‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 52 sur 137 · SA K · texte numérisé non relu

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oduites par leur combustion. Dioscoride, sans pronon- P' , mol sapo, donne la formule de plusieurs mélanges de cendres et de graisse ou d’iiuile, qui rappellent celui dont parle l'linc et qui doivent en être rapprochés; l’un d’eux avait la propriété de colorer les cheveux en jaune1.

pn même temps que de teinture, le sapo servait aussi de remède. Au ni0 siècle, Serenus Sammonicus conseille des frictions de sapo pour faire disparaître la pâleur des joues et effacer les cicatrices2. A la même époque, Arétée de Cappadoce signale, entre autres remèdes des Gaulois contre l’éléphantiasis, des boulettes de niLre ou semblables aux boulettes de nitre (le mot viTpcôoetç est

équivoque) avec lesquelles on frottait les vêtements et qu’on nommait uoctccov 3. Moschus donne les mots vt-rpov et (xocttiviov comme synonymes.

Pour les soins de la toilette et le nettoyage des vêlements ou du linge [lavatio], les Grecs et les Romains employaient un certain nombre de substances minérales ou végétales, poudres ou pommades, que l’on réunissait parfois sous les noms génériques de puggara, £>ii7mxa, ugvjygaTa, et dont les principales étaient la racine de saponaire ou struthium, la terre à foulons, creta fullonica [creta; fullonica, p. 1380], le nitrum, la lessive de cendres ou xovt'a, le lomentum. C’est seulement à partir du ivc siècle de notre ère que le savon, sapo ou admov, fut rangé couramment parmi les ^ûggaxa1. Il ne semble pas que jusqu’à cette époque les anciens l’aient jamais fait servir aux mêmes usages domestiques que les modernes. On a retrouvé à Pompéi, sur l’emplacement de deux ateliers de foulons, une matière grasse, de couleur grise, donnant une mousse légère au contact de l’eau; on crut qu’il fallait y reconnaître une sorte de savon5; mais l’analyse chimique a montré que cette matière ne renfermait aucune trace de corps gras d’origine organique, et que c’était tout simplement un résidu d argile à foulons0. Maurice Besnier.

SARAPIEIA (SapaTvteia). — Fêtes en l’honneur du dieu égyptien [serapis]. Nous en trouvons la mention à Méthymna, clans l’ile de Lesbos 1 , et à Tanagra2, en Béolie, où, dès le me siècle av. J.-C., s’étaient répandus les cultes alexandrins3. D’après l’inscription de Tanagra, les Sarapieia comportaient les nombreux concours « musicaux » qu’on retrouve dans beaucoup d’autres fêtes grecques : concours de hérauts, de rhapsodes, daulètes et d aulodes, de citharistes et de citharodes, de poètes satyriques et comiques, etc. Em . Cahen.

SARAPIS [serapis].

SARCINA Ou SARCUVAE, au pluriel (Sxeüoç, uxsuyi).

~ Le bagage, les paquets que l’on porte soi-même, particulièrement en voyage et à la guerre1, ou que porte un serviteur dont on se fait suivre ou un valet d’armée (tfxeuocpôpoç àxoXouOoç) [calones] 3. La fîg. 6093 reproduit

monlly[CI][' '0e mat' med' V> *31 ! voir aussi Ibid.. 132 cl 134. - 2 Sercn. Sam- IL- :rf. „ * ret‘ Cappad. Loc. cit. — 4 Oribas. Loc. cit. ; Schol. Lucian. On Irouv " d °nar‘ P‘ t66° 5 Theod- priscian- 1,3; Cass. Fel. 16; Paul. Aegin. lion do ' r'S ^*leod' Pr‘sc*an- l» 16, le mot saponatum , qui désigne une solu- 20, menlr'0 ,°1,dU ^ ^ 1 eau* Plin- Va,erian- 13 et S, Gregor. Epist. 8, Teclinol <1<ÎS sa^onani> fabricants ou marchands de savon. — 0 Bliimner,

p. 3 __ ! e,mino^ P* l7^î E- Presuhn, Pompei , Leipzig, 1875, 1881, IV, m\k. Beckman mann- danS leS Wiencr s^dien, 1882, p. 263-270. — Birmogra- P- 1-35 ; H Bi"0' ^ 6llr ’ Ur Gesch. der Erfindungen , Leipzig, 1786-1805, IV, fhenundli - n'n°r‘ ^ec^no^ und Terminol. der Gcwerbe und Künste bei Grie- K.-B. H0fr,nmernrrLeipzig’ 1874‘1887> I. P- 16S: ; Becker-Gôll, Gallus , 1113, p. 117 ;

188e* n . e^ei ^erme^nUiche antike Seife, dans les Wiener S tudien, -» -O0-2/O.

“ARAIUEIA 1

user. gr. Lesbi , IVesi.... 511. — 2 lnscr. gr. Megar. Orop.

un fragment de terre cuite du Musée du Louvre, où l'on voit le cxeuo<pdo&;, coiffé d’un 7rîXoç de cuir, à côté de son maître, que dislingue le casque dit corinthien [galea, pileus]. Les suivants étaient en grand nombre, surtout à partir du ivc siècle, indépendamment des chariots et des bêtes de somme, dans les armées grecques [exercitus, p. 902 ; mercenarii, p. 1792], dont les soldais traînaient avec eux toutes sortes de meubles, d’ustensiles, de couvertures et de vêtements.

Ces derniers (aTooügaxa, stragulae vestes) étaient enfermés dans un sac [saccus, lig. 5987] ou une enveloppe (<jTp(ogaTdSEO|A.ov, crTptügaTEÙ;)* de cuir ou de toute autre étoffe, liée en ballot5, que l'on chargeait sur son épaule ou que l’on plaçait, pour plus de facilité, auboutd un bâton (àvàsopov, cxsuo^ôpiov) 6.

Fig. 6095. — Valet d’armée.

Dans la fîg. 609G ’, le porteur qui accompagne un voyageur est monté sur un âne., comme Xanthias dans les Grenouilles d’Aristophane8. 11 ne paraît pas qu’en Grèce, ou au moins à Athènes, on trouvât convenable d’avoir plus d’une personne pour cet office9. Le fardeau était lourd quelquefois pour celui qui en était chargé 10. La fîg. 6097 est tirée d’une fresque, d'art et de sujet purement grecs, retrouvée dans une maison du Transtévère, à Rome 11 . Le personnage qui y est représenté n’a pas recours à la perche ou au bâton fourchu [furcilla, aerumnulae) dont il sera question plus bas à propos des soldats romains ; il tient suspendu, au moyen d'une courroie, un coffret devant lui et un lourd paquet derrière son dos. E. Saglio.

II. — On a dit ailleurs [impedimentum] que- lés bagages, particulièrement les bagages militaires, chargés sur des

Doeot. 540. Cf. Bull, de corr. hell. 1878, p. 500 ; 1881, p. 26 t. — 3 Cf. Lafayc, Bist. du culte des divinités alexandrines, p. 35.

SARCINAou SARCIIVAE. 1 Xcnoph. III, 3, 38; Mem. 111, 13, 6; Arisloph. Ban. 12; Poilu*, X, 14. — 2 Xen. Mem. L. c. ; Cyr. III, I, 42; Arisloph. Ban. 509; Aeschin. Jais. Leg. Il, 99, p. 59; Theophr. Char, xxx, 7; Poil. VII, 130.

— 3 Gloss. Cyrill. a*ttxi»dçoî, bajulus. - 4- Plat. Theaet. p. 175; Xeu. Mem. L. I. ; Aeschin. L. l.\ Plut. Apopht. p. 189 B; Poil. Vil, 19. — B Ou dans des collres comme dans la fig. 0097. On trouve, mais tardivement, le mot <rr?wpaToe,i,„1 ;

11. Estienne cite Nicet. Ann. 10, 6, p. 189 I) - 6 Arisloph. Ban. 8 et Schol.

ail l. ; Poil. X, 17; Pliot. s. v. exevosdpiov. — 7 Arch. Zeitung , 1849, pl. m ; lleydemann, Jahrb. d. K. lnstit. 1886, p. 263, se refuse à y reconnaître la première scène des Grenouilles. — 8 De même cher Lucien (Asin. I).

— 9 Aeschin. et Theophr. L. I. — 10 Theophr. L. c. et Casanbon. Ad h. l. \ Arisloph. L. c. — H Mon. d. Inst. XII, pl. xxxiv ; cf. peksona, fig. 593.

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SAR

Fi sr. 6097

Bagage de voyageur.

chariots ou à dos d’animaux, se nommaient impedimenta ; ceux qui étaient portés par les voyageurs eux-

mêmes oulessoldatsétaient appelés sarcinae.

Les légionnaires romains en avaient beaucoup; car ils devaient garder avec eux tout ce qui leur était nécessaire pour les marches et les expéditions Outre leur équipement et leurs armes, une provision de vivres2, blé ou, plus tard, biscuit3, pour quinze jours au moins \ parfois pour dix-sept 6 et même pour vingt-deux jours6; de la boisson, des outils, des ustensiles de cuisine, des pieux1. Tout cela était fort lourd ; pour habituer les recrues à semblable fatigue, on les dressait à marcher au pas militaire, chargés d’un poids de soixante livres 8.

Une autre difficulté était d’arranger commodément ces différents objets. Les voyageurs avaient appris de bonne heure, par expérience, à se tirer d’affaire : il les fixaient à des bâtons fourchus nommés aerumnulae qu’ils appuyaient sur leur épaule9. Maiscet usage ne fut introduit dans l’armée qu’à l’époque de Mari us, ce qui fit plaisamment donner à ses soldats le sobriquet de muli Mariani 10. Depuis lors, les fantassins composaient des choses qu’ils avaient à transporter une série de paquets qu’ils attachaient ensemble au sommet d’un long

pieu “. Nous en avons un exemple bien connu dans les représentations de la colonne Trajane. On y voit (fig. 0098) des légionnaires en marche : ils tiennent de la main gauche, reposant sur leur épaule, une perche que termine, à sa partie supérieure, une traverse

Ficr. 0098. — Légionnaires portant leur attirail.

il celle Ira-

verse pendent différents objets que des liens retiennent les uns aux autres : une outre pleine d’eau, en haut; un havre-sac suspendu au moyen de cordes croisées, un tilet contenant de la viande, une marmite et une cuiller ( trulla),î ; sub quibus, dit Fronlin, et habile onus et facilis requies essel R. Cagnat.

SARCINATOR, SARCINATRIX, SARTOR, SARTR|\ ’Axe<TT-/jç, àxstJTpia, Ÿ|ir/|Tpta. — Ouvrier qui coud

et répare en se servant de l’aiguille Dans cette acception, sarcinator vient de sarcio. Il parait avoir été employé aussi dans le sens de portefaix, dérivant alors de sarcina *. E. S.

SARCOPIIAGUS (2opdç, sapxotpâYoç). — Cet article est consacré à l’étude des sarcophages de bois, de terre cuite, de métal, de pierre ou de marbre, destinés à recevoir les corps inhumés. Ce qui a trait à l’inhumation et à ses rites a été traité à l’article funus; ce qui concerne l’aménagement des sarcophages dans les chambres funéraires, aux ensembles architecturaux dont ils pouvaient faire partie, se trouvera à l’article sepulcrum.

I. Période préuellénique. — Le mode de sépulture exclusivement pratiqué à l’époque mycénienne ou égéenne est l’inhumation [funus]. Mais elle n’entraîne pas alors l’usage commun du sarcophage de pierre, de bois ou de terre cuite. En règle générale, dans les tom-

beaux de Mycènes, comme dans tous ceux qui appartiennent à la même civilisation, les corps sont simplement déposés sur le sol delà chambre funéraire, et non renfermés dans un cercueil 1 . Cependant, c’est à la fin de la période dite minoenne (aux environs du xv° siècle avant notre ère) que se rapportent les réceptacles funéraires dont il a été découvert en Crète — et nulle part ailleurs — un cerLain nombre d’exemplaires A cause de leurs dimensions restreintes,

M. Orsi y voyait de simples ossuaires, où l’on aurait rassemblé les ossements dont on début nu sait les caveaux funéraires, pour y faire de la place Mais de nouvelles observations ont montré qu il ^'-i sait de sarcophages où les corps étaient enferme* aui les jambes repliées '. Quoi qu’il en soit de leui d

1 Vegel I, 19; Vita Se v. Alex. 47. — 2 Ibid. — 3 Vita Pesccnn. 10 ; Ammian. XVII, 8, 2. — 4 Cic. Tusc. Il, 16, 37. — S Vita Ser. Alex. 47.-6 Cacs. Bel. civ I, 78; l.iv. XI, IV, 2. — 7 Joseph. Bel. Jud. III, 5, 5; Fronlin. Strat. VI, t, 7.

8 Veget. I, 19. 9 Fesl. Epit. p. 2» : Aerumnulae Plautus refert furcillae

quibus religalas sarcinae viatores gerebant. — 1J Fesl. Ibid. ; cf. p. 148 ; Fronlin. Strat. IV, 1, 7. - U Fronlin. Ibid. : Va sa et cibaria militum in fasciculos uptata furcis imposuit ; Fesl. Epit. p. 148 : In furca interposita tabella. Col. Traj. III (éd. Frôhner, in-8, p. 70). — 13 Fronlin. Strat. IV 1, 7.

SARCINATOR, SARCINATRIX, SARTOR, SARTRIX. 1 Lucil. ap. Non. p. 175; Varr. Ling. lat. VI, 64; Fronlo, De di/fer. voc. d. 2192 Pulscli ; Gains, III, 143; Xen. Cyr. I, 6, 16 ; Etym. m. p. 42, 34 et les autres lexicographes. Voir les textes

et inscriptions indiqués par 11. Bliimner, Technol. u. Terminologie

I, p. 202. — 2 Gloss. Cyrill. Exeuoçôpoç bajulus. ^ |,anil>rC

SARCOPIIAGUS. 1 En Crète, M. Evans a constaté que, dans la nié . ^

funéraire, les corps étaient déposés sur le sol ou placés dans des larnaka c ' usages ont coexisté [The prehistoric tombe of Knossos , p. 7 et 32, lig. -1 ■ - ^

logia, t- LIX). Cf. Tsountas et Manatt, The mycenacan âge, p. 136. - - ( ),PU.

I. p 133. Cf. Orsi, dans Mon. dei Lincei. I, p. 201 sq.; Joubin, Bull. < ' ^ ,

p. 295 sq.; Perrot, ffiet. de V Art , t. VI, p. 930. - 3 Cf. Orsi, Ibid. P - Joubin, Ibid. p. 298. - 4 Evans, Op. I. p. 10, fig. 5 et 88. On remarque aussnl^ ^ ces sarcophages des trous sont souvent pratiqués au fond de la cuve, s. ^ pour faciliter l'écoulement des liquides résultant de la décomposition 1

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jrimitive, les urnes crétoises sont les prototypes ï°” sarcophages de l’âge suivant. La forme la plus fré- 'iii'iil'i' 1 est celle d’une cuve prismatique, portée par

Fig. G099. — Sarcophage crclois.

quatre pieds et munie d’un couvercle à quatre pentes (fig .0099). L’arête supérieure se termine des deux côtés en forme d’éperon. La base du couvercle est percée de trous auxquels correspondent, à la partiesupérieure delacuve, d’autres trous ou ansettes; par ces trous et ces ansetles passait sans doute un fil métallique servant à fixer le couvercle sur la cuve. Les faces de la cuve et celles du couvercle sont décorées d’ornements mycéniens. L’autre forme est toute différente2 ; c’est celle d’une baignoire à cuve arrondie, à rebord proéminent, munie de quatre poignées. On a rappelé à l’article pyelos le rite très ancien du bain du mort; c’est la baignoire même où il était plongé que rappelle l’urne funéraire de Milatos. La formé des autres est identique à celle soit du meuble où l’on renfermait les objets familiers, le là pvaç ou xiëaiTOç [arca], soit de la maison primitive [domus, voir aussi sepulcrum pour les tombeaux-cabanes des Étrusques3] avec le toit à double pente et à fronton et la poutre maîtresse qui sépare les deux versants4. C’est ainsi comme une copie religieuse de la vie terrestre qui se retrouve dans la vie d’outre-tombe.

•En somme, à l’époque mycéno-crétoise ou égéenne, l’emploi du sarcophage, sans être exceptionnel, n’est pas très répandu. C’est à l’âge suivant qu’il devient commun, sans doute sous l’influence du nouveau procédé de sépulture qui conquiert alors le monde grec, l’incinération5. Tandis, en effet, qu’avec l’inhumation, le réceptacle funéraire n’apparaissait pas comme indispensable, il devient nécessaire avec l’incinération : d’où les urnes cinéraires en pierre, qu’on trouve dans les nécropoles à incinération de l’époque hellénique la plus ancienne, par exemple à Théra6. Elles ont Informe d’une caisse rectangulaire à couvercle. Quand reparaît, à l’époque archaïque et classique, le rite de l’inhumation, employée concurremment avec l’incinération, la caisse rectangulaire, appropriée par simple agrandissement ù son nouvel usage, devient le sarcophage proprement dit, qui renferme le corps du défunt. Le sarcophage est donc,

1 Cf. Orsi, Ibid. pl. i; Evans, fig. 3, 26. — 2 Urne de Palaio-Kastro en Crète; Amnmi Urit. sclwol Athens, VIII, pl. xix ; cf. Orsi, Ibid. pl. il. — 3 Cf. inssi Collier, Vases du Louvre, pl. xxix U, 32. — '• M. Evans n'admet pas pnui les larnakes l’intention de copier les formes d’une maison; il y voit une initiation du colTre de bois, en usage dans les maisons pour déposer les vôteniunts, qui figure aussi parmi les offrandes funéraires dans l'Égypte conlempornine (Op. l. p. iq. — s Sur ce point, cf. Dragendurff, Tlierüische Graeber , p. 90. 6 Cf. Dragendorff, Ibid. p. 2S et p. 50. — 3 Ibid. p. 90. — » Ibid.

vm.

de par son origine, purement grec, non pas oriental ou égyptien 7. Ossuaire en forme de coffret* ou d habitation, accessoirement en forme de baignoire, de l’époque mycéno-crétoise, caisse cinéraire rectangulaire de l’époque homérique et géométrique, ce sont là les prototypes et les têtes de série de tous les sarcophages de l’époque classique, qu’ils soient de forme simple et géométrique, ou architecturale et compliquée, qu’ils soient sans décoration, ou ornementés et historiés.

IL Grèce. — Nous prenons ici le mot de sarcophage dans l’acception la plus large; il convienL cependant d’en préciser le sens particulier et originel. Le mot, avec la signification générale de réceptacle funéraire, n’apparaît qu’à l’époque romaine; sarcophagus se trouve, avec ce sens, chez Juvénal 9. A l’époque grecque, on ne trouve pas d’autre mot que ceux qui désignent le « cercueil ». O/fXV)10, Xâpva; ", surtout uopôç 12. Quant à <7afxotp!XY&;,

« mange-chair », ce n’est que l’épithète habituelle des animaux carnivores 13. Cependant, à en croire une citation de Pollux14, dès le temps de Platon, l’épithète (jCfpxo^txYoç pouvait s appliquer aussi à un cercueil en pierre. Quel était alors le sens exact du mot? D’après un texte de Pline l’Ancien 13, l’épithète désignait une espèce de pierre calcaire, extraite des carrières d’Assos en Troade, qui avait la propriété de consumer les corps en un court espace de temps. Il faudrait donc admettre que le nom de « sarcophage » aurait été réservé d’abord aux réceptacles funéraires faits de cette matière spéciale, et se serait étendu ensuite à tous les autres. L’explication, même au point de vue scientifique et technique, parait assez douteuse16. M. Dieterich en propose une toute différente n. Pour lui le texte de Pline n’est que l’écho d’une historiette faite à plaisir. 11 faudrait chercher le sens vrai de l’épithète « sarcophage », dans de très vieilles croyances populaires, d’après lesquelles certaines divinités infernales se repaissaient matériellement de la chair et du sang des morts. En fait, dans des hymnes orphiques, il est dit d’Hécate qu’elle « a son repas dans les tombeaux » et l’épithète même de oapx&tpà-pç lui est souvent décernée18. Elle aurait ensuite passé au tombeau lui-même, où le mort est la proie des divinités « sarcophages ». On comprendrait bien dès lorscomment un seul mot a pu désigner toute espèce de réceptacles funéraires, quelle qu’en soit la matière ou la forme.

Nous venons de voir, par les exemples de la période préhellénique, que le type primordial dont dérivent tous les autres, est la caisse rectangulaire, munie d’un couvercle droit ou bombé en dos d’âne. Ce type simple se retrouve sur tous les points du monde grec ; la matière seule varie et aussi la plus ou moins grande exactitude dans le profilet la plus ou moins grande perfection dans le travail. Il faut mentionner ce type simple avant d’en venir aux types ornementés.

Ce sont, en majorité, des sarcophages en pierre ou en marbre que les fouilles ont ramenés à la lumière. Les plus beaux exemplaires des monuments de cette

(sur le Xàpva; employé comme réceptacle funéraire). — 9 Juv. X, 176. — Plat. Leg. p. 947 B. — 11 Hom. II. XXIV, 795 ; Tliuc. II, 35. — 12 Déjà ,dans Hom. Il XXIU, 91. Les fabricants de sarcophages sont les voponoiol. Poil. Vil, 160, ou oopoimyoî ; Poil. Ibid-, Ar. Aub. 846.— 13 Cf. lion i tz, Ind. Aristot. s.v. 5a?xo.àTo;. — 11 PoM. X, 150. — 15 Cf. Plin. XXXVI, 131 ; II, 211. Cf. aussi Theophr. De igné , 46, avec la correction de îv xûxYu, en èv — 16 Cf. Blümner,

Gew. u. Künst. III, p. 60, n. 2. — H Cf. Dieterich, Nelcyia, p. 53. — ,s Cf. Dieterich, Ibid.

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sérié, auxquels on peut donner, avec Renan, le nom de thécas, proviennent non de la Grèce propre, mais de l’Orient grec et gréco-phénicien ; il en a été trouvé un grand nombre dans les hypogées de Chypre ou de Phénicie 1 ; plusieurs ont été extraits de la nécropole de Sidon 2.

Les uns sont en marbre blanc, les autres en calcaire ; le couvercle s’adapte à la cuve par une saillie épousant une dépression correspondante ; quatre poignées sont placées sur les petits côtés3. Parmi ras rapportées par Renan au Louvre, plusieurs sont en marbre de Paros et, bien que dépourvues de toute ornementation, décèlent, par la seule perfection de la matière et le fini du travail, qui en font déjà des œuvres d’art, la main d'artistes grecs. Ces thécas atteignent quelquefois de grandes dimensions ; l’une d’elles, trouvée à Sidon, en pierre noire, et qui se distingue par la forme anthropoïde de la cavité intérieure, mesure 2m,60 de longueur, lm,20 de largeur et lm,2G de hauteur4.

Ces thécas de pierre ou de marbre, sans ornement, type universel et comme international, se retrouvent en Asie Mineure comme à Chypre ou en Phénicie; et on les rencontre dans les îles de la mer Égée comme dans la Grèce propre, où l’inhumation a été, dès l’époque archaïque, pratiquée en même temps que la crémation et plus qu’elle [funus]. Ainsi les fouilles opérées par M. Rœhlau dans les nécropoles de Samos5 ont ramené au jour un très grand nombre de sarcophages en pierre calcaire, souvent monolithes ; le couvercle est soit plat, soit voûté en dos d’àne, soit même déjà en forme de fronton. Dans un- exemplaire, la cavité intérieure est de forme anthropoïde ; dans d’autres, elle est de forme trapézoïdale, comme dans les grands sarcophages de terre cuite de Clazomènes, ou encore arrondie à la place de la tête6. Dans Pile de Rhénée ont été trouvés un grand nombre de sarcophages du même type, en poros, provenant sans doute de Délos 7. Pour l’Attique, MM. Rrueckner etPernice en ont décritplusieurs, en pierre poreuse ou en marbre, trouvés dans le cimetière qui s’étendait au nord-est de la région du Dipylon 8. Ils datent du vu et surtout du ive siècle. Le corps y reposait sur le dos, couché sur un lit de feuillage.

A côté de la pierre ou du marbre, le bois et la terre cuite ont été les matériaux le plus fréquemment employés dans la confection des sarcophages de type simple. Il semble qu’il y ait eu aussi des sarcophages en plomb”.

1 Par exemple, Renan, Miss, de P/ién. pl. i.. = Perrot, Hist. de l'art ,

t. 111, fig. 12U; Cesnola, Cyprus , p. 272, 282. — 2 Déjà par Renan; cf. Miss . p. 427. = Perrot, Ibid. fig. 135. — 3 Ilamdy Bcy et Rcinacb, Nécr. de Sidon. p. 30, fig. 10. — 4 Ibid. p. 32, fig. 11. — 5 Cf. Boelilau, Ans ionisch.

u. ilal. Nekrop. p. 14 sq. — c Ibid. fig. 9-11. — 7 Cf. Ath. Mitth. 1898, p. 361. — 8 Cf. Ath. Mitth. 1893, p. 165; 179 sq. — 3 Nombreux en Phénicie; cf. Perrot, Op. cit. III, p. 177; sarcophages rie plomb phénico-grecs au Musée de Boston; cf. Arch. Anz. 1897, p. 73. Fragment de sarcophage en plomb, provenant de Myrina; cf. Arch. Anz. 1900, p. 160. — 10 Dans le célèbre fragment de Simonide sur la mort de Danaé, le Xâpva; $at$àXeoç est en même

Les sarcophages en bois se rencontrent dans toutes les parties du monde grec et oriental. C’est, comme nous l’avons dit plus haut, le Xipva; ou coffret transféré de l’usage domestique à l’usage funéraire 10 ; mais le plus

souvent, ces sarcophages de bois ont niai résisté à l’injure du temps; on en a trouvé un grand nombre de débris dans les fouilles du tumulus de Koul-Oba, près de liertch, en Crimée 11 (fig. 6100 et 6101). ,\ côté de ceux qui portaient une riche décoration ou reproduisaient un type architectural, et dont il sera parlé plus loin, d’autres ont la forme simple d’une caisse en bois de genévrier, de cyprès ou d’if, dont on connaît la signification funéraire 12 ; le corps y reposait quelquefois sur des feuilles de laurier. Des trouvailles analogues ont été faites dans des lieux très différents du monde gréco - oriental , en Asie Mineure, à Gordion-de- Phrygie 13 ; en Égypte, à Abusir, près de Sakharah n. Pour l’Attique, Thucydide mentionne l’usage des cercueils en bois de cyprès16; un de ces sarcophages en bois, munis de pieds, paraît sur un loutrophore à figures noires [funus, fig 3346] 1G. Les fouilles en ont fait découvrir beaucoup de débris 1 • Quelquefois, la caisse en bois était renfermée dans un sarcophage plus grand en marbre18. Les sarcophages en terre cuite, de petites dimensions et non ornementés, se trouvent dans les nécropoles grecques à côté des sarcophages en pierre, mais souvent en beaucoup moins grand nombre; dans une des nécropoles de Samos, M. Bœhlau compte 6 sarcophages en terre cuite à côté de 123 sarcophages en marbre19. On en a trouvé également à Myrina 2U; pour la Grèce propre, à Tanagra * à Érétrie, à Sparte, en Attique22. Ce sont souvent des sarcophages de petites dimensions, en forme de cuves ovales, destinés à des corps d’enfants23 ; ici encore, le sou-

lemps colTret et cercueil. — U Notre figure reproduit un sarcophage de Kerleli. en bois, souvent publié; cf. Reinacli, Antiq. du Bosph. Cimm. p. 126, pl. nx\M, avec la bibliographie; voy. aussi. Antiquit. de la Russie mérid. fig- 1 K 11

— 12 Cf. Clin. Hist. nat. XVI, 33 ; Virg. Aen. IV, 506 ; Ov. Trist. III. [> 2|. — 13 Cf. Arch. Ans. 1001, p. 6. — >4 Cf. Arch. Anz. 1003, p- ■'

— 18 Time. II, 35. — 16 Mon. Inst. VIII, pl. iv, v. — 17 Cf. Ath. Mitth.

p. 185 srp — 18 Ibid. — 18 Boelilau, Op. cit. p. 13. — 20 Cf. Pottier-Reinacli, Nécr. de Myrina , p. 70, fig. 14. — 21 Cf. Bull, de corr. hell. 1888, p. 508 , A1’! Zeit. 1876, p. 144. — 22 Cf. Ath. Mitth. 1893, p. 103. — 23 Cf. Slackelborg, Gràb. d. llell. pl. vu et vin.

SAU

SAU

vcnii' du la baignoire parait avoir subsisté par tradition.

Sarcophages anthropoïdes. — Après le type simple ,.| commun du sarcophage sans ornementation, il f iut étudier les sarcophages décorés. Il convient tout d’abord de mettre à part les sarcophages « anthropoïdes » phénico-grecs, parce que le type en est isolé et qu’il dérive d’une tradition non hellénique. La série des monuments désignés, depuis Renan *, par ce nom tiré d'un texte d’Hérodote 2 a été éLudiée en détail par M. Th. Reinach, à propos des deux sarcophages de ce type trouvés dans la nécropole d’Ayâa 3. Nous n’avons qu’à résumer en quelques lignes les résultats de cette étude. Les sarcophages anthropoïdes, dont les Phéniciens ont emprunté le type à l'Égypte, reproduisent, de plus ou moins loin, par la forme de leur couvercle et de la cuve à laquelle il s’adapte, la conformation môme du corps humain. Seule la tête se détache nettement de l’ensemble et est sculptée dans tout son détail. Pour tout le reste du corps emmaillotté dans son linceul, les indications sont très sommaires (fig. (1102) Quelquefois cependant, dans les plus vieux

Fig. 6102. - Sarco-

pi, âge anthropoïde, exemplaires, les bras et les mains se détachent en demi-relief 5. D’une manière générale, il semble que l’évolution du type du sarcophage anthropoïde ait consisté à effacer toujours davantage la silhouette anthropoïde, d’abord sur la cuve, où elle est particulièrement choquante pour l’œil, ensuite sur le couvercle lui-même; il n’y a plus que la tète sculptée et détachée en médaillon pour en garder le souvenir. Tous ces sarcophages, sans exception, proviennent des territoires habités ou colonisés par les Phéniciens. Ils sont donc, même à l’époque grecque, des produits de la civilisation phénicienne. Mais ils doivent figurer dans une histoire des types de sarcophages dans l’antiquité grecque. La matière d’abord, dont ils sont fabriqués, qui est le marbre de Paros, et qui les distingue très nettement des anthropoïdes égyptiens, dénote un travail grec, et, plus encore, le style des têtes0.

Aussi bien il serait exagéré de dire que le type anthropoïde est resté complètement étranger à la nécropole grecque; on a mentionné plus haut, à Samos, en terre grecque, un sarcophage à cavité intérieure anthropoïde 7; el d y a, en somme, -dans le type des sarcophages de Clazomènes quelque chose de l’adaptation du réceptacle funéraire à la forme du corps humain 8.

Depuis les fouilles de Sidon, une nouvelle série de «couvertes a fait connaître une autre classe de ces monuments '. Les fouilles du P. Delattre dans les vieilles nécropoles puniques de Carthage ont ramené au jour, avec des sarcophages purement grecs, quatre sarcophages anthropoïdes. Le premier porte sur son couvercle

image sculptée, en haut-relief, d’une jeune femme vêtue un long vêtement plissé et d’un voile ramené en

ïVécj' / " " ll1 P* 7 1 - • — 2 Herod. II, 86. — 3 Harady licy et Reinach,

P 166 P- 134 sq. Pour votre ligure, voy. pi. xxxxu, n° 3. — 4 lbitl.

nac]J . A*llsi pour les nos 3, 28 et 44 du Catalogue de M. Reinach. — 6 Reij,.’, A,CÏ0^‘ P' 17fl- — 7 Boehlau, Op. cit. fig. 8. — 8 Cf. Winter, Arch. pt 7g g( j ’ * Comptes rendus Acad, inscr. 1902; Mon. Piot. 1905,

I s deux premiers sarcophages sont aujourd'hui au Musée du Louvre.

0103. — Sarcophage punique.

avant par la main gauche. Le type de la statue est analogue à celui des statues funéraires uniques du iv" siècle. Le second offre l'image d’un homme, un prêtre sans doute, en costume d’apparat, étendu de son long sur l’arête faîtière, la main droite levée à hauteur de l’épaule, la main gauche ouverte. Le couvercle du troisième sarcophage porte une image analogue, mais d’un type différent. Le quatrième est le plus curieux de tous ces monuments (fig. 6103) : la statue de prêtresse qui le décore, toute phénicienne de costume et d’attitude, était encore parée, au moment de la découverte, d’une éclatante et admirable polychromie i0.

On pourrait dire11 que dans ce groupe s’exprime le mieux le type anthropoïde, puisque la personne humaine y est représentée tout entière, dans tout son détail. Mais, d’autre part, il semble que les sarcophages de Carthage montrent la désorganisation de ce même type, puisque la figure humaine y est sculptée pour elle-même et entièrement détachée du couvercle, dont la forme est, au contraire, toute géométrique et hellénique : la figure se trouve assez singulièrement placée, tout le long de l’arête faîtière. D’ailleurs, on a trouvé dans la nécropole de Sainte-Monique, à côté de ces sarcophages anthropoïdes, de beaux sarcophages en marbre du type architectonique grec ordinaire12. Il n’est pas douteux que dès l’époque où nous reportent tous ces monuments, ive et 111e siècles av. J.-C., le type grec ne prît peu à peu la première place ; la forme anthropoïde dut disparaître bientôt pour ne renaître qu’aux temps chrétiens.

Sarcophages de forme architecturale , à décor peint ou sculpté. — Tous les autres types de sarcophages à caractère monumental sont des variantes du type primitif de la caisse rectangulaire en bois ou en pierre. Les formes particulières, trop nettement distinguées dans le travail d’Altmann sur les sarcophages 13 (sarcophagestemples, sarcophages-maisons, sarcophages-autels, sarcophages-lits) se ramènent à cette forme originelle. Elle est compliquée et diversifiée de deux manières u. En premier lieu, il y a un développement architectonique. La caisse rectangulaire est pourvue de supports et d’un toit à double pente. On peut expliquer le fait par l'imitation voulue, comme en Égypte, de la maison ou du temple, le sarcophage étant conçu comme la demeure du mort ; on peut l’expliquer aussi comme un emprunt à l’architecture du sarcophage en bois, où le toit à double pente et à fronton pouvait être nécessaire comme résistance à la poussée des terres ; cette disposition se trouve, d’ailleurs, même sur les coffrets de bois, Xàpvaxsç, qui font partie du mobilier grec [arca] 18. Ce premier développement appelle naturellement les autres additions

— 10 Mon. Piot , 1905, pl. vm. — H Cf. Tl». Reinach, Necr. p. 166. — 12 Cf. Mon. Piot. loc. cit. fig. 3. — 13 Allmanu, Àrchitektur u. Ornamentik d. antiken Sarkophage, Berlin, 1902. — 1* Cf. les intéressantes observations de Bulle, dans une critique du livre d’Allmann : Berl. phil. Woch. 1894, p. 1300. — 15 Sur le rapprochement à établir entre le Xàpv«£, coflret, et le Xàçva;, réceptacle funéraire, cf. Boehlau, Op. cit. p. 14.

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