‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 137 sur 137 · C. De La Berge · texte numérisé non relu

C. De La Berge

II. Le même nom, symphoniacus , désigna des musiciens de toutes sortes, chanteurs ou instrumentistes, dont il lut de mode à Rome, au dernier siècle de la République et au premier de l’Empire, de former des troupes dans les riches maisons1. E. S.

SYMPOSIUM (SujA7ro«nov). — Le symposion (littéralement « buverie en commun ») était une coutume particulière aux Grecs. On appelait ainsi la seconde partie du souper (oa7:vov). Pendant toute la première, qui constituait le repas proprement dit, les convives mangeaient sans boire1 ; le vin n'y faisait apparition que tout à fait à la lin, sous la forme d’une libation religieuse « au Bon Génie » ou « à la Santé »: chaque convive avalait alors une gorgée de vin pur (àxpaxov), en prononçant la formule ’AyaOoû Aaip-ovoi; ou 'TyiEiaç 2. Puis, après que les serviteurs avaient enlevé les tables (àcpoupetv. Èxtpspeiv xi; xpa7rÉÇaç), et nettoyé le sol de tous les débris et reliefs qui le souillaient, le symposion commençait3. Il se prolongeait souvent jusqu’à l’aurore.

On ne saurait énumérer toutes les occasions dans lesquelles se donnaient les symposia. Citons, en particulier, les différentes cérémonies de famille, mariage4, fête du dixième jour (Ssxâxr,) 5, anniversaire de naissance6, les victoires remportées aux jeux7, le départ ou le retour d’un ami8, et cent autres événements de ce genre. En toutes ces circonstances on conviait parents et amis à un souper, toujours suivi d’un symposion. Mais souvent aussi le goût du plaisir tenait lieu de tout prétexte. On a vu ailleurs [meretrices, p. 1828] la vie dissipée que menaient, à Athènes, la plupart des jeunes gens de famille riche, dans les années qui séparaient l’éphébie du mariage. Les soupers, en compagnie des courtisanes, y tenaient la première place.

Les convives du symposion n’étaient pas toujours exactement ceux du Seïtcvov, qui l’avait précédé. Après celui-ci les personnes graves avaient coutume de se retirer. Par contre, il n’était pas rare qu’une bande de jeunes fous (xcôgoç) 9, plus ou moins avinés, fît soudain irruption dans la salle du banquet, et s’invitât d’ellemême sans façon: cet incident se produit même deux fois dans le Banquet décrit par Platon 10. De ces réunions les honnêtes femmes et les enfants étaient naturellement exclus “. En revanche, les courtisanes en étaient une des principales attractions : dans les buveries de jeunes gens, chacun amenait sa maitresse ou du moins une

1 Cic. Ad fam. VI, 9, 3: Prit Mil. XXI, 55; In Verr. V, 29, 64; Pro Pose. Am. XI.VI, 134; Pelron. Sat. 28, 33, 47; Macrob. II, 4, 23; Corp. itiscr. lat. VI, 4472, 9649, 9650 ; V. Marquardt, Privatult, Irad. fr. 1, p. 178; Friedlander, Sittengeschisch. HomsG, 111, 353, 357.

SYMPOSIUM. — I Au temps de Plutarque s'était introduite la mode de l'apiritif (rcçomin») avant le repas ( Quaest . conv. VIII, 9, 3). Voir les textes recueillis

dans Bcckcr-Gëll, Charikles, 11, p. 325 et 335. — 2 Ibid. p. 323. 3 Plat. Conv.

223 C. — 4 Isae. De Pyrrhi hered. 70; Aristoph. An. 493. — 5 Luc. (Jall. 9.

— 6 Xenopli. Conv. I, I; Plat. Conv. 173 A; 183 A; Plut. Phoc. 20.

— 7 Antipli. Noverc. 16; Plut. O. I. IV, 3, 2; V, 5, 1; Luc. Amor. 9.

— 8 Plut. Pericl. 7 (î/oi t».v ijiïovS.üv). — 9 Voy. sur le nom xùipo;, Welckcr ad Pliilostrat. lmag. 1825, p. 2(i2 et sq. — 10 212 C et 223 B ; cf. Zenob. Il, 46 ; Luc. Lexi/ih. 9. — H Arist. Polit. VII. 17; Cic. Verr. I, 26, 66. Dans Xénoplion le jeune vainqueur Autolycos, qui est le héros de la fête, assisle au banquet, en compagnie de son père, mais assis et non couché (I, 8), et se retire avant la pantomime finale (IX, 1). — 12 Luc. Dial, meretr. I, 1 ; 11, I ; (2. 1 ; 15, 1. Voyez l'art, meretrices, p. 1829. — 13 Diod. Sic. 1 V, 3; Atben. II, p. 38 U ; XV, p. 675 C. — 14 Plat. Conv. 176 A ; Xenopli. Conv. 2, 1 ; Plut. Sept. sap. conv., 5. — 15 Xenophan. frag. 1 Bcrgk.4; Athcn. XV, 685 D; Coru. Ncp.

hétaïre louée pour la circonstance 12. Ce sont ces femmes que nous voyons, dans tant de scènes bachiques représentées sur les monuments, au milieu des hommes : leur mise et leur attitude dénoncent, du premier coup d’œil, leur profession (lig. 4966-4967, 4970, 4971, 6690).

De même que la fin du Ssnrv&v, le début du symposion était solennisé par une libation faite cette fois, non avec du vin pur, mais avec du vin mélangé (xsxpa gévoç), en l’honneur de Zeus Sôter (Atb; ïiuxT,po;) 1:l. Ensuite avait lieu le chant du péan (TtatavtÇetv;14, des couronnes étaient distribuées aux convives, souvent même on leur répandait sur la tète des parfums13. Restait enfin à élire le président du banquet, <7up.7ioaïapyoi;, (JixciXeü;, généralement désigné par le hasard des dés 16. La première fonction du symposiarque était de déterminer le dosage de l’eau et du vin 17. Les Grecs, en effet, ne buvaient pas le vin pur, ce qui s’explique par la force alcoolique de la plupart de leurs vignobles [vinum]. Boire pur (axpaxov) était regardé comme une pratique barbare, digne des Scythes ou des Thraces18, et qui produisait des effets funestes, tels que la paralysie et la démence 19. Même le mélange du vin et de l’eau à parties égales (ïsov Y<toj ) passait pour excessif et dangereux 20 . Les mesures généralement admises étaient : 3/4 d’eau (proportion recommandée par Hésiode, mais que les plaisants appelaient» un breuvage de grenouilles ») **, ou plus ordinairement 2/3 ou 3/5 22. Selon la saison et le goût des convives, on se servait, pour tremper le vin, d’eau chaude ou froide 23. L’usage des vases réfrigérants était déjà connu [psycter]. On employait aussi dans le même but la neige et la glace, qu’on savait conserver jusqu’en plein été, en l’enveloppant de paille ou d’étoffes de laine non foulées '24. Le mélange se faisait d’avance dans un grand vase, appelé pour cette raison crater. L’esclave puisait dans le cratère à l’aide du cyathe ou d’un autre vase, oivo/oYj, àpusx/p , xûa9oç Tcyathus et lig. 1695], et versait ensuite dans la coupe 23. Des échansons (oivo/dot) étaient dressés spécialement à ce service, qui demandait beaucoup d’adresse et de célérité26. Quelquefois, surtout dans les symposia de jeunes gens, le service était fait par des hétaïres27.

Il appartenait aussi au symposiarque de fixer d’avance le nombre de coupes que devrait vider chaque convive: cela s’appelait tuveiv 7tpb; (h'av28. Il fallait avaler tout le contenu d’un seul trait et sans reprendre haleine (agus-rt, a7rv£Uf7Tt TTiveiv, ap.uxxi^£tv ) 2 2 . A Athènes 1 usage était de débuter par de petites coupes et de finir par des grandes 3U, en sorte que le banquet dégénérait presque inévitablement en orgie31. Ce n’est que par exception, quand, d’un

Agesil. 8. — 16 Plat. O. I. 213 E; Luc. Saturn. 4; Cf. Plat. Leg. I, G40 D. Il parait y avoir eu aussi un x^piaç/oç, Jalin, Vasensamml. 378 ; Gerhard, Auserles. Vas. 188; Klein, Gr. Vas. mit Lieblingsnamen, p. 67 et fig. 9 ; et notre fig. 1429, où le chef du x<7>|aq( est désigné par ce nom. — 17 « Leges quae in poculis ponebantur » (Cic. Verr. V, 11, 28), « leges insanae » (Hor. Sat. 11, 6, 67). — 18 plat. Leg. I, 637 E; Athcn. X, 427 B. — 19 Athen. II, 36 B; Herodot. VI, 84. — 20 Athen. L. I. ; cf. Aristoph. Plut. 1 1 32. — 21 Hesiod. Op. et D. 596 ; Athen. X, p. 430 C ; Zenob. 11, 78. — 22 Plut. Quaest. conv. III, 9; Athen. X, 426 C; Eustath. ad Odyss. IX, 20 9 (p. 1624); cf. Becker-Coll, Gallus , I, p. 206, n. 7. — 23 Plat. Resp. IV, 437 D; Xenoph. Alem. III, 13, 3; Athen. III, p. 121-123. — 2t Xenoph. O. I. Il, 1, 30 ; Plut. Quaest. conv. VI, 6, i ; Athen. 111, 124 A; Cf. Becker-Goll, Charik. Il, p- 346. — 25Theophr. Char. 13 ; Poil. Onom. VI, 9 ; X, 75 : Proel. ad Hesiod. Op. et d 744. Plus rarement, le mélange se faisait directement dans chaque coupe (Xenophan. fragm. 1, v. 8). — 26 Xenoph. Conv. Il, 26 ; Cyr. I, 3, 8 ; Luc. Dial. deor. IV, 5; Poil. Onom. VI, 95. — 27 Vov. un bas-relief dans Micali, L’italia avanli il dominio dei Romani , p. 107. — 28 plat. Conv. p. 176 B. — 29 plut. Quaest. conv. III, 3, p. 650 C; Luc. Lexiph. 8; Suid. s. v. àjAuoTÎ; Schol. Aristoph. Ach. 1229 — 3U Ath. XI, 463 E. — 31 Diog. Laert. 1,

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commun accord, l’assemblée l’avait préalablementdécidé, qu’il était permis à chacun de boire à son gré. 11 en est ainsi, par exemple, dans le Banquet de Platon, où les convives, qui tous se ressentent encore, plus ou moins, d’une orgie de la veille, ont besoin de se ménager1. Mais, hors ce cas, chaque convive devait absorber la mesure prescrite, sinon s’en aller ( aut bibat, aul abeat )î, ou, du moins, subir une pénitence inlligée par le symposiarque 3. Ces pénitences n’étaient pas toujours, on le devine, du meilleur goût : on obligeait, par exemple, le récalcitrant à s’accabler lui-même des injures les plus malséantes, à danser tout nu, à faire trois fois le tour de la salle en portant dans ses bras la joueuse de flûte ; on commandait à un bègue (vpeXXôçj, de chanter, à un chauve de se peigner, à un estropié de sauter à cloche-pied, etc 4. Une autre occasion encore de boire avec excès, c’étaient les toasts ; chaque convive était tenu de porter successivement la santé de tous les membres de la réunion (irpoirtvsiv cptÀoT-rjeuaç) 6. Cet usage était même si caractéristique des banquets grecs qu’à Rome, où il fut plus tard adopté, on appelait cela qraeco more bibercb. Les écrivains anciens nous ont rapporté plusieurs exemples, véritablement stupéfiants, des prouesses accomplies par certains buveurs. Dans le Banquet de Platon, nous voyons Alcibiade et Socrate, qui ont déjà bu pendant toute la soirée, tarir tous les deux d’un seul trait un vase qui contient huit cotyles, c’est-à-dire un peu plus de deux litres. On contaitmême qu’Alexandre et Protéas ayant parié un jour de vider chacun une coupe d’une capacité de 6 litres et demi (otyouv), Protéas vainquit le roi en renouvelant immédiatement le même exploit7. Pour entretenir la soif, en même temps que pour douner au vin plus de saveur, on servait pendant le symposion certains mets très simples, sucrés ou piquants, analogues à nos hors-d’œuvre ou à nos desserts : miel, fromage, fruits frais ou secs, sel pur ou pilé avec du thym, cumin, ognons, ail, silphium et surtout gâteaux salés (è7tiTra<rra). Plus tard on oflrit même aux convives un véritable second souper (SeÜTspai Tpâire&xtj, où l’on servait de la viande: ragoûts, volailles, gibier. Mais ce sont là des excès de gourmandise, propres à l’époque macédonienne8.

Les banquets, comme ceux que nous décrivent Platon et Xénophon, où’ l’esprit et l’imagination des convives eux-mêmes tiennent lieu de tout divertissement matériel, étaient assurément très rares. Ce sont là des peintures fort idéalisées. Nul doute cependant que le charme d’une conversation légère, vive, enjouée, ne fût pour les Grecs l’un des principaux attraits des symposia. Ce qui le prouve à l’évidence, c’est cette littérature symposiaque, si riche, dont les auteurs, sous la forme fictive de propos tenus à table par des personnages illustres, ont traité, ou du moins effleuré, les sujets les plus divers, philosophie, politique, lettres, sciences, arts. De toute cette littérature il nous reste encore les Banquets de Xénophon, Platon, Plutarque, Lucien, Athénée. Mais ce n’en

1 Plat. Conv. 176 A-C. — 2 Cic. Tusc. V, 41, .118. — 3 Luc. Saturn. 4. — 4 L. l.\ Plut. Quaest. conv. I, 4, 3. — 5 Luc. Gall. 12; Alciphr. Epist. III, 55; Heliod. Aethiop. III, H ; Atli. X, 432 D; IX, 498 C. — 6 Cic. Tusc. I, 40; Verr. 1, 26; Plaut. Cure. II, 3, 81. Cet usage était interdit à Sparte, comme une provocation à l'ivresse (Ath. X, 432 D). — ' Conv. 213 E; Ath. X, 434 A. — 8 Voir les textes recueillis par Beoker-Gôll, Charikl.il. p. 327 sq. — 9 Plut. Quaest. conv. I, praef. p il — 10 Plat. Protag. 317 C. — H Plut. Sept. sap. conv. 5 ; Conv. VU 8, 4, — 12 Plat- Conv . 176 E; Protag. 347 C; Xeuopli. Conv. 2, 1.

est que la moindre partie; il existait également sous ce titre des écrits d’Aristote, Speusippe, Épicure, Prytanos, Hiéronymos, Dion 9. Toutefois, en dehors de la conversation, il y avait un certain nombre de divertissements traditionnels en usage dans les banquets grecs, et qui, aux yeux des convives vulgaires, avaient plus de prix10. Au premier rang il faut nommer la musique. La flûte était indispensable pour les libations et le péan11 ; il y avaitdonc, dans tout banquet, des joueuses de flûte (ocùXt)- TpiSs;) 12, souvent aussi des joueuses de lyre (^aX-rptat ) 13. A ces instruments on voit joints dans les peintures, les crotales et le tambourin14. Tous sont souvent aux mains des convives eux-mêmes et accompagnent la danse aussi bien que le chant. La danse, d’ailleurs, était un art beaucoup plus étendu en Grèce, comme on sait, que chez nous: il comprenait, outre les mouvements rythmés des pieds, ce que nous appelons mimique et pantomime15 [saltatio, p. 1045]. Dans le Banquet de Xénophon, c’est une véritable troupe dont le riche Callias offre le spectacle à ses hôtes : elle se compose, sans compter le Syracusain qui en est le directeur, d’une joueuse de flûte, d’une danseuse acrobate et d’un jeune garçon à la fois cithariste et danseur. Les trois artistes font admirer d’abord, chacun séparément, leurs talents. Puis la représentation se termine par une pantomime passionnée, jouée par toute la troupe, qui figure, en une série de tableaux vivants, l’hymen d’Ariane et de Dionysos 16. Outre cette orchestique savante exécutée par des professionnels, les convives eux-mêmes, surtout dans les banquets d’éphèbes et d’hétaïres, se livraient souvent aussi au plaisir de

Fig. 6694. — Danse symposiaque.

la danse. Les danses symposiaques (èpy-ijaetç 7tapotvtoi, <7up:<mxai 17) [saltatio, p. 1045] ne restaient pas toujours savantes et régulières. Elles dégénéraient facilement, sous l’empire du vin, en mouvements désordonnés ; ou bien, au contraire, les buveurs se plaisaient à montrer qu’ils étaient assez maîtres d’eux-mêmes pour accomplir d’extraordinaires tours de force et d’adresse; par exemple, ils tenaient en équilibre, en dansant (lig. 6694J ou en se plaçant dans les positions les plus risquées (fig. 6695), les vases contenant le vin ; c’est ce qu’on voit dans beaucoup de représentations de banquets18. Les femmes qu’on y amenait s’en mêlaient aussi (fig. 4966). 11 y en

— 13 Plat. Protag. 347 D. A leur art de musiciennes ces femmes joignaient, d’ailleurs, presque toutes le métier d’hétaïres. — M i I lin. Peint, de Vases, I, 27; Millingen, Vases de Coghill, pl. vm ; Harlwig, Meisterschalen, II, 1 ; vov. nos fig. 4965, 4971. — 13 Chez Homère déjà, la musique et la danse élaient rornement des banquets {Od. I, 152). — 1<5 IX, 2 sq. —17 Alhen. XIV, p. 629 E ; Lucian. Gall. U. — 18.1 Jus. Borbon. t. XV, pl. xvj C. rendus de Saint-Pétersb. 1881, p. 65 ; Monum. Piot, t. IX, p. 157 et 164; Hartwig, O. c. II, pl.viii; cf. 11,1 ; Gerhard, Trinkschal. u. Gefass. vu, vm, xiv; Pottier, Vas. ant. du Louvre, pl . 73 F 129; et 97 G 79.

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étaient des acrobates de professions

[voy.

avait qui

CERNUUS].

Tout ce qui pouvait contribuer au charme ou à la

gaîté de la réunion y était bien venu f a c n o a m a ] . Le chant y avait une place d’honneur.

La chanson de table, variée et transformée dans le cours de plusieurs siècles, a été pour les Grecs, en même littéraire qui a son

6695. — Divertissement de banquet.

temps qu’un amusement, un genre histoire * [skolion].

Nous n’énumérerons pas, après Pollux, une cinquantaine de jeux que ce lexicographe, en un chapitre spécial (tusoc tiov

êv aufXTt&CTi&ti; 7tat-

ouôv)2, nomme comme ayant été en usage dans les banquets. La plupart, à vrai dire, ne sont que des amusements d’enfants. De cette liste retenons cependant, en particulier, les jeux d’esprit qu’on divisait en deux genres principaux: a’tvîyuata (énigmesl, et ypïsot (devinettes, attrapes)

[GRiPuus],lesjeux d’adresse, cottabos, dés [kottabos, t ali], etc.

Chaque joueur prenait son tour comme pour le chant, en allant

de gauche à droite (èmoÉtjia) 3. La proclamation du vainqueur avait lieu à la suite d’un vote, émis parfois au scrutin secret4. Les récompenses étaient, outre les applaudissements de l’assistance, des couronnes, des ténies, des gâteaux, un baiser5. Quantau vaincu, sa pénitence consistait

d’ordinaire en une rasade de vin, mélangé de sel, à vider d’un trait0. A ces jeux ajoutons encore toutes les plaisanteries et les farces, plus ou moins spirituelles, quel imagination et l’ivresse inspiraientaux convives. Quand un des buveurs s’endormait avant d'avoir absorbe la ration prescrite, il était d’usage de le réveiller en lui versant sur la tête les sauces du repas de la veille ; cette plaisanterie traditionnelle avait un nom, étoXoxpaffia ’.

La fîg. 6696 représente, d’après une coupe du musée du Vatican 8, un de ces banquets par écot (i.nb <T7tupt8a)v) où chacun apportait sapartdans un panier [spvris], pareil à ceux que l’on voit suspendus aux murs. Les convives chantent ou mêlent leurs voix au son des Dûtes et des lyres. L’heure n’est pas encore venue des danses et des plaisirs qu’entraîne l’ivresse. Les représentations figurées montrent jusqu’à quel excès on pouvait se laisser aller9. Enfin la description d’un symposion ne

serait pas complète, si nous ne fai s i o n s au moins allusion aux scènes de jalousie, aux querelles, aux rixes10mêmequi souvent éclataient, surtout dans les réunions de jeunes gens [MERETRI¬ CES]11. Il a été traité des banquets romains à l’article comissatiO. O. Navarre.

SYNALLAGMA (SuvâXAayga). — Il n’y a point, dans le droit attique, d’expression technique, comme celle de contractus à Rome, pour désigner les contrats et, sur ce point, commesur beaucoup d'autres, la

terminologie est très incertaine. L’expression la plus généralement employée est celle de (juvâXXayga1. On trouve également les expressions ôgoXoyta, <juv6r,x7i, <7up.pdÀatov. Le mot ôgoÀoyta paraît plutôt réservé aux contrats purement oraux. Mais il est aussi employé pour

1 A. et M. Croiset, Hist. de La litt. gr. 112, p. 121-214; 1112, p. 657-658. — 2 Onom. IX, 7. — 3 plut. Quaest. conv. 1, 1, 5 ; Hesycli. s. v. ttjv

ài.:5E^iav. — '* Xenopli. Conv. 5, 8. — & Poil. L. Z.; Xenoph. L. I. — 6 Alh. X, 457 c; Poil. L. I. — 7 Becker, Anecd. I, p. 298 ; Phot. et. Suid. s. v. ÉwXoxçaata; Stephani, C. r. de La Commis, arc/i. d. Petersb. 1866, p. 89; Bcnndorf, Gr. und Sicil. Vas. p. 93. — « Mus. Gregor. II, pl. i.xxxv; Duruy, Hist. des Grecs , II, p. 603. Les peintures représentant le symposion et le côm.os sont très nombreuses. — 9 On en conserve dans les collections, mais elles ne sont pas toujours de celles que l'on peut exposer. Nous nous contenterons de citer une peinture qui a été publiée (Arch. Zeitung , 1870, pl. xxxix), où l’on voit les convives dansant au son des flûtes et l’un d eux sc précipitant de son lit pour frapper ses compagnons à coups d'oreiller.

— 10 Rixe sanglante, Hartwig, Meisterschalen , pl. lx. — 11 Luc. Dial, meretr. 3, 1 ; 12, 1 ; 15, 1-2. Môme dans les symposia de personnages murs et distingués, où l’on gardait plus de tenue, il n'était guère, cependant, de convive qui pùt échapper à l’ivresse. Cela n’enlrainait, du reste, aucune mésestime (Plat. Conv. 1 76 A ; Leg. I, 637 A; VI, 755 B). — Bibliographie. Cornarius, De conviv. Graecorum (dans Gronovius) ; Stem, Rerum convivalium adumbratio , 1833; A. Maltos, ritçt t<ov ffufMïOfft'wv twv *EX/.Vjvwv, 1880; Pauly, Realencyclopüdie , t. H, p. 1-99 sq. s. v. con vivium (Nachtràge zum zvveitem Bande) ; Becker-Gôll, Cliarikles, Il 1*877), p. 335 sq.

S YNAL.LAGMA. i Phot. s. o. Demoslli. 907 R. C. Timocr. p- 7t>6 ;

C. Onetor. p. 869; Dig. il, U; 16, 19, V. Dareste, Haussouüier et Reinach, liée, des inscript, jurid. grecques, p. 280 et 294.

SYN

SYN

désigner les contrats écrits Le mot aûgpoXov ou <ré|Aj3oXa parait exclusivement réservé aux conventions internationales-, et c’est seulement à une époque récente qu'il est appliqué aux contrats entre particuliers3. Le fait de contracter est alors désigné par les mots (TugjJâXÀEtv 4 ou auvaXÀaTEiv 6, et plus rarement par le mol suvtc'ôsgOgu'1. Au surplus, les expressions (xuvaÀXayfxa et augjîôXatov, bien que désignant habituellement la convention, sont aussi appliquées, mais à une époque ultérieure, à l’écrit dressé par les parties pour constater leur convention 7.

Le mol (Tuf/.pdXaiov a, dans le droit attique, un sens large et désigne tout acte juridique8. C’est ainsi que les testaments sont compris dans les mjgpdXaia8, d’où il ne laut pas conclure que les Athéniens aient considéré les testaments comme des contrats10. L. Beauchet.

SA A’AXOïmi.YSTAI (Suvotvouêiaatai). — Membres d’une société i eligieuse qui existait à Smyrne au commencement du me siècle av. J.-C. Quatre des associés étaient des Égyptiens ; la plupart étaient probablement des étrangers1. Dans les pays grecs, Anubis est presque toujours honoré avec Isis, Osiris ou Sérapis ; cependant c’est à lui seul qu est consacrée 1 offrande des Suvotvouêtoarxott 2.

P. Foucart.

SYNDICUS (XûvSixoç). — Ce nom littéralement signifie : qui prend part à un procès, intervientdans une cause (cùv, StxTj). Aussi est-il parfois synonyme de (juvijyoooç [advocatio, synegorosJ et désigne-t-il quelqu’un qui plaide la cause d’un autre, en justice ou ailleurs1 ; ctuvoixsïv s’emploie alors indifféremment pour ffuvr,yopstv, auvaymvïÇEaOai, auvEiTTEîv -. Les états3, corporations, simples particuliers ‘, peuvent se faire ainsi représenter. Les cinq orateurs publics s chargés à Athènes de défendre les lois anciennes contre les innovations [nomoi] sont appelés (xdvS.xot 0 ou aruv^yopoi 7 ; d’autres plaident la cause de leurs compatriotes devant le conseil des Amphictyons ; Eschine eut cette mission a propos du temple de Délos, mais, pour une raison mal connue 8, l’Aréopage le rappelaet le remplaça par Hypéride9; ces envoyés spéciaux s’opposent aux pylagores, députés amphictyoniques ordinaires [amphictyones, p. 236] ; leur élection était entourée de garanties et prescriptions spéciales ; elle ne pouvait être renouvelée10 et de bonnes mœurs étaient exigées Des syndics, élus chaque année, prenaient part à la Soxigasta des nouveaux membres d’une association 12 [eranos].

Une autre catégorie de syndics apparaît après le ren-

1 Meier, Schômann et Lipsius, Der attische Process, p. 078, note 538 ; Gneist, Die formellen Vertrage der neuen rôm. Obligationenrechts , p. 435!

— 2 Harpocrat. s. ». <rùpJoJ.a. — 3 Corp. inscript, attic. IV, 11» 01, a. 1. 17. Cf. Meier, Schômann et Lipsius, p. 676, note 530. — 4 V. notamment Isae. De Arist. her. § 10. —5 Cf. Beauchet, Bist. du dr. privé de la Répub. al/ién. t. 4, p. 16. — 6 Meier, Schômann et Lipsius, p. 676. — 7 Gneist, p. 435, 430 ; Meier, Schômann et Lipsius, p. 684. — s Meier, Schômann et Lipsius, p. 595, note -97. — 9 lSae. De Nicostr. hered. § 12 ; Plato, Leges. p. 92L b. — to Bunsen,

De jure hered. Àth. p. 53 ; Beauchet. t. Il, p. 364; t. III, p. 671.

SVNANOUBI ASTAI. — t Foucart, Assoc. religieuses chez les Grecs, p. 117 et 234. 2 Un petit bronze du Musée du Louvre représente le dieu avec la tôle de

chacal couronné d'un diadème, tenant de la main droite une torche et de la gauche une épée; De Longpérier, Bronzes antiques du Mus. du Louvre , n° 537.

SYNDICUS. 1 Hesych. et Suid. s. ».; Aeschyl. Suppl. 726 ; Eum. 701; Pind.

01. IX, 148 ; Plat. Leg. 929 e ; eûvSntoi pàpTuoe; ; 938 b ; euvStm'a. — 2 Plat. Leg.

937 a; Eur. Med. 157; Üem. XX, 153 ; XXXII, 12 ; XLV, 84 ; Ll, 16 ; Andoc. j, 150. — 3 quand deux villes soumettent à l'arbitrage leurs contestations, chacune choisit des oùvSinoi (Schœmann-Lipsius, Griech. Alterl. Il (1901), p. 7j.

— 4 Leurs syndics sont choisis ordinairement dans leur tribu (Andoc. L. I. ■ Dcm. XXIII, 206). — 6 Dem. XXIV, 23 ( lex ). — fi Id. XX, 22. 7 Id. XXIV, 36

- â Philostr. V. soph. I, 18, 4. - 9 Dem. XVIII, 134 : eévSt».; ; [Plut.], Vit. X or.

840 E; euvéTopvç. — 10 Dem. XX, 152; pi, im.ai T0Ù Sé.pou

«Xiiov jj Usai truv3ixl[aai. — U Aeschin. I, 19 : Æ» V.4 'A0ï,vaiwv Ivet^ïY! ...

versement des Trente; ils durèrent peu, à toulle moins de 398 à 387 l3. Leur juridiction s’étend sur tous les procès dans lesquels les biens d’un particulier sont revendiqués par 1 État, et ceux dans lesquels un particulier revendique contre le fisc ses biens confisqués [diadi- KASiAj 14 ; c’est à la pitié des syndics que fait appel celui qui prétend retirer des biens d’Ëraton une somme de trois talents que son aïeul avait prêtée au condamné K ; à une autre époque, ces contestations ont dû rentrer dans la compétence des Onze [hendeka], Ces syndics tenaient des phylarques leur information contre les personnes qui avaient servi sous les Trente comme cavaliers et qu’un décret du peuple avait obligés de restituer la xocTia-Totaiç à eux fournie par le trésor pour leur équipement16.

Lorsqu’un dème attique ne recevait pas le loyer que lui devait un de ses fermiers, celui-ci se voyait poursuivre devant 1 assemblée des démotes par le démarque, assisté de syndics ll. Nous ignorons leur mode de désignation elles conditions d’âge et de moralité auxquels ils étaient soumis18. La sentence rendue, l’assemblée pouvait les récompenser de leur zèle dans la défense de ses intérêts, leur accorder les éloges et privilèges ordinaires1 . Des düvBixot assistent aussi le démarque quand i I défend le dème attaqué devant les héliasLes [dèmos, p. 86J.

Il y avait à Sparte des «TuvSixot, dont la qualité reste obscuie , Boeckh inclinait à y Y'oir des magistrats véritables et de liant rang, faisant office déjugés20. AOrchomène, le mot prend un sens tout autre, celui d’syyuot ; le trésor public, asséché, avait été obligé d’emprunter ; des citoyens s’étalent portés garants sous ce nom 21.

A 1 époque romaine -2, le duvBix&ç est un avocat du peuple23, élu24 et envoyé devant l’Empereur ou le gouverneur de la province, pour plaider une cause où la ville est engagée 25 ; le sens s’est restreint26, et il est devenu un peu flottant. En principe, le syndic s’oppose à l’ambassadeur (irpEffêsé;), qui ne fait qu’une visite d’étiquette, et aussi à l’Ixoïxoç [ekdikoiJ, qui reste dans sa ville et sert d’avocat permanent devant les juges que le pouvoir central y envoie; le syndic, lui, désigné ad litem , va plaider au dehors 28 et peut recevoir souvent cette mission 29. Pratiquement, la distinction s’atténue ; le même personnage a d’ailleurs peut-être été «rûvStxoç, sans cesser d’être ’éxStxoç30; il ne serait même pas impossible que le sens eût changé de ville a ville. 3I. On retrouve

«ruvSuo-.dàtw to — 12 Corp. ins. att. 111,23 ; Beauchet, Bist. du dr.priv.de

larép. ath. Paris, 1897, IV, p. 356 ; F. Poland, Gesch. des griech. Vereinswesens , Leipzig, 1909, p. 405. — <3 Meier-Schœmann, Der att. Process , I, p- 124; ils

ôtaient élus ou tirés au sort, ce point est controversé; Lys. XIX, 32. 14 Add.

leur rôle (temporaire) dans Papographè (Meier-Schœmann, p. 310) et dans la phas.s (Ibid. p. 290). - lo Lys. XVII, 10; Sigon. De rep. Ath. IV, 3 ( Opéra Mediol. (936), V, p. 170) ; Beauchet, Op. cit. III, p. 720. — 16 Lys. XVI, 7 ; Harpocr.

5. u. — H Corp. inscr. att. II, 609, 1. 12 sq. — 18 B. Haussoullier, La lie municip. en Attique, Paris, 1883, p. 88-90. — 19 Lolling, Ath. Mitth. IV, 1879, p. 196 ; cf. 203.

2U Corp. i. gr. I, p. 610. — 21 Dareste, Haussoullier, Reinach, Inscr. jur. gr. I (1891), p. 304, 1. lu : aouy$txo[t]. — 22 Cf. Liebenam, Strïdteverwalt. Leipz. 1900, p. 303. — 23 E. TOo$ (Arch. ep. Mitth. XVIII. p. 228). — 2V Le Bas- Waddington, 499: « otOetç. 25 Ex. Corp. inscr. att. III, 38 (à propos de l’édit d’Hadrien sur les exportations d huile) ; le sophisle Polémon est s. de Smyrnp dans une affaire concernant un temple (Philostr. V. soph. 1, 25. 8). — 26 Pourtant toute collectivité peut encore se faire représenter par un syndic (Gaius, Dig. III, 4, 1, 1 ; Ulp. ibid. XL1II, 24, 5, 10). 27 Aread. Charis. Dig. L,4, 18, 13 : Defensores , quos Graeci

syndicos vocant , et qui ad certain causam agendam i ri defendendam eliguntur.

28 Philostr. loc. cit. 29 SuvStxïîaavTa iroÀ’f.àxiç (Le Bas-Wadd. 1176). — 39 Le Bas, 499, 1176 ; Arch. ep. Mitth. XV, p. 94. — 31 D'où les confusions des jurisconsultes tardifs : Hermogen. Dig. L, 4, 1. 2 : Defensio civitotis , id est, ut syndicus fiat ; et Justinien ( Nov . 15) traduit par txStxoî, defensor ciuitatis .

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encore, au lieu de <révoixoî et de auvSixta, aw/jYopoç et auvrçyopta1. Récemment, on a découvert en Syrie la mention d’un (jûvStxoi; v&aâotüv ; c’est à tort qu’on a vu en lui un « cheikh « reconnu vassal de l’Empire2, carie nom qu'il porte (Théodoros) n’est pas arabe; c'est plutôt un Grec choisi comme porte-parole par une tribu, ou par son ethnarque ou stratège3. Victor Ciiapot.

SYNÉDROS (SûvEopoç). — Le mot (TÛve8po;(qui siège avec tùv, éopa) est employé dans ce sens en poésie; c’est ainsi que Sophocle dit que la J ustice est la TuvEÔpo; de Zeus Ce sens implique ici que les personnes qui siègent eusemhle sont en petit nombre *. Il en est de même dans les premiers exemples que nous fournitla prose. Dans Hérodote, le mot ffôvÊopo; désigne les conseillers de Cambyse 3 * et le mot auvéoptov le conseil de guerre tenu par les généraux des Grecs avant la bataille de SalamineC Le sens est encore plus précis dans Thucydide. Quand les Spartiates, au moment de l’affaire de Sphactérie, se résignent à faire aux Athéniens des propositions de paix, ils leur demandent de nommer des synèdres , en petit nombre, pour qu’ils puissent discuter avec eux, loin des agitations de la foule6. Le mot «ruvÉoptov gardera ce sens un peu restreint; c’est par là qu’il se distinguera des termes comme (tûvoôoç, èxxÀr^tx, quoique tous ces mots soient parfois employés comme synonymes. Au ivc siècle, les orateurs désignent plus particulièrement par le nom de (juvéopiov le conseil Amphictyonique et l’Aréopage6. Le premier de ces deux corps ne comprenait que vingtquatre membres ; nous ignorons le nombre moyen des membres de l’Aréopage ; on peut cependant admettre que ce corps, recruté en grande partie par les anciens archontes, était sensiblement inférieur en nombre au conseil des Cinq Cents. Pour les associations de particuliers, tels que les thiasotes, éranistes, artistes dionysiaques eL autres, le mot <7Üvs3poç, et encore moins le mot c-uvéopt ov sont rarement employés; de telles associations sont désignées généralement par les termes tô xoivdv, -J] aûvoôoî7 *. On trouve assez souvent le mot cruvsop :ov, pris dans un sens général pour désigner une assemblée, un Conseil ; c’est ainsi qu’Eschine dit que tous les grands corps de la ville, rà puytara xcôv èv ty| ttoXei ruveopicov, doivent des comptes aux logistes ; et par le mot ctuveopia, il désigne l’Aréopage et le conseil des Cinq Cents6.

Le plus souvent cependant le mot synèdre désigne le délégué à un congrès, si l'on entend par ce mot de congrès une assemblée composée des députés de plusieurs États, qui se réunissent pour régler des affaires interna-

1 Corp. inscr. gr. 2795 ; Le Bas, 1598 6.- 2 Prentice^Puô/. ofan American arch. Eæped. to Syria in 1899-1900 , New-York, Part ill (1908), wp. 303, n° 383. — 3 Waddinglon, Inscr. de Syr. 2196; cf. 2112. — Bibliographie. R. Schœll, Questiones fiscales juris Attici ex Lysiae orationibus ilUistratae, Berolici, 1873 ; Meier, Schœmann, Lipsius, Der attische Process , Berliu. 1 (1883-87), p. 123-5; Smith, Dict. of. gr. and. rom. anliq. 3 s. v.; Is. Lévy, Rev. èt. gr. XII (1899), p. 275 st|.

SYNliDROS. 1 Œd. Col. 1382. — 2 Calchas fait partie du synedrion des rois Grecs, Soph. Ajax , 749; cf. aussi Eur. Iph. A. 192 ; Plat. Protag. 317, D. Le mol parèdre est pris, en poésie, comme synonyme de synèdre ; mais ce mot a le plus souvent le sens d assesseur, ce qui marque un degré d'infériorité envers la personne près de laquelle siège l'assesseur (Arislopli. Aves, 1753). — 3 Hcrod. VHi, 3t. — t Ibid. 75, 79. — & Th. IV, 22. Le sens du passage est confirmé par V, 27,

2 : à7coSif;at àvSfaç oXfyou; àoyr.v «OxoxpàToça;. Le mot synèdres est employé

pour désigner les délégués des Mélieis, qui sont venus discuter avec les Athéniens,

Th. V, 85, 2. Pour le premier de ces deux textes, Xriigcr, dans son édition de

Thucydide, donne comme explication « un comité ». Le terme serait exact si les

délégués Mêlions avaient été pris dans un corps plus nombreux, analogue, par

exemple, au Conseil des Cinq Cents, dans Athènes ; mais cela n’est pas dit. Isocrate

( Areop . 58) emploie le mot dans le môme sens; il rapproche les synèdres des dix

ffuYYPa?c*î de 411. — 6 *h I; ’Apeîou rcâyou ( Corp . inscr. ait. Il, 252) est

lionales, politiques, religieuses, commerciales. Ces états peuvent régler ces aflaires de deux laçons. Ils s’entendent pour un temps plus ou moins long et pour un but précis, la guerre, les échanges monétaires, 1 administration d’un temple ; c’est là, sous une formule générale, des États alliés. Ils s’entendent, d’autre part, pour constituer une association permanente ; ils forment ainsi un seul Étal collectif, pour ce qui concerne toute la politique générale : ce sont des États confédérés.

Les Amphictyonies [ampiiictyones] sont les plus anciennes de ces associations. Nous connaissons des amphictyonies à Argos. Cheslos, Calaurie, Délos, Del plies. La mieux connue, et aussi la plus importante, est celle de Delphes9. Sur cette question de 1 amphictionie Delphique, nous n’indiquerons que les particularités qui concernent notre sujet. La ligue tenait par an deux sessions, l’une au printemps, l’autre à 1 automne, TtuÀata èapivf| etTtuXatx Ô7rtDptvij ; avec ces adjectifs féminins, il faut sous-entendre le substantif (ïûvooo;. A la session d’automne avaient lieu, chaque pentétérie, les grands jeux pythiques. Aux deux sessions, le cuvéopcov, ou Conseil de l’Amphictyonie, tenait ses séances. Il était composé des délégués des douze peuples ou races qui formaient la ligue ; chaque peuple avait deux voix dans les délibérations et par là, très probablement, deux délégués10; ces délégués nommés hiéromnémons auraient donc été au nombre de vingt-quatre. A Athènes, le hiéromnémon était désigné par le sort ; ses fonctions duraient un an, soit deux sessions 11 . A côté d’eux siégeaient les pylagores; pour Athènes, ils étaient ordinairement au nombre de trois, élus à main levée et pour une seule session. C’étaient le plus souvent des hommes politiques, qui étaient chargés de défendre les intérêts du pays. Dans les assemblées du synédrion, ils n'avaient que voix délibérative; les hiéromnémons seuls sont maîtres du vote 14. Le nom de pylagore n’a pas été fourni par les inscriptions. A l’époque étolienne, nous trouvons à leur place les ayoparpo’. Ainsi le synédrion amphictyonique était composé de vingt-quatre hiéromnémons ayant seuls droit de vote, et d’un certain nombre de pylagores qui n’ont que voix délibérative. Dans les textes officiels, le synédrion est désigné par les noms des hiéromnémons présents à la délibération ; les àyopxrp ot sont souvent nommés. Quelquefois nous trouvons dans ces textes les mots (jûveopot et (ruvÉoptov'3. Dans le langage courant, ces derniers mots, plus souvent employés, désignent tantôt les hiéromnémons seuls, tantôt les hiéromnémons

désignée sous le nom de <ru éSpiov par Eschine, 1, 82 ; Ljc. C. Leoc. 12, 54 ; Dinarch. C\ ])em. 9, 66-67, 85-87 ; [Dem.], C. Neacr. 83; cf. aussi les textes de la note ?..

— 7 Foucart, Assoc. relig. chez les Grecs , voir les textes à la fin du volume; le mot le plus usité est xoivôv ; il y a quelques exemples de uûvoSo;. Sur le sens de ces mots, voir Roland, De collegiis artificum Dionysiacorum , 1895, p. 7.

— 8 Aesch. Ill, 19; cf. encore, I, 92 ; Isoc. Areop. 37 (ce corps est excellemment

recruté uitree etxô?w; té»v èv " EXXt)<ti <tuve5p'(ov) ; Lyc. C. Leocr . 12. 11 n est

pas question de l'Aréopage dans [Lys]. IX, 6; Xen. Bell . I, 1, 31. — 9 Nous renvoyons aussi à l'article Amphictyonia de Caucr dans Pauly- Wissowa, I, p. 1904.

Il nous suffira de renvoyer ici aux ouvrages généraux ; K. F. Hermann-Thumser, Staatsaltert , p. 96 ; Gilbert, Handbuchd.gr. Staatsalt., II, 404; Schômann-Lipsius, Griech. Aliert. Il, 33; Busolt, Griech. Gcsch. I, 672 et Die griech. Staals v.nd Rechtsalt. (Manuel Iwan Muller), p. 60. — 10 Le texte principal esl celui d’Eschine, II, 116. Sur la question des 24 hiéromnémons, cf. Gilbert, Handb. Il, 413, n. 2.

— il P. Foucart, Décrets des Amphictyons de Delphes , dans le Bal. de cor. hefl. VII, 411 ; voir à la p. 436 un exposé sur la composition du Conseil aux différentes époques. — 12 Scll. ad Dem. XXIV, 150 : oî... crjveSçoi «b; *ûotot t<7.v «ktifiuv iXryovro tepo|xv^noveç. — 13 Cauer, op. laud. p. 1926, conteste ce fait. Le texte de Dem. XVllI, 154 n’est pas authentique, mais on a les quatre inscriptions eu l’honneur du héraut sacré Aristoclès ; Michel, Recueil d’inscr. gr. 241-24 4; de môme le décret en l’honneur d’Antiochus, III, Ibid ., 252, I. 19; ces insc. sont du me siècle

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et les pylagores ou les agoralroi. On ne peut dire si le xotvbv suvéSpiov est distinct du xotvov Ttov ’Agwixxidvwv L

Au moment où éclatèrent les guerres contre la Perse, Sparte était devenue le plus puissant État de la Grèce. Elle avait formé une grande confédération qu’elle dominait et qui comprenait la plus grande partie des peuples du Péloponèse. Dans l’automne de l’an 481, à la veille de l’invasion de Xerxès, les députés, ou probouloi, des villes bien disposées pour la Grèce2 se réunissent en synédrion 3 à Corinthe ; le nom de ces trente et une cités nous a été conservé sur la colonne de l’Atmeidan L Le synédrion décida que les Spartiates auraient le commandement sur terre et sur mer, la plupart des alliés refusant d’obéir à d’autres qu’à des Spartiates6. Dès que les hostilités ont commencé, nous ne trouvons plus mention de ce synédrion des probouloi. C’est le synédrion des stratèges qui a la direction générale; il est toujours présidé par le général Spartiate. Ce général a le droit de donner des ordres aux chefs des contingents alliés °. C’est lui que Thémistocle fait agir pour amener le synédrion à ses vues 7. Le synédrion n’avait pas seulement la direction des opérations militaires; il pouvait aussi conclure des conventions, régler certaines affaires, admettre de nouveaux alliés dans la ligue8. Après la bataille de Platées, les Grecs, sur la proposition d’Aristide, décidèrent qu’un synédrion, composé de probouloi et de théores, se réunirait à Platées pour y faire des sacrifices, et qu’une fête pentétérique serait instituée. Plutarque, qui nous a conservé ce renseignement, ajoute que cette réunion se tenait encore de son temps 9 ; et son témoignage est confirmé par une inscription10.

Au printemps de 477, la Hotte des Grecs alliés était réunie à Byzance, quand les chefs des contingents Ioniens rompirent violemment avec les Spartiates et se mirent sous la direction d’Athènes. La Grèce se trouva par ce fait divisée en deux grands systèmes d’alliances, qui présentaient ce trait commun, qu’un des États alliés exerçait l’hégémonie sur tous les autres.

Sous l’hégémonie de Sparte11, les alliés gardaient leur autonomie ; ils ne payaient pas de tribut et n’étaient obligés qu’à fournir des troupes en cas de guerre. Le conseil de la ligue était composé dès délégués de chaque cité: par un usage que nous verrons appliqué presque constamment, chaque cité, qu’elle soit grande ou petite, a le même droit de vote 12 ; les décisions de l’assemblée sont obligatoires pour tous, sauf empêchement de la part des dieux ou dés héros13. Nous voyons, dans Thucydide14, que lorsque ces réunions se tenaient à Sparte, ce qui était le cas ordinaire, il y avait d’abord une assemblée des Spartiates, IxxXtt)< ita, qui examinait l’affaire en

v. J.-C. Il faut citer aussi l'insc. 203 du Delectus de L. Cauer. — t Busolt, Griech. Gesch. I, 689 ; Cauer, Op. laud. 1926. — 2 Herod. Vil, 172; cf. Ibid., 145. - 3 Gilbert, Handb. II, 94; Busolt, Gr. Gesch. I, 667. — 4 Rfihl, Insc. gr. ant. 7; Dittenberger, Sylloge, 7; Michel, Recueil , 1118. — 5 Herod. VIII, 2, cf. VII, 161. — 6 Herod. VIII, 61, 63. — 7 Sur ie synédrion des stratèges, voir surtout Busolt, Die Lakedaimonicr u. ihre Bundesgenossen, p. 408. Sur les séances du synédrion à Salamine, Herod. VIII, 49, 56, 58 ,75; Hauveite, Hérodote , p. 400. — 8 Herod. VIII, 123 ; IX, 81, 90; Thuc. Il, 71 ; 111, 60 ; cf. Busolt, Die Laked. 413. — 9 Plut. Arist. 19 et 21 ; confirmé par Tliuc. Il, 7 1 sq. — 10 Dillenherger, Sylloge , 393. — 11 Sur la ligue Jacédémoniennc, cf. Schomann-Lipsius. Gr. Altert. Il, 101 ; Hermann-Tbumser, Staatsalt. 213 ; Gilbert, Handb. I, 97; Broichcr, Desociis Lacedaemoniorum, 1867; Busolt, Die Lalcedaimonier. — 12 Thuc. I, 125,

1 : Kat psiÇoH *où IXâffvovi ; I, 141, 1 ; TtàvTe; laô'lyzot. — 13 Thuc. V, 30, 2. — 14 Thuc. 1, 67; 118, 3; 119. — 15 Thuc. I, 96-97; Aristot. Pol. Atb. 23, 5; Plut. Arist. 25; Schomann-Lipsius, Gr. Altert. 11, 107 ; Hermann-Thumser, Staatsalt. 664; Gilbert, Handb. 468 ; Busolt, Staats.u. Hechtsalt. 320; H. Nothe,

question et prenait une décision; ensuite cette affaire était soumise au Conseil des alliés. Après la défaite d’Athènes, Sparte victorieuse fit sentir plus lourdement sa domination sur les alliés : on sait de quelle manière rigoureuse furent traitées Mantinée et Phlionte.

La confédération athénienne 16 fut constituée à Byzance par l’entente des chefs Ioniens avec Aristide. Elle avait pour objet la continuation de la guerre contre la Perse. Pour cela, chaque ville alliée devait fournir un contingent en hommes et en vaisseaux, ainsi qu’une contribution, <p doo;, dont le chiffre fut fixé par Aristide. Les alliés avaient pensé qu’ils garderaient leur autonomie et que les résolutions seraient prises dans lesassemblées communes 10. Ces assemblées, crûvooo;, auvéôptov n, se tenaient à Délos, centre de l’ancienne amphictyonie délienne. Ici encore toutes les cités, grandes ou petites, étaient ta-ô’^Tqtpot 18. Le synédrion réglait les affaires communes; il pouvait aussi agir comme tribunal 19. On sait combien cette situation fut debonne heure changée. Les alliés, sauf quelques peuples qui surent conserver leur autonomie, devinrent de véritables sujets; le trésor de la ligue fut transporté de Délos à Athènes ; le tribut payé par chaque cité fut augmenté. Quant au Conseil des alliés, en admettant qu’il ait encore subsisté, il ne devait guère se composer que des délégués des cités autonomes etn’eutplus aucune importance20.

En 378, Athènes essaya de former une seconde confédération **. Les conditions, sauf quelques restrictions contre la domination d’Athènes, étaient à peu près les mêmes que celle de la première ligue. Le Conseil de la confédération était un synédrion composé de députés de chaque cité; le principe de l’égalité du suffrage était ici encore appliqué22. Nous voyons cependant quelques cités importantes, telles que Mytilène, Carystos, Ténédos, envoyer plusieurs synèdres23. Il semble bien que la cité qui avait l’hégémonie de la ligue, Athènes, n’aurait pas été représentée dans le synédrion24. 11 était permanent et siégeait à Athènes. Les inscriptions nous fournissent quelques renseignements utiles sur ce Conseil des alliés. Quand une affaire se présentait, il avait le droit de proposer une résolution, Sdyga, qui était présentée au Conseil des Cinq-Cents; celui-ci la transmettait au peuple Athénien, qui prononçait en dernier ressort23. Le Conseil des Cinq-Cents peut aussi demander au synédrion de porter directement l’affaire devant le peuple20. Le synédrion décide de la guerre et de la paix de concert avec le peuple 27 ; il prend part à la confirmation des traités par serments réciproques28; il a des fonctions judiciaires et peut juger et condamner ceux qui violent les traités d’alliance 29. Au bout de vingt ans, la guerre sociale porta un

Der delische Bund, 1889-1890; L. Guiraud, Condition des alliés pendant la première confédération athénienne , 1882. — 16 Tliuc. 1; 97, 1. — 17 Thucydide emploie le mot (jûvoSoç, 1, 97, 1 ; Diodore le mot de synédrion, XI, 70, 4. Cf. Boeckh, Staatsaush. d. Ath. U, 355. — J 8 Tliuc. III, 11,3; de môme, 10, 5. — 19 Gilbert, Handb. 469, n. 3. — 20 Nothe, Der delische Bund , 11, 5 ; Busolt, Philologus , 41, 700.

— 21 Schomann-Lipsius, Gr. AU. 115; Hermann-Thumser, Staatsalt. 740; Gilbert, Handb. 494 : Boeckh, Staatsaus/i. I, 494; A. Schaefer, Demost. u. s. Zeit, I, 25 ; Busolt, Der zw. ath. Bund. dans Jahrb. f. k. Pli. Supplbd. Vil, C64; Man. Ivv. Muller, Gr. Staats. 329. — 22 Diod. XV, 28, 4; Plut. AJ or. 850.

— 23 Mytilène envoie plusieurs synèdres (Corp. insc. Att. II, 32 c; Dittenberger Syll. 91, 28) ; Carystos et Ténédos n'en envoient qu'un {Corp. insc. Att. II. 64 et 117, 32 c ; Dittenberger. Syll. 109 et 146. — 24 Busolt, Gr. Staats , p. 334, n. 2.

— 25 Corp. insc. Att. 11,57 b ; Busolt, Staats , 334. — 26 Corp. i. Att. Il, 51 (alliance avec Denys). — 27 Ibid. 49 b ; Xen. Hell. VI, 3, 19 : de môme pour l'admission de nouveaux membres de la ligue, Corp. insc. Att. II, 51, 57 b. — 28 Ibid. IV, 2, 18 b; 49; Aesch. Défais, leg. 85. — 29 Ibid. 17,1. 41,51 Cette inscription est le docu-

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rude coup à l’œuvre nouvelle des Athéniens ; la défaite de Chéronée la fit disparaître.

Signalons seulement encore ce fait que, pendant la guerre lamiaque, Timosthène, député de Carystos au synédrion de la ligue, et proxène d’Athènes, avait été envoyé au camp des Grecs et des alliés et qu’il y avait défendu très activement les intérêts des Athéniens 1 .

La confédération béotienne était une des plusanciennes de la Grèce2 : elle était aussi une des plus importantes [boeoticum foedus]. Elle était composée d’abord de quatre cités, plus tard de quatorze. Il est fait mention des quatre Conseils3; peut-être formaient-ils, réunis, le synédrion de la ligue v. Ce synédrion est mentionné par Xénophon 5 et par une inscription6. Dans une série de textes épigraphiques du second siècle av. J.-C., les synèdres de diverses villes sont mentionnés comme agissant tanLôt avec le peuple, tantôt avec les polémarques ou les archontes1. Mais, comme nous le verrons plus loin, il s’agit ici de sénateurs, non de délégués à un congrès.

L’époque de Philippe et d’Alexandre est marquée par la constitution de la grande ligue nationale des Grecs contre les Perses8. Bœckh pense même que c’est à partir de cette époque que le mot de nuvéopiov s’est surtout répandu9. La ligue a pour objet de venger l’impiété commise par le barbare contre les temples de la Grèce 10. Elle était constituée sur le modèle des anciennes symmachies péloponésienne et athénienne. Chaque cité était autonome, exempte de tribut; un synédrion, composé des députés de chaque cité, siégeait à Corinthe ; dans cette assemblée, le système de l’isopséphie était encore la règle ; pour la guerre prévue, chaque cité devait envoyer un contingent de soldats; le roi de Macédoine était

<TTpaTY|YÔç aÙTOXpâxwp

Des ligues si nombreuses qui se formèrent à partir de cette époque, nous parlerons surtout des deux ligues achéenne et étolienne [acuaicum foedus, aetolicum foedus]. Dans la première de ces ligues12, il y avait deux assemblées, l’une restreinte, l’autre générale. L’assemblée restreinte, appelée généralement synédrion13, était composée des députés de chaque peuple, ayant tous même droit de vote14. Elle siégeait à Aegion, jusqu’en 169, et tenait deux sessions par an, l’une au printemps, l’autre en automne, à l’exemple du Conseil Amphictyonique. Elle réglait les affaires courantes, nommait les magistrats, s’occupait des affaires extérieures; son action fut de plus en plus réduite par l’action des stratèges. L’assemblée générale est ouverte à tous les Achéens âgés de trente ans; elle est convoquée selon les circonstances et siège trois jours ; le vote est

ment le plus important que nous possédions sur la seconde ligue athénienne.

— 1 Ibid. 249; Dittenbeiger, 180 ; Droysen, //zsf. de l’hell. Il, 52, 473. — s* Gilbert, Handb. 11, 45 ; Busoll, Staats. 335 ; Freemann, Hist. of. fed. gov. — 3 Tliuc. V, 38 ; d'après Gilbert, loc. cit. 57. — 4 D'après Gilbert, Handb. II, p. 57. — b Hell. VII,

I, 39. — ‘‘Gilbert, Handbuch , 58, 2, d’après B. Keil,/usc. Boeot. n. 31. — 7 Synèdres mentionnés avec le peuple, Corp. insc. Gr. Sept, à Thisbé, 4139 ; Michel, 230 ; à Acraephia, Corp. 2708; Michel 233 ; avec les archontes, à Acraephia, Corp. 4127 et 4132; Michel 234, 236 ; avec le polémarque, à Orchomènc, à Thèbes, Michel, 232.

— S Droysen, Hist. de l'hellén. I, 44 et III ; A. Schaefer. Dem. u. s. Zeit , III, 51 et 97; Niese, Gesc/i. d. gr. u. Maked. St. I, 38; Weil, Les harangues de Dém. 461. On ne sait si l’insc. relalive à une décision arbitrale des Argiens se rapporte à la ligue de Corinlhe ou au Couseil Amphictionique ; 1 use. mar . Aeg.

II, 1259; Dillenberger, 428; Michel, 14. — 9 Stciatsaush. I, 494. — 10 Diod. XVI, 89. — il Diod. XVI, 89; XVIII, 56; Slrab. VIII, 361, 365. — 12 Nous renverrons simplement à Freemann, Hist. of fed. Gov. ; Droysen, Hist. de l'hell. II, 617 sq.,

III, 319 sq. ; Dubois, Les ligues ach. et êtol. 113; Gilbert, Handb. Il, 110; Busolt, Staats. 347. — 13 Polybe emploie les noms de pouXq, «yûvoSo:, -lxx).rt<r<'a. La question est assez embrouillée ; cf. Dubois, Op.laud. 113-148; Busolt, p. 357-358 ; Gilbert,

compté par peuple et non par tête de citoyens présents.

La constitution de la ligue étolienne15 présentait avec la ligue achéenne bien des traits communs. Le premier magistrat était un stratège annuel, éponyme ; il avait près de lui un synédrion permanent, dont les membres sont appelés ordinairement «ruveSpoi, quelquefois [îouXeuxat'16. Chaque ville est représentée par un nombre différent de synèdres11 ; ils ont dû être environ 600; la présidence est exercée par les xpocxocxat xSv <ruv£Ôp<i>v ; il y a un ypagfiaxsuç éponyme. Là aussi, une assemblée plénière se réunissait au printemps et à l’automne.

A partir du ive siècle, les confédérations, comme nous l’avons dit, deviennent de plus en plus fréquentes; elles prennent un nom, qui lui aussi devient d’un emploi de plus en plus fréquent; c’est le koinon. Pourla plupart de ces ligues, nous voyons que le Conseil fédéral est un synédrion ; c’est ainsi pour les Nésiotes 1S, une des plus anciennes de ces confédérations, pour les Magnètes ’9, les Phocéens’20, les Crétois21, les Ioniens22, les villes de Troade 23, etc.

Dans tous les faits que nous avons cités jusqu’ici, nous voyons que le mot synédrion a gardé le sens parculier de congrès , réunion de députés de divers pays. De bonne heure, cependant, ce sens s’élargit et nous le trouvons employé aussi pour désigner soit des députés d’un même pays réunis pour former une assemblée politique, soit les délégués d’associations privées, qui, sous la forme d’un comité ou d’une commission, s’occupent des affaires de cette association.

Nous avons vu que pour Athènes, c’est l’Aréopage, plutôt que le Conseil des Cinq-Cents, qui est qualifié de synédrion. Dans la plupart des autres villes, ce nom est donné à l’assemblée politique, Conseil ou BouXvj, chargée des affaires publiques24. Ainsi à Élatée, le peuple, après une première décision des synèdres, vote l’affranchissement de l’esclave Stéphanos 25. A Chalcis, en Eubée, une donation est acceptée par acclamation, d’abord par les synèdres, ensuite par le peuple 26. La même procédure est constatée aussi à Érétrie21, à Trézène28. A Épidaure 29 les synèdres sont mentionnés après les archontes ; enfin les synèdres sont seuls nommés à Dymé 30, à Andanie31, à Acraephia 32, dans le discours de Néron rendant la liberté à la Grèce.

Nous voyons, par plusieurs textes, que les synèdres ont un Ypaggavsûç 33. Quelquefois ils sont désignés par le nom de leur président34.

Nous trouvons enfin des synédria pour des sociétés privées, ainsi à Astypalée35 xb... (juviôpujv xàç Y£p&u<7!aî > à Théra 36 l’tepbv cuvÉopiov xtjç èv O’ia 7taXodaTca;.

p. ni. HT.-Liv. XXXII, 22*23 ; XXXVIII, 32. — )5 Gilbert, Handb. Il, 21 ; Dubois, Op. laud. p. 185; Busoll, Staats. 362 ; art. de Wilchen, dans la Beat encyclop. Pauly-Wissowa , I, 119. — 16 Sanctius consilium , T. Liv., XXXV, 24; de même senatus , dans les insc. (rüveSpoi et PouXeutou ; Polybe &icôxXi}toi et d’après lui Tite-Live, apocleti. La question des Apoclètes est très discutée. — 17 Busolt, Op. laud. 369, n. 8. — 18 Dittenb. Syl. 202 et 471 ; Miche 373 et 376. La ligue était sous la dépendance des rois d’Egypte. — 19 Insc. en l’honneur du Ypap.p.«xTEÛ; des synèdres, Michel, 307. Cf. art. koinon, p. 838. — 20 Michel, 277, 278 ; art. koinon, p. 839. — 21 Michel, 439. — 22 U s agit du xotvôv t~» TSEnrxaiSExa hoXewv, Dittenb. 189; art. koinon, 842. — 23 Dittenb. 169 et 503 ; Michel, 522. — 24 Nous avons déjà relevé le fait pour certaines villes de la confédération thébaine, voir note 7 de celle page. —25 Dittenb. 842 ; Michel, 243. — 2b Dittenb. 607 ; 1. 15, Èôôr.aav oi aûvc&çot... 1. 28, èSâij'iev ô — 27 Dittenb. 935. — 28 /nsc. Gr. t. IV (Argolide) : 2, les

synèdres et le peuple; 758, les archontes et les synèdres. — 29 Ibid. 948 ; cf. 924.

— 30 Dittenb. 316. — 31 Lebas-Foucart, 326 a; Dittenb. 653; Michel, 694.

— 32 Holleaux. But. de cor. hell. XII, p. 510; Insc. Gr. Sept. I, 2713; Dittenberger, 376. — 33 Dittenb. 316, 653, 842, etc. — 34 Dittenb. 316. — 35 Insc. mar. Aeg'. Il, 12: — 36 Ibid: 531, 8.

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En somme deux idées essentielles sont exprimées le plus souvent par le mot synédroi.

1° Ce sont des délégués de divers États qui se réunissent et forment ce que nous appelons un congrès des puissances; mais bientôt, nous trouvons sous ce nom des députés d’un même pays réunis pour former une assemblée politique; enfin des membres d’associations particulières.

2° Ces réunions sont, en général, peu nombreuses; c’est le conseil amphictyonique qui ne comprend que vingtquatre membres; c’est un conseil de guerre formé des généraux d’une armée d'États confédérés ; dans un sens plus général, c’est un Conseil, un Sénat, et il s’oppose au mot comices; quelquefois, mais très rarement, il sert à désigner les comices. La ligue athénienne de 378 est dirigée par les synèdres des alliés ; pour la ligue de Délos, au siècle précédent, le mot synédrion est employé par Diodore, mais Thucydide ne se sert que du mot synode. Polybe désigne, par ce nom de synédrion, le Sénat de Rome, le Sénat de Carthage ; dans le Nouveau- Testament, c’est le sanhédrin des Juifs: toujours un corps politique composé de députés, et en nombre le plus souvent restreint. Albert Martin.

SYNÉGOROS (SuvTjyopoç). — Ce mot, formé de dùv et ayopeuto, désigne ordinairement à Athènes des orateurs chargés de porter la parole au nom de l’État. Ainsi, quand une loi nouvelle était proposée, et qu’après certaines formalités remplies la question était portée devant un tribunal de nomothètes [nomoi] convoqué à cet effet, la constitution voulait qu’avant de voter la nouvelle loi, cette espèce de corps législatif abrogeât l’ancienne *. Or on ne pouvait admettre que, devant les nomothètes, la parole appartint seulement à celui qui attaquait la loi. Il serait peut-être arrivé parfois, pour un motif ou pour un autre, que personne ne se présentât pour la justifier et la défendre ; on lui donnait donc des avocats d’office, qui étaient chargés, avec le titre de 'Tuvrjyûpot ou de aûvotxoi (ces deux mots sont employés souvent comme synonymes 2), de la soutenir devant le tribunal. C’était, on le voitpar Démosthène, le peuple qui désignait ces orateurs3; mais on ne sait s'ils étaient toujours en même nombre. La loi de Leptine avait quatre de ces patrons, que Démosthène réfute l’un après l’autre4. Ces avocats étaient naturellement choisis parmi les plus capables et les plus sérieux des orateurs, parmi ceux qui jouissaient de la plus réelle considération. Comme il y avait là une excellente occasion de faire apprécier son talent de parole et de se mettre en vue, on devait presque toujours s’acquitter avec conscience de la tâche que l’on avait acceptée : à eux tous, ces quatre ou cinq avocats arrivaient certainement à réunir toutes les raisons, bonnes ou mauvaises, que l’on pouvait alléguer en faveur de la loi menacée. Cette commission avait une telle importance et était si recherchée que, d'après la loi, une même personne ne pouvait en

SYNÉGOROS. — 1 Démosthène insiste sur l'utilité de cette disposition, c. Timocr 34, 35. — 2 Démosthène (C. Timoc. 36) appelle «ruvrjopot ces défenseurs élus de l'ancienne loi. Dans la Leptinienne (146, loi, 153) il se sert partout du mot «rûvSivo^ [syndicus]. — 3 Timocr ., 36 J C. Leptin ., 152. * La

loi contenue dans le discours contre Timocrate (§ 23; fixe à cinq le nombre de ces patrons de la loi. En admettant même que ce texte, comme la plupart des documents prétendus authentiques insérés dans les œuvres des orateurs attiques, eût été composé à une époque postérieure par un grammairien, c’est là un détail qu’il était facile de prendre chez Philochore, chez Aristote, ou dans quelque autre des auteurs qui avaient décrit la constitution athénienne. — 5 Déni. C. Leptin. i5'2. 6 Dem. De coronay 134. Démosthène, de même que l'auteur iucçnnu de la

être chargée deux fois dans sa vie5. On avait craint sans doute que certains orateurs ne fisseut d’une aussi honorable fonction un métier ou une affaire, qu’ils ne l’exploitassent dans l’intérêt de leur ambition ou de leur cupidité. Nous voyons pourtant, par Démosthène, que, dans la pratique, on ne tenait pas toujours compte de cette prescription. C’est que l’on devait sentir le besoin de désigner pour cette mision, quand on en trouvait, des hommes de mérite et d’expérience qui eussent quelque connaissance des lois. Le nombre des citoyens remplissant ces conditions n’était pas grand; on revenait donc, en dépit de la loi, à ceux qui avaient déjà joué ce rôle avec quelque distinction.

Ce titre de tjùvStxoç, que nous pouvonsconsidérer comme synonyme de cruvyjyopo; [syndicus], nous le trouvons encore donné à l’orateur qui est chargé de soutenir les droits de la cité, engagée dans une contestation avec quelque autre ville, devant l’arbitre auquel a été confié le jugement du procès6. On appelait de même ceux qui, dans certains cas d’eOayYeXfa, quand la république prenait en main la cause et se portait partie contre ceux qui étaient inculpés de trahison, recevaient la mission de développer l’accusation devant le tribunal. D’après un décret que nous a conservé l’auteur inconnu des Vies des dix orateurs, ces accusateurs publics, dans le procès d’Antiphon, étaient au nombre de dix. Dans le procès de Démosthène et dans celui d’Aristogiton, lors de l’affaire d’Harpale, nous trouvons le même nombre d’accusateurs 7.

Tous les iruv^yopot que nous venons d’énumérer n’étaient choisis qu’accidentellement, et leurs fonctions cessaient avec le débat même où ils avaient à représenter la république. Il parait y avoir eu d’autres synégores qui formaient un collège de magistrats adjoints au collège des logistes et des euthynes [logistai]. C’étaient, autant qu’on peut en juger en l’absence de tout détail, les orateurs qui portaient la parole devant le tribunal présidé par les logistes, quand ceux-ci avaient découvert de graves irrégularités dans une reddition de comptes et décidé qu’il y avait lieu à poursuivre8. C’est peut-être ce même collège que nous voyons employé, sous le nom de trôvStxot , après le rétablissement de la démocratie, à faire rentrer les sommes que certains citoyens avaient indûment touchées, au détriment du trésor, des mains des Trente9. Ces magistrats auraient appartenu à la catégorie de ceux que désignait le sort.

Enfin on nommait «ruv^yopo; celui qu’un accusé appelait à son secours, qu’il chargeait de prendre part au procès à côté de lui, pour l’aider et le suppléer ; c’était, avec certaines différences, ce que nous appelons un avocat l0. On aurait donné le même nom à celui que l’accusateur aurait appelé à son aide; mais le cas paraît avoir été bien plus rare, l’accusation ne pouvant invoquer, pour se fortifier ainsi, les mêmes prétextes que la défense11.

Georges Perrot.

première vie d’Eschine. se servent de l’expression <7J.S1.05 ; mais Pollua (III, 125) cite un discours d’Hypérido, qu’il appelle <7u..,i'oP<*o5, qui ne peut guère être que le discours prononcé par Hypéride, nous ue savons devant quel arbitre, quand il avait été chargé par l’Aréopage, à la place d'Eschino, de soutenir contre les Déliens les droits d’Athènes sur le temple de Délos. - 1 Vit. -Y or. Anliphon, 25. Quand il s'agit de ce rôle d'accusateur, on emploie plus fréquemment le mot «aniT.f05. Aeschin. C. Ctesiph. 52; Dinarcli. C. Demostli.. 51, 58, 111, C. Aristogit. 6. - » Schol. Aristoph. Ve«j>. 691 ; Bekker, Anecdot. p. 301, 4. 9 Lysias, X VI, 7 ; X VIII , 25 ; Harpocration, s. v. <71i.S1.01. — 10 Voy. Egger, Si les Athéniens ont connu lu profession d’avocat ( Mémoires de Littérature ancienne, XIV), — 11 Hyperid. Pro Suxen. 10. M Egger ue parait pas avoir connu ce passage

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SYNGRAPHÈ (Suy/pa^). — Droit grec. Le mot grec ypa^Vj, abstraction faite du point desavoir s’il possède un sens technique, désignait probablement, a 1 origine, les actes écrits au moyen d’un style sur des tablettes de cire, par opposition à ceux qui étaient écrits avec de 1 encre sur un papyrus *. A l’époque des orateurs, la syngraphè, quel que soit son mode de rédaction, est un écrit sur lequel les parties constatent leurs conventions 2.

C'est maintenant une question fort délieate et très controversée que celle de savoir si l’expression nvnP*?1! ne possède point dans le droit grec un sens spécial et technique et si l’on doit considérer la syngraphè comme un contrat sui generis, doué d’une force ou d une vertu particulière. Dans une première opinion, on enseigne que les Grecs entendaient par là un acte ayant un caractère public, au moins par l’assistance de nombreux témoins et emportant exécution privée, c’est-à-dire pouvant être mis à exécution sans jugement à terme échu 3.

Une autre opinion voit dans la ^yy?'**''! du droit grec une sorte de contrat littéral et formel, analogue au contrat litteris du droit romain et permettant même de réaliser dans la pratique certaines des combinaisons auxquelles se prêtait ce dernier4. Mais cette théorie est fort contestable. Il est certain tout d’abord que, dans le droit grec, l’expression uuyyp*»7! ne désigne point une catégorie spéciale de documents: c’est, au contraire, une expression très générale et applicable à toutes sortes d'actes, non seulement au contrat de prêt6, mais à d autres contrats comme le louage ou la vente6, et même à des actes comme les formulaires des locations des biens sacrés1 ou à des règlements pour les sacrifices8. Le mot (TJYYpa îgr, est usité, d’autre part, dans les contrats bilatéraux, tels que la vente ou le louage, aussi bien que dans les contrats unilatéraux9. Il est donc impossible d’attribuer un sens technique à l’expression syngraphè, et elle apparaît à Athènes, de même que dans d’autres cités grecques, comme synonyme de <7uv6v)xïi ou même d’ôfxoXoYia10-

Il est difficile, d’autre part, d’admettre que l'écriture renfermée dans une <TuYYPacp'G ou dans un autre acte ail eu par elle-même une force obligatoire suffisante pour suppléer à l’absence de cause. On doit plutôt dire que dans le droit grec les écrits ne servent jamais que ad probationem. La question ne se poserait même pas sans le texte sur lequel on se fonde dans l’opinion précédente, et qui est une scholie de Pseudo-Asconius sur les l terrines de Cicéron qui attribue aux syngraphae le pouvoir d’obliger même contra (idem veritatis. Or, il semble' bien difficile d’attacher une grande autorité au témoignage d’un scholiaste qui vivait au Ve siècle après J.-C., à une époque par conséquent fort éloignée de celle où les institutions grecques fonctionnaient dans toute leur pureté et qui a pu, par conséquent, en méconnaître

important, qui prouve que chaque accusé avait, au moins du temps d'Hypéride, siuou le droit, au moins la liberté de faire entendre un défenseur officieux. Pourvu qu'il demandât une permission qu’on ne lui refusait pas, il appelait un véritable avocat à sa défense. Acschin. De Légat ., 170; Demosth. In Steph. Il, 20; Jn Neaer. 14. — 12 Aeschin. C. Ctesiph. 199.

SYNGRAPHÈ. i Gneist, Die formellen Xortrüge der neueren rômischen Obligationenrcchts, p. 423. — - 76., p. 432; Meier, Schômann et Lipsius, Der attische Process, p. 678. — 3 Dareste, Bull, de corresp. hellénique , VIII (1884), p. 362 sq. ; Dareste, Haussoullier et Beinach, Itecueil des inscript, juridiques grecques , p. 300. — 4 Mitteis, Heichsreckt und Volkrecht in den ôstlichen Provinzen der rôm. Kaiserreichs. p. 468 sq.; Sieveking, Das Seedarlehen des Altertums , p. 28 sq.; Hcrmann-Thalheimv Rec/itsaltertümer , p. 109. — 6 Demosth. C. Lacrit. § 10. — 6 Dem. Pro cor. § 122. — 7 Bull. cor. hel. VIII,

le caractère. La théorie du contrat littéral grec ne nous semble point suffisamment justifiée, jusqu à présent du moins, ni surtout par les documents grecs de la pure époque. Peut-être y eut-il dans les usages grecs quelque chose d’analogue à Y expensilalio romaine; mais cela n’est nullement prouvé l2.

Droit romain — Gaius, après avoir observé que les pérégrins ne peuvent, sauf dans un cas exceptionnel, s’obliger par les nomina transcriptitia, ajoute que cependant il semble y avoir pour eux une lillerarum obligatio à la suite d’actes qui leur sont propres et dont les noms

mêmes i ndiquent qu’il devait s agir de pérégrins de ci\ilisation grecque: les chirographa et les sgngraphae ,s. Ces deux sortes d’actes paraissent avoir différé matériellement en ce que les premières étaient des écrits émanant du débiteur seul, et les autres des actes émanant des deux parties, revêtus du sceau des deux contractants, et remis par eux à un tiers, à un homme de confiance qui en aura la garde.

Le chirographum n’est, selon toute vraisemblance, qu’un simple titre probatoire, constatant une obligation préexistante et valable d’après le droit grec. Quant aux syngraphae , d’après la scholie du Pseudo-Asconius, elles obligeraient même contra (idem veritatis, de sorte qu on n’aurait pas à rechercher si la remise de valeurs qu elles mentionnent est réelle ou fictive.

La même controverse s’est élevée néanmoins sur le caractère des syngraphae que celle que nous avons exposée dans le droit grec. L’opinion qui voit dans ces écrits de simples titres probatoires est celle qui s’accorde le plus littéralement avec le texte de Gaius.

En tout cas, à supposer qu’il y ait eu là un contrat formel propre aux pérégrins de langue hellénique, il a dû disparaître avec la constitution de Caracalla conférantle droit de citéà ces pérégrins14. L. Beauciiët.

SYNODOS (Eévoooç). — Des acceptions diverses de ce mot qui se rattachent à l’idée de réunion, nous en retiendrons seulement deux en matière d’institutions grecques : 1° assemblée politique des ligues étolienne et achéenne ; 2° association privée.

I. — Chez les Étoliens [aetolicum foedus], toute assemblée fédérale peut être indifféremment appelée èxxXti<tloi.ou (tùvoSc/ç1. En dehors des assemblées extraordinaires, qui n’ont ni date ni lieu fixe, il en existe deux régulières chaque année : l’une se tient toujours à Thermos, aussitôt après l’équinoxe d’automne (fj twv ©efgtxùjv <hjv&5o;)2; c’est là qu’on procède à l’élection des stratèges et des autres magistrats de la ligue ; l’autre siège, à la fin de l’hiver ou aux premiers jours du printemps, dans une des principales villes de la confédération, désignée sans doute à tour de rôle ('i) twv flavatTwXtxcov cruvoooç) *• Leur nom leur vient des deux grandes fêtes étoliennes avec lesquelles on les fait coïncider, les ©epgixâ et les navai-ru/Aix*4. Leur

p 323. 8 Ibid. IV, p. 227, 1. 47 sq. — 9 Cf. Beaucliet, Hist. du dr. privé de

la Hép. athén., t. IV, p. 77. — 'OPhilippi, Symbolae ad doclrinam juris attici de syngraphis, p. 5 ; Gneist, p. 480. — U Rs. Asconius, In Vcrrem, 11, 1. 36. 12 Cf. beaucliet, Op. cit. t. 111, p. 76 sq. — 1» Gaius, 111, 134. Cicéron, dans une de ses lettres à Alticus (VI, 1, 13), fait aussi allusion aux syngraphae. On joint ordinairement a ces textes la scholie précitée du Pseudo-Asconius, In Verr., 11, | 37. 11 Cf. sur les syngraphae en droit romain : Girard, Man. de dr. romain, 2e édit. p. 489 ; Cuq, Les instit. jurid. des Romains, t. 2. p. 379 ; Gneist, loc. cit. ; Savigny, Yermischte Schriften, I, 236 ; Gide, Novation, p. 219 ; Milleis, loc. cit. ; Dareste, loc. cit.', Révillout, Les oblig. en droit égyptien, p. .>t.

SYNilDOS. 1 Polyb. (éd. Didolj IV, 13. 8 ; XXV11I, 4, 1 (IxxXr.oia) ; IV, 26, 6; («nivoSoO- — 2 Pol- XVUl, 31, 5. — 3 Liv. XXXI, 32 (avec 1 interprétation de Nissen, Kirt. Untersuch. p. 29) : Lebas-Wadd , Asie Min. 85. —4 Kern, Inschr. von Ma-

SYN

SYN

mission est de prendre les résolutions graves *, ou d’approuver les actes du stratège et du conseil des àirdxX^xoi 2.

Chez les Achéens [acuaicum foedüs], nous trouvons deux assemblées désignées par les noms de aüvoSo; et de aüyxX^To; ; et, si nous sommes assez bien fixés sur la seconde, nous le sommes beaucoup moins sur la première. La (ruyxÀTiTOî est formée, suivant les époques, soit par l’armée tout entière constituée en assemblée \ soit par l’ensemble des citoyensâgés de plus de trente ans4 ; elle ne se réunit pas régulièrement, comme la aüvoBo; 3 ; mais, dans certains cas, il est indispensable de recourir à elle, en particulier quand il s agit de délibérer sur une alliance ou sur une guerre, ou encore (au 11e siècle), d’entendre les messages du Sénat romain6. Il est donc clair que la aüvoooç est une assemblée moins nombreuse et de compétence plus restreinte que la <rüy),x7)To; 7. Mais, dès qu’il s’agit de préciser sa nature, les opinions se partagent : pour les uns (Beloch), auvoSo; est toutà fait synonyme de p&uX-ç, c’estle Conseil sous deux noms différents ; d’autres (Busolt) voient dans la aüvooo; une sorte d’assemblée privilégiée dont 1 accès est réglé par des conditions de cens ; d’autres enfin (Lipsius, Erancotte)en font 1 assemblée générale ordinaire des Achéens. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de ces discussions 8 ; d’ailleurs les textes dont nous disposons, avec leur terminologie variable, n’ont rien de décisif, et il n’est pas invraisemblable que chacun des systèmes proposés contienne une part de vérité. Ainsi, dans plusieurs passages, Polybe semble confondre la aüvoBo; avec la (3ouXvj9; il est difficile de croire que, chaque fois, il y ait simplement là une erreur de Polybe ou de l’auteur des Excerpta, d’autant plus que nous voyons le PouXsuxrjptov servir de lieu de réunion pour la aüvoBo;10. Mais, d’autre part, si la aüvoBo; est simplement le Conseil, comment expliquer qu’elle soit désignée aussi par les expressions ot ’A^aiot H, ot TroXÀot12, t6 ttX-^Ôq;13, etmème To’éôvoç'4? Dans aucun État la nation tout entière n’a accès au Conseil * on exige au moins des [BouXeura: un certain âge. Or précisément il est question chez les Achéens d’une yepouffta; elle essaie, par exemple, de calmer les esprits dans la <njyxX-r,Toç où Critolaos pousse la Ligue à rompre avec Rome13 ; n’est-il pas naturel d’v reconnaître le Conseil? Admettons, si l’on veut, que le Conseil est nombreux l6, qu’il assiste en corps à chaque aüvoBo;, et qu’il y constitue une majorité assez forte pour jouer un rôle prépondérant; mais, à côté de lui, pour former la güvgBo; , doivent figurer aussi d’autres citoyens. Ceux-ci pourraient .bien être les Achéens qui atteignent un certain cens; car, si Polybe nous vante comme égalitaire et démocratique la constitution de son pays17, on n’était

gnesia , 91 c; Lebas-Wadd, Asie iUin. 85 ; Bull. corr. hell. X, 1886, p. 187. — 1 Liv.

I. I. — 2 Pol. XX, 10, 11. — 3 I*ol. [V, 7,5. —4 Pol. XXIX, 9, 6. - 5 Pol. XXXVlll’

4, 2 (l'arrivée d'une ambassade romaine coïncide par hasard avec une <r6r,*,TOÎ).

— 6 Pol. XXIII, 12, 6. C’est ainsi qu'en 168 les ambassadeurs des deux Ptolémées,

invoquant l'appui de la Ligue contre Antiochus, sont renvoyés de la o-ùvoSoî de Corinthe aune convoquée à Sicyone (Pol. XXIX, 8-9), ou que les Oropiens,

en 155, sollicitant le secours de la Ligue contre Athènes devant la ejvoSos de Corinthe, doivent aller ensuite devant une aùyxï.r.Tos à Argos (lnscr. gr. Vil, 441).

— 7 C’est sans doute pour cela que le terme d'àyoçà se trouve appliqué exclusivement à la eivoS,; (Pol. XXVIII, 7, 3; XXIX, 9, 5), tandis que celui dW„*î« sert indistinctement pour la eivoSo; (Pol. IV, 7, 1 ; V, 1, 6; XXI, 7, 2) et pour la oOyxxiiToî (XXIII, 10, 10; XXIV, 5, 16). — 8 Cf. les articles cités à la bibliographie. — 9 Pol. IV, 26, 7-8; XXVIII, 3, 7-10 ; XXIX, 9, 6. — 10 Pol. Il, 50, 4 et 10 ; XXIII, 9, 6. — U Pol. IV, 26, 7 ; IV, 37, 1 ; V, 30, 7. — 17 Pol, XXV, I, 5

— 13 Pol. V, 1, 7 ; XXVIII, 7, 11. — H Pol. XXIV, 12, 12. — 15 p0l. XXXVlll’ 5’

1. — 10 Eumène propose de lui alTecter la rente de 120 talents (Pol. XXIII, 7. 3).

— 17 Pol. Il, 38, 6. — 18 lnscr . gr. VU, 188: des arbitres sont choisis eXsutLSa «î ipwxlvSa. Cf aussi ce que Polybe (X, 22) et Plutarque ( Philop . 7) disent de

pas sans y tenir compte, dans les élections, de la richesse en même temps que du mérite18; et on s’expliquerait mal sans cela comment Eumène, pour s’attirer les bonnes grâces des Achéens, leur offrait de payer non pas tous les citoyens qui prendraient part aux aüvoBot, mais, parmi eux, les seuls membres du Conseil19,

Bref, nous entendrions assez volontiers par auvooo;, chez les Achéens, une sorte d’assemblée primaire20, comprenant tout le Conseil, assisté de représentants des différentes villes élus parmi les possesseurs d’une fortune déterminée. Cette o-üvoBo; suffît, sauf dans les cas graves énumérés plus haut, à assumer la responsabilité des actes politiques de la Ligue: en ce sens, elle constitue l’assemblée ordinaire des Achéens, élit les magistrats-1, décerne les distinctions honorifiques22, et apparemment ratifie les mesures prises par le stratège et les oaptopyot au sujet des affaires courantes. Elle tient au moins quatre sessions par an (ot ex xtov vogtov, al xaôvjxou- <7at aüvoBot) en avril-mai, juin, fin juillet et octobre23. Elle se réunit pour cela jusqu’en 189à Ægion 21 ; ensuite, sur 1 initiative de Philopœmen, dans les diverses villes de la Ligue à tour de rôle 2\

IL — Le mot aüvoBo; sert aussi à désigner, dans tout le monde grec, bon nombre d’associations privées; en ce sens, il se rencontre, semble-t-il, dès le ivesiècle26 ; mais il ne devient courant qu’à l’époque romaine. Peut-être, à 1 origine, était-il réservé de préférence aux sociétés assez restreintes. En tout cas, à partir du IIe siècle, la distinction disparaît : aüvooo; devient exactement synonyme de xotvov, de QtWjÇ, d’spavoçou d’üpyeü)Vs;27[KOINON, ERANOS, ORGEÔNES, thiasosJ. Il y alà, on le voit, une terminologie assez vague : elle se complique encore du fait que le terme aüvooo;, déjà employé à propos de 1 association entière, s’applique en outre à 1 assemblée générale de ses membres, au comité directeur qui en forme pour ainsi dire le bureau, et même parfois à un groupe détaché de l’ensemble28.

Il ne peut s’agir ici d’énumérer toutes les associations qui, à notre connaissance, portent le nom de (jUVOOOt 29. Notons seulement qu’il s’en rencontre à peu près dans tous les genres. Les plus importantes sont les associations religieuses vouées au culte d’un dieu ou d’un prince divinisé, et les sociétés d’acteurs et d'auteurs dramatiques, au temps où les gens de théâtre se groupent sous le nom pompeux d’artistes dionysiaques [dionysiaci artifices]. Mais d autres sont des corporations professionnelles de commerçants ou d’artisans ; d’autres s’occupent d assurer une sépulture à leurs membres ; d’autres réunissent, dans une ville, les jeunes gens, les chasseurs, les vieillards, ou simplement les amateurs de joyeuse vie ; les

1 importance des iiciceï; — 19 Fol. X X II I, 7, 3. — 20 Sans doute celle juxtaposition d une ouVq, d une <rüvo$oç et d une u'jyx/.y)to;, est peu fréquente: mais Sparte n’at-elle pas eu^pendant assez longtemps une vepouo-îa, une nl*oà ÈxxXr.aîa et une &itéX\a ? — 21 pol. V, 30, 7; XL, 2, t. — 22 p0|. Vlll, H, 8; X XVIII, 7, 14.

23 francolte, La Polis gre°ijue^ p. 245, n. 1 (résumant les conclusions de Lipsius et de Beloch). — 24 p0l. V, 1, 7. — 25 Liv. XXXVlll, 30. - 26 lSOCr. Xicocl. 54 : il s agit là de clubs politiques analogues aux hétairies. Je ne vois pas de raison pour écarter cette interprétation, comme le fait Polaud ( Gesch . d. gr. Vereinswesens, p. 159). — 27 Par exemple, l'association t,5v Tupiwv 'HpaxAeftmSv 1|a*ô?wv *at votuxVqpwv, à Délos, est appelée dans la meme inscription xotvôv et «rûvoSo;

( lnscr . gr.y 2271, 1. 26, 35 et 49); celle des EwTYjp-.affTo» d’Athènes se nomme xh xotvôv ou ÿj ffûvoSo;, tandis que ses membres se qualifient d'ec-cmorai', et ont pour chef un â?xE?avi(rrnC {Lnscr. gr. 11, 52, 630 b) ; les ôpyeàivEç du Pirée félicitent leur secrétaire de son zèle envers leur <r.ivo$o; {lnscr. gr. II, 5. IY2, 624 b); etc. Ici encore, je doute de 1 exactitude des distinctions établies par Poland entre tous ces mots. — 28 Bull. coi'T . hell. XXIII, 1899, p 30 et sq. — 29 On en trouvera le catalogue dans les ouvrages cités à la biblographie ; la plus grande partie d’enlre elles ne nous sont connues que par les inscriptions.

SYN

citoyens d’un même pays vivant à l’étranger peuvent former des suvoSoi ; et nous trouvons encore, toujours sous le même nom, des sociétés de savants, comme les hôtes du Musée d’Alexandrie ou certaines écoles philosophiques. Bref, lemoU'jvoooçparaîL pouvoir s’appliquera la plupart des associations de l’antiquité grecque ; il répond, suivant les cas, à ce que nous appellerions aujourd’hui confrérie, corporation, syndicat, cercle ou société quelconque.

On le pense bien, les statuts de ces aûv&Sot varient de l’une à l'autre. D’une façon générale, elles ont une organisation très complète, calquée sur celle de l’État1. S agit-il d’abord d’y être admis ? Les formalités ne sont guère moins compliquées que pour l’obtention du droit de cité : il faut faire par écrit acte de candidature, subir une ooxijAama, être accepté par un vote des membres, parfois prêter un serment. Dès lors, on appartient à une véritable république qui a ses règlements à elle (elle les appelle vd|j.oi), son administration centrale, son lieu de réunion (le plus souvent un temple), ses assemblées, ses fonctionnaires, sa juridiction, ses archives, ses finances. Suivant les temps et suivant les pays, l’État exerce sur les associations une surveillance plus ou moins étroite ; en général, il se contente d’exiger que leurs statuts spé. ciaux ne heurtent pas les lois proprement dites du pays. Cette réserve faite, la tjûvoôoç peut rendre des décrets rédigés sur le modèle de ceux des villes, conférer des distinctions honorifiques, les proclamer officiellement dans ses réunions ; elle envoie même des ambassades, et celles-ci parviennent parfois à intéresser à leurs affaires les gouverneurs romains et jusqu’au Sénat de Rome.

G. Colin.

SYNOIKIA (Suvoixta). — Fêtes célébrées à Athènes, en mémoire de la concorde établie par Thésée entre les cités attiques et de leur réunion autour d’un seul foyer et d’un seul prytanée1. Ces fêtes formaient une sorte de prélude aux Panathénées et avaient lieu le 16 du mois d llecatombéon “ . Nous n avons guère de renseignements sur les cérémonies qu’elles comportaient. Nous savons seulement qu’on y faisait un sacrifice à la Paix3. Le sacrifice était offert sans doute dans l’ancien prytanée, au nord de l’Acropole, devant la statue d’Eiréné que lausanias* y a signalée [prytaneion], Au témoignage d’Aristophane8, ce sacrifice se faisait sans effusion de sang. Cependant une inscription de l’an 333 av. J.-C.6 mentionne un sacriticeà Eiréné, qui doit être celui des

• Cf. la 3' partie du mémoire de Zicbarlh, ou les ohap. iv et v de celui de Poland. Bibliographie. — I. M. Dubois, Les ligues étolienne et achéenne, p. 1 13 ; llolleaux, Sur les assemblées ordinaires de la ligue étolienne {Bull. corr. hell.XXlx’ loua, 362); Busolt, Griec/i. Alterthüm. 2' éd. p. 356 ; Lipsius, Beitrâge zur Gesch. griech. Bundesverfassungen {Ber. Sachs. Ges. d. Wiss. zu Leipzig , 1898, |). 145); Belocli, Griech. Gesch., III, 2, p. 181 ; Prancotte, le Conseil et l'Assemblée générale chez les Achéens ( Musée belge , 1906 = la Polis grecque , 1907, p. 231). — II. Foucart, Des associations religieuses chez les Grecs, Paris, 1873 ; Zicbarlh, Das griech. Vereinswesen, dans les Preisschriften gekrènt und herausgegeben v on derfürstlich Jablonowskischen Gesellschaft zu Leipzig XXXI V 1896. (On trouvera dans ce mémoire la bibliographie spéciale dos diverses sortes d associations) ; Id„ Zu den griech. Vereininschriften {Bhein. hlus, 1900, p. 501); (JEhler, Zum griechischen Vereinswesen, Vienne, 1905 ; Poland, fies' chiclue des griech. Vereinswesens, dans les Preisschriften d. künst Jablonowskischen Geselisch. z. Leipzig, XXXVII, t909.

SYNOIKIA. - 1 Thucyd., Il, 15; Plut. Thés. 24. C'est par erreur que les mss nomment ces fêtes Metoïkia ; von- VYilarauwitz, Aus Kydathen p 1-0 n 30 - 2Scol. Aristoph. Pax, v. 1019. Le scol. parle de Synoikesia, mais c'est 'sans doute une erreur; cf. A. Mommsen, Fente, p. 3G. — 3 lbid. — i Pausan I 18 3 Quoique Pausanias ne le dise pas, il n'est pas téméraire de supposer que 'la Paix avait un autel au Prytanée, comme Hestia. 6 pax, v. 1019 sq. 6 Michel Becueil, 824, I, I. 30. Cf. Bocckli, Staatsh. der Athener, 3' éd., il p. 131 — 7 La vente des peaux des victimes avait rapporté cette année 874 drachmes (inscript.

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Synoikia, puisqu’il a lieu au début de l’année, peu avant les Panathénées, mais qui implique un grand nombre de victimes7. On a supposé, pour expliquer cette contradiction, qu’à l’ancien sacrifice non sanglant des Synoikia , offert au prytaneion, sans doute par ! archonte-roi, on avait, lors de l’institution du culte officiel d’Eiréné en 371 av. J.-C., ajouté un sacrifice avec immolation de nombreuses victimes. Isocrate8 et Cornélius Népos3 nous apprennent, en effet, que le culte d Eiréné fut introduit en Atlique, après les batailles de Naxos et de Leucade gagnées par Chabrias et par Timothée, lors de la paix qui suivit. Il ne peut s'agir que d un renouvellement10, d’après ce que nous avons vu. La cérémonie nouvelle a d’ailleurs un caractère très différent de 1 ancienne. Elle est célébrée par les stratèges11, ce qui ne pouvait pas être le cas pour la vieille fête traditionnelle du prytanée. Le sacrifice sanglant est offert en plein air près de la Tholos et des images des héros éponymes12, à l’endroit même où vient de s’ériger une nouvelle statue de la Paix portant dans ses bras le jeune Ploutos, et due à l’art de Céphisodote 13 [PAX]- Ch. Michel.

SYiNTIIESIS (Stjv0£<7t;). Littéralement ce que l’on met ensemble. — On donna ce nom à des objets que l’on avait l'habitude de réunir pour l’usage que l’on en faisait : telles les pièces qui composent un service1 ; celles qui sont assorties pour un costume *. Le nom est particulièrement employé dans cette acception par les Romains, sous l’Empire. La synthesis était pour eux un vêtement d’intérieur. La toge encombrante ne semblait plus bonne que pourle dehors et pour l’apparat [toga] ; dans la maison on se contentait de la tunique et dans les circonstances où, sans cesser de se mettre à 1 aise, il fallait être, comme nous disons, plus habillé, on avait la synthesis. C’est ainsique les arvales fratres, on le voit par leurs acta \ quand ils avaient accompli les cérémonies du culte de Dea dia, se débarrassaient de la robe prétexte ; mais pour le repas qu’ils prenaient en corps, ils avaient soin de revêtir la synthesis. Ce vêtement, plus commode pour le long loisir du souper, est ailleurs nommé cenatorium 1 ou accubitorium vest imentunx 3 . C est, autant qu on en peut juger par les textes et par les monuments où des repas sont représentés (fig. 6697) 6, une robe ( indumentum ) qui se mettait comme une tunique 7 souple et flottante (sine cinctu ); un pallium est étendu sur les jambes.

citée). Pour éviter la contradiction, II. C. Robert (Preller, Griech. Mgth. I, 4' éd. p. 479) suppose que, par dérogation à l’usage, le sang de ces victimes u’ était pas répandu sur l'autel et que c'est ainsi qu i! faudiait comprendre le passage cité d'Aristophane. - 8 Isocr. Antidos., 109 sq. 9 Corn. Nep. Timoîh., 2.

- 'O Plut. Cim., 13, nous apprend que déjà des fêtes en l'honneur de la Paix avaient été instituées à la fin des guerres Médiques. — U n«?à <n,uxr,iZv, dit I inscription citée. Cf. Wilamowilz, Ans Kydathen, p. 120. — 12 Pausan. I. 5, 1 ;

8, 2. - 13 Pans. IX, 16, 2. Voir la statue, fax, fig. 5529; cf. S. Reinach, Hépert. de la Etat., I, 374, 4 ; Collignon, Hist. de la sculpt. gr., II, p. 180 ; Furtwaengler, Masterpieces of greek sculpture, p. 295 sq. - Bibliographie. M. Collignon’ Annuaire de l Ass. des Et. gr., 1882, p. 100 sq. ; Brunn, Kleine Schriften, Il p. 328 sq.; Sclioemann-Lipsius, -Griech. Altert., II, p. 484 ; A. Mommsen, Fest 'e der Stadt Athen , p. 35 sq.

SYXT1IES1S. I sut. Sylv. IV, 9, 44; Mari. IV, 46, 15. — 2 Digest XXXIV, 2, 38 § 1 ; Saumaise, ad Vopisc. Bonosus p. 477, éd. Paris, 1610. 3 Corp ' insc. lat. VI, 2067 (ad ann. 219, v. 7) et 2068, 7, Henzeu, Acta An p 1»

15 et 27. 4 Mart. X, 87, 12, XIV, 135. - 5 Pelron. Sat 30 6 *

fréquent sur les tombeaux. Nous rappellerons celui qu'a déjà publié Montfaucon, Ant. expliquée, Suppl. III, 66; on le retrouve fort tard dans les provinces éloignées; voy. Mém. [de l'Acad. d'Amsterdam (notre ’ fig. 6697) t. VIII, pl. II. Cf. Altmann, Hom. Grabaltâre, p. 190. - 7 x.tA.,», : c’est par ce mot que Dion Cassius (LX1I1, 13) traduit ce que Suétone (Nero, 51) appelle synthesis , et sine cinctu par

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Le tissu et la couleur1 du vêtement variaient suivant la température 2, ou suivant le goût, la richesse de la personne qui le portait. La même pouvait en posséder un grand nombre et en changer souvenL pendant un

repas3. Il y en avait pour les femmes comme pour les hommes4; elles constituaient tout un vestiaire5.

Il paraissait choquant de se montrer en public avec la synthesis , maison sortait ainsi vêtu aux Saturnales où 1 exhibition de la toge eût été non moins inconvenante.

E. Saglio.

SYNTHÉKÔN PARABASÉOS DIKÉ (Ai'xt) 7rxpa6:x'7£<iK, S'.xy| (jugÇoXauov). — Dans le droit attique, on nomme ainsi l’action générale qui est à la disposition du créancier pour faire valoir les droits qui naissent à son profit de l’inexécution du contrat1. Cette action appartient d'ailleurs au créancier dans tous les cas où il y a violation de la convention, et son exercice n’est nullement subordonné à 1 existence d'un contrat écrit. Les mots cuvô-^xyj et (TugêoÀatov ont, en effet, un sens large et s’appliquent aussi bien à la convention même des parties qu’à l'écrit qui la constate2.

L emploi de la 3’.xy| <tuv97]X(üv 7tapa êàtrewç est très fréquent et nous est signalé dans les sources, notamment à propos de la constitution de dot, du louage, du prêt, de la société, du séquestre et des diverses conventions qui peuvent intervenir en matière d’hypothèques. Cette action peut être mise en mouvement toutes les fois que le créancier se prévaut d une violation directe ou indirecte des engagements contractés par le défendeur. Elle peut concourir aveç d’autres naissant également au profit du

1 La synthesis des Arvales est blanche (v. p. 1589 note 3); on en cite de pourprées (Petron. 30), de vertes ( prasina , Mart. X, 29, 4) ou couleur de safran (Atbanas. II, p. 261) ; il y en a de toutes couleurs (Mart. Il, 46, 4) ; celle de Néron était semée de fleurs, ivdnb, yit.iv.ov (L)io Cass. t. I.) — 2 Mart. X, 79. — 3 Ibid.. — 4 Mart. X, 29, 4. — 5 Toutefois il n'est pas sûr que les synthesis de femme dans le texte cité note 2, p. 1589, comprenant des manteaux et des tuniques, fussent appareillées pour les repas. — 6 Mart. VI 24 ■ XIV I, et 141.

SYNTHÉKÔN PARABASÉOS I)IKÉ. i Pollux.Vlll, 31 ; Meier, Schomann et Lipsius, Der attische Process , p. 697. - 2 Beauchct, ffist. du dr. privé de la Républ. Athénienne, t. IV, p. 53. — 3 Meier, Schomann et Lipsius, p. 697.

— 4 Beauchet, t. IV, p. 404 et 410. - S Aesch. C. Timarch., 1163. — 6 V. en ce sens Meier, Schomann et Lipsius, p. 223 et 654 ; Hermaun-Thatbeim, Rechtsaltertümer, p. 121 ; Hitzig, Ras grieschische Pfandrecht, p. 107; Dareste, Plaid, civ. de Démosthène, t. Il, p. 1 ; Beauchet, JJist. du dr. privé de la Républ. Athèn., t. 111, p. 395 sq. V. toutefois supra l'article de Gide, ui.aüès uiké.

— 7 Beauchet, t. IV, p. 396 et 417.

SYNTROPnoI. — 1 Xen. Anab., I, 9, 3 ; Cyrop. I, 2; 11, 1 ; E. Meyer, Geschichte des Alterthums, 111, p. 36. - 2 1. Beloch, Gnech. Geschichte.

III, 1, p. 390 ; E. U. Bevan, The house of Seileucus, II, p. 283. 3 Suidas s. v.

Mufsiut IleptâvSpou ; cf. la tradition qui montre Alexandre parlageant son empire entre ses *ùvt;o>oi, Chronica Minora (éd. Frick), I, p. 447 ; | Macc. Il 6

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créancier du même fait juridique, comme en matière de prêt3.

La compétence, en ce qui concerne l’action a uvûtjxwv 7vapa6x<T£(u; doit varier suivant les circonstances de la cause, car il s’agit d’une action très générale qui, comme 1 action êXâSr,; [iilabès dikè] ne peut, a priori , être attribuée exclusivement à l’hégémonie spéciale de tel ou tel magistrat. L’hégémonie devait appartenir aux divers magistrats compétents pour connaître des faits sur lesquels était fondée l'action en violation de la convention4.

En ce qui concerne la procédure de la otxr, uuve^xûiv 7rapafjxaeo>;, on est autorisé à conclure d’un texte d’Eschine ’que la partie perdante est condamnée à l’épobélie [epobélia] lorsqu’elle n’obtient pas au moins la cinquième partie des suffrages.

On peut se demander si le créancier ne peut point, pour obtenir la réparation à laquelle lui donne droit la violation du contrat, exercer une autre action, la Bûc/j êXâêir];. C’est là une question controversée, mais qui nous paraît devoir être résolue affirmativement 6. Il faut admettre d ailleurs que si 1 action êÀàS'qç est exercée pour ce motif, le créancier ne peut obtenir qu’une condamnation in id quod interest, et que la loi qui prononce la condamnation au double en cas de êÀâëoç ëxoutdov est étrangère à cette hypothèse 7. L. Beauchet.

SYNTROPHOI (Etmooaoi). — À la cour de Perse1, il était d’usage d'élever avec les princes des enfants de familles nobles. La même coutume se retrouve à la cour de Macédoine et dans les empires hellénistiques 2.

L’historien Marsyas de Pella passe pour avoir été oûvTpotpoç d’Alexandre3; le fils de lioxane est élevé avec d autres enfants4; Samos, fils de Chrysogonos, est syntrophos de Philippe V de Macédoine6.

Même usage à la cour séleucide \ chezles Lagides \àla cour de Pont8 et particulièrement à celle de Pergame9.

Ces enfants, privilégiés parmi les flaütXtxpt 7rafÔ£ç [somatophylakes], recevaient la même éducation que les princes et les princesses 10 de sang royal ; ils étaient sans doute placés sous la direction du même gouverneur (rpoipsûi;) 11 ; plus tard, leur familiarité avec le prince, encore plus que leur naissance, les désignaient pour les postes importants et les missions difficiles, comme on le voit pour Andronicos à la cour de Pergame. L. Jalabert.

SYRIA DEA ou ûeu Syria, traduction de Eupîa Qeô; ’, que la prononciation populaire corrompit en Diasura et même en Iasura 2, est le nom communément appliqué

4 Diod. XIX, 52, 4. — °Pol. V, 9, 4. — 6 Dittenberger, Orientis graeci inscr. sel., 247; Bull. corr. hell ., III, p. 304; Fol, V, 82, 8; XXXI, 21,2; II, Macc., IX,

2 ». —7 Fol. XV, 33, 11 ; Lumbroso, Recherches sur V Economie polit . de l'Egypte, p. 208. — 8 Dittenberger, Op. cit ., 372; cf. Strab. X, 4, 10; Dittenberger, 373; cf. Plut. Pomp ., 42; Th. Reinach, Mithridale Eupator , p. 52 et 253; Bevan, Op. cit., II, p. 283, 3. — 9 Dittenberger, 323 (probablement Andronicos; cf. App. Mithr., 4; Fol. XXXII, 28, 2 [26, 23]); 331 (Sosandros, cf. Fol. XXII, 27, 10 [25, 1 0J ; Dittenberger, 315 C. VT; 334 ; Fraenkel, Inschriften von Pergamon, II, p. 504, n° 176 a, où il faudrait rétablir, non pas o-uyyev^, comme fait Fraenkel, mais ffiivcpoœov (Slrack, R/iein. Mus., LV (1900) p. 180, 5 ; cf. G. Cardiuali, Il regno di Pergamo, p. 207, 1) ; Mittheil.*Athen. Abt., 1904, p. 174, n° 16 (cf. Cardiuali,

Op. cit., p. 207, 1) ; Cardinali, Op. cit., p. 207. — 10 p0l. XV, 33, il. — il A la cour des xSéleucides, Ditlenberger, 256; Diod. XXXI, 20, 3; des Lagides, Dittenberger, 14; Bevan, Op. cit., II, p. 283.

S Y lt I A DEA. — 1 Suria dea : Corp. inscr. lat. IX, 6099 ; Dea Syria : III, 7864 ;

VI, 116; VII, 272, 759; Cagnat, Ann. épigr ., 1905, n. 29. Dea Suria: VI, 399;

VII, 758. Les auteurs donnent Dea Syria : Apul., Aletam., VIII, 24, 25 ; 9, 10 ; Suet., iVero, 56 ; Florus, II, 7. En grec, sur les monnaies 6e* Luoia (cf. infra fig. 6700); r> Ô£oç Vj Eupia : Corp. inscr. Or. 7041 ; rj Eup(r) ôeôî : Lucian. ; 0«o; Eypta : Pausan.,

IV, 31, 2, cf. VII, 26, 7. — 2 Diasuria, gen. Diasuriaes : Ephem. Epigr. IV, 873 ; dat. Diasuriae : Corp. inscr. lat., III, 10393; Aetaaupt'a : Zeitschr. Deuts. Morg.

Ges ., 1885, p. 43. Diasyr(a) : X, 1554 ; Diasura : VI, 115 ; Iasura dans Chronica

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en Occident à la déesse Atargatis ou Dercelo1. ‘ Atar'ata est proprement VA ( t)tar (ou Astarté) femme du dieu Alè‘l , et l’on a voulu considérer ce dernier comme l’équivalent de l’Attis phrygien. Son culte aurait été importé en Syrie parles Hittites; ainsi s'expliqueraient les ressemblances qu’il offre avec celui des temples d’Asie Mineure 3. D’autres indices tendraient à le faire regarder comme d’origine babylonienne4. Des influences diverses s’y sont certainement déjà confondues avant que nous puissions l’étudier. Un fait est certain : quoique le nom d’Attar soit une variante dialectale de celui d’Astarté, et qu’en certains lieux les deux déesses aient pu être confondues, il faut distinguer la « déesse syrienne » Atargatis5 de l’Astarté phénicienne”. A Ascalon, dans le pays des Philistins, chacune d’elles avait son temple particulier7. Atargatis y a probablement été introduite à une date relativement tardive, comme dans quelques autres villes de Palestine ou de Phénicie où elle s’installa8. Ce n’est pas dans cette région, mais dans la Syrie proprement dite, qu’elle règne en souveraine avec son époux Hadad. A l’esL du Liban, on les adore dans les grands temples d’Héliopolis (Baalbek)9, et de Damas10, et les inscriptions qui les mentionnentsont assez nombreuses. Notamment une dédicace à Atargatis, pour le salut d’Agrippa II et de sa sœur Bérénice, a été relevée à Qal'at Fakra“. La déesse avait des prêtres à Kefr-Ouar‘2, et même à Palmyre, elle est associée à Malachbel et à la Tychè Taïmi comme divinité nationale13.

Mais le sanctuaire le plus célèbre de la Dea Syra, s’élevait à Mambog ou Bambykè, qui pour ce motif fut appelée par Séleucus Nicator Iliérapolis l4. Déjà Ctésias connaissait la légende de la déesse de Bambykè 15 et, à l’époque d’Alexandre, le buste de 'Atar'atha apparaît sur les monnaies à légendes sémitiques frappées par le dynaste local Abd-Hadad (fig. 6698) 1 6. Sa tête est coiffée d’une mitre richement ornée et elle porte au cou un collier; les longues tresses de sa chevelure pendent symétriquement sur ses épaules ; parfois le disque solaire et le croissant lunaire sont gravés dans le champ. Nous retrouvons à peu près

minora, I, p. 147/ 24, Mommsen; cf. Jordan, Hermes, VI, p. 315. — I Atargatis, abrégé en Tar'atha par les Syriens, a donné en grec Aeçxet.;. J'ai réuni dans Paulv- Wissowa, Realenc. s. v. el supplément, les formes diverses du nom. Cf. Gruppe, Griech. Mythol., p. 1585, n. 4.-2 Nôldeke, Zeitschr. Dents. Morg. Ges., XXIV (1870), p, 92 ; Ed. Meyer, Ibid., XXXI (1877), p. 730. — 3 Edouard Meyer, G es ch. des Altertums, I. 2, p. 050 sq. (2' éd.). — 4 Dussaud, Ao tes de mythologie syrienne, p. 115 et pass. — STertulL, Ado. nat., Il, 8 : Atargatin Syrorutn.

— fi Baelhgen, Bcitrtlge zur Semitischen Beligionsgeschiclite, 1888, p. 74 ; Dussaud, Notes, p. 82. — 7 Près de la ville, à côté d'un grand étang, se trouvait le téuievo; de Derketo suivant Diodore(ll, 4, 2; cf. Lucian., De dea S., 14; Philo, De Provid., Il, 046 M.). Ce temple était distinct de l"fbv Oùpavi»; 'AçfoSltr,; qui passait pour le plus ancien sanctuaire d'Astarté (tlcrod., 1, 105' Pausan., I, 14 ,6 ; cf. Stark, Gaza, p. 250 sq. ; 258 sq. et Dussaud Notes, p. 98). Une dédicace Ad Où, hui xaî AffTàpr^i llaAai-TTtvîjt xoù ’As,oSÉtï]i OùpavÉai découverte à Délos semble identifier de même les deui déesses, cf. Clermont Ganneau, C. r. Acad. Inscr.,

1909, p. 308 ; 1910, p. 412 ; Leroux, Fouilles de Délos, fasc., Il, p. 58. 8 A Kar-

ition (Aslitarolh Karnaïm) s'élevait un ’Ai«ofnTerov suivant II, Macchab., 12, 26. Dans la même région, on trouve Atargatis à Namara (Le Bas-Waddington, 2172). Mais la fabulosa Ceto adorée à Joppe selon Pline, N. h., V, 69, n’est probablement pas une Derceto, mais une déesse poisson (xljto;, cf. Plin., IX, 5; llygin, Astron,, 11, 31). Atargatis pénétra à Gabala par la voie de Réphanée, et ailleurs en Phénicie (Dussaud, Notes, 116). — 9 Macrob., I, 23, 18. D'Héliopolis elle passe dans la colonie romaine de Béryto ; cf. Cagnat, Année épigr., 1905, n. 29.

— 10 Etym. Magu., s. v. A«|x«axis. Cf. lustin., XXXVI, 2, où il faut lire Athares

le même type sur une terre cuite de style archaïque découverte à Iliérapolis (fig. 6699 ) *7. Maison voit de plus que la déesse, conservée jusqu’à mi-corps, se pressait des deux mains les seins pour rappeler sa fécondité, un geste fréquent dans la plastique orientale.

Le vieux temple dont les légendes locales attribuaient la fondation à divers dieux et héros18, fut rebâti peu après l’année 300 par Stratonice, femmede Séleucus, en style ionique ia, et passa dès lors pour le plus grand et le plus riche de la Syrie 20. Ses trésors furent convoités par Antiochus IV21, et il fut mis au pillage par Crassus, dont la défaite parut une punition de ce crime22. Mais la piété des populations rendit bientôt au culte son ancien éclat, comme en témoignent, au commencement de l’Empire, Strabon et Pline23. Au 11e siècle, Lucien donne dans le traité De dea Syra (c. 28, 30, ss.), considéré parfois à tort comme apocryphe, une description du vaste sanctuaire, laquelle est pour nous un précieux rapport d’un témoin oculaire, bien qu’elle soit due à un observateur superficiel et ironique. Plus lard, il n’est plus question qu incidemment de la ville sainte d’ Atargatis24. Un fragment d'Eunape sur une prêtresse de la Supfa ôsoç se rapporte probablement au passage de l’empereur Julien à Hiérapolis en 363 après J.-C. 25. Nous ignorons quand le temple fut détruit ou désaffecté. On n’en voit aujourd’hui à la surface du sol que des restes insignifiants, mais l’étang sacré, qui se trouvait à côté, subsiste encore, large et profond, alimenté par des sources vives, qui dans un pays désolé durent sans doute, dès les temps les plus lointains, donner à ce lieu un caractère sacré. Des fouilles pratiquées à Membidj — sous cette forme survit le vieux nom sémitique de Mambog ou Mabbog — seraient certainement très productives et très instructives26.

La renommée de ce temple d'Hiérapolis s’étendait au loin. Non seulement les Syriens, mais les Cappadociens, les Arabes et les Babyloniens s’y rendaient en pèlerinage 27. Les écrivains syriaques etle Talmud de Babylone parlent de Tar'atha comme la déesse de Mabbog28. C’est probablement de là que le culte de celle-ci fut trans-

pour Arathis. Cf. Pauly-Wissovva, Realenc. y s. v. « Damascenus » ; Jalabert, Mél. fac. or. Beyrouth, II, p. 293 ; Dussaud, Notes , p. 106. — Puchsteui, Jahrb. Inst. y 1902, p. 49; cf. Dussaud, p. 116, n. 3. — >2 Fossey, Bull. corr. hell.y XXI, 1897, p. 60. — 13 Ce Bas-Waddington, 2588; Vogué, Inscriptions sémitiques, 3. — ;4 Babelon, Catal. Bibl. Nat. Rois de Syrie, p. 81. — Slrab. XVI, 4, 27, p. 785 C ; cf. infra , p. 1594, noie 13. — 16 Babelon, Catal. Bibl. Nat. Les Perses Achéménides , pl. vii, 16, 17, p. li, p. 45. Cf. Dussaud, Notes, p. 97, fig. 24. La coiffure me paraît être une mitre, non le calathos. — 17 D'après Hogarth, Ann. Britisb school Athens, XIV (1907), p. 190. — >8 Lucien, De d. S., 12 sq., les appelle Deucalion, Attis, Bacclius. — 19 Lucian., t6, 19 sq., 30 ( oxotou; vr.oùç ev ’Iwviv) noleoufft) ; cf. Ael., Nat. an ., XII, 2. — 20 Luc., 10 sq. — 21 Granius Lie. p. 9. éd. Bonn. Cf. cependant Preller, Rom. Alyth., Il3, p. 397, 1. — 22 Plut., Crass.y 17. — 2a Strab , XVI, 1, 27, p. 748 C; Plin., H. n., V, 87. — 24 L'àPXata Nivo; dont parle Philostrate, Vit. Apoll., I, 19, est peut-être Hiérapolis ; cf. Nôldeke, Hermes, V, p. 463. — 25 Eunap., fr. 94 (Fragm. hist. Gr. IV, p. 54). La description que donne Macrobe, 1, 17, 66, de la statue d'Apollon dans le temple d’Hiérapolis (cf. Luc., De dea S., 35) est probablement tirée de Porphyre ou de Jamblique, comme tout ce passage, et remonte donc à une époque autérieure. — 26 Sur l’histoire et les ruines de Membidj, cf. Ritter, Erdkunde , Vil (Zchuter Teil), p. 1051 sq. ; Sachau, Beise in Nord Syrien, 1883, p. 547 ; Hogarth, Annual British school Athens , XIV (1907), p. 186 sq. ; Cumont, Revue hist. religions , XLll (1910), p. 119 sq. — 27 Luc., De d. S., 10, 13. — 28 Doctrine of Addaï , éd. Philipps, p. 24; Jacques de Saroug dans Zeitschr. Dsup. Alorg. Ges. XXIX, p. 132; Talmud Bab., Aboda Zara, U b.

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porté au delà de l’Euphrate dans l’Osroène, où le roi Abgar aurait mis fin aux mutilations cruelles de ses galles, et à Carrhae (Harrân)1. On signale même sa présence à Nisibis et jusqu’à Besechana (Begez) en Mésopotamie2. D’autre part, en Égypte une colonie hellénique avait établi depuis le me siècle dans le Fayoum un culte en l'honneur de la déesse syrienne, associée à « Aphrodite Bérénice » s.

De même en Occident le culte de la dea Syra s’étendit jusque dans les contrées les plus lointaines. La propagation y fut favorisée par l’existence d’un bas clergé nomade, qui parcourait le pays en accomplissant devant une image portative de la déesse ses cérémonies rituelles. Un des serviteurs de cette « maîtresse » se vante dans une inscription de Kefr-Ouar d’avoir rapporté de chacune de ses tournées soixante-dix sacs d’offrandes 4. Ces prêtres mendiants étendirent leur champ d’opérations dans les pays d’outre-mer. On connaît les descriptions peu édifiantes que Lucien et Apulée5 nous ont laissées de ces galles de mœurs équivoques [galli, p. 1458] qui, après s’être livrés à leurs exercices de derviches dans les bourgs ou les cours de fermes, faisaient parmi les assistants une fructueuse collecte et savaient augmenter leurs profits par d’habiles larcins ou en débitant pour un prix modique des oracles familiers. Ce tableau pittoresque, qui remonte à un roman de Lucius de Patras, est sans doute poussé au noir. En réalité, les prêtres itinérants satisfaisaient les besoins de dévotion des nombreux esclaves syriens dispersés dans les exploitations agricoles et restés fidèles à leur grande déesse naLionale. Déjà les guerres contre Antiochus le Grand avaient provoqué le transfert en Italie d’une foule de prisonniers syriens (190 av. J.-C.), et durant le 11e siècle la traite continua à peupler les latifundia de serfs de même origine 6. La grande révolte servile qui désola la Sicile en 134 av. J.-C., fut provoquée par un esclave d’Apamé, serviteur d’Atargatis, qui simulant une fureur sacrée appela ses compagnons aux armes1.

En même temps, ou peu antérieurement, la déesse était transportée par les marchands syriens dans les Cyclades et sur toutes les côtes de la mer Égée : à Mylasa, à Smyrne, à Nisyros, à Astypalée8. Au Pirée on voit les orgéons de la Grande Mère partager depuis le 11e siècle l’usage de leur temple avec les fidèles de l”®po8îxYj Suoia ou Oùpavta9, et l’on y Irouve mentionnée à l’époque impériale une prêtresse Euptaç 9s&3 10. Pausanias signale des sanctuaires de la même déesse sur l'Acropole de Thuria en Messénie et sur la côte d’Achaïe à Aégira". Toutefois, on peut se demander s’il ne s’agit pas plutôt ici de l’Astarté phénicienne que

i Bardesane dans Cureton, Spicil. Syrioc., p. 20, trad. p. 3i. Cf. Duval, Histoire d'Édesse, 1892, p. 65, 78 ; Jacques de Saroug l. c. — 2 Nisibis (Medzpin) : Moïse de Cliorène dans Langlois, Hist. Arm., Il, p. 94; cf. Léroubna, Ibid. 1, p. 326 ; Cliarax, Geogr. gr. min.. I, p. 249 (ïeç-bv ’ ATt^a-ci à Besechana). — 3 Otto, Priester und Tempel im hellenistischen Aegypten , I, p. 172. — 4 Fossey, Bull, corr. hell., XXI (1897), p. 60 ; cf. Deissmann, Licht von Osten , 1908, p. 73. — 5 Luc., Lucius , 35 sq. ; Apul., Aletam ., VIII, 24 sq. — 6 Cf. mes Religions orientales , 2e éd., p. 156. — 7 Diod. Sic., fr. XXXIV, 2, 5 ; Flor., il, 7 (III, 19) : Fanatico furore simulato dum Syriac deae comas iactat (cf. Luc., De d. S., 60); Tit.-Liv., Perioch., LVI. Un sodalicium de la dea Syra se trouve plus tard à Syracuse (Kaibel, lnscr. Sic. ttal., 9). — 8 Mylasa : Itç,eù; ’AopoSaïi; luçîaç, Athen. AJitt. XV, p. 259. Smyrne: cf. Diltenberger, Syll.î , 584; sur l'Aphrodite ETpaTovixi;, cf. Preller-Robert, Gr. Myth ., I, p. 380, n. ; Nisyros : Thiase ’Ao&oStcriaffcùiv Eûpwv xa\ Aibç Mei*iyia<jxàv, Athen. AJitt. XV, p. 131. Astypalée: dédicace ’ATaopiatcTTt, Bull. corr. hell., III, p. 407, — 9 Corp. inscr. att., II, 168; cf. 136,611 b, 615 c; Foucart, Associations religieuses , p. 98 sq.; 196 sq. ; Maas,

d'Atargatis, ou plutôt d’une assimilation des deux divinités 12. Particulièrement nombreuses et instructives sont les inscriptions de Délos où, depuis la fin du 11e siècle, non seulement des gens d’iliérapolis font des dédicaces à « leurs dieux nationaux lladad eL Atargatis », mais où des citoyens Athéniens adorent cette dernière sous le nom de iyvvj 0sà ’AippooiTT], contribuent à orner son temple et y sont même revêtus de la prêtrise 13. Le téménos des divinités syriennes, voisin de celui des divinités égyptiennes, a été en partie déblayé, mais nous ne possédons encore que des indications provisoires sur ces fouilles qui se poursuivent u.

Esclaves et marchands orientaux introduisirent sans doute vers la fin de la République 15 le culte de la déesse syrienne à Rome. Néron eut un caprice dévot pour cette étrangère, que bientôt il délaissa ‘6. C’est probablement au règne de ce prince que remontent certaines inscriptions qu’on a reconnues depuis longtemps provenir d’un temple de la dea Syra situé trans Tiberim en dehors de l’enceinte du pomnerium'1 . Ce temple a été retrouvé par M. Paul Gauckler sur le versant nord du Janicule près du lucus Furrinae , où coulait une source sacrée, et les fouilles qui y ont été exécutées durant ces dernières années ont amené des découvertes du plus haut intérêt18. On y a trouvé les ruines de trois édifices superposés : le premier, qui daLe sans doute du temps de Néron, était un téménos à ciel ouvert entourant une humble chapelle, et fait face à un vivier où l’on pouvait nourrir les poissons sacrés. Au ne siècle fut élevé un second sanctuaire, semblable au premier par sa disposition, mais construit avec plus de luxe. Sous le règne de Commode un Syrien hellénisé, Gaïonas, cistiber Augustorum , l’avait édifié ou tout au moins enrichi de ses offrandes. Ce monument parait avoir été détruit par le feu. Au commencement du ive siècle, ou peut-être sous le règne de Julien, fut enfin bâti un troisième temple, dont le plan a pu être très exactement relevé. Il continuait à s’appeler templum deae Syrae ( iasurae ), parce que celle-ci y avait été la première installée19. Toutefois déjà au 11e siècle on adorait à côté d’elle non seulement son parèdre Hadad, maisd’autres dieux syriens ( Jupiter Maleciabrudus, etc.), tout comme à Iliérapolis. Puis au ive siècle, le syncrétisme régnant fit admettre à la fois des images de divinités grecques comme Dionysos, Hécate, Iladès, et jusqu’à une statue en basalte d’un Pharaon. Le modeste téménos de la déesse exotique était devenu le lieu de rendez-vous de tout le panthéon païen.

Le culte de la dea Syra , dont nous pouvons en quelque mesure suivre l’histoire à Rome, s’établit aussi en Italie, non seulement dans les ports de Brindisi et de

Orpheus , 1895, p. 72 sq. — 10 Corp. inscr. att., III, 1289 b, 40. — H Pausan., IV,

31, 2; VII, 26,7. — 12 Cf. Corp. inscr. att., 168, 615 c; Michel, Recueil , 546 1.

32. — 13 Bull. corr. hell., VI, p. 490 sq. ; VII, p. 473; VIII, 131 sq. ; Ditlenberger, Syll.%, 767, 769, 771 ; cf. SchoelTcr, De Deli insulae rebus, p. 191 sq., 237.

— 14 Cf. Holleaux, C. r. Acad, des Inscr., 1910, p. 300. — 1» Cf. Plut., V. Alarii, 17, et mes Religions orientales , 2e éd., p. 157 sq. — IG Sue!., Nero, 56.

— 17 Corp. inscr. lat., VI, 115, 116; cf. 399 (du marché des esclaves), 30970, 32 462; cf. Mommsen, C/iron. minora, I, p. 147, 23 : ( templum Iasurae) et Jordan, Hernies, VI (1872), 314 sq. — 18 Ces fouilles et leurs résultats ont été exposés dans une monographie de MM. Nicole et Uarier, Le sanctuaire des dieux orientaux au Janicule ( AJél . Èc. Franc., t. XXIX, Rome, 1909) et dans une série d’articles de M. Paul Gauckler, Bollettino communale di Roma , 1907, p. 5 sq. Cf. Hülsen, AJitt. Inst. Rom., XXII, 1907, p. 225 sq. ; C. r. Acad. Inscr., 1907, p. 135 sq.; 1908, p. 510 sq. ; Mélanges Éc. Rome, XXVIII, 1908, p. 283 sq. ; C. r. Acad. Inscr., 1909, p. 617 sq. ; 1910, p. 378 sq. — 19 Mommsen, Çhron . min., I. c.

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Pouzzoles, mais au cœur de la péninsule1. Il pénétra même dans les provinces: on le trouve à Salone, en Dalmatie, à Philippopoli en Thrace2, et les troupes le propagèrent en Dacie, en Pannonie et en Bretagne jusqu’aux confins septentrionaux de l’empire \

Conformément à la conception que le paganisme sémitique se faisait des dieux 4, Atargatis était regardée comme l’épouse d’un Baal, adoré à côté d’elle, qui portait le nom de Hadad. Elle était la maîtresse (xupia) comme lui était le « maître » (baal), et ses serviteuis étaient conçus comme ses esclaves5. C’est pourquoi en Occident on unit souvent la (lea Syria h un «Jupiter6» et les Grecs l’identifient avec Héra7. Au couple primitif on adjoignit, au moins dans certains temples, un troisième membre pour former une de ces triades qu aflectionnait la théologie babylonienne, qui marque ici son influence 8. Ce fut le cas à Iliérapolis comme à Iléliopolis dont les trois divinités, Hadad, Atargatis et Simios, deviennent dans les inscriptions latines Jupiter, Vénus et Mercure9. A l’origine, le couple souverain était regardé comme protégeant spécialement la tribu ou la communauté qui l’adorait : Atargatis resta toujours en Orient la patronne des villes (iroXioO^oç) qui lui rendaient un culte, et elle portait pour ce motif la couronne tourelée 10. On voyait en elle la fondatrice de la cité et les dynastes locaux faisaient sans doute remonter à elle l'origine de leur race". Elle passait pour avoir organisé la vie civile et religieuse en enseignant aux hommes la justice et le culte12, et, plus généralement, on la célébrait comme la divinité bienfaisante à qui l’on devait toutes les inventions utiles13. Elle était, d’autre parti comme épouse de Hadad, une déesse de la génération et de la fécondité11. Dans les parvis du temple d’Iliérapolis vivaient en liberté des animaux de toute espèce", consacrés à la déesse de la reproduction, et selon Lucien, qui s’étend sur ce sujet avec complaisance, le phallus jouait un rôle capital dans son culte15. On comprend dès lors sans peine que les Grecs aient assimilé la dea Syra à leur Aphrodite, et les Latins à Vénus 16.

Ce caractère d’Atargatis explique la transformation, accomplie de bonne heure, de l’antique déesse tutélaire d’une tribu en une grande divinité delà nature, dont les théologiens interprètent diversement lecaractère compli-

\ Corp. inscr. lat., IX, 0090 (Brindisi) ; X, 1 554- (Pouzzoles) ; IX, 4187 (Amiternum). — 2 Salono. : Corp. inscr. lat. III, 1961. Philippopoli : Th. Reinach, Rev. études grecques, XV (1902), p. 32. — 3 En Dacie : Corp. inscr. lat., III, 7864, cl'. 956. En Pannonie : Ibid., 10393 (Aquiucum) : Tem plum Battis et Diasuriae. En Bretagne : VU, 272, 758, 759 = Bîicheler, Carm. epiur., 24 (par des officiers d'une cohorte Hamiorum; cf. Domaszewski, Religion des rom. Heeres, p. 52;. Cf. aussi Inscr. Sic. It., 2553. — 4 Cf. mes Religions orientales, 2e éd., p. 174 sq. — 5 Kuo(a et Svj'ao; dans l’inscr. de Kofr-Ouar (Bull. corr. héll., XXI, 1897. p. 60). — 6 Corp. insc. lat., VI, 116 sq., 399: Iori b.3 Al. et deae Suriae; cf. Luc., 31 et supra, s. v. jupitei\, p. 700. — 7 Luc. De d. S., 1 sq. ; Plut., V. Crass., 17. — 8 Relig. orient , p. 183. Sur l’influence babylonienne à Iliérapolis, cf. infra , p. 1594. — OHiérapolis : Luc., De d. S., 33; cf. Dussaud, Notes, p. 1 1 5. Héliopolis: Pcrdrizct, Rev. ét. anciennes, III (1901), p. 258; Dussaud, Notes , p. 24 ; Jalaberl, C. R. Acad, inscr., 1906, p. 97 sq. et Mël. fac. orient. Beyrouth, I, (190Ô), p. 175 sq. — *0 Luc. , D. d. S., 15 et 32 (icuçyo*opâ'tt).

il Justin, XXXVI, 2 (lire Atkares pour Arathis). Derketo, mère de Scmiramis,

Diod., Il, 4, 3 sq. ; Luc., De d.S ., 14; Hyg., Fab., 223; Mnaseas, fr. 32, dans Fr. hist. Gr., III, p. 155. Cf. n. 12. — *2 Corp. inscr. lat., VU, 759 = Bucheler, Carm. epigr., 24 : lusti inventrix , urbium conditi'ix , ex quis muneribus nosse contigit deos. — 13 Nigid. Figul., p. 126 Swoboda ; Plut., Crass., 17 : -r^v uàvTwv et; àvôçiinou: àp/r.v àya0.5v xataSttEacrav. Ceci est conforme au caractère des dieux asiatiques; cf. Relig. orient, p. 49, 322, n. 4. — H plut., I. c. : -rr.v àpyàç xat (Tii£ç[*aTa icôur.v t; uyçiov napaff/oy aav aÎTtav xai ŒÛ'Tiv. ApuL, Met., VIII, 25 : Omniparens ; CoJ'p. inscr. lat., VU, 759 : Spicifera. — lo Luc., De d. S., 16, 28 sq. — 1(i Plut., I. c. ; Plin., Hist. Nat., XXXII, 17; Luc., De d. S.,

vin.

qué 17. A cause de ses rapports avec l’eau et avec les poissons (cf. p. 1594), quelques-uns voulurent reconnaître en elle le principe humide qui produit la vie dans tout l’univers18. D’autres la considéraient comme la Terre nourricière *% et on 1 identifiait alors avec Rhéa ou la Cybèle phrygienne, la Grande Mère des dieux-1. Les deux cultes se confondirent parlois 21 , et peut-être, nous l’avons dit (p. 1591), la tradition qui établissait de vieilles relations cultuelles entre Iliérapolis et 1 Asie Mineure repose-t-elle sur un fondement historique. Certains exégètes voyaient en elle la lune et 1 adoraient comme une Diane syrienne 22. Mais cette assimilation et d’autres encore 21 ne sont jamais exactes que partiellement, et les Grecs avaient conscience qu’aucune divinité de leur Olympe m’avait un caractère aussi complexe que celui de la déesse d’Hiérapolis 2l.

Les images que nous possédons d’elle sont variables comme les aspects de sa nature multiforme. Certaines monnaies impériales d’ II iérapol i s, datant du me siècle, nous montrent Atargatis, assise sur un lion : complètement grécisée, elle est vêtue du chiton et du péplos et porte sur la tête le calathos (fig.

6700) 25. D’autres monnaies la représentent comme Cybèle : assise sur un Lrône accosté de deux lions, elle tient le sceptre de la main droite et le tambourin de la gauche 2\ La statue du temple, telle que nous la décrit Lucien27, se rapprochait de ce type: Héra-Atargalis s’y trouvait à côté de Zeus-Hadad, la première soutenue par des lions, le second par des taureaux, tous deux dorés28. La déesse tenait d’une main un sceptre et de 1 autre un fuseau , emblème du Destin ; elle avait la tète entourée de rayons, comme divinité astrale, et surmontée d une couronne tourelée, comme patronne de sa cité sainte; ses vêtements étaient d’or et surchargés de joyaux, et elle portait la ceinture brodée d’Aphrodite enfin sur sa tète étincelait une pierre, dont la nuit les feux illuminaient le temple. C’est à peu près de même que la déesse était représentée à Héliopolis, autant que nous pouvons en juger par la description de Macrobe-1, à Néapolis (Naplouse), et dans d’autres temples de Syrie 30. Mais parfois, par exemple à Gabala, des sphinx sont

32. A Délos, àfvr, ’A»,o5;tyi; cf. noie 0. — n Le nom même d'Atarlate ne désigne peul-êlre pas seulement 1* (Alar épouse d ‘Ate, mais celle (|ui a absorbé le dieu adoré d'abord à côté d'elle et est devenue ainsi une divinité universelle (Balhgen, Beitriïge sur Semil. Retigionsgcsch., p. 73). — « Plut,, Crass., 17 et Symp. Prool., VIII, 8, p- 730 E; Cornut., Nat. iteor., 6. — 1» Macrob., Sat., I, 23, 18 sq. — 2» Iihéa : Luc., De d. S., 32; Cornut., Nat. deor.,6; Euseb. Praep. evang., VI, 10, 42, où Tar ‘allia est traduit par ’Pia ; cf. Corp. inscr. sein., I, 177, et Etym. ;nagn., s. v. 'Augé. Cybèle : Bull. corr. é.ell., VI, p. 502 = Dittenberger, Sylt.-, 771 ; MnjT-,1 peyàTqi» Ibid., p. 500 : Mit-,; 0e'„> ; Corp. inscr. lat.. Vil, 759 : Mater dicum\ Vl, 30970 : Mater deoruni et Mater Syriae ; Apul., Met., IX, 10; deum Mater soror deae Syriae. Comparer la ligure 6700. Au Pirée, cf. p. 1592, n. 9 ; à Brundusium, Co-ep. inscr. lat.. IX, 4137; Sacerdos Mairie magnae et Suriae deae et sacrorum /sidis. Cf. Hiltonberger, Syll.'l, 771 : xuxà npouzayiia 'ÔattpSe;. — Luc., De d. S. 15. — 22 Diane ; Luc., De d. S., 32; Corp. inscr. lat. IX, 4137 : Diana Syra; Granius Licin., p. 9. Cf. infra la figure 0701 avec le croissant. — 23 Corp. inscr. lat. Vil, 739 ; Par. Virtus, Ceres. — 21 Luc., De dea S., 32; Plut.. Crassus, 17. — 2b Wrolb, Greelc coins Br. Mus. Galatia Syria, pi. xvm, 13 (Caracalla); p. 145 {Philippe); cf. Dussaud, Notes, p. 97. — 26 Wroth, Op. cit., pl. xvù, 14 et 17. Cf. Dussaud,

Ibid. 27 Luc., De dea S., 31-32. — 2s Sur le sens de ces animaux voir Dussaud,,

Notes, p. 181 sq. — 29 Macrob., I. 23, 18 : Simulacrum Adad insigne cernitur radiis inclinatis... Adargatis simulacrum sursum rersum reclinatis radiis insigne est... sub eodem simulacro species leonum sunt. La source de ce passage est Jamblique de Clialcis ou Porphyre (Bcinhardt, De Graecorum theologia, 1910, p. 101). — 30 Dussaud, Notes, p. 100 sq.

Fig. 6700. — Alargalis hellénisée.

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substitués aux lions1. Au contraire, à Ascalon, Derceto était adorée sous la forme d une femme à queue de poisson, sans doute par suite d'une identification avec quelque déesse marine 2.

C est du premier type, où se combinent des éléments grecs et orientaux, que se rapprochent les images de la

dea Syria sculptées en Occident, comme le montre un bas-relief du musée du Capitole (fig. 6701) 3. La déesse y siège toujours entre des lions — à Délos son trône était doré 4 ; — mais elle tenait de la main gauche le miroir d'Aphrodite et delà droite une grenade, ce semble, symbole de la fécondité, ou peut-être un fuseau garni de lin, comme à lliérapolis. Sa coilfure étrange est formée d'une sorte de mitre triangulaire où (les trous de scellement l'indiquent) des ornements étaient fixés et qui est munie de deux côtés de sortes de fanons et surmontée du croissant lunaire. Sur un autre monument romain,

1 Ibid., p. 183. Comparer la slaluc de Baalljck publiée par S. Reinacli, lier, arckcol., 1902, I, p. 19-33. = Rëp. de la Stat. III, I2ï, 9.-2 Luc. De 'd. S.. 14. Cf. Diod., II, 4, 2; Ovid., Met., IV, 46; V, 331. Cf. Dussaud, Notes, p. 99. — 3 Nous devons une pholographie de ce monument curieux à M. Paul fiauckler, i|ue nous remercions sincèrement de nous avoir autorisé à le reproduire ici. Corp. iriser, lut. VI, 115, cf. 116 sq., 30 970. — 4 Bull. corr. helt., \1. p. 494: tgpûauo ev tôv 0?ôv.,v t6; fieà;. Cf. aussi Corp. inscr. lut., X, 1354 : leontorasma. — 5 Corp. inscr. lut. VI, 413. Ce monument, qui

provient probablement du temple du Janiculc, est reproduit par Gauckler, Huit, nrch. communale, 1907, p. 27, fig. 5; Amelung, Die Sculpt. des ’ Vatic. ^Muséums, I, p. 279 et pl. xxx, no 152. — 0 Cf. Religions orientales, 2' éil.. p. 183 sq. - 7 Luc , De dea S., 32: Si t, N.p ,«1 Slotpi»»... /llfl iy„

ir/at-o*. Cf. Eraloslli., Calast., 9; Scliol. Germanie., 63, éd. Breysig : Yirginem dicunt atii Artargatin, alii Forlunam-, cf. 125. Invoquée à côté de Tycliè : Corp. inscr. Sem., 3. Ainsi s'explique l’étvmologie transmise par Simplicius (In Arist. physic , IX, G4I, 39, Diels) : vf;v Ejstav 'ATaoyvrr,* « tôcov Oe,r,v n ta-oJtriv, c'est à-dire « Alliar Gadé » « lieu dis Fortunes » ; sur l'emploi du pluriel, cf. Payne Smith, Thés. Syriac., I. 049 ; Nüldekc dans liastings. Diction, of Relia., I, 661 (Jlanawâl). - 8 Apul., Met ., VIII, 25 : Omnipotens et omniparen’s dea Syria ; Bull. corr. helt., VI, p. 502 = Dittenberger, Syll. 2, 77 1 ; ,* eé.wuv »p«to ’j/rr,. Cf. Macrob., I, 23, 18. — 9 Corp. inscr. lat. Vil, 759. Ces vers que Bücheler lui-mème n'a pas compris ( Càrm . epigr., 24) ne peuvent être

au-dessus d’une colonne portant une dédicace au Jupiter Iléliopoli tain, elle est représentée debout, toujours entre ses deux lions, coiffée du calathos, tenant de la main gauche une corne d’abondance et posant la droite sur un gouvernail 3, c’est-à-dire qu’on lui prête les attributs distinctifs de Tychè.

Ce rapprochement avec la divinité du Destin se produisit sous 1 action de l’astrologie babylonienne, qui transforma peu à peu tout le paganisme syrien6. L’antique Baalat sémitique ne devint pas seulement une divinité lunaire, comme le montre le croissant, ou stellaire, comme l’indiquent les rayons qui entourent sa tète, elle fut regardée comme la Fatalité souveraine qui gouverne toutes choses1, comme la cause « toute puissante, et toute féconde » qui produit les phénomènes de l’univers, où elle éveille la vie8. Dans un poème curieux qu’un officier syrien composa en Bretagne en l’honneur de sa deesse nationale, elle est célébrée à la fois comme la Cae/eslis punique, la Mère des dieux, la Paix, la Vertu et Cérès, et de plus, conformément à de très vieilles idées astrologiques, cette Vénus devient l’Épi de la A’ierge, le signe zodiacal voisin du Lion, son animal sacré9.

L’influence de ces doctrines « chaldéennes », qui durent pénétrer de bonne heure à lliérapolis !0, se manifeste aussi dans les légendes qu’on racontait de la déesse syrienne " . Nigidius Figulus rapporte d’après une source inconnue 12 que des poissons ayant trouvé dans l'Euphrate un œuf d’une grandeur merveilleuse, l’auraient déposé sur la rive où, couvé par des colombes, il aurait donné naissance à la dea Syria ; plus tard, la déesse reconnaissante aurait obtenu de Jupiter que les poissons fussent placés dans le zodiaque. Ovorum progenies dii Syri , dit Arnobe, et peut-être les œufs retrouvés près d’une statue entourée d’un serpent dans le temple du Janicule rappellent-ils cette croyance13. Suivant une autre tradition qui remonte à Ctésias11, AtargaLis serait tombée dans 1 étang de Bambykè et aurait éLé sauvée par les poissons, qui auraient ensuite été transportés au ciel. D’après une troisième version, évidemment remaniée, la déesse se serait jetée dans l’Euphrate avec son fils Cupidon pour échapper à Typhon; tous deux s’y seraient changés en poissons, singulier mélange des rnythologies grecque, syrienne et égyptienne l3. A Ascalon avait cours une autre légende encore 16. Accablée de honte après une faute commise avec un jeune Syrien, la déesse se serait jetée dans l’étang sacré et aurait été

expliqués que par les théories astrologiques. Ishlar se manifestait à la fois dans Vénus, la plus brillante des planètes, et dans l'Épi de la Vierge, la plus brillante des étoiles voisines de l'écliptique ; voir Kugler, Sternkunde und Sterndienst,

II, p. 85 sq., et hn Bannkreis Babel’s, 1910, p. 123; cf. aussi Bol!, Sphaera , p. 480. Les mots Lance iura pensitans rappellent que la Vierge céleste est souvent figurée portant une balance. — 10 Les plus anciennes monnaies portent déjà les signes du soleil et de la lune (supra, p. 1591). Dans Mélilon de Sardes (Corp. apolog ., IX, p. 420) Nébo et Zardusht [Zarathuslra], qui est identifié avec le dieu Hadran, sont mentionnés comme recevant un culte à Alabbog. — U Ces mythes ont été étudiés en détail par Robertson Smith, English historical review , II (1887), p. 303 sq. — 12 Sehol. German., 81. 145, éd. Breysig; Ampcl., II, 12; Hygin. Fab. 197. Cf. Nigidii rel ., éd. Swoboda, p. 120. — 13 Arnob., I, 30. Cf. Gauckler, La nativité d’Atargatis (C. B. Acad, /user., 1910, p. 424). Autre explication dans Nicole et Davier, op. cit ., p. 61. — B Eratoslh., Catast. 38, 128 sq., éd. Robert ; Scliol. German., 176, éd. Breysig où il faut lire Bambyce pour boecmice ; Theon., Sehol. in Arat., 239, p, 282 Buhle; Hygin., Aslron. Il, 41; Alhcnag., / eg . ad chr., 156; Anonym. dans Westermann, Paradoxogr., 213.

— lü Hygin., Astron., II, 30; Ovid., Fast., H, 460; Manilius, II, 597 sq. La source serait un certain Diogène d’Érylhrée ; cf. Miiller, Script. Alexandri Magni, p. 134 note. — 16 Cctlè légende, déjà connue de Xanthos le Lydien (Fragm. hist. graec. I, 3S), est racontée aussi par Diodore, II, 4» 3. Cf. Ovid., Met., IV, 4G ; V, 331 ; Trelzes, Chil IX, 502.

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métamorphosée en poisson ; la fille née de cet amour coupable, Sémiramis, aurait été nourrie par des colombes. Tous ces mythes, selon la remarque de Robertson Smith, ont un caractère étiologique et veulent expliquer le fait, souvent signalé1, que les Syriens ne mangeaient pas de poissons et tenaient la colombe pour sacrée : c’est ainsi que finit d’ordinaire le récit. « De tous les oiseaux, dit Lucien 2, la colombe est le plus saint pour les gens d’Hiérapolis : ceux-ci ne se croient pas permis d’y toucher, et s’ils en touchent une involontairement, ils sont impurs duranlcette journée ». La colombe appartenait à la déesse de l’amour, dont elle est restée le symbole, et elle était nourrie dans les sanctuaires d’Astarté comme dans ceux d’Atargatis3. Les poissons, au contraire, étaient propres à celle-ci. Ils étaient nourris dans des viviers à proximité des temples4 et personne ne pouvait ni les pêcher ni les manger6, car la déesse punissait le sacrilège en couvranl son corps d’ulcères et de tumeurs6. Mais dans certains repas mystiques les prêtres consommaient cette nourriture prohibée et croyaient ainsi s’unir à la divinité ellemême 7. Celte vénération et ces usages répandus dans toute la Syrie, et qui n’y ont pas complètement disparu de nos jours 8, ont probablement inspiré à l’époque chrétienne le symbolisme de l'Ichthys*

Nous dépasserions les limites assignées à cet article, si nous voulions nous étendre sur les autres pratiques et cérémonies décrites par Lucien dans son livre sur la déesse Syrienne. Un commentaire de ce curieux traité nécessiterait un exposé détaillé de la théologie et du rituel sémitiques. La grande fête du printemps, que marquait un sacrifice solennel (c. 4-9), se rencontre sous des formes diverses dans tout l’Orient; les solennités qu’on allait célébrer sur le bord de la mer (c. 48), rappellent celles de Maiouinas que les Romains accomplissaient à Ostie10. Le sacrifice de la chevelure (c. GO), comme le rite qui obligeait à revêtir la peau d'une victime immolée c. 55) pour s’identifier avec elle, se retrouvent fréquemment chez les Sémites". On pourrait multiplier ces rapprochements. Nous nous contenterons de noter que les prostitutions sacrées, qui sont traditionnelles dans le culte phénicien et punique d’Astarté, ne se rencontrent nulle part dans celui de la déesse Syrienne 12, mais que par contre ici régnait l’usage de s’émasculer en l’honneur de la déesse 13. Ce rite cruel fut probablement, comme l’affirme Lucien (c. 15),

1 Poissons : Xenoph. Anab ., i, 4, sq. ; Cic., Nat. d., III, 39 : Plut., Si/mp. probl., VIII, 8, p* 730 D ; Clemens Alex., Coh., 25;cf. Porpli.,Z>e abstin., IV, 7. Colombes : Xenopli., I. c. ; Sextus Emp., Uyp., III, 223; Clemens, l. c. Cf. Helin, Culturp/lanzen6.p. 330. —2 DedcaS., 14; cf. 54 ; Jup. trag. ,42; Diod. Il, 4, 6 ; Cornutus, N. d., 0. Cf. Baudissin, Stud. sur sem. Religionsg., Il, p. 170. — 3 A Ascalon : P talon, Deprovid., Il, 107 (II, 016 M.) ; cf. Tibull. 1,7, Au mont Eryx eu Sicile : Ael., Nat. An., IV, 2, etc. — 4 A Ascalon : Diod., Il, 4, 2; Luc., De d. S. 14 ; à Hiérapolis : Luc., /b., 45; AeL, Hist. an., XII, 2; Plin., U. N., III, 17; à Édesse : Cuvai, Hist. d' Édesse, p. 65, 78. Cf. Charax, Geogr. Gr. Min., I, p. 239, avec la noie de Millier ; à Rome, Gauckier, C. R. Acad. Inscr., 1910, p. 380 sq. ; cf. Baudissin, Studien, II, p. 165 sq. — 3 Ditlenberger, Syll. 2, 584 ; Alhen., VIII, 346 C; Anthol. Pal. VI, 24; Artemid., Oneirocr., 1, 18 [qui écrit 'Atriàa-t,» pour ’ATàjvaTiv]. — 6 Les auteurs anciens font souvent allusion à cette superstition des Syriens. Les textes ont déjà été réunis par Selden, Dédis Syris, II, C. 3, p. 268 sq., éd. do 1672. — 7 Muas. Patar., fr. 32 (Fragm. hist. Gr., 111, p. 155); Diog! Laert., VIII, 34; cf. Ditlenberger, t. c., et infra, p. 1596, n. 2. — 8 Cf. mes Religions orientales, 2« éd., p 357, n. 36. — 9 Usener, Sintflutsaqen, 1899, p. 223 sq. Cf. 3. Reinacli, Cultes, Mythes, III, 1908, p. 43 sq. — 10 Lydus, Demensib., IV 80 ip. 133, Wünsch). Cf. Drexler dans Roscher, Lexikon , s. v. •. Maiumas a. Voyez aussi Is. Lévy, Cultes syriens dans le Talmud ( Revue Études juives, XL1II), 1901, p. 13.— Il Robertson Smith, Religion ofthe Semites, 2' éd. p. 436 sq. - 12 Euscb.] Praep. ecang.. IV, 16, 22, confond probablement lléliopolis et Apliaca, où les pros-

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importé à Hiérapolis d’Asie Mineure, car les galles sont communs au culte de la dea Syra et à celui dè la Grande Mère et absolument semblables dans l’un et dans l’autre [galli, p. 1458]. Autrefois on admettait généralement que l’origine de ces castrations sacrées devait être cherchée chez les Sémites et que ceux-ci les auraient introduites en Phrygie ", mais l’opinion contraire, conforme à la tradition antique, est beaucoup plus probable si, comme on l’admet aujourd’hui, les cultes du nord de la Syrie ont fortement subi l’influence des Hittites1’.

Nous savons que ces galles servaient la déesse Syrienne en Occident comme en Orient, mais, sauf ce point, nous ignorons à peu près complètement comment ce culte exotique fut organisé dans les thiases grecs et les sodalicia romains16. Les fouilles du Janicule ont prouvé que la liturgie des dieux syriens était, comme on pouvait s’y attendre, restée conforme en Italie à celle de leur pays d’origine17. La découverte au fond de l’abside du temple, dans une cavité rectangulaire ménagée sous la statue divine, d’une calotte crânienne, semble bien prouver la persistance du vieux rituel de fondation qui faisait enterrer des victimes humaines sous les murailles des constructions nouvelles18. A la vérité, il est fort invraisemblable qu’on ait pratiqué encore dans la Rome impériale ces immolations abominables, interdites par Hadrien sur toute l’étendue de l’empire19, mais un simulacre peut avoir remplacé l’ancien sacrifice et le crâne d’un mort avoir été substitué à la victime. Plus énigmatique encore est la découverte d’un dépôt de consécration, qui était caché dans un autel ou soubassemment triangulaire, situé au centre d’une chapelle octogonale qui parait avoir servi aux initiations. On y trouva cachée une statuette de bronze, étroitement engainée, entourée sept fois par les replis d’un serpent dont la tète vient se placer sur le crâne de l’idole. Entre les circonvolutions du reptile, sept œufs de poule avaient été déposés sur le corps20. Est-ce une figure masculine semblable au « Ivronos » ou « Éon », qui dans les mystères de Mithra personnifiait le Temps principe de toutes choses [mithra, fig. 5090] ? Faut-il au contraire la rapprocher des statues féminines « ceintes de l’enroulement sinueux d’un dragon » qui, selon Macrobe 21, étaient placées dans le temple d’Hiérapolis. Les œufs rappellent-ils la naissance d’Atargatis et en général celle des dieux syriens (cf. p. 1594)? Ou sontils simplement un symbole de fécondité et de résur-

tilutions sacrées se maintinrent jusqu a l’époque de Constantin (Euseb., Vif. Const., III, 55) ; Sozom. II, 5; cf. Millier, Geogr. Min., Il, 518.. 30. — 13 Luc., De d. S., 15, 27, 50 sq. En Occident : Corp. inscr. lat. VI, 32462 : Gallus Diasyriaes] Luc., Lucius, 35; Apul., Met., VIII, 26 sq. —lt Cf. Ilepdin-, Attis, 1903, p. 162, 178. — 15 Ed. Meyer, Gesch. des Altertums, 12, p. 651; cf. Kan, De lovis Dolicheni cultu, 1901, p. 2 sq. A la vérité, ou a voulu retrouver la castration rituelle à Babylone (Lagrange, Etudes sur les religions sémit., 2« édit., p. 241) et chez d’autres Sémites (Hepding, p. 161, n. 6). Sur les diverses explications qui ont été proposées de cette pratique religieuse, cf. Pauly- Wissowa, Realencycl., s. v. .. Uallus », § III. - IC A Délos, on trouve un prêtre élu chaque année, {ei;ovoviittl; lejtù; {Bull. corr. hell., VI, 489 sq., 495; cf. Athen. Mitl., XV, p. 259) et un Çixoço; également annuel (Bull. corr. hell., Ibid. 497 sq.L En Italie, un sacerdos {Corp. inscr. lat. X, 6099; cf. Inscr. Sic. lt., 9) et «es praesidentes, nionsisu,, du collège (Ibid.). — n Cf. Macrob., I, 23, g il : fatu Assyrio. Sur la persistance des rituels orientaux en Occident, cf. mes ,1/on. mi/st. Mitnra, I, p. 314. — 18 Gauckier, C. r. Acad. Inscr., 1908, p. 59 sq.; 1910, p. 380 sq. ; Dussaud, Revue hist. relig., 1908, p. 330 sq. Cf. Hugues Vincent! Canaan, p. 191 sq. ; Nicole et Darier, Op. cil., p. 9, 32, 84, émettent l’hypothèse

dune inhumation partielle analogue à l’os resectum des Romains. 19 Porphyr

De Àbstin., II, 56. Cf. TertulL, Apol., 9. — 20 Nicole et Darier, Op. cit., p. io! p. 56 sq. et pl. x ; Gauckier, C. r. Acad. Insc., 1909, p. 424 sq — 2i Macrob I 17, § 67.

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rection1? Il faudrait, pour pouvoir proposer une interprétation quelque peu certaine, que le bronze de la statuette eût été préalablement dépouillé de la gangue qui en empâte les formes.

L’épitaphe du Syrien qui bâtit ou meubla le second temple du Janicule, Gaionas, nous fait pénétrer plus sûrement dans les croyances des fidèles qui s’y rassemblaient. 11 dit qu’après avoir présidé à l’allégresse des banquets, il git dans sa tombe, « n'étant dû en rien à la mort 2 ». Nous voyons ici, comme dans d'autres cultes orientaux, la participation à des repas sacrés devenir pour les mystes le moyen d’obtenir une immortalité bienheureuse 3. Des découvertes faites récemment à Iliérapolis ont prouvé que les sectateurs de la déesse Syrienne se figuraient qu’après leur décès un aigle emportait leur âme vers le Soleil, source divine de toute vie terrestre4. Franz Cumont.

SYRIARCHA [asiarcua, p. 469 KOINON, p. 848].

SYRINX. — La syrinx ou flûte de Fan (copiy; ou fistula, le « sifflet », de aupi'Çw), est un instrument à vent portatif qui remonte à la plus haute antiquité et se rencontre chez un grand nombre de peuples indépendants les uns des autres. On l’a trouvé en Chine, au Mexique et au Pérou avant la conquête espagnole. Pollux 1 le signale chez les Celtes et les « habitants des îles de l’Océan. » En Allemagne on a recueilli les traces d’une syrinx préhistorique2. On reconnaît le même instrument dans la maschrokitha du livre de Daniel 3. Au moyen âge il a été fort répandu dans toute l’Europe, particulièrement en Angleterre, où il est encore usité dans les exhibitions populaires. Les Roumains, qui le connaissent sous le nom de naïou , y ont acquis une grande virtuosité. Dans la plupart des pays civilisés la syrinx est aujourd’hui retombée au rang d’un modeste instrument rustique, qui annonce le passage du chevrier. Ce fut d’ailleurs de tout temps son rôle principal et son signe particulier : elle est, essentiellement, l’apanage des bergers qui l’ont inventée et qui en conservent la tradition.

Pollux en a donné une définition exacte, au moins pour le modèle usité de son temps : « La syrinx est un assemblage de roseaux, reliés à l’aide d’une ficelle (Xîv<») et de cire, j’entends la syrinx improvisée (aÙTotr/éôioç) ; elle se compose d’un grand nombre de tuyaux placés en retrait les uns des autres, de manière à diminuer insensiblement depuis le plus long jusqu’au plus court ; du côté de l’orifice ouvert (<ndfi.aTa) ils sont de niveau; à l’autre bout, par suite de leur longueur inégale, ils

forment des gradins, de sorte que 1 ensemble rappelle l’aspect d’une aile d’oiseau4. »

Les tuyaux (auXot, xaXagot, calami , avenue 6) sont ouverts à leur embouchure, qui paraît avoir été taillée en biseau ; l’exécutant, appliquant sa lèvre contre le bord extérieur, donne à l’instrument une direction oblique et souffle « non pas dans le sens du tuyau, cé qui ne produirait aucun son, mais contre une paroi de ce tuyau, laquelle renvoie le courant qui lui arrive en biais et met ainsi en vibration la colonne d’air intérieure0 ». Les' tuÿaux sont taillés dans des tiges de canne ou de roseau \ La variété de roseau employée de préférence en Grèce, dite ffuptyyt’aç, avait la tige très creuse, presque dénuéé de pulpe et de fibres ligneuses*. Quelquefois, au lieu de roseaux, on employait des tiges de ciguë9. A son extrémité inférieure le tuyau est bouché à l’aide de cire10. C’est aussi de la cire, aussi blanche et lisse que possible dans les instruments soignés, qui opère la cohésion des tuyaux accouplés11; dans les pays du Nord, la poix remplaçàit la cire12.

Pour assurer la stabilité de cet asseriiblage, on serrait la galette de roseaux à l’aide d’un cordon de lin ou de toute autre substance propre à cet usage 13. Tantôt il y a un lien, tantôt plusieurs; ils sont minces ou renforcés, lisses ou ornés de rondelles, largement espacés ou très rapprochés, contigus même. Parfois, au lieu de plusieurs

courroies, il y a une sorte de large gaine ou enveloppe unique, qui couvre toute la surface de l’instrument et ne laisse émerger que les extrémités des tuyaux : cette gaine peut être décorée d’ornements ou de reliefs ; elle peut

1 Nicole el Darier, p. Cl. — 2 Gaionas, qu’une inscription appelle ^t.itvoxçTr.ç (üauckler, C. R. Acad, fuser. 1907, p. 142), dit dans son épitaphe (Corp. inscr. lat., VI, 32316; Kaibel, Epigr. Gr ., 589) : Se! nvoi; xpetva; itoV/.à Het* e xeT[xai tçî Gavât..» (xr.Sev &sei^Ô|A£vo;. Nous ne savons pas ce que Gaionas « jugeait » dans les banquets sacrés (cf. cependant le repas des bonorum iudicio iudicati, s. v. sabazius, p. 930), mais le sens du dernier membre de phrase est certainement celui que nous lui attribuons; cf. Anth. Pal., XI, 105 : 0avâto» ttâvTe; ôïEÛo|itOa] Hor., Epist. Pison., 62 : debemur morti, elc.). — 3 pour les cultes sémitiques, cf. mes Relig. orient. 2e éd., p. 339, et en général, p. 326, u. 33. — 4 Cumont, L'aigle funéraire des Syriens (Rev. hist. des relig., XL1I, p. 119 sq.), 1910. — Bibliographie. : Schoiz, Gôtzendienst und Zauberwesen bei den Hebrdem , 1877, 301 sq. ; Blilhgen, BeitrCige zur Semit. Religionsgesch. 1888, p. 68 sq. ; von Baudissin dans llerzog-Hauck, Realencycl. f. prot. Théologie, U3, p. 171 sq. (où l’on trouvera cités les ouvrages plus anciens) ; Dussaud, Notes de mythologie syrienne, 1903, pp. 77 sq., 81 sq., 96 sq. et passim.

SYRINX. 1 Poil. IV, 77. — 2 Zeitsch. f. Ethnologie, 29 (1907), 189, trouvaille de Klein-Kühnau près Dessau. Celte trouvaille n’est pas mentionnée par M. Déchelette, qui rappelle en revanche les découvertes « de petits tubes en os d oiseau, polis à l’orifice et dont quelques-uns portent uu trou latéral >* où Pietle

voit les éléments d’une flûte de Pan, l’abbé Breuil des étuis à aiguilles (Déchelette, Manuel d’archéot. prdhist. 1, 202). — 3 Dan. 111, 5; 7 ; 15. La racine de ce mol signifie « siffler ». On lia pas constaté avec certitude la llùlc de Pau en Égypte ma’gré l'existence d’un signe hiéroglyphique qui parait en reproduire la forme. Cf. V. Loret, Les flûtes égyptiennes antiques (Journ. astat. 1890), p. 21.

— 4 pollux, IV, 00 (lexle de Bellie). — 5 J’ai peine à croire que dans les telles assez nombreux où les tuyaux do la syrinx sont désignés sous le nom d a vena (Ovid. Trist. V, 10, 25; Tibull. Il, 1, 53, etc., cf. Bliimner, Technol. Il, 395), il s'agisse véritablement de tiges d’avoine : un spécialiste m'écrit qu'il est impossible de siffler dans une lige pareille ; tout au plus pourrail-on, en pinçant 1 extrémité, s'en servir comme d’un hautbois. — 6 Loret, loc. cit. p. 25. — 3 Virg. bel. VI, 8 , Hom. Bymn. in Pan. .15 ; Theocr. Vlll, 24, etc. D'où l'instrument tout entier s'appelle eu poésie xà/.a^oç, arundo, calamus, canna ; voir les références dans Bliimner, loc. cit. — 8 Tlieoplir. Hist. plant. IV, il, 10 = Plin. XVI, -0.

— 9Lucret. V, 1381 ; Virg -Ecl. fl, 36 ; V, 85 ; Calpurnius, passim; Sid. Apoll. 1, 15.

— to Arist. Prob. XIX, 23. — U Ovid. Met. I, T05 ; Atli. IV, 184 A, etc. - 12 Ovid. Trist. V, 10, 25. — 13 Dans la flûte de Pan anglaise du Conservatoire de Bruxelles (Calai. Mahillon n» 202) les 1 3 tuyaux de roseau son t rattachés par « des liens de roseau x tressés ». Rien n'empôche de croire que les bergers grecs aient employé ce procédé.

SYR

se terminer par des bourrelets renforcés, quelquefois elle parait être maintenue elle-même par un (il dont les brins viennent se croiser en X sur sa face extérieure. Enfin un cordon d’attache, fixé par ses deux bouts aux sangles, sert à suspendre l’instrument ou à le porter en sautoir (fig. 6702 abcdef)'.

A côté de ces flûtes de Pan « improvisées », rustiques et fragiles, l’époque hellénistique et romaine a connu des instruments plus perfectionnés2, exécutés dans des

matières plus durables, et dont quelques spécimens nous sont parvenus : le bois (syrinx d’Alésia) 3 (fig. 6703), le bronze (syrinx du Musée d’Agen)4, l’ivoire, matière du petit sifflet qui tempérait la voix tonnante de Caius Gracchuss. Quand il s’agit de bois (ou d’ivoire), l’instrument nese compose plus de tuyaux taillés séparémentet assemblé s après coup : on l’obtient en perçant dans une tablette compacte le nombre de canaux nécessaire, puis on alèse la tablette à l’épaisseur voulue, et l’on en décore la surface de lignes et d’ornements géométriques rappelant la gaine et les sangles de la syrinx de roseaux.

Les dimensions de l'instrument sont généralement modestes. La flûte d’Alésia ne dépasse pas 1 1 5 millimètres, celle d’Agen 64 ; sur bien des monuments la syrinx parait avoir la longueur de la main (18 centimètres environ). Cependant on en voit de plus grandes et qui atteignent 40 centimètres 6. Mais on hésitera à donner le nom de syringes aux deux instruments en bronze découverts à Pompéi en 1876 et en 1899 et que conserve le Musée de Naples1: ni leurs dimensions (environ 50 centimètres sur 40), ni leur structure ne paraissent j ustifier cette dénomination. Les tuyaux — 9 dans un cas, 11 dans l’autre — de longueur décroissante, émergent d’une haute boîte rectangulaire en bronze dont ils laissent libre près de la moitié. La surface de la gaine est décorée de trois

SYR

petits temples. Les 'tuyaux, ouverts au sommet présentent en outre, près de l’embouchure, un trou latéral. 1 semble impossible que de pareils instruments aient été mis en jeu par le souffle humain. Les tuyaux ont du etre mis en vibration par en dessous , la boîte formant un sommier où pénétrait un courant d’air lancé par un soufflet ou un appareil hydraulique: ce ne sont pas des syringes, mais des orgues de salon 4 [n vl»k al luSj .

Revenons à la syrinx proprement dite. Le nombre des tuyaux y est extrêmement variable. Le chiffre le plus fréquent est 7, ou 8, de même que pour les cordes de la lyre, dont la syrinx est en quelque sorte le pendant parmi les instruments à vent». Sur quelques monuments on compte 3 ou 6 tuyaux seulement1". La syrinx de 9 tuyaux est fréquente à l’époque où la lyre atteint ce nombre de cordes 11 .

Celles de 10 à 13 tuyaux sont rares12.

Je n’en connais pas au-dessus de ce chiffre: seul le Polyphème d’Ovide13 manie une flûte de Pan a 100 roseaux.

Quant aux syringes à deux rangées de tuyaux 14, ce sont, sans exception, des restaurations modernes.

En ce qui concerne la forme extérieure de la syrinx, il importe de distinguer, avec Furtwangler, entre l’époque archaïque et classique (avant Alexandre) et l’époque postérieure.

Sur les plus anciens monuments, depuis le vase François (fig- 6701) jusques et y compris les belles monnaies arcadiennes du ive siècle 1S, la syrinx, vue par une de ses faces, a la forme d’un rectangle parfait, tantôt plus large que haut, tantôt à l’inverse 1\ dont tous les tuyaux sont égaux : cette disposition « hellénique » offre une analogie frappante avec celle des cordes de la lyre. Pour obtenir d’un pareil instrument une progression sonore, on ne pouvait profiler de l’inégalité du calibre des tuyaux, dont l’influence sur la hauteur du son est insignifiante11, ni, comme on se l’est imaginé18, de l’emplacement variable d’un nœud naturel du roseau qui arrêterait la vibration. En réalité, on introduisait dans le fond de chaque tuyau

Fig. 67ü4. — Muse avec svrinx.

l a Garrucci, Mus. Lat . pl. xxix (Benndorf-Schone n° 24); b Mon. dell' Inst. IV, 14; c Panofka, Mus. Blacas , pl. vu; d Mon. IX, 52; e FuiTwnngler- Reicliliold, Vasenm. Il, 89 ; f Slepliani, Compterendu de la comm. arch. pour 1862, pl. IV. Noter aussi (fig. 67U8) la gaine de la syriux du groupe Pan-Dapliuis de Naples (0329, n" 255 Kuescli), décorée d'un joli bas-relief (Eros tendant une couronne à l'an ; à dr. Priape). Des interprètes ou des dessinateurs peu familiers avec ces transformations de la syrinx ont parfuis pris cet instrument pour un diptyque (Gerhard, Apul. Vasen, pl. xc, etc.). — 2 D'après Martial, XIV, 03, c'est seulement la syrinx primitive ( primum ) qui était faite de roseaux et de cire. — 3 Th. Reinach, Pro Alesia, mai 1907. Trouvée eu 1900. — 4 Th. Reinach, Ibid. Trouvée en 1890. -

B (/instrument est diversement dénommé : fistule, eburneola (Cic. De oratore,

111,00, mvàçiov (Ou in til. 1, 10, 27), vuç'rfov (Plut. Alor. 456 A), «wvmixixbv ëff avov (Plut. Tib. Grac. 2). Il n'est pas sur qu'il s'agisse d'une syrinx polycalame. — 6 Urne de Vollerre, supra fig. 65, etc. — 7 Musée de Naples, n»1 1 11055 (découvert en 1876 ; Mau, Bull, dell' Inst. 1877, 99; fig. 86 dans A. Ruescli, Guida illustrata , etc., n" 1708) ; et 125 187 (découvert on 18S9, Sogliano, Not. scavi 1899, p. 442 et fig. 6). Je n'ai pas pu mesurer ces instruments placés dans une vitrine. Les dimensions marquées par Mau (4.90 X 3,60) sont incompréhensibles. — 8 Sic déjà Abdy Williams, Class. Reoiew , 1902, 409; Tillvard, Jour n. hell. stud. 27, 168. C’est exactement l'instrument décrit par Pollux, IV, 70, sous le nom de tuççtivo; ojkd;, àvx£<rt?app,£vyi vùpiyyi luxçiomiii (la correction de Saumaise admise par Bekker n'est pas

grecque ; c’est avec raison que Bcthe Ta rejetée). — 9 Sept : syrinx de Corydon (Virg Ecl. II, 26), d’Apollon (Ovid. Met. III, 682) ; relief Zoega, I, 14 ; syrinx d'Agen, etc. Huit ; Naples 6800 (table de marbre), 1 1881 (peinture) ; relief de Sainte-Colombe (Espéraudieu, n» 384) ; syrinx d'Alésia, etc. — 10 Cinq tuyaux ; Hermès archaïque au Musée

de l’Acropole (Léchai, .4 it Musée de l'Acropole, p. 111); sarcophage 421 du Latran (4 tuyaux seulement d'après Garrucci pl.i) suivant Benndorf-Schone ; sarcophage du ni» siècle ap. J.-C. au Musée de Taormine. Six tuyaux (?) : Millingen, \ascs C oghill, pl. xi. vi (Elite, I, pl. xxvi). — H Theocr. VIII, 19. Naples 6329 (statue). Monnaies arcadiennes du iv« siècle. — '2 10 tuyaux : coupe en verre de couleur (Naples), tt tuyaux : une des syringes de la coupe des Ptolémées à la Bib. Nat. (Baumeister, fig. 478) ; Naples, 6022 ; Mon. 111, 5 (Naples). 12 tuyaux ; peinture d'Herculanum, Héraclès et Télèphe, Helhig 1143, Herrmann-Bruckmanu, pl. lxxix ; cratère de Naples, Cat. p. 91. 13 tuyaux ; autre syrinx de la coupe des Ptolémées. — 13 Ovid. Met. XIII, 784. — l* P. ex. Amelung, Mus. Chiaramonti, 588. — 13 Exemples. 1° Vases. Calliope (notre fig. 6704) du vase François, Mon. IV, 54 = Furlwnnglcr Reichhold, I, pl . î ; Br. Mus. Cat. HL pl. ix (hydrie de Cyrène, fig. rouges) ; A rch. Zeit. 1883, pl. vi (vase apulien vers 380) ; Vasede Canossa, funérailles de Patrocle (Naples 3254. Mon. IX, 32= Furtwangler Reichhold, II, pl. i.xixix). 2“ Marbres. Vase de la villa Borghèse (Annali, 1865, lav. d'agg. L, I); groupede Pan et Daplmis aux Offices (Clarac, Mus. de Sculpl. 726 B, ce qui semblerait indiquer une époque préalexandrine pour l’original) ; relief Nani {Cat. Berlin, n» 709) ; 3» Miroirs. Mon. X, tav. d'agg. M (Berlin) ; Gerhard, Etr. Spiegel, 150. 4» Monnaies. Monnaies de la ligue arcadienne depuis 380 {British Mus. Cat. t’eloponnesus, pl. xxxu, 10 sq.) ; Syracuse, bronze (là. xxxn, 17, mal classée) ; monnaies de la ligue achécnnc frappées à Mégalopolïs (ib. Il, S) ; monnaie de Messana, fin du W siècle, Percy-Gardner, Types, il, 42 = llill, Coins of Sicily, VIII, 13. — 16 P. ex. sur le lampadaire de Corinne, Mon. III, 42 [i.ocskna, fig. 4602], — n Les tuyaux plus étroits donnent, à dimensions égales, des sons plus graves. Plut. Mor. 1095; Gevaert, Prob. d'Aristote, p. 123; Nicom. Enchir. 10 (p. 255 Jan)ne s'explique pas clairement. — l3Tiliyard,/ot<nt. hell. stud. XXVil, 136.

s vu

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un bouchon de cire qui limitait la hauteur de la colonne dair vibrante et l’on réglait l’épaisseur de ce bouchon de manière à obtenir 1 intonation voulue. Les « accordeurs de syringes -> savaient que le bouchon de la nète devait monter jusqu’à moitié du tuyau, celui de la quinte au liers’ landis que celui de l’hypate, se réduisant à une mince plaquette de cire, fermait tout juste l’orifice inférieur1.

Au contraire, à 1 époque hellénistique et romaine, la syrinx présente, en général, la disposition décrite par Pollux, comparée par les grammairiens et les poètes 2 à

une aile d'oiseau : les tuyaux restant alignés par leurs bordssupérieurs, les bords inférieurs sont successivement en retrait3, dessinant un escalier (fîg. 6705) qui descend de la nète à l’hypate \ Ce dispositif, qui rappelle celui des instruments à cordes d’inégale longueur de type asiatique8, (trigone, magadis, etc.), a probablement été adopté pour alléger des instruments dont les dimensions élaientdevenues plus grandes ou la matière plus lourde qu’à l’époque antérieure; peut-être aussi s était-on aperçu que les gros bouchons

de cire fondaient à la chaleur et désaccordaient l’instrument.

Pour accorder la syrinx du nouveau modèle en roseau, on procédait probablement comme pour la syrinx rectangulaire, puis on coupait toute la partie du tuyau occupée par le bouchon, sauf un mince opercule6. Quand l’instrument était en bois ou en métal, la longueur des canaux à forer était déterminée par le calcul ou le tâtonnement; on pouvait corriger l’incertitude du résultat en introduisant après coup dans les tuyaux trop longs des graines ou du plomb, comme font les joueurs de naïou roumains.

A côté de ces deux formes vraiment typiques, on peut signaler des formes bâtardes ou irrégulières:

1° Dispositif en paliers : les extrémités inférieures des tuyaux dessinent une succession de plans en retrait comportant chacun un ou plusieurs tuyaux de même longueur (type de Sainte-Colombe) (fig. 6706)

2° La syrinx commence comme une aile d’oiseau et

Fig. 6706. — Syrinx en palier.

huit (aux tuyaux les plus longs) comme une syrinx rectangulaire (type de la syrinx gallo-romaine, fig. 6907) 8.

3° Rectangle terminé par une sorte d’éperon ou de bec où viennent se loger les extrémités des plus longs tuyaux (type du groupe Pan-Daphnis de Naples, fig. 6708) 9 ; peut-être cette apparence est-elle due à une fracture et y avait-il simplement deux paliers.

La syrinx se compose, nousl’avons dit, de tuyaux fermés ; or, l’on sait que les tuyaux de ce genre sonnent l’octave aiguë du tuyau ouvert de même longueur. Néanmoins, la syrinx avait, en général, une tessiture fort élevée, en raison de la petitesse de l’instrument10, ainsi qu'un timbre perçant11. La hauteur absolue de chaque son est donnée

g. 6707, — Syrinx gallo-romaine.

par la formule

Fig. 6708. — Syrinx d’un groupe de Fan et Daphnis.

mi bémol 5 à mi bémol 6, placée

où n représente le nombre de vibrations complètes à la seconde, v la vitéssse du son (environ 340 mètres à la seconde),

/ la longueur du tuyau. Pour la syrinx d’Alésia, dont les tuyaux ont de 17 à 31 millimètres, on obtient ainsi approximativement la gamme mi Démol 0 à immédiatement au-dessus de la limite supérieure d’une voix de soprano. Nos flûtes de chevrier ont à peu près le même diapason. Les petites syringes de 7 ou 8 tuyaux embrassent l’étendue d’une octave, et les intervalles en sont probablement ceuxde la gamme diatonique, selon le mode du pays. Quant aux syringes de plus de 8 tuyaux, on s’est demandé si les notes supplémentaires servaient à insérer des intervalles chromatiques ou à étendre l’amplitude de la mélodie; l’analogie de la lyre nous incline vers la seconde opinion.

Fig. 6709. — Syrinx d’un groupe de Satyre et Bacchus.

1 Arislot. Prob. XIX, 23; 50; Aelian. ap. Porph. in Ptol. ffarm. p. 217, Wallis. — 2 Pollux, IV, 69; Ovid. Met. I, 170; VIII, 191; Tibull. II, 5, 31 ; Claudian. Epithal. P ail. 34. Le poème attribué à Théocri te (Btoxolxtv o-joiy;), Anth. Pal. XV, 21, composé de 10 couplets de vers dactyliques de longueur décroissante, présente la forme d’une syrinx en aile d’oiseau, mais l’attribution est fort douteuse, et l’on peut se demander si Théocrite connaît déjà ce type de syrinx : les vers VIII, 19 paraissent faire allusion à la forme rectangulaire faov xâToj, Itov avwOev. — 3 Bien entendu, la différence entre deux gradins successifs n’est pas constante comme le prétend Achille Tatius, VIII, 6. — 4 Exemples. Relief d’un autel d'Attis, villa Albani (Zoëga, Bassirilievi , I, 14; notre fig. 6705). Pied d’autel en marbre, Naples, 6672. Base de candélabre au Louvre ( supra fig. 54 i4). Pour l’art gallo-romain : manche de patère en bronze, n° 403 (Musée de Saint-Germain, p. 319 du Cat. des bronses). Pour l’art étrusque: Brunn, Rilievi delle urne etr. I, pi. xcn, 3. 11 y a cependant, à l’époque romaine, quelques exemples de syringes rectangulaires (figurines de Pan, Babelon-Blanchet, Bronzes de la Bib. Nat. nos 442 à 415), landis qu’on trouverait difficilement, à *

l’époque classique, une syrinx en aile d’oiseau. — 5 R est peut-être lui-même d’origine asiatique, spécialement phrygienne : le fait qu’on ait attribué l’invention de la syrinx à Marsyas ou à Cybèle prouve que cet instrument était indigène en Phrvgie, mais je ne connais pas de monument préalexandrin qui représente la forme d’une syrinx phrygienne. — 6 Gevaert, Prob. d’Aristote , p. 121. — 7 Naples, 6800 (table en marbre, 8 tuyaux en deux paliers); 11881 (peinture). Statue de Sainte-Colombe au Musée de Vienne (Espérandieu, Bas-reliefs de la Gaule , n° 3S4, notre fig. C706). — 8 Figurines en argile blanche, Mus. de Saint-Germain, nos 6683, 66S4 (noire fig. 6707), 25483 ; syrinx d’Alésia; Satyre et Bacchus, marbre, Naples n» 6 022 {Mus. Borbonico, 11, pl. xxv, notre fig. 6709), liés bien décrite par Bartholmus. — ^Groupe n° 6 329 (S. Reiiiach, Bép. II, 70, 5; Ruesch, n° 255) ; le dessin donné dans la plupart des ouvrages est inexact; voyez la pbot. Brogi 5166, que reproduit la fig. 6708 — Aristot. Prob. XIX, 14 (qui compare la syrinx au phœnikion) ; Prob. ined. Par 91 (p. 111 Jan). Dans le fr. d’Archylas, Diels, Yorsokratiker , p. 271 (Porph. In Ptol. harm. p. 237 W.), p«?éav (conjecture vraisemblable de Mullach) n’a qu’un sens relatif. — H Ion, fr. 45, aopiy; ’iXaTo^ à),âxTwp.

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On jouait de l'instrument assis ou débout, en le tenant verticalement ou obliquement1 des deux mains, appliqué contre la lèvre inférieure. Sur plusieurs monuments on voit les tuyaux les plus longs (c’est-à-dire donnant les sons les plus graves) à la droite de l’exécutant2, contrairement à l’usage moderne qui, dans les orgues et instruments semblables, veut que les sons graves soient toujours à gauche. La face interne était parfois légèrement concave, pour s’adapter à la forme de la lèvre3. Le jeu de la syrinx consistait surtout en gammes ascendantes ou descendantes, sortes d’arpèges, obten us en promenant la bouche d'un mouvement rapide successivement sur toutes les embouchures 4. Mais des artistes habiles savaient aussi sauter d’un trou à un autre, assez éloigné du premier, et exécuter ainsi des dessins mélodiques plus variés5. Aristote parle de «l’art des syringes » qu’il place d’ailleurs après le jeu de la cithare et de l’aulos0. Dans un autre texte7, il signale l’impression de solitude (Èp7)(Aia) que produisait le chant de la syrinx, et qu’il attribue à son acuité : n’est-ce pas plutôt le résultat d'une involontaire association d’idées ? En tout cas, tenons pour certain que de chaque tuyau l’exécutant ne tirait qu’un son unique, le son premier et fondamental, car les tuyaux bouchés ne font pas entendre d’harmoniques 8. Rien ne prouve non plus que les Grecs aient su, comme les Roumains actuels, abaisser d'un quart de ton ou d’un demi-ton tous les sons en couvrant l'orifice davantage et en relevant le plan de l’instrument9.

D’origine rustique, d'emploi pastoral et cela dès les temps homériques10, la syrinx a conservé pendant toute 1 antiquité ce caractère 11 : elle charme les loisirs des bergers, réveille ou endort les troupeaux, hypnotise dit-on, les cerfs eux-mêmes 12. Si le Socrate de Platon, qui proscrit de sa république tous les instruments à vent, fait exception en faveur de la syrinx, c’est poulies bergers seulement l3. Toutefois, en dehors de cette sphère traditionnelle, la syrinx trouve quelques applications : elle règle des danses populaires u, figure dans certaines processions très anciennes ,8, s’introduit dans des pompes dionysiaques 16, tient même sa place dans certains festins11. Nous venons de voir

1 Mais jamais horizontalement comme le croit Gevaert, Proü. d'Arist l«. — 2 Voir notamment les figurines citées du Musée de Saint Germain, p. 151)8, noie 8. — 3 riijt y tï).o; sXix-riv. Theocr. I, 127. — 4 IIafà-e,v ÎF’

»'< t«)«i'ïi„, Poil. IV, 69. — S A ch. Tat. VIII, 6

**' £*“’ S’"" ’t,t’ a- (la mélopée du morceau

*«'*(■■ Claudian. Epithal. Paît. 34. — 6 Poet. I, 5. - 7 prob. ined. Paris. 91 (p. III Jan). - 8 Gevaert, lac. cil. p. 121. C'est encore un trait commun avec lu lyre. Dans la syrinx d'Agen (comme dans les « syringes » de Pompéi) certains tuyaux présentent cependant un trou latéral ou même deux. — 9 Mahillon, Cotai. Conserv. Bruxelles, p. 47 ; Gevaert, p. 121. Un texte de Plut. Mor 1096 ï,’ semblerait dire qu'en relevant la syrinx on haussait le son, mais cc texte ne concerne [as

(comme je lai cru jadis avec Gevaert) la flûte de Pan [tibia], 10 J liad XVIII

525. — n A poil. Rliod. 1,577; Dionys. Perieg. 966 ; Theocr. Virg Longus passim. - 12 Plut. .l/or. 691 Ë; 713 B. 13 Iiesp. III, 399, C-Ü. - H Hesiod! Sent. 278. — l i Celle des « Hyperl.orcons » à Délos. l'lut. De Mus. c. 14 - ISDiod. XVII, 70 (Alexandre à Pcrsépolis). - 17 Urne de Vol terre! suprà fig. 6o. — 18 Mais faut-il, avec Jan, compler dans le nombre Mimnerme à cause du fr. d'Uermesianax (AU,. XIII, 71) 8 5,4 «»*,. V.,^ ? Wd; en parlant de la

syrmx serait insolite. - 19 Paus. VIII, 31, 3; Anth. Pal. IX, 341 ; Nonnus, 27 294, etc. Les bergers consacrent des syringes à Pan. cl. Longus, IV, 26 20 cf’ Wcrnieke, art. Pan dans Roscher, Lexik. p. 1102 sq. Suprà, fig. 5488 549-/ 5494, etc. - 21 paus. VIII, 30, 5. - 2» Virg. Bel. VIII, 21 ; P|in. VII, 204-’norat’ Carm- ’’ ,7’ 10 (Faunus = Pan). - 28 Marsyas d'après Métrodorc deChios (Fr. h g, ni, 205), Silène d'après Euphorion (fr. 33), Marsyas n'ayant inventé que de lier les tuyaux avec delà cire (loxtes conservés par Athénée, IV, 184 A). Il est Taux comme on l'a prétendu (Jessen, art. Marsyas , Roscher, 2440), que Platon (Uesp. III, 399 E) attribue l'invention de la syrinx à Marsyas. — 24 Hom. Hymn. in

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qu’elle a eu ses virtuoses, qui n’étaient pas tous des bergers 18.

Dans la Grèce d’Europe, le pays par excellence des bergers est l’Arcadie : aussi est-ce de ce canton qu’on disait la syrinx originaire, et elle figure comme emblème national sur les monnaies frappées dans l’Arcadie à la plus glorieuse époque de son histoire. Le grand dieu arcadien Pan est le tuscxt vjç par excellence 19. Il n’est presque jamais représenté sans cet accessoire 40;on croit l’entendre en jouer dans la grotte de l’Acropole, sur le Ménale 21 ; on lui en attribue l'invention 22, quoique d’autres récits en fassent honneur à Silène ou à Marsyas 23, ou encore à Hermès 24 ou à Cybèle 25. Une légende, d’origine sans doute érudite, fait de Syrinx une nymphe, fille du fleuve arcadien Ladon : poursuivie, 'par le dieu Pan, elle échappe à son étreinte en se muant en roseau; le dieu se console en taillant sept tiges de l’arbuste qu’il relie avec de la cire; la flûte de Pan est créée20. Une monnaie en bronze de Thelpousa (Arcadie , du temps de Septime Sévère, représente ce mythe gracieux 27. D'après certaines versions, l’invention aurait eu lieu à l’endroit dit MO.,; sia près de Lycosoura, où s’élevait un sanctuaire du dieu28.

Du dieu Pan, l’usage de la syrinx passa, dans l’art et la poésie, aux Panisques et Panines, qui sont comme la monnaie du grand dieu-bouc arcadien ; puis aux Satyres et aux Silènes, purement dionysiaques à l’origine, mais que l'époque alexandrine revêtit d’un caractère champêtre et bucolique 29. Daphnis, élève et amant de Pan. symbolise le berger sicilien, aussi épris de la syrinx que son confrère d’Arcadie30. Plusieurs autres divinités ou demi-dieux sont représentés avec cet instrument. Nous avons déjà mentionné Marsyas 3I, Hermès 32, Cybèle. Ajoutons, sans prétendre épuiser la liste, Apollon 33, Attys 3\ Cadmus33, Argus30, le cyclope Polyphème 31, les Sirènes38, les Grâces 39, les Amours l0.

H. A côté de la syrinx polycalame que nous venons d’étudier, et qu’il faut généralement entendre lorsqu’il est question de la syrinx tout court 41, on désignait également sous le nom de syrinx (avec l’épithète distinctive monocalame ) 12 ou encore de iynxu, un flageolet composé d’un seul tuyau, percé de trous latéraux, donL

' > - «enzensiein (Upigr. und Sko-

hon, 244) se trompe en déduisant de Theocr. I, 126, que les Siciliens revendiquaient l'invention pour Daphnis. - 20 Virg. Bel. H, 31 ; Geo, -g. III, 391 : 0vid. Met. 1, 691 ; Martial, IX, 63 : Hygin. 274; Serv. ad. Virg. Bel. Il, 31 ; X *6 ■ Ach Tat. VIII, 6 ; Longus, II, 39 ; Mylli. Val. I, 127, etc. - 27 Brit. Mus. Cal ’ Polo! pounesus, pi. xxx vu, 23 ; lmhoof, Zeitscli f. Numism. I, 134. — 28 paus Vm 3*

1 1 . - 29 Furtwaengler, DerSatyr von Pergamon, p. 30 sq. Pour la syrinx associée aux salyres cf. la lampe reproduite ci-dessus fig. 708, le lampadaire (fig. 46021 peut-être aussi le « torse » du Belvédère (Schreiber, Centralblatt 1893' 503). - 30 Theocr. I, 124; VIII passim. Serv. ad. Bel. V, 20, elc. Nombreuses répliques du groupe Pan et Daphnis (Wcrnieke, Pan dans Roscher, col 1434-5) -31 Sarcophage du Louvre, suprà fig. 6138. — 32 Ov. Met. I, 714 (il s'en sert pour endormir Argus) ; Apo lodor. III, 115. Cylix à fig. noires de Xéuoclès (Overbeck, Gallenc hcroischer Üi'dw. IX, 2); Léchât, Au mus. de VAcrop. p m

- 33 ûvid. Met. Il, 682. - 34 La syrinx est fréquente sur les autels consacrés à C; bele et a Attys ou à Altys seul. Cf. Dessau, Inscr. sel. 4 1 1 4, 4143 4143 (Paris) 4132-3, 4162 (La Iran), elc. 35 Nonn. I, 413. — 36 Gerhard, A ut Dildw 115- Elite cn-am.l 25). 370v. Met. XIII, 784. - 38 Bru,.,,, Urne etrusche, pl. xesq. ; Perrot H. de I Art , III, 600, fig. 410 (Louvre, Chypre vi« siècle ; la sirène est mâle et barbue’

I instrument carré). - 39 Plut. De mus. c. 14 (statue primitive d'Apollon à Délos)’

- MAtonum. X, tav. d'agg. M. ; Heruiann-Bruckmann, pl. i.xxix. Mais il n'est pas exact que sur I hydric de Berlin représentant le n. ville d'Io (Cat Berlin 3161 Lenor niant et J. de Witte, Elite , I, pl. xxv : Overbeck, Atlas sur Kunstmyth ’vil 81, Pan o lire la syrinx à Eres. -41 Mais non toujours, p. ex. Aristot. Prob XIX »3 ou le mot est successivement pris, sans prévenir, dans les deux sens. - 42 Ennhorio’n ’ fr. 33 (Athen. IV, 184 A). - « Etym. Magn. 480, I: «ji-tmAi „

X«ix„; Bekker, .4 nord. 1, ifio :h\l povo^Xogo,- Cet oiseau fut d’abord

SYR

SYS

l’exécutant débouchait tantôt l’un, tantôt l’autre de manière à obtenir un son plus ou moins aigu. Cet instrument qui, d’après certain textes, serait plus ancien que la syrinx polycalame se rapproche par son aspect extérieur et notamment par l’évasement de son bout inférieur 2, qui parait avoir été ouvert, du monaulos et même de l’aulos double avec lequel on l’a souvent confondu3. Il se distingue de l’aulos par l’absence d’une embouchure spéciale 4 munie d’une anche battante : on 1 insuffle directement par une ouverture biseautée s, comme la flûte de Pan. Son étendue normale est d’une octave6, sa matière ordinaire le roseau. Il doit avoir été en usage spécialement chez les barbares du Nord, à en juger par la tradition qui en attribue l’invention à deux héros maediques \

III. Enfin on appelai t encore oôp.yÇ, en raison de sa ressemblance avec la syrinx (polycalame), un appareil spécial, de nature obscure, adapté à l’aulos perfectionné et dont nous parlerons à propos de cet instrument [tibia].

Théodore Reinach.

SYRMA, YRTOS (ïupga, aupTÔ;). — Longue robe traînant jusqu’à terre *. C’était le costume spécial et caractéristique des tragédiens 2 [niSTRio] ; à tel point que le mot syrma, chez les- poètes latins, désigne parfois par métonymie la tragédie elle-même 3. Non pas que ce vêtement ne pût être, à l’occasion, porté par les comédiens. Mais le grammarien latin Donat, qui le mentionne parmi les pièces du vestiaire comique, laisse entendre, toutefois, que l’adoption du syrma dans la comédie datait d’une époque tardive, où le luxe avait envahi la scène 4. De plus, il parait y avoir été uniquement réservé à certains rôles exceptionnels d’essence tragique, dieux, héros, rois, ou aux personnes en deuil6. S’autorisant d’un témoignage, à la vérité peu explicite, de Pollux6, M. Albert Millier a cru que le syrma était un costume exclusivement féminin7. C’est là. certainement, une erreur; les poètes latins, en effet, attribuent le syrma à Bacchus et à Thyeste aussi bien

u’à Antigone8. Quant à la question, jadis discutée, de savoir si le syrma était un chiton ou un manteau9, certaines peintures pompéiennes (fig. 6710) 10 permettent aujourd’hui de la trancher dans le premier sens. Mais les textes eux-mêmes sont décisifs; le syrlos y est maintes fois appelé suo-rb; ymiv11.

Autre problème; le syrma était-il un chiton de coupe

une nymphe, fille de Pan et d Écho ou de Peillio. — 1 Metrodor. Cliius ap. Alli. 1 V, 1 84A, Marsyas invente la syrinx polycalame, à Célèues, t<Sv iï^oté?o»v svl xaXâ|Aw c-jjtÇôvTwv ; Eupliorion, ibid. i r,v jxlv |/.o/oxaÂa;i.ov ’Epjxgv tuoelv, xivà; S ta tooïTv SsuOr.v xa- 'Pwvà<ï)v toù; MaiSoii;. On a cru reconnaître divers « sifllels » préhistoriques de ce genre, en os de renne, de cerf, de cygne, ou de lièvre, tantôt perforés d’un seul trou (Déchelelle, Manuel, I, fig. 82) tantôt de plusieurs : Guide of t/te Brit. Mus. Stoneage, fig. 71 [Kenl’shole] ; l’élis. Hist. générale de la Musique, \, '26 = Mahillon, op. cit. p. 43 [Poitiers, copie à Bruxelles]. Cf. S. Keinach, Alluvions et cavernes , p. 220 et 295 (l'interprétation de beaucoup de ces prétendus sifflets est douteuse). — 2 P. ex. Elite , I, pl. cm A. — 3 Supra fig. 5495; Roschcr, col. 1468, etc. — 4 Cela résulte de l'anecdote de Midas, Schol. Pind. Pyth. XII. — 5 Exemplaire de Poitiers. — 6 Arislot. Prob. XIX, 23. — 7 Eupliorion, l. c. — Bibliographie. Casp. Bartbolious, De tibiis velcrum (Amst. 1679), p. 210 sq.; Gevaerl, Hist. delà mus. dans Vantiq. II (1881), p. 275 sq. ; Furtwaengler, Annali deli Instiluto, 1877, p. 212 sq.; Biümner, Technologie , II, 395 ; Th. Reinach, Pro A/csia, mai-juillet 1907; J.-W. Tillyard, Instrumental music in the roman âge, Journ. hell. stud. XXVII (1907), p. 160 sq. ; R. Wallaschek, An fange der Tonkunst (1903), p. 99 (syringes des sauvages actuels).

SYRMA, SYRTOS. l I, 'identification du <tùo|a-< et du itjoto; résulte, non seulement de l’étymologie (<nipw, tirer, traîner), mais encore des définitions données par les lexicographes, poil. \ II, 67 : 0-ùpu.a in-;-, -rpaytxbv œôpY)|Aa èiturjpôjjuvov ; Sllid. S. V. ôoOoirTàSia" oc atuto\ ’/itimve; opôouTà^iot, oî Sè «xuoôjjuvoi q-joto: ; cf. Hesych. S. l\ ooïo'TTâStot ; Phot. s. eod. v. ; Schol. Aristoph. Lysist. 45. — 2 Juv. VIII, 229; Senec. Oed., 423 ; litre . fur. 474. On faisait remonter jusqu'à Eschyle l’invention du

spéciale, ou bien ce nom désigne-t-il simplement le chiton talaire, porté, par exception, sans ceinture 9 Cette seconde opinion, défendue par Becker12, paraît peu soutenable. Le chiton talaire, sans ceinture, porte en grec le nom de yitiov ôpQocr toISigç ; or, comme 1 orthostadios et le syrtos sont, dans plusieurs textes, opposés l’un à l’autre l3, il faut bien que ce dernier ait été autre chose.

En réalité, le syrma ou syrtos était une tunique d’apparat, plus longue par derrière que la personne qui la portait, cequ’on appelle cheznousunc « robe à queue ». Le terme syrma , pris dans un sens plus étroit, semble avoir été Fig.G71l). — Acteur vôtu du syrma.

aussi le nom de

cette queue ou traîne14. La longue robe traînante, en grandissant la taille des acteurs, leur prêtait plus de majesté : c’est pourquoi elle avait été adoptée pour les héros de tragédie. Elle était généralement de couleur pourpre, symbole de la puissance souveraine15. Çhezles personnes en deuil, le syrma avait toutefois une autre signification 16 : il était le signe de la mise négligée qui, dans les idées des anciens, convenait à la douleur {syrmata in luctuosis personis inçuriam sui per negligentiam signi ficant) n. En ce cas, la couleur n’était plus pourpre, mais noire18. O. Navarre.

SYRMAIA (Supgata). — D’après Hésychius1, c’était, à Lacédémone, le nom d’une lutte (àyc 6v) dont le prix était une espèce de brouet portant le même nom, fait de graisse et de miel. E. S.

SYSSITIA (S’jofftTia). Repas en commun. — Sua-ién* àvSfEïa, œiôiTia sont les noms donnés particulièrement à Sparte et en Crète aux repas que les citoyens étaient tenus de prendre ensemble. L’origine et la persistante coutume de ces repas dans le monde grec ont été expliquées ailleurs [epula]. En Crète, où tous les hommes

syrma , Cramer, Anecd. Par I, p. 19; Porphyr. ad Ilor. Art poet., 278. — 3 Mari. X I ï , 95; IV, 49, 8; Juv. XV, 30. — 4 Donat. De corn, et trag.; « syrmala dicta sunt ah co quod trahuntur, quae res ah scenica luxuria institula est ».

— 5 Ibid. — C Pollux semble bien, en deux passages, attribuer en propre le syrma au sexe féminin ; yuvantfa; Si (axeuijç) o-uptô; roçsuoou; (IV, 118) ; tîj; S Iv o-jpiiiooa ô [aèv oruiT'oç |*fAa; [ibid.). Mais, d'autre part, la définition générale, donnée VII, 07 (voy. plus haut n. 1), ne comporte aucune distinction de sexe.

— ’i Lehrb. der griech. Bühneyialterlh., p. 232, n. 2. — 8 Sen. Oed. 423 : « et

siuus laxi fluidumque syrma » ; Juven. VIII, 229 : « longum lu pone Thycstae syrma vel Ânligones ». — 9 Boetliger [Kl. Schrift. I, p. 405, 32, 33) et Schneider [Alt. Theat. p. 160) prenaient le syrma pour un manteau. Cf. Dierks, De tragic. histrion. habita scaenico ap. Graecos , p. 37, n. 4. — 10 Monum. deli Inst. XI, pl. 30, 31, 32, fig. 3, 6, 11, 15, 17. Cf. Wicseler, Dcn/cm. des Bühnenwes. Vil J, 12; XI, 5 et p. 51, 86. — 1 1 Suid., Hesych., Phot., Scol. Aristoph. L. I. (voir n. 1). — 12 Charikles , II, p. 328. — 13 Voir noie 1. Poil. VII, 48 : goOo-ttgc&io;

ô où Çiüwû;àêvo5 ; Sommerbrodt, Scaenica, p. 189, n. 1. — 14 Hesych. 5. v. ctuia- (it-rptci’ ÉvSujxa yuvatxeTov 'îoSï'oe; oùx tyov <rùç|Aa. Poil. VII, 54. — Poil. IV, 118 (voir n. 6). — 10 Ibid. — n Donat, L. I. 11 est possible, cependant, que dans ce cas on donnât, par abus, le nom de syrma à la tunique talaire, portée sans ceinture. — >8 Poil. L. t. — On trouvera la bibliographie du sujet dans Alb. Muller, Lehrb uch. der griech. Bühnenaltert humer, p. 232, n. 2.

SYRMAIA. l lies. s. v. Le même nom est donné par les auteurs médicaux à diverses boissons purgatives. V. H. Estienne, Thésaurus, s. v.

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étaient formés, jeunes garçons dans les agelcti, adultes dans les hétairies [uetairia, iietairos] qui en étaient la prolongation, à la discipline militaire ; à Lacédémone, oùcette discipline réglait, dèsl’enfance, toutes les actions comme dans un camp, les compagnons de table étaient réellement des compagnons de tente (trû<7xi)voi) 1 .

Lessyssities étaient le repas des hommes (àvopeîa) ; les femmes n’y prenaient pas part2. A Sparte, les citoyens se rassemblaient chaque soir3, dans l’àvôpeïov ou <pt8ttiov4, par tables de quinze plus ou moins, que présidait un àpyiüv5. S’il s’y faisait un vide, on votait pour remplacer le manquant; le vote devait être unanime6. On mangeait assis7. Personne ne pouvait manquer à la réunion, ceux-là seuls étaient excusés que retenait le soin d'un sacrifice domestique ou qui n’étaient pas, à la fin de la journée, revenus de la chasse8. Les rois de Sparte, s’il est vrai qu’ils furent un temps dispensés de venir au cpiotriov, y furent ramenés par les éphores0. Ils y avaient pour commensaux ceux qui les accompagnaient ordinairement à la guerre’0. Une double portion leur était servie, et l’État en faisait les frais”; les autres hommes avaient à fournir chaque mois un médimne et demi d’orge, onze à douze choés de vin, une certaine quantité de fromage et de figues et un peu d’argent, environ dix oboles d’Ëgine12. Le fameux brouet noir 13 (géXaç Çcogd;), fait de sang et de viande de porc (cctjjtxTtx, jïx^a) accommodés au sel et au vinaigre, était le plat obligatoire et de fondation : chacun en recevait sa part exactement mesurée; après quoi il était permis” de goûter d'autres mets, (êuaixXa), que l’on faisait quel-* quefois venir de chez soi ; on se faisait volontiers honneur des produits de son champ, de sa chasse ou de son troupeau ’5. Avec le déclin des mœurs le frugal repas primitif se changea en un festin luxueux ’6.

A Sparte il fallait être en état de soutenir toutes les charges de la syssitie pour garder sa place parmi ceux qu on appelait les Égaux ('Oa&toi)11. Les cités en Crète y pourvoyaient Chaque citoyen versait à son hétairie le dixième de ce qu’il pouvait récolter’8, lui ou ses tenanciers, et un statère d’Ëgine par tête pour tout homme à son service ’9. La masse ainsi formée était partagée en deux moitiés, dont l’une était réservée pour la syssitie, et de cette manière servait à l’en¬

tretien des familles : en effet, les femmes, les enfants, les esclaves n’avaient pas de place au repas public; mais les hommes qui y étaient admis avaient droit, quel que fût leur apport, à une part égale, et ainsi, riches ou pauvres, l’hétairie subvenait aux besoins de tous.

Il y avait en tout endroit, dit l’historien crétois20, deux maisons pour les syssities : l’une était l’àvopeïov, la salle du repas des hommes, où deux tables étaient aussi dressées pour les hôtes de passage2’ ; l’autre où ceux-ci pouvaient coucher, le xotgTjTVjptov. Les jeunes garçons n’attendaient pas, comme à Lacédémone, d’avoir l’àge d’homme pour entrer à l’àvopstov ; ils s’y tenaient assis sur des escabeaux auprès de leurs pères, on leur donnait une demi-portion de viande et ils ne recevaient pas autre chose; les orphelins avaient droit à une part entière22. Les plus jeunes faisaient le service. Une femme était chargée de le diriger avec l’aide de trois ou quatre hommes du pays, chacun accompagné de deux serviteurs, qu’on appelait les porteurs de bois (xocXoÿôpoi). Elle devait choisir les meilleurs morceaux pour les présenter aux hommes qui s’étaient distingués par leur valeur à laguerre ou parleur sagesse dansles conseils. Le vin était mêlé, à chaque table, dans un cratère commun ; les jeunes garçons avaient le leur, mais qui n’était pas renouvelé, comme il l’était pour les hommes plus âgés, s’ils le désiraient; on buvait toujours sans excès 23.

Ces repas des Crétois passaient pour être gais. On y célébrait les exploits guerriers, on y faisait l’éloge de ceux qui avaient mérité d’être loués ; on s’y entretenait aussi des affaires publiques.

Les syssities, chez les Crétois aussi bien que chez les Spartiates, apparaissent comme une institution militaire et politique organisée dès la conquête ou conservée parles émigrants doriens pour maintenir parmi les populations qu’ils avaient désarmées le sentiment d’une supériorité fondée sur la force et sur la richesse. Les groupes étaient plus étroitement fermés à Lacédémone, où les membres se recrutaient au choix et se gardaient le secret ; plus ouverts et penchant vers la démocratie en Crète, où les hétairies comprenant un grand nombre de personnes devinrent plus facilement (ce fut cependant assez tard) des assemblées populaires .(èxxXx] triât) 2l, disposées à se révolter contre 1 antique autorité des xotTgot. E. Saglio.

SYSS1T1A. — t Xenopli. Resp. Lac. V. 2 ; VII, 4 : IX, 4 ; XV, I ; Plat. Leg ., 1 p. 066 ; Isocr. Arcked., 81; Dion. Hal. II, 23.-2 Plut. Lycurg. 13 et 23; Apop lac., p. 221. — 3 Les vieillards étaient reconduits chez eux avec des (lambeau Xen. O. c. , 73 ; Plut. Lyc. 12. — 4 Et plus tard ou .«$;■«*, Aristot. Pol

II, 20. Sur ces noms, v. Gflttling ad Arist., Oecon. p. 190 ; 0. Muller, Dorie II, 278; Schomamr, Gr. AltertMlmer , 3- éd. I, p. 286 ; Bielschowsky, Le Spar Syssit, p. 12. — 5 plut. L. I. ; lleracl. Pont. 3, ap. Muller, Fr. hist. gr. 2, 21!

0 Plut. Lyc. 12; Schot. Plat. Leg. I, p. 225. — 7 Longtemps encore après qu’c

eut pris l'habitude de manger couché, Heracl. Pont. I. c. ; Athen. IV, p. 142 , XII, p. 512 e ; Cic. Pro Afuren. 35. — 8 p]ut. I. c. ; Xen.' R. Lac. XV, 4 ; Hesycl àœtSro; Ai»sja. — 9 Plut. I. c. ; cf. Herod. VI, 57. — 10 Xen. O. c. XIII — 11 Plut. I. c. ; Xen. XV, 4. — 12 Dicaearcb. ap. Athen. IV, p. 141 ; ce sont h il le dit, les mesures altiques ; Plutarque, l. c. donne les mesures de Spartf v. Bielchowsky, O. L, p. 23 sq. - 13 Plut. I. c. ; Id. San. pracc. 2 ; Dicaearcl L c.; Cic. Tusc. V. 32; Pollux, VI, 5. - H Sur le qui partageait 1,

viandes, v. Plut. Symp. quaest. Il, s. v., 2 ; c'était un officier public; de mêm

la charge de pétrir le pain, celle de faire le mélange du vin étaient officielles < héréditaires. Herod. VII, 130; Wide, Lakon. Rulte. p. 278. Plularque nomrn

aussi un Çuiiotoio;, Apoph. lac. p. 214. — 13 Xen., Plut., Athen., L. I. — 16 Phj larch. ap. Athen. IV, p. 142. - 17 Arist. Pol. Il, 6, 2t. - 18 V. ce que dit pour

Lyktos, Dosiadas ap. Athen. IV, p. 143; Aristot. Pol. II, 7, 4; Plat. Leg. VIII,

847 ; Ephor. ap. Strab. 480 ; cf. Millier, Dorier, II, 203.; cf. Schnmann, Gr. Alterth., p. 325 ; Gilbert, Gr. Staatsalt. II, p. 226. - 19 Esclaves ou aphamiotai, cf. O. Müller, Dorier, il, p. 54; Gilbert, G. c. Il, p. 219-20; Dosiad, l. c. nawayoï vatà t»iv otxn 4io t«î; wmtTiVf. — 20 R ne s'agit pas d'étrangers, mais de

Cretois d'une autre ville; cf. Corp. inscr. gr. 2554. 49; 2556, 39 sq. —21 Pyrgion ap. Athen. 1 V , p. 143 e. Le président de la syssitie (ocçjrwv) avai t quadruple part ; Heracl. Pont. 3, 6. - 22 Plat. Min. p. 320 ; cf. Plat. Leg. 1, 367 a. - 23 plut. Qu. symp. N II, p. 33- . ^ouksuT'éoioi AitoôîïjTX <ï’. ffjvïSpia AaiTTOiejaTixâ. — 24 [cRETENSIUM RESpublica], Gilbert, U. c. p. 226, sq. — Bibliographie. Otf. Muller, Die Dorier,

Breslau, 1824, t. Il, p. 201, 273-sq. : Hoeck, Kreta, t. III, 120, sq. Goelting.

1826 ; Schumann, Griech. Alterthûmer, 3' éd. Berlin, 1871, I, p. 234, 334: Fustel de Coulanges, Acad, des sc. morales, 1879 (nov. et décembre) ; Id. Nouvelles recherches, p. Su, sq.; Bielschowsky, De Spartanorum syssitiis, Breslau, 1869; Gilbert, Handbuch d. griech. Staatsalterth. Leipz. 1881-1885 I n 70 • II, p. 222. ’

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