‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 3 sur 137 · RAS · texte numérisé non relu

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de l'offense qui les atteignait, ou, dans les cas les plus graves, tomber sous le coup de la loi Julia de vi publica. En ce cas, toute personne, même étrangère, pouvait accuser, au delà des cinq ans admis en matière d’adultère, et la peine pouvaitaller jusqu’à la mort1. Mais le rapt ne fut puni comme crime spécial que par Constantin en 320, avec une sévérité extraordinaire : l’élément essentiel du crime est l’absence de consentement des proches; à l’égard du ravisseur, le consentement de la personne ravie est indifférent, mais elle encourt ellemême une peine égale. La peine est la mort, même s’il y a eu mariage subséquent; pour les complices esclaves, elle est accompagnée de supplices ; les parents complices encourent la déportation; la sentence ne comporte pas d’appel2. Ces peines sont atténuées par Constance et Julien3; Gratien, Valentinien et Valens établissent la prescription de cinq ans*; mais la rigueur reprend le dessus ; les condamnations pour rapt sont exceptées des amnisties5. Le délit est étendu par Constance à l enlèvement des religieuses, filles ou veuves, et plus tard même au cas où, ayant consenti, elles n’ont pas eu le consentement de leurs chefs ecclésiastiques6. Justinien maintient la peine de mort contre le ravisseur, sans confiscation des biens, si la personne est une esclave ou une affranchie, avec confiscation des biens au profit de l'ingénue enlevée malgré elle, ou de ses parents, et, à leur défaut, du fisc, si elle a été sa complice ou si elle l’a épousé. Les parents complices encourent la déportation et la confiscation des biens. Dans tous les cas, le mariage est nul. Les autres complices encourent également des peines capitales. Il n’y a pas d’appel contre la sentence1.

Ch. Lécrivain.

RASTELLUM. — I. Diminutif de raster, petit raster. Pour inaugurer les travaux du percement de l’isthme de Corinthe, Néron se servit d’un rastellum' qui était un raster à deux dents, ou bidens, car Dion, qui raconte le même fait, l’appelle SfxsXAa2.

II. — Râteau avec des dents en fer ou en bois3, analogue à nos râteaux modernes et servant aux mêmes usages. Varron dit qu’on devait le fabriquer avec du bois fourni par la propriété*. C’est avec le rastellum qu’on réunissaiten tas le foin coupé lorsqu’il était sec 5, et que, après la moisson ou la fenaison, on recueillait les tiges restées à terre6. Le rastellum en bois servait particulièrement à recouvrir, après les semailles, les graines délicates, comme celles de la luzerne1. Henry Thédenat.

RASTER. — I. Instrument d’agriculture de la même famille que le bidens, s’en distinguant moins par le nombre de ses dents que par la manière dont celles-ci se détachent de la traverse à laquelle s’adapte le manche. Les deux instruments servaient aux mêmes usages et le bidens

1 Diy. 48, 6, 5, J; C. Just. 9, 12, 3 ; 9, 13, 1, 5 ; QuiDtil. Inst. 9, 2, 90 ; Senec. Decl. 2, Il ; Quintil. Decl. 247, 270, 280 ; Calp. Flac. Decl. 10, 25, 33, 40, 44, 49. — 2 c. Th. 9, 24, 1 (d'où edict. Theodor. 17-19, 92), loi remplacée sous Justinien par C . Just. 9, 13, 1 (Inst. 4, 18, 8 ; cf. Non. 143). Justiuien a supprimé la clause de la loi de Conslanlin punissant de la perte de ses droits d'héritage la fille enlevée de force. — 3 C. Th. 9, 13, 2 ; Ammian. 16, 5, 12. — 4 c. Th. 9, 24, 3 (loi non admise par Justinien). — S 9, 38. - 0 C. Th. 3, 25, 1, 2; C. Just. 9,' 13, 1 ,

3 a, 3 i; Sozom. 6, 3; Nov. Marcian. 6 ; Non. Justin. 123, 43. — 7 C. Just. 9, 13, 1 ; 1, 3, 54 ; Inst. 4, 18, 8 ; A'or. 123, 43 ; 143. - Bibliographie. Rein, Dus Criminalrecht der Rômer, Leipzig, 1844, p. 392-398; Mommsen, Strafrecht, Leipzig, 1899, p. 064-605, 701-702 (trad. fr. Paris, 1907, II, p. 385, 429-430).

RASTELLUM. t Sueton. Nero, XIX. - 2 Dio, LXIII, 0. - 3 Columell. H. rust.

Il, 13, 6. - 4 Varro, R. rust. I, 22, 1. — 6 Pompa, De instrumentas, X. - 6 Varro, Liny. lat. V, 136; Id. R. rust. 1, 49. —7 Colum. L. I.

RASTER. 1 Ca'o, R. rust. X, 3 ; cf . Varro, Liny. lat. V, 130. — 2 Cf. Corp. Gloss.

Il, 277, 33, Rastrum bidens. — 3 Ceci, Piccoli bronzi del mnseo d. Napoli , pl. x,

n’est, après tout, qu’un raster h deux dents. Caton mentionne un raster à quatre dents1 ; le musée de Naples en conserve à deux2, à quatre et à six dents (fig. 5918)8. Dans le manuscrit de Térence de la bibliothèque du Vatican, une miniature représente sous la forme d’un bidens * un instrument qui, dans le texte de l’auteur, est appelé raster 6.

Le raster servait à briser et à réduire en poussière les mottes de terre dans les terres labourées6, dans les

Fig. 5918. — Formes du raster.

vignes1, autour des arbres8. CeLle opération s'appelait occatio ( occare . occator). Columelle, en effet, dit qu’elle consistait à pulvériser les glèbes5; elle se faisait immédiatement après le labourage 10 et avant les semailles, car une terre bien ameublie ne devait pas, une fois ensemencée, réclamer une nouvelle occatio". On a cependant des exemples d 'occatio faite après les semailles12.

Quelques auteurs, s’appuyant sur des textes où le raster est qualifié gravis l3, iniquo pondéré"' , l’ont assimilé à une herse tirée par des chevaux 15. Ces épithètes, poétiques d’ailleurs, signifient qu’on frappait lourdement la motte rebelle l6, quelquefois sans doute en employant, comme avec le bidens", le côté opposé aux dents en guise de lourd marteau. Un texte de Sénèque ne laisse, du reste, subsister aucun doute ; on maniait le raster comme une pioche18.

Quelquefois l 'occator rencontrait des racines ; c’est pourquoi il existait des rastri munis, sur le côté'opposé aux dents, d’une lame tranchante ( ascia ) 19. Les auteurs anciens disent, en effet, que mieux valait couperles racines que les déchirer avec la charrue20, à laquelle, d’ailleurs, était souvent suspendue une petite hache **.

Le raster servait aussi à arracher les racines des herbes22, à remuer le fumier dans les fosses23, à racler et à soulever la terre2*.

Le raster , les dents au moins, était généralement en fer; cependant on en fabriquait en bois pour des travaux plus délicats, par exemple pour recouvrir la semence de la luzerne que le fer ne devait pas toucher25. Le raster en bois servait aux mêmes usages que le rastellum.

II. — A l’amphithéâtre, après un combat, on se servait du raster pour nettoyer l’arène souillée de sang et de débris26: ce qui indique bien que, par sa forme, le raster ressemblait plus ou moins à nos râteaux modernes, quoiqu’employé à des usages différents. Henry Thédenat.

il. 49. — 4 Séroux d’Agincourl, Hist. de l'art par les monuments , pl. xxxvi, n. 2.

— 3 Heautontim. I, i. 36-37. — 6 Columell. X, 70; Varro, R. rust. I, 29, 2; Virgil. Georg. 1, 94, III, 534; Aen. IX, 608 ; Ovid. Metom. Il, 287. — 7 Cato, R. rust. XXXIII, 2; Varro, R. rust. I, 22 et 31; Columell. De arbor. V, 5; Virgil. Aen. VII, 726; Pallad. Agr. VI, 4; Menologium rusticum, daus Corp . inscr. lat. I, 2» éd. p. 280, XXIII, A et B, mensis Junius. — 8 Pallad. {Agr.) L. I. — 9 j{, rust. XI, 2. 60. — 10 Colum. Il, 4, 2; Varro, R. r. I, 31, 1 ; Plaul. Mercat. prolog. 71 ; Plin. Nat. hist. XVIII, 49, 5. — H Colum. L. I. ; Plin. N. h. XVI II, 19, 4.

— 12 Cicer. De senect. XV; Plin. XV11I, 49, 5; Colum. II, 10, 6. L’époque de ces travaux variait suivant la nature du sol et l’époque des semailles. — 13 Virgil. Georg. I, 496 ; Colum. X, 71. — 14 Virg. L. I. — 13 Cf. Adam Dickson (trad. fr.), De V agriculture chez- les anciens , t. I, p. 372. — 16 Virg. Georg. III, 534. — *7 Ibid. Il, 399-400. — 18 Senec. De ira , II, 25 : cum vidisset fodientem et altius rastrum allevantem.... — io Pallad. I, 43, 3. — 20 pün. XVIII, 49, 3. — 21 Ibid. — 22 Colum. II, 6. — 23 Id. II, 15, 8. - 24 Varro, L. L V, 1 36. — 25 Colum. II, U, 4 — 26 Martial. II, 75, 16.

RAT

RAT

R ATARI US, RATIARIUS. — I. Batelier manœuvrant, un radeau pour le transport des marchandises en eau calme.

Les ratiarii étaient souvent organisés en corporations ; une inscription de Genève nous fait connaître le collège des ratiarii superiores1, qui naviguaient sur le lac Léman et le cours supérieur du Rhône; un texte de saint Jean de la Porte nous apprend l’existence, dans la vallée de l'Isère, des ratiarii Voludnienses- .

IL— Passeur, faisant le service d’un bac [ratis]. Le tarif latin du bac de Carthage à Rades indique ce que doivent payer aux ratarii les passagers à pied ou à cheval, les mulets et les muletiers, les ânes et les âniers, les chameaux et les chameliers3. P. Gauckler.

RATIO, RATIOIVALIS. — A. Le mot ratio 1 désigne primitivement les comptes, soit privés, soit publics2, et par extension, sous l’Empire, une administration financière, un service avec son personnel, ses bureaux. La ratio a souvent comme subdivision, quelquefois comme synonyme, la statio , mot qui a passé du local aux employés3. La plupart des services impériaux ont probablement formé des rationes , sauf ceux qui concernent la levée des impôts provinciaux dus au fisc4, des impôts spéciaux, vingtième des héritages, vingtième des affranchissements, des vectigalia s, et le recensement.

Les principales rationes connues sont:

I. — Le fisc, qui représente dans son ensemble les rationes imperii 6, plus tard les summae rationes \ et dont le chef s'appelle jusqu’au me siècle l’a rationibus ou le procurator a rationibus 8 [fiscus, p. 1144]. L’argent du fisc était gardé à Rome en différents endroits, dans des temples9, en partie près de la statue /orienta île César, dans le temple de Castor, plus tard au forum de Trajan 10 : le titre de procurateur a /orienta ex ratione peculiare 11 peut donc se rapporter à une branche spéciale du fisc à Rome, peut-être à une casset te particulière du prince.

IL — Le patrimoine impérial [patrimonium principis]. Ce service comprend de nombreuses rationes particulières; on en connaît une pour les domaines de Bétique12; chaque villa impériale possède son budget, sa ratio [latifundia, p. 960]; les héritages laissés à l’empereur forment une ratio hereditatium [patrimonium principis, p. 331]. En Égypte, le mot Àdyo; correspond à ratio et sert à désigner le domaine privé des empereurs, le Xoyoç oùuiaxd; et il y a une ratio spéciale pour le domaine d’Alexandrie [patrimonium principis].

III. — La res ou ratio privata , créée par Septime- Sévère et qui constitue jusqu’à Dioclétien un nouveau pa-

R AT A RIIJS, RATIARIUS. 1 Corp. inscr. lat. XII, 2597. — 2 C.i. I. XII, 2331.

— 3 Héron de Villefosse, C. rend. Acad. d. inscr. 1906, p. 118 sq.

RATIO. lCic. Jn Caec. 32; Pro Clu. 37; Senec. Ep. 82; Quint il . Decl. 353.

— 2 Suel. Aug. 28 ( rationarium imperii), 101 ; Calig. 16; Vesp. 22; Galb. 12; Front. Ad. Caes. 5, 34; C. Just. 10, 2, 2; Dio. Cass. 59, 9; Tac. Ann. 13, 14.

— 3 Voir Henzen, Annali , 1843, p. 340 ; Dresse!, Ad. corp. ins. lat. 15, p. 909, II ; U 1 p . frag. Vatic. 134. — 4 Les banques, mensae , chargées d’envoyer à Rome les impôts provinciaux, avaient naturellement leurs rationes, s’il faut rapporter à l’apuration de ces comptes l’inscription, trouvée à Home, d’un affranchi impérial : tabulario a rationibus me(n)s(a)e (G )a(l)liarum (Corp. i. I. 6,8581). — «Il y a naturellement pour tous ces impôts des stationes [vectigalia], — G Suel. Calig. 16. — 1 C. i. I. 6, 1564, 1598, 11 15; 10, 1785; 3, 6574 et 7126; 8, 12543. Voir Hirschfeld, Die kaiserlichen Verwaltungsbeamten , 2e éd. p. 32-33. Ce titre est réservé, dès Néron, à l’administration impériale (Tac. Ann. 15, 35 ; 16, 8). — 3 V. Hirschfeld. L. c. p. 31 et C.i. I. 3, 141122; Friedlander, Sittengeschichte, I, p. 171 ; Rostowzew, Dizion. epigr. 3, p. 133. — 9 Herodiau. 3, 13, 4. — 10 Plia. Ep. 8, 6, 13; C. i. I. 6, 8688, 8690, 8692; Fragm. vatic. 134. — U C. i. I. 15, 7145. — 12 Ibid. 15, 2, 1, 4111- 4136. — 13 Théoriquement la res privata est un patrimoine et, en ce sens, Hirschfeld (L. c. p. 21-25) a raison contre Karlowa (Rom. Dechtsgesch. I, p. 505) d’après C. i. I. 10, 6657 et 15, 7333 ; mais, eu fait, elle ne diffère guère des biens de la cou-

trimoine, transmissible cependant à tous les empereurs, comme les biens de la couronne 13 ; elle a comme dépendance le service des biens des impératrices, la ratio Augustae [latifundia, p. 1S3 ; patrimonium principis, p. 352],

IV. — Dès groupes déminés, de carrières impériales, dépendant soit du fisc, soit du patrimoine ou de la res privata , constituent une ratio u. lien est de même d’un lot, cédé, pour l’exploitation, soit à des esclaves impériaux, soit à des entrepreneurs16 [marmora, p. 1399; metalla],

V. — La ratio operum publicorum. Dès l’époque de Trajan, à côté des curateurs sénatoriaux, il y a eu pour les travaux publics de Rome un personnel impérial, une familia, entretenue pendant longtemps par le patrimoine13. Il a donc dû y avoir de bonne heure pour ce service une ratio l7, dirigée parle procurator operum publicorum 18, peut être identique au subcuralor operum publicorum i9; celui-ci avait probablement sous. ses ordres un exactor operum dominicorum, chargé de la surveillance du matériel20, des curateurs et des procurateurs spéciauxpour la construction de différents monuments21, distincts des procurateurs qui sont attachés aux monuments finis22, et un ou plusieurs employés préposés aux statues23 [curatores aedium sacrarum, locorum

ET OPERUM PUBLICORUM].

VI. — La ratio aquariorum^ , probablement la caisse qui paie le personnel impérial des eaux et des aqueducs, dirigé par le procurator aquarum 26 [cura aquarum].

VII. — La ratio des bibliothèques impériales26. Elles sont dirigées depuis Claude par un procurator bgbliothecarum ou a bgbliothecis qui, à l’époque d’Antonin, n’a qu’un traitement de 60000 sesterces. Hirschfeld en conclut qu’il n’a plus alors que la direction administrative et financière et explique ainsi son titre de proc{urator ) rat(ionum) summ(arum) privat(arum) bibliothecarurn 27 ; ce, service aurait donc été alimenté d’abord par le patrimoine, ensuite par la ms privata [bibliotheca].

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