XI. Ane, cintre'' [arcls, camara, formxj
XII. Forma sutoris. Forme de cordonnier. — La forme fut de tout temps un des principaux instruments du cordonnier'". Ulpien examine h' cas d'un cordonnier peu patient, qui, pour corriger un apprenti indocile, lui avait crevé l'œil avec sa forme". Ammien Marcellin regarde comme une preuve de la barbarie dos Huns qu'ils portent dos chaussures faites sans formes '-. L'édit de Dioclétien indique les prix des formes pour les souliers d'hommes, do femmes et d'enfants '^
Un certain nombre de monuments archéologiques représentent des formes de cordonnier. Un vase grec, trouvé à Orvieto, et faisant partie de la collection Bourguignon, à Naples, représente l'atelier d'un cordonnier; au mur sont suspendus des instruments, des chaussures et des formes". Sur un vase grec du musée Britannique, à figures rouges, on V(jit aussi un atelier de cordonnier; une forme et une chaussure sont accrochées au mur, avec d'autres instruments du métier [sutor] ''. Dans une peinture d'Herculanum bien connue, deux petits génies ailés, assis à un établi, travaillent des chaussures ; l'un entre la forme dans un soulier, l'autre pré-
Fig. 3!07. — Formes ikiiis ww bouliquo de coriiounier.
pare une empeigne ; une planche, accrochée au mur audossus de leurs tétos, porte quatre formes, tandis que
iCo//. r/i-wMI,XXlll,[i iM. ianlin. Le— il.MlM\i.Demorte ijersec. XLVIll. — ■■* Cf. Ducango, G^o5s. med. ut inf. lat. l'-ii. de 188.j, *. y. forma, 0. — » Cotl. Theo'l. VI, XX.X, 7, XXII, 2; Corf. Justin. XU, XXIV, 7 ; cf. Waiiiliiiglon, iiVif A; Oio<:/.i/i«i, p. 2S, VIII, 1, i. — s Corp. iiisci: lat. X, 4HliO. — 6 Fronlin. CXXVII; Cassiod. à la suite du rapport de Fronlin. p. .142 de IV'dition Nisard; UIp. Diif. VU, I, 27; Corf. TheoJ. XV, 11, i, 8 et 9 ; Corp. inscr. tnt. VI, 1703, 84'J7. —7 .\olil. tliijn. Occidens.c. IV, n« 5, c. H 3 de l'iîdit. Scek ; Corp. inscr. to^ VI, 17G3. —8 Cassiod. /. c. — 'J Ael. Sparl., Sevcr. XIX ; januac quarum forma interoideiis... Cf. le mtîme sens conservé dans un texte de basse épcpie : Fecerunt autem formaiu integrarn qninque vitreas conlinentem; .Mabillon, .Imdi'cta^ t. III, p. 37'i, cité par Ducange (Forma, 11). — 10 Cf. le 7'Ac5a(ir((5^;-ccd'K{ienne, s. v. xaVÔTioy; (forinaeulus) ; Suiilas, ««UTtiS.ov; Oalen. t. VI, p. 304, M. Killm; Ilorat. Sat. II, III, lOU et le comnicnlairo dAcron à ce vers. — " /)i(/. IX, II, ,H, §3.-12 XXXI. i. — 13 P. J4,cli. IX, l-l, édit. Waddington ; Corp. inscr. lat. t. III, p. S33, 9, 1-4; suppl., p. 1937.
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les portes ouvertes d'une armoire placée au fond de la bouli(|ue laissent apercevoir des formes et des chaussures d(! toutes les dimensions (lig. 3197/"^. Le musée firora, à Milan, possède la pierre funérain; ilu cordonnier C. .\tilius .lusttis '" ; au-dessous de l'inscription, on a représenté le défunt cousant uni! chaussure dans laquelle il a introduit une roriiie ". Le "> février 188.'j. on a trouvé H Home, on creusant des fondations prés do la porta Angelica, la pierre funéraire de C. .lulius Ilelius, qui, comme nous l'apprend son épitapiio, était cordonnier l)rèsdo la porta Fontinale. Au-dessus do l'inscription est placé le buste du défunt. Sur le fronton du monument, <m a sculpté' lieux formes, svmboio du métier oxeroé
Fig. 3198. — Formes de conloiniior.
par C. .lulius Holius. L'une de ces formes représente, avec beaucoup d'élégance ot de vérité, la forme du pied humain, l'autre est dans une crepida très soigneusement dessinée. Toutes les deux sont, comme les formes modernes, munies de leur tige on fer " (lig. 3198).
On a trouvé à Ostie un sarcophage, avec inscription grecque-", et au musée de Latran se trouve un marbre sur lesquels sont également représentés les instruments du cordonnier, et, entre autres, la forme ^'.
XIII. FoRMACEi MURI. — On appelait ainsi des murs en terre, quoniam in forma circumdali.s duabus ulrimjw lahuUs infcrciunlur verius quam stnuiniur --. Pline nous apprend que ce mode de construction était très usité en Afrique et en Espagne"; on bâtissait aussi dos murs semblables dans le territoire doTarenle -'. Dans le midi de la France, particulièrement en Dauphiné,on construit encore, dans des formes de bois, des murs en terre qu'on appelle murs de pisé. Pline vante la solidité de ces murs : ils durent des siècles, dit-il; plus solides que toutes les maçonneries, ils résistent au vent, aux pluies et au feu-\
On construisait aussi, dans des formes en bois, des murs autres que les murs en terre, appelés formacei par Pline. On plantait en terre des poutres carrées, sur lesquelles on clouait des planches, de manière à enfermer ainsi un espace rectangulaire. On y jetait, en les tassant, du ciment ot des petites pierres; quand la masse était solidiliée, on enlevait la forme ot on continuait de la
— 1' Annnl. 'I. /stiluto nrch. 'li Homn, 1881, p. 100-108 ; ilonum. dfif/nsl. arch. di Jlomu, t. XI, 1879-1883, pi. xxi\, 1. — li Jalin, Berickte der Haaks. Gesellschaft d. Vi'issenseh. 1867, p. 101, pi. iv. n' 3 : Hugo Blûmner, 7>cAno/o;ie und Tenninol. der Gewerbe wid Kiinste bei Griechen und Rômern. Leipzig. 1874-1887, t. li, p. i83, Og. 31. — lu Roui et Barn!, Jferculanum et Pompai. I. Il, 144; H. Blûinncr, O. c. l. U. p. iS4, lig. 3i. — " Corp. inscr. lai U V n' 5919. — 18 Urivaud de la Vincelle, Arts et métiers des tincieits, pi. xlv, n° 8; Diitschkc, Antike Bildwerke m Oberitalien, I. VI. n- 986. — i» 0. Calli. dans Butleltino delta coinmissione arch. commun, di Homa, I8S7, p. 52, pt. m.
— W .Xotizie degli scari. 1877, p. 313-314. —21 C,. (j. de Rossi. // museo tpiçrafico cristiano pto Lateranetue, pi. x\t, n» 34-3.Ï. — J2 Plîn. Hist. nat. XXXV. i)i. — " Plia. ;. c. — 24 Varp., R. rusf. I, XIV. — 2.". Plin. l.c. 4; Choisy, Larl de bâtir chez tes Bornai»^. Puris. 1873, p. 16, lig. 3 ; H. Bluninor, Technol. und TrrmiHOl. t. III. p. 137, lig.lT.
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mémo façon. Les poutres, placées à l'inlérieurdu moule, formaient des creux dans la muraille (fig. 3190) [caemex- TUiM] '. On peut voir un Ijcau spécimen de ce genre de
Fis. ;Jl!'t). — Mui- en caomonliini roiistiuil iliuis uni' To
construction dans la maison bien conservée qui a été découverte sous le péristyle du palais des Flaviens, sur le Palatin.
XIV. Les figures scientifiques, géométriques, étaient appelées par les Romains fonnnc-. Balhus, qui vivait sous Trajan, a intitulé son traité de géométrie : Exposiiio et rnlio onuùioii fonncirum ■'. Tite-Live raconte f|u"Archimède, intmius formis ijuas in pulvrre dcscripscral, ne s'aperçut pas que Tennemi était entré dans Syracuse '.
XV. Le mot forma, avec les adjectifs prima, secunda, etc., désignait la qualité des objets livrés au commerce. L'édit de Dioclélien mentionne des peaux de Babylone, primae formae, sccundne formae ■', c'est-à-dire do première et de seconde qualité. Suivant M. Waddington, ces peaux, de qualité exceptionnelle, étaient, comme nos maroquins, des cuirs de luxe préparés avec des peaux de chèvre ou de mouton ".
XVI. Les Romains connaissaient, comme nous, l'art do détacher les peintures murales. Ils les enlevaient, puis les maintenaient, pendant le transport, dans des cadres en bois qu'ils appelaient formae. Par ce procédé, Murena et Varron, pendant leur édilité, firent venir de Lacédémone à Rome, pour orner les comices, une belle fresque peinte sur un mur en briques '. Caligula tenta une opération semblable, mais sans succès, la nature de la peinture ne permettant pas qu'on l'enlevât*. On a trouvé à Pompôi des fresques détachées do la muraille, et toutes préparées pour être emportées quand survint la catastrophe ^ H. Théhenat.
FOnMinO [VENATIO].
1'"0H.\.V(;ALIA. — Fête des fours ou do la déesse FORNAX préposée à leur garde, une des fêtes les plus anciennes de Rome, à la fois privée et publi(|uo, associant l'idée du foyer, centre do la vie domestique, au souvenir des temps où l'épeautre {far) constituait le jirincipal aliment du peuple romain. Avant l'introduction
1 D'api'Ss Choisy, L'art de bâtir chez tes Jtomains, p. 10. — 2 Cic. liep., I. 17 : ijeometricae formae; cf. Id. De or., I, 42, 187; cf. U»intil. Inst. or.\ I, 10, :i;i. — 3 Cf. Hullsch, Metrol. script. reli(/., I. II, proIcR., p. 7 s.; Tcullol. Gesch. il. rocni. Lilleratur, Leipzig, 1882, n» .?«, 3. — 4 I.iv. XXXV, 31; cf. Sil. lUil. XIV, lj77 ; nicdilaïUem in pulvere formas. — ^ C. inscr. tat. t. III, p. 832, Éitit de Dioclélien. 8, 1, 12; suppl. p. rj3C. — c Wartilinglon, Édit de Dioctétien, 1-2, p. 28. — 7 Min. ffist. nat. XXXV, xiiv. i. - « Ihid XXXV, vi, — 0 Mazois, Palais de Scattrus, Paris, 18G9, p. 13C, noie 1.
K011\ACAI,IA. 1 Plin. t/ist. nat. XVIII, 2 cl 28. 107 ; Serv. Aen. 1, 179. — 2 Ov. /■'iisl. Il, j25 cl suiv. ; Lucl. Jnsl.div. I, 20, 35. Cf. ladoralion du four chez les anciens Germains, Grimm, Deutsclie Mytii. p. 523. — 3 Jioem. Mylh. Il, 107. F'our Vulcain, V. Isid. XIX, n, 2 : In... fahrorum fornave genliles Vulcanum auctorem diciinl. Pour
des boulangers de profession [pistor], qui est de l'an 178 av. J.-C, chaque maison possédait son pistrinum où était installé le four'. C'est là que l'on procédait à la dessiccation du grain par la chaleur, opération délicate qui préparait le broyage et qui pouvait aisément manquer son but. Les Romains, pour cette raison, y préposèrent-ils une divinité spéciale, Forna.r, qn\ aurait tiré son nom du four? Lo fait est affirmé par Ovide, et Lactance, plus tard, plaisante fort cette déesse qui n'est pas lilus étrange que beaucoup d'autres personnalités du catalogue dos Iiidigilamrnla-. Il est possible toutefois, comme Hartung l'a supposé, que Fornax fût une invention des antiquaires et que les/'(»'?iacf//(a s'adressassent primitivement à Volcanus ou à Vosta. Ovide lui-même constate les rapports du culte do Vosta avec la fabrication du pain^
Dans la famille même, la fêle consistait on un sacrifice devant lo four, sacrifice suivi d'un repas où la farine fournissait le principal élément". Au dehors elle avait pour objet la purification des champs, en vue de la récolte nouvelle, et la consécration de leurs limites respectives '^. Puis les trente curies se réunissaient au forum'', chacune sur un emplacement spécial qu'une affiche rendait reconnaissable ; les Cvrial-a, sous la présidence du Curio ma.vhmis, y procédaient à un sacrifice commun". Cette fête des Curies n'était pas à date fixe, mais elle avait toujours sa conclusion lo jour des Quirinalia, c'est-àdire le n février^ Ce jour-là, ceux qui, pour une cause ou pour une autre, avaient manqué aux Fornacalia dans leurs curies, s'acquittaient par une cérémonie spéciale. On appelait cette fête celle des fous ou des sols{siullorum feriae). Ovide et après lui Plutarque interprètent cette expression par l'ignorance ou l'imprévoyance des retardataires", tandis que Varron et Verrius Flaccus restent muets sur ce point'". Il est possible que les Feriae stullorum aient été ainsi dénommées à raison de certaines distractions grotesques, analogues à celles de la fêle des Fous au moyen âge et de notre carnaval moderne, qui tombe à la même époque". Quoi qu'il en soit, des plébéiens seuls participaient à ce dernier acte des Fornacalia, les patriciens étant, par rapport aux curies, dans une situation nettement définie. Lange suppose, avec (luolque apparence de raison, qu'aux Feriae stultorum figuraient les membres do la plèbe qui, n'étant ni curiales ni encore moins qtiirites, devaient néanmoins avoir leur place dans une fête d'un caractère universel". Quant au sons de la fête, on n'y saurait voir avec Preller une manifestation de reconnaissance pour lo bienfait de la moisson depuis longtemps mise en grange", mais bien un prélude aux semailles printanières, les Romains primitifs faisant commencer le printemps à la date du 7 février'". Par son caractère public qui résulte de la participation dos Curies et du Curio ma.vimus, les Fornacalia forment
Vcsta el les boulangers, Ov. /"«sf. VI, 311. —l Paul. D. p. 83, 8 et 93, Il ; lien. Mal. .\ul. II, 23, qui sans nommer les Fornacalia semble les di^crire. — '-J Plin. Jlist. nat. XVlll, 2, 8. — OFeslus, 25 n, 13 cl suiv.— ' Ov. toc. cit. 527 cl suiv. — « KesUls, p. 2:1 Wy el3I7 6. -jFast. Maff. Famés. Pliiîoc. à colle dale; Corp. inscr. lat. I, 304, 330, 33G, 386. —S Ov. /:mc. cit. 530; PIul. Qi'a^st. rom. 80. — tl> Var. Lini/. lai. VI, 13 ; Paul. I). 310, 7 ; Kcsl. 317 A. 12 et suiv. Les Quirinalia sont à date fixe cl les Fornacalia mobiles, ainsi qu'il résulte du texte d'Ovide, mais forcément anWricures el à court intervalle. — •' V. Gilbert. Geschiclite unit Topoijraphie der .StadI Honi, II. 132 et suiv. avec les noies et l'article de Steuding, chez Hoscher, Aiisfaelirliches I.ej-ikon, etc. p. 1500. — 12 Lange, Hoemische Alterih. I, §45, p. 245; Marijuardl-Momnisen, lioem. Slaatsi^ei'waltuni},\\\,^. 107. — 13 Preller-Jordan./fo**m. .Mijlh. II. p. il. — n Var. n. nisl. I, 28 ; cf. Slannliardt, Mytii. Forscliungen, |i. 192,
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un pprulanl aux ioiuucUiia qui les suivent à deux mois d'inlervalli^ cA donl on i'a]i[)ortail (''lA'aleuicnl l'iiislilulion au roi Nunia. Culles-ci ayant pour objet do procurer des moissons abondantes, celles-là devaient surtout consacrer les procédés primitifs pour les faire servir à l'alimentalion et placer ledruitdepropi-iété, tant individuelle quecollective, sons la iinileclini] des dieux : farris tovrendi fcruir et iicipu' rdif/iosni: icnninls uf/rorum'. .]. A. ITii.n. FOUAIAX. — Ce mut, qui est, dans pres((ue tous les sens, synonyme du motcAMiNus ', semble cependant designer |)lus souvent h^s fours industriels : liants fourneaux pour la nK'laliurnie, l'ours de potiers, fours à chaux.
I. Ildiils fininii'aii.r paiir ht tiiéliiJ.liuujh' l^l'lCHiiUiM, III] -.
II. Fours il'' piilicrs. — L(îs ])Ius anciens fours de potiers sont connus par des vases grecs, ou des pla(iues peintes trouvées à Peudé-Skoupia, à deux kilomètres, sud-ouest de l'Acrocorinthc''. Le musée du Louvre en possède deux '*. Nous ne connaissons guère les fours grecs que par ces dessins; les textes d'auteurs font défaut et les fours anti(|uos dont on a pu étudier les restes sont romains.
Le dessin d'un four à poteries grec a déjà été donné à l'article figlimim (fig. 'M'M) d'après un vase du Musée de Munich. Nous reproduisons ici une des deux plaques de Corinthe du Musée du Louvre ■ (lig. 3200). Le four se compose d'un foyer placé en avant du four. Une petite porte, placée au centre du four et ouvrant sur le labora-
rig. 320H. — Foui- ù potoi-ips gi-pr.
loire permet au potier de surveiller la cuisson. La fumée et la llamme s'échappent par la partie supérieure. Le potier enfonce son ringard dans le foyer pour faire tomber les cendres et activer la combustion". Sur l'autre jtlaque le potier tient son ringard levé.
Tandis que ces deux dessins nous donnent l'aspect extérieur du four grec, une autre plaque corinthienne, conservée au Musée de Berlin, nous montre l'intérieur du laboratoire couvert des poteries qui y subissent l'opération de la cuisson [ficlinum, fig. 3038].
Brongniart a décritdes fours à poterie romains, trouvés à lleiligenberg près Strasbourg ''. Nous les étudierons d'après lui. Les fours des potiers romains étaient construits en briques crues et cuites, souvent couvertes d'un enduit argileux et de musses d'argile pétrie : les plus complets se composaient d'un foyer 1 PR.VEFunNiUM], de tuyaux destinés à conduire la chaleur au labo-
' l'Un, llis/, ma. XVIll, i, S.
FORNAX. 1 Isiilor. Orig. XIX, G ; oatiiiluis est fornax. — 2 V. aussi la figure 3175, à Parlicle foiima, I, 1. — J Aiilike Deiikmaeler archaeol. Institut, l. I, pi. vin, 19 h. V. aussi nc.LiNLU. fig. 3031. Nous n'avons pas à parler ici des fours égypliens qui ressemblent beaucoup à ceux des Grecs; v. Brongniart, Traité d>;s arts céramiques. pi. ni. fig. 7. — V Musiîc du l.ouvro, s.alle L, ci^ramiquc grecque trouvée on Grèce, vitrine centrale. — B 0. Ravel, Plaques votici's en terre cuite trouvées à Corinthe, dans r,nz. arch . IKSO p. lOil. — f.ld, Ikiil. p. lO.'i. — 7 Traité des arts céramiques
ratoire et d'un laboratoire ou chambre cliaufTée dans laquelle étaient déposées les pièces destinées à la cuisson. Malheureusement, dans tous les fours qu'on a pu explorer, la voûte du laboratoire était complètemi^nt détruite, et, avec elle, la cheminée ou trou de dégagement de la fumée et des gaz produits par la combustion.
Dans les fours de Heiligenberg, le foyer est un canal long, voûté en ogive, dont la bouche est à environ '2"',oO de l'espace où se rassemblaient la flamme et la chaleur au-dessous du laboratoire. Le laboratoire était séparé du foyer par un épais masi^if de maçonnerie, formant voûte. Ce massif était traversé par de nombri'ux tuyaux en terre cuite, parlant de la partie supérieure du foyer * (lig. 3201); les uns plus petits étaient à la circonférence ; les autres, plus gros, au nombre de douze à quinze, allaient s'ouvrir dans le plancher du laboratoire pour répandre la chaleur autour des pièces qu'on y avait déposées pour la cuisson. On voit, sur le laboratoire que nous
.-^;^«a>'T,v\v, 11111 „,i.,ir^.
Fig. 3i01. — Coupe d'un fourâ poteries romain.
Fig. 3202. — Laboratoire d'un four à poteries romain.
reproduisons ici (fig. 3202), les trous par lesipiels arrivait la chaleur'. On pouvait régler la chaleur envoyée au laboratoire, ou la modérer en fermant les tuyaux conducteurs avec des tampons cylindriques en terre cuite '". D'autres tuyaux, distribués dans toute la circonférence du laboratoire, y maintenaient une chaleur égale (v. la tig. 3202). 11 est proliable que ceux des tuyaux qui, comme on le voit dans la figure 3201, étaient en communication directe avec le foyer, servaient de passage à la fumée et établissaient le tirage.
Nous reproduisons le dessin d'un autre four à poteries très bien conservé, découvert à Field-Castor(Northamptonshire) en Angleterre (fig. 3203). Il est complet, sauf la voûte du laboratoire".
On a trouvé, à Pouzzoles, une lampe qui a fait partie de la collection Durand. On y a figuré un potier gro-
el lies poteries, i' M. Paris. IS.Hl, I. I. p. lîS, pi. iv. fig. J; SUrt, Jahrhùeher '1er Yereins von Atterthumfreunden im Bheinlande, t. LXII (1878), p. 7 : Blûmner Terminologie der Getcerbe uml Kùnsie, t. II, p. 23 et s. — <* E. T. Artis, Duro- Ijrivae of Antoniitus identified, pi. ixvii, n* 6 ; cf. nràme planche, a* 5; BroDgniart, O. c. pi. iv, fig. i. — 9 Brongniart, U I, p. iiS et pi. i. Voy. la mùmc disposition dans les fours de l'Allier, di^rils par Tudol, Cotlect. de fig. en argile, p. 61. — 10 Artis, pi. xxvii, 3; Brongniart, pi. iv, fig. 3. — '* .\rlis, pi. xl, n» I. Voir le dessin d'un autre four ibid. pi. \l, fig. 1 ; Brongniart. pi. iv, ti^. l.
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— i2aG
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lesque pi'ès de son l'oui', roprésenli' très sommairement. Il se prépare à mettre au four un pol qu'il façonne encore avec les mains; à ses pieds sont les instruments de son métier. Ce petit monument est le seul document qui nous donne une idée du mode de construction appliqué aux cheminées des fours romains (llg. 3204) '.
Si l'on compare ces l'ours avec celui qui est représenté sur la plaque de Corinlhe dessinée plus haut (û^. 3200), on verra que la forme ne s'était pas beaucoup modifiée pendant le cours des siècles.
Les fours décrits cidessus étaient assez compliqués. Il existait cependant des fours plus simples, sans tuyaux,
dont la plaque du laboratoire était directement chauffée par le foyer. Bronffniart décrit, d'après un dessin d'Artis,
Fig. 3203. — Pour i [tûLerics romain.
Fig. 3204. — Potier grotesque, d'apri^s une lampe romaine.
un four découvert en Angleterre, dont le laboratoire reposait directement sur un pilier solide, placé au milieu du foyer-, à la manière des hypocaustes. Un four, également trouvé en Angleterre, à Castor, près de Norwich, ne ressemble en rien aux autres fours connus ; il se composait de plusieurs foyers, en voûte ogivale, un peu espacés et enfermés dans des parois en terre glaise; c'est entre ces parois qu'on plaçait les poteries dont plusieurs étaient imcore en place'. Ce dernier four était cliaufîé avec de la tourbe'; ceux d'Heiligenberg avec du bois de sapin ■'.
1 Ctiamptleury, Histoire de la caricature antique^ 2'-' éd. p. 1.-17, ICI ; 11. Blumner, 0. c. t. II, p. .'iO, fig. il. — 2 T. I, p. 427, pi. iv, 4. — a Archeaologia, t. XXII, p. 413, pi. xxxvi; Brongniart, t. I, p. 429, pi. xxv, 20. — '» Brongniarl, L I, p. 430. — ^ Ibid. p. 429. — C Ilerner, Die rûmische Tôpferci in Wwtendarf, dans Oberhayer. Archiv. fi'ir vaterl. Orschichte, t. XXII, 1863, p. 60; Caumont, Cours d'antiquités nwnum. Paris, 1831, t. II. p. 21 1 ; Brongninrt, t. I, p. 428, pi. IV ; Blunuier, Tfch. und Term. l. Il, p. 27; Donner et Riclitor, Aniiali detf Jnslit.arch.di Iloma, 1882, p. 182-180.-7 K. T. Artin, pi. xi,; Rrongniait, t. I, p. 426, pi. IV, 4 ; Archaclofjia, t. XXII, p. 413, pi. xxxvi ; Ilrongniart, t. 1, p. 420, pi. xxv, 20. — 8 Grivaud de la Vincelle. Antiquités f/autoisfs rt romaines recueillies dans le palais du Sriml, l'aris, 1807, p. 13U-140 ; biongniarl, t. I, p. 430, 444 ;
C'est surtout dans l'Allemagne occidentale et méridionale", en Angleterre', en France* et en Italie'', qu'on a trouvé des fours de potiers.
111. Fniirs à chiiu.i"'. — Calon donne des renseignements très détaillés sur les fours ii chaux et la manière de les construire :
il faut donner au four à chaux 10 pieds de largeur, 20 de hauteur en diminuant progressivement la largeur jusqu'au sommet qui ne doit avoir que 3 pieds de large. S'il n'y a qu'un prarfitmium, il faut ménager un trou pour que les cendres y tombent ; s'il y aun double prarfurniuiii^ le trou est inutile, car on se sert d'un jcn-ae/'Mrnùan pendant qu'on vide l'autre ". Que le four brûle sans interruption jour et nuit'^; que l'orifice soit bien vertical; qu'on bouche soigneusement, avec du mortier ou de la terre, toutes les fissures par où sortirait la tlamme, qui ne doit s'échapper que par l'orifice supérieure; que le firaefiirnium soit établi de telle sorte que le vent, surtout r.auster, ne puisse pas s'y engoufTrer. On reconnaît que la chaux est faite quand les pierres supérieures sont cuites, quand celles du dessous tombent, enfin quand la tlamme est moins mélangée de fumée".
On donnait aussi le nom de fornax aux foyers des bains [balneum] et des hypocaustes [uypocaustum], et aussi aux fourneaux de cuisine etautres [caminus]. H. Tnf.nEN.^T. FORiVAX (DE.\) [i-ORNACALIA].
FORiVIX ('A'J/iç, xaixapa). — Voûte, arc, berceau; toute construction composée de blocs de pierre, de moellons, de briques ou d'autres éléments façonnés, disposés ou réunis de manière à se soutenir pour couvrir un espace vide.
Fornix est le terme ancien (de même formation que FORNAX et FURNis) dont se sont servis les Romains pour désigner les constructions de ce genre jusqu'à la fin de la République et encore sous l'Empire, en l'appliquant à toutes les constructions arquées, même aux arcades qui supportent les aqueducs ', pour lesquelles prévalurent ensuite les noms arcuationes et opus arcuatum, et pour les arcs de triomphe-, plus tard appelés armx triinnplidli's [arcus, absis, camara].
11 y a soixante et quelques années, Rondelet, Quatremère de Quincy, Ottfried Millier et autres savants auteurs affirmaient que la voûte avait été inconnue des Égyptiens, des Assyriens et même des Grecs. Ils en altrihuaieiit l'invention aux Étrusques et le grand développement
Tudot, Collection de figurines en argile^ p. 57 et s. pi. ii. — 9 FioroUi, Poutpei, ]i. 416, n. 20 ; Crespcllaui, /iull. dell' Jstit. arcli. di Horna, 1875, p. 102 ; Monuni. d. II. Accad. dci Lincei, l. 1, p. 282, 8, 7 ; cf. Bliininer, t. II, p. 23ct s. — m Fornar calcarius, Calo, fl.rust. XXXVIIl ; Viliuv. VII, II, 1 ; l'iin. Hisl. nat. XVII, 9, C: Ovid. Metatn. VII, v. 108 ; Officina calcaria ou siniplenient calcaria ; Digost. XI.VIIl, XIX, s, § 10; Cad. Theod. XIV, vi, 1-5 ; Annn. Marc. XWII, III, 3 ; liromnlici reteres, p. 296, 17. — H Calo, Jt. rust. XXXVIIl, 1. — 12 JUd. 2. — >■' Ibid. 3. Snr !.• foui à cliauv, ef. II. Bliimner, O. c. t. III, p. 103-104.
l'OllMX, 1 .Mornmsen, Inscr. lat. antiquiss. 1166 ; Id. Inscr. reg. Neapol. p. 33; Fronlin. De aquaed. 12,ï, 127, 129; Plin. Ifisl. nal. II, 84, 1 ; XXXI, 24. — 2 Cir. Dr „r. Il, 266,267; In Verr. 1,7, 10; I'. Plane. Vil, 17; T. I.iv. XXXIIl. 27.
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aux Romains. Il n'ini est plus de même aujourd'hui ; de nombreuses découvertes font remonter Tusa^'e de la voûte à la plus haute antiquité.
I. OitiENT. — Chez les Égyptiens la voi'ile n'a joué qu'un n'ile secondaire ; elle n'est pas entrée dans leur système d'architecture, nuiis on trouve à Aliydos, dans le palais d'Osymandias (2500 av. J.-C), la voûte dite m rnrorlii'llemonl, qui semble avoir précédé la vijritable
voûte dite appareillée. Dans la nécropole de la mémo ville existe une voûte en pleincintrcgros-
I j \ sièrement cons-
' ' truite, mais ap-
rcillée en voussoirs et où le principe de la voûte est nettement établi (tig. :J20o). Ce croquis est lire du/o»r)(«/de Mariette, qui ajoute ailleurs que « le plus ancien exemple d'une voûte en pierre et en grand appareil qui lui fût connu se trouve au Sérapéum et qu'elle est du temps de Darius, fils d'Hystaspe. Des voûtes en brique existent dans la nécropole deThèbes'. » Dans la Chaldée et l'Assyrie la voûte a pris un développement plus grand qu'en Egypte; elle entre ici dans la composition des édifices les plus importants et leur donne un caractère particulier, comme on peut le voir (fig. 3:200) dans un bas-relief de Kouioundjik". La voûte
ogive présentent une disposition très ingénieuse. Ces voûtes sont composites d'arcs distincts, successifs, formés de grandes bri(iues et inclinés sensiblement, avec l'in-
MfT. 32(iD.
VoiUi'
Al'V'lo^, Egypte.
Fig. .ï:iOIJ. — ÉJitici.-b \oûIl-^, J'api-L's un bas-rcUcf asb\ricn.
primitivi! en encorbellemenl existe là aussi '. La voûte en plein cintre bien appareillée, en f)riques, se rencontre fréquemment à Khorsabad. Certains égouts voûtés en
' l'crrol cL IJiiiiie/., llistuin' de l'art (Unts t'antiiiuilt'. t. [. |i. 317, ;)3I cl suiv.
- I.iiyacl. Thf liwmimrnts of Niiteoeli, -" st-rie, i»I. xvii. — i Victor Place et
F. Tliotnas, Xinivc et /"A.v.synV, pi. xxv, xxiviii cl xxxix. — V Pcrrolcl Clùiiicz,
I. Il, p. 38. — :• l'niol et llliipicï, /listoiiv 'le l'arl, 1. IV, p. Ji cl suiv.; l'cr
Fij. 3i07. — Voûte dVgout u KliorsahaJ.
tention évidente de réaliser celte construction sans employer aucun cintre ' (fig. 3207).
Les nouraghes de l'ile de Sardaigne et les talayots des iles Baléares^, qui appartiennent, selon toute probabilité, aux Phéniciens ou aux Tyrrhènes, présentent des restes de voûtes en coupole surélevée, mais à encorbellement.
Chez les Hétéens, à Ptérium, nous rencontrons des passages souterrains, voûtés dans le système d'encorbellement le plus primitif (fig. 3208) et même une arcade plein cintre dont la partie supérieure manque \
Daux a découvert en Tunisie, entre Sousa et Kaïrowàn, un petit monument portant à l'intérieur une voûte en encorbellement, par assises de petites pierres plates, qu'il attribue aux Phéniciens '.
Au tombeau d'.Vlyatles, roi de Lydie, père de Crésus, la voûte d'un large couloir, grossièrement appareillée, existe encore. Ce tombeau a été décrit par Hérodote et par Strabon".
Chez les Perses, M. Dieulafoy reconnaît dans les ruines des palais à coupoles de Firou/.-Abad, de Servistan et de Ferach-Abad des édifices contemporains des palais de Persépolis et de Suse, mais procédant de la véritable architecture nationale, rattachée aux édifices voiltes de l'.Vssyric et perfectionnée dans ses procédés. Celte architecture aurait produit ensuite les belles mosquées à coupole sur plan carré qui inspirèrent plus tard les architectes byzantins''. V.. Guill.^i'me.
rot, tiuillaumc et Llcllict, Exploration arc/têoiofti'f. p. 3-J. — ^ Tcxicr, Description lie l'Asie Mineure, pi. xxxi. — t .\. Daux. Recherches sur l'origine et t'emittacemenl ties Kniporia phéniciens^ p. 44 à 46. — 8 {leroj. (, 93 ; Slrab. XUI. IV. 5. 7. — 9 DicuIafoN, l'Art antit/ue de la Perse, iv partie.
Fig. 3i08. — VoJtc à ftériuiti.
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II. Grèce. — Aussi longtemps que l'on a fuit honneur aux Étrusques et aux Romains d'avoir les premiers en Europe pratiqué le système des voûtes à claveaux', les voyageurs rencontrant en pays grecs des constructions régulièr(?ment voûtées n'hésitaient pas y voir des œuvres de l'époque romaine-. Nous sommes aiujourd'hui mieux renseignés; dès 1800, M. Heu/.ey faisait remarciuer que la vue des monuments acarnaniens renversait toutes les idées ordinaires sur l'emploi de l'arc dans l'architecture grecque^. Tout en constatant que la voûte n'a pas joué dans la construction hellénique le rôle très impoiitant que lui ont réservé les Assyriens, les Étrusques et les Homains, nous sommes en mesure de démontrer que les formes essentielles, telles que l'ogive, l'arc, le cintre, la coupole, ont été parfaitement connues des Grecs. S'ils n'en ont pas développé l'usage, s'ils ont relégué ces éléments de construction dans une sorte d'arrière-plan, c'est que leur goût décidé pour l'architecture rectilignc les rendait plutôt hostiles à ce genre de combinaisons. 11 n'en est pas moins vrai qu'à presque toutes les époques on rencontre en Grèce des constructions voûtées ''.
L'architecture primitive, pélasgique ou achéenne, fournit, en particulier, sur l'histoire du cintre, des documents très complets (jui permettent de suivre la succession des types menant des jambages inclinés à la structure classique en voussoirs. On peut distinguer quatre étapes dans cette formation progressive.
1° Une série d'assises superposées qui, de chaque côté
Fie;. 3209. — Porte à (JEiiiadcs (Acamanic).
d'une ouverture centrale, vont en se rapprochant les unes des autres et (jui se terminent par un angle aigu
ou un trapèze, dessinent une siirle d'ogive primilivo.
C'est l'aspect qu(^ présentent les ouvertures pratiquées dans l'épaisseur d'un mur ou à l'entrée d'un(! galerie
' (iailliiiliîunl, Motinnti'nt^ ititcicns^ l. I, iiolicc Mir Ir riiiiiiuiiifiiL ilr Mi>>uIoii;;lii.
— 2 AniiHlr.i ties Misslona scicnli/iq. at litt, 1858, p. 7(i. Voy. la iTcliliratioii faite par MM . Ileuzey et Daiiiiiet, Mission dcMact:doine, p. ii-'jl . —^ Le Mont (Hijmiiiwt l'Acavnanii', Taris, lïSfiO, p. ilil), — '* Voy. la coniniuiiicatioii de M. Ailler à la Société arcli. de Berlin sur l'uhage de la \(iùltiQiiGri:cc(Avc/uvolo(/ischf /Cuilunfj , t. XXXIX. I8S1, p. Iti").
— 5 Catlliabatid, /. c. avec planche. — f' Sclilicmaini, Mi/crucs, édit. l'i-aïu-uiï^e, p. 84, fig. '.!0. — 7 J.aloux, rArc/iit(;ctiin'ijrcCfjUf\ p. i:i, (if;. K; hi'mu\,(îrit:cftist'fic Kunsl-
dans des monuments de Missolonghi ■', de Mycènes''', do Tirynlhe ', dePhigalie* en Grèce, de l'île deSamothrace', d'Œniades "> en Acarnanie (fig. 3209, 3210 et 3211). La forme générale se rapproche parfoi's de celle du cintre par la dispositoin des assises en encorbellement ".
2° Une forme analogue d'ogive primitive est obtenue au moyeu de grosses dalles posées debout sur le couronnement d'un mur et inclinées l'une vers l'autre de façon à se toucher par le haut. C'est ainsi iju'cst formée la toi-
Fig. ;jjrj. — lialerie fouvertu do Tirjulliu.
Lure des galeries couvertes de Tirynthc '- (fig. 3212), et la couverture de certains sanctuaires très anciens, comme le temple du Cynlhe à Délos ''\ d'Alée dans l'ile de Crète".
KiK. 3il3. — Sauclu.dre du ninid Orha.
Le sanctuaire du ukiuI Ocha'^ montre le peifcctionnemimt du système et un essai de voi'ite par la ju.xtaposilioii de plusituirs assises en (•ncori>ellemenl, formant jilafoud (lig. 3213).
3" La forint! plus exacte du cintre est donnée en Acarnanit! par le rapproclienumt de deux grandies pierres
i/csc/ticlilc, 1, p. H. t\^, î. — >^ Kangabé, M'intoiirs prrs. jiar f/e.v.saivr/i/.v i tniiii/. à l'A • mil. lies inxcr. I8b", pi. vii,l, p. 363 . — a l'errot et Chipie/, vi, lig. l'.lG. — loileuicy, tcMont (Hynijie, pl.xv, e, v.\ Brunn, Op. l.p. It>l,lig. 0. ~ Il Laloux, 0/j./. p. S:>, fig. II. — lil'errotct Chipie/., O/,. l. t. VI, fig. 78 et 1113. — 13 l.chc^gue, llrchmhcs sur Ol'Ios, pi. n ; Lalonx, dp. l. p. .'m, lig. 23 ; Itnrin, Uftiuthuvh di'r Architr/cfitr, 'i' édit. llarniMadt, IS'.li.ll, l,p. lS,lig. !). — Il Uangahé, O/i. /. 18u7, [ii.\u — l!'Moililm. liell' Inst. III, 37 ; liangah.', (Ip. I. lSa3, pi. v, p. ïliO, iSI ; Bnnui, (Jp. I. p. l'.l, lig. 13.
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solidement assises d'un côté sur le couronnement du mur et se touchant de l'autre côté [lar une partie évidée
en quart de cercle ' (fig. 3214).
A" Enfin on aboutit à la formule définitive desclaveaux juxtaposés et retenus au centre par une clef de voi'ite (fig. 3213). Ces deux dernières dispositions appartiennent à une période encore reculée de l'hisloire grecque; la preuve en est fournie en Acarnanie par dcsportespratiquéesdansdesmursd'appareilcyclopéon^
Fig. ;f-2!4. — l'ortc à (Kniatii-s (AcariKiiiio).
Fig. 3215.
l'orLe à Œiiiades (Acanranic).
Les courbes, tantôt ogivales, tantôt cintrées, ne disparaissent pas entièrement après l'avènement de
l'architecture dorique, car dans les murs qui entourent le temple d'.\ssos en Asie .Mineure, on remarque des portes alTectant encore l'une et l'autre de ces formes'. A l'époque des successeurs d'Alexandre, les belles chambres sépulcrales de la Macédoine, avec leurs portes en plein-cintre, leurs couloirs et leurs caveaux régulièrement voûtés- |CAiM.\RA, fig. 1048^, le couloir en berceau du théâtre de Sicyone'", le tunnel qui débouche sur le stade d'Ulympie'', prouvent que les architectes grecs n'avaient pas le moins du monde renoncé, pour des constructions d'ordre utilitaire, à une façon de bâtir dont les avantages étaient reconnus depuis longtemps. Nous avons déjà signalé précédemment l'existence d'une voûte d'égout à .\thénes, d'époque ancienne et presque aussi grande que celles de Rome [cloaca, fig. 1672].
Il y a là un ensemble de faits qui montrent la vitalité de ce genre d'architecture, quoique à l'état latent, pendant toute l'histoire grecque. H n'y a pas lieu d'accepter pour vraie l'opinion des anciens d'après laquelle le philosophe Démocrite d'.Vbdère aurait inventé la voûte au v"^ siècle av. J.-C. Du reste, Sénèque, qui rapporte cette tradition, dit lui-même qu'il la tient pour inexacte'. Ce qui parait probable, c'est que Démocrite avait déterminé scientifiquement les lois et les propriétés de la voûte, car c'est surtout â partir du iV^ siècle qu'elle prend en Grèce un développement important sous sa forme classique et normale. Les décorateurs chargés de construire le char funéraire d'Alexandre le Grand avaient choisi la forme d'une chambre voûtée pour la partie qui devait recevoir le cercueil royal '.
Comme l'histoire de l'ogive, de l'arc et du cintre, celle de la coupole peut être faite actuellement à l'aide de documents nombreux et précis, qui trouveront mieux leur place à l'article tholus. Aussi nous nous contenterons d'en indiquer les traits essentiels.
C'est également â l'époque pélasgique ou achéenne qu'on voit apparaître la construction en coupole. Elle se développe avec une abondance et une sûreté dans l'exé-
Fig. 3216. — Tombe à coupole, dile Trésor il'Alrt-e, à Mycèneâ.
cntion qui trahissent l'importation en Grèce d'un système déjà mûri et perfectionné par les .Vsiatiques. Il n'y a pas de lâtonnoments ni d'hésitations dans le mode de structure. La coupole est construite suivant le procédé à
' lli-il/('\, l,' Mont fllifiiipr, pi. \i, l\, II" 2. MM, w, Il ; Dlirill, Op. l. p. S9, fig. 37, 1.
— i Ucu/L'y, pi. i\, H" I, |il. XV, c, pi. XVI ; Kurm, lig. 37. 2 {.\caraanie) ; (îg, 4u iCniilc). — ^ Uuriii, p. tiO, fig. 3S. Cf. une porte «le Mcssi>iic; Laloiix, Arch. ijrecffur, p. 2G4, fig. 211. '• lleiiii'v el Uauinct, Mi;>ston </(,' Mact}itoùw. p. 2oO-2j3.
encorbellement dans lequel chaque assise circulaire surplombe légèrement la précédente, de façon à obtenir une série d'anneaux qui vont en se rapprochant les uns des autres jusqu'en haut, où l'ouverture dernière est
— <> Ibid. p. SS3. — fi Laloux el Moucoauv, Restauration d'Olympie, p. 144-U5.
- "îSonoc. Episl. 'JO, 32. Voy. sur ce tcxlc. Hcuicy. 3font Olympe, p. 462; BniDU. (iritxh. Kunstgisch, I, p. 16. — 8 lleuioy et Daunict, .ViMÎon de Macéd. p. 253.
Vo\ . CAMAIIA.
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close par une grosse pierre'. Actuellement, sur le seul territoire de Mycènes, on ne connaît pas moins de sept grandes chambres voûtées en coupole qui ont dû servir de tombes à des princes ou des chefs achéens, antérieu-
c Tré^sor "l'AtrtJc.
rement au x= siècle av. J.-C. -. La plus remartiuable est ici reproduite (fig. 3216 et 3217). Dans le reste de la Grèce on en compte six autres, à Menidi et à Thoricos en Atlif]ue,à Orcliomène en Béotie, à l'Héraion en Argolide, à Vaphio en Laconie, à Dimini en Thessalie^ Comme les nouraghes de Sardaigne et les lalayots des îles Baléares, signalés plus haut, les iruddhi de la terre d'Otranle et de la Fouille sont construits d'après un système analogue '.
Pour terminer celte revue rapide, il est à peine besoin de faire remarquer que sous la domination romaine, à la fin de la République et surtout sous l'Empire, les exemples de cintres et de voûtes sont de plus en plus fréquents en Grèce ; ils rentrent dans l'histoire de l'archileclure romaine. Citons pour Athènes seulement le monument funéraire de Philopappos (lli-llG ap. J.-C), l'Odéon d'Hérode Atticus (u"" siècle), la porte triomphale de la ville exécutée sous Hadrien"'. E. Pottieh.
m. Étrukie. — On trouve en Italie des exemples de linteaux monolithes de très grandes dimensions reliant deux montants verticaux ou plus ou moins inclinés l'un vers l'autre ". Plus souvent on y rencontre un appareil
en encorbellement dont les assises rétrécissant progressivement l'espace vide tant(it affectent une forme ogivale, par exemple à Cervetri " , à Âlatri (fig. 3218)", à Corlone ^, tantôt forment un angle aigu au-dessus de supports rectilignes, comme dans un tombeau d'Orvieto'". La construction en encorbellement a dû être importée en Italie par les Phéniciens: on a remarqué qu'elle se rencontre sur les côtes de la Méditerranée dans les pays où ils ont laissé des traces de leur passage elqu'(jn la chercherait vainement ailleurs". Les voûtes de ce genre sont d'ailleurs plus nombreuses dans la Toscane
' Laloux, Afch. yrccjue. p. JO-;i.'i. — - Blouct, Expédit. de Morée^ U, 6tj, 67; Pcrrot et (^Iuiul-z, O/j, /. t. VI, \t. 61(> cl s. ; \oy. pour les autres, Ib. p. 36-2 et s.; Durm, p. 37-VO. — ^ l'errot et Chipioï. p. 3Uo-451 ; Duriii, p. -il-12. — » Pcrrot et Cliipici, t. IV, p. 46-l'J, 31-55. — :■ Durin, p. >iU7-209; Uloux. .Irch. grecque, p. 274--J84. — 6 Aliekeii, Mittclilntien, Sluttp. 1S43, pi. i, f et 11, I et 2; Deunis, Citics nnd eemeleries of Etrtiria^ 2« étiit. II, p. 338; Jtull. de l'/nst. arch. 1883, p. 194; Marllia, L'art rtrustjue, p. 14;». — ~i (^auiiia.
Fig. 3218. — Porte à Alatri.
méridionale et dans le voisinage de la mer que dans la Toscane septentrionale. Mais après des tâtonnements où semble se trahir pendant un certain temps l'imitation de constructions dont la technique leur était mal connue, les Étrusques ont élevé de véritables voûtes à voussoirs convergents taillés à joints obliques et se soutenant les uns les autres.
On peut citer comme exemples de la première période, celle de l'imitation, la porte de la tombe dite « Campana » à Véies (tig. 32PJ), avec tous ses joints horizontaux, sauf ceux de la pierre qui ferme la baie au sommet et qui est taillée en forme de voussoir, mais qui en réalité ne soutient rien'^; à Corlone, la voûte du tombeau vulgairement appelé " Cave de Pythagore » qui est composée de cinq blocs monolithes longs de plus de trois mètres, taillés à joints ol)liques et couvrant d'une seule portée toute la chambre sépulcrale ; mais ce ne sont que de faux voussoirs ; au lieu de se soutenir les uns les autres, ils reposent à cha-
Fig. 3il0. — Porte de tombeau à Véies.
Fip. 322U.
- Tombeau à Cortorie.
cune de leurs extrémités sur une pierre taillée en demicercle qui remplit l'office d'un cintre (fig. 3220) '■\ Au contraire la construction est régulière et belle dans les tombes entièrement voûtées en berceau dites " Deposito del Gran duca)>(fig. 3221) et « Vigna grande >i, à Chiusi '^el louche à la perfection dans h; « Tempio di San Manno », près de Pérouse'^.
Au y siècle la pratique do la voûte parait s'être généralisée en Étrurie, puisiju'on ne la trouve plus confinée dans certaines régions, et qu'on cherchait à en reproduire l'aspect, comme le fait remarquer M. Martha, aux endroits mêmes où la construction d'une voûte appareillée n'était pas nécessaire, par exemple dans les chambres sépulcrales taillées dans le roc avec un pla-
Ccrc anticii, pi. m et iv ; Abekeu, O, I. ]>l. i\, I ; Denuis, I, p. 2i>.'i. — (^ Aheken, pi. Il, 3. — 9 Deliuis, I, p. 386; Durin. 11. J, p. il. — 10 Mon. de Vlnst. nrrh- X, pi, XI m; Uurni, p. i9 , Marllia, p. 14(1. — " Helbig, IMM. de llnsl. 1885, p. 197 ; Marllia, /. /. — 1- Canina, Ktrurin Marilltmn, I, pi. xxxv, i; Marlha, p. 148; Durni, p. iS. — la Alieken, pi. v, 3; Marllia, p. 149. — li I)ciiin>, II, p. 338 et 339; Martlia, l. t. : Durm, p. 30. — i"'I)eiinis, II, p. 430; Durin, |>. 31.
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fond curviligno. Cependant cc^ gonro dt'. conslruction, qui exigeait- dos maliTiaux ol un travail coi'iIpux ni' l'ut
Fig. 3221. — Tomboau ;i Cliiusi.
pas régulièrement adopté pour les édifices publics ou privés, ni pour ceux qui étaient destinés au culte. Les Étrusqu(;s voûtaient les ponts, les égouLs, les portes de ville, les chambres funéraires; ni le temple ni la maison n'étaient ainsi couverts'.
Le berceau est la l'orme habituelle de la voûte chez les Étrusques, mais « tous les types de la construction voûtée existaient, dit M. Choisy -, dans les monuments élevés par eux ousousTinlluence de leur civilisation : la Cloaque Maxime présentait Taspcct d'un berceau tournant; la prison Mamertine celui d'un plafond clavé ; l'émissaire du lac d'Albe se terminait du cùlé de la plaine par une voûte conique sur piédroits évasés; celles des portes au théâtre de Ferento avaient, en guise de linteaux, des plates-bandes d'appareil ».
L'emploi de la voûte en plein cintre a été fait avec art et puissance dans la construction des égouts ; la Cloaca Maxhna en est le plus célèbre exemple [cloaca, p. 1261, tig. 1674, 167.-)j, auquel nous joindrons celui de Gravisca^ [etrusci, fig. 2780] ; dans celle des ponts de Rulicame à Viterbe et du village de Bieda entre Corneto et Civila Vecchia^; dans les portes de ville : l'Arco di Augusto et la Porta Marzia, à Pérouse, n'ont conservé de l'architecture primitive que la partie inférieure |i'ORTA|, mais la porte AlParco à Voltcrra est un modèle de recherche élégante dans la mise en œuvre des matériaux. Nous reproduisons ici (fig. 3222) le dessin donné par M. Choisy* do la douelle développée de l'arc. A la porte de Paieries se trouvent réunis tous les membres
Ki^. 3222. — Douolle de la voùlo lio !a porte AU'arco û Voltcrra.
essentiels dont se composera l'arcade romaine et les ornements qui ont été consacrés par la tradition, l'im-
' Martha, p. (.50 ; l^'.hoisy, l'Art lie bàtii-vhrz les nomains. p. 32. — 2 6. p. I >.ï. — ■> llurni. p. 32, 33. — * Op. I. p. 126. Vo) . lo croipiis dn la porte à l'iirl. ethi^c i, fig. 2S0U ; cf. Micali, l'IUilie (l^•. la ilominaliuii ilrs llomaiii.t. pi. vu : Duriii. p. llî.
j)osto, la clef sculptée, la moulure qui di do rnrohivolte (fig. 322:5) ■.
la couib
l-'ig. 3223. — Porte île Fali'iies.
iV. ROiME. — La construction en claveaux assemblés sans mortier, mode usité d'abord chez les Étrusques, puis chez les Romains, ne fut jamais abandonnée; mais les Romains accommoderont partout leurs bâtisses à la nature des matériaux dont ils disposaient dans un pays ou dans un autre, en cherchant toujours la plus grande économie de moyens. Ainsi autour do Nimes et dans une grande partie de la province Narbonnaise, où la pierre se présente en bancs puissants et homogènes, les voûtes sont généralement en pierres appareillées. Au pont du fiard, bâti au temps d'Auguste, chaque arche est formée d'arceaux étroits juxtaposés sans enchevêtrement et la voûte est par conséquent divisée en tronçons contigus placés C('ilo à côte avec une grande économie de cintrage *. Dans l'édifice connu sous le nom de temple ou Bains de Diane, à Nîmes, la voûte (fig. 3224) est composée d'arcs
Figr. 322-i. — N'oûte des Uain'î de Diane, à .Xmie<:.
doubleaux dont l'inlervallo est rempli par des dalles elavées s'engageant dans la feuillure qu'elles présentent à leur extrados'. Dans les voûtes souterraines des arènes d'Arles, « les dalles de remplissage ne constituent plus une surface cylindrique mais une sorte de plateforme ^lig. 322j; : chaque arc porte, en manière de tympan, un petit mur rasé au niveau do l'extrados, el les dalles rtingées sur la dernière assise de ce tympan se disposent suivant une surface plane qu'on peut utiliser comme le
— ' Dcnnis, 1. p. I3S ; cf. Caniiia. Elnirin mnriil. I, pi. xr ; ilarllia, p. 152.
— >■■ Voy. les cvplicalions do M. t:iioi>;, l'Art i/e t<i/ir chez les Homni»s ip. lis et -i,^. dont l'evccllent nuvraïTi' nons -servira de iruide. — * Ibùt. pi. ivi, 1. p. |3g.
Fi?. 3225. — Voiile îux an^ncs d'Arles.
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sol d'un nouvel étase'- » La même méthode a été suivie en Syrie, où « des basiliques avec leurs larges nefs et leurs collatéraux à double étage, des liabitations privées, des tombeaux n'ont pour toitures et pour planchers que des dalles hori/onlales ainsi soutenues par des arcs isolés - ».
Mais le système de la voûte appareillée, imité des Étrusques et exclusivement suivi par les Romains presque jusqu'à la fin de la République, n'est pas le seul (ju'ils aient pratiqué ni celui dont on trouve les plus abondants exemples. Us ont toujours bâti des voûtes de ce genre dans les pays où ils trouvaient, comme dans la Gaule méridionale, des matériaux appropriés ; mais les grands blocs nécessaires à de pareilles constructions devaient être extraits, travaillés et, dans bien des pays, apportés à grands trais; partout au contraire ils avaient sous la main des briques ou des pierres de petites dimensions, cailloux, débris de roches, fragments de tuf à Rome; des matériaux semblables, liés par des mortiers, se trouvent maçonnés soit en murailles soit en voûtes dans tous les pays où les Romains ont étendu leur empire. Faut-il attribuer aux Romains l'invention de ces voûtes faites de pierrailles agglomérées par des mortiers? Ni les Grecs ni les Étrusques ne paraissent avoir usé avant eux de ce procédé. M. Daux'' a supposé qu'ils l'avaient emprunté aux Phéniciens, qui euxmêmes l'auraient apporté d'Asie; et, en elîet, le caractère des voûtes relevées par cet auteur sur l'emplacement de Carthage semble être une preuve à l'appui de son opinion. En tout cas, il s'est écoulé un temps assez considérable entre le moment où, après avoir détruit Carthage, les Romains ont pu s'approprier une manière de construire dont ils appréciaient les avantages et celui où on la trouve régulièrement employée, c'est-à-dire les derniers temps qui précédèrent l'ère chrétienne''. Sans entrer dans des détails techniques qui n'ont pas leur place ici'', nous montrerons par quelques exemples en quoi elle consistait.
On distingue dans la plupart des voûtes de Rome des
Fig. 32Î6. — Voûte au Palais des Césars, à Rome.
arcs formés de grandes briques dirigées normalement à la surface de l'intrados, plus ou moins espacés et reliés de distance en distance soit par des rangs de briques
1 Cliois\, pi. XVI, :î. p. \'\\. — ~ Ihid. — SDaux, Jïecheixhes sur l'origvieft lanfAacemiiiit des Empuria p/téiticiens, dans leZenyis et leDyzacium, l'aris, 1809 — 4 Clioisy,
D.Hail lin pi/'n^ilenl.
horizontaux, soit par des arcs en décharge. C'est sur cette armature qu'est venue se mouler par couches horizontales le massif de morlier et de pierres; elle constituait un cintrage en briques sur lequel s'élevait la construction et qui restait incorporé avec elle; on peut suivre les ramifications de cette ossature mise à découvert dans les ruines, au milieu de la maçonnerie qui l'enveloppe. Les chaînes sont formées de briques rectangulaires de 2 pieds romains (un peu moins de 0™,60) sur un demi-pied environ, à joints con- ■==•=' , vergents , reliés par des briques carrées de 2 pieds de côté, de manière à s'étendre comme un réseau continu ; c'est ce qu'on voit dans une partie des voûtes du palais des Césars(fig. 3220 et 3227)'' ;
ou bien, et c'est le cas le plus ordinaire, les chaînes sont isolées les unes des autres. M. Clioisy cite' l'exemple d'un aqueduc situé près de Saint-Étienne-le-Rond, où les carreaux sontmèlés aux briques, qu'elles dépassent à droite et à gauche (fig. 3228) ; ce ne sont que des amorces qui doivent retenir la maçonnerie de remplissage etnon des caissons semblables à ceux dont il vient d'être question, qui l'enfermaient complètement. Cette voûte, dit-il, «caractérise le premier effort des constructeurs cherchant à s'affranchir de la sujétion et des frais d'un réseau cimiplet tout en gardant àpeu près les avantages de la continuité ». Le plus ordinairement, lesarcatures, tout en restant plus ou moins distantes, étaient formées d'arceaux de briques
Fig. 3228. — Partie de voûte d'un aqueduc â Rome.
Fip. 3229. — Arôtede voùle aux Thermes de Diocli^tien.
couplés par les carreaux transversaux de manière à présenter plus de résistance (fig. 3229i '. On a des exemples de voûtes ainsi construites dans de nombreuses constructions de Itome, au Palatin, au Panlhéon, aux Thermes de Caracalla, de Dioclctien, dans l'édifice dit
0. t. p. 33. — i* Nous renvoyons pour ces détails au IImc de iM. Clioisy et .t l'art. STHUCTURi. — » Clioisy, pi. i; Dniiii, p. lO'l. — ^ Clioisj , p. r,u el pi. ii. — « Ibid. p. 51.
FOR
12fi3 —
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temple de Minerva Medica, à la basilique de Conslantin ; dans ce dernier édilice les vonles n'cinl pas moins de 24 mètres d'ouverture.
L'économie chercliée par les architectes romains a éti; obtenue d'une autre manière: d(!s voûtes en très grand nombre sont constituées par une couche de briqu(!S carrées qui ont été posées à plat sur le cintre provisoire i'n charpente et maçonnées au moyen de mortier à prise rapide. Ce carrelage est communément doublé d'une seconde enveloppe de bri<jues de moindres dimensions. Un en voit un exemple (lig. 323Uj tiré des lherm('S de
I-'ig. 3230. — Voi'ilo (i';iri^lc aux (liernips do ('.ar.icalla, à Komc.
Caracaila'. Quelquefois ces briques sont seulement en nombre suflisant pour servir di^ couvre-joints-; on voit même cette armature a plat réduite à un seul dallage au Circus Maximus'. Le type des armatures en briques à joints rayonnants a él('' parfois associé à celui des armatures en briques à plat : c'est ce qu'on peut voir dans une salle du Palatin où la voûte présente un système d'arcs doubleaux portés eux-mêmes sur un carrelage double ■.
Les Komains se sont servis des mêmes procédés pour construire des voûtes d'arête, en ayant soin, quand ils adoptaient le système des carrelages, de protéger l'arête par une liordure solide de dalles (thermes de Caracaila, palais des Césars, villa Hadriana), et, quand les voûtes étaient établies sur nervures, en disposant aux lignes d'intersection des arceaux composés de deux chaînes de briques (temple de ,lanns), et de trois pour les voûtes d'une portée dépassant io mètres d'un piédroit à l'autre (thermes de Dioclétien ^, Palatin); ces chaînes sont reliées entre elles par des dalles. M. Choisy cite''' l'exemple d'une chaîne unique de briques que les dalles dépassent à droite et à gauche.
On verra à l'article tuolus comment les Romains appliquèrent les mêmes systèmes d'arcalures et de blocage à la construction des voûtes sur plan circulaire.
Des voûtes d'arête ou des coupoles en grands matériaux appareillés ont été rarement construites par eux : on n'en cite aucun exemple appartiMianl aux bonnes époques en Italie; les coupoles ainsi élevées ne se ren-
* Choisy. y. GO el s. ; Durm, p. 1T3. — 2 Palais dos Cî'sais, \illa des ^tuiiUilii, Solto Sale, etc. V. Chois;, p. O.ï. — 'i Ibid. pi. iv, I, p. 67. — » Choisy, pi. M, p. SS. — :. Ihifl. p. 77. — 6 Ibid. p. 79. — " Jbid. p. 89. — 8 74,rf.
contrent que dans les contrées orientales de l'Europe.
IjCS voûtes dont nous avons parlé ne sont pas assurément les seules dont on trouve des exemples chez les Romains; toujours guidés parla même recherche de l'économie, ils ont partout variée leurs procédés suivant les ressources et les besoins. « Sans préférence exclusive, dit M. Choisy', pour telhi sorte de matériaux ou pour telle forme particulière de bâtisse, à Rome ils emploient la brique dans les arcatures de leurs voûtes, mais à Pompéi les matériaux des armatures senmt tout autres et par suite l'aspect des voûtes se trouvera profondément modifié. L'architecte ne s'astreindra point à l'emploi des carreaux en poterie, non plus qu'aux formes des chaînes en dallages admises à Rome; ; il intercalera encore entre les cintres el les massifs un support auxiliaire; mais on ne doit plus chercher ici l'équivalent de ces réseaux savamuK'nt élégis que nous avons fait connaître : tout se réduit à une croûte continue de tufs mêlés à du mortier, pour ainsi dire un pavage en petits moellons qui environne; les cintres comme une enveloppe générale; l'armature se transforme en une sorte de voûte mince en matériaux presque bruts soutenant, à la manière des carrelages en briques à plat, le poids entier de la partie haute des massifs. A Vérone, ce ne sont ni des tufs, ni des briques qu'on emploiera pour le même objet, mais bien des galets ronds de l'Adigo; c(;s galets constituent à eux seuls l'enveloppe des cintres et le support des voûtes dans les corridors servant de dégagements à l'amphithéâtre. » Les Romains ont même poussé l'éconiimie jusqu'à renoncer à la courbure des cintres, comme au théâtre de Taormine, où de grandes
niches sont couvertes par une sorte de plafond brisé sem- Itlable à un toit à deux rampants (tig. 3231 ".
Les Romains ont quelquefois senti la nécessité de résister à la butée des voûtes et, quoiqu'ils en aient usé avec beaucoup de réserve, ils ont laissé des exemples d'élais extérieurs appuyant les grandes voûtes d'arête : » ce sont des éperonssaillants, non sans ressemblance avec ceux que l'on rencontre dans les monuments du moyen âge, au temple de la Paix, aux Thermes de Dioclétien : dans les salles voûtées en berceau, les contreforts sont plus rares et moins saillants; enfin, dans les édifices circulaires, c'est presque une exception de rencontrer des éperons adossés au tambour' ».
Disons encore un mot de l'ornementation des voûtes. La surface de l'intrados était souvent unie, souvent aussi couverte de rangées de caissons à encadrements el à fleurons richement sculptés; nous en donnons pour exemple (fig. 3232) un morceau de la voûte de l'arc d'Orange '".
Le sluc sculpté et peint a été employé à la décoralion des voûtes intérieures, comme on peut le voir dans les thermes de Rome et de Pompéi ^tig. 3233)", au palais des
pi. vv. 3 d p. M : Durm, p. 153, fig. lil. — ' Choisy. p. 92 ; Durm, p. fJV el s. — 10 Caristio. Moimm. anlii/nrs dOr-anf/e. pi. mv. — I' Msiois. Ruines df Pompéi. III. pi. i; .V/uj Borb. II. pi. lui el s.: Uurni. pi. i la p. iii.
Fig. 3231. — Xirho au théâtre de Taormine.
FUR
Césars et dans plusieurs tombeaux à Rome '.Pline parle de voûtes auxquelles on donnait l'apparence de grottes par des creux et des saillies artiliciels.
On y appliqua aussi le verre et la mosaïque [fons, p. 1233,
MUSIVUM OPUS].
Les archivoltes lurent aussi déco rées quelquefois avec plus ou moins de luxe; on ne se contenta pas toujours de moulures avec leurs ornements ordinaires (oves, rais de ca^ur,
etc.), mais on en remplit les plus larges bandes de rinceaux de feuillages et de fruits (lig. 3234) ^ La clef de voûte, qu'on a déjà vue chez les Étrusques
Fi?. 3i.12. — Di'coration île l'inli-ailo-^ lU- la voùlo de l'are d'Oi'a
Fip:. 3233. — D(''COratioii ilc la vouln ilcs Anciens bains de ['ompi'i.
saillante et sculptée, devint chez les Romains un motif d'ornement souvent d'une grande magnificence. Celle de l'arc de Titus ici reproduite (lig. 3235) a la forme d'une console au-devant de laquelle (^st placée l'image en pied do Rome '*.
V. — De la voûte même le nom d(! furnix s'est étendu à. l'endroit que la voûte recouvre ; par exemple, à ces
I l)urm,p.283. — 2 //is/. 7ia(. XXXVI, «; voy. l'aie d'Orannc. Caristie, 0. /.pi. xxll, 12. — 3 Caristie, u, p. xxn. — '* Dcsgodetz, Los rdif. atttii/. de Moinf, pi. i et s. ; Canina, L'archilelt. romaim. pi. 178 ; Dui-m, pi. 263 cl 333. — li T. I.iv. XXXVI, 23 : 'I forniccs niuro apti ad excurrendum n ; l'Un. Hist. nat. XII, Il : « ambilus fornicali». — »T. Uv. XXII, 30; XXXIU, 27 ; XXXVll, 3. — 7Hor. Sat. I, 3U, 31 et 34 : " Hue aequum e>l desrender-e ... — 8 Ibid. et Juven. III, 15G; XI, 173; Cic. Jn
suites de chambres voûtées qui formaient un passage couvert dans l'enceinte fortifiée d'une ville'' ; nous en
• avons des exemples encore subsistant à Rome et à l'ompéi [mumtio] ; aux portiques rjui bordaien I certaines rues " [poRTicus] ; aux chambres basses où l'on descendait de la rue', et qui servaient de retraites aux prostituées " : d'où les noms de formcaior et fornicatrix , ou fornicaria et formrarius'' donnés à ces femme? et à ceux qui les fréquentaient; de là aussi est venu le mot fonncalio, qui a passé
l'ifT. 3234. — Décoration de l'arrliivoitp de l'arc d'Oi-anf^e.
Fi)r-
Clef do voùli' de l'arc de Tiliis à lîonie.
des écrits des Pères do l'Ëglise latine '" dans la langue ecclésiastique moderne. K. S.vglkl
FOUTITIVA, T{iy-r\. — Personnification d(> l'inlluence capricieuse et mobile, quelquefois funeste, le plus souvent favorable, qui se manifeste dans la vie des individus et des nations et qui, sans apparence de règle soit logique soit morale, disj)ense le succès ou inilige le revers. Elle se distingue du fatum' en ce que celui-ci est l'expression d'une loi devant qui s'int^lino la raison sans se l'expliquer toujijurs ; Tycliè-Fortuna représente surtout les dérogations à cette loi, l'imprévu plein d'incohérence et même d'injustice des existences humaines, qui peut défier toute raison et révolter le sens moral.
L Tyciiè chez les Grecs.' — Los anciens avaient déjà fait la remarque que Homère ne connaît point cette divinité; même à titre de nom commun, tû/y, n'existe ni dans VIliade ni dans VOdi/sscc, on n'y rencontre que le verbe tvy/oÎvo) -. C'est que les dieux à figurer liumaine et à leur défaut la Moî&a suffisent à tout explitiuer devani la conscience. Nous rencontrons pour la première fois TO/Y, dans l'hymne à Déméter et dans la Théoçiou'tr
\'er-: II, Iii4; Sencc. De vila beat. Vil, t ; Mart. XI, 01, :l ; l'rud. (,'. Symm. Il, «30. — 'JTertuU. De anim. 35 ; Piidic. 1, U ; Isid. Or. X, 110; Uloss. vet. •. Fornicai-ia, îii^vîi «n& x«|i«çaî ». — ^0 TerUdl. /'ttilie. 1, 2; 4, ;"), etc.
FOUTliNA. t V. à ce mol, p. 11)1(1. — 2 Scliol. //. I, 0S4 ; Maer. Sut. V, 0 ; cf. Pans. IV, 30, 3, qui illt, par erreur ou en pen^^ant à l'hymne à llérnétei-. que llonii^re le premier fit mention de Tycli»^.
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d'Hésiode' ; ullu y est une Océanide, compagne de Pcrséphoné. Tout ce qu'on a dit de celte pi-rsonnification pour la représenter, dès celle époque, comme une déesse de la prospérité champêtre et de la navigation heureuse^ n'est que conjecture dépourvue de base certaine, et mémo de vraiseinldance. L'être de ïychè est un produit des temps où l'esprit scientifique à ses débuts a besoin, pour s'expliquer le monde, d'influences autres que celles des dieux proprement dits '. Il n'est d'abord chez les poètes qu'un dacmon d'apparition passagère qui n'a de réalité que pour le cas où il est invoqué; le plus souvent l'expression qui le désigne fait hésiter entre le nom commun et le nom propre *. Lorsqu'enfin le langage, d'acord avec une piété inquiète et déjà raisonneuse ■', lui fait une personnalité distincte, il la rattache à l'idée de Mv.yj. et en fait comme un aspect particulier de la loi immuable qui régit l'univers. C'est ainsi que la conçoit Findare qui l'appelle fille de Zeus Éleulherios'', liii donne l'épithète de SojTsipa et la place parmi les Moïpa; en la nommant la plus puissante d'entre elles''. Tel est aussi le sens d'un fragment d'Archiloque où il est dit de Tychè et de Moira qu'elles disposent de la destinée des mortels', et, si la restitution du passage est certaine, celui d'un fragment d'Alcman où elle devient sœur d'Eunomia et de Peitho et lille de Promethéia'. Jusqu'aux guerres Médiques, Tychè est ii peine une figure poétique, mais jamais une divinité populaire ; depuis lors, les poètes lui donnent place dans le monde des dieux, en lui attribuant les fonctions de TipoTroXoç"', en l'invoquant sous la forme personnelle dans des circonstances spéciales, en mettant à son compte les actions et les influences dont ils ont intérêt à débarrasser les dieux: ils ont créé la divinité Tychè, ils ne l'ont pas reçue des foules.
En réalité, il est impossil>lc de faire remonter au delà du v" siècle un culte véritable de Tychè dans l'une (|uclconque des cités helléniques. Ceux que cite Pausanias, à une époque où la figure de Fortuna fait tort à celle des dieux les plus éminents, semblent tous inventés par quelque méprise de l'opinion, sinon de l'historien. Ainsi Pausanias attribue au sculpteur Boupalos une statue de Tychè qu'il aurait sculplée pour la ville de Smyrne ; cet artiste semi-légendaire aurait représenté la déesse protectrice de la ville avec le polos sur la tôle et la corne d'Amalthée dans l'une des mains" ; mais Hhéa-Cybèle et Démêler sont, elles aussi, représentées avec cesattributs. Tout aussi suspect est le prétendu culte de Tychè à Argos, dans un temple qui se vantait de posséder les dés de Palamède'^: comme on le faisait remonter jusqu'à la guerre de Troie, il est tout naturel que les dés mêmes du héros aient fait substituer l'être de Tychè à quelque divinité archaïque. Le xoanon de l'acropole de Sicyone, pris pour une Tychè, était ou une Hélène ou une Némésis, divinités en rapport avec le cul te des Dioscures'^
1 ffi/mii. Onnfl. iiO ; Tfuw/. 3(30. L)c inèinu Uoinùre iiu connaît pas Xômùsis eu liint()uc cliviiiilô ; il ii'emjiloiu le terme qu'à litre de nom conmiun et Hésiode comme pcrsoniiiliLMlion divine. — 2 F. Allègre, EtUfle sur In iléesse t/yevqu*; Tijchr, p. t et s. — 3 Lelirs, Poptdaere Aufsaetzc, Dacmon und Tjché, p. 17o et s.
— * V. entres autres, Solon, Fragm. ap. Bergk, Lyt-ic. Oraec. 31 ; Acscli. 6V/j/. Th(^b. 402. — ■' Diag. .Mel. Fragm. 2, ap. licrgk. Op. /., dit que tout est gouvenu'' par elle ; c'est une manifestation d'im|délé. — f» Otyiup, XII, I. — "^ l'ind. ap. l'aus. Vil, 2(i. Tel est aussi, avec quelque chose de mvstique qui ferait croire â une œuvre apocryphe, le sens d'un hymne à Tyciiè attributî â liscliylc. Stoh. Fcl. pfiijx. I, p. Il>'.>.
- i* Archil. Fragm. iJG, ap. Bergk. Lijric. graec. — 3 Aji. f'iut. Fortuii, Uoiii. i ; cf. Acsch. Hiippl. bon, M. Weil. — 10 Aescli. Agnm. Util. - " Paus. EV, 30. 4 et 6. V. pour le temple de Smjrnc où tlybeliî et Tychè sont associées, cviifii.É, y. 1689; Moutfaucon. .\iilli/. expl. 1, I, p. 7 avec planches i et 3; et la sla-
On expli(|uerait par des confusions analogues la statue vénérée en comiiagnie d'Kros à Aegira en Achaie '', celle qui à Élis faisait pendant au héros Sosipolis et enfin le xoanon de Pharae en Messénic '^.
Le développement de la religion de Tychè s'accomplit aux dépens d'autres divinités. A mesure que celles-ci cessent d'inspirer confiance, la déesse nouvelle leur prend leurs attributs et se substitue à leur action morale. Elle le fait d'autant plus aisément que son être a toujours quelque chose de vague et d'accidentel, qu'elle est un compromis entre l'indiirêrence croissante pour les dieux qui ont trop longtemps servi et la vivacité des besoins religieux, toujours surexcités ; elle remplace ou elle complète, parfois elle fait l'un et l'autre "'.
Parmi les causes qui ont contribué à mettre en faveur la personnalilé de Tychè, il faut citer tout d'abord le culte plus ancien et, en tout cas, populaire d'AC.VTUODAEMOX auquel elle donne un pendant'''. Nous trouvons Agathe Tychè aux côtés de ce génie à Lébadée, près de l'antre de Trophonios'*; elle y était sans doute aussi à Athènes, dans un temple situé au voisinage du Prytanée ". C'est pour ce dernier temple que Praxitèle sculpta les deux figures qui émigrèrent plus tard à Rome et qui prirent place au Capitole ^°. Le même artiste fit une statue de Tychè seule pour le temple qu'elle avait à Mégare =". A la première de ces figures se rapporte la légende racontée par Elien, qui nous montre un jeune homme épris du chef-d'œuvre jusqu'à mourir d'amour. Il est difficile d'admettre que l'artiste ait réalisé sous les traits de cette beauté ravissante la divinité que Pindare a appelée la plus puissante des Moirae; ils conviennent bien plutôt à l'Océanide, compagne de Corc. Le \' siècle est évidemment celui où, dans l'art et dans le culte grecs, Tychè commence à prendre une place : à ce temps peut se rapporter la statue que Damophon, un sculpteur qui relève des écoles de Phidias et de Polyclète, aurait faite pour Messène dans le Péloponnèse '" et celle que les sculpteurs Xénoplion d'Athènes et Kallistonikos de Thèbes auraient placée dans l'Héraion de cette ville et qui portait Ploutos dans ses bras -■*. Un siècle plus tard, Apelles créa le type de Tychè assise, qui demeure assez rare, le caractère dominant de la déesse étant l'inconslance et la mobilité -'. Agathodaemon, ayant contribué à populariser Tychè qui devient sa compagne, fut en certains lieux détrôné par une figure nouvelle du nom de Tychon, qui a la même signification que lui ". Le caractère récent de ces génies résulte de ce fait que l'un et l'autre, aux yeux des anciens mêmes, paraissaient s'être substitués à des dieux proprement dits, à Hermès, à Dionysos pour Agathodaemon, à Aphrodite, â Rhéa- Cybèie pour Agathe Tychè ^". Celle-ci se retrouve en divers lieux, intimement associée, sinon substituée tout à fait, à Thémis, à Némésis, à Latone, à Hécate, aux
luette. Frccliner, Xolice de la sculpt. ani. n» 513. — "2 Paus. Il, *0, 3. Pour les dés et la kalance, symboles de Tyché, cf. .\csch. Pers. 345 ; Agam. 333 ; cf. Eurip. Fragm. Mi cl Deraoslh. J/irf. appelaut le tirage au sort : t« ia;»Si' i-h •:,; Ti/.r.;. — " Paus. Il, 7, 5. Cf. CABmi, p. 768, (ig. 909. — H Id. Vil, i6, 8. — !:• Id. VI, i5, 4 et IV, 30, 4 et 7. — l« Lehrs, f)p. I. p. 176. — 17 Gerlianl. L'eber AgalhoilMmoii und Bona Dm, dans les Akademische Abhandlungm. II. p. il cl suiv. — 1" Paus. IX, 39, 4. — l'J Ael. \'ar. hisl. IX, 39; cf. Harpocr. Av«0^; Tiy.r.î vii;. — 20 plin. Uisl. nal. XXXVI, S. 4. On peut rapprocher de ce gro\ipe celui, par le nii>mc artiste, de Peitho cl de Parégoros au temple d'Aphrodite Praxis de Jlégare ; Paus. I, 43, 6. - 21 P.ius. I, 43. 6. - 22 Id. IV, 31. - 23 Id. IX, 16, i. — 21 Slob. Flonl. 106, 60. — ^ Hesjch. et ttym. Magn. o. j. T^jàt ; cf. Diod. IV, C; Strab. XIII, 588. — 26 Gerhard, f). cil. p. i6 avec les noies .S, p. 36 et 7, p. 38.
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divinités infernales Despoena ou Perséphonè'. Elle est tantôt une divinité do la naissance invoquée, de concert avec les Amours qui y président, dans un épithalame-, tantôt une divinité de la mort, appelée tujaÇiS't, dans un hymne orphique et peut-être représentée sur des tombes^ ; dans l'un et l'autre cas, sa fonction s'explique naturellement par sa ressemblance avec les Moïsat'. On voit d'ailleurs sur les tombes alterner les invocations '\yx')o\J Aï-îu-ovoç et 'AyaOyi Tû/r,; on Ics y trouve même toutes deux ensemble'.
La croyance générale au génie protecteur, oy.;|ji.(.jv, qui accompagne chaque homme dans la vie, contribua à développer le cuite de Tû/t,. Sans que l'on ait le droit d'affirmer que les 3a;'txov£i; fussent attachés aux hommes et les TÛ/a-. aux femmes, on est cependant autorisé à croire que, dans un grand nombre de cas, il dut en être ainsi". C'est sans doute par ce biais que Tù/y,, sans épithète ou surnommée 'AyaOT,, est devenue, dans les inscriptions et sur les monnaies, le génie lutélaire des cités". Quoique cette dernière forme du culte de Tychè n'ait reçu sa consécration que de l'influence romaine et ait été populaire surtout en Asie Mineure et en Sicile, l'idée parait en avoir germé d'assez, bonne heure dans l'esprit des Grecs; lorsque dans les Oiseaux d'Aristophane se fonde la ville dans les nuages, le chomr invoque pour elle une protection qui tient lieu de tout {n'oublions pas que les dieux de l'Olympe ne sont pas en faveur dans cette cité fantastique) : Td/ji [x6yo-j -poTerr, ".
On peut de même clie/, Thucydide voir poindre l'idée d'une divinité Tychè, personnifiant la chance d'une cité ou d'un peuple '\ Cependant dans tous les passages de cet auteur oiiTJ/Y, est nommée, on chercherait vainement autre chose qu'une abstraction qui tend à la personnalité, ce qui est le cas d'un grand nombre d'idées morales, d'aspirations et de passions humaines. Les temps où l'idée de la Fortune divine est en grande faveur réagiront sur le passé où elle était ou indifférente ou seulement soupçonnée et lui donneront, par détermination rétrospective, une réalité qui fait illusion aux inlerprétes modernes. La lecture de poètes, anciens d'ailleurs comme Pindare et habitués à personnifier des idées que l'opinion vulgaire n'a pas douées encore de la divinité réelle, contribue à l'illusion; ainsi Pindare a donné à Tychè le nom de cfepÉTOXiç ", sans que des témoignages positifs permettent d'admettre un culte de Tychè pour son temps.
En réalité, c'est à l'époque des l)iado(iues qu'il faut faire remonter les premières représentations de Tychè soit fondatrice et protectrice des villes, soit incarnation de la fortune glorieuse d'un souverain. Sur le marbre d'Oxford qui rappelle une alliance conclue entre Magnesia et Smyrne sous le roi Seleucus H, une l'orinule d'invocation associe la Tychè du roi à Zeus, Caïa, llélios et d'autres divinités". Une inscription de Mylasa, à peine plus ancienne, rend lionimagi' à la brillante Tychè : Tû/v,
i Hcsycli. s. u. ; Beckcr, Anecd. p. S09 et surloul AUf'gic, Op. cit. [i. 13 i il suiv. — 2 Ti/.r, ««\ 'Efu-ri ■it.itV.'.n £:;«i»«. (l'Iml. Uihl. 11, \>. Ml) ; cf. l'anolka, Arclmeol. Xi:il. 11,251. Cf. les monnaies romaines rcprésenlant Forluna avec la corne d'aliondance d'oii sortent des enfants. — '■' Hyiim. Or/ilt. 71, S. Cf. AlU^gre, Op. cil. \i. 111, discutant après Panoflsa l'identilieation avpe Tjciiè il'une ligure en terre cuite (|ui semble lui priiter la signification infernale. V. encore Molilfaucon, Aiil. expl. 1, i, pi. xcvii; liocckli, Corp. inscr. ijr. liGl. II. — '• V. lAriiM. p. 1017 et 1020. — "> llull. del /iisl. 1811, p. 37 ; Franz, Él''m. d'i'pirjrnph. p. 3I'J,S; Le Bas, Voyage archAol. .Mijsie, n" 1061, 1062. — '■ l'reller, r.iiech. MijlhoL I, p. ii.l. — 1 Sur les Tj/tti -i;).«iov et leurs rcpriSsentations ligurées sur les monnaies, v. le rhapitre de M. Mlègrc, Op. cit. p. 184 et suiv. et l'ercy Gardncr, Countrics and ciliés
£7t[(j>àve'., du roi'-. Des monnaies de Démétrius 1", roi de Syrie, nous offrent la déesse assise sur un trône tenant d'une main le sceptre et de l'autre la corne d'abondance ' '. Le plus curieux spécimen de cette représentaticui nous
Fig. 3236. — Bérénice sous les traits d'Agatli6 Tycliè.
est fourni par le vase dit de Bérénice, où l'on voit (fig. 3236) cette reine, femme de Ptolémée III Évergèle, sous les traits d'Agathe Tycliè, avec la patère et la corne d'abondance. 11 existe une monnaie à l'effigie de la même Bérénice, portant au revers des emblèmes analogues ". Dans cette identification de Tychè avec une per sonnalité moderne il y a une intention de flatterie que nous retrouverons plus tard, variée à l'infini, sur les monnaies de l'empire romain. Tout autre est le caractère de la statue dont le type remonte au sculpteur Kutychidès, élève de Lysippe, et qui représente ou la Tû/Y, protectrice de la ville ou, plus vraisemblablement, la ville d'Antioche elle-même '°, une manifestation de l'art au service de cette idée (fig. 3237). La déesse est assise sur un roctier, les jainlies croisées, la tète appuyée sur le bras droit avec un gracieux mouvement du corps qui se traduit dans l'élégaiiti' ampleur des draperies, i-ig. 3237. — Tycii. proiecirice dAniioriie. l'allé tient des épis dans
lii main droite et porte sur la tête une couronne de tours; à ses pieds on voit sortir de l'eau le buste juvénile d'Orontès, personnification du fleuve qui arrose la ville. Aucun attribut ne désigne cette statue comme une représentation de Tychè ; nous savons cependant par Pausanias (|ue Eutychidès fut l'auteur d'une statue repré-
iu anc. art., dansyounj. of/ieîtrn, stitdirs, 1SS8, p. 73 el s. Il n'y a de réserves a faire que sur les liypotlièses des deux auteurs relativement à l'antiquité de celte conee|ition et à son origine hellénique. On peut la voir poindre chez Thucydide. IV. IS et VI, Il ; mais dans tous les passages de cet auteur Tychè n'est encore qu'une alistraction qui tend .à prendre une personnalité. Il en sera longtemps ainsi elle/ les prosateurs grecs. ~ » Av. I3l;i. — » Thuc. IV, 18 ; VI, 11. — m l'aus. IV, 311, Il ; l'ind. Friigm. It. — H Corp. inscr. r/r. 3137, I, 61. — u Jliid. 2r.93 li. — 1^ Ti/pt!s of grcc/c coins, pi. xiv, n. 15. — e» Beulé, Journal des savants, \^i*-, p. Itt3 et pi. en regard. — '^ l'aus. VI. 2, 7. Pour rinlerprétation, v. 0. Miillrr. J}i,t.s. Antioc/i. \, 14. La llg. 323K représente une statue du Vatican.' .Wtis. Pio Ctfni. III, l. .16, qui est certainement une réplique de celle œuvre.
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sentant la Tycliè d'Antioclic ' ; et comme un chronograplie du vi" siècle de notre ère mentionne cette statue en la décrivant sous le nom de Tychè de la ville ^ il est tout au moins certain que, dès les temps de Pausanias, elle était reaardée comme telle. M. Percy (iai'dner, dans le travail que nous avons cité, mentionne et reproduit quatre statuettes en argent, ayant fait partie d'un trésor découvert à Rome en 1793 et qui repr(''senteiit les quatre villes les plus importantes de l'empire romain à son déclin : Rome, Constantinople, Alexandrie et Antioche, celle-ci sous les traits du célèbre marbre dont l'original est rapporté à Eutychidès '. Seule Constantinople porte les attributs de Tychè, la patère avec la corne d'abondance ; mais seule aussi la figure d'Antioche a un caractère artisti([ue qui fait défaut aux trois autres.
Tychè fondatrice de villes est représentée sur des gemmes, ici portée sur un taureau comme Europe, ou sur un bélier comme Hellé; quelquefois sur un dauphin et munie du trident quand il s'agit d'une ville maritime '.
Une circonstance intéressante de la croyance en Tychè, et celle peut-être qui explique le mieux la popularité de son culte, c'est le rapport que l'idée de chance a avec les jeux publics ^. Un rhéteur du i'' siècle, commentant le passage de VJUade " où, dans les luttes organisées pour les funérailles de Patrocle,Ajax, filsd'Oïlée, manque le prix par un vulgaire accident, met au compte de Tychè l'influence favorable à Ulysse qui chez Homère provient d'Athèna. Tout le mouvement des esprits qui, les uns par indifférence religieuse, les autres par raflinement philosophique, se sont détachés des dieux traditionnels pour s'en rapporter des choses de ce monde au pouvoir indéterminé de la Fortune, tient dans cette divergence. Mais dès les temps de Pindare, les athlètes à l'âme pieuse ne se bornent plus à invoquer, avant la lutte, les dieux antiques, ceux dont l'induence s'est tant de fois trouvée en défaut ; ils s'adressent à la chance dont un poète avait dif : « Ne demande à l'emporter, ô Polypaidès, ni par la vertu ni par la richesse; ilsuflit à l'homme d'un peu de chance. » Voilà le sentiment qui fait commencer à Pindare l'une de ses Olympiques en l'honneur d'Ergolélès d'Hinière par l'invocation à Tychè *. Dans l'Altis d'Ulympie il y avait un autel dédié à 'AyaO-iî Tû/-r, ^ et à l'entrée du stade un autel à Kaisôç, personnification dont le sens est identique '" [kairos]. Hérode Alticus ne manqua pas d'élever, lui aussi, une statue à Tychè dans le stade qu'il lit construire à Athènes ".
Des jeux et des luttes oii le sort favorable était d'une si grande importance, l'iiaiiitude d'invoquer Tychè passa dans tous les épisodes marquants de la vie publique et privée. Ce que l'on peut conjecturer, d'après une ancienne inscription de Petilia dans le Brultiuiu où Tùyx
1 Paus. VI, ■!,'. — - J. Mulala, Chronoijf. XI, p. 2"G. — 3 Jour», of Belle». Stud. 1S8S, |il. V cl p. 77 el s. — V Etyni. Magn. et les Lexicographes, v. Boa/£T« ; (ict'hard, Proii-otii. p. S3 et Vop. cit. iiole 47. — '^' C.f. Lelirs, Pofnil. Aufsaetze, \i. 176. — C AristiJ. I, p. 335, M. Diiidoif ; cf. Honi. /(. .VXIll, 773 et scq. — 7 Tlicog. 1-29. — » Olijmp. Xil, init. — 3 Paus. V, 14 et V, IS. — 10 Poulies textes relatifs à Kkiço;, v. H. Bruiui, Gcsch. fier griech. Kiiitstlcr^ I, p. 361. Le pendant de K«ijô; est .\j-',yA-U, analogue à Tû/ti. Cf. Lys. 6, i'à (tb aiTJnnTov) ol Plut. Tim. 3C, 3. — " Pliiloslr. .'iiU. — 12 Corp. inscr. f/raec. 4, avec le coinnienlaire de Boeckli . Tluiejd. IV. Ils, 8 et VI, 11; cf. chez Aristoph. Eccl. l;ll, la parodie îles formes U^gale;*. V. encore Xen. //ell. IV, 1, 14 ; Cyr. IV, .'», m : c'est le ; tfuotl lionum fausUanque sit des Romains. Cf. Gerhard, Op. cit. p. 48 el Franz. liléin. êpiqr. p. 318. Au culte d'Agathù Tychè se rattache une sorte de chanson de tahlc accompagnant une pâtisserie de forme ohscône : Si-at Tàv àvaOàv Tj/«v, Si;«t fi* iv.jt'av, ii-* stçoiitv eayi tij; OiO; (Démùtcr); Uergk. /'oe(. lyr. p. SS3, 18. — IJ Crit. i. inil.; Symp.
figure, à savoir qu'il était d'usage de l'invoquer ainsi au début d'un décret ou d'une résolution importante, devient certain, lorsqu'on se rapporte à des textes d'histoire ou de poésie dramatique'-. Cette invocation est ordinaire dans le langage journalier : Tù/r, à-ciOf,, s'écrie Socrale lorsqu'on lui annonce l'arrivée de la théorie de Délos ; Tû/y, (^YaO/, disent les auditeurs h Phèdre quand, dans \g Baiii/iirl dfi Platon, il s'ai)[)rète à célébrer Éros'^ De même (|ue nous trinquons à la santé, les Grecs buvaient à la lionne chance, comme ils faisaient des libations de vin pur au bon Daemon '■; un trait plaisant tiré de l'emploi de cette formule est la méprise du distrait chez Théophraste, lorsqu'il accueille par l'exclamation tù/y, àYaOy, la nouvelle de la mort d'un de ses amis'"'.
Chez les écrivains grecs du v' et du iv'^ siècle, les emplois du mot Tû/-f, sont très variés. Nous l'y trouvons tout d'abord au sens ancien de la faveur des dieux, ou aussi du daemon'^. Dans une invocation à Athèna on demande Tij;/'-Aiv eùoa'.|jtov!V,v t£, c'est-à-dire le bonheur qui vient du dehors et le contentement de l'àme ". Ailleurs, l'influence de Tû/Y| est distinguée de celle des dieux, soit qu'elle s'exerce dans le même sens, soit qu'elle aille en sens contraire. Dans ce dernier cas elle cesse d'être considérée comme une puissance favorable et l'homme s'en prend à elle de ses épreuves ''. Le plus souvent l'intervention de Tù/Y, est identique à celle des dieux euxmêmes, mais présentée de telle façon qu'on peut surprendre, dans le sentiment qui s'y réfère, une nuance de doute ou d'impiété à l'endroit de ces dieux ". Les formules sont fréquentes, oùOcôç, oa;u.(ov, tu/y, et même aotoa peuvent se prendre l'un pour l'autre ou se complètent réciproquement. Sur la scène tragique, quoique les poètes cherchent à faire prédominer l'idée morale et la souveraineté des dieux qui en sont les gardiens, il y a bien des conflits où Tychè est employée à expliquer les infortunes imméritées ou la prospérité excessive. Ce sont le plus souvent les personnages intimes et la voix populaire s'expriiuant par le chœur qui se réfèrent à sa puissance pour interpréter les cataclysmes inattendus. Ainsi chez Sophocle dans VŒdïpe roi, chez Euripide dans Hécubc, etc. -". .\illeurs Tù/y, est tout simplement un synonyme de MoTsa avec toutes les significations dont cette divinité est susceptible, c'est-à-dire qu'elle désigne l'intervention supérieure des dieux, en bien et en mal, leur action providentielle dans le monde, alors qu'ailleurs elle incarne l'idée de la mort ou extraordinaire ou naturelle, fout comme Moïia-'. Dans ces divers emplois le terme exprime moins une divinité personnifiée qu'une influence démonique.
Elle est surtout, pour les derniers temps, si tristes, de la guerre du Péloponnèse et durant la domination macé-
5, 177 li: cf. Aristoph. Vesp. 880; Ai'. 435 ei 676; Corp. iiucr. graee. Il, 1940, 5. 14; i334. 14. — li Agathodaemos, p. 131 ; Alhen. XI, 44; .XX, 47. — ISTbeophr. Char. 14. — 16 V. Pind. Olymp. VII. 67; Pylli. VIII, 53: .Vem. IV, 7 et VI, Î5 : Hcrod. IX. 'Jl ; Thueyd. V, 1U4; Pausanias, II, 1 1. S. semble parler d'une ti». Tij... mais le texte n'est pas sûr; il en est de mùme de l'interprétation par .Mlt^rc du passage d'Iischyle, Sept. Tlielt. 399; Op. cit. p. 33. — 17 Hom. Uymii. XI, 5. — ISArisl. Pac. 939; ^f. 3W; Eurip. Phen. 1209; Demoslh. Phil. I. 45: .\esch. Acsplt. 1 15. — '9 C'est le cas d'une foule de passages chei les ^rivaiDS à la lin du v et au commencement du w siècle. V. enlrc autres Eurip. Hee. 774 el Fragin. Did. p. 750; Pltan.^U; Hipp. Illi; Troj. 471 ; Thueyd. I. 140; VI, 78 ; IV, Oi, 64; V, 16 ; VI, 43, etc. ; Dcm. Pro Cor. 303 ; Aesch. i, tS3 ; cf. Allègiï, Op. cit. p. 73 et scq. — s» Soph. OeJ. R. i54, 441 ; Oed. Col. 10i4; .iittig. llSi ; Eur. Uee. 774, etc. Pour Euripide, x. .\llègre. Op. cil. p. 59. — î' Aolipli. VL IS ; .\ndoc. I. liO; Lys. II, 79 ; Eurip. Iph. Aul. 1 137, etc. V. d'autres telles ehei Xacgelsbach, Xachhomerische Théologie, p. 154 et s.
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(Ionienne, Texplicalion du malheur, delà confusion dans la vie des individus et des nations'. Les Athéniens, regardés longtemps comme les favoris des dieux dont l'action bienfaisante semblait réparer les fautes des hommes, sont ensuite assez maltraités pour ne plus savoir à quelle puissance s'adresser, à quelle divinité se plaindre. C'est Tû/-/) qui les tire d'embarras, soit qu'ils maudissent le mal arrivé, soit qu'ils en implorent le remède. Au plus fort des revers, les anciennes plaisanteries sur Athènes plus heureuse que sage se retournent contre elle et contre Tyché ^ ; la sagesse même est inutile quand Tyché est contraire. Mais Démosthènes, qui constate encore que les dieux ont bien des fois réparé la sottise des hommes, tient pour le fortes fortuna juvat; en tout état de cause, il oppose le devoir àla Fortune^. C'est alors que Tyché est appelée puissance funeste et aveugle et que se répand la croyance que les actes les plus énergiques, les inspirations les plus sages ne peuvent rien contre elle. Elien conte l'anecdote caractéristique d'un peintre qui, ayant à faire le portrait de Timothée, fils de Conon \ le représenta dormant dans sa tente, tandis que Tyché planait dans les airs, travaillait à sa place et ramassait avec un filet les villes que le général était censé avoir conquises pour Athènes ^ Cette conviction impie et décourageante, que la chance tientlieu de tout, pritune force nouvelle quand la Grèce tomba sous la domination des Romains. Le culte de Fortuna chez ce dernier peuple influa d'ailleurs puissamment sur celui de Tychè dans les cités de la Grèce et de l'Asie Mineure ".
II. FoRTLKA cuEZLES RoMAiNs. — « Après avoir parcouru tout l'univers, Tychè coupe ses ailes et fixe sa demeure au Capilole » ', a dit Plutarque, dans le traité qu'il consacre à la Fortune des Romains. La vérité est que si son action a paru s'exercer surtout au profit de Rome, son culte est un de ceux qui y ont été en honneur depuis les lointaines origines de la ville, alors qu'en Grèce il s'implanta relativement tard dans l'opinion*. La mythologie latine, si pauvre en jiersonnifications poétiques, a fait une large place aux Icirces divines, mais vagues et impersonnelles, qui président à la vie liumaine. Parmi ces divinités les Faia et avec eux Fortuna, qui n'est que le destin mobile, capricieux et incertain, régissant les individus et les nations, sont les plus importantes. Fortuna est une vieille divinité du Latium, d'abord appelée Fors puis, par un redoublement dont la désinence rappelle /'ortunus, Neptunus, Vi'suna, nommée Fors Fortuna '. /''oj's lui-même vient de /"ero comme sors desero; lesSabins la vénéraient sous un autre nom qui a disparu de bonne heure, au témoignage de Varron'". Il y avait en Ombrieun Fanum Forlunae d'où Faneslris Fortuna ". A Tusculum on a découvert une double inscription votive en latin archaïque à Mars et à Fortuna'-, dont on peut rapprocher
1 Cf. I.elirs, Op. cit. p. 183. - 2 Arisl. XuIj. 587 et surtout Eccl. 475; Kupo.
Fl-dfjm. 214 : ùi ttoà,;, t:(ÎA[;, roXt;, ù»; ej-r-j/ïj; tl jitt>.>,ov j^ x«X<ôç ççdveï;. — 3 UemOStll.
l'hil. I, [î: Pro Cor. 252 cl suiv.; 270 et suiv.; Dinarcli. I, 29; cf. Paus. VII, 17, 1. — '* Pacuvius traduit sans doute un auteur grec quand il l'-crit (Kibhcck, Fratjm. Traff. 124) : Fortunam insanani esse et caccam et brutain perliibcnt pliitosoplii. Cf. Menaud. P'rat/m. Did. p. 40; Pliilcm. Froym. ib. p. 125; cf. Allegro, p. 71 et suiv. — :> .\cl. Vnr. Hist. .XIII, 43. — (> V. Rosclier, Ausfuehrliches Lexikon, 1). 1540. — 7 pitit. Fort. Rom. 4. — ** Sur le culte de Fortuna chez les Romains, V. PrelliM-Jordan, Itoem. Mytk. II. 179 et suiv. ; Gilbert, Gesehichte und Topographie fier Stadi Itom, II, 393 suiv. passim. et surtout l'article de Peter, ap. Rosclier, Lexikon, etc. p. 1503 cl suiv. — 0 Cic. Lrij. Il, 11. 28 ; cf. Preller-Jorda», Itoem. Mylli. II, p. 179. — 10 Var. Ling. lai. V, 74. — Il Groniat. Vcl. p. 30 et p. 256. — 12 Corp. insrr. lai. I. 03. 04 : cf. VI, 480. — 13 Aiinali del. Jii.ll. 1880, p. 329. — Il Corji. iiiser. lai. V, 308; III, 4778 ; V, 778, — 15 Var.
l'inscription sur un vase de provenance étrusque : Forlunaipocoloin^^. A Rovignoen Istrie et dans la vieille cité latine de Viruuum en Norique, il y a traces de cultes analogues'*. Nous voyons par Varron et par Columelle que ces cultes avaient un caractère champêtre ; on fêtait la déesse au temps des moissons, en lui ollVant des tètes d'ail, d'oignon, de pavot et d'aneth '^ Les temples célèbres de Praeneste etd'Antium, le sanctuaire de Fortunam Alg'ido, dans le pays montagneux des Èques, où le sénat fil faire des supplications durant la seconde guerre Punique", sont des monuments de cette même religion primitive.
Temples à Rome. — A Rome, la foi populaire aimait à la rattacher au plus extraordinaire de ses rois, à ce Servius TuUius qui s'éleva de la condition servile au faîte de la puissance et des honneurs''. Le temple réputé le plus ancien de ceux qui lui aient été consacrés, était l'œuvre de ce roi qui l'aurait élevé à la déesse, en reconnaissance des faveurs dont elle l'avait comblé ; il était situé sur le Forum Boarium ". Tandis que, d'après certaines légendes, Servius aurait été le fils du Genius ou Lar familiaris apparu à sa mère dans la flamme du foyer, une autre version faisait de lui le fils de Fortuna", expression qui devint proverbiale-". Sans doute pour les concilier toutes deux, on fit de Servius l'amant de la déesse qui l'aurait visité furtivement durant la nuit en se glissant par une petite lucarne-'. C'est à cette légende que se rattache le TÙyr^q OiXa|j.oç de la vieille maison romaine et le nom de la Porta Fenestella ^^ Par elle aussi on expliquait pourquoi l'image archaïque de la déesse, placée dans ce temple auprès de celle de son favori, avait été voilée, ce qui la fit identifier avec Pudicitia. On l'appelait Virgo Fortuna " avec la même préoccupation, et l'on constatait que Servius l'avait vêtue d'une toge à plis ondulés qui fut le costume des anciens rois ■''. Pline remarque que cet antique vêtement dura jusqu'à la cliute de Séjan, cet autre favori du sort, sans jamais subir les atteintes du temps et des insectes. Il est possible que celte divinité ait eu à l'origine une signification moins vague que celle de la chance heureuse, qu'elle fut un génie protecteur de la femme et la personnification de la Pudeur. Ce temple du Forum Boarium bri'ila avec celui de Mater Matuta et de Spes, en l'an 213 avant Jésus-Christ -".
Plutarque qui, seul parmi les auteurs, fait remonter le culte de Fortuna au roi Ancus Martius, met au compte de Servius Tullius à peu près tous les temples où elle était vénérée à Rome -'^. Le fait n'est guère probable ; en classant par ordre chronologic[ue ceux dont le souvenir a subsisté, on en peut compter huit autres, jusqu'au règne de Tibère ; mais il y en eut certainement un bien plus grand nombre. Le plus ancien, consacré par Servius lui-même, était situé hors de la ville, sur la route
De re rusl. I, 1, 0 ; Colum. X, 311. — 10 Til. I.iv. ,VXI, Ui, S (218 av. J. C),
— 1" Exce|)tionnellement chez Plut, Fort. Jtoin. 5 à ,\ncus Martius. — '8 Ov. Fast. VI, 309 ; cf Dion. Hal. IV, 27 et 40 ; Val. Ma\, 1,8.11; Plut, Fort. Rom. 10 ; (Juarsl. liom. 74, 100, Pour remplacement cf, liocltcr, To/iOi/r. p, 481 ; Canina, Moniim. d. /nst. 1834, p. 40. — 19 Dion. Hal, IV, inil, ; Plin. /list. nat. XXXVI, 204, — 20 Forlunae /ilius, ap. Ilor, Sal. II, 0, 49; Petr, Sat. 43, — 21 Ov. Fast. VI, 573. — 22 plut. Fort. liom. 10 ; Ov, Fast. VI, 577, avec la noie de Peler, Zu Ovids Faslen, p, 86,
— 23 Pcst, 242; Plular(]ne, l. c. mentionne (également une Fortuna Virgo à Rome ; de même Aruobe, II, 07. Cf. Monunscu, Corp. inscr. lai. I, p, 150 (540), et Peter, Op. cil. au vers 020, — 2V Var, ap, Non, Marc, p, 189 ; unilnlalum. Cf, Plin, Hist. nat. VIII, 194 ; 197. — 2U T. I.iv, XXIV, 47 et XXV, 7. I.a liigcnde rapportait que l'image seule de la déesse échappa aux llanmies. Ov. Fast. yi, 509; 625; Dion. Hiil. IV. 40 ; Val. Ma\. I. 11. — 2''' Plut. Qnarsl. Itum. IdO et suiv. ; Fort. Rom. 1".
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du i)in-l[Vial'ovtvensis),ii\i premier iiiilliaire'. La divinité (|u'on y honorait était de nature moins ambiguë que celle du temple sur le Marché-aux-IJceufs ; elle était simplement la personnification de la chance favorable, FORS FORTUNA, et avail un caractère populaire -. On célébrait sa fête, qui était des plus animées, le 24 juin, c'est-à-dire au solstice d'été, ce qui alteslo une fois de plus ses origines champêtres. On se rendait au temple, ou dans des barques {descensio Tiberina), ou à pied par la route le long du fleuve''; la fête, célébrée surtout par le bas peuple et par les esclaves en souvenir du roi Servius, était l'occasion de festins et de réjouissances bruyantes. A ce culte, se rapporte l'inscription vouée par un soldat: mmim fuktis fortun'ae ' et la monnaie de Gai. Val. Maximianus qui porte au rev(!rs : forti for- TUNAE,avec l'image delà déesse, debout, drapée et munie de ses emblèmes caractéristiques, du gouvernail, de la corne d'abondance et de la roue ^ Un passage de Tite- Live prouve que la déesse portait sur la tète un emblème spécial ". Le temple situé au i" milliaire ne doit pas être confondu avec un autre sanctuaire, en l'honneur de la même divinité, élevé sur la même route au vi° milliaire, toujours par Servius Tullius, non loin du temple de Dea Dia où se réunissaient les Frères Arvales '. Comme il est question dans Tite-Live d'un temple qui fut élevé précisément sur cet emplacement par Sp. Carvilius Maximus avec le butin remporté sur les Étrusques, en 293 av. J.-C, on peut se demander si ce dernier faisait double emploi avec celui dont on attribuait la fondation à Servius Tullius, ou si les deux n'en formaient qu'un, Carvilius n'ayant fait que relever l'ancien de ses ruines. On croit avoir découvert des vestiges de celui qui était situé au i°'' milliaire *, comme on a exhumé, non loin du bois des Arvales, trois dédicaces en latin archaïque à fors fortuna, qui doivent provenir de l'un des sanctuaires ayant existé en ce lieu'. En tout cas, aucun de ceux dont on a retrouvé des vestiges ne remonte au delà de la deuxième guerre Punique. Les deux plus célèbres que mentionne Tite-Live sont le temple de Fortuna Primujcnia et celui de Forluna Equesiris '". Le premier avait été dédié en 19'(, sur le Quirinal, par Q. Marcius Ralla, nommé triumvir à cet ell'el, après avoir été voué par P. Sempronius Sophus consul, dix ans auparavant, en pleine guerre Punique. ♦La Fdi-iunn Primigenia était invoquée encore sous le vocable de Forluna publira populi Jluinatii Oiiirilium, On a supposé avec raison que ce culte fut amené de Praeneste à Home pour satisfaire aux besoins religieux de la nation surexcitée par les revers ". Il donnait lieu à deux fêtes spéciales, toutes deux d'un caractère public comme la déesse elle-même: l'une tombant le 4 avril
1 Ov. FasI. VI, 079 el soi. ; Var. JJng. tut. VI. 17; Douai. Tcrenl. Plionn. V, 6, ! ; cf. Kttl. Aiiiit. et Esquit. ;*V juin ; Corp. inscr. lai. 1, 3-23 et 310. Pour la question topograidiiquc. très complexe sinon inextricable, cf. Mommsen, Corp. in.^cr. lat. I, p. 395 : Henzen. Scavi net bosco, etc. p. 101 et Gilbert, Olir. cit. III. p. -iSO. notel; Visconti, Annati det Itist. 1860, p. 41. ï et suiv. — 2 Pour Fors Fortuna que des Grecs tradnis.-itent à contresens par '.VvSpïîo TJ/r, qui correspond à Forluna Viritis, V. encore (^ic. Lt'if. Il, 11, 28. Pour son caractère po|tulaire, Ov. Fast. VI, 777 : fttelis colit liane, et Donal. l. c. — •! Cic. Fin. \ , 24, 70. — V Corp. inscr. lai. VI, 170,- i' t;oIien-Feuardenl, .l/oniinrcs Impér. VII, p. 105, n° 30. — «T. Liv. XXVII, 11. —7 T. Liv. .X, 46, 14, dit;;)ro;j(?«c^'t'»i eJusdeniflfarahregi'ServioTullio dedicalani, cequi correspond à Var. Ling. tat.Xly 1 7 et Den. liai. IV, 27 et plus encore à Ovid., Faxt. VI, 7S:l •, v. Peter. Our. cit. p. 00. Cela fait bien en tout Irois temples sur la rive droite le lon^ de la Via Portnrn.'ii.'! ou surson embranchement la Vki Campnna ; le leniple siUiè au r' milliaire et deux temples au vi' milliaire, dont le second èlevè parSp. t^irvilius, à moins que celui-ci ne soit qu'une reconstruction (Merkel, Ov, Fast. Prolff/. CXI.III). Il y avait dans la wi" région un Viens Fortis Forttmac
[Furlunae puhikae cileriori in colle) '-, jour anniversaire de la fondation ; lautre le 23 mai {Fortunae pitblkae Populi Itomnni Quiritium m colle Quirinaii), jour anniversaire de la dédicace ".
Le temple de Forluna Equesiris, dont le vocable indique la destination particulière, fut élevé en 173 av. J.-C, par les soins de Fulvius Flaccus censeur, qui l'avait voué étant préteur, durant une campagne en Celtibérie''. Il voulut que l'édifice l'emportât en magnificence sur tous ceux qui alors existaient à Rome: pour le couvrir, il n'hésita pas à dépouiller de ses tuiles de marbre le temple célèbre que Junon Lacinia possédait dans le Brutlium. Le sénat et l'opinion s'émurent de cette conliscation (|ui fut considérée comme un sacrilège. Fulvius Flaccus fut contraint de rendre les tuiles à leur destinalion primitive et des cérémonies expiatoires furent volées en faveur de .(unon. Le temple de Forluna Equesiris semble avoir été le premier qui ait approprié le culte de cette déesse à une caste distincte. 11 était situé, au témoignage de Vitruve, dans le voisinage du théâtre de Pompée '°, mais paraît avoir été compris dans l'incendie qui dévora ce théâtre sous le règne d'Auguste. Lorsqu'en l'an 22 ap. J.-C, les chevaliers romains voulurent offrir à la Forluna Equesiris un présent à l'intention de Livie. il n'existait plus de temple à Rome sous ce vocable, et il fallut porter l'offrande à Antium.
Les temples dont nous venons de parler appartiennent à la période de la seconde guerre Punique, qui mit si fort à l'épreuve la constance et la piété des Romains. C'est à ce temps que se rapportent les prodiges dont il est fait mention chez Tite-Live (109 av. J.-C.) : le mur de Capoue et le temple de la Fortune furent touchés par la foudre ; à Rome, dans la cella de Fors Forluna, un insigne {signum) qui surmontait la coiffure de la déesse, tomba spontanément de la tête sur les mains. La translation du culte de la Fortune de Praeneste à Rome et les supplications décrétées par le sénat en l'honneur de la Fortune en Algide, témoignent de la vivacité des sentiments religieux à cette époque et de l'importance que prit le culte de Fortuna"^.
Viennent ensuite deux temples, tous deux en l'honneur de Forluna f/ujusce''' Dici {hujusque diei dans les Inscriptions et les Calendriers), dédiés, le premier par Paul Emile, en l(i8, après sa victoire de Pydna, le .second par Lulatius Catulus en 101, avec les dépouilles remportées sur les Cimbres". Le premier était dans la région du Palatin (x" Regio) auprès du Grand Cirque et donnait son nom à un viens de cette région. Le second s'élevait au Champ do Mars (ix" Regio) ; une fête tombant le 30 juillet, jour anniversaire de la bataille de Vercellae où il avait été voué, figure au calendrier avec
(Cuiios.p. 24i. — » Cf. Bccker, /toem. Alterlli. 1, p. 479; Bullel.del Imlil. 1839, p. IS et Annali, 1860, p. 415. — ' Corp. inscr. ial. VI. 167-16». Ce sont des dédicaces votives à Fors Forluna, par les tanii Piseinenses. lanies, violaries, rosaries^ coronaries. — 10 T. Liv. XXXIV, 53; XLII, 3. Cf. pour le premier -VXIX. 36, 8; .VI.III, 13, 5 et Feslus, Fortuna Primiyenin. p. 238. — 1* V. Peler ap. Rosctier. Op. cit. p. 1517. — 12 Kal. Praen. ; cf. Ov. FasI. IV, 375 ; Beeker, Topogr. 1, 580.
— 13 Ov. V, 729, Kal. Caeret. FasI. Venus. Esquil. au 25 mai. On admet généralement qu'à ces deux fêles correspondeul, dans le même lieu, deux temples dilTérents.
— liCf. Val. Max. I, I, 20:.Prodigiuni Obseq. 53. — 15 Vilr. lit. 3. 2 : Sysljlos... qucniadmodum est Fortunae Equestris ad Theatmni lapideum. Pour rincendie et ses conséquences, v Tac. .biii. III. 71. — l« T, l.iv. XXVII, Il ; XXI, 62. S et XLII. 3.
— 17 Citée par Cic. Lrg. II, 11. 28. Le temple élevé en 168 est cité par Pline. Hist. nnt. XXXIV, 54 ; cf. XXXIV, 60. Ces passages suffisent à démontrer l'importance du temple. Il donnait d'ailleurs son nom ;i un riens de la x* région (Palatin) ; sur la lînsi.'i eapitolina ; cf. Plut. Fort. liom. 10. — '8 plut. ilar. 2G et les Calendriers au 30 juillet. La fêle est niculionnée par ; in Campa.
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la mention : J'orlunac hujusquc diei in Canipn. La déesse honorée dans ces deux sanctuaires a quelque ressemblance avec le Ka'.çô; des Grecs: elle est la personnification d'une chance passagère survenue au bon moment '.
11 n'est plus question de temples nouveaux, élevés à Fortuna, jusqu'au règne de Tibère. Mais un texte de Dion Cassius, parlant d'événements de l'an i? av. J.-C, nous apprend que la foudre tomba sur le Capitole, sur le temple de la Fortuna Publica (tt,; Ay,u.c/- (••'xç) au Quirinal, sur les jardins de César, et que le temple de Foi's Fortuna (tô Tuyaïov àuTÔjjiaTov) fut ouvert du coup ^ ; il est probable que ce temple est celui que nous avons signalé au i" milliaire, au sud du Janicule, tout auprès des jardins que César avait légués au peuple romain. Tacite nous apprend d'autre part qu'en l'an 17 ap. J.-C, Tibère lit consacrer, précisément à cette place, sur les bords du Tibre, un temple à Fors Fortuna * ; peut-être ne fut-ce là qu'une restauration de l'antique sanctuaire attribué à Servius Tullius, le même qui, 64 ans auparavant, avait été touché par la foudre. Le règne de Tibère marque d'ailleurs une recrudescence dans le culte de Fortuna; Séjan qui se considérait comme le favori de IS'ortia, déesse d'Étrurie, qui correspondait à l'idée de Fatum ou de Fortuna, conservait dans sa maison et honorait avec une dévotion particulière une vieille image de Fortuna qu'il prétendait provenir du roi Servius en personne ; cette déesse devint proverbiale sous le nom de Sejani Fortuna dont on a fait mal à propos une Seia ou Skia Fortuna ''.
Temple de Pracneste et d'Antimn, etc. — Le culte de Fortuna dans la campagne de Rome et du Latium était probablement plus ancien que celui de la ville même. Les centres les plus célèbres étaient Praeneste et Antium. Dans la première de ces villes, Fortuna possédait un temple célèbre par tout le monde romain, surtout à cause de l'oracle qu'on y allait consulter °. Appelée l'raenestina en dehors de la ville '', Fortuna était invoquée sur les lieux mêmes sous le vocable de Primigenia. Longtemps on a donné à ce titre le sens actif: « celle qui est à l'origine, » celle « qui engendre toutes choses ' ». Ce n'est que récemment que la découverte d'une inscription en latin archaïque a fait abandonner cette interprétation. L'inscription votive expliquée par M. Mowat *, donne à Fortuna le titre de Dievos filra (Jovis filia) avec le surnom de Primocenia, ce qui signifie évidemment qu'elle est la première-née, comme la fille de Deucaliou et de Pyrrlia dans la légende grecque ou l'une des filles d'Érechthée qui sont appelées itponoYsvsia '.
Ce que nous savons de cette Fortuna et de ses rapports avec les autres divinités de Praeneste, est assez
1 Cic. Li'ij. loc. cit. : nam valet in omnr.-; tlins. — 2 Dio Cas. XI, W, ^0, .'ï . — :i Tac. A nu. II, 41. — '* La question de la pn' tendue J^ortuita Seia n'est pas encore éclaircie; un temple en son honneur serait mentionné j)ar l'Iine, /list. nat. XXXVI, lli'J, si le texte était sur. L'inscription Corii. inscr, lat. ,\, (i. Inscr. fais. 248, est apocryphe; nue autre chez Orelli, 18, ne parle que d'une Fortuna Atit/usta. Pour Séjan et JVortia. V. Dion Cas. LVIIL 7 ; Tac. An. IV, 1 ; Juv. X, 74, — ii V. Fernique, Étude sur l'réneste, p. 75 et s. (Bihiioth. de l'Ecole franc, de Rome. t. XVII, 1880) et Kluegniann, ÏVumism. Zcitfichrifl de Vienne, t. XI, p. 210. — 0 OrcIli. 1750 ; Corp. inscr. lat . III, 1421. — 7 Primif/cnia, titre fré(]ueut dans les inscriptions trouvées à Préncstc et dans quel<[ues autres, v. Corp. inscr. lat. I, 1133: Fast. Praen, du 9 et 10 avril: Ib. p. 310; Orelli, 1757, 1758, 2303; Ib. 1756 où !•'. Praeneslina est associée à Fcronia; quelquclois par abréviation : P.; Corp. inscr. lat. I, 1129, 1130. V. Preller-Jordan, Itoem. Myth. p. 189 ; cf. Fernique, Ouv. cit. p. 78. — 8 Huit, de ta Soc. des Antiq. de France, 1882, p. 200. — OSuid. n«f(livoi : .-ipollod. I, 7. 2. Cf. le sulcus primigenius qui faisait partie du cérémonial étrusque dans la fondation
obscur et même singulier. Elle n'a rien de la personnification du sort aveugle et volage, ni même de la chance favorable, comme la divinité romaine dont nous avons parlé précédemment. On dirait plutôt une divinité de la nature, personnification de quelque force cosmique, vénérée à côté de Jupiter, le dieu suprême, qui portait lui-même le surnom à'Arcanus et celui de Puer '". Nous voyons par un passage de Cicéron " que la déesse était honorée à la fois dans son temple propre, voisin de celui de Jupiter Puer, et dans celui de ce dieu. Ici elle figurait à titre de nourrice, portant sur ses genoux Jupiter et Junon, et leur donnant le sein ; elle était l'objet d'une dévotion particulière de la part des mères (casiissime colitur a matribus) '^. Gerhard a rattaché à ce culte, qu'il rapproche du culte de Tagès et de Minerve en Étrurie, un groupe en terre cuite représentant une femme assise auprès de laquelle se tiennent un garçon et une fille que la femme entoure de ses bras et qui la caressent : ce serait Fortuna Primigenia avec Jupiter Puer et Junon'^.Plus vraisemblablement, il faut considérer comme des monuments du culte de la Fortuna Praeneslina les statuettes en terre cuite, dont quelques-unes d'un caractère archaïque, qui ont été découvertes sur le territoire de la ville. Elles représentent une femme allaitant un enfant ''•. Comme on en a exhumé de semblables sur l'emplacement de Capoue, où le culte de la Fortune existait aussi , on y peut voir des images de Fortuna nourrice de Jupiter ou des ex-voto représentant les mères qui venaient prier dans son temple ''. Junon semble avoir joué dans le culte de la Fortune à Praeneste un rôle assez considérable; le mois de juin y était appelé Junonius, Junonale tempus, et une inscription votive parle d'un Junonarium, sanctuaire de la déesse, dans lequel un généreux donateur éleva une statue à Caracalla, y offrant en plus une image de Minerve à Fortuna Primigenia ". En définitive, nous constatons que, dans la vieille cité des Èques, Fortuna était honorée à la fois comme la fille de Jupiter et comme sa nourrice. Que l'opinion ait établi une relation entre ces deux aspects de la divinité, cela n'est pas douteux, mais le rapport aujourd'hui nous échappe ''.
La Fortune de Praeneste fut redevable à l'oracle auquel elle présidait de sa grande popularité. Cicéron, d'après les vieilles légendes locales, rac(mte l'origine de cet oracle '* ; c'est un certain Xumerius Sufl'ustius qui, averti» par des songes, creusa le rocher et en tira les sortes, espèces de tablettes, originairement en bois, en cuir, plus tard en métal, sur lesquelles étaient tracés ou des caractères mystérieux ou des sentences entières à l'aide desquels, par une interprétation spéciale, on cherchait à conjecturer l'avenir; on les tirait comme nous tirons
des villes, Fest. p. 285. — '0 V. la réunion des lexies et inscriptions dans l'article Jupiter, ap. Rosclier, Lexikon, p. G47.C50. — n Cic. Divin. II, 41, 85; cf. Plin. Ilist. nat. XXXIII, 61. Pour le temple, v. le poème d'un prénestin, T. Caesius Taurinus {Anthol. vet. lat. epitjr. éd. Mayer, I, n" (t22 ; Corp. insc. lat., XIV, 2852). — 1- Si les tria signa (T. Liv. XXIII, 10, 18) ne sont pas une corruption du texte, il les (aut sans doute interpréter de même. — lii Akadem. Aldiandlunt/en, I, p. 328, 330 ; cL Protlomun, p. 58 et suiv. et la reproduction. ^i»/(A't' Ilildwerke, tab. 4, n" I. — I'' Hev. arcli. 1878 ; Les dernières fouilles de Préneste, article de F. l'crnique. — '» T. Liv. XXVII. 11. — 16 Qv. Fast. \l, Gl ; Annali del Instit. 1835, p. 85. — *' Fernique, Étude sur Préncste, p. 79, suppose que des terres cuites représentant deux femmes ayant à leurs pieds tni enfant peuvent .Qgurer cette double Fortune ; il y faut plulût reconnaître Déméter et Coré arec le petit lacclios. — 18 Cic. Divin. II, 'd. 8."> ; Stace, .Silv. I, 3, 70, dislingue les deux Fortunes de Préneste en les appelant : sorores.
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Fig. .1238. — Sors.
à la courte paille : aequalis sortibus ducunluv^. Sors ellemême apparaît personnifiée sous les traits d'une jeune femme (lig. 3238) sur les monnaicîs de la gens Plaetoria Cestiana ^. 11 existait des oracles du même genre en divers lieux, à Antiuni au temple de la Fortune, à Caeré, à Paieries, près de Padoue où Tibère consulta l'oracle dit de Géryon : sorte Ir ad a''. C'est dans cette région qu'on a découvert des tablettes en bronze sur lesquelles sont gravées des sentences banales en mauvais hexamètres '. Sous l'Empire, les poèmes de Virgile ofl'rirentmatière à une divination analogu(v'etTite-Live parle du prodige de sortes sponte a^^'«M«/rte '', c'est-à-dire efl'acées ou évanouies, qui contenaient des avertissements, au temps de la seconde guerre Puni(iue.
Ceux que découvrit dans le rocher, sur lequel s'éleva le sanctuaire de la Fortuna Praenestina, Numerius Suffustius étaient des baguettes de chêne portant incrustés des caractères archaïques; on les enferma dans une cassette faite avec le bois d'un olivier sacré, d'(jLi s'était écoule du miel. La main d'un enfaul les mélangeait, sur un signe de Fortuna, puis tirait ceux qui devaient fournir matière à l'oracle '. Du temps de Cicéron, il n'y avait plus guère que la foule ignorante qui les consultât; partout ailleurs cette dévotion était tombée en désuétude, mais elle reprit faveur sous l'Empire. Le temple de Praeneste comptait d'ailleurs parmi les plus beaux et les plus riches ; on connaît la plaisanterie qu'il inspira à Carnéade, déclarant qu'il n'avait jamais vu Fortunam foriunatiorem'^ . La fête principale en son honneur était célébrée le 9 et le 10 avril; on lui offrait pendant les deux jours où l'oracle restait accessible à tous, le sacrificium maximum et les triumvirs immolaient en même temps un veau à Jupiter Puer, surnommé Arcanus, détenteur des secrets de la destinée'. Une ciste trouvée à Praeneste, qui représente Mars jeune baigné par Minerve, montre Fortuna en compagnie des grands dieux de l'Olympe latin à côté de Jupiter et de Junon. Elle seule porte le sceptre, insigne de la puissance souveraine'". Le culte de la Fortuna Primigenia fut introduit à Rome pendant la seconde guerre Punique, non sans résistance de la part des autorités. Lorsque le consul Lutatius Cerco voulut, durant la campagne précédente, consulter les sorts de Praeneste, il en fut empêché par le sénat"; c'est en 19i seulement que Marcius Ralla, comme nous l'avons dit, obtint de hàtir le temple sur le Quirinal ([ui fut ensuite celui de la Fm-tunn piihlira Popiili Hoiiitiiil. En 17'i, Prusias, pour tlatter les Romains, lit un double sacrifice à Jupiter sur le Capitole et à la Fortuna de Praeneste, sacrifice pour lequel les autorités de Rome fournirent les victimes comme à un magistrat'-. Tibère, qui s'attacha à détruire les superstitions étrangères, avait essayé d'amener à Rome li's oracles de
1 Cic. (. /. : cf. Macr. .So(. 1, 23 ; Hor. Od. I, 3b, 1 ; Sud. Cal. oî ; Dom. 15; Slrab. V, 3; cf. divi.n\tio. p. 302, et Bouclié-Leclercq, llist. de la di~ «iitalion, IV, p. H3 et s. — 2 Riccio, lab. 30, i ; ColiCD, Mon. consul. Plaetoria; Bahclou, Àfonn. de ta Rèp. romaine, II. p. 315. — ^ T. l.iv. XXI, û'I; XXll. 1,11; Plut. /■'ab. 3 : Suet. Tib. U ; cf. Scrv. Àen. I, 508. — ' Moraniscn, Corp. in.lcr. lat. I, p. 267 et suiv. ; cf. Ritsclil, 0/iiisc. IV, p. 393 et suiv. — " l-anipr. Al. Sn\ li. — o T. l.iv. XXll, I, U et XXI, tli, 8. — ^ Cic. Div. loc. cil. : Sil. U. IX, 401 ; cf. Prop. U, 32. 3. — » Cic, /. (.; I.uc. II, 103 ; Sil. II. VIII. 365; Juv. XIV, 88. — 9 Kal. Praciiest. Corp. iitscr. lat. 1, p. HO, d'aprôs Verrius Flaccus. — iO Monum. del Jnstit. 1873, Ub. 58, 5y. Les uiembres ile la geus Sempronia, en somonir i1o ia tr.inslation du ruito obtenue en 201 av. J.-C,
de Praeneste ; mais ropinion se répandit qu'un prodige les réintégra dans leur temple '\ Des inscriptions font mention du collège de prêtres et autres ministres qui avaient l'administration de ce cuite '*.
La F'ortune d'Antium n'était guère moins célèbre et possédait, elle aussi, un oracle, mais d'une nature différente. Quoique les auteurs de l'époque classique ne parlent généralement ([ue d'une seule divinité '% nous voyons par les monnaies de la gens Rustkt que la Fortune d'Antium était double. En certains cas l'une (fig. 3;239)des deux figures est coiffée d'un casque, l'autre d'un diadème " ; comme nous savons que sous Tibère on vénérait à Antiuni la Fartuna Ffjuestris dont le temple avait disparu à Rome '', on peut supposer que la première correspond à ce vocable. On les voit encore (fig. 3240) toutes deux en buste, appuyées sur une sorte do tribune dont les angles sont orni's de daupiiins ou de /f^^
Fig. 3230. Fig. 3ÎW.
La double Fortune d'.\ntium.
têtes de bélier". GeslparrOrf»? connue d'Horace que l'on interprétera le mieux l'être de cette double divinité, patronne du Latium et de Rome, arbitre des destinées, expression de l'ordre immuable dans la nature comme laTychè que Pindare a appelée la plus puissante des Moïrae ''. Divinité champêtre, elle est l'objet des vœux du laboureur; divinité de la navigation elle dirige sur mer les vaisseaux à travers les périls. Devant elle marche l'intraitable Destinée [Nécessitas) portant les clavi trabnles [clavusj et les coins d'airain et le plomb fondu, emblèmes de sa puissance ; Spes et Fides lui servent de compagnes. L'ode fut écrite en l'an 2r» av. J.-C, alors qu'.\uguste songeait à partir en guerre contre la Bretagne et l'Arabie ; il est probable qu'il consulta l'oracle avant de se mettre en roule. Sur la nature même de cet oracle nous savons peu de chose. Macrobe dit seulement que l'on mettait en mouvement (promoveri) les images de deux Fortunes : ad danda responsa -". A la fin de la République le temple d'Antium était fort riche en offrandes de toutes sortes; César y fit des emprunts forcés pour les besoins de sa politique. Caligula consulta l'oracle; mis en garde contre Cassius, il se méprit sur le personnage que désignait ce nom et tomba sous la main de Cassius Cherea".
Outre les centres du culte de Fortuna en Italie, que nous avons cités plus haut, il convient de mentionner Volsinies en Étrurie avec le culte de la déesse Nortia ; ce même culte semble se retrouver dans les villes de
inetlaicnl sur leurs niouuaies l'image de la Fortuna Primigenia de Prùieste. — Il Val. Mai. I, 3. — 12 T. Liv. XLV. 41. — ISSuct Tib. 63. V. d'autres textes ap. Fernii|ue, Op. cit. p. 87. — Il Orelli, 230S ; 2163. Pour les iwnes du temple, V. Hloudel, .yi'langes d'archéot.et d'hist. II, p. 168. — '3 V. cependant Mart. V, 1, 3 : veridicae sorores: Suet. Calig. 57: Fortunae Antiatinae et Macr. Sat. I, 23, 13 : simtilacra Fortunarum: Orelli, 1738 et 1740. — 16 CoheD, Monn. contul. pi. XXXVI ; Babelon, Monu. de ta Hrp. M, p. 412; Gerhard, Ant. Bildtterkf' pl. tv, 3. — 17 Tac. Afin. lU.'Tl. — iS Colien, BabcloD. t^ierbard, t. 1. ; Momnisen- Blacas, ^is/. de ta monn, rom.. Il, p. 479. — *3 Hor. Od. I, 34, arec les coramen- Ulcurs. — 20/,oc. cit.; cf. Prcller-Jordan, Hoem. .Vt/tlt. Il, p. 193. — a App. Bell. cii: v, 21 Suet. Cal. .37. '
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Feronlium et d'Arna'. Norlia, dont nous avons ailleurs expliqué le nom, peut être assimilée, comme la Fortuna d'Antium, aussi bien à la Tychè qu'à la Moïra des Grecs; c'est une personnification du sort plutôt immuable que capricieux; mais les auteurs latins, interprèles de l'opinion, la confondaient avec la Fortune^. C'est ainsi qu'ils la nomment parmi les Pénates de l'Êtrurie, en compagnie de Gérés, du Gnnius Jovialis et de Paies ; c'est ainsi encore que, dans la discipline augurale, elle occupait avec Valeludo, Pavor, Pales et les Mmics, la onzième région du ciel '. Des inscriptions nous signalent le culte de Fortuna en divers lieux tant de l'Italie que des provinces de l'empire romain. Les petits bronzes de fabrication courante, les monnaies et les pierres gravées multiplièrent à l'infini son image, et tandis que pour les autres dieux, l'influence hellénique altéra profondément, à partir du \i' siècle de Rome, la religion propre de l'Italie, on peut dire que la personnalité de la Fortune des Romains contribua, dans une large mesure, à préciser et à étendre le culte de Tyché dans les villes de la Grèce et de l'Asie Mineure. Dans cette dernière province, en particulier, nous voyons, depuis Auguste, s'accroître la popularité de Fortuna, protectrice des villes ; il y en a des traces à Smyrne, à Nicée, à Erythrée, à Héraclée de Carie, à Mylasa, à Trapézopolis, à Damas, à Lampsaque, dans l'île de Lesbos à Mytilène. Les inscriptions la nomment ou Tychè tout court, ou Agathe Tychè ou Mégalè Tychè ; mais toujours il s'agit d'une personnification de la prospérité des villes'. Une monnaie d'Hadrien représente la Fortune d'Éphèse avec la légende en latin : Fortuna Ephesia''. La Sicile fut particulièrement riche en monuments de ce genre ; nous savons par Cicéron qu'un quartier de Syracuse était dénommé d'après un temple de Tychè Fortuna" ; la déesse figure, associée aux divinités topiques, sur les monnaies de Thermae, de Leontium, de Panorme, etc.". Fortuna et les autres dieux. — L'être mobile et indéterminé de Fortuna se prêtait à toutes les assimilations, à toutes les associations, à toutes les substitutions. Pindare déjà avait personnifié la faveur d'un dieu quelconque sous le nom de zù/a. Ocoi ; d'autres personnifièrent celle de tous les dieux collectivement : tû/t, ôcùjv '. C'était comme un premier acheminement vers l'absorption des dieux dans la personnalité de la Fortune, la grande raison d'être de la divinité pour l'homme étant la faveur qu'il en attend. Chez les Romains, Fortuna est tout d'abord associée à des abstractions divinisées qui ont avec son être quelque rapport intime, à Fides, à Spes, à Faustitas; nous l'avons trouvée en compagnie de la Bonne Foi à Antium''; mais cette association n'a pas toujours ce sens favorable. Des textes littéraires et des inscriptions prouvent que l'opinion opposait les doux divinités l'une à l'autre, en ce sens que Fortuna, de
1 Pour Knrciilium, v. Tac. Ann. XV, B'.i, avec la nof-e de Nipperdcj , p. litJO, 1, (Hii ilistiufruc FerenLium. ville du Latiuni, de FereuUum en Ktrurie. V. 0. Millier, Vit: Eirusker, II, p. .ïi cl seq. — 2 V. plus haul -t Fatlm, p. 1010. — :> Arnoli. 111, 40 ; Scrv. Ad Aeu. Il, 325 ; MarL Cap. I, .'i-'i ; le m^tne, Ib. 8s, compare N(?iiu}sis, Tycliè et Norlia. — '• Paus. IV, 30, 4 et fi ; Corp. inscr. graec; 3644, 314S; 3Uo3; 3093, 43SI à 67 ; Bull. corr. hell. 1880, p. 430 ; Pcrrol, JRev. archiol. IS76, p. il ; Ditleiiberger, .Sytioge, eic. 370; cf. Itev. archêol. 1877, p. 107 et pourla question gOnépaic, AUtïgre, O/). cit. p. 171 et s. Voy. aussi l'art, orns, p. 173, note 110, 1^2!. — "Cohen- Fenardent, Monn. impér. Suppl. Adrien^ II, p. (72, n" 777. — (> De .•iif/n. b'.i, 127. — ^ D'après Mionnct, Sicile, 283, 284, 337, 613, etc. — » Pind. .Vem. VI, 25 et VIII, as ; Paus. Il, 11, 8. - 9 Hor. Od. 1, 3S, 21. Pour ram /''idn iiuandelle accompagne Fortuna, cf. Scn. Phaedr. 1142. — 10 Corp. imcr. lot. VI, 10072, v. 12; X,
son naturel inconstante, ne vaut que si elle s'appuie sur Fides qui ne varie point'". Tel est également le sens d'une monnaie de Vespasien avec la légende fides fou- TiiN.\; dans le champ, une femme debout avec la patèré et la corne d'abondance ". Quelquefois sur des monnaies impériales on voit Roma divinisée, en tiers avec les deux déesses'-. L'association de Roma et de Fortuna, qui a fourni à Plutarque l'opuscule connu, est, dans son genre, ce que celle de tû/y, avec la destinée d'Athènes était dans le sien, une sorte de dogme passé en proverbe. Discuté avec irritation par les vaincus de Rome dès les temps de Polybe, il était proclamé avec ostentation par les vainqueurs pour frapper l'opinion. Il y a des images de Rome divinisée présentant sur la main une statuette de Fortuna, comme il y en avait chez les Grecs de la déesse Athèna tenant une petite Nikè '■'.
L'association de Fortuna et de Spes est plus fréquente encore. Spes accompagne Fides et Fortuna à la fois dans l'Ode d'Horace à la déesse d'Antium ; elle sert pour sa part à corriger la notion d'inconstance ''. Dans des inscriptions tombales on rencontre l'exclamation : Spes et Fortuna valete comme on rencontre chez les Grecs, pour des cas analogues : 'BXtt'iç xai su Tûy-fj jjLÉyxyaîpETs'^.Mais tandis que pour les Grecs il n'y a là qu'une fantaisie poétique, il semble qu'à Ron"te Fortuna et Spes aient été unies dès la plus haute antiquité. Plutarque mentionne, parmi les fondations du roi Servius TuUius, un autel : Pw[Aoç Ti)/Y,ç £Ù£X:i{3oç'% vocable dont la traduction en latin nous fait défaut, et qu'on a rendu par bene sperans ou bonae Spei. L'image de cette Fortuna, confondue en une seule personne avec Spes, nous est fournie par des monnaies impériales où l'on voit une femme debout avec les attributs et dans les attitudes combinées des deu.\ divinités'''. Ailleurs elles sont distinctes, se faisant face : sur un bas-relief emprunté à un piédestal, et sur des monnaies d'Hadrien et d'Aelius'*. Enfin Fortuna est associée à Victoria et à Mars, avec la signification spéciale de la chance dans les combats '% telle que la définissait Cicéron : In armis... maximam partern quasi sua jure Fortuna sibi vindicaf et quidtjuid prospère gestum est, id paene omne ducit suum -". Ici encore nous trouvons les deux notions de victoire et de chance, unies dans une personnalité de Fortuna Victrix qui est entourée d'ailleurs par plusieurs figures de la Victoire proprement dite.
Les hasards du commerce lointain ont di'i suggérer de bonne heure l'idée d'associer Fortuna et Mercure. La représentation la plus célèbre en ce genre est une fresque de Pompéi qui nous montre (fig. 3241) Mercure s'élançant à travers le monde avec les emblèmes caractéristiques de la bourse et du caducée, tandis que la Fortune debout, appuyée sur le gouvernail et tenant le caducée, le contemple -'. Il n'est pas sûr qu'il faille chercher le commentaire de ce groupe dans le Sali/ricon où il est question
ri?;:.; /Inltet. âd. Inst. 1872. p. 30. — 11 Cohen, Mnnn. impi'r. Ve-tpasien, I, p. 3711, n° 162. — 12ld. Commode, II, p. 332, n« 858.— 13 Id. Galba, I, p,332, n" 184. — 1 '• Hor. Od. 1, 35,22. — "iCorp. inscr. lat. VI, 11743; cf. Anihol. lat. 1373 (i!d. Meyer) et .Xnthol. Pal. IX. 49. — 16 Qunest. Ilom. 71 ; Fort. Jlom. 10. — 17 Cohen, Op. cil. Adrien, n" 1400. L'attribut caract(^'risti(|ue de Spes est la Heur. — '8 Cohen, Adrien, n" 778 ; Aeliiis. n" (iO et suiv. ; cf. Hernouilli, .Xpkroditc, p. 71. n. 16. Le bas-relief pro\iont d'un fût ([Uiidrangulaire du Musi^e Chiaramonli ; v. Viscouti cl Guattani,.)/i(.s. Chiaram. lab. 20. — 19 Corp. in.icr. lai. 1, 03, 64 ; VI, 481; cf. Ephem. epigr. V, n.'iri.—WProMarc.i, 6; Corp. inscr. lat. VIlI,:i200: 111,4364; llullet. Munie. IV, 1870, lab. S, 6. — 21 Mus. Horhonico, VI. pl.n; Mucller-VVieseler, .Inlike Dcnlîmaeler,l\, 315;cf. Pelron. 5ff^ 29. V.d'aulresexenq>les de la nu^mc association, Jahrbilchcr des Vereins von'Alterth. iin liheinlande, .X.XXVII, p. lOG et suiv.
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de la Fortune envoyant le dieu du commerce à un de ses favoris. Son attitude est celle de la curiosit(' indillV' rente. Il y a d'autres Ircsques à Pompéi sur le même llième.
Fif;. 3iil. — I.a Fortune et Mercure.
toutes peintes à l'entrée des maisons qu'elles ornent '. De nombreuses inscriptions trouvées en divers lieux et des représentations plastiques, exhumées notamment en Gaule et sur les bords du Rliin, attestent la popularité de l'association des deux divinités-; Wieseler l'ait remarquer que Mercure et Fortuna ont des vocables communs, tels que Ilcdu.c, FeU:i\ Conservotor ou Conservairix, Hex ou Rcginii'K 11 n'en pouvait être autrement dans une civilisation oii, à partir de l'Empire, le tralic par terre ou par mer avait i)ris une grande extension, où l'idée de fortune était inséparable de celle de négoce, non pas seulement parce qu'elle exprimait la chance heureuse*, mais parce qu'elle devenait identique à celle de richesse.
Lorsque les cultes égyptiens s'acclimatèrent en Italie, les esprits furent frappés des traits de ressemblance que la déesse Isis olVrait avec la Fortuna des Romains '. De même que nous voyons Spes et probablement aussi Sahts confondues avec Fortuna en une seule figure réunissant leurs divers attributs, ainsi nous trouvons, surtout à partir du ii° siècle, quand le goût artistique décline, Isis joignant ;i ses emblèmes propres ceux que la tradition prêtait à Fortuna. Il existe des bronzes en assez grand nombre représentant une femme debout avec le gouvernail et la corne d'abondance, à ci'ité d'elle la boule ou la roue, symboles de la mobilité, quelquefois avec des ailes comme la Victoire, et en plus, accumulés tant bien que mal sur sa tête, avec la Heur de lotus, le croissant ou la pleine lune, l'uraeus, le modius, puis le sistre qui couronne ie tout : c'est l'image d'Isis-Fortuna ou Isitycliê, la plus populaire des divinités syncrétistes à partir du ii° siècle, celle par qui à Home, capitale religieuse du monde pa'ien. des hommes de toute provenance et do toute opinion pouvaient h; mieux se rencontrer dans un sentiment de piété commune °. Isis étant d'autre part vénérée sous le vocable de Panthca ', on comprend mieux toute la valeur de l'apostrophe de Pline l'Ancien ', reprochant aux Romains du temps de Vespasien de no plus adorer que Forluna et, dans la
1 llell.i.!;. WmilijemaeM,', |). 8, n. 1» et V3. — -' Curji. iiiscr. lai. Il, iloJ; 111. 5U8:t ; Vlll, iîSC, Pic. et Corp. inscr. R.hfn. 70. — 3 JahrliKecher des Vereins, et c. Isti V, p. 107. — '*\. les lexiques pour l'emploi sp(>cial de forltmae An pluriel, di^siguaut la richesse. — ^ V. sur ce poiul. outre l'article de Peter chez Koscher, Otiv. cit. p. I5;i0 et suiv. le suppléuieut de Drexler, Ht. \i. 1549 ; l.afaye, Histoire dit culte lies (/f'm'in'/i's f/'vl/cj'rtiK/rj*', p. 27S et suiv., el l'arlicle coukccopia, p. 1517. — *> V. l'inscription, Anniili del. Itistit. ISo5> p. 85 ; cf. Corp. inscr. lat. X,
Kig. 324i. — Isis-Forlune.
comptabilité de la vie, de ne mettre qu'elle à toutes les pages du doit et de l'avoir.
Mais tandis que l'existence d'Isis-Fortuna nous est garantie à la fois par un grand nombre de monuments figurés et par des inscriptions, sans parler d'un passage caractéristique d'.Xpulée ', il n'y a point de texte littéraire qui nous affirme un culte de Fortuna-Panthca, devenue telle à la faveur d'Isis. Il existe seulement un bon nombre de représentations, bronzes, lampes et pierres gravées, d'une image divine en qui se rencontrent les attributs d'Isis, ceux de Fortuna et en plus ceux des autres divinités favorables du Panthéon gréco-romain '". La multiplicité même des emblèmes empêche de reconnaître toujours quelle est la divinité dont l'artiste a voulu faire prédominer l'idée ; il est probable seulement que le plus souvent cette divinité est Fortuna, reconnaissable au gouvernail, à la boule et à la corne d'abondance ; et dans ces cas, Fortuna ne va jamais sans la déesse Isis; l'être de celle-ci fait corps avec le sien, alors que les attributs des autres divinités sont variables et accidentels. Le temple d'une -irivTtuv Tù/t,, mentionné par un mythographe " comme ayant été élevé par Trajan, peut d'autant moins correspondre à l'idée d'une Forluna-Panthea qu'on célébrait sa fête le 1" janvier, c'est-à-dire le jour où, pendant des siècles, il avait été d'usage d'offrir un vœu solennel pro reipublicae salutp. '-. 11 s'agit de la Fortuna de toutes les classes de la société romaine et non d'une Forluna résumant en elle toutes les divinités. L'évolution de la divinité de Fortuna n'en est pas moins complète lorsque l'idée monothéiste commence à s'acclimater à Rome ; après avoir personnifié dès l'origine la faveur des dieux, puis les chances variables, heureuses ou malheureuses des existences, elle rend inutiles les personnalités multiples des autres dieux en résumant leur action dans le monde.
Vocables de Forluna, tirés de sa nature morale. — Tychè en Grèce et Fortuna chez les Romains ont eu toutes deux à l'origine une signification exclusivement favorable L'idée d'inconstance d'abord, puis celle d'hostilité s'empare de son être, à mesure que le sentiment religieux s'altère et qu'une expérience plus attentive des choses de ce monde fait douter de la faveur des dieux. Mais tandis qu'en Grèce, il n'y a dans le culte que des personnifications d'Agathodaemon et d'Agathe Tychè, la conception de chance contraire restant une abstraction du langage commun, la religion des Romains a connu la Fortune sous le vocable de inala ou d'adcersa ; une déesse de ce nom parait avoir eu un temple sur l'Esquilin *'.
6303, oITraude de : soiiTis siunlii uëuphiticcm ccm coli-ari AnGt-fTEn. — 7 Corp. inscr. lat. X, 5800; cf. II). 1557 ; Ephem. epigr. IV, iOl, u. 7i3. — 8 Plia. B~isl. nat. Il, iJ. — » Apul. .Vetain. XI, 15. — lo V. Peler el Drcilcr ctie» Roscher. Op. cit. p. 1534, 1550 cl suiv. — » Lvd. De mens. IV, 7. L'inscription cher Orelli, 1752; Fortuna omnium {frnt(ittm\ rt deoritm) est fausse. — ** V. Mïri]uardl- .Uominscn, Koem. .Slanlsvfito. III, p. i66.— H Cic. -Vnf. Deor. III, i5, 63 ; teg. Il, II. iS; Tilj. IV. I. ISi;. Plin. J/ist. nat. M, 16.
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Comme on signale en ce lieu des sanctuaires de Febvis et de Mephitis, il est probable que la Fortuna mala représentait aussi à sa façon les maladies pestilentielles, endémiques en ce lieu'. Une variante adoucie de cette Fortune contraire est la Fortune douteuse: Vhcnta ou Dubia à qui Servius Tullius éleva un temple et dont la nature est interprétée en ces termes par une inscription : Fortuna spondet mulia mulllx, praesiat neiiàni-. Voilà la divinité de qui Pline dit qu'elle est honorée à grand renfort d'injures : cidu conviens coUlitr, injures dont il nous donne des échantillons passés en proverbe. On peut ranger dans la même catégorie la Fortuna Brevis à qui le roi Servius, s'il en faut croire Plutarque, dédia également un temple qui n'est pas autrement connu '. Parmi les dénominations favorables, la plus fréquente est Bona Fortuna, chez les écrivains à partir du vi' siècle parce qu'ils subissaient l'influence du vocable grec, puis, par imitation autant que par instinct, dans les inscriptions '. On y trouve le qualificatif bona associé à d'autres qui en spécifient la nature, comme donirstica, salutaris, ou relevé par un titre d'honneur tel que Hegina, Domina ''. Nous avons parlé déjà des statues de Praxitèle placées au Capitule sous le vocable de Bonus Eoentus et de Bona Fortuna; il est douteux que les monnaies de Valérien et de Galien qui nous otfrent une l'ortune debout, avec la légende Bonae Fortunae, reproduisent ce dernier chefd'u'uvre, et l'on ne sait pas du tout ce qu'était la vieille image en bois '^ que Verres dédaigna, quand il pilla le sacrarium de Heius ; Cicéron lui-même ne semble en faire une représentation de Bona Forlunn que par une plaisante hypothèse.
Des variantes de Fortuna Bona, tant chez les auteurs que sur les monnaies et dans les inscriptions, sont : Fortuna Obscquens, Fortuna Respiciens, Fortuna i]Ja)icns et Fortuna Félix. Les deux premières paraissent avoir eu chacune leur temple à Rome, celle-là au voisinage de la porte Capéne, fondation du roi Servius", celle-ci dans la région du Palatin et peut-être sur FEsquilin, si Plutarque ne l'y a pas placée par erreur '. Fortuna Obscquens est i)laisamment mise en scène par Plante sous la figure d'un esclave qui a tiré son maître d'un mauvais pas, puis associée àSalusa-xec la remarque : E castor ambae sunt bonae '. Il en existe des représentations sur des monnaies d'Antonin le Pieux '". La Fortuna Bcspicicns a dû jouir à Rome d'une certaine célébrité, car le regard de bienveillance qu'elle jette en arrière est d'un emploi fréquent chez les auteurs. Le passage de Juvénal que nous citons en note reçoit un commentaire très explicite de Finscription : fortunae augustae respicienti ". Fortuna Manens ou Stabilis est la divinité dans la jilus rare de ses attributions, celle que le peintre Apelles avait
1 Beckep, Topotjr. p. 82. — 2 Plut. Quw^st. liom. "îi : 'lU-jtïifiw.. ï,v HtTxà-.u.-/ <)-/o].LûXou(riv... Pour le sens du mot, v. Non. 396, 5. v, Cumcrc, d'après I.ucilius; Sen. £p. VIII, 3; Plin. £p. IX, 30 ; Orelli, Jnaci: 480C. Appelée duhia sur la /lasis CapitoUna, qui cite un vicus de la .\ni" reg. dénommé : Fortunae Dubiae ; cf. Ov. Fasi. VI, 784. — 3 pour Fortuna brevis, Plut. Quaest. Rom. "V: cf. Plin. loc. cit. : volubilia... et caeca existimata, vaga. inconstans, in certa, varia, indignorumquc fuutrix. — '» Pour les textes littéraires, v. les lexiques et Corp. inscr. lai. III, 4355; VI, 183 et 184. etc., VII, 07, avec Bonus Fventus. — '• Cohen-Feuardent, Méd. Imp.. Valérien pure, V, 301, -^0; Gailien, Ibid. 3:i7, n" 90. — 6 Cic. Verr. II, 4, 3. — i Plut. ioc. cit. La Oasis Capitolina le mentionne; Orelli, 5, p. 585, éd. Jordan. — 8 Curios.. p. 18 cl Oasis Capitolina, loc. cit. — 3 Plaut. Asin. 716. — 10 Cohen, Méd. Impér. Il, Antonin. p. 308, 383 ot suiv. — H Corp. inscr. lai. VI, 181; IK, 5178; Corp. inscr. lihen. 1583. V. entre autres Plaut. Capt. 835; Cic. JJe leg. II, 11, 28; Attic. I, 10, 0; Sen. Tranq. an. 8, 3 : Lacliures videbis i/uoi num-
32*3. — Fortuna Félix.
représentée assise et dont il avait dit lui-même, en se moquant, que le bonheur toutefois n'était guère solide '^ On connaît la strophe où Horace, se plaignant des caprices souvent cruels de Fortuna, conclut par la louange de celle qui ne change pas : laudo Mancntem^" ; même celle-là a des ailes. Nous la trouvons sur les monnaies de Commode, assise et retenant un cheval par la bride.
Enfin l'ortuna est aussi surnommée Félix, elle n'est alors qu'une doublure de félicitas, c'est-à-dire une personnification de la fécondité heureuse ", .appliqué à l'homme qu'elle favorise, le qualificatif /"e/w- a dans certains cas là valeur du terme moderne et trivial de chançard ou veinard; Juvénal, dans un passage où il exalte avec une ironie amère l'influence de la Fortune, en fait un emploi caractéristique avec ce sens'^. Fortuna Félix figure sur un grand nombre de monnaies impériales, le plus souvent debout (fig. 3243), quelquefois assise, avec les attributs ordinaires'".
Vocables de Fortuna tirés d'une particularité du culte. — Il n'y a pas de divinité que les Romains aient mieux adaptée à toutes les circonstances de la vie publique et privée, à tous les individus, à toutes les collectivités que Fortuna. Il semble qu'à son seul profit survivent à travers les temps historiques l'esprit de la religion primitive du Latium et les naïves personnifications des Indif/ilamenta. Voici d'abord Fortuna représentant la condition privée de chaque homme: l'rivata; elle avait un temple sur le Palatin, au dire de Plutarque qui en rapporte la fondation à Servius Tullius'''. Le sexe mâle a à sa disposition une Fortuna Barbota qui présidait à l'entrée de la jeunesse dans la virilité '" ; les jeunes filles vénéraient /^(»7i«!a Virgo; d'abord celle qui, voilée, avait son temple sur le Forum Boariuin, puis une autre dont le sanctuaire s'élevait auprès d'une fraîche fontaine, d'ailleurs inconnue". C'est à Fortuna Virgo que les jeunes filles vouaient leurs robes, ou à l'époque de la puberté, ou à celle du mariage. La Fortuna Virilis qui avait, elle aussi, un temple à Rome depuis le règne de Servius Tullius, temple dont on a cru découvrir les vestiges dans l'île du Tibre, était àproprementparler, pour les femmes, la personnification de la chance en maris-". Elles l'honoraient par une fête spéciale le i"'' avril, jour où l'on sacrifiait également, depuis 114 av. J.-C, à Vénus ]'erticordia'-'-. Les femmes de basse condition lui adressaient
iiuam P'ortuna respexit quam quos deseruit. Cf. Virg. Fct. I. -8 ; Calp. Fcl. IV, 46; Juv. Sa(. VII, 3, etc. — 12 Stob. Flor. 106, 60; cf. Liban. Fcplir. ; cf. Colicn, .Véd. Imp. Trajan, II, 34, n» 148 cl seq.; Adrien, I/iid. II, p. 108. n« 723 et passim. — 13 ()d. III, 29, 53. — 1^ Félicitas a parfois les attributs de P^ortuna ; ainsf au revers d'une monnaie de Probus où il y a en exergue Félicitas Sec. ot dans le cliamp une femme debout avec caducée et corne d'abondance, V. Bull. de la Commission des Anliq. Seiiie-lnfér. 1893, p. 266. — '■' Sat. VII, 190 et suiv.; cf. pour infelix entre autres l'iiaed. Fafi. 4, 2, 1. — IG Coheu, Op. cit. Commode, III, p. 240, u" 1;15 et seq. — '" Fort. Jtnm. 10; Quaest. Boin. 74. — 18 Augusl. Cil'. D. IV, Il ; 'l'ert. Ad nul. II, 11 et l'inscription Orelli, 1742. — 10 Arnob. II, 67; Augusl. Op. cil. VI, 9 ; Plut. (or. oi7. — 20 Fasti Praenest. \" avril (Corp. inscr. lat. I, p. 316 et 390); PluL loc. cit. Pour la question topographique, v. Jordan, Topographie der Stadt Rom. elo. I. 1, p. 161 et I, 2, p. 484, note 60. — 21 Cf. l'iul. .\um, 19; Macrob. Sat. I, 12 13.
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leurs hommages dans les bains publics, ce qui lui valul aussi le vocable de Balnearls '.
La plus célèbre des Forlunae préposées h la vie des femmes était celle qui avait pour vocable Mulicbris; l'institution de son culte était mise en relation avec l'histoire légendaire de Coriolan, levant le siège de sa patrie à la prière de Véturie et des femmes romaines ^ Son temple était au iv" miiliaire de la voie Latine, endroit où l'on plaçait l'entrevue fameuse do la mère et du fils. On peut voir dans Denys d'Halicarnasse, Valère Maxime et Plutarque, le récit détaillé de la fondation et des prodiges auxquels elle donna lieu. La particularité la plus remarquable, c'est que l'image de la Fortuna dans ce temple était double comme à Antium, ou comme à la limite des territoires de Calés et de Teanum'. La fête annuelle tombait aux calendes de décembre; seules des femmes qui n'avaient été mariées qu'une fois avaient le droit de toucher la statue de la déesse. Une monnaie avec l'image de Faustine jeune porte au revers celle di; Fortuna assise et en exergue : Forlunae Muliebri''. A ajouter à ces diverses représentations de la déesse honorée spécialement par les femmes : la Fortuna Mammosa, c'est-à-dire aux mamelles flasques et pendantes, qui avait donné son nom à un vicus de la région du Palatin et paraît avoir été la patronne du bas peuple ''.
Les Romains personnifiaient aussi la Fortune des familles et des associations : les inscriptions, en ce qui concerne les premières, nous donnent de nombreux exemples qui peuvent se passer de commentaires. Que les collèges des artisans et môme certaines associations commerciales se soient placées sous la garde d'une Fortuna spéciale, le fait est tout naturel et conforme aux habitudes romaines. Le document le plus curieux en ce genre est un cippe de marbre, trouvé près de VEmpo- 7'ium et qui porte une dédicace à la Fortuna Horreorum avec les emblèmes de la rame, de la boule, de la corne d'abondance propres à la déesse, et en plus une charrue °. Un autel exhumé sur le mont ïestaccio est dédié à la Fortuna Conservatrix Horreorum Galbianorum et au Genius Conservator des mêmes greniers; leurs images avec le gouvernail et la corne d'abondance sont sculptées sur les parois opposées "". Dans le même ordre d'idées il faut citer l'invocation à la divinité du collège des charpentiers: Numini Fortunac, et certaines inscriptions placées au nom d'un corps de troupes, soit k l'intention de laFortuneengénéral,soità celh'd'uno Fortune particulière à ce corps". L'intention première du culte de la Fortuna Equestris à Rome, à qui Q. Fulvius Flaccus éleva un temple au Champ de Mars en 170 av. J.-C, parait avoir été do placer tout l'ordre équestre sous la protection de la déesse '.
1 Ov. Jùist. IV, i-l.i et scq. . cf. rrullei-, lîoem. Mijth. I. p. IV.t. ti. i. Pour les Fortunan baltleares, v. Corp. inscr. lat. I, i, 2701 ; VI, \Si ; Froiil. Orat. p. i57, éd. Nab. — SFeslus, p. îiî ; Pudicitiae sif/iium, Val. Max. I, 8. 4 ; V, S, I ; Dion, liai. Vlll, 55 et seq. ; Plut. Marc. 37 ; Fort. Jlom. o. — 3 Strah. V, i49 .cr. Corp. inscr. lat. X, -4633. — l Coheu-Fcuardent, .l/eV. impér. t. III, p. Mb, Faustine jeune, n''lU7. — i" Curios. et Xol. p. '20, t'd. l*rellcr et liegionen. etc. du niùnie, p. 196. Siu- le sens de mammosa, cf. M. Hertz, Vindiciae GtiUiau. p. 7. — G Corp. inscr.lat. VI, ISSet 23G ; cf. Ephem. epii/r. IV, 7i3a. Conservatrix et Serealrijc sont, sans autre détermination, des vocables de Fortuna dans les inscriptions ; Corp. inscr. lat. III, 1038; 4iS9; VII, 211; 95i ; cf. Epliem. epiijr. II, GW. Ue mi!uie Satutaris; Ib. VI, 184; 201, 202 ; III, 3315. — ^ Corp. inscr. lai. VI, 3ii78. —8 II,. VII, 617; 1063, 1093. Pour la Fortune de certaines familles, v. Corp, inscr. lat. VI, 185 : F. Canccnsis;Jà. IX, 2123 : /•o/mceii.vis ; cf. VI, 186; 187; 189; 201; 8706; cf. Virg. Gcorg. IV, 209 : Mullosque per annos stat Fortuna lioinus ; Aen. III, 53, etc. — "T. I.iv. XI., 10, 10; V. plusliaul, p. 1268. — lOEckhcl, flocd-. imin. V, 313 ; Cohen,
En ce qui concerne la Fortune personnifiée du peuple romain tout entier, nous n'avons à ajouter à ce que nous disons plus haut sur le cuhe delà. Fortuna Publlca Populi Jlomani Qulrilium J'rlmigenia in colle Quirinali que ce qui concevRfila. Forluna Popiiii Romani, sans autre détermination. On larcncontre très fréquemment sur les monnaies'" et dans les auteurs" au tempsde la République, sur les monnaies des familles Arria et Sicinia, en buste seulement; sous l'empire en pied, tantôt debout, tantôt assise sur les monnaies de Galba et de Nerva'^. On ne lui connaît point de temple, mais il y a traces d'un autel en son honneur'^
De même que la superstition des foules avait, de toute antiquité, rattaché le culte romain de Fortuna au plus extraordinaire des rois, ainsi elle continua, jusqu'au déclin de l'empire, à créer des Forlunae spéciales, chaque fois qu'un citoyen, en paix ou en guerre, frappait les imaginations ou par sa chance ou par ses échecs subits ou retentissants. Les écrivains latins sont pleins d'expressions qui sont autant d'hommages à la popularité de cette Fortune; elles prennent une tournure presque exclusivement personnelle après la chute de la République et finissent par servir, surtout chez les écrivains comme dans les monuments publics, k caractériser la destinée des empereurs. On connaît le mot de César à son pilote et le culte spécial de Séjan pour Nortia, la Fortune de son pays d'origine '*. 11 semble qu'à la longue se soit élaborée la légende d'une Fortuna de la maison impériale, transmissible comme le pouvoir, et cela sous les espèces d'une statuette en airain ou en or qui ne devait point quitter la chambre à coucher de l'empereur. La plus ancienne des anecdotes relatives à cette divinité concerné Galba, sur les monnaies duquel on rencontre d'ailleurs fréquemment le type de Fortuna ; le texte de Suétone désigne la déesse protectrice de l'empereur par les mots de : Fortuna sua l'usculana ; c'était en effet dans sa villa deTusculum qu'il lui avait consacré un sanctuaire, l'y honorant par des supplications mensuelles et par une grande fête {pervigilium) tous les ans'^. On retrouve des cultes analogues et des histoires légendaires issues de ces cultes dans les biographies d'Antonin le Pieux etd'.Mexandre Sévère "'. Peut-être faut-il chercher la représentation de cette Fortuna des empereurs (appelée Aurea et Rt'r/ia) sur certaines monnaies où l'on voit (fig. 3:244) la déesse placée sur un piédestal ornée de guirlandes, avec la légende : fortu.na augist.v ou
.\UGUSTl'\
C'était là son titre officiel à Rome et dans les provinces ; on ne lui connaît point de temple dans la ville même,
^fonn. consul, pl. vn, [.\rria, 1 ; pi. xxxvni, Sicinia. — ** Les textes où elle figure sont asscr nombreux ; v. surtout T. Liv. I, 46, 5 ; II, 40, 13 ; III. T. 1 ; VI, 30, 6 ; vu, 34, 6. Cf. Lucau. Vlll, 086 ; cet auteur fait d'ailleurs uu emploi frtViuent jusqu'à l'abus de la Fortune divinisée et la prend presque toujours en mauvaise part. V. le lexique de l'édition d'Oudeudorp (Lusd. Kalav. 17281. Cf. Juv. X, 285 el Trojana Fortuna. .l«i. VI. 62 ; Tac. Hist. III, 46. clc. V. la Fortuna Fphesin. chez Cohen-Fcuardi-nt. II, p. 172. W 177. — 13 Cohen, Op. cit. t. I, Galba, p. 334; Xcrva. t. II. p. 7, n" 58 el s. La Fortuna P. II. est représenliîc assise tenant un sceptre cl des *pis.
— liCorp. inscr. lat. VU, 702. — !• Plut. Fort. nom. 6 : cf. Juv. X. "4 et 285. Pour César, adorateur de la Fortune, cf. Dio Cass. XLI, 39, 2. V. les expressions. F. Tultiana^ Torgiuitiana, Ftavia. etc. et d'une façon générale, F. Dcmcstica. Orelli, 1769 ; Corp. inscr.lat. 111,1009; 1939; 1398; VI, 204; 187; 189. — 15 Suel. Co/6. 4cl 18; cf. Colien- Keuardenl, Méd. Imprr. I, p. 323, n» 70 et seq. cl 343, n« 363. — 16 Jul. Capitol. Anton. Plus. 12; Marc. .KM. Phil.'; .\cl. Spart. Srt'. 23; .\mni. M.irc. XXX. 5. 18.
— n Cohen, Vespasien, t. 1, p. 3S0. W 172 et s. ; Titus, p. 436, n' 91 : Xena, /. c-
Fig. 3244. — Fortune .\u£rusle.
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quoiqu'il ait dû en exister ; un temple à Pompéi est attesté parde nombreuses inscriptions et par des ruines ' ; il y en a des vestiges sur divers points de l'Italie et même de lointaines provinces-; les monnaies, en tout cas, témoignent de sa grande popularité. On l'invoquait surtout pour la santé du prince et, quand il entreprenait un voyage, pour son heureux retour^. La Foriuna Redux, si fréquemment nommée, date du règne d'Auguste'. Le culte en fut institué officiellement à Rome après le voyage que l'empereur avait fait, l'an 19 av. J.-C, en Sicile, en Grèce, en .\sie Mineure et en Syrie. Le 12 octobre, jour du retour à Rome, devint un jour de fête annuel, ainsi que le 15 décembre, date à laquelle fut consacré, près de la porte Capène, l'autel élevé à Foriuna Redux '. La supplicalio annuelle était faite sous la présidence des Pontifes et des Vestales ; quant aux fêtes de la dédicace en octobre, elles devinrent l'occasion de grands jeux qui duraient huit et même dix jours, sous le titre d'AugusIalin, les honneijrs à Foriuna Redux tombant le dernier jour. L'exemple d'Auguste eut durant deux siècles au moins de nombreux imitateurs; l'invocation à Foriuna Redux fit pour ainsi dire partie du cérémonial officiel des voyages impériaux ; nous en avons des témoignages formels pour les règnes de Vespasien 70 ap. J.-C), de Domitien (89), de Trajan (101), de Marc-.\urèle (172), et d'Antonin le Pieux (213) ^ Quand Domitien revint de Germanie, il ne se contenta pas de l'autel et delà supplicaiio ordinaires; il fit élever sur le Champ de Mars un temple à la Fortune qui avait procuré son retour'. En ces diverses occasions, cette divinité était mise au rang des plus éminentes et nommée dans les invocations avec tous les grands dieux de Rome*. 11 est probable que c'est au temple élevé par Domitien qu'il faut rapporter les inscriptions oii il est question d'un Collegium salutare Fort. Reducis, d'un aediluus et d'un sacerdos de la même divinité à Rome'. Des particuliers même usaient des honneurs décernés à Foriuna Redux pour faire la cour à l'empereur, comme le prouvent des inscriptions trouvées en Italie et dans les provinces. Quant aux monnaies impériales, de Vespasien à Dioclétien, le type de cette divinité est de ceux quelles nous ofl'rent le plus fréquemment. Elle y est représentée le plus souvent assise (fig. 3243) '°, d'autres fois debout avec le modius en tête, des épis, un rameau, une patère, un caducée, un sceptre, une guirlande dans la main droite, ici avec le gouvernail, là avec la corne d'abondance, ailleurs avec une proue de navire, d'autres fois avec tous ces attributs ensemble. Sur certaines monnaies elle est groupée avec l'empereur qu'elle a protégé " ; Hadrien lui tend la
* Monimsen, Corp. iiisci'. lai. X, n" iiQ; cf. Ovcrbeck, Pûmjieji, p. 114 et suiv. — iCorp.inscr. lai. VIII, 1311, 1374; 111,1014; Orelli. ICG2. — 3 Cohen, 1. 1, p. 323, Galba, n" 70 ; Th. p. 3S0, n*' 1 ~i et scq. ; Yesp. Cf. la TJ/r^ otZtic-.o^ sur les nioimaies d'Alexandrie, Kckliel, Doctr. num. IV, p. GO. — t Tj/y; 'ETravaYidYÔ; en grec (I)io. Cass. LIX, 10, 4) ou Eur/.jio; (Apollon. III, 3). — 5 Fasl. Aniit. Corp. inscr. lai. I, p. 323 et IX, 4192 ; X, 3682 et 8375. V. le cnnimcnlaire de Mommsen, Monument. Ancyr. p. 20 et suiv. Le Kal. Cumanuni donne le 15 dr'cembre qui est la date exacte. — G Henzen, Acta Fratr. Arv. XC\'ll et 8tl ; cf. Corp. viser, lat. VI, p. 500 et 76. 196-200; Mart. VIII, 63, 1 et .\cln, etc. CXXII et 122; Ih. CXLII et 124; Corp. inscr. lai. IX, 5177 ; Acla, CXCVll et 86. - 'i Cf. liecker, Topogr. p. 642. Allusion cliez Clandian. Consul. lion. 1 et seq. : Aurea Forlunae rerluci si templa priores Ob redilum vovere Oucum. — 8 V. les invocations des Arvales citi^es plus haut.— » Corp. inscr. lai. VI, 10251 ; 8705. — 10 V. Colicn-Feuardent, Méd.
3245. — Fortune Redax.
main; Commode et Septime Sévère lui ofifrent des sacrifices; ou bien un temple est représenté au revers avec, en exergue, l'altrilaition : Fort. Red. C'est un détail caractéristique que, les honneurs à Foriuna Redux étant si fréquents, ceux rendus à la même divinité avec le vocable de Dux soient relativement rares'-; ce dernier emploi l'associait naturellement au Z.oi- vialis&vec lequel on la trouve également groupée sous le vocable de ^erfuj,-; mais il y avait moins de flatterie à prier une divinité au départ de l'empereur qu'à lui rendre grâces pour son retour. Les Arvales sacrilientà Foriuna Buxquand Caracalla s'apprête à partir pour la Nicomédie; lors du voyage de Marc-Aurèle en Orient '176) des monnaies furent frappées représentant Foriuna Dux assise, avec la corne d'abondance, le gouvernail, la boule et sous son siège la roue'^
Dans ces divers emplois, qu'il s'agisse de la protection du souverain, de celle d'une ville ou d'un particulier, Fortutia, dont lafaveur à Rome est allée en croissant jusqu'aux temps des Sévère, se confond très souvent avec TUTELA, divinité sans doute aussi ancienne qu'elle, et qui n'est autre que le genius de nature féminine". Il arrive même que Foriuna prend le surnom de Tutela dans les inscriptions ; les deux divinités y sont fréquemment nommées ensemble et alors, d'ordinaire, en compagnie du Genius loci, comme Foriuna, divinité individuelle, est associée àSalus et aux dieux de la médecine, Esculape et Hygie '^. A la Tychô des villes, vulgarisée en Orient par l'influence romaine, semble correspondre en Occident, et tout particulièrement en Espagne, la Tutela qui donne (sous la forme Tudela) son nom à un grand nombre de localités '°.
Représentations figurées. — De même que l'être divin de Fortuna semble s'être constitué à l'aide d'emprunts faits à la personnalité d'autres divinités féminines, plus anciennes qu'elle et plus précises, ainsi les formessouslesquelles nous la présente l'art gréco-romain n'ont rien de rigoureusement personnel; elles ne sont que des adaptations et des combinaisons d'attributs précédemment possédés par des dieux plus éminents. Ce n'est pas assez dire que» parmi les divinités grecques, Tychè est une de celles dont le cycle figuré est le moins riche" »; il y faut ajouter que ses représentations connues n'ont rien d'original, et pour les plus anciennes, que leur attribution n'est même pas certaine. Nous avons déjà dit qu'on ne saurait accepter l'affirmation de Pausanias que Boupalos ait créé le type de Tycliè pour la ville de Smyrne, quoique la déesse sculptée par lui portât le polos en tête et la corne d'abondance dans une main, ces emblèmes ayant appartenu à d'autres divinités féminines. De même la Tychè de Damophon, sur laquelle tout détail manque, paraît avoir été la divinité protectrice de Messéné, associée à un culte d'Artémis Phosphoros '*. De celle qui est attribuée aux sculpteurs Xénophon
impi:r. Septime Sévère, IV, p. 23, n"* 82 et S3 et passini. V. surtout Valiîrien le pi'TC, Gallien, Dioclétien, après ceux que nous avons nommiîs. — 11 Jb. Trajan, l. II, p. 34, n" lôôct surtout Adrien. l'A. p. 171, n" 761. — '2 Corp. inscr. etc. III, 1422 ; Cohcn-Feuardent, Ib. III. p. 22, n' 203. — " Acta, etc. CCI et 122 (année 214) ; cf. Corp. inscr. lat. IX. 2104. On peut considérer comme une repré.'senlation de Fortuna Redux la déesse qui figure sur un bas-reliof trouvé à Rome, Mueller-Wieseler, Denkmaeler, II. pi. xxin, n' 391. — H Orclli, 1736, 1737, 1745 et Corp. inscr. etc. VI, 177, 178 et seq. — IS Orelli, 1748 et Corp. ib. 190; Henîcn. 5615; Corp. inscr. Ilhen. 451, 975; Ephcm. epigr. V, n» 20; Cor;), inscr. Int. Vil. 370; III, 1008; X, 1568, — 1» Cf. Preller, Jloem. iMylli. 11,202, n. 1 avec les textes cités. — 1' Allègre, Op. cil. p. 218 et tout le chapitre. — 18 Pans. IV, 30, 6; Vlll. 31, 10; cf. II. lîrnnu, l'ieich. der griech. Kùnstler, I, p. 40 et 28S.
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Fiîr. Z'IitK — Monnaie de Mélos.
Fig. 3247. — Monnaie de Mégare.
etKallistonikos et qui portait le petit Ploulos sur le bras comme l'Kiréné de Céphisodote, peut-être rappelée sur une monnaif! du Mélos (lig. liMCt) ', nous savons seulement qu'elle était placée dans un temple à Thèbes: une méprise sur sa vraie nature est probable. On n'est pas plus renscifjné sur l'Af^athè Tychè de Praxitèle qui vint avec le Bonus Eventus au Capitole de Rome; la Tychè que le même artiste aurait sculptée pour un temple de Mégare se voit peut-être (fig. 3247) sur quelques monnaies de cette ville à l'effigie de plusieurs empereurs romains-. Reste la Tychè d'Antioche par Eutychidês, dont il existe de nombreuses reproductions sur les monnaies et entre autres une statue célèbre au Vatican représentée plus haut (fig. 3237). 0. Millier a montré avec raison qu'il y avait là moins une représentation de Tychè que la personnification de la ville même d'Antioche '. Nous avons fait mention plus haut de la fantaisie d'Apelles peignant Tychè assise '*.
En dehors de ces œuvres diverses il n'existe rienqui permette d'affirmer que Tychè ait été représen tée courammen t et de façon reconnaissable, par les artistes grecs, avant les temps de la conquête par les Romains et l'inlluence du culte de Fortuna. Il n'y a d'exception que pour le cas particulier d'Agathe Tychè associée à Agathodaemon^ Le bas-relief trouvé à Aquilée montrant ce génie sous la forme d'un phallus ailé à côté duquel est Fortuna, reconnaissablé au gouvernail, est postérieur à Auguste comme toutes les représentations où cet emblème figure''.
A vrai dire la corne d'abondance [cornucopia] est le seul attribut de Tychè suivant les idées des Grecs ■" et il ne lui est échu que par assimilation ".Elle le tient généralement dans le pli du bras gauche, la partie évasée à la hauteur de la tête ; dans la droite les artistes mettent ou des épis, ou le caducée, ouune patère, ou surtout le gouvernail. Peut-être faut-il voir une Tychè dans la ligure d'un bas-relief votif trouvé au Piréc qui nous mon tre(lig. 32 i8) une jeune femme assise avec une phiale et la corne d'abondance, tandis qu'un adorant est deboutdevant elle^. Le polos ou modius quePausanias signale parmi les traits de la Tychè de Boupalos est encore moins propre à la déesse que la corne d'abondance'". En ce qui concerne la roue, symbole de
l'aus. IX, 16. 2 : riiu. Hist. nat. \X\VI, 23. Tour la monnaie de M^-los, voy. (Jci'liard, Gesam. akad. Ahlmiull. Allas, pi. u, 13; Athen. Milt/ieil. 1800, p. 246; cl", clioï Miioller-Wioseler, Denkmaeter, II, 1, 09 a et 00 6 (pi. viii), une pierre gravée et une monnaie d'Athènes représentant une divinité, probablement Coré, qui porte un enfant lequel tient lui-même une corne d'abondance ; et Gerliard, Piodrom. 79. 64; Élite céram. I, p. 80, 300; 11, p. 145. — 2 Imhoof- Btiimner et l'ercy-Garduer, Iftanism. commenlar on Pattsauitis, Mégare, [I, pi. a, liv. —3 Pans. VI, 2, 7; cf. Brunn, Op. cit. I, p. 412; Mucllcr-Wicselcr, Op. cil. II, 1, 220 cl suiv. ; pi. xi.ix et p. 42 (2" édit.). — ' Stob. Flor. 106, 60. Il importe de remarquer ([ue Praxitèle et Apelles ont représenté Tychè comme d'autres abstractions divinisées qui n'ont jamais été l'objet d'aucun culte. — '^ Bcrtoli, Antiq. di Aquileia, p. 33 ; Gerhard, Gesam. akad. .\bhandt. atlas. LI. 3. Sur les vases à figures rouges du v" et du iv" siècle, l'idée de chance est personnifiée parfois sous les Irails cl sous le nom d'Eiiiuxt» ; Monuments publiés par IWssoc. des études grecques, 188000, p. 18-10. — C 11 paraît étrange que le gouvernail donné déjà à Tychè par la poésie do Pindare [Ohjmp. Xll,iuit.; Plut. Fort. Rom. 4(et d'Kschylc(.4y«ni.6ôC et auiv.; cf. Eurip. Ilel. 411; Anaxandrid. Con}, gr. fragm. Didot, p. 41U) ait passé si tard dans les représentations figurées de la divinité. C'est une preuve, avec [tliisieurs autres, que le culte de T\chè-rortuna a longkMups lardé à devenir
versatilité, la sphère ou globe qui ont cette même signification et celle de l'empire étendu sur lequel s'étend le
Fig. 3248. — Tychè.
pouvoir de Fortuna", ce sont des attributs d'origine romaine tout comme le gouvernail; il en est de même de la proue do navire. Les monnaies impériales, aussi bien en Orient qu'en Occident, nous offrent Fortuna avec ces attributs divers groupés et variés à l'infini. On peut les ramener à deux types : l'un de la déesse debout qui est de beaucoup le plus fréquent, l'autre de la déesse assise. 11 en existe quelques représentations ailées. Nous avons dit plus haut quelles modifications diverses lui sont imposées à raison de cultes particuliers ou de son absorption dans la figure d'Isis. J. A Hild.
FOUULI. — On donnait ce nom aux boites [c.\ps.\] et aux meubles ou casiers [bibliothec.\] dans lesquels on serrait les livres'. Auguste renferma les livres sibyllins dans deux fondi dorés qu'il déposa sous la base de la statue d'Apollon Palatin-.
On appelait aussi fovuli des loges du cirque plus petites que les loges désignées sous le nom de fort [cincus] '. A l'origine ces loges, grandes et petites, furent construites, à leurs frais, par les sénateurs et chevaliers aux places que Tarquin leur avait réservées dans le grand cirque. Elles étaient soutenues sur des échafauds hauts de douze pieds''. H. Tuéde.v.vt.
FORU.M. — Dans le sens le plus simple, un forum est une place découverte. A une époque très ancienne on donna ce nom aux places réservées devant les tombeaux ' .
Des champs de foire situés dans la campagne, généralement sur le bord des routes et à portée de plusieurs
vraiment populaire. — " Arnob. VI, 25 : Fortuna eum cornu pomis ficis aut fruqibus nutumnalihus pleno, Oa peut voir par exemple par les monnaies de Fausline jeune, Cohen-Feuardent, III. p. 145. n" lit. combien il est difficile de se régler sur certains attributs pour déterminer t'èlre d'une divinité allégorique. Celle monnaie nous offre tiilnritas avec la corne d'abondance et une longue palme. Cf. Ib. Commode, p. 277. n" 376, les .Monetae avec la corne égalemeot ; Vîlellius. I. p. 361. Pas, etc. — * Outre le chapitre de M. .allègre cité plus haut. v. dans l'article de Peler (Roschcr, Op. cit. p. 1503 et seq.i, l'inventaire à peu près complet de loutes les représentations figurées de Fortuna aujourd'hui connues. — 9 Scbocne, Oriech. Iteliefs. n* 107. — <0 V. la boule comme attribut d'.\pbrodile victorieuse. chez Mueller-Wieseler. Op. cil. II. î. n' 201. p. 227 et pi. iivn. — n V. chei Mueller-Wieseler, Op. cit. Il, I, pi. vm et p. 61 (u* 96K Déméter avec le morfius sur la télc, d'après un bas-reliof trouvé à Eleusis, aujourd'hui au Louvre, Froehncr, .Xotice de la sculpture antique, I, n» 63.
rOBl'LI. — I Juven. III. 219. — i Suel. Aug. XXXI. — 3 Fesl. ap. Paul. Uiac. VI, .T. r. yontm : « Fori siguificani circensia spectacula ex quibus minores forulos dicimus. » Ici spi'Ctacula a le sens de place. — • Liv, I. XXXV.
FORL'M.i Leg. XIItahularum,i.iAns Fontes jurisromani antiqui, M. Bruns, lab. X 10 (p. 34); Cie. Leg. Il, 24; Veslus ap P.aul. Diac. ,î. r. Forum.
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centres d'habitation, furent aussi appelés fora, parce qu'ils étaient une grande place. Pour la même raison, dans les villes, le nom forum fut attribué à des marchés, à des places destinées aux tribunaux et aux manifestations de la vie publique ou municipale, enfin à des lieux de promenade et d'agrément uniquement construits pour l'ornementation des villes. Souvent le même forum servait à ces différents usages.
Dans les camps, aussi, à côté du prétoire, on réservait une place carrée, appelée forum.
I. Forum, champ de foire, marché. — Ces champs de foire étaient situés dans la campagne: ils desservaient plusieurs villages ou liameaux non encore constitués en commune ou attribués à une colonie ou à un municipe trop éloignés. Pour que l'abord en ï(\i facile aux populations voisines, on les plaçait d'ordinaire au bord des routes. Et, comme ces populations avaient l'habitude de s'y réunir périodiquement, comme il était facile de les y convoquer, les forum devinrent en même temps le lieu des assemblées, le centre de la vie municipale, ou plutôt de ce qui en tenait lieu à ces populations non encore organisées. La construction des grandes voies de l'empire romain fut souvent l'occasion de la création de ces centres de commerce et de réunion. C'est ainsi qu'Appius, en même temps que la voie Appienne, établit \e Forum A / ip ii enlre Rome et Terracine '.Le marché s'appelait /"orî;/;;, le lieu de réunion co.nciliabulum ; mais il est probable que le plus souvent le forum avait ce double emploi. C'est là que jusqu'à la fondation d'une ville, la population habitant le territoire du forum ou conciUabulniH lientses marchés, lève ses troupes, rend la justice, accomplit ses cérémonies religieuses; c'est là qu'est le siège d'administration-. Fora et conciliabula avaient une organisation spéciale, un droit particulier dont le caractère essentiel était de ne pas former d'unité juridique et de ne pas constituer, pour celui qui y habitait, un statut personnel survivant au changement de résidence^.
Grâce à leur situation avantageuse, grâce aussi à l'activité qu'y entretenaient le commerce et les réunions dont ils étaient le centre, un grand nombre de forum devinrent des villes importantes. Souvent alors on y envoya des colonies ou bien on les érigea en municipes''. Un très grand nombre d'entre eux conservèrent le nom Forum qui nous aide à les reconnaître. Telle est l'origine des villes antiques qui portaient les noms de Forum Sempronil (municipe d'Ombrie), Forum Julii (colonie de la iVarbonnaise), Formn Srguxiavorum (colonie de la Gaule), etc. Certains forum, Forum Appii par exemple, restèrent toujours de simples hameaux^
Quelquefois les auteurs ont donné le nom de forum à des villes qui étaient le centre d'un commerce important''. Mais c'est une simple ([ualilication (|ui n'entre pas
* De môme : Forum Anrelii, sur la via .\ur(>Iia ; l'nntm Cassil, sur la via Cassia; Forum Domilii, sur la via Domitia ; Forum FUimiiiii, sur la via Flaminia. iielocli (Der italischc Buiul, yi. lO'J) |ionse que ces forum furoul pouj)lc;s par des citojens romains qui, eu (ieiiaiipe H'iine concession de Icrrcs, avaient la charge d'eiilrelcnir les roules. 11 esl proluihlc t[w plusieurs de ces /"on»», silu^-s sur des routes qui servaient de passage liahitiiel aux arnii'es, comme le Forum Julii de Narijonnaisc. par exemple, avaient 616 CTÙùs i)Our aider aussi au ravilaillerncnt des troupes de passage (cf. C. Jullian, Fréjus romain, p. 12). — 2 Cf. Manjuardl, llomi. Slunlsv. t. I, 10 ; trad. Wciss. Lucas, Urgan. de Vemp. rom. I, 13 ; Liv. VII, 13; XXV, 5; XXXIX, U; XI,, 37; Varr. Ling. ht. V, I4S. — 3 Cf. Mommsen, llijm. Stiinlar. III, 775 ; trad. (iirard, Le droit public romain, t. VI, 2" part. p. 419. Sur la situation des forum an point de vue municii>al, cf. co^cn.IAu^;Ll!M et ta bibliographie indiqui5c à cet article. — '• Cf. Mommsen, ;. c. p. 778; trad. Girard, p. 4iC. — 6 Ibid. — C Sallust. Jiir/. XLVII. — 7 Kous donnons lï>numi^ration qui suit d'après Varron, Ling. lot.
dans le nom officiel de ces villes. Celles-ci par conséquent n'ont aucun rapport avec les forum dont nous venons de parler, et cette appellation ne préjuge rien sur leur organisation municipale. C'est dans le même sens que nous appelons Tombouctou le marché du Soudan.
IL Forum des villes. — On appelait ainsi les marchés et les places où se tenaient les assemblées populaires et les trii)unaux. Quelquefois le marché, surtout à l'origine, se confondait avec le forum judiciaire et politique ou municipal; quelquefois il était, comme à Pompéi, placé à côté. D'autres fois il en était complètement séparé. Une grande ville comme Rome n'aurait pu se contenter d'un seul marclié. Quand la vie publique eut complètement envahi le forum romain, il se forma, dans différents quartiers de la ville, des marchés distingués par le nom des denrées qu'on y vendait '^ : le forum piscatorium ou marché aux poissons, le forum oliiorium ou marché aux légumes, le forum hoarium ou marché aux bœufs, le forum suarium ou marché aux porcs, le forum vinarium ou marché au vin, le forum cupedinis (marché de comestibles "), etc. Plus tard, quand les marchands eurent adopté un lieu unique pour l'exposition et la vente des vivres, on construisit des halles qui furent appelées macrlln''. Aussi on voit à Rome le plus grand nombre des forum particuliers disparaître, et, peu à peu, de grands marchés s'élever : le macellum magnum sur le Caelius '", \emaccllum Liviae sur l'Esquilin". La Notilia, en effet, ne mentionne plus que le forum boarhtm et le forum suarium'^. Cependant l'appellation forum ne disparaît pas et le macellum Liviae s'appelait aussi forum Fsquilinum". Suivant Acron chacune des régions de Rome aurait eu son marché ou forum''.
Le plus célèbre des forum politiques et judiciaires'^ est celui de Rome. Il a d'ailleurs servi de type aux forum provinciaux; les villes, se modelant à l'image de Rome, voulaient, comme elle, avoir leur capilole, leur forum et leur champ de Mars.
Dans les colonies, surtout dans les colonies militaires, qui devaient être, à la manière des camps, établies d'après des règles antiques et consacrées par la religion, le forum existait nécessairement. Théoriquement il devait occuper le centre de la ville, au point d'intersection du cardo maximus et du decumanus ma.rimiis "''. .le dis théoriquement, car, bien des fois, il fallait tenir compte d'une ville déjà existante ou de la nature du terrain ; souvent même la ville était située sur une hauteur ou sur des rochers escarpés, tiui, à cause de leur stérilité, ne liguraient pas dans la limitation'''.
Vitruve donne les règles que doivent observer les architectes dans la construction et la disposition des forum : « Les forum chez les Grecs sont carrés, entourés de doubles et amples portiques, dont les colonnes serrées
V, 146; cf. Ulpian. Digest. 1. 1 \ 11 ; Feslus, ap. Paul. Diac. .^. r. Boarium ; Coluni. Vlll, 17 in line; Corp. inscr. lat. XIV, 430; Tacit. Ann. Il, 49; Cnmmentarii diurui, dans Corp. inscr. lat. I, 1" août, i" d(''cembre. — " Feslus, ap. Paul. Diac. s. V. Cuppes et Cuppedin : » Cuppes et cuppedia antiqui lautiores cibos noininabant ; inde et tttaCfUum pt forum cupfdinis appeltabaut >'. — 1* Vai-r. /.ing. /. V, 147. — 10 Ckriosum l'rbis, Regio II, dans IJrlichs, Coder liomae Inpograp/iicus, p. 2, 12; De regioinbus, Uegio II, Ibid. p. 3, 12. — 1' Cur. Urb. Keg. V : Dr rrg. Reg. V, ap. Urlichs, p. (i, 10 et 7, 10. — '-'Cf. Jordan, Topographie dvr Stadt llom im Allerthum. II, p. 213 s. — 13 Lanciani. Ancient Jtome in thc ligltt of récent discol'eries, p. 152. — H Acre ap. Horat. Serm. \, (i, 113; cf. Jordan, l. c. p. 115.
— !■• « Le forum où l'on rend la justice, ovi l'on convoque le peuple, où l'on traite les affaires publiques » (Dionys. III, 67). — i""' llypin. De limit. const. p. 180.
— 17 Mai-quardt. Dnm. .Slaat.<iverwallHng, I, p. 4G0; trail. Weiss-I.ucas, Organis. de l'empire romain, 1. 1, p. 172.
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soutiennent des architraves do pierre ou de marbre que surmontent des galeries. Ce n'est pas ainsi que doivent être construits les forum des villes d'Italie, parce que nos ancêtres nous ont transmis l'usage d'y donner des combats de gladiateurs; les colonnes doivent donc, pour celte raison, être plus espacées. Sous les portiques, les boutiques des changeurs, et, au-dessus, les tribunes seront disposées de la façon la plus commode pourl'usagc qu'on on doit faire et pour la perception des publica vectifjalia. Il faut qu'il y ait proportion entre les dimensions du forum et la population ; sans cela la place pourrait manquer ou le forum, trop peu rempli, paraître vide. La largeur aura les deux tiers de la longueur, la forme sera donc celle d'un rectangle, disposition plus commode pour les spectacles. Les colonnes du second étage seront d'un quart moins grandes que celles du premier, qui, étant plus chargées, doivent être plus fortes'. » Vitruve s'occupe ensuite des monuments qui doivent entourer le forum : les temples, la basilique, le trésor public, la prison et la curie- dont les dimensions seront proportionnées à celles du forum.
FORUM DE HOME. — Avant de décrire le Forum de Rome nous exposerons brièvement ce que l'on sait de ses origines plus légendaires qu'historiques.
Après les combats auxquels mil lin l'intervention des Sabines, Romulus, roi de Rome, et T. Talius, roi des Sabins, conclurent une alliance : les deux peuples, réunis en un seul, seraient gouvernés par les deux rois'. Ceux-ci s'étaient rencontrés entre les deux villes, sur le lieu même où leurs armées s'étaient livré bataille*. Cet endroit fut dès lors appelé coniitium, du mot coii'e^; dans l'avenir il justifia plus encore ce nom en devenant le lieu de réunion des comices ou assemblées poliliques\
Le comitium était altenanlà une vallée boisée, malsaine et marécageuse ; les eaux du Tibre, qui y arrivaient par le Vélabre, et les pluies en faisaient, au moins pendant la mauvaise saison, un véritable marais'. Sans doute, par suite de l'alliance, on construisit une route à travers le marécage ; ce devait être une chaussée qui, parlant des dernières pentes du monl Capiiolin, rejoignait, à l'autre extrémité de la vallée, la Velia, lieu plus élevé qui se rattachait aux hauteurs du Palatin ; les deux villes unies se trouvaient ainsi reliées par une voie directe : ce fut l'origine de la Voie Sacrée '. Sur le comitium, TuUus Hostilius, le second successeur de Romulus, construisit le palais du sénat qui, du nom de son fondateur, s'appela curin Hoslilia'^. A Ancus Marcius et à Servius TuUius, on dut la prison, TuWninim, voisine des comices'". Enfin en desséchant complètement, par la création de la cloaca maxima, le terrain déboisé par Romulus et Tatius", les Tarquins agrandirent le Forum
1 Vilniv.V, I. — 2 Ihkl. l-i. —3 Liv. I, 13; Dioiijs. U, ii; : Plul. Romulus. XIX. — '* Liv. I. 13. Suivant Appicn {Flist. rotii. /Vrtffm.lV, lîdit. Uidot}. rcnlrcvuc aurait eu lieu sur la Voie Sacrée. — *• Varr. Ling. lat. V. 155 (éd. .Nisard) ; t'iut. llom. XIX ; Ascooius, in U Yen: 1, § 58. — C Ces étjinologics : Coinilium, curin Mostilin, Tuliianum, tacus Curtius> etc. sont fausses et fabriquées après coup (cf. Jordan, O. l.li. p. 519 cl 12, p. 316, note 1). — ^ Toutes les anciennes traditions sont d'accord sur ce point, par exemple l'aventure de Cnrtius (I)ionjs. II. -121 ; cf. Vir^. Acn. VIII, 3fil ; Ovid. l-'ast. VI, 40I-W8 ; Propert. IV, ;', 5 ; Tilmll. Il, ,ï, 33 ; llionvs, II, 50, I.c forum continua à être inondé de tem|is à antre (liion, l.lil, 20). et il l'est encore (|neIi|ucfois do nos jours. — S |,a roule cvislait peut-être avant l'alliance des deux rois ; ou en peut donner comme preuve ce fait que suivant Denys d'Ilalicarnasse (II, 50) et .\iquen (//. It. Fraf/in. IV) l'entrevue de Komulus et de Tatius aurait eu lien sur la Voie Sacrée. Mais, outre qu'une roule est nn endroit mal choisi ()Our conclure un traité, Denys dit lui-même que le Konmi, à celte époque, était une forêt marécageuse ; il ajoute ((ue les deux rois firent abattre les arbres,
OU marché, lui donnèrent une forme régulière et l'entourèrent de portiques '-.
Telles sont les origines légendaires du comiiitim, du Forum et de la Voie Sacrée. Ce n'est pas le lieu de les discuter ici, après beaucoup d'autres ; les historiens ont cherché, avec plus ou moins de succès, à dégager l'histoire de la légende dans des ouvrages auxquels nous renvoyons le lecteur '^
Peut-être le Forum fut-il, à une époque très ancienne et antérieure au comitium, un marché ou champ de foire commun aux populations diverses qui occupaient les hauteurs voisines. 11 est probable qu'il fut au moins contemporain du comitium, cl certainement on n'attendit pas, pour y tenir un marché, l'achèvement par le dernier des rois do la cloaca maxima^'. En tout cas, l'époque historique nous montre Rome protégée par l'enceinte attribuée ii Servius Tuilius, pourvue d'un Capilole et d'une citadelle, d'un forum et du comitium.
Le forum est commun à Rome et à beaucoup d'autres villes. Il n'en est pas.de même du comitium, qui ne se retrouve pas ailleurs qu'à Rome'". Le comitium et le Forum sont donc absolument distincts. ^Is étaient, l'un et l'autre, une place découverte, entourée d'édifices publics T) mais leur origine et leur destination primitives sont aussi diverses que leur nom. On ne saurait cependant les séparer ni dans l'exposé des faits historiques ni dans les recherches archéologiques. Quand, après les rois, la vie publique prit à Rome une plus grande extension, quand, par suite, le Forum cessa d'être un simple marché, ses destinées furent tellement liées à celles du comitium, il y eut, de l'un à l'autre, un tel flux et reflux d'événements, qu'on '"^ . ne pourrait pas traiter séparément de l'un ou de l'autre /
sanscouperpar moitié l'histoirede la république romaine-. '
Au comitium s'élève la curie, lieu ordinaire des séances du Sénat'"; là aussi se réunissent les comitia rMr((7?a'", institution patricienne. Le comitium est la citadelle des traditions et du gouvernement aristocratiques. Au forum se réunissent les assemblées populaires et les comitia tiibuta". La tribune est dressée sur les confins du forum et du comitium". De là les tribuns dirigent le combat et conduisent le peuple à l'assaut du comitium et à la conquête des droits politiques. Aussi la lutte est souvent ardente; le Forum a ses « journées » plus d'une fois sanglantes-": c'est la conquête du tribunat, puis du consulat ; c'est le retour périodique des propositions de lois agraires; c'est la mise en accusation d'hommes soutenus ou attaqués par l'un ou l'autre parti. Tout cela ne va pas sans violences réciproques, sans que les tribuns se précipitent des portes de la curie à la tribune pour dévoiler au peuple les projets du Sénat-'. Le peuple envahit le comitium et entoure la curie pour
combler le marais et créèrent ainsi le Forum (II* 50'. Il semble bien, autant qu'on peut raisonner sur ces époques légendaires, que la coustruclion de la route dut être le rêsullal de ces travaux. — 9 Varr. Ling. lat. V, 155 ; Liv. I, 30; Cic. Ve rt-p. II. 17. — 10 Varr. V, l.">l ; Festns, s. v. Tuliianum. — Il Dionys. II, 50. — 12 l.iv. 1,35,38, 56; Dionys. III. îi, 67 ; Plin. Hist. iia(. XXXVI. 2*.3. — 13 Cf. Beauforl. Dissertation sur l'incertitude des eiug premiers siècles de l'histoire romaine, édil. iUot. 1866 ; Cli. Lévesque, Histoire critique de la République romaine, 1807; .Niebulir, /(iimiscA<? lie.tchichte. 3- édi(. lSiS-IS32, trad. Golbëry, 1S30, 2- édit. IS73-I874; Th. Mommseu, Jiûm. Gesrh. 7> édit. 1881-1885. trad. Alexandre, I863-1S87 ; Dnruy, Histoire des Ilomains. ISSô, elt. — " Nous avons vu plus haut que Denys attribue à Koninlus et à Tatius le défrichcmciit et le <lêsséchement du marais du forum. — I^ Cf. Jordau, Op. l. Il, p. 316. — *6 Liv. 1, 30. — !■ Varr. Ling. lat. V, 155. — ts Dionys. VII, 59. — 19 Varr. l. c. ; Cic. Pro Sert. XXXV; De .Unie. XXV; Plut. C. Gracch. V. — 20 Cf. cnlro autres Cic. Pro Sext. XXXV, XXXVL — 21 Plul. Coiiol. XVU.
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peser sur les décisions des Pères Conscrits'. Les patriciens, à leur tour, descendent sur le Forum, maltraitent les tribuns, empêchent de procéder aux votes, dispersent la plèbe^ Consuls et tribuns se disputent la tribune', et C. Gracchus, le premier, parle tourné non plus vers le comitium mais vers le Forum, transférant la souveraineté des patriciens aux plébéiens*. L'ennemi est-il aux portes de Rome, le peuple convoqué sur le Forum refuse de s'enrôler et arrache ainsi au Sénat qu'effraye le danger de la patrie des concessions depuis longtemps réclamées en vain^ C'est au Forum aussi que se sont déroulés la plupart des drames qui ont accompagné la chute des décemvirs, la dictature de Sylla, la tyrannie des triumvirs, les luttes d'Octave et d'Antoine. Un jour même on vit le Forum se hérisser de fortifications en bois^ Pendant ces périodes troublées Marins' et après lui Sylla*, puis les triumvirs exposaient, autour des rostres et du lac Servilius, comme de hideux trophées, les tètes des proscrits'. Si le peuple est surexcité par la misère'", par des charges nouvellement imposées ", par les circonstances politiques ou par des meneurs'-, c'est encore là qu'il vient manifester. 11 porte au comitium et brûle avec la curie le cadavre de Clodius'^, puis célèbre au Forum un immense repas funéraire'*. On vit encore au Forum des émeutes de femmes soulevées par les lois somptuaires'° et des émeutes d'usuriers'". D'ailleurs, toutes les fois qu'un grave événement agite l'opinion, c'est au Forum et au comitium que la foule aftlue. Quand le bruit se répand que des légions ont passé sous les fourches caudines'", quand on apprend que les armées romaines ont été défaites par Hannibal à Trasimène'* et à Cannes", les boutiques se ferment sur le Forum où les affaires sont suspendues^" ; le peuple s'y presse et, avide de renseignements, se précipite vers la curie. Pendant que les légions marchent contre Hasdrubal, les sénateurs au comitium, le peuple au Forum demeurent en permanence, attendant avec anxiété les nouvelles du combat; et quand enhn les messagers de la victoire se présentent, la foule est si compacte qu'ils ne peuvent pénétrer dans la curie-'.
Au Forum les magistrats font des communications au peuple '-, et c'est un usage que, après leurs campagnes, les chefs d'armées lui rendent compte de ce qu'ils ont fait^^ C'est aussi au Forum et au comitium que se jugent ces grands procès politiques qui divisent et passionnent la foule et oii parlent les orateurs en renom : les procès de Coriolan, de Manlius Capitolinus, de Scipion, de Jugurtha, de Verres, de Milon, etc. On y fait aussi des
i Liv. Il, 23; XXII, 60; l'iulardi. l. c. ; Val. Ma». III, ii, t8. —2 Liv. III, Il ; Dionys. VII, 33 ; X, 40, 41. — 3 Dionys. VII, 15; Dio, XXXVII, 38 ; Appian. Bell, civ. I, 64 ; Cic. In Yatin. 9; Pro Sext. 33 ; Plutarch. Tib. Gracch. 12. — '• C'est l'exprossion de Plutarque, C. Gracch. V. Ciciîron atlribuc ce fait à C. I.icinius Crassus (i)e Amie. XXV). — 5 Liv. H, U\ III, U ; IV, C; Dionys. VI, 34; Plutercli. Coriol. V. — <■■ Dio, XLII, 32. — i Dio, Fraym. Peiresc. CXIX, éd. Slurzius, t. I, p. 109; Cic. De oral. III, 3.-8 Dio, /. c. CXXXIX, p. 131.
— 3 Dio, XLVII. 3, 8 ; Cic. Pro Rose. Am.Zi- Sencc. Prov. 3. — 10 Liv. II. 23.
— 1 1 Liv. XXVI, 35. — 12 Appian. BM. civ. I, 04; Cic. Pro Sext. 36, — 'i Dio, XL, 49. — Il Ibid. — l'-i Liv. XXXIV, I. — m Appian. Betl. civ. I, 54.— " Liv. IX. 7. — 18 Liv. XXII, 7. — 19 Liv. XXII, .Ï3. — 20 Liv. IV, 31 ; IX, 7 ; III, 27, par ordre du dictateur; on fermait aussi les boutiques, par ordre du magistrat, pendant les comices; Varr. Ling. lat. VI, 91; Cic. Pro domo, 21. — 21 Liv. XXVII, 50, 31. — 22 Liv. XXVII, 10, SI ; XXXIX, 15. — 2a App. nés. Mac. 17. — 2i plut. Publicnl. 5 et 6 ; Liv. VU, 19; IX, 9, 26. — !S Liv. XXVI, 27. — 20 Liv. XXXVIII, 59; Val. Max. VI, 3, 3. — 27 Cf. Corp. i/mr. lai. t. I. 2» «dit. (1893), p. 3 et s., pi. la-iv. — 28 Liv. IX, 46. — 23 Liv. I, .12. — 30 Dionys. X, 57; Corp. inscr. lat.i. I, p. 62. LXVI ; cf. Mommsen, Annal, del islit. arch. 1858, p. 194. — 31 Cic. Pro Ballio, 23. — 32 Val. Max. IX, 2, 1 ; Gros. V, 21. — 33 « Scptem jugera forcnsia » (Varr. H. rust. I, 2).
— 3V Liv. XXVII, 37; Dionys. VI, 13; App. Bell. civ. 1, 54; Commenlar. diurni
exécutions de prisonniers et de condamnés'', on y soumet des esclaves à la torture" et les corps nus des suppliciés sont exposés aux insultes de la foule sur les marches des gémonies-^
Les fastes consulaires et triomphaux sont gravés sur les murs de la Regia"; dans divers endroits du Forum, on expose les fastes-', des prescriptions religieuses-', des lois'", des traités avec les peuples amis", et aussi les listes des proscrits'-.
On voit, par ce rapide exposé, que presque toute la vie intérieure de Rome affluait au Forum, que tous les grands événements extérieurs y avaient un écho, et que cette placede sept arpents " était bien le centre du monde.
Mais le Forum n'était pas tous les jours troublé par de graves événements. Il avait aussi ses jours de fête. On y célébrait des cérémonies religieuses et on y offrait des sacrifices'*; il était traversé par des processions où l'on portait en grande pompe les statues des dieux '^. On y donnait des revues'", des combats d'animaux'" et de gladiateurs", des jeux", de grands repas publics*". On y faisait aussi des expositions de choses propres à exciter la curiosité : œuvres d'art", tableaux*- et, sous Auguste, un serpent long de cinquante coudées *', Enfin, les pompes triomphales se déroulant sur la Voie Sacrée, traversaient le Forum dans toute sa longueur. Ces jours de fêtes on ornait les boutiques ** et les portiques *°, de riches citoyens prêtaient à la ville des œuvres d'art et des tentures *"et parfois, avec des tableauxetdes statues, on organisait de véritables scènes analogues à celles des théâtres" ; la nuit venue, les jeux se célébraient à la clarté de nombreuses lumières '*'. Souvent, à ces occasions, des échafaudages et des tribunes provisoires s'élevaient autour du Forum, offrant les meilleures places à qui voulait les payer"; mais c'était aux dépens de l'espace dont le peuple pouvait librement disposer, et, une nuit, le fougueux tribun C. Gracchus fit renverser les tribunes^". Parfois, pour proléger la foule contre les rayons du soleil, on faisait couvrir le comitium, le Forum et la Voie Sacrée avec de longs voiles de lin".
Les jours ordinaires, le Forum n'est pas moins un lieu très animé qui a sa population spéciale. Les boutiques occupées à l'origine par des bouchers ^^ et aussi par des maîtres d'école ^' deviennent rapidement plus luxueuses^'; des banquiers et des changeurs s'y établissent^'. Les joailliers "'', les bijoutiers" de la Voie Sacrée attirent au Forum une clientèle riche et aristocratique. Les banquiers, les courtiers, les usuriers et
dans Corp, inscr. lat. t. I, 27 janvier, 10 et 24 août, 17 et 19 décembre.
— 31 Liv. IX, 40; Dionys. VII, 72; Cic. II Verr. I, 59; III, 3, V, 72; Ovid. Amor. III, 2, 43-60. — 36 Plut. Pomp. 22; Dionys. VI, 13. — 37 Corp. inscr. bjl. X, 1074; Suet. Aug. 43. — 33 Liv. XXIII, 30; XXXI, 30; XXXIX, 46; Suet. Caes. 39; Aug. 43; Ascon. in Div. § 50; Vilruv. V, 1. — 3S Liv. XXIII, 30 ; XXXI, 50; XXXIX, 46 ; Dio, LUI, 31 ; Ascon. in II Verr. I, § 141. — w Liv. XXXIX, 46; Dio, XL, 49; XLIII, 42. — u Cic. II Verr. IV, 21; Jbid. 56.
— 42 Plin. Hist. nat. XXXV, 8. — « Suet. Aug. -43. — '•'■ Liv. IX, 40.
— '''• Cic. Il Verr. IV, 3. — '«6 Id. Ibid. — " Ascon. in If Verr. I, § 38.
— «s II en fut ainsi, au moins à une époque ancienne, pour les ludi romani. Cf. Non. Marcell. III, 96; liomanis ludis forus olim ornntu lucernis. — *9 PIul. C. Gracch. 12 ; Aemil. Paul. 32 ; Cic. Pro Muren. 33; Isidor. Orig. XV, 3; Fc'stus, 5. )'. Macniana ; Ascon. in Div. ^ L. — î'O IMut. C. Gracch. 12.
— =1 Liv. XXVII, 30; riiu. XIX, 6 ; Dio, LUI, 31. — 52 Liv. III, 48. — M Liv. III, W; Dion; s. XI, 28. — il .Non. Marc. XII, 35. — û5 Liv. VII, 21 ; IX, 40; Corp. in.$cr. lat. VI, 9177. — î>6 Corp. itiscr Int. I, 1027 (inargarilarius do sacra via). Les margaritarii avaient leurs boutiques sous le porlicus marga' ritaria, le long de la maison des Vestales (cf. Lanciani, Ancicnt Home, plan en regard de la p. 152, et notre plan, fig. 3251, r. .s , 11. S). — 57 Corp. inscr. lat. VI, 9207 (aurifex de sacra via); 9312 (auri ac(c)ccplor de sacra via); 9214 (auri vcstrix de sacra via).
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leur inovilahle coiiùf^o de spéculateurs de loul(! catégorie se rencontrent aux inbernae vrieres et aux novae ', dans les basiliques - près du temple de Castor' et autour des Janus '. Les tribunaux ci vils et criminels entre tiennent tout un peuple d'avocats qui se réunissent près do la statue de Marsyas'', de plaideurs''', de témoins', de gens d'afTaires'; les ventes aux enchères, faites souvent par les argmtarii, ont aussi leur public'. Vers le milieu du Forum, dans un endroit que traverse le ruisseau par où s'écoulent les pluies, et appelé pour cette raison canalis'", se réunissent ceux qu'on appelle les canalicolnc, pauvres diables, parasites hâbleurs, ivrognes" et aussi mauvais plaisants '-; les gens riches et bien posés fréquentent la partie basse du Forum"; le viens Tuscus au contraire est
mal famé ". Vers Subure sont les pickpockets et vers rArgiii'lum les copistes et les libraires'^; sur la Velia les fruitiers""'; près de la basilique Aemilia, les marchands de vases en bronze" et, sous les portiques des basiliques, les marchands de poissons empestent les tribunaux'*. Un peu partout, circulent par groupes, les flâneurs, les habitués du forum, les foreuses ; ils se livrent, au mépris des lois, à des jeux de hasard". Les dalles de la basilique .Iulia et du Forum portent encore les marelles et autres jeux qu'ils y ont gravés. On les rencontre près du cadran solaire, au comilium près de la peinture représentant la victoire de M. Valcrius Messala sur Hiéron de Syracuse^"; les rostres qu'ils fréquentent les font appeler su/jvoslrani^' , el les basiliques mhhasili-
Fig. 3219. — \.c forum sous la RL'itubIii|uo iVrapi-i-:; M. Uiilscii
caHt--;ils se promènent au-dessus du lac Curtius-'; et partout ils fabriquent et colportent les fausses nouvelles-', critiquent les opérations des généraux, font des plans de campagne infaillibles. Paul Emile, avant d'aller combattre Persée en Macédoine, leur adresse de la tribune une verte réprimande et de fines railleries -^
Sous l'Empire il n'y a plus de distinction entre le Forum et le comitium " ; les vieilles haines et les antiques discordes qu'ils représentaient sont oubliées ; la paix s'est l'aile entre les classes réunies dans une commune servitude. Cependant le forum ne cesse pas d'être, de temps à autre, le théâtre de scènes tragiques et sanglantes. Pendant que le Sénat juge Pison, le peuple, entourant la curie, demande sa mort ou fait rouler ses statues sur les degrés des gémonies-". Des tètes coupées paraissent encore sur les rostres-'. Galba -', Sabinus'", Vitellius", Séjan et ses enfants ^-, ot bien d'autres, sont exécutés par
I l'iaul. Cuic. IV, I, 10; l.iv. XXVI, II, 27. — 2 Corp. mscr. lai. VI. 9700. 9711, 0714.— 3 (ac. /',o Quint. IV. — i Cii;. De off. Il, « ; Acro in.llorat. aJ Sfrm. Il, 3, 19; ad Epist. I, I, ai; Porpliyr. /6l</. ; cf. Bccker, Bnnâbnch tler roem. Allfr- Ihiimer, 1, 320. — 6 Cruq. Ilural. Serm- I, 6. 120. — 0 Varr. f.iiiff. Int. V. U5 ; Dionys. III, 67 ; Scnec. llerc. fur. I72| —7 Plaul. Cure. IV, I, 0. — «Acro in lloiat. Serm. I, 6, 120. — OCic. l\,Verr. I, 51, Pra Caec. 6; Dio, XLVU, 6; Sud. Aero, 5. Cr. tur.EMTAiiLus. — 10 Cf. CANAi.is. Nic^ols, Forum.U. — Il Plaul. (. c. 13. — l2Ccll. IV, 20. — 13 Plaut. /. c. 14. — IWAii'. 21. — !•• Martial, I, i; 118, 9. — IC Varro.
le bourreau, massacrés par les soldats ou par la multitude, puis, au milieu des outrages, leurs corps d'abord exposés aux gémonies '^ sont tirés avec des crocs jusqu'au Tibre. Mais ces troubles n'ont plus le même caractère qu'autrefois. Ce ne sont plus les luttes de la plèbe pour la liberté et la conquête de ses droits politiques, mais des cruautés césariennes, des révoltes de px-étoriens mécontents, des déchaînements soudains et passagers de la populace. Et, pendant ces agitations du Forum, c'est le plus souvent dans les provinces, au milieu des légions, que se décident les destinées de l'Empire. La tribune est fermée aux orateurs populaires et politiques; on y vient recevoir des congiarum, écouter des allocutions impériales", des communications officielles, des oraisons funèbres'^. Sur le Forum de l'Empire on brûle, il est vrai, les livres trop indépendants'*'', ce dont Tacite s'indigne; mais parfois on y brûla aussi les registres por-
Ites rust. I, 2; cf. Ovid. Art. am. 2(54-206. — 'I Acro iil llor. Sfrm. 11.3, 30.
— 18 Lanciani. O. /. 82. — l'J Cic. Philip, il, 1 1 . — 20 Lanciani, (. c. — 21 Cic. Ad famit. VIII. I . — 22 Plaul. Ca/)/ii-. IV, 2. 35.-23 plaul. Curcul. IV, I, 0. —S' Cic. Adfamil. VIII, I ; Plaul. /. c — 2ôLiv. XLIV. 22. — 2àTacileiJj/rico/o,2)menlionnc co»iifi»rfi cf /"onim comme formanl UN lout — 27 Tacil. An. 111. U. — î*Dio.LXVII, 1 1 ; cf. LX, 16. - 29 Tacil. Hist. 1, 41 . — 30 [bi.l. 111, 74. - Ji Ibid. III. 85: Sud Xitell. 17; Dio, LXV.2I. —32 Tacil. .Aii.V, 9: Dio, LVill, II. — 33Dio. /. c. LX. 16
— 3VCf. ng.32r.7. — 35 Dio, LIV, 35;LVI, 34; Sud. Avg. 100. — >« Tacit. lyrico/a .
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lant les noms des citoyens en retard avec le fisc ' et cela plaisait au peuple. Les tribunaux fonctionnent toujours dans les basiliques ; le commerce et les opérations linancières sont de plus en plus florissants, les cérémonies religieuses et civiles aussi pompeuses. Il n'est pas surprenant que le Forum reste encore à cette époque un lieu très fréquenté. Les Romains ne retrouvaient-ils pas là, en elTet, des monuments dont l'origine remontait aux traditions mythologiques et aux. temps des rois, des statues, des inscriptions, des arcs de triomphe qui leur rappelaient, avec les souvenirs de la République, les victoires de Rome et ses conquêtes, depuis la Gaule et la Germanie jusqu'aux peuples de l'Asie?
Nous donnons le plan du Forum sous la République
(flg. 3249), d'après M. Huelsen, le plan du Forum sous l'Empire (fig. 3:251)-, une vue du Forum dans l'état où l'ont mis les dernières fouilles (lig. 3250). Cette vue comprend tout l'ensemble du Forum et les monuments qui l'entouraient. Le Forum était orienté de l'ouest à l'est, avec une assez forte déviation vers le nord ^ Les chiffres entre parenthèse se rapportent à la fois au plan du Forum impérial et à la vue; les lettres se rapportent au plan seul. La partie Ouest, qui formait le haut du Forum, était limitée par le tabularium (i) adossé au Capitule et, à son extrémité nord, séparé de la prison (2) par un escalier (3). Au pied du tabularium, en commençant par la gauche, s'élevait le portique des dii consentes (4), le temple de Vespasien (o) et le temple de la Concorde (6). En avant, et
Fig. 3iS0. — Le Forum, l'iat actuel (1894).
limitant de ce côté le Forum proprement dit, l'arc de Seplime Sévère (7) et la tribune (8). La partie Nord n'est pas visible sur notre dessin. D'ailleurs elle n'a pas encore été fouillée; le seul édifice antique qu'on y puisse voir est la curie (San Adriano) et nous la reproduisons plus loin (fig. 3257 et 3258); les au très monuments qui bordaient cette partie du forum étaient : le Secretariuin du Sénat (Santa Martina), la Gfaecostasis, le temple de Janus, le sanctuaire de 'Venus Cloacina, la basilique Aemiiia (d'). Espérons que des fouilles nouvelles permettront bientôt de retrouver les restes de ces édifices. Le côté Est était terminé par le temple de César (9) et le temple de Vesta(H)en avant duquel se voient quelques débris que l'on a cru longtemps être les restes du puieal Libonis {H). Entre la rue qui longe le temple de Castor (15) à gauche et
* Cf. le I»as-rclicf représenli^ fig. 'i'SGl. Ou a d'autres exemples de ce fait; Suct. Aug. 32; Spart. Ilndrian. 7 ; Auson. Grat'mr. act. (ul Gratianttm, 62 et 63. — 2 Ce plan a étt^ fait d'aprc^s ceux de Middlelon, ï'/n? ri'maiiïS o( ancïL'nt limni\ de Kiclitcr, Topofjraphie von Jtom, de l.auciani, AnP. Home, plan delà maison des Vestales, de Iluclsen, l'uvum romanum et de la planche J du t. 1 [-1^ 6dit.) du
le temple de César, la Voie Sacrée (13) pénétrait dans le Forum en passant sous l'arc d'Auguste (14). Le côté Sud était limité par le temple de Castor (15), puis par la basilique Julia (IC) avec son portique (17), située entre le viens Tuscus à l'est (18) et, à l'ouest, le viens Jugarius (a'), qui la séparait du temple de Saturne (19). La Voie Sacrée (13), après avoir longé la basilica Julia, passait sous l'arc de Tibère (20), que contournait, vers la droite, le temple de Saturne, puis, tournant vers le Sud, montait les pentes du Capitole confondue avec le clivus capilolinus (a). Sur les hauteurs, à gauche, s'élevait le temple de Jupiter Capitolin (21; et, à droite, la citadelle avec le temple de Juno Moneta (22) '•.
Les massifs en brique (23) qui bordent la Voie Sacrée du côté opposé à la basilique Julia sont des soubassements
Corpus inscf. foin. Je regrette \i\ement davoi • dû laire cet article avant que M. l.auciani ait pulilié le fascicule de sa Forma uyfns Boinae où sera le plan du Forum. — ^ l'our plus de c!ai"t<î dans la description, nous supposons le Forum exaelement orienté, et appelons nord le nord-ouest, etc. ■'- * Les n" (21) et (22) figurent seulement sur la (ig. 3250.
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de basse époque. Entre l'arc de Septime Sévère (7)
formant Vavca du Forum (26). Sur
notre dessin la perspective en ca-
clie la plus grande partie; mais on
p(!ut, à l'aide du plan (fig. 3'2'>l) se
rendre compte de sa forme et de ses
dimensions.
Le Forum était, suivant la prescription de Vitruve ', un rectangle. Du mur semi-circulaire auquel sont appuyés les rostres (8) à la façade de la regia (10), il a 160 mètres de longueur. On ne pourra connaître exactement sa largeur qu'après le di'hlaiemenl do la partie nord. Dans l'état actuel, il est, à la hauteur des rostres et en ne tenant pas compte de la Voie Sacrée, large de 47 mètres, et de 35 mètres devant le temple de César (0).
Le pavage du Forum se compose de dalles de travertin, épaisses et larges, de dimensions diverses, inégalement ajustées et révélant plusieurs époques.
Un texte assez obscur de Festus semble faire allusion au pavage du Forum -.
.lordan pense avec raison que ce pavage ne fut pas postérieur à l'an 458 (= 296 av. J.-C), époque à laquelle les rues de la ville furent pavées '.
La première impression qu'on éprouve en regardant le Forum et les monuments qui l'entourent, c'est le sentiment d'une dévastation extraordinaire. Les monuments abandonnés, détruits par le temps ou même par les hommes, sont, d'habitude, entourés de nombreux débris, de fragments d'architecture ; sur le Forum, il n'en est pas ainsi et le fait s'explique. Ruiné et abandonné depuis le xr siècle, le Forum fut, au xv= siècle, exploité comme une carrière de marbre. Le mot n'est pas impropre :
parmi d'autres documents de ce
I et le temple de César (9) s'étendait la grande place libre
I V,l. — 2 Festus, .