Balle à jouer [pila
SPHAE1USTERIUM. — Jeu de balle [pila, p. 478,.
SPIIINX ('H Sphinx. — • Le monstre célèbre de
la légende thébaine [œmpusj n’est qu’une application particulière d’une conception générale, celle de démons ravisseurs, de génies funèbres qui enlèvent les vivants. Les sphinx, dont le nom signifie étrangleurs sont de la grande famille des esprits malfaisants, des Kères, des Érinyes, des Harpyes et des Sirènes 2. Cette croyance est fort ancienne en Grèce, mais le type plastique qui lui servit de représentation décèle une origine orientale que nous déterminerons dans la deuxième partie.
I. La première mention du monstre fabuleux se trouve dans Hésiode3 qui fait naître le sphinx d’Orthros,
Fig. 6540. — Spes.
1 T. Liv. Il, 51, 2 : pugnatum ad Spei\ cf. Dion. liai. IX, 24, 4 ; Front. Aguaed. V,
19 etc. ; Corp. insc. lut. XV, 5929. V. d'ailleurs sur la question fort obscure de l'empla-
ceimintde ces temples, Gilbert, Geschiclite and Topogr. III, p. 90 et 96, avec lesnotes
it celle page. — 2 T. Liv. XXV, 7, 6. —3 Cic. Leg. IL 28 ; Nat. Deor. Il, 23 ; T. Liv.
XXI, 02, 4; I). Cassius, I, 10, 30 ; Tac. Ann. Il, 49 et C. i. I. I, 2, p. 323. Pour l'idée
morale qui suggéra ce culte, cf. Haut. CM. IV, 1, 18, etOv. Ars Am. 1,445. — 4 Kal.
Cum. XV, Kal. Nov : supplicatio spf.i et juv ( entati ). — 5 Eckhel, Doctr. num. \l,
p. 23s ; Cobcn-Feuardvut, Monnaies impériales , t. I, p. 257 : Spes Augusta (no 8 i),
9 259, 11»» 103 et 108 sq. ; p. 260, n» 111, etc. — 6 C. i. I. VI, 2043 ; II, lin. 10;
cf. lb. X, 6643 et Wissowa, Op. cit. p. 274. — ^ C. i. I. XIV, 2804; cf. Orclli,
2193, qui parle de la prêtresse. - » lb. XIV, 375 ; cf. Orclli. 3882; et Mommsen,
Ephem. epigr. III, 319 sq. ; Orelli, n° 2158 et C. i. I. 3775. V. encore ibid Vt,
758,760 ; V, 707 ; 83i. — 9 l’reller-Jordan, Op. cit. Il, 254 ; et le relief de Boissard,
mentionné ci-après. - — 10 Des simulacra de Spes sont cités, C. i. i. XIV, 2853 , 2867 ; IX, 4663 ; X, 8295 ; v. encore la mention de son image au temple de la Foriuna
de Préncste, Orelli, 1758 et Alonum. dell' Instit. 1855, p. 85 : sa statue fait partie de tout un groupe dans lequel figurent celles de Fortuna et de l'empereur Caracalla. Il v. le bas-relier, chez Boissard, Antiq. IV, 130. où une figure de femme eu longue tunique avec des (leurs dans les cheveu» et des épis daus la main gauche est désignée comme étant l'Espérance. Cf. C. i. I. X i, 757 ; la statue dont la signification est garantie par une inscription, a été étudiée par Schreiber, ViVa Ludo 01 S', n» 292. l'our d’antres représentations probables sur des bas-reliels et des
pierres gravées, v. Mus. Pio Clem. IV, tab. 8; Hirt, Dilderbuch, tab. Xli, II, !ig. 26. — I» Preller-Jordan, Raem. Myth. Il, p. 2»; cf. Wissowa, Op.cit. p. 274. — 13 Gerhard, Ueber die Venusidole; O. Mueller, Handbuch, § 669; et surtout Bernouilli, Aphrodite , p. 68 sq. La fig. 6539 reproduit un camée du oabmet de France (Babelon, Catal. des camées, n. 132) d'époque romaine. — 14 Col/ect. Blundell, pl. xxu; Clarac, Mus. de sculpt., pl. neeux, n” 1899. — Coll. Giusttn. pl. xi. et xv, cf. les statues: Munich, Ghjgtotl,. u» 46, où l'Espérance avec la corne d'abondance est reconnaissable au geste de la main gauche ; Clarac, Ibid. pl. dcclxv.i, n" 4; dcolxviii, n“ 2 et 1902; 1902 A. - Aux monnaies à l'effigie de Claude, citées plus haut, il faut ajouter celles du rogne de Uomitien, avec limage de l'Espérance au revers; Cohen-Feuardenl, Op. cit. I, p. 507, n01 444 sq. La déesse est en marche, tenant uae lleur et relevant sa robe. Celle qui est reproduite (fig. 6540) portant la légende Tui; mSaovô a été frappée a Alexandrie ; Duruy, Hist. des Grecs, i, p. 230. Cf. encore, monnaies de Vespasien ; Spes A ug ’usta, Cohen-Feuardenl, p. 408, n“ 513 sq„ où l'Espérance debout offre une (leur à l’empereur casqué, entre deux soldats qui portent des étendards.
SPHINX. 1 est à gfîyyu connue ZxùWu à axvXf.éw ; cf. Henning, Ein kritischer Kommentar sur Udyssee (1903), p. 361. - 2 llberg, Die Sphinx tn der griech. Kunst und Sage, 1896, p. 16. Cf. Weicker, dei Seelenvogel in der alten Literatur und Kunst, 1902, p. 3 sq. Sur la voir p. 1432, note 35. Pour le
sphinx dans le folklore, Wunat, Volkerpsychologie, 111, 116 sq. — 3 Tlieogon. 316 sq. ; dans le dia.cUe béotien, le démon s'appelle 4>il.
SRI
SPH
le chien «le Géryon, et d'Echidna, la tille anguiforme de l'horkys1. D’autres mylhographes donnent au sphinx comme parents Typhon et Echidna2. Dans YŒdipodie de Pisandre *, le sphinx est anguipède connue sa mère Echidna. Les poètes tragiques en font une vierge ailée 4 ou lui donnent le corps d’une chienne 8 ou d’une lionne 6.
D’après les mylhographes à tendance evhémériste, la sphinge était une tille naturelle de Laius ' ou d’Ucalëgon8, la femme de Macareus3 et de Cadmus10, ou une simple femme thébaine*1. Le monstre avaiL été envoyé de la lointaine Ethiopie 12 aux Thébains par liera, Arès13, Dionysos IV ou lladès 1S. 11 désolait la contrée16; les poètes rivalisent d’épithètes violentes qui marquent son activité malfaisante. C'est un meurtrier (gtai'fdvoç 1 pporoy-Tdvoç 18), un vampire anthropophage^g-dst-ro; l3), qui dévore ses victimes sans être arrêté par leur taille’20 ni leur qualité. Ni Ilémon, le lils du roi Créon, ni llippios, fils du Lapilhe Eurynomos, ne sont épargnés21 .
Hésiode ne connaît pas la légende de l’énigme proposée par le sphinx, mais Pindare 22, Sophocle2,1 et Euripide21 y font clairement allusion. D’après une tradition rapportée par Apollodore85, les Muses avaient inspiré au sphinx les vers de sa mélopée célèbre, qui étaient conservés dans les Tpayo>ôotip.Eva d’Asklépiadès 26. Chaque jour, les Thébains se réunissaient en une assemblée uniquement consacrée à résoudre le cruel problème. Après chacun de ces congrès infructueux, le sphinx dévorait une victime sur la montagne27. Enlin, Œdipe vint qui trouva la solution28 [oedipus]. Selon un mythographe, ce n’était qu’un elfet du hasard23; par un geste inconscient, le héros se serait montré, à peine le problème posé. Quoi qu’il en soit, le monstre se mettait luimème en pièces. Mais selon une autre tradition bien répandue30 et confirmée par un aryballe à reliefs trouvé en Chypre11, Œdipe était forcé de tuer le sphinx de la pointe de sa lance, sa première victoire lui étant sans doute contestée.
Si le sphinx thébain a joui dans l’antiquité d’une célébrité sans rivale, il est certain qu’on ajoutait foi à l’existence non seulement du sphinx de la légende d’Œdipe, mais à celle de nombreux sphinx ; l’imagination religieuse primitive ne fait pas de différence essen¬
tielle entre l’unité et la pluralité32; les Grecs Ont vénért le vieux Silène sans préjudice de l’essaim des Sijène de la Fable [satyki, p. 1091]. Ces sphinx de l'imagination populaire se rattachaient, d’ailleurs, à une famille plus large de démons, celle des esprits funèbres, analogues aux vampires; on les redoute comme les Kéres33, comme les Harpyes, les Sirènes [sirenes, p. 135b], comme Em pusa34 qui surgit à l'heure de la méridienne. Il y a aussi une parenté entre le sphinx et la crpiy;35, qu| désigne un oiseau nocturne et nuisible qu’on repousse par exorcisme, comme les Kèrcs à la fête des Anthesléries.
Comme plusieurs des personnifications de lame [cf psyché], les sphinx n’excitent pas seulement l’épouvante mais la volupté; on leur attribue un caractère lascif 10 Plusieurs textes traitent ironiquement de sphinx les hétaïres 31, particulièrementcelles de Mégare18. Plutarque compare au sphinx (qui est féminin en Grèce) la puissance insinuante de l’amour 88 . Plusieurs monuments surtout des objets destinés à la toilette féminine, donnent le sphinx comme attribut ou comme pendant à Aphrodite40.
IL Représentations figurées : lu Genèse du ty/ie. — C’est à l’Orient que les Grecs ont emprunté le type ligure du sphinx : selon la croyance la plus répandue, les Égyptiens seraient les créateurs detcet être fantastique. Ils ont représenté Tun Harmachis11, le «lieu d’IIéliopolis, sous l’aspect d’un lion androcéphale. La plus célèbre représentation en est le sphinx de Giseh 42 (IV” dynastie). Il existe aussi, dans l'art égyptien, des représentations d’Ammon, sous la forme du lion à tète de bélier43; telles les statuesqui bordent les dromos des temples de Louxor et de Karnak. Ce sont des pseudo-sphinx. Le sphinx féminin est tout à fait une exception dans l’art égyptien u. Par contre, le type du pharaon vainqueur sous les traits d'un sphinx tenant son ennemi entre ses grilles, aurait pu donner l’idée et le modèle du démon étrangleur des Grecs43.
C’est toutefois dans une autre partie du monde oriental, en Chaldée, qu’il nous faut chercher l'origine du sphinx des Grecs, qui est un démon féminin 4r\ Une figurine île stéati te, récemment trouvée dans le palais d'Maghia l’riada, en Crète, pourrait être un produit de l’industrie asiatique ( fi g . 05 il ) 47. L’animal est aptère ; il est couché. Le
l Pliorcys est <1 tus la poésie hésiodique le père de presque tous les démons de la légende grecque, la Chimère, Echidna, les Eriiivcs, 1rs Gorgones, les Grées, 1rs Hespéridcs, l’hydre de Lerne, le lion de Némée, Pégase et le Sphinx. Cf. Sclioemaiin, Opuscula acadeni. Il, 175 sq. Oc Phorcyne ejusque familia. — 2 Apollod. III, 5, 8 ; Schol. Euripid. Phoen. 40 et 1020; Hygin. Myth. prol.p. 12; Scliol. cap. 151, 07.
3 Schol. Eur. Phoen. 1700 ; llherg, O. r. p. 17, u. 4, et Betlic, Thebanische
Heldenlieder , p. 17 sq. — * Œd. Tyr. 508; Phoen. 80G, 1019, 1042. — o Aescli. Erag. Sphinx , 21o ; Eur. Oed. Tyr. 391. Cf. Lykcphron, 609, pt<;',itâ^evo<;xûw.. — 6 Eur. Erag. 514 N. — 7 Pausan. 9, 2G, 3. — 8 Schol. Eur. Phoen. 25. — 9 Ihid. — 10 Palacpliat. 7,5 ; lo Ant. fr. 12. — U Suid. s. v. ot^-Vouç : lo Anl. fr. 8 ; Pausan. 9, 20, 2.
— 12 Apollod. III, 5, 8 ; Üio Chrysosl. U rat. XI, 8, I, p. 117 (Arnim). — 13 Schol. Eurip. Phoen. 1760 sq. — 14 Eurip. Phoen. argtim. — *3 Schol. Iles. Theog. 320 ; (Jnger, Thebdna Paradoxa, I, 385. — 16 Eur. Phoen. 810 ; FltvOîa fata;, ibid. 80/.
— 17 Eur. Phoen. 1700. — 18 Epigrammc gravée sur le sphinx de Giseli, Corp. insc. grec. III, 4700, 0; llherg, <) c. p. 19. — J9 Aescli. Sept. 524 , Eurip. Phoen. 1025.
— 20 Eur. Phoen. 1700. — 21 Schol. Eur. Phoen. 1760 ; cf. 45 ; Apollod. III, 5, 8; Welcker, Epische Cyclus, II, 317; llherg, O. c. 19, n. 1. — 22 pyth. IV, 203; Eragm. 177, 4. — 23 CEd. Tyr. 30. — 24 Phoen. 48; 1500, 1730. — 23 Apollod. III, 5, 8; ef. Eur. Phoen. 50. — 26 Schol. Eur. Phoen. 45; Eragm. Hist. yraec. III. 305, fr. 21 ; llherg, O. c. p. 19, u. 7 et p. 20. — 27 To 4>i*iov opo;, aujourd’hui ô ft> ayà; ; cf. Bursiau, Geogr. von Griechenland , I, 231 ; Athen. Mitth. XIII, 1888, p. 86 (Judeich). — 28 Eur. Phoen. arg ; Uiod. Sicil. 4, 64. etc. -* 29 Schol. Eurip. Phoen. 45. — 30 Betlic, Theb. Heldenlieder, p. 20 ; Schol. Eur. Phoen. 26; Corina frag. 33. — 31 Murray, Jonm. of hell. Stud. VIII (1887) p. 320, pl. i.xxxi ; Wiener Vorleyeblàtler , 1889, pl. ix, 9. — 32 Cf. Wilamowilz-Moollendorf, Grieclusche Trayôdien , III, p. 7. — 33 Harrison, Prulegomena lo the study of yreek religion 1903, p. 207 sq. — 34 Bolide, Psyché , I, 318, 2 ; II, 410. — 35 Bergk, Poet.
lyr. III, 664; Koscher, Lexikon der yr. Mylhol. Il, 1153 (Crusius) ; lllierg, O. c. p. 16, note 2; Weickcr, Der Seelenvoyel , p. 4, n. 4; Pelrou. § 134. Il sc pourrait qu'il y eut une analogie verbale voulue entre et Lip’;.
— 36 llherg, O. c. p. 32, n. I, cite Slobéc, Elorileg. 64, 31. Cf. Weickcr, Pei Seelenvoyel , p. 4, n. 4; Eurlwangler, Die Sphinx von Aeyina, Münchnei Jahrbnch der bild. Kunst. I, 1906, p. 7, p. 1. — 37 Meineke, Fraym. com. III, 348; Kock, 11, 270, fr. 22 ; V, 22. — 38 Apost. XI. 15; Diogen. 6, 35; Arscn. 35, 35; Hesycli. s. v. Mrjapixa1; Suidas, Eliot. ; Arisl. Acharn. 738. — 39 l’Iularcli. ap. ^1°*' Floril. 64, 3t. — 40 Voirp. 1438, note 2. — 4i E. Navillc, Le nom du sphinx dons le livre des Morts , Sphinx, V, 193 (en égyptien, Huti) ; d’autres estiment <|"« le sphinx androcéphale est simplement une personnification de la dynastie ; Borcliaull. Ueber dns Aller des Sphinx bei Giseh , Sitzungsber der preuss. Alcnd. Wiss. 1897, p. 759; Bissing, Denkmàler der Aegypt. Skulptur , texte dos pl. *"vl1 et xxvmi A. — 42 Perrot et Chipiez, Hist. de l’Art , I, p. 243 sq. ; Eaiizone, Ifi " nario di milol. eyizia, pl. ccxxxvi, ibid. pl. ccxxxvn ; le roi Toutmès IV saci i(i<««' l au sphinx de Giseh = Eepsius, Denkmàler , III, pl. i.xviii. — 43 Perrot et Chipiez. ibid. p. 3 41 ; Eepsius, Denkmàler , IV, pl. xc ; Kônigl. Museen zit Merlin, AeyyiL Denkmàler , pl. n ; Prisse d'Avennes, Art égyptien , 2201 et pl. du lonu I Cf. O. Kcllcr, Die antike Tierwelt , 1910, p. 323, (ig. 1 14 b. — 44 Les fouilles françaises d’Abou-Koasch ont donné un sphinx de type ordinaire, mais peint eu Ja,,M parlant féminin; de Bissing, O. c. notice pl. xxxvii. — 4o Furtwangler, Die -V ron Aegina , l. c. p. 5. La théorie de la mythologie optique est exposée par Clei "" 11 Ganneau, Imagerie pliénic 1880, pl xvu-xxiii; cf. Hcuzcy, Calai, des figw l"( * Louvre , p. 8. — 46 llherg, l. c. p. 35 ; Délia Sela, Ilendic. dell’ Accad. dei 1907, p. 7 12, Lasphinge diHaghia Triade. — 47 DellaSela, Ec.fig. 4. Notre lig d’après Maraghiaunis, Antiq. crétoiscs, pl. xxiv, 2; cf. Mon. ant. dm 11,1 1904, XIV, p. 749-753 (Panbcni) ; Ad J. Reinach, Rev. Hist. des Ileliy • 1909, p- -
SPH
SPH
Pl„ ,-,54| . Sphinx trouvé en Crète.
^nI , g >(3gt celui d’un félin, plus rond et plus plein
celui des sphinx grecs. L’altitude de l’animal et
l,,s caractères du style rappellent les taureaux androcé-
phales chaldéens. La chevelure est féminine.
C’est par le pays des Hittites et par l’art hétéen que le type chaldéen du sphinx a dû s’introduire en Asie Mineure, en empruntant peut-être aussi quelques traits aux (pti\TCS de la vallée du Nil. On voit sur les monuments hétéens des griffons et des sphinx affrontés \ motif décoratif qui fera fortune en Grèce. A Euyuk 2, en Cappadoce, dans le territoire hétéen, on voit encore deux sphinx, aptères, debout près de la porte méridionale de ]a ville; leur coiffure et leurs boucles d’oreilles les rapprochent de la déesse syrienne Quadesh 3. Ils rappellent les démons ailés montant la garde aux portes des palais assyriens, symboles de force et de vigilance que l’on considère comme l’écho de prototypes chaldéens.
Dès le xii* siècle, des intailles syriennes présentent très fréquemment des sphinx qui procèdent tantôt de l’Égypte, avec un surcroît de fantaisie '*, tantôt de la Chaldée ou de l’Assyrie 5. Dans ce dernier type qui devient prépondérant, le sphinx est ailé et a les ailes recoquillées; le motif favori est le groupement héraldique des démons, autourde l’arbre de vie ; le type du sphinx féminin et ailé, popularisé ainsi par l’imagerie phénicienne, pénétrera même en Égypte, à l’époque du Nouvel-Empire, pour y lutter avec le sphinx indigène qui est viril et aptère 11 .
C'est aussi ce type anatolien qui, par l’intermédiaire des Phéniciens et de Chypre, fait son entrée en Grèce. A Mycèncs, vers la fin du 11e millénaire av. J.-C., le sphinx a bien la tournure que lui donnait l’imagerie orientale ; le démon est ailé, et ses ailes sonl ornées de ces boucles que présente aussi le griffon mycénien [gryps]; le visage a des traits féminins; les seins sont faiblement marqués, fa tète est coiffée d’une tiare peu élevée, d’où part souvent une longue houppe llollant en arrière. Cette coiffure d’origine hétéenne était destinée à une fortune persistante dans l’archaïsme grec. On voit des sphinx ainsi figurés sur toutes sortes d’œuvres de provenance mycénienne, sur des peignes [pecten, fig. 5532] et d’autres objets d’ivoire trouvés à Spala 7 en Atlique (fig. 6542), sur des feuilles d’or repoussé trouvés dans le troisième tombeau de l’acropole de Mycènes 8, à Ialysos 9 et
! 1 Itoscher, Lexik. der gr. Alythol. I, 1 7 ri 2 (Furlwiingler) ; Olinefalsch Hichtar, Kypros , p. 440, p. 33, fig. 13,, Atlas, pl. xxxi, 14. Cf. llberg, O. c. P' ■ 1 et note y. — 2 Perrot, Guillaume et Üelfiet, Expédition archêol. de ] Ou lotie et de ta Bitbynie, pl. i.xv, i.xvu; Perrot et Chipiez, Hist. de Url' IV, p. 001, fig. 32.3, 663, fig. 327, Sayce, J’/ie Hittiter, p. 83; Ma- 'ruly-l'cy, ja por[e rfes ÿphjnx a Eujuk, Mittlieit. der vorderasiatischen ! *308, p. 177sq. ; Délia Seta, O. c. 71 3, n. 3. - 3 Cf. llberg, (J. c. p. 36.
~ ' Hcuzey , Origines orientales de l'Art grec , p. 179. — 3 llberg, O. c. p. 36 ; eirol et Chipiez, Hist. de l’Art , III, fig. 73 (sphinx phéniciens) ; assyriens. Ibid.
’ O -VS; chaldéens et perses, Collection de Ctercg, l. pl. xxx, 321 ; xxxi, 334, 33,8 ; pl . xxxii, 331, 332, 334, pl. xxxix, 337 bis ; II, pl. ni, 51 ; Layard,
![ 1 Mithra, pl. i., 6. Les sphinx sont barbus sur les plus vieux cylindres
s au début de celte noie. — 6 Kurlwiingler, Die antiken Gemmen , III, p. 43; ^ Instar y of Eyypt , I, 52 sep — 7 ' Abtp. VI, pl. i, fig. 4-7; Bull. corr.
p IS78' P" 2,7> P*- xvn ; Duruy, Hist. des Grecs , p. 37. — * Schliemann,
^ ’ U&- 277; ’Eçrip à p j . 1878, pl. xix, 2. — 9 Furtwangler et Locschcke,
ü'nn. \usen. p. 7, fig. 2. — lu Hogarth, Excavations al Epbesus (1908), pl. vu,
dans le trésor d’Éphèse10. L’art mycénien tardif, en Chypre, présente parfois des sphinx dont les membres antérieurs sont ceux de l’homme 11 ; c’est un corps humain complet soudé à un arrièretrain d’animal, solution bâtarde et caduque comme celle des Centaures ioniens, véritables Silènes prolongés en une croupe chevaline [satyri, p. 1092, n. 85], Sur les monuments mycéniens, le sphinx est figuré tantôt couché 12, tantôt debout 13 sur les pattes de devant, souvent de profil14, parfois complètement dressé (fig. G543),s.
Jusqu’ici on ne connaît qu’une seule représentation mycénienne du protome de sphinx, qui apparaît sur un stamnos de Munich'6. Le motif se retrouve en Ionie n.
2“ Époque archaïque. — Après l’invasion des Doriens, le sphinx fit, pour la deuxième fois, son apparition dans le monde hellénique; il eut une place d’honneur parmi ces figures ailées, ces animaux fantastiques que I Asie prele- mycénien rait alors aux animaux réels. On peut attribuer à l’art phénicien les boucliers de bronze repoussé trouvés dans la grotte de Zeus Idéen, en Crète. Les influences orientales sont très fortes sur cet art composite. C’est de l’Égypte que vient le sphinx ailé, barbu, coiffé d’une tiare double qu’on observe sur une coupe de bronze l8; c’est au contraire l’Assyrie qu’évoquent les deux sphinx figurés sur un autre bouclier, comme des démons vigilants montant la garde autour de l’arbre de vie19. C’est enfin plutôt à l'influence syrienne qu’à l’inlluence égyptienne, que l’on doit le grand sphinx coiffé d’une sorte de casque, ciselé sur l’une des plus belles armes de la trouvaille 20. Une série de coupes d’argent, découvertes en Chypre, doivent être également considérées comme des produits de l’industrie phénicienne. Ainsi la coupe de Dali 21 qui présente cinq sphinx ailés groupés autour d’un arbre, et cinq griffons qui maintiennent à terre des victimes humaines; on voit (fig. 927) sur une patère trouvée à Amathonte22 des sphinx couchés; le disque du soleil et l’uraeus sont gravés sur leurs fronts.
2 et pl. vin, 9; cf. Sclilicmann, Ilios, p. 613, n° 1432. — Le \ase d'Enkomi, Murray, Excavations in Cyprus, p. 8, fig. 14; Wallers, Hist. of anc. pot ter y, II, 249 ; Furlwtingler, Die Antiken Gemmen , iNachlrag, p. 440. Un relief d'ivoire trouvé à Enkomi figure un homme traînant par une laisse un sphinx couronné de plumes, Murray, Excav. in Cyprus, pl. 11,11" 1126, p. 9. C(. Jahrb. des Inst. 1908, p. 176, noie 19. — 12 Perrot et Chipiez, VI, 637, fig. 28 U — 1 Ib. fig. 418 ; Milchhofer,.l n fange der Kunst, p. 10, fig. 7. — 14 Furtwangler, Die ant. Gemmen , 111, p. 42, fig. 17 ; Bull. corr. hell. XIX, 2. — 16 'E*yi|a. Apy. 1887, pl. xm B ; Perrot et Chipiez, VI, 833, fig. 417 cl lll, 746 — Furlwnng'cr et Loeschcke, Myk. Y as en, p. 74, pl. c, n° 9. — 16 Jahrb. des K. arch. Inst. 1907, pl. 11, p. loi (Uackl). — 17 Jahn, Yasensamml. 553 ; Athen. . Vit h. 1900, p. 56. — HMIherg, O. c. p. 5. 11. 3 ; tiallihcrr et Orsi, Masco italiano di antichita classica, Allas, pl. vi, 1. — 19 Ibid. pl. 111, ii° 3. — 20 Ibid. n° 9, pl. îv ; Brunn, Griech. Kunstyescfi. p. 91, fig. 64 ; Maraghiannis, Antiquités crétoises, pl. xi.i. — 21 Perrot et Chipiez, Hist. de l'art, III, fig. 546 ; Duruy, Hist. des Grecs , I, p. 603; llherg, O. c. p. 6, noie 1 . Cf. la coupe d’argent d'Athiénau, Cesnola-Slern, Cyprus , pl. xix ; Ohnefalsch-Bichter, Kypros , Homcrund Bibel , pl. cxii, 5 et p. 437-440. — 22 Perrot et Chipiez, Hist. de l'Art, lll, fig. 547.
SIM
SPH
^ur la l'oupe d argent découverte à Curion 1 et conservée au musée de New-lork, tandis que la zone cen traie présente un sphinx égyptisant et aptère, avec le cartouche, on voit, sur la zone externe, deux sphinx ailes, a côte de 1 arbre de vie, comme dans les représentations assyriennes.
Dans la Grèce propre, le style géométrique, qui succéda à 1 invasion dorienne, marque une régression sensible sur Part égéen. Durant le vnr siècle et le vu", et surtout sous le couvert des influences ioniennes et insulaires, on voit s introduire tdnns le décor géométrique 2 des sphinx, des sirènes, etc., qui, dans les plus anciens monuments, ont des formes barbares et lourdes. Sur un basrelief en argent, trouvé à Olympie 3, on voit des sphinx debout, aux tètes massives, qui rappellent une statuette trouvée à Dodone *. Deux plaques de bronze d'Olympie ° sont aussi décorées de figures de sphinx d’un type composite, qui peuvent être rattachéesà l’art phénicien. Un observe déjà dans les bronzes d'Olympie le motif du sphinx à tête unique posée sur deux corps que nous retrouverons à toutes les époques °. C’est également des ateliers de Sidon ou de Tyr que provient la belle patère de bronze récemment trouvée dans le sanctuaire d Athéna Pronaia à Delphes 1 ; un char de guerre y est traîné par un sphinx mâle, au chef casqué.
Plus tard, Argos devint en Grèce le centre de l’industrie métallurgique. C’est là qu’on fixe généralement le lieu de la fabrication des bandeauxciselés et des manches de miroirs (fig. 6527) qui ont été trouvés à l’Acropole d’Athènes, en Béotie, dans le temple d’Apollon Ptoos, etc. Les plaquettes de bronze du sanctuaire béotien s sont décorées de sphinx marchant ou asssis : le type du visage est archaïque; les corps sont élancés, les ailes recoquillées par devant comme celles qu’on voit sur des vases d’ancien style corinthien auxquels ils ont pu servir de modèle.
Si les objets de métal nous attestent très fidèlement les origines orientales du sphinx grec, les terres cuites9, les pierres gravées10, les monnaies ", enfin la plastique en marbre 13 nous en font mieux comprendre la pénétration dans les diverses branches de l’art archaïque. Dans les peintures de Mélos, de Rhodes, de Naucratis, le
1 Ibid. p. 78!), fig. 552 ; Olinelalscli-Ricliler, K y pros, p. 57, fig. 52; llberg, O.c. p. fi, note 3. — 2 DiagendoifT, Theræische Grteher, p. 213, 214 ; Pernice, dans Atli. Alitlheil. 1895, pl. ni. — 3 FurtwBngler, Oie Bronzefunde aus Olympin {Abh. dur Berl. Akad. der SV iss. 1879), p. 57. — 4 Campa nos, Dodone et ses ruines, pl. xx,
I ; Abh. der Berl. Akad. 1878, p. 12-21 (Curtius). — 5 furtwSnglcr, O. c. p. 57; Furtw.ïHgler, Die Bronzen von Olympia (1890), pl. xxxvn, n“ 692 ; llberg, p. 7, n. 0.
— D FurlwSngler, ibid. pl. xxu, I ; Bronzefunde, p. 67. Sur le motil', en général, Murray, Journ. of hell. stiul. 1881, II, p. 318 et pl. xr, Early perspectire in Greek
arl — 7 Bouilles de Delphes, 1. V, p. 24 et pl. xvm-n (Perdrizet). 8 Bull.
corr. hell. 1892, p. 347 si|. pl. x A, xiv I, xvi 1-3; llberg, O. c. p. 7, note 10.
— 9 Siltl, Archûol. der Kunsl, p. 545-549 ; Winlcr, Dre antiken Terrakottafiguren , I, p. 229 ; Mendel, Calai, des figurines grecques de t. c. du Al usée imp. ottoman (1908), n“ 3IC8; Potlier, Diphilos et les modeleurs de t. c. pl. vi, n" 158; cf. Ibid. p. 55. — 19 Furtwnnglcr, Die ant. Gemmen, pl. vi, 28, 33, 69 et Ionie III, p. 104, pl. vi, 31, pl. vu,, 7, p. 217, p. 443. - H Imlioof-Blùnier cl Keller, Tier-und P/lanzenbilder, pl. xm, 8-12; Kumism. chron. 3-7, 1887 pl. iv, 27-31 ; British Muséum, Cululog. of greek coins, iMjsia, pl. iv, 17 ; f.ycia, pl. n, v; llill, Handb. of greek and roman coins, p. 257 et pl. i, n° 16 (Cliios)
— '3 'E». ’Açy. 1883, pl. XII A [hkniskos, p. 1719, note II] (Acropole); Kaivadias, Ka;i. V.oro; 'EQvtxnu MoutiIoo, n° 28 (Spata), — njulirbuch. d. arch. Inst. 1887, pl. x„
211 (Bœlilau) ; Olmefalscli-Hiclilor, Kypros, pl. cxvm, 8 ; 'Es,.. ùn. 1894,' pl. xin
— '4 Arch. Zeitg. XXVII. 34; XXX, 38; Bull. corr. hell. Xix’p. 74; llberg’ O.c. 8^ il. 6; Longpéricr, Musée Napol. pl. xxxvm. - 15 Scliliemann, llios, n- 1432;’ Uumont et Cliaplain, Les céramiques de la Grèce propre, I, p. 9, fig. 21 . 16 Journ of hell. stud. VIII, pl. i.xxix ; Felrie, Naukratis, 1, pl. v, 36; A. -J. Beiuacli, Journ. des Savants, 1903, p 361. 17 Arch. Zcil . 1881, pl. sl, 3; pl. xm, 2,’ 36; palcre du Louvre, E 667 = Bull. corr. hell. 1893, p. 238, fig. 0 ; Wcicker Dm Seelenvogel, 14, fig. 9 et p. 217 ; Hernie archéol. 1907, pl" ni, et n» 39
sphinx offre une grande parenté avec l’art elle est surtout manifeste par l’appendice flou-,"!'111’ roulé en spirale qui se détache, en arrière, de j-,.1 °U lure. Observons-le sur des amphores de Mélos13 ,'|(.s "'Ve' de Camiros11, des tessons milésiens trouvés à |]j *' '*ls sur des vases découverts à Naucratis 10, à Cyrène n. ? ’ ces deux dernières fabriques, l’appendice dérive T bouton de lotus qui est, on le sait, pour les V- d" un symbole de lame18 ; il confère au sphinx R. "l”8’ tère cldhonien, ainsi que les petites hirondelles <j ni J, " parfois perchées sur sa queue 19. Le même type Se i-etro°lU encore dans des monnaies de Cyzique20 et dans un ' '' proto-attique de Phalère 21 . Un sarcophage de ch^ mène 22 offre une frise de douze sphinx ailés
Les mêmes séries ioniennes offrenl aussi un lv ] sphinx plus dégagé des survivances mycéniennes et conforme aux traditions de l’art archaïque. Ionien d'ori gine est également le motif du sphinx assis, ]a tournée dans le sens inverse du corps23, que l’onrelm ' dans les vases corinthiens.
En Grèce propre, l’Attique offre, sur une coupe du Dipylon, au milieu du décor géométrique, le groupe héraldique d’un sphinx et d’un centaure 2t ; au vu" sièâe dans les peintures du style dit de Phalère23, et plus tard, dans les amphores proto-attiques dites « tyrrhéniennes » S6, on voit se multiplier les sphinx comme les autres démons ailés et les fauves empruntés à l’Orient Mais, avant même que ce style soit arrivé en Aüiqueàson plein développement, les peintures corinthiennes-' et chalcidiennes 28 présentent très souvent le sphinx, ou isolé, ou groupé avec d’autres animaux; toutes ces figures sont empruntées aux modèles asiatiques, nu décor ciselé sur les précieux vases de métal ou lissé dans les étoffes somptueuses. Quelques représentations offrent des particularités notables, soit des sphinx barbus29, réminiscence de l’Égypte, ou le motif du sphinx à la patte levée, souvenir de la Syrie :|°. Peu à peu, et notamment dans les vases chalcidiens 31 et ioniens, par exemple dans les hydries de Caere32, les sphinx sont relégués au revers des vases; c’est l’effet d’un courant général qui déprécie le décor animal. Le célèbre vase François33 qui est attique, présente le motif de deux sphinx affrontés,
(Dugas cl Laurent). — I» VVeickcr, O. e. p. 14. — 19 Louvre E 658; Musfe liritannique, A 000 et G09 ; Potlier, Cata'. des vases antiques, II, p. 540. — 20 Imhoof- Blumer et Keller, O. c. pl. xn, no 30 ; Wcicker, O. c. p. 123, noie 2. — 2« Jalin, Vasensammlff , 221; Beriehte der Sachs. Gesellsch., 1893, p. 76 sq. — 22 Anlikc Denkmaler d. Inst. I, pl. xi.iv ; Brunn, Gr. Kunstgesch. p. 158, fig. 135; llberg, O. c. p. 10, n° 4. — 2! A Rhodes, le sphinx aux ailes éployées et recourbées, Salzmann, Nécropole de Camiros, pl. liv; llberg, O. c. p. 9, n. 9; Gardiier, Naukratis , II, pl. xn ; Rayet elCollignon, Hist. de la céramique grecque, p. 49, fig. 28. — 2V Bull, corr . hell. 1898, pl. vu (Couve); Ath. AJitthi 1893, XVIII, fig. 10, p. 113; Perrot et Chipiez, t. VII, p. 222, fig. 96; llherg, O. c. p. 9, n. 0; cf. Pernice, Ath. Mitth. 1895, p. 116 sq. — 2b Jahrbuch des arch. Inst. 1903, p. 746, fig. 12 (Nillson) ; Folzor, die Hydria, p. 39, n° 28; Rohinson, Calai of the vases of the muséum of fine Arts in Boston, n° 308. — 20 Tliiersch, Tyrrhen. Amphoren, p. 88, p. 93, fig. 1-6. — 27 Protocoi'inlhien : Waldstcin, The aryive Heraeum , II, pl. i.xv, n» 3 et p. Iÿ4 (lloppiu) ; les ailes du spliin* sont divisées en champs alternativement clairs et foncés; les champs clairs sont semés de points; Dumont et Cliaplain, Céram. de la Grèce propre, p. 173 sq. ; British Muséum , A 132 d et Notisie d. scavi, 1895, p. 156, fig. 8L Style corinthien développé: Ban mois ter, Denkmaler, III, pl. (.xxxvm; Dumont el Cliaplain, O. c. p. 2i6, 253. — 2» Lan, Die griech. Vasen , pl- ni, %• 1
= Hocher, Gr. Vasen, 1909, fig. 20 (pyxis de Dodwell). — 29 llherg, 0. c-
p. 11. — 30 Furtwangler, Coll. Sabouroff , I, pl. xi.vii, 1 ; Ath. Mitth . XX, H'1- Cf. llberg, p. 10, n. 6, qui cite une représentation analogue sur une coupe corinthienne inédite, au palais de Copenhague. — 31 Dumont et Cliaplain, D. c. p, 266; Furtwangler, Besch. der Vasensam. in Berlin, n» 1232. — 32 Couvre h , 699 Potlier, Catalogue , II, p. 537 ; Fôlzcr, Die Hydria (I9li6), p- 75, n-
— 33 Furtwangler et Reichhold, Gr. Vnsenmal. pl. in et fig. 10 ; Hoeber, Caud
Vasen (1905), fig 5
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tte de devant levée; ils sont séparés par un orne- Un,t||1' Moral très stylisé. Deux grillons sont disposés de fie".nie façon, au revers du vase [gryps, p. 107 1 , note 8].
, nu-,me motif reparaît sur la zone supérieure ; les spin n x sliluent aussi comme les deux agrafes décorées de la CU" u, .-e nui entoure le vase On les retrouvera fréquem-
PXMIHUI o 4«l i f
ment dans la ceramique attique à ligures noires. Des coupes signées par Nicosthènes2, Tléson3 et Glaukytès\ présentent un sphinx à la tète détournée et dont les pattes de devant sont celles d’un oiseau.
Quand la plastique prit son essor, elle se trouva en présence de types absolument formés. Le sphinx voué par les Naxiens à Delphes3 (fig.
6514) rappelle, avec quelques différences légères, le type et la pose qu’on voit sur des poids ou monnaies de Chios (fig.
6545) 6. Les statues de sphinx servant à décorer des tombeaux attiques, présentent avec des variantes dans la disposition des nattes de la chevelure qui sont tantôt séparées 7, tantôt réunies ", les motifs favoris de l’archaïsme grec, soitlarégu- ^ larité symétrique des plumes et la courbure voulue des ailes dont les pointes reviennent derrière la tète.
On rattache aujourd’hui à l’art archaïque grec la plupart des objets étrusques. Beaucoup de vases à reliefs, de la bucchero », sont ornés de timbres figurant des sphinx affrontés9 tels que nous les avons rencontrés dans les anciennes fabriques d’Analolie et de Grèce. Les fresques des tombeaux de Véies10 et de Vulci présentent des sphinx dont la tournure grotesque ne peut cacher tout à fait l’origine orientale. Aux siècles suivants, l’art étrusque use de ce type, surtout dans les monuments funéraires, cippes, urnes, sarcophages".
Fier. 6344.
- Le sphinx des Naxiens à Delphes.
Fig. G 545. — Monnaie de Chios.
catégorie dite
Mais, nous ferons observer qu'aux âges préhistoriques déjà, l’Italie avait fait bon accueil au sphinx grec *2. Parmi tant d’êtres fantastiques, créations hybrides de l'Orient hellénique il fulseul àjouir d’une certaine faveur chez ces peuples primitifs. On le retrouve dans les nécropoles de Bologne 13, d’Estc 1 1, de Golasecca1’, de Santa Lucia16, de Caverzano n. Ces exemples sont trop nombreux pour ne pas déceler une prédilection marquée pour le lion à tète de femme.
3° Période classique. — Les potiers athéniens avaient déjà renoncé à donner au sphinx ces ailes recoquillées qui étaient propres à l'Ionie et à Corinthe; un lécythe blanc à figures noires1" et un tesson d amphore où est figurée une mise au tombeau, présentent des sphinx dont les ailes sont repliées ; les extrémités des rémiges sont normales et retombent naturellement. Ce type dont les vases que nous avons énumérés fixent 1 introduction au vic siècle, se retrouve tout à fait fixé avec la mode nouvelle des figures rouges; un lécythe de \ienne,J et une coupe célèbre du musée Grégorien20 en attestent la vogue au ve siècle (fig. 6547); dès lors, il persistera jusqu’à la fin de l’hellénisme.
L’art de ce temps excelle à fondre les divers membres dont l’imagination des artistes avait composé cet être fabuleux 2I. Dans un chef-d’œuvre récemment découvert à Égine22, malheureusement très mutilé, la statuaire du milieu du vc siècle a achevé le plus beau type du sphinx funéraire. L’artiste, dans lequel Furtwaengler inclinait à reconnaître Calamis, a représenté l’animal à moitié debout, posé seulement sur l’extrémité des pattes. L’expression du visage, un peu incliné et vu de trois quarts, garde une grande noblesse et une beauté saisissante. En quittant l’Egypte pour la Grèce, le sphinx avait changé de sexe29, et l’esthétique y gagna. Le sphinx d Égine possède la beauté souveraine; avec lui, la mort apparaît sous des traits enchanteurs et parée delà grâce juvénile. Pour le corps même, c’est une chienne que le sculpteur avait pris comme modèle vivant24. En Grèce, on n’avait guère alors l’occasion de voir une lionne; on avait pris le même parti pour le grillon, qui participe aussi de la nature léonine. Il était d'autant plus justifié pour la sphinge, qu’Eschyle et Sophocle, nous lavons vu45, ont parfois dénommé celle-ci la chienne (yicuv).
D'autres monuments du milieu du v' siècle sont restés plus fidèles à la loi de frontalité, ce pendant qu’ils conservent aux traits du sphinx une expression de beauté rigide. Citons un beau vase plastique du musée Britannique26, les bas-reliefs d’un monument funéraire provenant de Xanthos21, dans le même musée; enfin, d’autres statues funéraires de Mantoue4", de Londres29
1 Brunn, Griech. Kunstgesch. I, p. 168. Cf. Ilberg, O. c. p. 11. 2 Gerhard,
Trinksehalen, p). t ; Wiener Vorlegeblâtter , 1389, pl. vu, 1 ; cf. Potlier, Calai. 750 ; ÏVtiiljley, Companion to greek Classics , fig. 112. — 6 Le môme motif sur une coupe fie Tléson, Klein, Meistersignatur. p. 75, n° 33; Garfiner, Vitses of the Fitzwileiam Muséum, pl. xxv, n» 69; Wliiblcy, <>■ c. fig. 37. — f Baumeister, Denkmüler , 'II, 1077; lia* fier, Griecli. Vasen, p. 63, fig. 39, d'après Wiener VorlegebUill. IWJ, pl. n, lig. 2. 5 Revue archéol. 1803, p. 5b et pl. xi (Foucart) ; Bull. corr. Ml.m, p. 587 (Homolle); Fouilles de Delphes. t. IV, p, il sq. et pl. v-vi ; Perrot, II. de l’art, VIII, p. 393; Neue Jahrb. fur das klass. Alterthum. 1908. P- -U, lig. 3. — 0 Head, L/isl. nmnorum , p. 513 ; Brilisli Muséum, Guide, pt. i, S. -1 Cavvafiias, „î ’E9„. Mouaelou, n” 76, Sphinx du Pirée;
4? y. 1883, pl. 12 (Acropole) = Léchât. Sculpt . attique avant Pliid.ias, fig. li, P Cf. Jahrb. des k. Instituts, XVIII, p. 131, noie 12. - » Atli. Mitlh. IV, l879. l'h v. Le sphinx de Spala, Jahrb. I. c. — » Hydrie du Musée britannique. A 106 i Tülzcr.We Bijdria (1906), pl. u, n" 30 rfet p. 40; Masncr, Vasen im ôsterrcich. Muséum, n» 214, p. 20, sphinx virils barbus. — 10 Martha, L’Art étrusque, p. 421,
fig 283. — n cr. Ilberg, O. c. p. 41, n. 6 8 ; cf. Martha, O. c. p. 203, 342, 217, fig. 220; p. 306; Gerhard, Etrusk. Spiegel, IV, 379. — 12 Hocrnes, Vrgetehiehte der bild. Runst, p. 478 cl p. 661, pl. sxxvi, fig. 3. — U Hoernes, (). c. p. 471, n. 1 ; Gozzadini, Atti délia dep. d’Emilia, 1881, p. 7. — O Mot. d. scavi, 1882, pl. vi. fi»-. I ; pl. vu, fig. 16. — 13 Mém. des Antiquaires de France, 1886, p. 3 ; Moulelius, La cieilis. primitive en Italie, pl. xi.v, fig. 18. — 10 Marcheselti, Senti nella necr. di Santa Lucia, 1893, pl. xx, fig. 9-12; Hoernes, O. c. p. 477, n. 3.
— n Marcheselti, O. c. p. 255, n. I. — 18 Furlwiinglcr, Die Sphinx von Aegina, Münchner Jahrbuch der bild. Kunst, 1906, fig. 6. - 19 Ibid. fig. 9. - 20 Renndorf, üriech. und Sicil. Vasenbilder, pl. xix, 4. — 21 Helbig-Reisch, Faltrer, 11, n« 186, p. ; 88 ; Museo Gregoriano, II, pl. i xxx, 1 ; Wiener Vorlegeblâtter, 1889, pl. vin, 6.
— 22 FurtvvSugler, O. c. pl. mv, et fig. 5. — 23 Cf. Hcuzey, Catal. des figurines de terre cuite du Louvre, p. 8. — 21 FurlwSngler, l. c. p. 4. — 25 Cf. note 5, p. 1432 et Homolle, Fouilles de Delphes, IV, p. 47. n. 3. — MJourn. of hell. slud. 1887, pl. i-xxn. — 21 Brilisli Muséum, Catal. of greek sculpt. I. p. 43 et n"’ 89 et 90. — 28 Furtwângler, O. c. fig. tt et p. 8. — 29 Ibid. fig. 40 et p. 8.