PRÉFACE DE L'AUTEUR
Une partie considérable des matières que contient ce volume fut réunie pour mon instruction et mon amusement personnels, pendant un séjour de sept années dans le centre et dans le sud de l'Italie. Pour une personne qui arrive en ce pays, au sortir des études ordinaires d'une école publique et d'un collège, et qui a en outre l'avantage de s'entendre assez au dessin, les collections d'antiques ont naturellement un vif attrait, sans compter l'impression qu'elles produisent comme œuvres d'art accomplies. L'homme versé dans la connaissance de l'antiquité y aperçoit mille particularités qui échappent à l'observateur ordinaire, et qui éclairent bien des points de ses études antérieures, et lui expliquent des choses restées pour lui jusque-là dans un mystère complet, ou seulement entrevues vaguement, à travers le prisme souvent trompeur de l'imagination. Lorsqu'il observe, par exemple, les costumes représentés dans la peinture et la sculpture, et qu'il en examine de près les détails, il découvre un grand nombre de parties diverses, évidemment distinctes pour la forme et l'usage, dont quelques-unes s'expliquent facilement d'elles-mêmes, et lui remettent aussitôt à l'esprit les noms classiques qu'il ue connaissait que par routine. 11 s'en présente d'autres dont il lui semble difficile de déterminer le nom et l'emploi spécial. Il ne trouve pas d'abord ou les différences précises qui les séparent d'autres parties du vêtement d'un aspect à peu près semblable, ou les termes classiques par lesquels chacun de ces vêtements était désigné. Il est évident néanmoins que, du moment où ces différences existent dans les objets, elles étaient marquées dans la langue du peuple qui s'en servait. Si l'on connaît déjà les différents mots, on doit s'attendre à trouver les spécimens, pour en établir le sens, dans les représentations de l'art. Ces découvertes une fois faites, une lumière soudaine remplit l'esprit, dissipe les doutes, produit la conviction, et permet à l'observateur de dire avec une satisfaction intime : Ceci portait tel nom, cela était employé de telle manière ; je vois maintenant le sens de tel passage, de telle allusion ou de telle expression. C'est le retour fré-
vj PRÉFACE DE l'acteur.
quent d'impressions pareilles qui fit naître en moi l'idée de dessiner ou de noter chaque chose que j'observais et qui pourrait servir à éclairer la langue ou les mœurs de l'antiquité classique. Je lus surplace les auteurs; je consultai les nombreux ouvrages sur les antiquités qui traitent de ces matières, et par là mes connaissances devinrent peu à peu plus exactes et plus étendues. A la fin, le contenu de mon calepin et celui de mon portefeuille avaient à peu près les dimensions du présent volume, et renfermaient à cette époque (car je parle d'un temps bien éloigné) une qiautité de renseignemeuts qui eussent alors été tout à fait nouveaux dans la littérature, anglaise. Depuis quelques années, il est vrai, c'a été chez nous une disposition générale d'étudier le passé, et d'interroger avec curiosité les coutumes des âges écoulés, que cette étude eût pour objet notre nation ou les autres contrées; et plusieurs érudits, anglais et allemnnds, qui ont visité l'Italie ou qui y ont séjourné, se sont occupés plus particulièrementdansleursrecherches des antiquités classiques. Mais la plus grande partie de leurs ouvrages est consacrée à l'examen des institutions politiques de l'antiquité, et ils ont donné peu de place, en comparaison, aux habitudes sociales et à l.i vie domestique, que mon ouvrage a spécialement pour but de décrire et de figurer aux yeux. De plus, on n'a pas essayé jusqu'ici d'expliquer systématiquement, et mot par mot, la langue de la littérature ancienne par les œuvres de l'art ancien. Ces considérations m'ont porté à tenter de réunir mes fragments, espérant qu'ils pourraient, d'une façon à la fois agréable et utile, combler les lacunes ou compléter les aperçus trop rapides de traités plus considérables et plus savants.
D'après ce que j'ai dit, il est facile de concevoir la nature de cet ouvrage : en premier lieu, fixer le sens véritable de tous les termes, techniques ou autres, désignant un objet particulier, un produit de l'art, un travail des mains qui peut tomber sous la vue. Secondement, donner une idée nette de cet objet, en offrant une représentation fidèle de la chose elle-même, d'après quelque original classique, qui reproduisît les formes que les anciens avaient l'habitude de voir, et qui fît naître dans l'esprit les idées mêmes qu'ils concevaient. En dernier lieu, enfin, communiquer une connaissance générale des habitudes sociales et de la vie privée des Romains et des Grecs, sous la forme d'un vocabulaire, où fussent contenus tous les termes des artistes anciens qui se rapportent à ces matières; oij fût réunie, comme explication, d'après les propres dessins, une série de peintures de leurs costumes, de leurs maisons et des ustensiles des diverses professions, afin de noiis mettre en relatioji intiipe avec les Grecs et les ^ontiajps, et de nou§ le^ montrer, coqamç dan§ uti piifoir Hdèle,
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SOUS leurs traits véritables et leurs aspects familiers. A cet effet, nous avons ajouté à la fin du volume une Table analytique, formant un ensemble systématique, et contenant des listes séparées de tous les mots qui se rapportent à un sujet donné, classés sous des chapitres distincts. De la sorte, en renvoyant de l'ordre adopté dans cette table aux explications données à chaque terme, tout ce qui a rapport à une question particulière se trouve concentré sur un seul point, comme si l'on n'avait affaire qu'à un seul article : on embrasse d'un coup d'œil tout l'ensemble, on «'initie en même temps aux diverses dénominations classiques qui s'y rattachent, et aux différences ou aux analogies de celles qui ont une certaine parenté de sens, sans être synonymes.
Nous prenons le latin comme base, de préférence au grec, pour des raisons faciles à concevoir. Ét;mt plus connu, il donne à l'ouvrage une portée et un intérêt plus grands. Mais les synonymes grecs, quand leur correspondance est bien établie, sont placés entre parenthèse à côté des mots importants, et toute différence essentielle entre les usages des Grecs et ceux des Romains est marquée dans le texte, un index des mots grecs par ordre alphabétique, avec leurs synonymes latins, y est joint aussi. Il montrera juxtaposés les termes qu'emploient dans le même cas les deux langues, et permettra de se reporter aussi facilement aux mots grecs que s'ils avaient été introduits par ordre alphabétique dans le corps du volume. Nous n'avons pas la prétention et nous n'avons jamais eu le dessein d'offrir une analyse aussi complète de la langue grecque que de la langue latine; les auteurs grecs ne sont cités non plus que dans les cas particuliers où il était nécessaire d'y recourir; mais, comme rien d'essentie n'a été omis, cet ouvrage suffira pour mettre sur la voie d'études plus approfondies.
Dans le choix des autorités empruntées aux textes, on s'est toujours proposé de prendre de préférence, quand la chose était possible, les mêmes passages que ceux que les dictionnaires citent d'habitude, et de les placer immédiatement aprèsi'assertionqu'ilsdoiveutconfirmer,entre parenthèses et sans interrompre le texte, de façon que le livre puisse servir à tous ceux qui s'intéressent aux sujets dont il traite, non-seulement par les secours qu'il donne pour l'étude des langues, mais par les connaissances populaires qu'il communique. Comme règle générale aussi, quand un mot se rencontre par occasion dans un auteur appartenant à l'époque florissante de la littérature, mais que le caractère précis de l'objet qu'il désigne est établi par des descriptions ou des inductions empruntées à des écrits d'une époque très-postérieure, on renvoie aux deux passages : J'un, pouj" constater i'epapjoi véritable et pjriinitif du terme, à l'autre pour
Viij PREFACE DE L'AUTEC».
décider rexpllcation propre qu'il en faut donner. Mais, pour les mots qui se rencoatreut à cliaque instant, et dont le sens est assez généralement connu et admis pour n'avoir pas besoin de confirmation, on a cru suffisant de citer seulement les noms de quelques-uns des meilleurs auteurs où on les trouve, sans indiquer des passages particuliers.
Il est souvent impossible de fixer le sens exact de certains termes et \e caractère précis des objets qu'ils désignent, sans avoir recours aux détails et aux témoignages fournis par les auteurs des périodes inférieures de la littérature classique. De là vient qu'on s'est appuyé souvent sur les grammairiens, les scholiastes et les inscriptions ; on n'y a cherché ni la bonne latinité ni les étymologies exactes; on ne les a pas pris comme des guides infaillibles, mais comme une source utile d'un certain prix, quand leur témoignage est confirmé par d'autres autorités, surtout par les représentations de l'art; car, si l'on ne veut admettre comme valables que des preuves tirées des auteurs des meilleurs temps de la littérature, on sera entraîné souvent par la seule absence de ces autorités à des idées aussi fausses sur les coutumes de l'antiquité que si on admettait, par un excès opposé, tout ce qui est écrit , sans le discuter avec une critique sévère et impartiale. Pour citer un exemple entre beaucoup d'autres, Beckmann, auteur d'ailleurs fort estimable, prétend, dans ['Histoire des Inventions, que les presses pour étoffes ne furent découvertes qu'au dixième siècle, parce que, comme il le dit, il n'a rencontré aucun passage où l'on fasse mention de ces machines. Mais quand l'établissement d'un foulon fut trouvé dans les fouilles de Pompéi (engloutie par l'éruption du Vésuve de l'an 79 après J.-C. ), on découvrit la représentation d'une presse à étoffes, construite exactement comme celles dont on se sert aujourd'hui, parmi d'autres peintures qui reproduisent différentes opérations du métier sur un pilastre de l'édifice; et Ammien Marcellin, écrivain fort antérieur à la période fixée par Beckmann, puisqu'il vivait au quatrième siècle, donne distinctement le nom de pressorium à une machine de cette espèce. Toutefois il ne faut pas méconnaître qu'on doit apporter une prudente réserve et un degré convenable de scepticisme critique, pour ne point se laisser entraîner à donner comme certain ce qui n'est que douteux et à avancer de pures hypothèses comme des vérités démontrées. Dans cette conviction, je me suis imposé comme une obligation essentielle de marquer tous les degrés qui m'avaient conduit à mes conclusions, citant impartialement les raisons et les autorités, m'efforçant de ne jamais affirmer, à moins que je ne crusse avoir des motifs suffisants pour le faire, notant toujours les points sur lesquels il pouvait rester des doutes, et, dans les cas où les autorités semblaient se balancer et où les savants n'étaient pas
PRKFACK DK L AUTEIR. IX
d'accord, produisant fidèlement les arguments de part et d'autre avec les témoignages qui les appuient.
Il n'est guère nécessaire de s'étendre sur l'avantage d'employer la représentation des œuvres d'art comme secours pour interpréter les textes. TJne description, quand elle est assez nette et assez circonstanciée, peut donner toute l'instruction désirable ; et pourtant les idées n'en deviendront que plus claires si on voit une représentation fidèle de la chose elle-même. Ce qui est tracé avec la plume n'est pas plus net et plus véridique, n'emporte pas plus la conviction que ce qui est tracé avec le pinceau ou le burin. Au contraire, l'avantage est souvent du dernier côté. Mais quand les deux se soutiennent, comme ici, s'éclairent réciproquement, suppléant à l'insuffisance l'un de l'autre et se confirmant par leurs témoignages mutuels, c'est alors que la peinture a tout son prix et qu'elle présente le meilleur moyen de donner des idées exactes et d'éclaircir des points difficiles d'une façon qui persuade immédiatement. Prenez, par exemple , les expressions hasta amentaia et hasia ansata, qu'on rencontre pour désigner une espèce particulière de lances : toutes deux sont données dans les dictionnaires comme des termes synonymes, quoique les notions élémentaires renfermées dans ces adjectifs soient entièrement distinctes ; le susbtantif amenium désigne, en effet, un objet analogue à une lanière droite, et ansa, quelque chose de courbé en forme de bride ou de poignée. La langue elle-même marque donc que les deux objets ne sont pas identiques; mais on n'avait pu établir la distinction d'une façon positive, et probablement on ne l'aurait jamais fixée sans la découverte de deux dessins antiques, l'un sur un vase grec qui présente une lance avec une courroie {amentum)^ attachée au bois, comme le montre la gravure au mot Amentum ; l'autre sur les parois d'une tombe à Paestum, qui nous montre une lance avec une poignée demi-circulaire ou en forme de bride {ansa) , attachée au bois, par laquelle on passait la main, comme on le voit dans la gravure au mot Ansatus. Puis, pour les analogies qui existent entre des mots de même famille et les objets qu'ils désignent et qui, sans la connaissance des formes qu'avaient jadis ces objets, recevraient une interprétation erronée ou du moins imparfaite, prenez les mots latins ancon, ansa, ancile, anquina, et les mots grecs à^xtov, à^xiiXT], «Yxolvr). Tous renferment la même notion élémentaire, celle d'une courbure ou d'un creux, comme celui que produit l'articulation du coude ;et l'on s'apercevra, en se reportant aux différents objets représentés sous chacun de ces mots, que cette propriété particulière constitue dans tous un trait essentiel, quelque différents que puissent être à d'autres égards leurs formes et les usages
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auxquels on les employait. Dans la langue de la poésie surtout, qui tire souvent son charme de quelque épithète explicative suggérée par les œuvres de l'art, il est évident que la beauté particulière de plusieurs expressions sera perdue ou imparfaitement appréciée, si nous n'avons pas une connaissance suffisante des formes que le poëte avait dans l'esprit lorsqu'il écrivait.
Quant aux gravures, qui forment le trait caractéristique de ce livre, les principales conditions requises sont qu'elles soient tirées d'originaux authentiques, ex(^cutées avec fidélité, et assez distinctes dans les détails pour présenter sans confusion les points particuliers qui doivent venir à l'appui du texte.
Pour ce qui regarde V authenticité des gravures, je puis déclarer qu'il y en a peu dont je n'aie vu par moi-même les originaux. Mais, dans tous les cas oij un dessin a été fait de seconde main, c'est-à-dire sur un livre ancien ou une vieille gravure, ou toutes les fois qu'il a paru possible que la copie dont il était pris eût été exécutée inexactement ou corrigée d'une façon quelconque; toutes les fois, en un mot, que je n'ai pu, daus les limites de mes connaissances, me porter garant de la fidélité de la reproduction, j'ai cité l'ouvrage auquel j'empruntais la gravure, de manière à donner, pour le dessin du moins, une autorité responsable. Dans les autres cas, j'ai cru suffisant de mentionner seulement la nature de l'œuvre qui servait d'original à chaque gravure, peinture, statue, pierre gravée, etc.; car je me suis toujours proposé de maintenir ce volume dans des limites aussi restreintes que le permettait une exécution convenable de la tâche dont je m'étais chargé De toutes les gravures, qui représentent près de deux mille objets différents, cinquante seulement sont prises d'autres originaux que des modèles grecs ou romains. La moitié de ces dernières sont dessinées d'après Us antiquités de l'Egypte, et sont données sans hésitatioiï, parce qu'elles prouvent l'emploi familier de certains objets, longtemps avant le commencement de l'histoire authentique en Europe; comme nous savons combien les Grecs empruntèrent à l'Egypte, et que nous connaissons les relations qui s'établirent entre les Romains et ce peuple, on peut y voir avec confiance des inventions transmises aux âges classiques d'une période plus reculée. Douze sont reproduites d'après les modèles employés encore aujourd'hui, principalement en ^sie, en Grèce ou en Italie : car ces pays ont conservé beaucoup de leurs mœurs priiniiives, et ont gardé presque sans altération plusieurs des usages de leurs ancêtres. Trois sonttirées d'originaux chinois, on les a introduites parce qu'elles servent à expliquer certains termes, qui autrement ne sont pas faciles a comprendre, et qui ne sont pas exactement entendus.
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On peut remarquer que plusieurs costumes et plusieurs objets, maintenant particuliers à ce peuple primitif, ont une ressemblance frappante avec des ustensiles et des vêtements en usage aux époques classiques de la Grèce et de l'Italie; d'ailleurs la découverte de bouteilles de porcelaine, portant des lettres chinoises, dans plusieurs des tombes les plus anciennes, de l'Kgypte, témoigne des relations établies primitivement entre ces pays. Neuf figures seulement ne sont pas tirées d'originaux existants, mais sont composées d'après des textes pour donner une idée claire et déterminée de certaines expressions qu'une figure explique plus facilement qu'une description ; pour prévenir tout malentendu, nous avertissons le lecteur et nous donnons le nom de l'érudit ou de l'éditeur dont elles sont l'ouvrage.
En ce qui concerne la ^de7«7e de l'exécution, condition essentielle dans des travaux de ce genre, nous n'avons pas épargné nos peines pour y arriver. Plusieurs des dessins ont été faits sur bois, d'après des dessins ou des esquisses exécutées par moi-même ; tous ont été corrigés sur la planche par le dessinateur sous ma direction ou de ma main, quand cela était nécessaire, et par le graveur, après son travail, sur des épreuves retouchées par moi-même ou sous mes ordres.
Quanta \a précision et à la clarté des détails, il faut prendre en considération les proportions réduites des dessins, qui, dans un ouvrajie d'utilité et non de luxe, et où les figures abondent comme ici, deviennent une condition nécessaire. Cependant, toutes réduites qu'ellessont, si le lecteur \eut seulement prendre la peine d'examiner de près les particularités désignées par le texte à son attention, il trouvera que nos gravures manquent rarement d'expliquer ce qu'elles ont à expliquer, sinon au premier coup d'oeil, du moins après un peu de pratique et quand l'esprit s'est familiarisé avec les points précis et distincts qu'on veut lui faire étudier. Mais, toutes les fois qu'il m'a semblé qu'on distinguait mal, soit par défaut de précision dans le dessin, soit par la confusion résultant de lignes inutiles, j'ai cité quelque autre gravure où une représentation du même objet est donnée sur une plus grande échelle ou avec plus de perfection, et où on le voit plus distinctement.
En choisissant les gravures, j'ai eu constamment pour but d'introduire les moins vulgaires et les moins rebattues, de préférence à celles qu'on peut trouver ou auxquelles on renvoie d'habitude dans d'autres ouvrages qui touchent à des sujets analogues : de cette façon, la somme des autorités empruntées à la peinture, et formant un fonds commun auquel on peut se reporter utilement, est à la fois plus variée et plus considérable. Mais, dans les cas où il n'existe qu'un spécimen connu, il n'y a pas d'autre al-
Xij PRKFACK DE L AUTKUR.
ternative que de le reproduire; ou bien, lorsque entre plusieurs il en est un plus complet et plus déterminé dans les détails, qui fournit une figure meilleure et plus satisfaisante que tous les autres, comme ce qu'on appelle un locus classicus en littérature, j'ai senti qu'il fallait le donner de préférence. Chaque dessin, en effet, est ici un commentaire pratique du sens des mots, adressé à l'esprit par la vue, et non pas une gravure d'agrément, destinée à embellir une page d'impression.
ABACUmS (àêxxîffjioç). Petit carreau ou cube de verre , ou d'une composition imitant la piei re, peint de différentes couleurs et employé comme pièce de marqueterie dans les pavés de mosaïque ( Plin. Hist. Nat. xxvi, 67 ; Moschus ap. Athen. V, 41). La gravure représente
une partie de l'ancien pavé de mosaïque de l'église de S. Croce in Gentsalemme, à Rome.
ABACUS (â6a$). Généralement, table rectangulaire de pierre, de marbre, de poterie , etc. ; on donne aussi ce nom , dans un sens plus particulier, à divers autres objets qui ont la forme d'une tablette plane.
1. Une tablette employée dans des opérations d'aritbmétique et faite pour calculer par dizaines : semblable à celle
llliiUi
liJmfaioerfn.ee. c. x. i. a.
dont se servent encore les Chinois (Davis,
China, ch. 19), et qu'on appelle communément la table de Pythagore. La gravure représente un original publié pour la première fois par Velser {Histor. Augustan.). Il est divisé en compartiments par des rainures parallèles qui le traversent : dans chacune est introduit un certain nombre de chevilles avec un bouton à chaque extrémité, pour qu'elles puissent se mouvoir le long des rainures sans en sortir. Les chiffres représentés par les chevilles dans chaque rainure sont marqués sur la rainure même : les plus longues, au bas, désignent les unités; les plus courtes, au haut , les décimales.
Une table couverte de sable était emj)loyée pour le même usage : les lignes étaient tracées pareillement sur le sable , et, au lieu de chevilles, on se servait de cailloux pour faire lescalculs(Pers. 5a/. r, 131). Cette table était désignée par le même nom, aussi bien que la table dont se servaient les géomètres pour tracer leurs figures (Apul. Apol. p. 429 Farior.).
2. Une table de jeu , partagée de la même façon en compartiments , servait pour un des anciens jeux de hasard et de calcul : probablement , celui qui se rapproche le plus de notre trictrac, le ludus duodecim scriptorum, ou le jeu des douze lignes (Caryst.
ap. Athen. x, 46).
La gravure représente un original en marbre, de l'ère chrétienne, trouvé dans des fouilles à Rome. Ou remarquera qu'il
ABACUS.
ABACUS.
est divisé, comme nos trictracs, en quatre tables séparées par des lignes entrecroisées de chaque côté , et que chaque côté lui-même est divisé en douze compartiments, par le même nombre de lignes, d'où vient le nom de duodecim scripta.
L'inégalité des lignes sur lesquelles se mouvaient les pièces et des intervalles qui les séparent, tenait à la nécessité de laisser assez de place pour une inscription grecque qui , dans l'original , couvre le centre, mais qu'on a omise dans la planche pour plus de commodité. En voici le sens, suivant la traduction de Saumaise : « A ceux qui jouent ainsi aux dés, Jésus- Christ donne assistance et victoire lorsqu'ils écrivent son nom avec les dés ».
La tal)le ici figurée était employée dans \m jeu mêlé de hasard et de calcul , tel que notre trictrac : c'est ce que prouvent les ligues tracées sur sa surface, qui forment les points sur lesquels les jetons se mouvaient ; c'est ce que prouve aussi l'inscription qui implique que le déplacement des jetons était déterminé d'abord par le hasard d'un coup de dé. Le nom A^abacus était celui qui convenait le mieux à la table employée pour un tel jeu : cela est visible par la nature de sa surface divisée en lignes parallèles et ressemblant exactement pour l'aspect à la table à compter ; cela est encore visible par cette circonstance que c'était en réalité une table sur laquelle on comptait des chiffres. En effet , on y additionnait les chiffres amenés par le dé pour déterminer le dvplacement des jetons. Voir l'épigramme grecque citée par le docteur Hyde, et Christie {Auclent greek games, p. 42), où un jeu semblable est décrit en détail.
3. On appelle aussi abacus la table de jeu employée dans un autre jeu de calcul fort ancien, le ludus latrimculorum ; mais elle se rapproche plus de nos échiquiers et de nos damiers (Macr, 5a^. i, 5).
Quoi(pie de pareils jeux remontent à une très-haute antiquité et qu'ils soient représentés à la fois par les artistes égyptiens et par les artistes grecs, cependant on n'a pu établir la manière précise dont la surface de la table était divisée. En effet, elle est toujours présentée de profd et [
l'on ne voit que les hommes et non la face de la table. Voyez LAXàCNCCLI, Tabula, Latbuncularia.
4. \J abacus était encore im buffet pour exposer la vaisselle d'argent, les vases à boire , et les ustensiles de table dans le triclinium ou salle à manger (Cic. Ferr. iv, 16 ; Juven. m, 204 ; Plin. H, TV. xxxvii, 6). La figure, copiée d'a-
près une lampe d'argile, représente un de ces buffets avec l'argenterie qui le couvre. Il se compose de deux tables, l'inférieure supportée par deux pieds , et la supérieure par un pied en console , qui repose sur la tal)le inférieure. Les buffets du genre le plus simple étaient de marbre , et les plus précieux de bronze ; la surface en était quelquefois percée de trous pour recevoir les vases qui se terminaient en pointe ou par une base étroite, et qui, par conséquent, ne pouvaient se tenir debout. C'est là , à ce qu'il semi)le, l'interprétation la plus naturelle de multiplices cavernx dans un passage de Sidoine Apollinaire (6'rtr/n. xvil,7,8); car le terme dont on se sert pour marquer qu'on étale de la vaisselle sur un buffet est expoiiere (Petr. Sat. 73), et il serait employé à tort si , d'après le sens reçu^ ces caveritœ étaient des compartiments, comme les cases d'un cabinet où l'argenterie serait plutôt cachée qu'étalée.
6. Une tai)lede marbre employée pour revêtir les parois d'une chambre (Plin.
H. N. XXXV, 1). Quelquefois toute la surface de la paroi était rouverte de ces tables, comme on le voit dans un appartement du palais de Didon , d'après le Virgile du Vatican; quelquefois on n'y appliquait que des caissons ou des pan-
ABACU8. oeaux comme ornement ; et comme l'ex-
travagance est ordinairement accompagnée de mauvais goût, de temps en temps le marbre lui-même était peint (Plin.
H. N. XKXlli, 6G) ; quelquefois enfin un revêtement de stuc ou de ciment blanc et dur, qui pouvait recevoir un très-grand poli , était détaché par la scie de la paroi d'une vieille maison et appliqué comme aftaciis au lieu de marbre. Voyez , dans Vitruve, vil, 3, 10, un passage que Becker, dans son Gallus, p. 2Z, n. 11 de la traduction anglaise, applique aux buffets, mais évidemment à tort.
6. Une tablette carrée que les premiers constructeurs plaçaient sur la tête de leurs colonnes de bois : ils ménageaient ainsi une large surface plate pour recevoir la poutre qui supportait le toit, et ils préparèrent ainsi la création des chapiteaux (Vitr. IV, 1,11).
Il est à croire que cette simple tablette resta pendant une assez longue période l'unique chapiteau ; et dans l'ordre dorique, le plus ancien et le plus simple des ordres grecs, elle ne perdit jamais son caractère original ; mais elle demeura encore, avec l'unique addition d'un autre membre plus petit (Vechinits), la partie proéminente et la plus imposante du chapiteau. L'invention d'ordres d'architecture plus riches modifia la grandeur, la forme et le caractère de Vaèactts, quoique le nom se conservât toujours et s'appliquât au couronnement de tout chapiteau. Ces variétés sont expliquées et éclaircies tout au long, au mot Capitu- LUM.
La figure représente une de ces tombes sculptées dans le roc à Beni-Hassan, que M . Georges Wilkinsou fait i-emouter
ABOLLA. 3
jusqu'à 1740 avant J.-C. Elle est tout à
fait curieuse pour les traces primitives qu'elle a conservées de ce style de construction que le travail, l'art et le raffinement des Grecs perfectionnèrent peu à peu et embellirent jusqu'à ce qu'il arrivât à la plus parfaite de toutes les constructions , le temple dorique. Il n'y a là ni base ni plinthe; les colonnes sont cannelées; le chapiteau se compose d'un simple ahacits; une seule poutre ou architrave forme l'entablement et supporte une sorte de corniche sculptée qui prétend imiter un toit de roseaux : et comme il n'y a pas de frise (zopitorus) entre elle et l'architrave, nous pouvons la rapporter par induction à une période où les bâtiments étaient seulement couverts ytar un toit extérieur (tecturn), sans soffile ou plafond ( cœlum ) ; car les poutres qui formaient le plafond se montraient extérieurement par cette partie qu'on ap|iela dans la suite une frise. Voy. Zophobus. ABOLLA. Manteau fait de toile mise en double (Serv. «</Virg. jEii. v, 421), et attaché par une broche sous le cou ou au haut de l'épaule. Ce vêtement était porté dans l'origine par les soldats, comme on le voit dans la gravure prise de la colonne Trajane. Les habitants des villes s'en servirent au lieu du costume civil (la toge), pendant les périodes de troubles ou d'invasion étrangère ( Varr. ap. Non. s. v.). Dans la suite, l'usage en
ABSIS.'
devint plus commun, et toutes les classes s'en servirent comme d'une partie du costume ordinaire ( Juv. iv, 76; Suet. Cal. 35). Il ne différait pas matériellement du sagum, mais l'étoffe en était plus fine, et il était moins ample. Aussi Martial rccommande-t-il aux voleurs de ne pas porter une aholla, parce qu'elle n'était pas assez large poiir cacher sous ses pans les objets dérobés (Jtfart. E^. Vlii, 48).
2. Abolla major. C'était une large couverture dont s'enveloppaient les philosophes grecs, plus particiilièrement les Cyniques, qui, comme ils ne portaient pas d'autre vêtement de dessous , jetaient autour d'eux pour la décence une pièce d'étoffe fort ample (Mart. Ep. iv, 53).
De là vient que l'expression facinits majoris aboli x (Juv.
Sat. III, 115) veut dire un crime commis par un philosophe grec. Le vêtement est mis pour la personne qui le porte : de même que notre phrase « la longue robe »
s'applique à tous ceux qui suivent la carrière du droit. La figure représente Heraclite d'après une pierre gravée.
ABSIS ou APSIS. Enceinte demi-circulaire qui terminait toute chambre rectangulaire, et qui formait ce qu'on appelle vulgairement alcôve ( Pliii. Ep. ii, 17, 18). On pratiquait ordinairement un
enfoncement de cette espèce dans les cours de justice (basilicx), pour avoir une place convenable qui reçût les sièges des juges ; il eu était quelquefois de même dans les temples : c'était alors comme une niche pour la statue de la divinité à qui était consacré l'édifice. On le voit par la figure qui monti-e, telle qu'elle subsiste maintenant , Vabsis du temple de Rome et de Vénus , bâti par l'empereur
Hadrien. Comparez aussi la figure au mot Adytum , où l'on voit le plan d'une partie d'édifice toute semblable.
ACAPNA , se. Ligna ( âxaTcva ; poét.
Savà, ■Ké.-^Y.ac^a.). Expression empruntée à la langue grecque et désignant le bois à brûler qui a subi une préparation pour l'empêcher de fumer quand il est placé sur le feu. On préparait ce bois de trois façons différentes : 1° en enlevant l'écorce, puis en le plongeant longtemps dans l'eau, et en le faisant enfin complètement sécher avant de s'en servir (Theophr. Hist. Plant. XV, 10) : l'effet de ce procédé est maintenant bien connu, car on a éprouvé que le bois transporté par eau par des trains brûle plus vivement et répand moins de fumée que celui qu'on amène simplement par terre; 2" en le plongeant dans l'huile ou dans la lie d'huile, ou en versant de l'huile à sa surface ( Cato, R. «.130; Plin. Hist. Nat. XV, 8 ) ; 3" en le faisant sécher et durcir au feu jusqu'à ce qu'il eût perdu la plus grande partie de son humidité, mais sans le réduire entièrement à l'état de charbon. Cette dernière espèce de bois s'appelait aussi du nom particulier de cocta ou coetilia (Mart. Ep. XIII, 15).
2. Âcapnon mel. Miel pris de la ruche sans enfumer les abeilles ; on le regardait comme la meilleure sorte de miel ( Colum. VI, 33, 2 ; Plin. H. N. xi, 15).
ACATIUM (à^tàxiov). Petit vaisseau, mais bon voilier, appartenant à la classe des vaisseaux nommés actiiarise, c'est-àdire qu'on manœuvrait aussi bien à la rame qu'à la voile. H était plus particulièrement employé par les pirates grecs (Thucyd. iv, 67) , muni et armé d'un bec ( roslrum) : la poupe en était arrondie et courbée en dedans ( inflexa ; Plin. Hist. Nat. ix, 49 ), forme trèscommune dans la marine des anciens, comme on le verra par plusieurs gravures dans le cours de ce livre. (Voy. Ac- TCARics, Aphractus). Il est donc tout à fait probable que les différences caractéristiques de ces vaisseaux consistaient plus dans la nature de leur gréement que dans la forme de la coque (Voy. n" 2).
2. Le même mot s'employait aussi en l^rlant du gréement d'ini vaisseau : quel-
ACCENSCS.
ACCIKCTCS.
quefois il désignait une voile, quelquefois un mât; mais quelle voile ou quel màt, on ne le voit nulle part, Xénophon {^Hellen. VI, 2, 2") parle des acatia comme de voiles, mais par opposition aux voiles plus larges; Hésychius et Isidore (Or/o-.xix, 3, 3), au contraire, prétendent que Vacatium était la plus large voile du vaisseau et s'attachait au grand mât ; tandis queJulius Pollux (l, 91) et Hésychius, dans un autre passage, affirment que ce n'était point du tout une voile, mais un màt , et le plus gros ou le grand mât. Parmi toutes ces opinions contraires , une seule chose est certaine , c'est que Vacatium était spécialement inventé pour naviguer rapidement avec des veiRs doux. Si l'on peut hasarder une conjecture, toute la difficulté disparaîtrait en admettant que ce mot désiguait à la fois et le mât et la voile qui lui est propre ; que c'était un màt gréé à la façon de ceux des pirates, à qui ce nom était spécialement attribué : par exemple, un mât plus haut et plus léger que ceux qu'on employait habituellement, muni aussi de voiles plus petites, probablement d'un hunier audessus de la grande voile , qui aurait été plus commode pour la manœuvre, et meilleur pour naviguer par un beau temps, que le pesant mât ordinaire avec ga vergue gênante. Ainsi Iphicrate, dans le passage de Xénophon auquel nous avons déjà renvoyé , arma ses vaisseaux de la sorte pour être prêt dans toute conjoncture, il laissa derrière lui les larges voiles ordinaires (ta [ASY^Xa toTÎa), par conséquent les mâts pesants auxquels elles étaient suspendues , et munit ses navires de mâts et de voiles (àx^-ctot;) tels que ceux dont se servaient les pirates pour leurs vaisseaux, parce qu'il obtenait ainsi une marche plus rapide et qu'il fallait moins de bras pour la manieuvre, en cas qu'il fût forcé d'en venir à un engagement.
ACCENSUS. Officier civil attaché au service de plusieurs magistrats romains, les consuls , les préteurs et les gouverneurs de provinces (Varr. L. L. vu, 58 ; Liv. m, 33). Il était généralement l'affranchi de la personne qu'il servait {Cic. ad Quint. Fr. I, 1, 4), et son de-
^vd
voir était de convoquer le peuple aux assemblées, d'appeler devant le tribunal les parties engagées dans un procès, d'y maintenir l'ordre (Cic. /. c. 7 ) , et de proclamer l'heure au lever du soleil , à midi et au coucher du soleil (Plin. H.
2. Les ÂCCBNSI militaires étaient, dans l'origine , un corps de soldats surnuméraires destinés à remplir les vides que pouvaient causer dans les liions la mort ou d'autres accidents ( Festus, s. v. Adcensi); mais, dans la suite, on en forma un corps séparé, appartenant à la levis armatura ou aux troupes armées à la légère, et relégué parmi celles qui occupaient l^dernier rang. Ils étaient choisis ans la cinquième classe du cens de Ser- Vius (Liv. I, 43), n'avaient ni armure ni armes offensives, à proprement parler, mais combattaient du mieux qu'ils pouvaient de leurs poings et avec des
pierres, pugnis etlapidibus depugnabant (Varr. ap. Non. v. Decuriones), précisément comme on le voit dans la figure cijointe, prise delà colonne Trajane. Sur le champ de bataille, ils étaient postés à l'arrière-garde de toute l'armée et formaient la dernière ligne derrière les Rorarii, d'où l'on pouvait les porter en avant pour diriger des attaques selon que l'occasion le demandait (Liv. vill, 8 et 10).
ACCINGTUS. Dans un sens général, ceint, équipé, ou muni de tout. Mais le mot s'applique plus spécialement aux soldats, et alors il implique que le soldat a ceint son épée ou , en d'autres termes , qu'il est armé comme doit l'être un sol-
ACCDBITALIA.
dat (le service, ainsi qu'on le voit dans la figure prise de la colonne Trajane, et pla-
cée à droite dans la gravure. De là, miles non acclnctus signifie un soldat sans son épée ou, pour ainsi dire, sans sei armes de côlé , que , sous un système relâché de discipline, on ôtait quand on était employé à des travaux de campagne , à des fortifications, etc. Les soldats les mettaient alors en faisceau sur le sol , avec leurs boucliers et leurs casques à côté, comme le montre la figure placée à gauche de la gravure et pri->e aussi de la colonne Trajaue. Sous une discipline sévère, un pareil usage n'était pas toléré; on ne mettait de côté que le houclier et le casque , mais le soldat était toujours acclnctus ou armé de l'épée (Tac.
yinn. XI, 18; Veget. Mil. m, 8).
ACCUBITALIA. Diverses pièces d'un lit ou d'une couche pour les repas, compi'enant les coussins ou les oreillers , les matelas, le couvre-pied, comme on le voit dans les deux figures suivantes (Valerian ap. Trebell. Claud. l4).
ACCÛBITIO. L'action de se coucher près de la table f^C\c. Senect. 13), comme elle décrite au mot AcccBO.
ACCUBITUM. Espèce particulière de couche employée pour les repas, et qu'on substitua sous l'empire au lecttts tricliniaris (Schol. Vet. ad Jnv. Sat. v, 17 ; Lamprid. Elagah. 19). La forme particulière de ce meuble n'est décrite nulle part ; mais, comme les mots accuho, accumho, accuhitus, dans leur signification précise , ne se rapportent qu'à une seule personne, il est assez raisonnable d'en conclure que Vacctd'itum était un sofa fait
pour recevoir une personne seule ; de plus, la gravure ci-jointe , prise d'un ancien marbre romain ( Symeoni, Epitaffi antichi, p. 51; Lione, 1558), prouve
qu'on se servait de sofas de ce genre dans les repas. Il est facile de comprendre la raison qui les fit introduire : on voulait qu'un nombre quelconque d'hôtes pût participer commodément au festin par l'addition de sofas sup|)lémentaires (Lamprid. Alex, Sev. 34); tandis que le lecliis triclinarius ne pouvait recevoir que neuf personnes.
ACCIIBITUS, même sens qu'AccuBI- Tio (Stat. Jcli. I, loy).
ACCUBO ( xaTaxÀîvo(ji.at). Etre couché à table, position adoptée d'ordinaire par les anciens à leurs repas. Cette posture, comme on le voit clairement dans la figure prise du Virgile du Vatican, te-
nait le milieu entre se coucher tout à fait et s'asseoir : les jambes et la partie inférieure du corps étaient étendues de toute leur longueur sur un sofa, pendant que la partie supérieure du corps était légèrement élevée et supportée sur le coude gauche, qui reposait sur un oreiller : le bras droit et la main droite étaient ainsi laissés libres, pour qu'ils pussent s'étendre et prendre \A nourriture.
Quant à la manière de disposer les sofas, les questions de préséance et la position des différentes places, voy. le mot Lectcs triclinarius.
■fendant la dernière période de l'histoire romaine, les hommes et les femmes
ACCCMBO.
ACETABCLUM.
prenaient ensemble leurs repas, étendus sur des lits ; mais les Grecs considéraient une telle posture comme indécente pour les femmes ; aussi leurs femmes étaient-elles assises à une table séparée ou à l'extrémité de la couche, sur laquelle les hommes seuls s'étendaient , comme on peut le voir dans la figure prise d'un marbre grec du Musée de Vérone représentant un repas de funérailles (ca/ia
feralis. Les mêmes habitudes régnaient aussi chez les Romains avant la corruption des mœurs, résultat de l'opulence et de la conquête.
ACCUMBO. Ce mot désigne proprement l'action de prendie place à une couche qui sert aux repas , par opposition à acciibo, qui se dit d'une personne déjà étendue. Il ne s'applique qu'à une seule personne, et se distingue de discitmho , qui s'applique à plusieurs personnes ou à la compagnie entière. Mais ces différences ne sont pas toujours observées.
ACERRA (XtêavwTpiç). Petite boîte carrée avec un couvercle ( arca /uralis, Serv. ad Virg. ^n. v, 745), qui contenait l'encens dont on se servait pour le sacrifice (Âcerra turis cuslos , Ov. Met. XIII, 703; Hor. Od.
III, 8, 2). La figure est prise d'un bas-relief du musée du Capitole à Rome, sur lequel sont sculptés plusieurs
ustensiles employés pour les sacrifices.
L'encens lui-même n'était pas brûlé dans Vacerra ; mais la boîte était portée à l'autel par uu assistant du prêtre , comme on le voit dans la figure ci-jointe, prise d'un bas-relief à Rome. L'assistant porte la boite dans la main gauche , un vase pour verser les libations devin (capis) dans la main droite, et la peau d'une victime sur le bras gauche. Quand on voulait se servir de l'encens, on le prenait dans cette boîte et on le répandait sur l'autel brûlant : d'où l'expression Uhare acerra (Ov. Pont, iv, 8, 39; Pers. Sat. H, 5).
2. Suivant Festus {s. a>.), on donnait aussi le même nom à un petit autel portatif placé devant les morts et sur lequel on brûlait de l'encens. Voyez la gravure au mot Aba turicrema, et comparez Cic. Leg. Il, 24.
ACERSECOMES(à)t£p«xô(XYi:). Littéralement , qui porte des cheveux longs et flottants , et , par extension , personne jeune ou efféminée (Juv. Sat. viil, 128) ; car l'habitude de porter ses cheveux, sans les couper, était regardée comme indigne d'un homme par les Romains, et ils ne l'adoptaient que pour les jeunes esclaves qui servaient à table (on en voit un exemple au mot PlN- CERNA ), ou pour les jeunes garçons ( camilli ) qui assistaient les prêtres à l'autel, comme dans la gravure ci-jointe , qui est prise du Virgile du Vatican et représente un de ces assistants.
ACETABULUM (ôÇOSaçov). Vinaigi-jer ou plutôt coupe remplie de vinaigre que les anciens avaient l'habitude 'de placer sur leurs tables à manger pour y tremper leur pain (Isidor. Ori-^^^ XX, 4, 12 ; Apic. VIII, 7 ; Ulp. Dig. XXIV, 2, 20). Nous n'avons pas de preuve directe que ce vase
ACICPLA
ACRATOPHOBCM.
fût employé; nous sommes réduits à l'induction tirée de son nom grec qui veut dire littéralement vase de -vinaigre à tremper. Le modèle de fine argile rouge, représenté ici , est au musée de Naples et est indubitablement un modèle de ces coupes, car au bas on lit inscrit le mot ô^ûêaçov (Panofka, Rechercties sur les véritables noms des vases grecs).
2. Gobelet employé par les esciimoteurs de la classe appelée maintenant joueurs de gobelet, pour exécuter le tour de la muscade ( Sen. Ep. 45 ). C'était un tour d'escamotage tres-usité chez les Grecs et chez les Romains , et exécuté exactement de la même façon qu'aujourd'hui (Alciphron, Ep. lll, 20, où le procédé est décrit dans tous ses détails).
Le joueur de gobelets était appelé «j^^içoxXéTiTY); ou 'i/r,'^o'K(i\'*.'ci\!^ chez les Grecs (Âthen. I, 34,; Suidas). Les Romains n'ont pas laissé de nom particulier; on ne trouve que le nom commun à tous les faiseurs de tours de passe-passe , prxstigiator (Seneca , /. c. ).
3. Mesure de capacité pour les matières sèches, contenant le quart d'une hémine ( Pliu. N. H. XXf, 109).
ACICULA, diminutif de acus : comme ce mot s'applique à l'épingle que les femmes portaient dans leurs cheveux (Acis, 2), il faut entendre le diminutif comme exprimant plutôt l'infériorité de la matière que la petitesse de l'objet : car ces sortes d'ornements étaient faits de bois et d'os, aussi bien que d'ivoire et de métaux précieux (Cod. Theodos. m, IG, 1).
ACINACES (àxtvâxtîc). Poignard court et droit, propre aux Perses, aux Mèdes et aux Scythes (Hor. Od. 1, 27, 5; Curl. m, 3, 18) ; on le portait suspendu à un baudrier qui entourait la ceinture : il venait pendre ainsi contre la cuisse droite (Val.
Flac. VI, 701; Flor. iv, 11, 3), comme on le voit daus la gravure prise d'un bas-relief trouvé parmi les ruines de Persépolis. Vacinaces
n'était pas une épée, mais un poignard; car on le portait en même temps que l'épée , mais du côté opposé du corps , comme il est facile de le voir sur le Perse blessé dans la célèbre mosaïque Pompéienne, représentée au mot RbaCjC.
Comme le dessin est une réduction , il n'est pas fort en saillie ; mais on en voit la poignée sur le côté droit , tandis que l'épée est suspendue par un baudrier {bal' teus) au côté gauche.
ACISCULUS. Petit /j/c, employé principalement par les maçons et les tailleurs de pierre : d'un bout, il a une extrémité assez grosse, comme le marteau, et de l'autre une pointe recourbée ou pic. Il est représenté sur plu- ^f\ sieurs monnaies de la famille Valérienne, avec le nom au bas :
c'est d'une de ces médailles que nous avons pris notre modèle ( Quintil. VI, 3, 63).
ACLIS ou ACLYS. Arme massive employée par les Osques et quelques nations étrangères, mais non par les Grecs ou les Romains (Virg. jEn. vi, 730; Sil. Ital. III, 3C3). Il semble que c'était une sorte de harpon : car l'aclis se composait d'un bâton gros et court , armé de pointes et attaché à une corde , de sorte qu'on pouvait le retirer à soi après l'avoir lancé ( Serv. ad Virg. /. c. ) ; mais Servius ne connaissait cette arme que par tradition ; on en avait abandonné l'usage longtemps avant son époque.
.\CRATOPHORUM ( àxpaTOçôpov ).
Terme grec, introduit dans la langue latine dès le temps de Varron ( Varr. /?. R. l, 8,5 ; Cic. Fin. m, 4 ), et employé pour désigner le vase dans lequel on plaçait sur la table du vin pur et sans mélange {Pollux, VI, 99). Aussi ce mot était-il quelquefois opposé à crater, vase plus grand, employé pour le même usage, mais contenant du vin et de l'eau déjà mêlés. La figure est prise d'un vase de marbre ( Buonarotti , Vasi di Fetro, p. 31 ), portant une inscription qui le dédie à Sylvain , et orné d'une guirlande de feuilles de vigne. Ce vase correspond exactement pour la forme à
ACROPODICM.
ACCS.
deux autres dessinés par les artistes de Pompéi, dont l'un est placé aux pieds d'une statue deBacchus (Mus. Borh. vu, 56), l'autre dans les mains du dieu Acratus (Mus. Borb. Vli, 62), et qui, ra|v proches, suffisent pleinement pour en déterminer la forme.
ACROPODIUM. Mot tiré du grec, quoique on ne le trouve dans aucun auteur grec : la signification exacte n'est pas facile à déterminer. Il est probable qu'il désigne la plinthe basse et carrée que l'on voit d'ordinaire sous les pieds d'une statue de maibre (Hyg. Fab.
88), comme dans la figure qui représente la statue de Junon placée au-devant d'un temple, d'après le Virgile du Vatican. Cet acropodiiim faisait partie intégrante de la statue ellemême ; mais il servait aussi comme d'une sorte de piédestal ou podium ( âxpov irôôtov) pour supporter l'a statue, quand elle était placée dans une position élevée, ou sur une base régulière construite à cette intention, comme on le voit dans celte figure.
ACROTERIA (àxpwTYipca). Piédestal placé au sommet et aux angles d'un fronton pour supporter des statues (Vitr.
m, 5, 12). On le faisait souvent sans base ou sans corniche , comme dans la figure. ACTUARIOLUM , diminutif de actuarius. Petit bateau ou vaisseau découvert, poussé par des rames qui ne dépassaient
jamais le chiffre de dix-huit ; le bateau
qui transporta Cicéron {Ep. ad Attic.
XVI, 3) en avait dix : on ajoutait quelquefois une voile quand le vent était favorable (Scheffer, Mil. Nav. il, 2). La figure est tirée d'une miniature du Virgile du Vatican.
ACTUARIUS. Naves actuarix, ou simplement actuariae. Vaisseaux découverts, manœuvres à l'aviron et à la voile^ par opposition aux navires marchands ou vaisseaux à voile, onerarite (Sisenna ap. Non, s. i>.; Cic. ad Att. v, 9). A pro-
prement parler, ce n'étaient pas des vaisseaux de guerre de première classe ou vaisseaux de ligne, mais on les employait dans tous les cas qui demandaient de la promptitude, comme paquebots, comme transports (Liv. xxv, 30), ou pour rester en observation : c'étaient les vaisseaux des pirates (Sallust. Fragm. ap. Non.
/. c. ), et ils n'étaient jamais munis de moins de dix-huit rames ( Scheffer, Mil. A'av. II, 2 ). La gravure est tirée du Virgile du Vatican.
2. Âctuarii, sténographes qui recueillaient les discours prononcés dans le sénat ou les assemblées publiques ( Suet. Jul. 65).
3. Sous l'empire, officiers qui tenaient les comptes du commissariat des vivres, recevaient des fournisseurs les approvisionnements pour l'usage de l'armée, et les distribuaient en rations aux troupes (Ammian. xx, 5, 9 ; xxv, 10, 17 ; Aurel. Vict. Cœs. 33).
ACUS ( àxésTpa, Peîôvt), ^««{;). Le mot acus semble avoir désigné à la fois une épingle pour attacher et une aiguille pour coudre ; on le trouve employé dans les deux sens (Cic. Milo, 24 ; Ceisus,
Acva.
ADOBATIO.
VII, IC ; Ovid. Met. Yl, 23). La gravure Teprésente une boîte d'épingles trouvée à Pompéi et une «iguille à coudre d'à peu près 3 cenlim. de long, de la même ville. =___^
2. ^ciif comatoria ou crinalls. Grosse épingle, longue de plusieurs centimètres, faite d'or, d'argent, de bronze, d'ivoire ou de bois, que les femmes avaient l'habitude de passer dans leurs cheveux derrière la tète, quand ils avaient été tn ssés et relevés, pour les maintenir : habitude conservée encore dans plusieurs parties de l'Italie ( Petr. Sat. 21 ; Mart. £p. II, 66 ; XIV, 24 ; Apul. Met. viil, p. 161, f^arior.). La gravure est prise du fragment d'une statue de la galerie ducale à Florence; elle montre comment l'on portait ces épingles à cheveux. On a découvert à Ponipci et ailleurs un grand nombre de modèles de différentes matières, et ornés de dessins de fantaisie : ils sont gravés dans le Museo Borbonico (ix, 15) et dans Guasco [Délie Ornalrici, p. 46).
3. Ardillon d'une broche ou d'une Jjoucle faite précisément de la même façon que les nôtres , comme on le voit
tt
dans les gravures, copiées toutes d'an ciens originaux (Valerian. ap. Trebell C'iaud. 14).
4. Aiguille employée pour arranger les lampes à iiuile et suspendue habituellement par une chaîne à la lampe , comme on le pratique encore en Italie. La gravuri est copiée d'une lamjie de bronze trouvée dans des fouilles à Pompéi, et l'on voit une partie de la chaîne à laquelle l'aiguille est suspendue. Cette aiguille servait à
tirer et à allonger la mèche quand elle'se consumait dans le bec : £t producit ccii stupas luimore carentes (Virg. Moret. II).
5. Plantoir dont on se servait pour les vignes (Pallad. i, 43, 2).
6. Sonde de chirurgien , selon Furlanetto, s. V. ; mais il ne cite aucune autorité ancienne, et le terme propre pour cet instrument était specitlum.
ADMISSARIUS, se. equus (xvaSà- TT);). Étdlon gardé spécialement pour la pro[tegation de l'espèce ; comme les anciens montaient ordinairement ou attachaient à leurs voitures des chevaux entiers, on ne permettait de commerce avec les juments qu'à ceux qu'on gardait spécialement dans celte intention (Varro, R. R.\i,l,\; Columell. vi, 27, 3).
2. Ce mot s'appliquait aussi à d'autres animaux , et entre autres aux ânes. (Varro, A. 7?. il, 8, 3; Pallad., iv, 14,2).
ADORATIO ( 7tpo<TxûvYi<7i<;, Soph. El.
1374). L'acte d'adoration, témoignage de vénération rendu par les passants à toute personne ou à tout objet auxquels ils voulaient montrer un extrême respect.
L'adoration s'exprimait par l'attitude et les mouvements du corps : le corps était légèrement incliné en avant et les genoux courbés à demi, pendant que la main droite touchait l'objet révéré, l'autel, la statue, etc. ; la gauche était élevée vers la bouche (ad os, d'où vient le terme à^ adoration), et on la baisait en l'agitant vers l'objet qu'on voulait honorer ( Plin. H. N. xxviii, 5 ; XXIX, 20; Apnl. Met. iv, p. 83, f^arior.; Âpol, p. 496). Les principaux mouvements de celte pantomime sont clairement indiqués dans la gravure, prise d'une pierre gravée dans Gorla'us {^l)actyliotliec.\>. Il, n. 63).
ADYTUM.
ADULATIO (npo<Txûvyi<ji;, Herod. i, 134). La manière la plus vile de témoigner sa vénération, comme on le faisait chez les Perses et les autres races orientales, en prosternant son corps et en courbant la tète jusqu'à terre (Liv. ix, 18 ; XXX, 16; Suet. Fitell. 2 ; Curt. vin, S). Voyez la représentation ci-jointe d'une
pierre précieuse (Gorlaeus, Dactyflothec.
11,396;, où un adorateur accomplit l'acte de VadtUatio devant le dieu Auubis. Les poètes latins le désignaient aussi par des expressions comme procumbere, se prosterner (Tibul. I, 2, 85), ou pronus adorare, adorer en se courbant vers la terre ( Juv. Sat. vi, 48).
ADVERSARIA , se. scripta Journal ou calepin , dans lequel on consignait provisoirement des comptes ou des notes pour les transcrire ensuite dans un grand livre ou un journal régulier (Cic. pro Rose. Corn. 2).
ADYTUM (âôuTov). Chambre particulière ou secrète dans un temple, d'où tout le monde, excepté les prêtres qui officiaient, était sévèrement exclu (Cfes. B. C. m, 105; Virg. JEn. vi. 98).
Uadj-lum était distinct de la cella : on le voit par un passage de Luéain ( Phars. V, 141-161, où la prêtresse, craignant les crises violentes qu'elle aurait à subir des stimulants qu'on la forçait de prendre dans sa chambre secrète pour l'agiter comme dans l'inspiration prophétique (paveiis adyti penetrale remoti fatidiciim, redoutant la prophétique retraite du sanctuaire secret), s'arrête dans l'enceinte du temple et refuse de pénétrer dans Vadytum ou l'antre {antrum), comme Lucain l'appelle: il faut l'emploi de la force pour l'y pousser.
(Joe chambre de cette soi le est représeii<-
tée dans cette portion de la gravure cijointe qui est située derrière Va/'sis cir-
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fiilaire (l'ahsis est marquée d'une toiulp plus foncée (pie le reste ), et qui communique avec le corps de l'édifice par deux portes, une de chaque côté. Le tout représente le plan d'un petit temple dorique, existant jadis près du théâtre de Marcellns , à Rome , sur l'emplacement duquel s'élève maintenant l'église de S. Nicolas in Carcere. Il est copié de l'ouvrage de Labacco, qui le visita au seizième siècle ( Libre deW Architettura, Rome, 1558).
On construisait ces parties du temple pour permettre aux prêtres de tromjwr les fidèles par des réponses prophétiques , des miracles , et toute espèce d'effets surnaturels, et de cacher en même temps les agents qui les produisaient. Il n'y en avait pas, par conséquent dans tous les temples, mais seulement, dans les temples célèbres par les oracles ou par la représentation des mystères. C'est ce qui explique pourquoi on rencontre si rarement de telles pièces dans le plan des anciens temples qui sont restés debout. Les ruines d'un ancien temple à y4lba Fticentis, dans le pays des Marses (aujourd'hui Alba sur le lac de Fncino), prouvent amplement que la figure insérée ici peut être regardée comme uii fidèle spécimen de l'ancien adytiim.
L'intérieur de cet édifice avait encoi-e su forme primitive et était parfaitement conservé quand il fut visité par l'auteur. La manière dont il est construit ne diffère que légèrement du modèle que nous avons donné : la chambre secrète n'est pas placée derrière Vabsis, mais construite au-dessous. Une partie de cette chambre s'enfonce, en quelque sorte, an- I dessous du pavé du corps principal du
iEGIS.
temple(ce//<j), et l'autre s'élève au-dessus. Celle-ci devait apparaître alors aux adorateurs réunis dans le temple seulement comme un soubassement occupant la portion inférieure de Yahis et destinée à tenir dans une position élevée la statue de la divinité dont l'édifice portait le nom. Ce sanctuaire, d'ailleurs, n'avait ni porte ni communication visible qui ouvrit sur le corps du temple. Ou n'y entrait que par la porte dérobée d'une enceinte fermée de murs, sur les derrières de l'édifice : c'était par là que les prêtres s'introduisaient avec leurs machines, sans êtres vus ni reconnus. Mais il est un fait remarquable, un fait qui prouve sans réplique la destination de Vadytum : c'est qu'on y trouve une quantité de tubes ou de conduits creusés dans les murs qui communiquent de ce réduit avec l'intérieur du temple, qui aboutissent aux différentes parties des parvis de la cella, et qui permettent ainsi à une voix de se faire entendre dans tout endroit du temple pendant que la personne et la place d'où part la voix restent cachés.
^DES. [DoMCS, Tkmplijm].
it^DlCULA. Sanctuaire, tabernacle ou dais, avec un fronton que supportent des colonnes, construit dans la cella d'un temple et sous lequel la statue du dieu était placée. — Quadrigte inauratx in Capitolio positx in cella Jovis supra fastigium «diculœ ( Liv.
XXXV, 41). « Quadriges dorés, placés au Capitole dans la chapelle de Jupiter au-dessus du faîte du tabernacle. « La gravure représente la statue de Jupiter sous un tabernacle dans le Capitole , ainsi que le décrit Tite-Livedansle passage cilé, et elle est tirée d'une médaille frappée en l'honneur de la vestale it^lia Quirina.
2. Petit cabinet fait de bois, sur le modèle d'un temple, ou les images des ancêtres [imagines majorum), les lares et les divinités tutélaires étaient conservés et placés dans de grandes cases autour
de l'atrium (Petr. Sat. 29). La figure est copiée d'un bas-relief du musée Britannique et représente une œdicula où est placée l'image de Protésilas ( Comparez Ovid. Her. xiii, 150-168).
ilCDlTUUS , ^DITIMUS , ou ^DITU- MUS ( vaoçûXaÇ , UpoçOXaÇ , vewxôpo;).
Gardien chargé de la surveillance d'un temple (Varro, L. L. -¥111,12 ; Gell. xii, 10). Il en avait les clefs, l'ouvrait aux heures marquées (Liv. xxx, 17), en surveillait le balayageet le nettOY«ge(Eurip. Ion. 80-150), et servait de " guide aux étrangers , leur expliquant les raretés et les œuvres d'art que l'édifice contenait (Plin. xxxvi, 4, 10).
Cet emploi était honorable ( Serv. ad Virg.
JE'/. IX, 648). C'était une place de confiance et qui entraînait avec elle une grande responsabilité. L'importance de Va'dituus paraît par le style et le vêtement de la figure cijointe, qui donne un rare modèle de Vxdituus grec , pris d'un bas-relief à Dresde. Son ministère est indiqué par le balai de feuilles de laurier dont on se servait pour balayer le temple de Delphes (Eurip. Ion. l. t.).
iEGIS (aiyt;). Le premier sens de ce mot est peau de chèvre ; les habitants primitifs de la Grèce se servaient de ces peaux, aussi bien que des peaux des au-
tres animaux, pour se vêtir et protéger leur corps. Naturellement on devait por-
iCOLIPILiE.
1er cette peau sur le dos et l'attacher par les pattes de devant sur la poitrine, pour couvrir ces deux parties du corps, comme on le voit par la statue de Juno Lanuvina, au musée du Vatican (Visconti, Miis.Pio Clem. II, tav. 21 ). Ainsi se forma le type original de l'égide comme la portaient Jupiter et Minerve, faite de la peau de la chèvre Amalthée.qui avait allaité Jupiter dans son enfance (Hygin. Astron. ii, 13). La gravure représente une figure de Minerve prise d'une lampe d'argile (mais imitée d'un type fort ancien) : comme nous l'avons dit ci-dessus , l'égide qu'elle porte lui couvre la poitrine et lui tombe derrière le dos jusqu'aux genoux. Les serpents de la tété de la Gorgone qui y sont attachés forment une frange autour des bords ; c'est ainsi qu'Homère (//.II, 448) décrit les franges de l'égide de Jupiter.
2. Comme un pareil manteau formait un accessoire gênant dans une statue du style idéal de la sculpture grecque, il fut transformé par les artistes de cette nation en une cuirasse petite et élégante, couverte d'écaillés pour imiter une armure, et décorée au centre d'une tête de Gorgone , comme dans la figure de Minerve que nous donnons, aussi d'après une lampe d'argile.
Par suite , on employa le mot seg'is pour désigner la cuirasse d'une divinité, mais plus particulièrement celle de Jupiter et de Miuerve, par opposition à loriea ou la cuirasse des mortels (Ovid. Met. VI, 79; II, 755 ; Serv. ad Virg. jEn. vili, 435) .
3. A une époque ultérieure , on employa le même mot pour désigner la cuirasse ordinaire poitée par des personnes de distinction, teisque les rois de Macédoine et les empereurs romains, quand elle v»«;!-viiwïH--«an/ était décorée par «ÎNs^i/^S /' devant de l'image
d'une tête de Gorgone ( Mart. Ep. vil, 1); ils adoptèrent cet ornement entre tous les autres , en signe du caractère et de l'autorité divine qu'ils s'arrogeaient, comme on le voit dans le modèle, pris d'une statue romaine.
4. Traduire «gis par bouclier, c'est introduire une idée tout à fait éloignée du sens vrai et original du mot ; car presque toutes les figures qui portent une peau de chèvre sur la poitrine , dans les œuvres de l'art antique , sont aussi munies d'un bouclier bien distinct; et les passages où on suppose qu'il est fait allusion à une arme défensive de la nature du bouclier, ou sont équivoques, ou peuvent s'entendre avec une égale vérité du large manteau de peau de chèvre que nous avons donné dans notre première gravure. Il était facile, en effet, de ramener ce manteau sur le bras gauche ; il le protégeait alors comme un bouclier, de la même façon que les Athéniens se servaient de leurs chlamydes (Voy. Clypea- Tus, Chlamydk), et ainsi qu'on le voit dans la figure ci-jointe, qui est prise d'une
très-ancienne statue de Minerve, au musée royal de Naples.
iîlNEATOR. Nom qui s'appliquait à tous les musiciens qui se servaient d'instruments de cuivre ou qui jouaient d'un des instruments à vent employés dans l'armée , aux jeux publics , ou dans les cérémonies religieuses. Ce nom comprenait les Buccinatores , les Cornicines et les Tubicines (Suet. Jul. 32; Amm.
Marc. XXIV, 4,22).
^EOLIPlLvE ou ^0L1PYL;E. Vases de métal , à étroit orifice, qu'on remplissait d'eau et qu'on plaçait sur le feu pour
MQVlVOVmVM.
expliquer l'origine et la nature du vent à l'aide de la vapeur qui s'y produisait (Vitr. I, 6, 2).
iCQlilPONDlUM (ernxwjiia).
Poids qui fait équilibre ou poids n]ol)ile attaclié à une romaine (statera)et à une balance (//ara, Vitruv. X, 3, 4). On en a trouvé un grand nombre à Pompéi et ailleurs, faits pour la plupart de bronze et avec des dessins de fantaisie, tels que le modèle que nous donnons ici et qui est pris d'un original de
iCRARlUM. Trésor public à Rome , distingué du trésor particulier des empereurs [flscus) : on y déposait le produit des revenus annuels, les comptes publics, les décrets du sénat et les étendards des légions (Cic. Leg. m, 4 ; Tac. ^nn. m, 51; Liv. III, 69). Sous la république, c'était le temple de Saturne qui servait de trésor.
2. jErarium sanct'ius , lieu dépendant du trésor public, où on gardait l'argent et les trésors acquis par la conquête, et les sommes payées par les esclaves pour leur affranchissement [aurum vicesimarium) : on ne l'ouvrait jamais que dans lescirconstancesimportantes(Liv. xxvii, 10. Cf. Quintil. X, 3, 3).
3. Mrarium mUitare. La caisse de l'armée, trésor distinct, établi par Auguste , pour subvenir aux dépenses de l'armée. On le forma en imposant quelques nouvelles taxes (Suet. Octav. 49).
jÏ^RO. Panier pour le sable, fait d'osier, de jonc ou de laîche (Plin. H. N . XXVI, 51 ; Vitmv. v, 12, 15). On le représente fréquemment comme employé par les soldats dans les tranchées, les fortifications et les travaux ordinaires d'une caml»agne. La figure rijoiute est tirt'e de la ^ colonne Trajane. Ce mot n'était toutefois qu'iui terme de conversation employé par le commun du peuple ou dans le langage familier (Donat. adTer. Pttorm.l, 2, 72).
^RIJCA. Brillante couleur verte , composée artificiellement pour imiter le vert de gris naturel {œrugo) qui vient au bronze par le temps (Vitruv. TU, 12; Plin. H. N. xxxiv, 26) : ce deniier décrit les différents procédés pour composer cette couleur, mais il l'appelle «rugo,
iïlRUGO (lôc yft\%ry^). La brillante rouille verte qui vient au bronze par le temps , distinguée de la rouille brune du fer {ferrugo, rubigo , Cic. Titsc. l\, 14). Plus le bronze vieillit , plus la couleur devient brillante et belle , et l'on estime que la valeur du métal en est augmentée. C'est pour cela qu'une statue fort ancienne était mise par les anciens bien au-dessus d'une statue récemment coulée ( Winck. Stona délie Arti, vn, 2,10).
iEHUSCATOR. Charlatan , imposteur qui mendie ou qui fait fortune en abusant de la crédulité des autres (Aul. Gell.
XIV, 1,2; cf. IX, 2, 2).
iES IHERMARL'M. Cloche de métal, suspendue dans les bains publics , par laquelle on annonçait au public quand l'eau chaude pour les bains était prête (Mart. Ep. xiv, 163).
La gravure reproduit deux de ces instruments, pris d'une ancienne peinture qui représente des bains : ils sont suspendus aux fenêtres ( Bianchini, Instrument. Mus. Vet., tav. vil, n° 8).
AGASO (înTioxôfio;). Esclave attaché aux écuries, qui harnachait les chevaux, les amenait et les tenait jusqu'à ce que
AGATHOD.CMOIf.
AGGRR.
son maître les montât : palefrenier ou valet d'écurie ( Liv. XLIII, 5; Plin. H.
N. XXXV, 40, 29). La figure c!-jointe est tirée du Virgile du Vatican.
2. Ce mot désigne aussi quelquefois ceux qui sont chargés du soin d'autres animaux , comme les ânes (Àpul. Met.
VI, p. 121, Varîor.). On l'appliquait même dans un sens plus général à tous les esclaves de la classe inférieure (Hor. Sat. II, 8, 72).
AGATHOD.^MON (ttYa9o8ai(i.wv).
Mot grec pour désigner un bon esprit ou un ange gardien : le terme latin est genlus ; voir ce mot (Lamprid. Elagah.
28 ; Inscript, ap. Yisconti , Mus. Pio Clem. t. I, p. 153).
AGEA. Passage ou couloir par lequel le maître d'équipage {hortator) communiquait avec les rameurs (Isidor. Or'ig.
XIX, 2, 4 ; Ennius, ap. Isidor. /. c). On appelait aussi ce passage aditus dans un langage moins technique (Ovid. Met.