, sous la République, comme flamen Quirinalis ; l* m. aeuh-ids recillcs était flamen Quirinalis en 215 (Liv. XXIV, 7) avan 'être flamine de Mars (à moins d'une erreur chei Tite-Live). 2* o. fabhjs ncron, créé créteup en 190, flamen Quirinalis inauguratus celte même année (Liv. XXXVII, 47 et 51 ; cf. Baliclon, Monnaies romaines, I, p. 484), mort en 167 (Liv. XLV, 44), étant encore flamine. 3" p. julius caesab. flam. Quir. en 57 (Cic. De harusp. resp. VI, 12). — 2» Liv. XXXVII, 47 ; Gaius, I. 1 12. — 21 Uv. XXIV, 7 ; Serv. ad Aen. VIII, 532. — 22 Ov. l'ast. IV, 310. — 23 Gell. VII, 7,7 (publiée). Plutarque, V. Rom. 4, indique le flamine do Mars. Marccllin, I, 10, 15, dit seulement jïcr//aminem. — ï^T-rtull. Desprctnc. 5,

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flaminc de Quirinus enfouit près de sa demoui-e les objets sacrés'. Mais quels rapports ce culte et ces dieux ont-ils avec Quirinus? Faut-il croire, avec Preller, que toutes ces divinités, Quirinus compris, sont des divinités des champs et de la terre ^? Une autre pensée vient i\ l'esprit. Le flamine de Jupiter ne sacrifie que sur le Capitule. Nous ne voyons celui de Mars qu'au Champ du dieu. Le (lamine de Quirinus nous apparaît un peu partout, hors des Sept Collines de la Rome primitive : sur le mont Quirinus d'abord, où l'attache son principal dieu, au Vélabre et dans le Cirque, sur le flanc extérieur du Palatin, et en pleine campagne, de l'autre côté du Tibre, au bois de Robigus. Il nous apparaît comme le flamine des sacrifices qui se font hors de Rome, dans les régions nouvelles et dans les cantons ruraux : il semble le grand flamine le moins enchaîné à un sanctuaire municipal, et (|uand, àl'arrivée des Gauloip, le Sénat voulut mettre à l'abri les Vestales et les dieux, ce fut le flamine de Quirinus qui les conduisit à Caeré^.

5° Les douze (lamines mineurs. — Des douze flamines mineurs nous savons seulement qu'ils étaient pris parmi les plébéiens. Sur leur mode de nomination, les obligations auxquelles ils étaient soumis, la nature de leurs devoirs religieux, nous ne connaissons absolument rien '. Ils sont même si peu connus qu'on ne possède le nom que de dix d'entre eux et d(! chacun d'eux rien de plus que le nom. Ce sont les suivants ^

Parmi les six premiers se placent (car ils étaient soumis à une hiérarchie) ;

Le flamen Carmentalis ; ce flaminat était assez élevé en dignité pour être conflé à un homme susceptible de devenir consul. Cicéron nous montre, au i\' siècle avant notre ère, le consul M. Popillius, vêtu du costume du flamen Carmentalis, arrêtant une sédition en montrant au peuple ces insignes respectés^. On peut supposer qu'il présidait, au mois de janvier, aux fêtes de la déesse Carmenta'.

Le flamen Volcanalis ' n'est connu que par son rôle auprès d'une divinité autre que celle dont il porte ce nom : aux calendes de mai il sacrifle à Maia^ Maia passait pour la femme du Vulcain primitif du Latium ". Vulcain avait d'ailleurs son jour de fête au mois de mai.

Le flamen Portunalis, est le prêtre du dieu fluvial Portunus, dont les fêtes se célèbrent en août. Nous ne savons qu'une chose de son flamine, c'est qu' « il enduit de poix les armes de Quirinus " ». On s'attendraitàvoir cette fonction confiée au flamine propre de Quirinus.

Le flamen Cerialis n'est connu que par une inscription, encore tout récemment découverte'-. Je n'hésite pas à regarder la Cérès dotée de ce flamine comme la vieille divinité italique, antérieure à l'importation des rites grecs de Déméter.

• Liv. V, 10. Depuis hic despui retigio est. — s Iloem. Mythol. I, p. 371 {3i8;. -Sl.iv. V, 40 et U ; Val. Mai. I, 1. 10. Tilcl.ivc, VII, 20,dit/Inmiiium. — » Nous ne connaissons que le nom tic l'un d'eux, u. I'uimi.i.iiis, consul et flamen Carmentalis au commencement du iv* siôcle av. J.-C. (Cic. Brut. XIV, 5li). — B Ils nous sont connus par les textes suivante : Knnius ap. Varp. De l. t. VII, 45 : » Volturnalem, PiilntUfticin, Furrinalcni, Fhralem f/ni Falacf'm t-t Pomoiiaiem fecil {.\uma) », lexlo qui nous donne sans doute le rang des six derniers ilaniincs, puisque le flamen Pomonatia minimi habi'tur (Fest. p. 154). V,irron, De L l. \, 84, i^num^re : YoU rannlis... Furinatis flamen Falacer. Les mûmes llamiues et les autres apparaissent i>ol^mcnt chez Festus, Macrobe, Varrou, Cicéron et les inscriptions. — 6 Brut. .VIV, ;i6. — 7 Mentionniï également sous l'Empire; Corp. VI, 3720; A'pA. IV, 759. — 8 Varr D.: l. ial. V, S4; Macrob. I, 12, IS ; Corp. VI, 1628. — » Macr. I, 12,

C'est à ce rang, parmi les six premiers des flamines mineurs, qu'il faut placer les deux dont nous ignorons le nom. Je pense qu'ils devaient être attribués à quelque vieille divinité dont on retrouve le nom dans les fêtes primitives, comme Saturne, Neptune, ou les dieux des bois, Luearia'^. — Puis venaient les six derniers.

Le flamen Volturnalis (10'= flamine), lui aussi le prêtre d'un dieu fluvial '', dont les fêtes tombent en août.

Le flamen Palatualis"^ (11" flamine). Est-ce le prêtre de Paies et des Palilies d'avril? list-ce le flamine d'une déesse Pnlalua, ôponyme du Palatium? Ceci est plus vraisemblable, car au jour du Septimontium, c'est-à-dire à la fête des Sept Collines groupées autour du Palatin, il s'accomplissait un sacrifice appelait PaZa/ua/-**. C'était sans doute le prêtre spécial de la région du Palatin, capitale historique de l'association des Sept Collines".

Le flamen Furrinalis" (12' flamine). Furrina est la déesse d'un bois, situé au delà du Tibre, où l'on célèbre une fête en juillet.

Le flamen Floralis^^ (13" flamine). U s'agit sans contredit de la vieille floha romaine ou sabine, de celle à laquelle le roi Tatius consacra un autel et qu'on adorait surtout dans les bois, et non pas de la divinité hellénisée à laquelle on voua les jeux des Floralia.

Le flamen Falacer (i't" flamine) n'est connu que par ces mots de Varron : Flamen Falacer a divo pâtre Falacre^". Il est visible qu'il ne sait pas autre chose du flamine et de son dieu.

Le flamen PomonaUs iio" flamine)^'. Pomone est ici, comme Flore, une divinité du Latium primitif, adorée dans un bois sacré entre Ârdée et Ostie.

On notera que ce groupe des divinités adorées par les petits flamines ne se ramène à aucun des systèmes connus de douze dieux. On remarquera également que toutes ces divinités appartiennent à la religion la plus ancienne de Rome, à celle qui se rattache directement au culte des premières populations italiennes. Enfin la plupart de ces divinités sont des divinités topiques, des bois et des sources de la campagne romaine. Portunus, Volturnus, et, comme l'indique son épithèle de divus, Falacer, sont des dieux fluviaux. Pomone et Furrina ont leur bois, celle-ci près de la mer, celle-là au delà du Tibre. Carmenta est sans doute une nymphe du pied du Capitole ; Flora, la déesse de quelques bois des abords du Quirinal: Vulcain est adoré dans le bas-fond du comitium. Seule, la déesse Palatua nous ramène dans le Palatin, c'est-à-dire dans l'enceinte même de la Rome aux Sept Collines. Nous en arrivons, pour le cycle des petits flamines, aux mêmes conclusions que pour la trinité des grands prêtres. La religion qu'ils desservent est une religion locale et ancienne, les dieux dont ils se nomment sont des dieux du sol romain. Seulement les divinités des grands flamines sont celles des trois grandes collines

18. — 10 Macr. /. c. ; Cell. XIII. S3 (22) : .Vaia Volcani. — " Festus. p. 217. — 12 A Mèvani.! en Ombrie : Sex. Caesio... Propertiano^ fiamini Ceriati fiomac (Gagnât, Rev. arch. avril 1892, p. 292). — 13 Je crois à l'existence à Rome d'un flamen Lucularis. Larinium, qui a son flamen Floralia {Corp. IX. 705) et ses grands flammes, a un tlamine de ce nom (Henzen, 6747). Nous trouxcrons un flamen \irbialia à Napics : Rome en avait peul-fitrc un de ce nom. — 1* Varr. VII, 43 : Paul. p. 379. — 15 Varr. VII, 45. — 16 Fcsl. p. 348. — " L'Afrique, qui copiait volontiers les institutions de Ir. Home prinaitivc, nous montre dans une de ses villes Ma pontifex Patatualis (Corp. VIII, 10500). — 18 Varr. VI, 19: V, 84; VII, 43. — I» Varr. Vil, 45; Corp. IX, 705 (plus vraisemblablement un flamen Floralia de Laviniumi. — >0 Varr. V, 84; VU, 45. — Si Varr. VU, 45; Fest. p. 151.

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historiques de la Rome des premiers rois. Les divinités des petits flamines liabitent plus volontiers au pied des monts, près des sources et des ruisseaux, ou au loin dans les bois de la campagne '.

6° Sur la consliiutio» primitive du flaminat romain. — Résumons ces recherches, et voyons comment on peut se représenter, par conjecture, l'histoire primitive du (laminai romain. Il est une chose qu'on peut supposer a priori : ni le chiffre de trois pour les grands flamines, ni le chiffre de douze pour les petits flamines, n'ont été choisis au hasard. Ils correspondent à un organisme quelconque dans les institutions religieuses ou sociales de Rome. A coup sûr, ils ne s'adaptent pas à l'organisation intérieure du flaminat romain. Si les flamines avaient formé un collège, une association, on aurait pu prendre le chiffre hiératique de douze membres. Mais ce qui, précisément, caractérise les flamines, c'est qu'ils ne forment pas un collège, c'est qu'ils ne sont point associés, c'est qu'ils fonctionnent chacun isolément. On peut songer à l'organisation Ihéologique du monde des dieux. Les trinités et les systèmes de douze dieux ne manquent pas dans les panthéons italiens. Or, aucun de ces groupes définis ne rappelle, même de loin, les dieux desservis par les flamines ^.

Il ne reste plus qu'une hypothèse à faire. Ces chiffres de 3 et de 12 se rattachent à des subdivisions géographiques ou génériques du peuple romain. Or, tout ce que nous venons de dire semble justilier cette hypothèse. Les trois grands flamines évoquent la pensée des trois tribus primitives qui ont formé le peuple romain. Les douze petits flamines doivent se rattacher à quelque subdivision géographique du territoire romain et vraisemblablement aux pagi de l'ère primitive^. Les curies de Rome avaient leur flamine, les montes avaient aussi le leur'. Ne trouvons-nous pas, hors de Rome, dans ces villes de l'Italie ou de l'Afrique qui ont aimé à copier les plus vieilles institutions romaines, des flamines de curies et des flamines de pagi^l Les trois tribus étaient avant tout les subdivisions génériques du patriciat romain^ : le flamine supérieur ne put être que patricien. Les pagi étaient les cantons ruraux où la plèbe était comprise : les flamines mineurs furent surtout, peutêtre toujours, des plébéiens. Les trois grands flamines représentent l'union on un seul peuple des trois grandes tribus romaines. Et cela nous explique un des plus étranges récits de Tite-Live. Après avoir achevé ses lois, Numa éleva un sanctuaire à la Foi Publique, Fides Publica, protectrice de l'union des difl'érentes parties de la cité, et il l'élevasur ce Capitole qui allait être désormais le centre religieux de la ville réorganisée. II voulut que ce sacrifice fût fait conjointement partons les flamines sous la forme la plus solennelle. Un même char les conduisit dans l'enceinte sacré, cachés aux regards par le dôme de la voiture. Devant l'autel, les flamines sacri-

1 Voilà pourquoi je leur atlriLuerais volontiers les sacrifices à Gérôs et à Tcllus, déesses des campagiies romaines, qu'accomplissaient flaminicae, dit Tcrtullien {De idol. 10), fîamen (Fab. Piclor ap. Serv. nd Ceorg. I, 21). — ! Sur les systèmes de trois et douze dieux, cf. Marquardt, p. 2V; Preller-Jordan, t. I, p. 68 (liO). — 'i Ucmarqucz que le flamen Palfttualis parait bien ùtre lo flamine du pagus l'alatinus primitir, englobé dans la Rome du Septimonihim. Sur ces pagi do Tanciennc Uome, cf. Blocli, le Sénat romain, p. 20 ; Mommscn, Staatsrecht, [II, p. H6 ; Gilbert, Gesch. und Topographie, t. II. — '> Cf. plus loin, p. 2074. — S Cf. Jbid. — 6 Avec la réserve faite plus baul, p. 2066. — ^ Liv. I, 21. — 8 Ibid. Dans les célèbres invocations aux dieux de l'Klat, nous trouvons toujours avec ou sans Janus, Jupiter, Mars ;3aier, Quirinus ; Diod. Excerpt. Yat. 37,4;

fièrent, les mains entièrement enveloppées et cachées'. C'est la seule fois que nous voyons les flamines unis devant le même autel pour un même sacrifice : mais cet autel était précisément le symbole et le garant de l'union des trois tribus qu'ils représentaient et qui formaient le peuple romain.

Laissons de côté les flamines et passons à leurs dieux et à leur ministère. Se sont-ils appelés dès l'origine flamines de Jupiter, de Mars, de Quirinus? Cela n'est possible que si l'on admet que chacun de ces dieux ait été regardé comine la divinité protectrice, le dieu père et le fondateur mythique, et comme le génie domestique de la tribu. En tout cas, Mars, Jupiter, Quirinus sont également les ancêtres religieux et les Lares nationaux du peuple romain : ce sont les dit patrii de Virgile et des grandes invocations politiques'. Les trois grands flamines sont les prêtres des dieux génériques et domestiques des trois tribus du peuple romain. Ils desservent leur culte, exactement comme le père de famille dessert le culte de l'ancêtre ou du Lare familial. Voilà pourquoi leur ministère divin ressemble entièrement à celui du paterfamilias, et leur culte au culte domestique : ils sont les ministres du foyer et du dieu de ces grandes familles politiques qui sont la tribu et la cité.

Les dieux des petits flamines sont de petits dieux, comme tous les dieux réservés à la plèbe qui habitait \espagi : ce sont des dieux de plébéiens, comme les Paganalia étaient des fêtes de plébéiens. Mais ce sont, eux aussi, des dieux de la patrie, des Lares de la demeure et du foyer romains'. Ils sont moins attachés à une race, comme les trois grands dii patrii des flamines majeurs; ils sont surtout fixés au sol, aux bois ou aux fleuves; ils y sont nés : ce sont les dii indigeics de la tradition romaine, et quand Virgile, dans son invocation célèbre '", appelle les Dii Patrii, Indigetes, ce sont là. tous les dieux des flamines grands el petits, les dieux de la race, de la patrie et des foyers romains.

Mais si le flamine est surtout le prêtre du dieu de la race ou du dieu du canton, il doit aussi desservir les divinités étrangères auxquelles sa tribu fait bon accueil, ou les divinités nouvelles qui naissent sur le sol : de la même manière, le père de famille adore surtout le dieu du foyer et de la famille : mais il peut adresser des prières à n'importe quel autre dieu. C'est qu'il faut toujours en revenir à une analogie complète entre le flamine et le père de famille, entre son culte et la religion domestique. Le titre exact du flamine primitif devrait être le « maître unique et perpétuel des sacrifices » d'une société politique et religieuse. Le père de famille est, tout à la fois, chef et sacrificateur. Dans la cité, il y a, à côté du roi, rex sacrorum, qui dirige les sacrifices, le flamine, flamen sacrorum^^, qui les exécute. C'est pour cela qu'on ne dit pas flamen Jovis, flamen iVarlis, mais flamen DinliSjMartialis. Le nom dudieu intervient commo

Liv. VIII, 9 ; Ovid. Mel. XV, 861, et à leur suite divi Indigeles. D,ins la célèbre invocation de Virgile les trois premiers sont sans doute les dii patrii ; Di patrii, indigftat, et Romule, Vestague mater; Georg. I, 41)8. — 9 Cf. Tib. II, 1, 17 • Di patrii, à propos Ati^ Pnganalia; Ov. Fast. 669 : Paganis focis; Dionys. IV, 15 : 0.-,v i

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roù-wyo-j. On sait que pendant les Paganalia on invoquait Cérès et Tellus (Ovid. Fast. I, 670), ce qui pourrait justifier l'attribulion aux flamines mineurs du sacrifice ii ces deux divinités (cf. note 1). — 10 Georg. \, 498. — 1' riin. Uist. nat. XXVIII, 1.40 : l'iamini aacrorum non lict. Dans les muuicipes, voyez flamen sacrorum (VIII, 14692), flamen sacrorum publiconim (II, 2105J. Cf. Liv. 1, 3;i : Ancus quitte Home, cura, sacrorum fîaminilnis sacerdotibusgue altis demandata.

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épilhèle plus que comme possessif. Le flamcn Dinlis csl oln flaminn des sacrifices du peuple romain » allribué surtout il Jupiter.

Un moment vint où les tribus, les pngi, les subdivisions primitives de race et de canton, se mêlèrent et s'oublièrent dans la ville romaine agrandie de nouvelles collines et peuplée de nouveaux habitants. Or, vers le même temps, les divinités perdirent leur caractère étroit, topique ou générique. Elles devinrent générales au peuple romain. Une hiérarchie savante fut établie entre elles. Jupiter, qui occupait le Capitole, devint le père par excellence du peuple romain, .^lors, les llamines suivirent les destinées et les sanctuaires de leur dieu. Ils se groupèrent, autour des autels du peuple romain unifié, suivant l'ordre que Numa ou les rois étrusques donnèrent à ses dieux. Mais on ne loucha pas au nombre consacré. Il n'y eut jamais que quinze fiamines. On ne loucha pas non plus aux divinités qui les dénommaient. Ils demeurèrent les prêtres des vieux dieux de la patrie et du sol romains, pour lesquels ils avaient été créés. Rome accueillit sans fin de nouveaux dieux, auxquelles elle donna de belles places dans son culte et sur ses collines, Junon, Mercure ou Minerve. Mais elle ne leur donna jamais de llamines. La religion primitive, comme la famille archaïque, se fixa, se figea en quelque sorte, dans l'institution du flaminat.

in. Les insignes du flajiinat. — Ce qu'on a dit du mariage, de la vie et du ministère religieux du flamine, s'applique également à son costume et à ses insignes. C'est une sorte de survivance du Romain ou du Latin des premiers âges. Il est vêtu comme pouvait l'être un contemporain de Numa. Tandis que l'inQuence grecque modifiait peu à peu l'habitude ou le costume des simples citoyens, l'extérieur du flamine demeurait immuable : la religion ne permit pas qu'il fût touché, même en cela, à la coutume du passé. Elle a maintenu la tradition dans toute sa rigueur. Lorsque Virgile nous représente Énée vêtu du double manteau de pourpre des flamines romains ', ce n'est pas assurément parce qu'il en fait un flamine : il lui donne simplement le costume habituel des temps héroïques, costume qui s'était perpétué dans le flaminat.

Le flamine. — 1° Toga praetexta, laena. — Les flamines portaient la toge blanche garnie de pourpre, toga praelexla ^, insigne qui ne les distinguait en rien ni

' Virg. Acn. IV, 263 : Tyrioqne ardebat murice laena. — 2 Liv. XXVII, 8, 9 (/'. DiaL); Scrr. ad Aen. VIII, S52 (/?. Mart. cl Quir.). Toutes les fois que les textes s'appliquent au flamen Dialis^ nous n(5;;Iigcrons de l'indiquer. — 3 Cf. MonimscD. Slaatsrecht, II, p. 406. — * Yestis, guae laena dicebatur (3erv. ad At'n. IV, 2G2 ; cf. 2G.'J). Servius appelle \a laena tantôt amiclnm rotundum, tantôt logam duplkem [Aen. IV, 202). Toga duplex^ qua infibiilati /lamines sacrificant; Suet. fr. 167, p. 2G7 UcilT. : mais la laena est autre chose que la toga Qaminalc; c'est ce qu'avait déjà vu Fcrrarius, De re vesliaria, 1. II, c. 13. — & Togam aulem duplirem, guam purpuream debere esse non dubium est (Serv. ad Aen, IV, 262); cf. Virg. Aen. IV, 263. — 6 De là l'expression de toga duplex (cf. n. 4). — 7 Paul. p. 113 ; Jnfibiilati... aeris fibutis ; Suet. fr. 167, p. 267 UoilT. ; Serv. ad Aen. IV, 262. — 8 Voir tous les textes chez Ferrai-ius. — 9 De là sans doute l'expression de amîctus auguralis ; Serv. ad Aen. IV, 262, et la phrase inaugurato /lamini vestcm, l. c. — 10 Serv. ad Acn. VIII, 552. La fig^ire 309^1 d'aprôs un bas-reliet' du musi'e de Florence (voy. plus bas. note 23), rcpri^senle un flamine v,>lu de la toge. Nous ne connaissons aucune rcprt'-sentalion de flamine portant la laena. Dans la monnaie de L. Lcntulus, flamen .Vartialis reproduite ici (llg. 3096) ^Collen, Rc/mbl. pi. XV, n° 38), il apparaît bien vôtu du costume sacerdotal; mais le dessin est trop pou distinct pour pouvoir jujror des di'-tails du costume. D'autres llamines sont si:;nalr'S dans les monnaies de Marr-AiirMe et d'Alexamlre Mammi'-e. — " D.ans le costume du flamen Atigu-iti provincial (loi de Narboiine, Cor/>iw, XII, p. 864) on distingue les jours de ^pcclarle où il lui est permis d'ôtro [prae]textato et les jours do sacrillco où il pourra ûtro rovûtu veste pu[rpurca] plutôt que pu[blice].

Fiy. 3033. — riaraine.

et celui

Fig. ^û^G. —Monnaie de L. Lentulus.

des magistrats ni des autres prêtres '. Mais, ce qui paraît avoir été leur vêtement solennel et comme leur attribut religieux, c'est le manteau de laine épaisse qu'on appelait laena '• : il était, je crois, teint en pourpre ■' ; on le portait par-dessus la toge, mis en double"', et attaché aux épaules par des fibules de bronze'. Il était sans doute assez court'. Le jour où le flamine était inauguré, on lui plaçait solennellement sur les épaules le manteau de pourpre '. Peut-être ne le portait-il pas constamment, comme il faisait pour la toge prétexte (fig.SO'Jo)'". Mais il devait le prendre au moment des sacrifices" : Cicéron'^ nous montre le consul M. Popilius, qui était en même temps flamine de Carmenta, sacrifiant vêtu de la laena et imposant respect au peuple séditieux par la vue de cet insigne révéré ffig. 3096) '^ La laena était le manteau de cérémonie des anciens Romains. C'était celui des rois' que la légende donnait aux héros. Virgile nous représente Énée vêtu de la laena de pourpre que Didon avait confectionnée de ses propres mains'". Le devoir, l'attribut de la matrone, des âges primitifs si haut placée qu'elle fût, était de préparer le vêtement destiné à son époux : la laena du flamine ne pouvait être tissée que par la flami nique '^.

2° Albogalerus, pileus, galerus. — La coiffure des flamines était le bonnet des temps primitifs, pilcus, mais le bonnet élevé en forme de mitre, galekus, qui était réservé surtout aux prêtres'''. Il était l'ait de la fourrure d'un animal immolé " (car le flamine ne pouvait pas toucher la peau d'un animal souillé par la mort naturelle)". Tous les prêtres et tous les flamines portaient le galerus -". Mais seule, la mitre du flamine de Jupiter était de couleur blanche (de là son nom de albogalerus) : elle était confectionnée avec la peau d'une « victime blanche » immolée à Jupiter-'.

La forme du bonnet des flamines ou des prêtres est facile à arrêter d'après les monnaies de la République 'et les bas-reliefs de l'Empire". C'était, dans le dernier

— 12 Cic. Brut. XIV, 56 {Jl. Carmmtalis). — 13 Voir la note 10. — Il Plut. V. iViim. 7. — 15 Aen. IV, 262. — 16 Serv. ad Aen. IV, 262 et 2C3. — 17 Catemm... pileum ex pelle hostiae caesae... quibus sacerdotes utunlur; Suet. ap. Serv. ad Aen. II, 683. Pileus. ap. P,aul. p. 10; Serv. ad Aen. VIII, 664; X. 270; 11, 683; Dionys. II. 64; Plut. Xum. 7; Comm. JJern. ad Lucan. I, 604; Isidor. Orig. XIX, 30,5.-18 Cell. X, 15, 32; Isidor. Orig. XIX, 30, 3; Sud. ap. Serv.odAen.il, 683.— 19 Cf. plus haut, p. 2067. — 20 Pileus lanatus forma metali figuratas quo /lamines ae pontificesutiintvr, eodem no77M"nei'OCrtri'(Fcsl. p. 355; Suet. ap. Serv.a{/.ciefi.ll, 683).

— 21 Is solum {/l. Dirtli.^) album habet galerum, tel quodmaximus, vel qnod Jooi immolata hostia alba id fieri oporleat ; Coll. X, 15, 32. Albogalerus ap. Paul. p. 10.

— 22 Nous trouvons ic bonnet sacerdotal repré5onl,5 sur un bon nombre de monnaies dites consulaires, soit c^Iui dos llamines, soit, plus souvent, celui des pontifes; mais il est impossible de distinguer la moindre différence entre l'un et l'autre. Voir surtout : i" les monnaies repr,^sentant Fabius Piclor, flamen Quirinalis de 190 à 167, vêtu du costume militaire, mais tenant le galerus à la main (Colien. pi. xvii, D* 6, Fabia; lîabelon, I, p. 484 :1e bonnet est fort peu net); 2» celles de Cn. Domitius Calvinus, cens, en 53 et 40, pon/i/'cx fCohon. XVII, Domitia, 7); 3* celles de la gens Sestia, relatives à Itrulus. /îon/i/'t'x (.XXXVIII. Seslia 2); 4* de M. Plaetorius. sans doute pontifex (XXXII, Plaetoria, 8) ; 5» du souverain pontife Lépide (III, Anfonûi, 1 2 ; IV, 13, 14, 15) ; 6' les monnaies à l'éléphant de Jules César, pontifex maximus (XX, Jti'ia. 10 : ici fig. 3097). Le bonnet est surtout net dans ces dernières. — 33 Les bas-reliefs où l'on croit voir représenter un (lamine sont tous de l'époque impériale. Ce sont les suivantà : l** le bas-relief représentant un sacriiîce de l'empereur Auguste

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siècle de la République (fig. 3097 et 3109) un bonnet assez élevé, droit, de forme conique, entouré à la base d'un bourrelet ou d'un rebord. La plupart des monuments le représentent pourvu de courroies ou de lanières de cuir destinées à servir de jugulaires : des brides ou des cordons de cuir rattachaient ces courroies sous le menton du prêtre'. On sait que c'était pour le prêtre une grave infraction à ses devoirs religieux que de laisser tomber sa coiffure : ces attaches le garantissaient contre un accident de ce genre. Sous l'Empire, le galerus des flamines et des prêtres ne paraît avoir perdu aucun de ses attributs traditionnels : on peut sup-

Fig. 3097.

UoDDaic de Jules

César.

Fig. 3098. — Flamines coifTés du galerus avec l'apex.

poser seulement, d'après les bas-reliefs qui le représentent, qu'on diminua légèrement sa hauteur, et qu'il prit une forme moins pyramidale (fig. 3098, 3099 et 3103). Comme la laena, le pileus sacerdotal ou galerus est un vestige des temps héroïques. Virgile le donne comme coiffure à des guerriers de Turnus^. Properce appelle galeritus le lucumon étrusque '. M. Helbig, dans une étude d'une rare sagacité*, a montré que le pileus a été pendant longtemps « le signe distinclif et la marque d'honneur de l'homme libre » : puis, abandonné des Quirites, il est demeuré réservé à leurs prêtres. Mais son apparence extérieure a à peine changé, et si l'on veut chercher le prototype du bonnet flaminal, c'est dans la coiffure des anciens Italiens, des Étrusques en particulier, qu'on le retrouvera. Le pileus de l'homme libre, sur les fresques de Corneto (fig. 3099), ne diffère qu'à peine du galerus sacerdotal que porte le flamine au temps de Marc-Aurèle ou le pontife au temps do César. C'est la même forme conique, ce sont les mêmes jugulaires,

{Monum. de l'instit. de Corr. arch. XI, pi. xxxiv-xxxv, ici fig. 3098) : Auguste a Vapt'T, sans doute celui du souverain pontife ; derrière lui les trois flamines, dont il manque le premier (voir la 1'" partie du monument, même pi., fig. 5, Rome, Villa iMédicis ; la 2" partie, fig. (i, Florenci", Uffizi) ; 2* Marc-Aurùle sacrifiant â Jupiter Capitolin (Rome, palais des Conservateurs) : Helbig, fig. 26, ici fig. 3101 : il ne peut s'agir, comme le remarque M. Helbig, que du /?. Dialis; 3" un bas-relief du Louvre représentant, entre autres insignes sacerdotaux, un bonnet sans baguette, galerus ou tutulus plutôt i\\iapex de flamine (Clarac, pi. ccxx ; ici fig. 3102} ; 4» sur un bas-relief originaire de Capoue conservé au Musée de Naples, Vapex, entre autres attributs sacerdotaux (il/useo liorbonico, t. ,VV. pi. xxxiv, ii, ici fig. 3100); 5» sur une base exposée au Forum, M. Helbig croit rcconnaitrc le /îamen Dialis debout, la main droite â la bouclie, et coiiVé de lapex [Der. d. S('ichs. Ces. d. VJiss. 1868, Uv. IV) ; 6» il reconnaît également un apex sur l'arc des Orfèvres â Rome ; 7" et sur un buste du Vatican du ni» siècle {Besc/tr. lioms, II, 2, p. 19i et 107) ; 8" il a retrouvé Vapex el le tutulus sur un bas-relief élevé par un collège (fig. 2:j, ici fig. 3103 et 310i); 9» Vapex est figuré dans un bas-relief de l'arc de Septimc-Sévère : Bellori et de Ruheis, Veter. arcus, pi. 21 . A ces représentations on pourra certainement en ajouter bien d'autres, empruntées aux portraits de flamines provinciaux ou municipaux; par exemple : 10° sur le monument d'un (lamine de Troas est re|)résenté (voy. plus loin, fig. 3108} Vapex /l'iminalis (Londres, lîristisli Muséum; cf. Corpus, 111, 380) ; il" de inèinc sur cjlui d'un llaniine d'Apt {Corp. .\II, 1114; le monument est dans

c'est le même rebord avancé au bas de la forme. « J'imagine », dit avec raison M. Helbig, « (}ue le bonnet des prêtres aux Romains devait apparaître comme un reste bizarre et démodé d'une haute et barbare antiquité. »

3° Apex, filum, apiculum.

— Le bonnet des flamines et des prêtres était surmonté d'un ornement indispensable qu'on appelait apex. Le galerus sacerdotal n'était, en lui-même, que le bonnet ordinaire des Romains libres des temps primitifs. L'apex seul n'était porté que par les prêtres. 11 était l'attribut essentiel de leur dignité. 11 se composait des parties suivantes :

La pièce principale était formée (fig. 3097, 3098, 3100, 3101, 3103 et 3108) par une baguette de bois d'olivier ^, fixée ° et sans doute cousue au milieu de la coiffure' : elle sortait de la forme comme une sorte de cimier*.

Sa hauteur paraît assez grande ', à peu près égale à celle de la forme du bonnet luimême'". A l'endroit où la baguette sort du bonnet, se trouve un ornement en forme de disque,

sur la nature duquel les textes ne nous renseignent pas. Sur les monnaies de la République, cet ornement a parfois un diamètre presque égal à la longueur de la baguette elle-même" : on dirait même une secondebaguetteposée horizontalement à la base de la première (fig. 3097) : dans les bas-reliefs de l'Empire, il se réduit à une sorte de bague, mais cependant sans jamais disparaître (fig. 3098, 3101 et 3102).

La baguette d'olivier était enveloppée et entièrement cachée d'un lil de laine, qu'on appelait apiculum ".

[a crypte de la cathédrale). — * Pour les figures 3097 et 3098 voir les deux noies précédentes. Ce sont ces brides qu'on appelait offendices', Fest. p. 205 : Offendiccs désigne, dit-il, soit /iO(/os qnibns apex retineatur et remittatur. soit corio/a quae sunt in loris apicis ; Gloss. ap. Prod. Corp. gloss. (Loewe), p. id : \odus quoapex flaminum retinetur et pi'emitur. Il ne serait pas impossible que les offendices fussent pourvus de boutonnières et de boutons, car on croit en reconnaître la trace sur les représentations figurées. — 2 Virg. Aen. VII, 688. — 3 Prop. V, i, 29. M. Helbig signale des casques en bronze trouvés à Corneto, qui pourraient être l'image des galeri flaminaux {A'otizie degli scari, 1881, t. V, 23; Bull, de VInst. 1882, p. 19. ■U, 1). — * Helbig, Silzungsberichte der bayer, .icad. 1880, t. I, p. 402 et s.

— 5 Virgula oleagina, Paul. p. 10 ; Brevis virga. Serv. ad Aen. VIII, 664 ; Virgula, Seh. Bern. ad. l.ucm. I, 604; Isid. Orig. XIX. 30, 5.-6 Affigebalur. Paul. p. 10.

— 7 Conligata, Serv. ad Aen. X,270; Isidor. Orig. XIX, 30, 5.-8 Apicem... circn médium virga emiiumte ; Suet. ap. Serv. ad Aen. II, 683. — 8 Bien que Scrvius dise brevis virga, ad Aen. VIII, 604. — '0 Elle parait plus longue encore sur le monument du Musée Britannique reproduit plus loinffig. 310s). Scrviusfait rcmarqnerqu'elle était d'une extrême hauteur chez le fiaminede Lavinium {ad Aen. VIH. GG4). — 1' Moimaies de César, de Oomitius et do Lépide. II est au contraire de dimensions très petites sur la monnaie de l'abius Piclor (fig. 3 100) etm:ui(|uedans celledela i/ens Sestia. — ^^ Apex virga, tjuae in summu pileo /lajninum laiia circumdata el filo conligata erat ; Serv, ad Ai'(t. X, 270. Apiculum filum, quo /lamines velatum apicem gérant; Paul. p. 23.

3100. — Bonnet de fianjine.

Fig. 3101. —Bonnet du flamine de Jupiter.

Fig. 3102.

Bonnet de prélre.

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Peut-être ce fil clail-il d'abord enroule'^ à la base de i'npex, ce qui expliquerait le renflement indiqué à cet endroit par les bas-reliefs. A l'extrémité de la baguette se trouvaient toujours quelcjucs fils de laine formant une espèce de houppe ou d'aigrette. Vapex ne va pas « sans un peu de laine », écrivent les grammairiens' : lanigeros apires, disaient les poètes^. Cet ornement apparaît, même malgré son exiguïté, sur quelques monnaies ' et sur le bas-relief de Marc-Aurèle (fig. 3101). Ce fil de laine qui enveloppait l'apex avait, au moins dans la coilTure des flamines. une importance de premier ordre. Peut-être même doit-il être regardé comme la marque distinctive, l'attribut mystique du flaminat. On jieul le croire, à voir avec quel accord tous les anciens font précisément venir flatnen de filum : c'est ce fil, disent-ils, qui a valu au flamine son nom'. Telle était même la valeur liturgique de ce ruban que, lorsque les flamines quittaient leur bonnet % ils devaient envelopper leur tête de ce fil de laine, comme ils en enveloppaient Vapex lui-même : ils ne pouvaient sortir sans avoir la tète ainsi voilée de ces bandelettes. Les jours de fête, ils les quittaient pour reprendre leur bonnet à apex''. Lorsque Denys décrit l'institution du flaminat par le roi Numa, il ne remarque de la prêtrise que deux choses, le bonnet et surtout les bandelettes''.

Quelle est l'origine et le sens religieux de ces difl'érents attributs, de Vapex' et de la bandelette? M. Helbig a bien montré que l'origine de Vapex est encore une origine lointaine et archaïque et qu'on en trouve le point de départ historique dans les fresques des tombes étrusques : dans l'une d'elles (fig. 3090) on aperçoit nettement comme une aigrette qui orne l'extrémité du bonnet du principal personnage. C'est là Vapex des temps primitifs. Il est vrai qu'il manque la baguette à cette coifl'ure : mais la baguette semble avoir toujours été réservée à l'exercice du sacerdoce. Elle constituait en ellet, et de cela on ne peut douter, un symbole éminemment religieux. Mais de quelle nature? Les grammairiens disent qu'elle rappelle la supériorité du prêtre sur les autres hommes'. C'est possible, sans être certain: il faut remarquer en tout cas que c'était un usage constant chez les peuples d'attacher à la coiffure du prêtre un insigne de ce genre. La baguette des flamines latins rappelle la lame d'or pur que le grand sacrificateur d'Israël fixait sur sa tiare '". La valeur symbolique du fil ou de

1 Brevis viyija desiiper [semper ?] liahens lanae aliqnid; Serv. ad Aen. VII, 661. Virga Umata^ hoc est in cujv-s extremitate modica laua est ; î^erv . ad Aeii . II, 683. — 2Virg. Aen. VIII, 664. — 3 Gens Seslia, Cohco. XXXVIII, 3. — l Cf. plus haut, p. 2056, n. 6. Cette très imporLmle remarque est de M. Helbig, p. 508- 510. Cf. de mdmc la toison que le ilamine d'Anagni doit attacher à son bonnet dans rintt^rieur do la citt^ (Kront. Ep. ad Caes. IV, 4). — 5 Seul lo flamen Dialis no devait jamais quitter Vapex. Les autres Hainincs le pouvaient, quod cum per aestus fdrre non passent ; Serv. ad Aen.XlU, 6ti4. — G Ftlo tnntum capita religare coeperunt : nam nudls penilus eos capititius incedere nefa^ fueraf. Festis diebus fdo deposito pilea necesse erat accipere; Serv. ad .A.en. VIII, 664. a Filo Msidue vetatur » ; Paul. p. 87. Flamines (juod in Lalio capi'.e velato semper ac caput cinctiim habebant filo; Varr. De l. lat. V, 84. — 7 QZ- îk; çopr.fftw; twv nîÂbiv Ti ti\ VT i iA[jL ÛTu V, <x xu; vùv ooçojcri o\v.[x% xaXoJvrE; ; Dionys, 11, 64. M. Ilclhig, p. 388 et 589, a très bien niontrt^ que les (n'in^aTa dont parte Denj s ne pouvaient pas ôtre des couronnes (les couronnes sont d'importation ri'cento en Italie), mais le filnm de laine dont parlent les grammairiens latins. — 8 Quelle est l'i'tjmologie du moiapex'î Les anciens croyaient que lo mot venait d'un verbe latin apere, équivalent du grec âiTTciv et qui aurait signifié ligare. Ils estimaient par conséquent que le mot opex aurait désigné primitivement la bandelette de laine qui enveloppait la bagitctto d'olivier ou la tétc du flaniinc, et non pas la baguette elle-même; Serv. ad Aen. X. 270; P.-iul. p. 18, p. 22; Isidor. XIX, 30. Mais s'il en était ainsi, pourquoi lo mot apex eùt-il désigné un sommet, une extrémité, un cimier de casque? A mon sons, apex a dû signifier primitivement non pas la baguette, ni la bandclclle, mais la houppe ou le pompon de laine qui termine l'une et l'autre.

Fig. 3103. — Apex d'un prêtre de collège.

Fig. 310». — Bonnet d'un membre de collège.

la bandelette de laine est plus facile à deviner : tout être ou toute chose, vouée à la divinité, prêtre, autel ou victime, devait porter des bandelettes de laine : c'était comme le signe du lien qui l'unissait au dieu" [co.nse-

CRATIOI.

Vapex, que ce mot désigne la baguette ou seulement l'aigrette qui la termine, n'est pas d'ailleurs l'apanage des flamines. Les Romains se représentaient leurs rois coiffés du bonnet que surmontait Vapex : apices regum, miliium arma, dit Horace'^. Tarquin reçut miraculeusement Vapex royal''. 11 est vrai qu'ils étaient rois et prêtres. Aux temps classiques, indépendamment des flamines, les pontifes ont Vapex parmi leurs insignes, comme le montrent les médailles consulaires '■• ; d'autres prêtres également '%

et, sous l'empire, jusqu'à un prêtre de collège "(fig. 3103 et 3104). Mais les pontifes le portaient fort rarement; le bonnet habituel des prêtres secondaires étant la coiffe de laine nommée iutulus^'', les flamines devaient toujours prendre la coifl'ure surmontée de Vapex au moment des sacrifices, et le flamen Dialis ne la quitter jamais. .\ussi l'expression d'apex finit par s'appliquer au bonnet flaminal lui-même '*; et elle devint même à a longue comme le symbole du flaminat de Jupiter".

En quoi maintenant différaient les apices des quinze flamines? quels étaient les attributs distinctifs de chacun d'eux? On doit se borner à dire que le bonnet du flamine de Jupiter était de couleur blanche. La lecture des textes et l'examen des monuments ne permettent pas d'autre conclusion.

4° Autres atirihuis. — Les textes nous font connaître d'autres attributs du flamine : la secespita, couteau du sacrifice-", le commetaculum, baguette qui lui servait, lorsqu'il se rendait au sacrifice, à écarter le peuple sur son passage (fig. 3098)-', les mensae adsidelae, tables devant lesquelles il se plaçait pour accomplir les sacrifices". Mais il partageait la plupart de ces attributs avec les autres prêtres du peuple romain.

La flamirtique'''. — 1° Le iuiulus. — C'est par sa coif-

— ^ Ad oslendendam eminenliam dignitatis ;SGrv. ad Aen. VIII, 664; même remarque chez Aug. De civ. Dei, H, 15. Autre explication : la baguette servait à effrayer les oiseaux qui enlevaient les entrailles des victimes, Serv. ibidem. — fO Exod. XXVIIl, 36, etc. — il Remarque de M. Hclbig, p. SIO. — 12 Hor. Od. III, 21, 20. 13 Cic. Deleg.\, 1,4. — UCf. n. 22, p. 2067. — 15 Par exemple les Salions; Fesl. p. 329. — 16 Comme le montre le bas-relief décrit par Helbig. fig. 25 et 26 (= Foggini. Mus. Capitol. IV, 15). — 17 Le tututus est un bonnet de forme pyramidale sans apex dont étaient coiffés, en temps de sacrifice, certains prêtres qu'on ne nomme pas, mais qui étaient certainement de rang inférieur. Le vers célèbre d'£nnius : Libaque fictores Argeos et tututatos ne peut s'appliquer qu'à des prêtres de classe secondaire, et en aucune manière, quoi qu'on eu ait dit, aux flamines. Varron, De l. lat. VII, 44, commente ainsi ce vers : Tutulati dicii ei, qui in sacris in capitibus habere soient ut melam. Cf. Suet. ap. Fesl. p. 335, et Serr. ad Aen. Il, 683 : «* Tria gênera pileorum, guibus sacerdotes utuiitnr... tittnlum pileum lanatum metae figura. Le bonnet de notre figure 3102 est plutôt un tutuius, à cause du peu de saillie de Vapex. La figure 3 104 est le fu/u/us des ministres religieux du colli-gc, dont le prélro principal porte l'apex figuré à la figure 3103. — I* Cela résulte de la plupart des textes cités et notamment de Suet. t. e. : Tria gênera pileorum... apicem, tutulum, galerum. — 13 Épitaphe de Scipion (Corpus, I. p. 133) : Apicem i)isiijne Dialis /laminis; Lir. VI, 41 : CuiUbet aptcem Diatem dummodo homosit imponnmus? — soserv. ad Aen. IV. 262. — 21 Paul. p. 26 et56. — Î3 PauL p. 19. — 23 La figure 3106 offre la rcpréscnUition certaine d'une Ûaminiquc romaine d'après un tombeau du musée de Ninics {Corpus, XII, 3175^. Il ne serait peut-être pas tr^s difficile de trouver d'antres portraits de flaminique municipale sur les

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, 3105. — CoilTiirc d'une femme élrusc|ue.

fure que la flamiiiique, comme le flaminr», se dislinguait le plus des autres femmes. On appelait cette coiffure (ululits, nom qu(? l'on donnait aussi au bonnetdc certains

prêtres'; comme ce bonnet, elle avait la l'orme d'un cône ou d'une borne. Elle était formée par la clievelure ellemême, qu'on tressait et ramassait, et dont les tresses attachées étaient redressées et amoncelées sur la tète, cxsirucium in allitudinem. M. Helbig suppose ^, avec une très grande vraisemblance, que cette coiffure était à l'origine recouverte d'un bonnet, et que c'était ce bonnet qui s'appelait proprement le tuïulus^ Telle était, en elTet, la coiffure primitive des femmes étrusques, qui

a pu être le prototype de celle de la flaminique : elles apparaissent constamment coiffées d'un bonnet de forme conique, tel que les grammairiens nous décrivent le tuiulus de la prêtresse romaine (fig. 3103) ^. Mais d'assez bonne heure, les prétresses renoncèrent à ce bonnet, comme la plupart des flamines à leur galerus, et la chevelure demeura soit à découvert, soit plutôt (fig. 3106) enveloppée par les bandelettes qui servaient à rattacher les tresses^; mais elle conserva dans son nom et dans son style le souvenir ===== • de la forme conique que le

f^^ bonnet lui avait imprimée.

Fig. 3106. - coifrure duce flaminique Ccs bandeletlcs étaient sans

municipale. doulc de pourprc " : elles

correspondaient exactement

à celles dont le flamine entourait ses cheveux, lorsqu'il

déposait son apex.

2° Inavculum, arcuhim''. — Quant à. Vapex ou à la baguette du bonnet sacerdotal, il est représenté dans la coiffure de la namini(iuo par ce qu'on appelait arculum ou inarculum. C'était un rameau de grenadier, qu'on

monuments funrraircs de TEnipire. Voici la dcscriplon du périrait qui accompagne ri'pilaiilie d'une fnminica (Corpus, V, n° G:i05) : « l'igura cincla d'una veste, clic parc una capa, con le îiracia alciate, con le mani larghali ». — * Tutulum vocari aiunt flamiiiicantm capitis ornajnentum, quod fiai lutta purpurea iiincTa criniljits, et exstructum in allitudinem ; Feslus, p. 355. Dcnys, 11, 22, dit des femmes des flamines curialcs : 'rouTo),àT«i «ruvtûojai srisàvaiç xou^oJiAEvat Tw; vE3«li«; : ici encore il s'agit de vitlae plutôt que de couronnes. Cf. sur le tututus Varr. De t. Int. Vil, 44. Dans l'cxpicssion consacri^-e en parlant de la flaminique : venenato opi-rilur (Cell. X. 15, 26; Serv. ad Arn. V, 137; XII, 602) venrnalum, suivant M. HcUiig, désignerait la bandelctlo de laine qui ornerait et voilerait les clievcux do la flaminique. — 2 Voyez, p. 513 et suiv. son flmlc sur le pileits des femmes. — 3 On ne s'expliquerait pas autrement ce mot de tuiulus^ qui vient de tutari, cacher, prot(îgcr. — 4 J\Jonum. de l'inst. X, pi. ini, 1 (peinture d'un tombeau do Corncto). — 5 JI. Helbig suppose qu'elles furent d'abord assez larges pour envelopper toute la clievelure; puis qu'on les retriîxit et qu'on les dissimula dans les tresses. Cela expliquerait ce que Varron dit du tututus : crines convolutos ad vcrticem capilis quod halicnt maires familias villa vclalos (De l. lat. Vil, 44), taudis que Fcstus dit seulement (p. 355) : villa inncxa crinibua. Cincta, dit Ovide, Fast. H, 607, de la fl.iminique. Pour la

LICIMIAE-L-r JLAVILLAE

■LAMÎNICAVG

insérait dans la chevelure après l'avoir ployé en forme de couronne : un lien de laine blanche en rattachait les deux extrémités '. La flaminique partageait avec la reine des sacritices le privilège de cet ornement; mais celle-ci ne le portait qu'au moment de certains sacrifices, la flaminique de Jupiter ne pouvait jamais le quitter pendant les cérémonies religieuses". C'était, comme Vapex pour son mari, l'insigne fondamental de sa dignité'".

3° A la laena du mari répondait, chez la flaminique, le petit manteau carré et frangé qu'on appelait hica, et qui était couleur de pourpre, ou plutôt d'un rouge orange semblable à la teinte de la flamme". La flaminique le portait sur la tête, élevé comme une mitre '^, en l'agrafant sans doute à sa couronne de grenadier'^ : elle était il demi voilée par lui comme la fiancée romaine l'était par son flammcum ''•. C'est qu'en effet, il en est des attributs de la flaminique comme de ceux de son mari. Cette coiffure, ce manteau, font partie du costume primitif des femmes romaines. Elles ont encore conservé ces vestiges dans quelques occasions solennelles : la coiffure dite iululus sert parfois aux matrones fidèles aux vieux usages"^; la rica ou le manteau de flamme est le voile dont se revêt la mère de famille au moment des sacrifices" ou la nouvelle mariée avant d'entrer dans la maison nuptiale.

La couronne de grenadier, comme Vapex d'olivier, voilà peut-être les seuls attributs qui ont pu révéler originairement le prêtre et la prêtresse. Les autres détails du costume ne sont devenus des insignes que parce qu'ils passèrent de mode chez les autres Romains.

Conclusion. — Représentons-nous maintenant le flamine et la flaminique dans la société romaine. Mariés suivant le rite religieux du gâteau partagé, unis l'un à l'autre dans une éternelle communauté, attachés à un dieu comme s'il était leur père et leur Lare, ils sont environnés d'une sorte de vénération mystique et craintive : et, dans leur étrange costume, celui ci avec sa mitre blanche et son aigrette, celle-là avec son bonnet de pourpre, tous doux, avec leur manteau de couleur éclatante, ils offrent aux générations étonnées''' une résurrection permanente des Romains primitifs.

Faut-il aller plus loin encore, et voir dans celte institution le souvenir de peuples plus anciens ou de civilisations plus lointaines? La présence de l'olivier dans Vapex du flamine, du grenadier dans la couronne de la flaminique, font nécessairement songer à une importation étrangère : le grenadier cl l'olivier ont été implantés

(îg. 3106 voy. la noie 23 de la p. 2069. — 6 Festus, p. 335. — ' Surculus, dit fiell. X, 15, 26. — 8 Arculum vero est virga ex nialo Punico, 3"rculum de arbore felice; Cell. X, 15, 26. Inc'irvata f/une fit quasi corona et ima summaque iuter se atligalur vinculo tnneo albo; Serv. ad Aen. IV, 137. Autres descriptions moins complûtes: Paul. p. 16; p. 113. - OSorv. ad Aen. IV, 137. to Selon M. Ilclbig, cette couronne aurait remplaciî le ruban qui attachait [lar le bas le tututus des femmes •"'Irusques, et il verrait en elle une iniporlatioii grecque. — n lîica est vesliinenlum quadratum fimbriatum piirpureum quo (laminicae pro paltioto utebanlur; Paul. p. 288 ; cf. Fcst. p. 277 et 289 ; Serv. ad Aen. IV, 187; Cell. X, 15. Servius, ad Aen. IV, 137 ; XU, 602, rattache sans doulc à lort au pntlium le venenntum do la formule consacriîe (voir n, I). — 12 D'après Fest. p. 289 : » [Pro] palliolo milrave. Granius [ap. Fesl. p. 377) confond la n'cfi avec la villa. — '3 D'après Gcll. X, 15 : n In rica sureulum habet ». Cf. Paul. p. 05 : Cincta fiaminica resta velala. — t^ Aussi Paul, p. 89, ap[ielle la rica un flammeum : « Flammeo amicitur nubens.., eo a.\sidu€ i!l'-'t)alur fliiminica; ibid. p. 89. Les Icxigographes (p. 28S-y) ajoutent co détail que la rica (5tait faite de laine grasse (tana altia succida) teinte (d'abord?) on bleu (caeruleo colore)ct pn^pari^e ainsi par les cnmiihe. — 1& Cf. Varr. VII, 44. — IC Cf. Varr. V, 180. — " Cet il'tonnement est bien visible chez les écrivains qui ont p.wli d'eux, Aulu-GcUo. Phitanpie. Servius et Feslus.

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en Italie. D'autre part, si grands sont les rapports eatre le costume de ces prêtres de Rome et le costume des premiers Étrusques, qu'on se demande si l'Ëtrurie, à laquelle la religion romaine doit tant de choses, n'a pas marqué son empreinte sur l'institution du flaminat. Knlin, il est assez visible que la mitre du tlamine ressemble fort à celle dont usaient les Assyriens ou les Phéniciens ', et on trouvera aisément qu'elle diffère à peine du bonnet sacerdotal que lahveh imposa à son grand sacrilicateur^ Il est curieux aussi de voir quelles analogies on peut signaler entre les obligations imposées au flamine de Jupiter par le livre des pontifes et celles que le rituel attribué à Moïse tixe au souverain prêtre Aaron: les formules se reproduisent parfois même mot pour mot. En se rappelant cnlin quels rapports suivis l'Étrurie eut avec les Orientaux, surtout avec la race sémitique', on pourrait s'expliquer autrement que par le hasard ou des raisons philosophiques, l'étrange ressemblance que présentent dans leur vie, dans leurs devoirs et dans leur costume le sacrificateur de lahveh et le flamine de Jupiter'.

IV. Histoire du flaminat romaine — Si les commencements du flaminat nous échappent, il est aisé en revanche d'en suivre l'histoire jusque dans les premiers temps de l'Empire : et cette histoire est un des principaux chapitres de celle du déclin et de la renaissance des vieilles croyances et des coutumes primitives.

1° Décadence du flaminat. — Le flaminat faisait d'un citoyen à la fois un être privilégié et le prisonnier de la divinité : le service de son dieu lui valait des obligations aussi exorbitantes que ses prérogatives. Or, au fur et à mesure que la crainte et le respect des dieux diminuèrent, et qu'à l'État religieux et théocratique des premiers temps succéda une cité à tendances plus civiles et d'esprit plus humain, le flaminat apparut aux Romains comme une anomalie, une difformité sociale, « vestige d'une sombre antiquité ». Tour à tour, on allait porter atteinte à chacun de ses droits, rompre chacune de ses obligations.

Le jour où les devoirs politiques, civils et militaires, réclamèrent toutes les forces et toutes les capacités, on cessa de comprendre que le flaminat pût éloigner à jamais des camps et des magistratures un patricien, un homme des premières familles : c'était immobiliser pour l'État un de ses meilleurs citoyens. Ni l'État ne put longtemps l'accepter, ni les flamines s'y résigner toujours. Aussi trouva-t-on sans peine des tempéraments pour concilier le service religieux et le service politique de la cité : la République romaine excellait dans ces subterfuges. D'assez bonne heure, au plus tard vers l'an 300 avant noire ère, les magistratures furent permises aux llamines de Mars et de Quirinus : celles-là seulement, il est vrai, qui ne les obligeaient pas à quitter Rome ^. Ils arrivèrent ainsi jusqu'au consulat. Mais en 242, le consul A. Postumius, étant aussi flamine de Mars, voulut partir pour une expédition militaire : le souverain pontife Métellus, arbitre des choses religieuses, le retint à Rome, ne

1 Cf. IlcU.ig, p. 528 et suiï. — 2 Cf. Exod. XXVIII, 36 et 37; XXIX, 6; XXXIX, -8, 31. Voyez la ressemblance cuire les mitres des prêtres pliéntciens et celles des Qïiuiues; Pcrrot, l/ist. de l'art, III, p. 543, 647, etc. — 3 Casait que le greuudior joue un rôle imporlaut dans la civilisation pliénicicnno, — * Les Étrusques scntbleut avoir cniprunttS aux Perses leur Artémis, Mclkartl) aux Phêuiciens ; ^OY. t. 11, p. 8iG [ethusci]. Ou sait qu'ils ont iniittS en industrie la plupart des si) les orientaux. — B Voir la première p^irtio de cette histoire chez Bouché-Lcclcrq, 1rs foitlifcs de l'anc. Home, p. 299 et suiv. — 0 M. Bouché-Leclercq suppose lue les (lamines ont pu s'absenter do Home une iniit à partir du jour où ils

Fig. 3107. — Monnaie de Fabius Piclor.

souffrit pas « qu'il s'éloignât des sacrifices' ». En 215, on n'osait pas non plus confier la direction de la guerre k M. Aemilius Regillus, malgré sa valeur, parce qu'il était flamine de Quirinus*. En 189, Q. Fabius Pictor, préteur elflamen Quirinalis, se voit interdire par le pontife le gouvernement de la Sardaigne : il proteste, on en appelle au peuple, qui décide à la fin qu'il restera à Rome et obéira au pontife'. Une médaille nous le représente essayant par son attitude de concilier ses deux devoirs : vêtu du costume militaire et tenant à la main le bonnet de flamine'" (fig. 3107). En 131 encore, le peuple romain contraignit L. Valerius Flaccus, consul et flamine de Mars, à obéir au souverain pontife et à ne point briguer la direction de la guerre d'Orient". Mais ce fut sans doute vers ce temps-là que les deux flamines de Mars et de Quirinus furent délivrés de leur assujettissement: on leur permit de quitter l'Italie, de monter à cheval, de gouverner les provinces, et même de ne porter le bonnet sacerdotal qu'au moment de sacrifier".

A connaître la décadence des flamines, on devine le déclin des dieux. M. Popilius était flamine de Carmenla et consul en 395 " : les petits flamines sont donc dès lors délivrés de toute sujétion, leurs dieux ne comptant plus. Au II" siècle, Mars et Quirinus étaient déjà discrédités : leurs flamines cessent d'être tenus en esclavage religieux. En revanche, Jupiter devient alors le maître incontesté des dieux et de l'État : la gloire grandissante du roi du Capitole sauvegarda éternellement le caractère sacré de son flamine. A l'époque de la seconde guerre Punique, le flamen Dialis conservait encore toutes ses obligations. Mais aussi, quiconque avait la moindre ambition politique évitait avec grand soin ce ministère gênant. On en fut réduit à prendre soit des hommes maladifs, que leur état de santé tenait éloignés des charges publiques ", soit même des hommes perdus de désordre et de vices ". Ce fut la bizarre conséquence de cette religion à formalisme rigoureux : pour trouver des flamines nés et vivant suivant les conditions sociales prescrites par la loi, on prit des débauchés; pour demeurer fidèle à la pureté religieuse, on avilit le flaminat aux yeux des hommes. On dut même ne plus permettre aux flamines, comme indignes, l'accès du sénat. Le service de Jupiter n'en fut pas mieux fait : en quarante ans quatre flamines furent déchus, pour s'être rendus coupables de négligence'^.

lise passa en 200 un fait qui montre bien ce que devint cette prêtrise, sainte par sa loi, souillée par les hommes, au milieu de la lutte entre la vieille religion et les intérêts nouveaux de l'État. Valerius Flaccus, fils d'une des grandes familles patriciennes, vivait dans tous les déportements. Le souverain pontife P. Licinius, pour essayer de 1j régénérer, en fit, malgré lui, un flamen Dialis : sans doute aussi (mais Tite-Live ne le dit pas , il l'obligea à

reçurent l'hospitalité de Cacré, au temps de la prise de Rome par les Gaolois (Liv. V, 40 et 41 ; VII, 20} ; la permission de deux jours daterait, suivant lui, du temps de Fabius Pictor. — ^ Liv. Epil. XIX; VaL Max. I, I, 2; Tac. Ann. III, 71; IJv. XXXVII, 47. — 8 Liv. XXIV, S, 10. — » Liv. XXXVII, 47. — 10 Babelon, I, p. 484; Cohen, /■'abia, 6, pi. xvii. — " Cic. Phil. XI, VIII, 18. — 12 Tac. Ann. 111. 5S ; Servius, ad Aen. VIII, 552, dit que cet adoucissement vint teteri sacrorum ritu, c'est-à-dire sans doute du rituel antiîrieur à Auguste. — 13 Cic. Brut. XIV, 56.

— 1* P. Cornélius Scipion. vers 180 ; cf. Corpus, I, p. 131. — i» Liv. XXVll, <.

— IG Knlrc 'iiO et 180; cf. la liste donnée plus haut.

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se marier. Cela réussit : Flaccus devint un flaniine modèle. Mais alors il réclama le droit d'entrer au sénat. Le préteur protesta : il y avait plusieurs générations qu'un flamine ne s'était présenté dans la curie : leur indignité les en avait exclus' ; « le Droit », prononçait le préteur, qui dans toute cette histoire de la religion romaine, se montre décidément l'adversaire du passé, « le Droit ne consiste pas dans les vieilleries des Annales, mais dans la coutume du moment ». L'ailaire fut longtemps discutée. A la fin, le flamine l'emporta; mais, dit Tile-Live, Flaccus dut son siège sénatorial plus à la sainteté de sa vie régénérée qu'aux prescriptions du droit sacerdotal^. On voit combien ce droit comptait déjà peu dans l'esprit du peuple.

Après la seconde guerre Punique, le flamine de Jupiter arriva peu à peu à toutes les fonctions. Le même Flaccus fut édile en i!)9, mais dispensé du serment des magistrats, que son frère prêta à sa placée Flaccus devint encore préteur en 183, mais à la condition de ne point quitter Rome *. Le sacerdoce de Valérius Flaccus marque ainsi une période nouvelle dans l'histoire du flaminat de Jupiter. Il sort de l'indignité où on l'avait laissé tomber pendant un siècle, par respect de la loi religieuse, mais il s'associe désormais à l'exercice constant des charges publiques, de celles du moins qui n'éloignaient pas de Rome. Enfin, en 87, L. Cornélius Mérula, consul et flamen Bialis, fut égorgé, dans la guerre civile, sur le foyer même de Jupiter^. Soit que son sang eut à jamais souillé l'autel et la prêtrise, soit que les patriciens se détournassent d'une fonction faite pour les dévols et interdites aux ambitieux de gloire militaire ou de guerre civile, Mérula ne fut pas remplacé, et le flaminat principal demeura vacant pendant les deux générations des luttes intestines. Le service de Jupiter souffrit de ce qu'il était exclusif; Mars et Quirinus, plus accommodants, continuèrent à avoir leurs flamines.

2° Réorganisation du flaminat au début de VEmpire. — En ce qui concerne le flaminat comme tant d'autres institutions religieuses, l'œuvre d'Auguste fut une restauration du vieux culte latin. Un des actes importants de cette réaction religieuse à laquelle il présida, fut la réorganisation de l'antique sacerdoce. Après trois quarts de siècle d'oubli, le flamine de Jupiter reprit sa place dans l'ordre des prêtres et le service des dieux (il av. J.-C.)". Ce ne fut pas toutefois sans un certain allégement de la loi primitive''. Les flamines de Mars et de Quirinus demeurèrent éligibles aux charges publiques*, même à celles qui éloignaient de Rome'. Le flaminat de Jupiter lui-même ne fut pas reconstitué avec toute la rigueur primitive; on permit au prêtre d'être consul, mais à la

1 Bem intermissam per muUos annos oh infiignUatcm flaminum. — - Liv. XXVII, 8. — 3 Liv. XXXI, 50; XXXII, 7.-4 Liv. XXXIV, 36 et 45. — 6 Val. Max. IX, 12, 5; Vell. II, 20 et 22; Flor. III, 21, 16. — CTac. Anji. III, 5S quingue et sepluat/inta atinis. Tacite ajoute que les sacra furent cependant continuas, sans doute par les pontifes. ' Suet. y. Auff. 1 ; Dion, LIV, 36, fournit la date de la restauration. — 1 Alia quaedam remissa gratiaquc aliquot caerimoniaruvi facta (GcU. X, 15, 17); non f-videm apoutificibus (Ibid.). Aulu-Gelle empruntant ce renseignement àMasurius Sabinus, il s'agit sans doute des réformes ducs à Auguste. Cf. d'ailleurs Tac. Ann. III, 71 : Quae. principe Augusto, constituta; et ibid. IV, 16 : Augustus quaedam ex horrida. nia anliquilale ad praesentem usum /Icxisset. — 8 Corpus, V, 4921, 4522: IX, 3154. — 'J Tac. Ann. III, 58; Scrv. ad Aen. VIII, 552. — )0 Tac. Ann. III, 58. — 11 Tac. Ann. III, 58 et 71. — 12 Tac. Ann. III, 71. — 13 GcII. X, 15, 17 : iVon pridem scripsit Sabinus. A cela se rattache iieut-ôtre la permission supposée par le texte si vague de Servius,a(/Ae». I, 305 iFlamini extra poincriumpost solis occasum apicem ponere non licet. — 1* Serv. ad Aen. XI, 70 ; Flamini nisi unum [uxorefn? suum.'] mortuum non licet tangere, — l^Scrvius, ad Acn.W, 29, est seul à nous dire

condition de ne point briguer le gouvernement des provinces '°. Sur ce point, l'État fut intraitable, et en l'an 22, Tibère, en sa qualité de souverain pontife, refusa assez durement au consulaire Servius Maluginensis, flamine de Jupiter, le droit d'administrer la province d'Asie". Et Tibère rappela à ce propos les prescriptions d'Auguste : « Il est interdit au flamine de Jupiter de s'absenter de Rome plus de deux nuits de suite, et de le faire plus de deux fois par an ; en cas de maladie, le pontife pouvait l'autoriser à prolonger son absence : encore ne devaitelle pas se produire au temps des sacrifices'-. » Celte permission de deux jours constituait d'ailleurs un adoucissement à la loi primitive. D'autres modifications paraissent également dues à Auguste. On permit au flamine de déposer chez lui, sub tecto, son bonnet". On lui permit peut-être aussi de toucher les cadavres des morts de sa famille '*. C'est sans doute en ce tempslà qu'on lui accorda de se remarier après la mort de sa femme '^

Les flamines n'en demeurèrent pas moins, comme à la fin de la République, fort difficiles à recruter. Ils devaient être patriciens, issus de parents unis par la confarreatio, mariés eux-mêmes suivant ce rite. Or, la coiifarreaiio faisait du mari le maître absolu de sa femme, alors que le mariage civil, seul en usage en ce temps-Ui, laissait à cette dernière une indépendance beaucoup plus grande. Les patriciens renonçaient à ce vieux rite, qui jurait avec tout le nouveau droit '^; d'ailleurs, ils étaient eux-mêmes réduits sous l'Empire à un nombre fort restreint. Il fallut transiger. D'une part, on créa de nouveaux patriciens '", sans aucun doute pour faciliter le recrutement des flamines. D'autre part, une loi portée sous Tibère, en l'an 23 ", réduisit la confarreaiio aune simple formalité religieuse ; on décida que la flaminique ne serait dans la puissance de' son mari que pour les choses sacrées; pour tout le reste, elle serait assimilée aux autres femmes".

La seule modification qui fut apportée au flaminat après le règne de Tibère est due à l'empereur Domitien. Il permit aux flamines, dit Plutarque, de divorcer; mais on dut revenir à l'ancienne loi'^". On n'y toucha plus. Tel que le flaminat de Jupiter avait été réorganisé par Auguste et Tibère, tel il subsistait jusqu'au iv siècle, avec ses prescriptions bizarres et le servage de son titulaire. Plutarque. Aulu-Gelle, les écrivains chrétiens, en parlent constamment, comme d'un merveilleux débris des temps héroïques. Les deux autres grands prêtres vécurent autant que lui ; les flamines mineurs disparurent avant le iv' siècle''. Toutefois, en constatant le nombre fort restreint des flamines connus -^, et en particulier

que le flamine peut se remarier post mortem fiamiiticae : on peut supposer qu'il fait allusion à un règlement plus récent. — 16 Inter paucos retenta confarreandi assuetudo; Tac. Ann. IV, 16. — i^ Dio, LU, 42. — 18 C'est la lex Asinia Antistia ex aucioritate Cornelii Maximi et Tuberonis dont parle Ga'i'us, 1, 136. — 19 Tac. Ami. IV, 16; Gaius, I, 136 ; Sacroruin causa in potestate rtW, cetera promiscuo j'cminarum jure agere. — 20 Plut. Qu, rom. 5U. Peut-ùtrc y cut-il sous Domitien quelques changements au costume traditionnel du flamine de Jupiter. Suétone, V. Dom. 4, nous le représente assistant aux jeux capiloIins/ïHr/îu»'ert amictus toga graecaitica, orné d'une couronne où se trouvait Vc/pgics de l'Empereur. Ce n'est pas tout à fait le costume classique du flamine. — 21 Saint Augustin, De civ. Dei, II, 15. dit : ut très solos flamines haberent tribus nominibus institulos. Ainsi Saint Augustin ignore môme l'existence antérieure des flaminats mineurs. — 22 Flamines de Mars : L. coiinelics LKNrut-us, cons. en 3 av. J.-C. (Cohen, Corneiia, 30 ; Babelon, I, 471 ; II, 80). G. ju.NiDS silanu.s, cons. en 10 {Fnst. ctipitol. ; cf. Orclli, 2209 avec Honzcn, t. III, p. 186.) i.. jonios silanus, consul en 2S {Corpus, V, 4921-2). Flamine de Uuirinus ; ser. cohnelius [jot.Aiitr.ij^ iietu.ianos i>uMrEiu8 ïiaucellus, consul

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des flaminos de Jupiter', on peut se demander s'il n'y a pas eu, dans cette cliarge, de nombreuses interruptions. En tous cas, les flaminats, ne pouvant être confiés i\uh dos patriciens con/'(7)Tea^J, ont dft être l'apanage héréditaire de quelques nobles familles oubliées, qui conservaient, avec le patriciat, la tradition des usages primitifs-.

V. Les flaminats municipaux. — 1° Le flaminal primitif des villes latines. — Le flaminat n'est pas une institution particulière à Rome. Ainsi ([uc la presque totalité des sacerdoces et des magistratures romaines, on le retrouve dans les plus vieilles cités du Latium, où il apparaît comme une tradition ancienne et une institution primitive. Le flaminat était fort probablement commun à toutes les villes de l'ancien Latium'.

On le trouve d'abord dans ces cités de Laurente et de Lavinium, que la légende faisait avec raison plus anciennes que Rome. On sait avec quelle fidélité ces antiques bourgades du Latium maintinrent leurs sacerdoces, alors même qu'elles perdirent leurs magistratures et leur individualité politique. Laurente et Lavinium (qui étaient d'ailleurs réunis en une seule cité) avaient encore, au temps de Claude, toute une série de flamines : un flamen Dinlis et un jlamen Martialis '', qui correspondent aux grands flamines romains ; et, à côté d'eux, quelques petites flamines, un flamen Floralis, comme à Rome", et un flamen Lucularis^. Mais comme, parmi les citoyens fort peu nombreux de Laurente, il ne devait s'en présenter qu'infiniment peu de propres au flaminat, il arrivait qu'on réunît les difl'érents sacerdoces sur une seule tète'. Servius rapporte qu'on célébrait à Lavinium un sacrifice aux Pénates Troyens, et que c'étaient des llamines qui l'oft'raient : sans doute c'étaient ceux de la bourgade sainte ^ Les flamines de Lavinium portaient l'apex comme ceux de Rome : mais la baguette en était, paraît-il, d'une hauteur inusitée".

Albe, l'autre métropole religieuse de Rome, avait également ses flamines : la tradition voulait même qu'Ascagne y eût réglé les détails de leur coiffure et que Vapex romain iïlt une imitation de celui des flamines albains'". Les vieillescités sacerdotales du Latium possédaient toutes leurs flamines : Lanuvium avait son flamine de Mars" et son flamine de Jupiter '^ : l'un des deux, sans doute le dernier, étail appelé flamen maximus ^^ . Les flamines y étaient nommés par le dictateur de la ville : Milon, qui était dictateur de Lanuvium, se rendait dans cette ville pour créer un flamine lorsqu'il rencontra la bande de

.sous Hadrien (IX, 3154). Flamen Cannentalis : ti. claudius i-ollio, chevalier romain (VI, 3720 ; Eph. IV, n» 759). Flamen Vulcanalis .' piusci-s, cliovalier (VI, 1628). Flamen Cerîalis : sex. caesivs propektianus, chevalier (Gagnât, B. archéol. 1802, p. i92). — I Tac-tC nous fait connaître ser. gornelids lentui-us sfxuoGi- NKNsis {Ann. III, îiS et 71), consul en 10, mort et rcniplact' on 23 par son fils (id. IV, il»). Je n'an coiuiais point d'autre. — 2 Roniarqiicz que Ser. Malnginonsis a été remplacé par son fils. Sur six flamines majeurs connus sous l'empire, deux appartiennent aux Junii Sitani, trois aux Cornelii LentuH. — 3 Remarquez Varr. De l. tat. V, S V : FUnnines quod in Lalirt capite velato erant Sfinper, — V Corp. inscr. tat. X, "!)7. Je partage entièrement l'opinion do Dc^sau, t. XIV, p. 188, qui reconnaît dauscctlaniinc unprùtrcde Laurente et non de Rome : jamais un fîayni'n Dialis Tom:iin n'aurait 6ifi simple préfet militaire ; Corpus^ XIV, n* 4176. — B Corp. I.V, 705 ; Oidntiaiiits, Laurens Lavinas, flamen Floralis. — G Henzen, 6747 (Fulginiae) ; Flamiiii fMculari Lauren. Lavinn. Cf. à Rome la fûte des Lucaria. — 7 Co7'p. X,7!I7; XIV, 4176. Cf. fî. Laurenlim,.': III. XIV, 11!>S.— «Serv. ad Afii. VIII, 664.

— 0 Serv. Aen. ad VllI, 664 : Apud Laurolavinium itigentes habfrentur virgae. — 10 Serv. ad Aen. H, 683 : Apex... quod primu7n coiLUat apud Albam Ascanium slaluisse. — » XIV, 4178 a. — 13 XIV, 2C80. — 13X1V, 2092 ; Aoiioi- /lamoni, 2tl5.

— U Pro Mil. X, 27 : lier sollemne. legitiiniim, neC':ssarium... ad flaminem prodeiidum. — 16 Corp. XIV, 3.';S6. — 16 XIV, 2109; Cagnat, liev. archt'ol. I8S8, I, d" 287. Ligorio a fabriquéun Iton nombre de (laiiiincs do villes latines (Corpus, XIV, n" 113*, 124*, etc.). — n lU-nzen, 6000. La ihiminica Herae des{ignata) d'Orclli

Clodius : c'était, dit Cicéron, un voyage sacré, public, nécessaire". Tiburaun flaminede Jupiter'^; Aricie a son flamine de Mars"^. Mars et Jupiter se partagent, dans le; Latium comme à Rome, la suprématie religieuse.

Nous rattacherons également au flaminat primitif la flaminiquo de Féronia, une des vieilles déesses de l'Italie".

C'est encore un flamine contemporain des flamines de Rome que celui d'.\nagni, cité do ce peuple des Berniques qui oflre avec les Latins tant d'analogies. Marc- Aurèle raconte à Fronton qu'en visitant Anagni, il fut émerveillé de trouver là une sorte d'antique petite cité hiératique, où il y avait plus de temples que de maisons, et peut-être plus de prêtres que de citoyens : tout, dans la ville, demeures, archives, inscriptions, semblait dater des temps héroïques où la vie s'identifiait avec la religion. A la porte de la ville, il lut des deux côtés l'inscription suivante : Flamen sume samentum; inscription qui rappelait au flamine de n'entrer dans la cité qu'avec Vapex orné du samentum., c'est-à-dire d'une aigrette empruntée à la toison d'une victime". C'était une prescription semblable à celle à laquelle étaient soumis les flamines romains. On voit parla quelle importance avait Vapex, non pas seulement dans le costume, mais on peut dire dans la vie même de la cité.

2° En dehors du Latium. — En dehors du Latium, le flaminat doit être regardé comme une institution récente, créée sur le modèle du flaminat romain, ou tout au moins comme une adaptation au type latin d'un sacerdoce indigène ". Les villes municipales prirent à Rome ses titres de préteur, de pontife et d'augure : elles créèrent un flaminat des sacrifices qui fut la copie de celui de la Ville Éternelle. Ces créations locales sont d'ailleurs fort rares. A Naples, un flamen Virbialis rappelle le culte que l'on rendait à Virbius dans le bois de la ville latine d'Aricie. Est-ce la copie d'un petit flamine romain ou la transformation latine de quelque prêtrise grecque ? On ne saurait le dire -°. A Pompéi , nous trouvons un flamine de Mars-', à Modène un flamen Dialis".

Hors de l'Italie, un essai de constitution du flaminat à la manière romaine semble avoir été fait dans les provinces les plus civilisées. Dans la colonie de Vienne, en Narbonnaise, il existe un flamen Martialis^^ et, à côté de lui, un flamen Juventulis-^. En Espagne, le municipe romain d'Urgavo possède un « sacrificateur public », dont le titre rappelle singulièrement les fonctions des grands flaminesromains, flamen sacrorum publicorum municipii--,

(2225) doit être interprétée flaminica : heredes [Corp. XII, 2241). — '8 M. AureL Epist. ad Front. IV, 4, p. 67, éd. Naber : le mot, dit Marc-.\urèlc, est de la langue bernique. — '9 Par exemple le gnlunler de Mars des .\llobroges ou des Eduens a pu devenir /?amf« Martis; cf. \e flam. templi Aesculapii en Afrique, le flamim Manisnavius dans les Alpes. — 20 Corp. X, 1493. Preller (I, p. 314) parle de la " mention fréquente » du flamen Virbialis : on ue connaît de certain que celui-ci. Les autres exemples cités proviennent ou de textes mal lus (Orelli, 2212, -1022 : lire Juven{lulis) m lieu de Virb{ialis); cf. Corp. XII, 2243, 17S3) ou de textes apocryphes (Or. 14S7 ; XIV, 1 13*). Le flamen Yolcanalis de Volceii (X, 414) est dune authenticité 1res incertaine. —21 Corp. IV, 879. —22 XI, 856. — 23 XU, 1899, 2236, 2458 et 2430, 2530, 2600, 2613. Je crois que flamen i/artis est ici U traduction de quelque sacerdoce indigène, par exemple du titre de gutuater; nous trouvons en effet gutuater .Vartis à Màcon, gutuater au Puy (AUmer, Rerue, t. II, p. 456). — 2V .XII, 1902, 1903, 1906, 2238, 1869, 1870, 2;45, 1783. M. Hirschfeld (p. 219) semble croire que ces deux flamines sont les mêmes. Il serait possible de rattacher ce flamen au culte do la rfomus divina. qui r«nfermait, sous .\uguste, les deux Césars, princes de la Jeunesse. Nimes avait son temple (la Maison Carrée) élevée i ces deux principibus Jueentutis : on conçoit que le prélre qui desservait les autels do ce leinple et de ces princes put s'appeler flamen Jucentuiis, Cf. fl. Salutis Aug.i. L'rbs Salvia, IX, 5534. — » Corp. U. 2105. Dans le municipe de Carmo, taut-il lire, avec Hûbner (II, 5120) fpon/i/ici] sacrorum publitxirum, ou, avec Krasleninnikow et Zielinski {Philol. L, p. 763) [flaminijl L'un et l'autre sont possibles.

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L'Afrique présente un ftamen sacrorum qui parait entièrement romain', et un fiamcn templi domini Aesculnpii^, dont le titre est incontestablement la traduction du titre de quelque prêtre de dieu punique.

Mais comme, dès le début de l'Empire, les vrais dieux des cités devinrent les Augustes, les principaux flamines municipaux, les vrais flamines sacrorum publicorum immicipii furent, dès l'origine, ceux qui desservirent le culte impérial.

VI. Les flamines des collèges, des curies, des pagi, des MONTES. — Si le flamine est, par définition, le sacrificateur public d'une société politique et religieuse, on ne s'étonnera pas de le rencontrer dans les collèges ou les curies, qui formaient de grandes familles religieuses, unies par la communauté du culte.

1° Collèges. — Le flaminat ne s'est montré jusqu'ici que dans un seul collège, celui, il est vrai, qui était peut-être le plus ancien du monde romain et qui fut surtout le plus fidèle à la vieille tradition sacrée : le collège des Frères Arvales, à Rome, possédait un flamcn Arvalium, officiant seul, et nommé pour un an qui commençait aux Saturnales- : c'était un titre fortrecherché, puisque Antonln le Pieux en a été lui-même revêtue 2° Curies''. — Les curies de l'ancienne Rome patricienne formaient des sociétés civiles et religieuses, des petites cités dans la grande. Aussi chacune d'elles avaitelle son flamine, flamen curiae. 11 y avait ainsi à côté des trente chefs des curies, ou curiones, trente flamines curiales. Denys, qui enattribue l'institution àRomulus, nous montre qu'ils étaient choisis, comme les grands flamines de Rome, parmi les patriciens mariés religieusement ; que leursfemmeset leurs enfants étaient associésà leur ministère^. Us étaient nommés pour toute leur vie", et leur principal service semble avoir été celui du foyer de la curie, auquel présidait une Junon, c'est-à-dire une sorte de génie familial'. L'analogie est complète entre les flamines curiaux et les quinze flamines romains. Il est vraisemblable cependant que les flamines curiaux disparurent d'assez bonne heure. Sans Varron et Festus, nous ne les connaîtrions pas.

L'Afrique impériale emprunta un grand nombre de vieilles institutions romaines. Elle prit à la Rome primitive ses curies ', et en même temps ses flamines curiales. On a découvert à Simmittus (Chemtou) le règlement intérieur d'une de ces curies', qui nous fait connaître les prescriptions relatives au flaminat curiale. « Quiconque voudra être flamine de la curia Jovis, offrira trois amphores de vin, et, en plus, pain, sel et vivres... Si on a injurié ou frappé le flamine, on payera une amende d'au

) A Tliuburnica, Epit. V, 311; VIII (suppl.), 14692. — 2 VIII, 1207. — 3 Corpus, VI, 2065 6, 32 ; 2066, 64; 2067, 55. — * 208fi, 41. Le flamine est rcmplac.' par uii proflamen ou proflamine (2080 , 39 ; 2086, 37, 45 et 52 ; 2099 6, 26; c, 4), qui vicf flaminis fungehalur (20C5 6, 27). — 6 Cf. Ambroscb, De sacerdotibus curialibus, 1840, Breslau. — 6 Dionys. II, 21-22, qui indique comme condilious d'éligibilitiî : avoir cinquante ans, ùItq parmi les plus nobles, n'être pas pauvre, n'avoir aucune infirmité. Ils (étaient exempts du service militaire et des autres charges. lis avaient des camilli et des camillae; les flaminiqucs étaient tutulatae. Tous ces renseignements sont empruntés aux A7itifjuiti}s de Varrou, dit Denys, qui d'ailleurs assimile entièrement (à tort} le cuï'io au flamine (Sûo î; iitàtnT,^ ççâT^a;). J'imagine que ces conditions ont dd cesser de bonne lieure d'élre exigées. Le titre de ces flamines, flamines curiales curiurum sacerdoles, est indiqué par Paul, p. 64. M. Mommsen, qui identifiait d'abord volontiers ces flamines aux lictores curiatii {Staatsrecht, I, p. 373), écarte mainlcnant cette idée comme incertaine (III, p. 101). — 7 Dion. II, 22. —8 Marquardt, p. 179; Mommsen, III, p. 101. — 9 Si l'Afrique n'a pas do collèges, c'est qu' elle a des curies : il en est do ces villes comme de la Kome [iriniitive. La plèbe n'y est pas répartie en collèges, mais en curies ou en cantons, comme à Rome avant Numa. — '0 Scbmidl, lih. Mus. XLV, 1890, p. 599, a

moins deux deniers'". » Le flaminat des curies africaines était, comme celui des collèges, annuel". C'était uniquement un sacerdoce, puisque le flamine avait audessous de lui, pour administrer la curie, un magisfer^^. 3° Montes. — Les Sept Collines, Montes, de la Rome primitive, formaient chacune une association religieuse, qui ressemble à celle des collèges, des pagi ou des curies ". On pouvait supposer qu'elles avaient des flamines pour sacrifier aux dieux de la montagne : on a précisément découvert la dédicace du sanctuaire du mont Oppius, et cette dédicace est gravée au nom des flamines et des maîtres « de la corporation des habitants du mont », magistri et flamines montanorum moniis Oppi '*. Ces flamines, comme ceux des curies, comme les flamines grands et petits de la cité romaine, semblent attachés au culte du génie ou du dieu protecteur de la montagne'".

4" Pagi. — Il ne serait pas impossible que les pagi de certaines cités africaines eussent leur flamine"^. En tout cas, il faut signaler le flaminat si étrange du canton des Arusnates, pagus Arusnatium, dans le nord de l'Italie ". C'est un district rural, qui paraît manquer d'organisation municipale, mais qui possède ses prêtres ou ses flamines. Ils sont au nombre de deux, l'un s'appelle flamen, l'autre, qui lui est supérieur, se nomme d'un nom évidemment indigène, manisnavius " oumème flamen manisnavius ''. Ce sont les principaux personnages et peut-être les chefs du canton-". On dirait un petit État théocratique, auquel Rome aurait laissé sa vieille organisation. Ici le flaminat est une appellation latine d'une prêtrise tout indigène. Mais c'est une exception.

Qu'il s'agisse de collèges ou de subdivisions politiques, du sol romain ou municipal, curies, pagi ou montes, le flaminat se présente avec le même caractère, qui est précisément celui du flaminat de la cité romaine. 1° C'est une prêtrise qui se rattache aux institutions de la Rome archaïque (collège des Frères Arvales, curies ou montes de Rome) ou créées sur leur modèle (curies d'Afrique). 2° Le flamine est le sacrificateur de ces petites sociétés, et il sacrifie surtout à leur génie, à la tutelle de leur foyer, comme le père de famille sacrifie à ses Lares et à ses Pénates^'. Cela va nous expliquer la création et les destinées du flaminat des empereurs : pourquoi les prêtres impériaux ont pris ce nom de flamines, et pourquoi ces flamines sont devenus les vrais prêtres des villes municipales.

VII. Le flaminat impérial. — Voici, en effet, deux caractères essentiels du culte des empereurs : d'une part, il s'organisa en Italie suivant le modèle du culte des plus anciens dieux romains--. Il y eut beaucoup

bien montré qu'il s'agissait d'une curie de Cbemtou, curia Jovis. — n Corpus VIII (suppl.), 14683. — 12 VIII, 1888 (Tébcssa) : Ob honorem (lamonii annui, munus curiae sitae dédit. Cf. VIII, 2596, où un personnage élève une statue à la «■ curia Julia Folix » de Lambessa, ob honorent flamoni. Cf. Ilirschfeld, Hermès, XXVI, p. 151. M. Sclimidt attribue à dos flamines perpétuels de curies les inscriptions africaines, Ejih. Epigr. V, 757, Vil, 381 ; Corpus, VIII, 2714 : mais rien ne prouve qu'il ne s'agisse pas de flamines perpétuels municipaux. L'inscription do Cbabassière, mentionnant nn fiam. annu{u)s doii décidément être regardée comme aullienlique (VIll, 14= VIII (suppl.), 17167). — 13 VIII, 14683, 11008; Schmidt, Rh. M. XLV, p. 607.

— )'• Cf. Mommsen, III, p. 115. — lE Bull. del. comm. arch. munie. 1887, p. 156. Mommsen, p. VIII, ox|)liquo le pluriel, flamin{cs), par lo fait que le flaminat pouvait être annuel et les flamines anciens associés au flamino en charge sur l'inscription. Peut-être y avait-il plusieurs flamines simultanés, chacun représentant un vicus différent du mons Oppius. — 16 Jbid. : Montis Oppi sacellum... coeraverunt,

— "VIII, 885. —18 Corpus, V, 3931. — 19 7rf. 3932. — 20 V, 3917,3922,3923,3029, 3931, 3932, 3933. — 21 On d\i (lamon curialis, flamen montis, etc., sans indiquer le nom d'un dieu. — 22 H n'y a pas à parler ici do l'influence orientale, qui fut entièrement étrangère au flannnat impérial. \

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d'archaïsme latin dans cette nouvelle religion : les noms des dieux, mtguslns, divns, comme celui des prêtres. flamen, furent empruntés aux. plus anciens rituels. D'autre part, l'empereur, qu'il soit adoré, mort ou vivant, sous le nom de deus, de divus, de augnstus, est évidemment rangé par les hommes parmi les dieux du loyer, du foyer de la famille ou de celui de la patrie ; il est lo ^énic ou la tutelle, le Lare ou le héros fondateur des difl'érentes sociétés dont se compose le monde romain. Pour le peuple romain, il est le père de la patrie, patm- ou parens palriae*; pour les villes, il est aussi une sorte d'ancêtre, parerîs-, et il s'associe souvent, sur les mêmes autels, aux génies municipaux; dans les familles, dans les collèges, il prend place parmi les Lares du foyer ou les Pénales domestiques ^ Aussi mérilera-t-il d'avoir son flamine à Rome, dans les provinces et dans les villes, le flaminat étant par essence la prêtrise des dieux de la patrie. Enfin, il faut rappeler qu'Auguste et Tibère réorganisèrent l'ancien flaminat. Ils devaient être naturellement tentés de l'adapter aux divinités nouvelles, mais cependant toutes nationales, que l'adulation des peuples faisait naître dans l'Empire. Tout concourait donc à donner comme cadre officiel à la religion des empereurs le flaminat, c'est-à-dire le sacerdoce primitif des divinités du sol et de la nation.

1° Transformations historiques. — Le point de départ historique du flaminat impérial fut l'apothéose de Jules César. Elle eut lieu de son vivant : il reçut le titre de deus, de divus, et comme dieu père de la patrie il eut, l'année même de sa mort, son flamine, qui fut Marc- Antoine*. Il n'est cependant pas indiscutable que telle fut l'origine du flaminat des empereurs. On ne pourrait affirmer que le flaminat de César ait été une création nouvelle, distincte des quinze flaminats primitifs. A ce moment, le flaminat de Jupiter était inoccupé : or, Jules César fut assimilé à Jupiter; on l'appela Jupiter Julius. Qui sait si son flaminat ne vint pas se substituer ou s'assimiler à celui du Jupiter romain % et si Marc-Antoine, comme flamine de César, ne devait pas prendre simplement le rang et les insignes à\i flamen Dialisi En tout cas, le chiffre traditionnel de quinze flamines ne fut point changé par cette création, et on pouvait presque dire que la religion de César venait occuper la place de celle de Jupiter. Et ne croyons pas que l'esprit des Romains en pût être choqué. Depuis six siècles, ils s'habituaient à traiter Jupiter, le plus grand des dieux, comme un homme : ils étaient inévitablement conduits à traiter en Jupiter leur plus grand homme. La transformation de César en Jupiter était la conclusion logique de l'anthropomorphisme romain. César mort demeura dieu, et prit onîciellement place parmi les divinités protectrices de Rome sous le nom de divus Julius. Antoine demeura, un peu malgré lui, son flamine, mais négligea de se faire « inaugurer^ »; puis il abandonna le sacerdoce ', qu'il ne reprit qu'eu l'an 40, sur

la demande d'Octave'. Nous ne savons ce que devint ce titre de flamine de César pendant les guerres du triumvirat et après la mort d'Antoine'.

Auguste se prêta moins volontiers que César à l'apothéose immédiate. Il ne pouvait faire concurrence à ces grands dieux de la patrie, Jupiter, Mars, Quirinus,dont il s'eff'orçait de rajeunir le culte. Il se bornait à être un /iugusfus, c'est-à-dire peut-être quelque chose de semblable aux génies des familles et des cités'". Et cependant, sans qu'il s'en défendit trop, il recevait les hommages divins de la reconnaissance des uns et de l'adulation des autres. Virgile l'appelait deus, alors qu'il n'était encore qu'Octavien : le jour où il est Auguste, lu ferveur des sujets voudra pour lui temples et flamines ". Comment Auguste va-t-il tout concilier, les exigences de la tradition religieuse qu'il restaure, et les intérêts du nouveau régime qu'il établit?

D'abord, il donna une sanction définitive à l'apothéose de Jules César, en maintenant, même après la restauration du flaminat de Jupiter, celui du divin Jules. A côté des quinze flamines du vieux droit romain, il y aura désormais celui du nouveau dieu national : de la même manière, à côté des cinquante fêtes traditionnelles du calendrier de la République, Auguste instituait les fêtes de César et les siennes. C'était un nouveau culte qui commençait. Mais pour lui, il Tefusa d'avoir à son service un flamine du peuple romain. Et cette règle demeura en vigueur après lui à Rome : nul prince, sauf l'insensé Commode'^, ne s'attacha de flamine durant sa vie. Il n'y eut de flamine impérial pour la cité romaine, qu'après la consécration des princes comme divi, c'est-à-dire comme dieux. Sans aucun doute, le titre de Augustus ne paraissait pas suffisant aux empereurs pour leur mériter un flamine, et ils ne pouvaient avoir un prêtre de rang secondaire. Dans la pensée des hommes de ce temps, comme on l'a vu par Varron et Cicéron, le flamine romain était le prêtre spécial d'un vrai dieu, d'un immortel : Divis singulis flamines, disait Cicéron. Pour se conformer aux habitudes actuelles du peuple romain, il fallait attendre que l'apothéose posthume eût fait du prince un divus ".

Hors de la ville, Auguste transigea. Plus lointaine, sa divinité paraissait plus silre; et d'ailleurs, son titre de Augustus, sa qualité de père de la patrie, de fondateur de colonies ou de patron de municipes pouvaient aisément le faire considérer comme le génie protecteur ou le héros fondateur des villes ou des fédérations municipales. L'institution du flaminat convenait à merveille au genre de culte auquel l'empereur pouvait prétendre.

Aussi bien, Auguste trouva un moyen pour tout concilier. Le culte qui relevait le plus directement de l'État était celui que célébraient les prêtres des assemblées provinciales. Sur celui-là, Auguste garda, je crois, toujours la haute main, et c'est dans son organisation que nous saisirons la vraie pensée de l'empereur. Or, dans toutes les provinces qui eurent leurs flamines", ils

1 Sancte (^ynon. do Auguntii.^) Patrr patnni\ etc. Ov. Fnst. II, II'J; Corp. 1. 626, etc. — 2 Assise, Hciiien, 5',194. — 3 Oï. Fast. II, 634 cts. — k Dio Cass. XI.IV, 6; Cic. PhU. Il, XUII, 110 ; Suct. V. Cacs. 76 ; Cic Phil. XIII, XIX, 41 et XXI, 47 ; Plut. V. Ant. 33. — K Dion Cussius marque tris bien l'analogie entre les deux

cultes, Ai.lv , 6 : Kai tïXq; Aia ti k^tqv &vtixçù; 'loi^iov îTçoTT.Yopiuffav xflti vaév aJT^ Tij T t-titxiitt aûroj T![AtvioOi5vai fpwffav, tïçsa ffotfft Tbv 'AvTiùvtov ûîïiîîj Ttv4 ûtâ^iov Tîooyttf.rtnivo,. — 6 Cic. Phil. II, X LUI, 1 10 (sept. 44). — 7 Cic. PhU. XIII. XIX, 41 (mars 43). — 8 Plut. V. Ant. 33. — 9 Dcssau, Eph. Epigr. III, p. 2iS, suppose avec Traiscm-

blanre qu'on 12 ar. J.-C. Auguste, etH pontifex maxtmus, r^Ublit le flaminat du divin Jules. — 10 Cf. Corpus, X, 3757. — Il Cf. Bcurlier, Le cuUe impérial, p. 14 et suiï. — 12 Flamintm ipse tibi vivus pa, .tierat; Y.Comm. 17. — a De Ug. Il, S, 20; Varr. Del. (.V,8 4. — 1» M. Hirschfcld, d'après Tac. jlnn. I, 78, croit que ce culte provincial date surtout du dtîbut du r^gne de Tibère [Sitzungsb. p. S41). J'ai peine à le croire. Tacite parle de tcmplum iMové à ,\ugusle par les provinciaux : mais il pouvait y avoir déjà dans les provinces un autel, des prêtres et un culte. Je crois que l'ara a pu cûstcr dans certaines provinces avant le temple et sans lui.

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prirent le titre de « flamines de Rome et d'Auguste ». Auguste ne voulut paraître qu'en seconde ligne S comme sous la protection de la déesse Rome : c'est à Rome que le flamine, par son titre, semble tout d'abord attaché. De plus, l'association avec Rome, c'est-à-dire la déesse tutélaire de la patrie romaine, accentue pour Auguste le caractère de père de la patrie. La religion provinciale se fonde ainsi sur le modèle, non pas de la religion des grands dieux de l'Olympe, mais sur celui de la religion des dii patrii ou des Lares publics : les provinces sont véritablement, comme les anciennes curies ou tribus du peuple romain, de grandes familles qui adorent, par le ministère de leur flamine, les dieux qui les ont fondées : Rome et Auguste, la patrie même et son père.

Nous ne doutons pas qu'Auguste n'ait désiré organiser do la même manière et en conformité à ces mêmes idées le culte impérial des colonies italiennes ou provinciales. On rencontre, de son vivant, un assez bon nombre de llamines coloniaux portant le titre de flamen Romae et Augusti ^ Pour toutes ces colonies, Rome était la patrie et Auguste un fondateur. 11 faut voir dans ces prêtrises municipales et provinciales le type primitif du flaminat impérial, tel qu'Auguste, et Tibère d'après lui, voulurent l'instituer ^ Sous cette double forme, le flaminat impérial était moins une flatterie à l'endroit du prince qu'un hommage aux dieux de la patrie, à la divinité de Rome et au génie d'Auguste : disons mieux, aux souverainetés inséparables de Rome et de l'empereur. Le régime impérial et la domination romaine profitaient certainement plus à cette conception qu'ils n'eurent gagné au flaminat personnel d'Auguste divinisé. Auguste eut raison de préférer cette forme de culte à celle qu'on avait adoptée pour César : il valait mieux pour lui être le génie de l'Empire et l'associé de la Déesse Rome qu'une simple doublure de Jupiter. Dans ce cadre archaïque, emprunté aux religions nationales du vieux Latium, c'était un culte tout politique qui s'établissait.

Mais, à côté de ce flaminat officiel, commun aux villes ou aux provinces, nous en trouvons un autre particulier à certaines villes : c'est le flaminat personnel de l'empereur Auguste. Auguste le subit plutôt qu'il ne le voulut. Les écrivains nous disent qu'il défendit formellement aux Italiens de lui rendre les honneurs divins *. Mais les inscriptions nous montrent qu'il ferma les yeux sur maintes pieuses désobéissances'. Il les toléra surtout " dans les colonies fondées par lui, c'est-à-dire dans les villes qui devaient l'adorer comme leur « héros fondateur » : Pompéi % Pise *, Assise', peut-être aussi

* Suet. y. Aug. 52 ; Templa in nulla provincia nisi coiiimuni suo Romaegiie iiomine recepii. Sous la république on élevait lies temples au procousvil et au peuple romain (Hirschf. p. 836) . — 2 Vérone (cf. note 1 3 plus loin), Arles (Xll, 647), Vienne (X II . 2000). Ajoutez les temples Roman et Anijusto d'Ostie (XIV, 73 et 353), de l'ola (V, 18), de Terracinc(X, C305). Toutes ces villes sont colonies, et, sauf Terracine, colonies d'Auguste. — 3 Cf. Bcurlier, p. 168. M. Beaudouin croit, au contraire, que le flaminat personnel d'Auguste est antérieur et a donné naissance à celui de Rome et d'Auguste. — ^ Dio Cass. XLl, 20 ; Suet. V. Aug. 52. — 5 A moins, co qu'on a toujours le droit de supposer, que le nom de Rome soit sous-entendu dans toutes les inscriptions qui vont suivre. Cf. n. 13. — 6 Remarque de M. llirschfeld, Sitzungsbcr. p. i3i. —^ Corpus X, 838, 9«, 9i8 : Fh.men Augusti (k partir do 3 ap. J.-C). Placée sous la protection spéciale d'Auguste?, dit Hirsclifcid. — 8 XI, 1421 : Flamen Augustalis (4 ap. J.-C). Colonie d'Auguste. — 0 Henzen, 5904 : l'iamcn Aug. parcntis patroni municipi. — l** X, 48G8 : Ftamen Augustalis (sous Auguste ou Tibère). Colonie d'Auguste. — n XIV, 2964 : Ftamen... gusti. Séjour favori d'Auguste. — 12X11, 4230; cf. Beaudouin, p. 54. Colonia JuUa. — 13 A Vienne, les inscriptions mentionnant un flamen Augusti (2608, 2249, 2349) paraissent bien des premiers temps de la colonie ; l'inscription (200(1) mentionnant mi flamen Jioinae et Augusti est à coup sûr contemporaine d'Auguste, mais à

Vénafre*", Préneste ", et, en dehors de l'Italie, Béziers'% eurent, du vivant d'Auguste, un flamen Augusti '•'.

Auguste meurt et devient divus. A Rome, il reçoit son flamine. Hors de Rome, il garde son prêtre dans toutes les villes qui lui ont décerné un flaminat personnel : seulement, on ajoutera divus au nom du prince. A Pompéi, M. Holconius Celer, qui était sacerdos Augusti''', devient, après la mort du prince, sncej'iios divi Augusti'^. Dans beaucoup d'autres villes, on a pu instituer un flaminat spécial pour l'empereur mort, sous le nom de flamen divi Augusti "^.

Mais que va devenir le flamen Romae et Augusti des provinces et des cités? Il y eut, je pense, hésitation dans l'esprit du gouvernement et chez les adhérents au nouveau culte". Le flamine devait-il éternellement associer à Rome la personne du divin Auguste ? ou était-ce l'empereur régant, Augustus lui aussi, père de la patrie et génie des provinces, qui devait être uni à la déesse Rome? L'épigraphie nous montre çà et là les vestiges de l'incertitude où l'on se trouva. Dans les assemblées provinciales, où l'empereur veilla de plus près, le titre de flamen Romae et Augusti'^ (at sans doute maintenu sous Tibère, Augustus désignant Tibère lui même. Dans les villes, il en fut parfois de même : le flamine garda son titre, se bornant à rattacher au nouveau prince le nom do Augustus"; il le fit quelquefois d'une façon plus nette, par exemple à Sorrente, où il s'intitula flamen Romae Tiberii-". Mais dans beaucoup de cités, le flaminat de Rome et d'Auguste ne se détacha point dès l'abord de la personne du premier empereur, et l'on dit sous Tibère flamen Romae et divi Augusti-'.

Aussi peut-on dire que le flaminat impérial présente à son origine les caractères suivants : 1° à Rome, il est et demeure toujours réservé aux empereurs morts et divinisés; 2° dans les provinces, il associe officiellement le culte de Rome à celui des empereurs; 3° dans les villes, il se présente sous ces deux formes, et, en outre, il peut s'adresser aussi à, l'empereur vivant adoré seul ; A" à Rome et dans les provinces comme dans les villes, le flaminat s'adresse à une personne nommée, Auguste ou Tibère, morts ou vivants; le flamine est toujours lu prêtre d'un homme assimilé aux dieux; le culte qu'il dessert est un culte concret, comme celui de Jupiter pour le Dialis ou du Lare pour le père de famille.

Mais il était difficile que ces trois formes de flaminat, de Rome et du prince, du divus, de l'empereur vivant, demeurassent immuables : on risquait d'augmenter à l'infini le nombre des flamines ou de priver les nouveaux

peine antérieure aux autres. D'où l'on peut conclure que dans flamen Aug. Jîomae est sous-entendu. De même à Vérone le flam. Atig. primo Veron. creatns (V, 3341) ne peut guère être que le flamen Romae et Aug. des autres inscriptions (3376, 3420, 3427, 3936). On pourrait faire la môme observation pour beaucoup d'autrès villes. C'est cet emploi de deux expressions différentes poui- désigner le mémo llaminat qui complique ;'i l'infini les recberclies. En tout cas, il ne parait guère [lossible que le flamen Aug. et le flamen Romae et Aug. aient coexisté sous Auguste dans la même ville. — H X, 840, 943, 941. — 16 X, 945 et 946. — m Par exemple à Vienne, XII, 2872 {flamen divi Augusti sous Tibère), en admettant que Romae no soit pas sous-cnlendu. — H Cf. Hirscbfeld, Silzungsb. p. 848.— 18 Est-ce absolument certain? Les prouves épigrapbiques manquent. Et il ne serait pas impossible que l'on eût dit, dans certaines provinces, ftamen Romae et divi Augusti sous Tibère. En Lusitanieon trouve un flamen divi Augusti [il faut sous-cntendroiîomjii'] prov. Lusit. (II, 473) qui peut bien être du temps do Tibère ; mais l'inscription esl-cllo autlieutique? Sur la politique de Tibère i l'égard du culte provincial, cf. Tac. Ann. IV, 37. — 18 V, 0431 (sous Tibère ?) à Vérone. — 20 X, 688. — 21 Nimcs, Xll, 31S0, 3207 (sous Tibère); Clunia, II, 2782 (sous Tibère ?) ; Vérone, V, 3930 (■•'siècle?); Aquincum, X, 5893 (Tibère); Potcnti;i, X, 131 (n« siècle); Api, XII, iill; Béziers, XII, 4i33 (Tibère).

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empereurs des hommages auxquels ils avaient droit. Le danger était moins grand à Rome, où les divi étaient seuls honorés. Mais hors de Rome, voici que Tibère, malgré sa défense', reçoit de son vivant un (lamine à Venouse -, à Pax Julia en Lusitanie^; voici que Germanicus', Drusus fils de Tibère ^ Livic la femme d'Auguste'"' reçoivent leur prêtre un peu partout, même peut-être de leur vivant. Il faut de toute nécessité de nouvelles combinaisons. La plus généralement adoptée consista à confier au flamine d'un prince le culte des autres princes, ses héritiers ou ses prédécesseurs. Rien n'empêchait le flamine de Quirinus de sacrifier à Robigus, à Consus, à, Acca Larentia : l'attribution exclusive du flamine à un dieu unique n'a existé que dans l'esprit des grammairiens; le droit religieux permit sans peine au flamen Romae et Augusii d'une province de desservir le culte des empereurs morts sur l'autel de l'Auguste régnant, et au flamen Romac et diui Augusti municipal d'ajouter à son titre celui de flamen Drusi et Germanici Caesarum \ Les villes et les provinces purent ainsi s'épargner le luxe de flamines spéciaux pour chaque défunt de la domus divina ou la honte d'un flamine pour un empereur détesté.

Le règne des dynasties des Flaviens et des Antonins, moins soucieuses de paraître divines, régularisa ainsi, semble-t-il, le flaminat impérial .: 1° d'une part les fiamines des dïvi, à Rome et dans les cités les plus riches, ou les plus attachées aux princes; 2° d'autre part, dans les provinces et les cités, Xa flamen Romae et Augusti, BXivïbué nominativement à l'empereur régnant, maisunissant à son culte celui de tous les princes. En d'autres termes : il n'y a plus de flamines spéciaux aux empereurs que lorsqu'il s'agit de princes morts et divinisés ; l'empereur vivant n'a son prêtre qu'en le partageant avec la ville de Rome. C'était la pensée d'Auguste, qui devint peut-être la loi à partir de Vespasien'.

Le flaminat impérial ne perdit pas ainsi tout d'abord son caractère concret et personnel ; quand bien même les cultes de Rome, des dwi et de l'Auguste, fussent desservis par un seul prêtre, il demeura toujours le ministre de dieux déterminés, nommés ou sous-entendus. Quand les graveurs d'inscriptions veulent donner aux flamines municipaux ou provinciaux le titre qui convient le plus à leurs fonctions, ils disent : flamen Romae, dioorum et AugusiP. Quand on écrit flamen Romae et Augusti, Augustus est l'empereur régnant, et, si l'Empire est gouverné par deux princes, on écrit : flamen Romae et Augustorum '". Mais insensiblementla réunion de tous ces cultes, Rome, l'Auguste régnant et les divi, sur une même tête ou dans un même titre, devait entraîner de nouvelles ha-

1 « Flamines... prohibuit » ; Suct. V. l'ib. 26. — 2 Flamen Ti. Caesaiis Aug., IX, 6S2 ; pout-Clie aussi à Pompoi, IV, IISO. — 3 II, 49 (Hirsclifeld, /. c. n. 43, doute de l'aulhcnlicitiS du tcslo). — i A Nimcs XII, 3180, 3207; à Vienne, Xil, 1872; à Lisbonne, II, ItU; ;i Narbonne ??, XII, 43ri3, Toutes inscriplions du temps de TibJre. — 6 A Nîmes, XII, 3180, 3207. Cf. ponlifîces Caesarim, II, 2038, 2039, 2040, Anlicaria en Espagne. — 6 A Vaison, de sou vivant, flaminica Jul. Aug. (XII, 1363); à li^'ziers (XII, 4149 : de son vivant, Iliiscbf. p. 844; après sa mort, Beaudouiu, p. 58); à Lisbonne, sous Tibère, /lamen Juliae Aug. (II, 194); à Gaulos sous Tibiïro (X, 7301), sacerdos Augustae et flamen Juliae. — 7 A Nimes, XII, 3180, 3207. A Lisbonne (II, 194) le flamen Genuanici est flamen Juliae. — 8 Le dernier divas associé par son nom au cuite de Home est Claude {flamen Romae et divi Claitdii, Ticiiium, V, 6431), Le dernier prince vivant qui ait son flamine est Néron (avant son avcnemenl, Pompéi, X, 1183; cf. 1180). Voir à ce sujet les très justes remarques de Ueaudouin, p. 48 et 49. — 8 Ou Augustnrum, II, 4514 (Barcelone); II. 4205, 4222, 4228, 4213, 4247, 4247, 4240, 4250 {prov. Hisp. citer.). — )» A Luna. flam. liomae et Aug. inscr. de 66 (XI, 1331). Flamen .\ttgg. sous Sévère et Cara- Calla pour un prc^tre provincial de Rome et d'Auguste (XII, 4323). Les mounaies

bitudes de langage et une nouvelle conception du flaminat impérial. On chercha une formule plus courte; on accepta une religion plus abstraite. D'une part, on s'habitua à ne plus parler de Rome ". Dès le commencement du i"' siècle, il n'était pas rare qu'on appelât flamen Augusti le flamine municipal de Rome et d'.\uguste'-, ara Augusti ou ara Cacsaj-is 'M'autel provincial de ces deux divinités. Cette abréviation, déji fréquente en ce icmps-là, devint la règle dans la plupart des villes et fort usitée dans la religion provinciale". Rome fut d'autant plus vite oubliée qu'on songeait moins à elle dans le culte; si l'autel portait son nom, si le peuple romain recevait les vœux du prêtre, les sacrifices avaient lieu presque uniquement aux jours des anniversaires impériaux : le flamine impérial devint couramment flamen .augusti, flamen Augustalis ou flamen Augusiorum ".

Puis, le titre de Augustns perdit dans cette expression son sens concret, l'empereur régnant""'. Tous les empereurs furent des Augustes : le mot devint rapidement le nom commun de ceux qui gouvernaient. On oublia la personne de l'empereur régnant pour ne songer qu'au titre impérial. Il dut arriver souvent que le flamen Augusti eût, en vertu de son titre, à adorer tour à tour plusieurs empereurs dans le cours de son sacerdoce. L'expression de « prêtre d'Auguste « prit le sens abstrait de prêtre impérial. La transformation dut s'accentuer à partir de Sévère Alexandre. Dès le milieu du m° siècle, on ne crée plus ni à Rome ni dans les villes de flamine particulier pour les divi^'. Nous ne trouvons plus que des « flamines d'Auguste », que nous pourrions désormais appeler des flamines du nom impérial. Ce n'était plus, à dire vrai, les sacrificateurs d'une personne divine, d'un dieu père de la patrie et lare public, mais les prêtres de la souveraineté impériale, quel qu'en fût le déteeteur.Laprêtrise était attachée à la perpétuité du pouvoir '^ De personnelle et de divine, la religion impériale devenait abstraite et politique : au culte archaïque de l'hommedivinisé, dieu ou génie, succédait le culte impersonnel de l'Etat.

Et cela devait entraîner dans le flaminat impérial une dernière évolution. Les anciens dieux, ceux qui avaient des flamines, sont discrédités dès le iW siècle, même Jupiter, réduit par Dioclétien au rôle d'épithète impériale. Les nouveaux, n'étant pas romains, n'ont pas leurs flamines. Mithra, la Mère des Dieux, Isis, ont des miîiisiri, des magistri ou des paires sacrorum : le flaminat ne se prête pas à leur culte. Le seul flamine qui compte devient celui d'Auguste. Dès la fin du iii^ siècle, peut-être à Rome", en tout cas dans les villes et les provinces, flamen est l'expression courante pour désigner le flamine du prince. La religion impériale est, à la fin de l'Empire,

qui représentent le temple provincial d'Auguste et de Rome montrent l'image de l'empereur régnant; cf. Beurlier, p. 100. — 1' Cf. Hirsclifeld, Sitzungsb. p. 843, qui suppose cependant, avec vraisemblance, un regain du culte de Rome sous Hadrien. — 12 Cf. n. 13 de la page 2076. — 13 Liv. Epit. CXXXVII ; Suet. V. Claudii. 2. — " Pour les provinces, II, 4223, V, 7239, etc. Voir beaucoup plus d'exemples chez Beaudouin, p. Si, qui rattache avec raison le flamen Aug. des villes au flaminat de Rome et d'Auguste, et c'est là le côté vraiment original de sou travail. — 15 Les trois expressions, abrégées d'ailleurs également Aug., se retrouvent dans les provinces et dans les municipes. Dans les prov. espagnoles : flam. Augusiorum (IL 3329), flam. Auffustalis (4223), dans les villes, flam. Augusti (î XII, 4202). — I6 Qu'il le garda longtemps, ceM ce qui résulte des expressions flamen Augg. (XII, 4323, province Narbonnaise, Scptime et Caracalla) ou flamen Auggg. (VllI, S8I6, 9995? des temps où il y avait deux o i trois empereurs). — 17 Le dernier llamiue romain d'un diviis est celui de Seplime- Sévère ; le dernier flamine municipal d'un divus est celui de Caracalla. — 18 Cf. ncsjardins, Reeue de philol. 1S79, p. 5*. — 19 Corp. VI, 1078, où sont mentionnés cin ] flamines patriciens, appelés simplement flamen ; deux sont au moins Qamiueâ impériaux (inscr. de 170).

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la vraie religion officielle et la seule religion latine qui subsiste. Le flamen Augiisti est devenu le flamine par excellence.

Voici la liste des membres de la domus divina qui ont reçu des prêtres de noms latins, flamines ou sacerdotes. Les majuscules indiquent les prêtrises exercées à Rome ; les minuscules, les prêtrises municipales. L'astérisque désigne les prêtres desservant le culte de l'empereur vivant. Les prêtres non flamines sont mis entre parenthèses.

Claude =9

Jules César.

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