‹ Dictionnaire des architectes françaisChapitre 76 sur 85 · FREART DE CHAMBRAY. — V. CHAMBRAY · texte numérisé non relu

FREART DE CHAMBRAY. — V. CHAMBRAY

(Roland Freart de).

FRENELLES (Robert), maître de l'œuvre de l'église Saint-André, à Rouen, éleva, de 1 541 à 1546, sur la tour S.-O. du portail de cette église, une flèche considérée comme une des merveilles de la Normandie. L'œuvre de Frenelles fut renversée en 1 683 par un ouragan. Un dessin de cette flèche existe à la bibliothèque du Vatican. {Rev. des Soc. sav., 3e série, t. IV.)

FRE REDOUX (André), l'un des architectes de la cathédrale de Tours. Dans un compte rendu des exécuteurs testamentaires de Jean Gervaise, chanoine de cette église métropolitaine, mort au commencement de l'année 1 385, on lit

ce qui suit : « Mestre Freredoux, maçon de l'œuvre, pour

la façon de la tombe dudit feu, xn livres. » « A mestre

André Freredoux, maçon, pour la façon de l'autier (l'autel), fait en l'église de Tours, pour la chapelle fondée par le dit feu, en la dicte église, nu livres. » (Grandmaison. — Arch. de l'art fr., t. II.)

FROMONT (Louis). Au mois de juillet 1 55 1 , il présida, avec Jacques Androuet Du Cerceau et Louis Martin, à la construction des arcs de triomphe et des « échafauds », qui furent dressés à Orléans à l'occasion de l'arrivée dans cette ville, le ier août, de Henri II, Diane de Poitiers et Catherine de Médicis. (Buzonnière, Hist. d'Orléans.)

FRONSIÈRE (Philibert de). Le 26 avril i5oo, à l'occasion de la reconstruction du pont Notre-Dame, à Paris, une discussion s'étant élevée à l'Hôtel de ville, sur la manière dont le môle du nouveau pont serait construit, il fut appelé, avec plusieurs autres architectes, pour donner son avis sur cette question. Au nombre de ces artistes se trouvait Martin Ghambiges. (Leroux de L., Pont N.-D.)

FROSNE, architecte du roi, était, en 1697, contrôleur des châteaux de Meudon et Chaville, appartenant au dauphin et compris dans les bâtiments du roi. (État de la France, t. I.)

FULBERT, évêque de Chartres, avait étudié l'architecture sous l'abbé Gilbert, de Fleury-sur-Loire I . En 1020 il entreprit de rebâtir sa cathédrale, qui avait été brûlée en 994. Il mourut en 1029, après avoir gouverné son église pendant 2 1 ans. Il ne reste de l'église de Fulbert que la crypte bâtie en deux ans, de 1020 à 1022. (L'abbé Bulteau, Cath. de Chartres. — De Mianville et Chasles, Cath. de Chartres, Rech. sur l'époque de sa construction.)

FUMEL (Antoine) construisit, en i5Ô2, le clocher de l'église de Saint- Cyprien, au diocèse de Rodez. (Marlavagne, Art. du Rouergue.)

FUZILLIERS (Henri), frère convers de l'ordre des

1 . Le poëme des Miracles de la Vierge, manuscrit conservé à la bibliothèque de Chartres, et qui a été écrit de 1390 à 1406, contient les deux vers suivants, qui se rapportent à Fulbert et à la reconstruction de sa cathédrale :

Lors estoit leuesque Fulbert, Qui du reffeire estoit expert.

Chartreux, donna les dessins des stalles du chœur des pères et de celui des frères de la Chartreuse de Paris. Les premières furent faites en 1680, les autres en 1G82. (Hurtault et Magny.)

GABRIEL (Jacques) » construisit, à Rouen, les bâtiments de l'ancien hôtel de ville, dont la première pierre fut posée le 28 juin 1607. Ce monument devait former un carré

1. Ce Jacques Gabriel est un nouveau venu pour l'histoire; c'est M. l'abbé Laurent qui, le premier, dans sa Notice sur Saint-Germain d'Argentan, nous l'a fait connaître. M. Delaquerière l'a mentionné ensuite dans son étude sur l'ancien hôtel de ville de Rouen. En 1609 il travaillait à Argentan. Il reçut, cette année-là, 690 livres pour prix de la construction des voûtes du collatéral tournant du chœur de l'église Saint-Germain. Il s'était trouvé, pour ce travail, en concurrence avec Guillaume Crété. Ses cautions étaient : Messires André de Glatigny et Germain le Marigny. Que ce Gabriel soit de Rouen, d'Argentan ou d'ailleurs, on ne saurait le dire; mais il est certain qu'il faut voir en lui le père ou l'aïeul de Jacques Gabriel qui, né en 1637, fut architecte du roi et contrôleur général des bâtiments royaux. L'abbé Laurent, dans sa Notice sur Saint-Germain d'Argentan, donne l'extrait suivant du manuscrit d'un sieur Latour-Monfort {Mémoires inédits sur Argentan) : « L'achèvement du clocher (de l'église Saint-Germain) est du dessin de Maurice Gabriel, fameux architecte d'où sont sortis MM. Gabriel, de l'Académie des sciences (sic), et celui d'aujourd'hui (1740) qui est intendant des bâtiments du roi. » Ceci est clair et sans réplique. Maurice succéda à Jacques, qui fut probablement son père, et eut pour fils Jacques II, l'architecte du roi. S'il en

et couvrir le terrain compris entre les rues de la Grosse- Horloge, des Juifs, Massacre et Thouret. Il resta inachevé et fut vendu à l'époque de la Révolution. ( Delaquerière, Ancien Hôtel de ville. — L'abbé Laurent, Saint-Germaind'Argentan.)

GABRIEL (Maurice), présumé fils de Jacques Ier. En 1 63 1 , le gros clocher de l'église Saint -Germain d'Argentan étant resté inachevé, Maurice Gabriel fit marché, le 29 novembre, pour la continuation et l'achèvement de ce clocher. Il recevait, pour ses honoraires, 25 sous par jour, « avec liberté de consacrer deux heures chaque jour aux autres ateliers qu'il pourrait entreprendre». Cette construction fut bientôt suspendue, par suite d'un tassement des fondations anciennes qui se manifesta par le crevassement du mur de face. Félix, architecte à Caen, et Pierre Verny, de Paris , furent appelés en consultation sur les mesures à prendre pour réparer ces désordres, et il fut décidé entre ces artistes qu'un arc de décharge serait établi de façon à reporter la charge du clocher sur des points plus solides. (L'abbé Laurent.)

GABRIEL (Jacques II), fils de Maurice, né en 1637, fut architecte du roi, « contrôleur général des bâtiments de Sa Majesté, arts et manufactures de France ». Il construisit, avec F. Mansart, pour Mlle de Montpensier, le château de Choisy,près Paris, et, dans cette de rnière ville, le Pont-Royal,

est ainsi, et cela me paraît indubitable, le plus célèbre des Gabriel (Jacques-Ange), à qui l'on doit les magnifiques bâtiments de la place de la Concorde, à Paris, a eu un ancêtre digne de lui, car l'architecte de l'ancien hôtel de ville de Rouen fut certainement un très-habile artiste.

dont les fondements furent jetés en 1 685. Il mourut en 1 60,7 '. ( Jaillot, t. V. — L'abbé Lambert.)

1. L'abbé de Fontenay et Quatremère de Quincy se sont trompés en donnant l'année 1686 comme celle delà mort de Jacques Gabriel; une quittance originale notariée, qui fait partie de ma petite collection, prouve qu'a la date du 28 décembre 1693 Gabriel vivait encore. Cette quittance, libellée en deux pages in-folio, nous apprend que Jacques Gabriel était mineur lorsqu'il perdit son père, et qu'il eut pour tuteur son frère aîné, François Gabriel, bourgeois de Paris; qu'il avait pour frère et sœurs : i° Claude, cornette de dragons; 20 Marie-Denise, mariée au sieur Dillon, écuyer, conseiller du roi, receveur et payeur des rentes sur le clergé; 3° Marie-Anne, religieuse bénédictine, demeurant au couvent de Notre-Dame-de-Bon-Secours, établi au faubourg Saint-Antoine, à Paris. La quittance collective dont il s'agit est donnée à un sieur Le Tessier de Montarsy, joaillier ordinaire du roi, demeurant cul-de-sac de Matignon, contre le remboursement fait par lui à Jacques Gabriel et à ses frère et sœurs, de rentes constituées au profit de ces derniers pendant leur minorité, etc. Gabriel a signé cette pièce de son seul nom de famille, accompagné d'un paraphe formé de lignes entrecroisées selon l'usage du temps. On pourrait objecter, je le sais, d'une part que le nom de l'artiste n'étant précédé ni d'un prénom ni au moins d'une initiale, il est permis de conserver un doute sur l'identité du personnage, c'est-à-dire d'attribuer la pièce à Jacques-Jules et non à son père; d'autre part que, puisqu'il s'agit d'une rente constituée pendant la minorité d'un Gabriel, il serait naturel de croire qu'il s'agit de Jacques-Jules, né en 1667, et, par conséquent, mineur en 1686, époque présumée jusqu'ici de la mort de son père. Il est facile de répondre à ces objections, d'abord que le prénom Jacques figure et figure seul dans le corps de notre quittance, et, ensuite, qu'il serait difficile d'admettre que Jacques- Jules, mort seulement en 1742, eût pu être dès 1690 en possession de la charge considérable de « conseiller du roi, contrôleur général des bâtiments de Sa Majesté, arts et manufactures de France ». Jacques- Jules n'avait d'ailleurs à cette époque que vingt-six ans. Peut-être trouvera-t-on extraordinaire qu'une rente constituée pendant la minorité de Jacques, c'est-à-dire avant l'année i658, ait pu n'être remboursée qu'en 1693, alors que ce Jacques avait atteint sa cinquante-

GABRIEL (Maurice), architecte du roi, vivait encore en 1699 !..

GABRIEL (Jacques-Jules), fils de Jacques II, écuyer, seigneur de Bernay, Mézières et autres lieux, naquit à Paris le 6 avril 1667. On croit généralement qu'il

sixième année. Il n'y aurait à cette autre objection qu'une réponse bien simple à faire: c'est que probablement l'emprunteur payait exactement les arrérages dus aux rentiers Gabriel. Enfin, il y a une dernière preuve à l'appui de ce que je viens de dire : c'est l'épitaphe de Jacques Gabriel, qui existait à l'église Saint-Paul, à Paris, et qui a été publiée par M. Paul Lacroix, dans la Revue universelle des Arts. Fort des assertions de l'abbé de Fontenay et de Quatremère de Quincy, on avait jusqu'ici élevé des doutes sur l'authenticité de ce document ; mais, en présence de la quittance originale de 1693, il me paraît impossible de ne pas considérer comme parfaitement historique le renseignement mis au jour par M. Lacroix. Voici cette épitaphe : « Sépulture de M. Jacques Gabriel, architecte, ancien marguillier de cette paroisse, décédé le 22e aoust 1697, âgé de soixante ans, et dlle Anne Fontaine, veuve dudit sr Gabriel, décédée le 8e avril 1712, âgée -de soixante-et-onze ans. »

1. Deux quittances notariées, signées de cet architecte, faisaient partie de la collection de M. Lucas de Montigny, vendue à Paris il y a quelques années. Ce Maurice n'est pas fils de Jacques II, car l'une des quittances est de 1679, et en 1679 Jacques II, âgé de quarantedeux ans, ne pouvait être père d'un fils déjà en possession d'une charge d'architecte du roi. C'était évidemment un des frères du contrôleur général. S'il n'est pas nommé dans l'acte de 1693 (V. la note précédente), c'est qu'à la mort de son père il était déjà majeur. Une lettre autographe de cet artiste, qui existe aux Archives nationales etqui m'a été obligeamment signalée par-JVL- J. Guiffrey, ne laisse aucun doute à cet égard. Cette lettre, signée Gabriel , et. qui a rapport à des travaux d'architecture, est adressée par Maurice à son frère « M. Gabriel, conseiller du roy ». Maurice est donc un des fils de Maurice:Ief et probablement le cadet dé la famille, puisque la tutelle des-' mineurs dut échoir à l'aîné, « François Gabriel, bourgeois de Paris ».

acheva le Pont- Royal, à Paris, commencé, en 1686, par son père, mais ce doit être là une erreur '.Il fut admis à l'Académie d'architecture en i6c)(), nommé, le 20 mars 1709, contrôleur « des Dedans » du château de Versailles, contrôleur des bâtiments du roi en iy3o, et premier architecte du roi en 1735 ; il fut investi, le 25 janvier 1737, de la charge d'inspecteur général des bâtiments royaux. Les principaux travaux exécutés par lui sont les suivants : A Paris (1730), l'hôtel de la Chambre des Comptes, élevé dans la cour de la Sainte-Chapelle \ le grand égout de la ville ; l'hôtel de Moroy ou de Biron \ l'hôtel de Varengeville-, des décorations intérieures au Palais- Bourbon ; le collège de Navarre. Ses travaux de province sont plus nombreux. Indépendamment de ceux qu'il exécuta dans les résidences royales de Versailles, de Marly , de Meudon, de Chambord, etc., on cite le pont de la Guillotière, à Lyon, et ceux de Poissy, Charenlon, Saint-Maur, Pontoise , l'Ile-

1 . La plupart des biographes de Jacques-Jules Gabriel disent que, son père étant mort en 1686, il lui succéda comme architecte du Pont- Royal. Cette assertion, qui n'est appuyée d'aucune preuve, manque de fondement sérieux. En effet, il est bien établi par la note précédente que Jacques mourut, non en 1686, mais en 1697; d'où il suit que si Jacques-Jules avait achevé le Pont-Royal, ce serait du vivant de son père, non après sa mort. Mais cette supposition même n'est pas plus soutenable. En 1686, Jacques, âgé de quarante-neuf ans, et dans toute la plénitude de ses forces et de ses facultés, n'aurait pas voulu laisser à un tiers, ce tiers fût-il son fils, le soin d'accomplir une tâche aussi importante que celle dont il s'agit; il y a d'ailleurs une autre objection à laquelle je m'étonne qu'on n'ait pas songé plus tôt, c'est que Jacques-Jules n'était encore à cette époque qu'un écolier de dix-neuf ans, bien peu préparé, j'en réponds, pour succéder à son père. Qu'il ait débuté, dès 1686, comme étudiant, sur les travaux dont il s'agit, cela, sans doute, n'est pas impossible ; mais que l'apprenti ait alors pris la place du maître, c'est ce que le plus simple raisonnement refuse d'admettre.

Adam, Pont-Sainte-Maxence, Beaumont, Blois.Ce dernier, exécuté en 1728, lui valut une pension de 2,000 livres. Il donna les plans des hôtels de la Bourse et de la Douane de Bordeaux -, mais ces édifices ne purent être achevés que par son fils Jacques-Ange, en 1749. Il fut également chargé d'étudier des projets d'embellissement de la ville de Nantes. A Rennes, il construisit l'Hôtel de ville, la Cour du Présidial et la Tour de l'Horloge-, on lui doit encore l'Hôtel de ville de Lyon, la salle et la chapelle des États de la même ville -, un projet de reconstruction de l'abbaye de Grandmont, dans le Limousin-, les portails des cathédrales d'Orléans et de la Rochelle; le château de Saint-Hubert, près Rambouillet-, de nouveaux bâtiments à l'abbaye de Saint-Denis. Gabriel , qui avait été anobli en 1709, fut nommé, en 17 16, premier ingénieur des ponts et chaussées du royaume; en 1722, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel; en 1734, premier architecte du roi et inspecteur de ses bâtiments-, en 1737, inspecteur général. Il mourut à Paris le Ier avril 1742 l. (L'abbé Lambert. — Piganiol. — Roquefort. — Rens. part.)

GABRIEL (Jacques-Ange), fils du précédent, né, selon les uns, en 1699, selon Quatremère et la Biographie universelle, en 17 10 2. Il était, en 1740, contrôleur du château

1. Deux dessins de J.-J. Gabriel faisaient partie de la collection de M. Lucas de Montigny. Ces dessins (trophées de la Porte Saint- Pierre), exécutés au crayon rouge, portaient chacun ces mots : Bon à exécuter, le 4e août îy'ij. — Gabriel.

2. De 1699 à 1710, la marge est trop grande pour qu'on ne soit pas tenté de la diminuer. La tâche est, je crois, facile. Je possède un rapport original de Jacques-Ange Gabriel, daté du 4 octobre 1740, qui prouve qu'à cette époque il était architecte du château de Fontainebleau. Ce rapport est relatif au pavage d'une rue conduisant du chenil

de Fontainebleau ; il fut nommé, le i 2 février 1 742, architecte ordinaire du roi, et hérita de son père, mort au mois d'avril suivant, de la charge de premier architecte de Louis XV. Le 22 décembre 1 745 , il fut investi de la charge d'inspecteur général des bâtiments royaux. Il acheva les grands travaux commencés par son père, c'est-à-dire la Bourse et l'hôtel de la Douane, de Bordeaux; le portail de la cathédrale d'Orléans, etc. Il éleva, à Paris, les bâtiments de l'École Militaire, commencés en 1 75 1 , et reconstruisit presque totalement le château de Compiègne, c'est à lui qu'on doit la façade principale de ce château, les deux grandes ailes en arrière-corps, le grand escalier, la salle des Gardes, la chapelle. A la même époque il entreprit, mais, on le sait, sans accomplir toute sa tâche , l'achèvement du Louvre. Il s'agissait surtout alors de rétablir les quatre côtés de la cour du vieux Louvre dans l'état où l'avait laissé Colbert. Il consolida la colonnade de Perrault, à peine âgée d'un siècle et déjà bien malade, ainsi que la façade du côté de la Seine, et restaura le troisième ordre de la façade interne adossée à la colonnade. A Versailles, il reconstruisit l'aile du nord , celle élevée en façade sur la cour royale du château, et qui contient le grand escalier-, il commença, en 1753, la salle de spectacle, qui ne fut achevée qu'en 1770.

royal à la porte de Montboron. Or, il est déjà difficile d'admettre que Jacques -Ange ait pu à la fois naître en 1710 et être, en 17405 a l'âge de trente ans, l'architecte d'une résidence aussi considérable que Fontainebleau. Mais il y a mieux : Jacques-Ange fut admis à l'Académie d'architecture en 1728; or, que le roi, par une faveur exceptionnelle, ait pu donner Fontainebleau à un jeune architecte de trente ans, cela n'est pasf il faut le reconnaître, absolument impossible; mais qu'une académie ait admis dans son sein un jeune homme de dix-huit ans, voilà qui est par trop invraisemblable. Assurément donc, Jacques-; Ange n'est pas né en-1710, comme le dit Quâtremère^ et là daté dé i 699 est la seule probable - '- . ■ . - •' - ' ,':-'--• -

Enfin, c'est à lui qu'on doit la décoration de la place Louis XV, à Paris, et les deux grands bâtiments qui la bordent sur un de ses côtés. Ces derniers travaux furent terminés en 1770 l.

1. Ces bâtiments, construits de 1762 à 1770, et non de 1767 à 1772, comme on l'a cru jusqu'ici, furent destinés dans l'origine à la réception des ambassadeurs et autres personnages de distinction. Plus tard on établit, dans celui qu'occupe aujourd'hui le ministère de la marine, le garde-meuble de la Couronne. L'autre bâtiment était, sous Louis XVI, la demeure de l'ambassadeur d'Espagne, auquel succéda tout bonnement, pendant la Révolution, le limonadier Corazza. Il forme aujourd'hui plusieurs propriétés particulières.

J.-x\. Gabriel a dû jouir, de son vivant, de la gloire qu'il s'était acquise en élevant ces somptueux édifices d'une ordonnance et d'une exécution irréprochables. J'ai entre les mains une pièce originale qui le prouve et qui fait le plus grand honneur, non-seulement à ce grand artiste, mais à l'administration municipale de Paris de cette époque. Analyser cette pièce serait en méconnaître l'importance et le haut intérêt ; je vais donc la donner ici in extenso :

« Du vingt trois janvier mil sept cent soixante dix — ce jour, nous prévôt des marchands et echevins de la ville de Paris, assemblés au bureau de la ville avec le procureur du roi et de la d. ville pour les affaires d'icelle; vu la délibération du bureau du sept décembre mil sept cent soixante deux par laquelle nos prédécesseurs, pour les causes y portées, auroient accordé à M. Gabriel, premier architecte du roi, une pension viagère de six mille livres et ce à commencer du premier janvier mil sept cent soixante trois et réversible de deux mille livres après le décèds dudit sieur Gabriel, à Catherine Angélique De la Motte sa femme, les d. pensions exemptes de toutes retenues suivant autre délibération du vingt deux mars mil sept cent soixante trois; vu aussi la délibération du dit jour sept décembre mil sept cent soixante deux par laquelle nos d. prédécesseurs auroient ordonné que, pour tenir lieu à M. Gabriel de ses frais de bureaux et commis extraordinaires, il lui seroit payé annuellement, des deniers de la recette de la Ville, la somme de deux mille livres jusques à l'entière perfection des travaux de la place Louis Quinze, nous aurions consi-

Gabriel mourut à Paris en 1782. (Uabbé Lambert. — Dargcnville. — Piganiol. — Quatremère. — Rens. part.)

déré que la récompense perpétuée aux deux enfants masles de M. Gabriel seroit agréable au Roy et rempliroit davantage nos sentimens et notre affection pour la reconnoissance que nous lui devons, ainsi que les peuples, de la réussite d'un monumentqui témoignera a la postérité la plus reculée les sentiments de respect, d'amour et de reconnoissance dont tous les cœurs sont pénétrés. Sur quoy, la matière mise en délibération et oui et ce consentant le procureur du Roy et de la Ville, nous avons arrêté et délibéré, arrêtons et délibérons sous le bon plaisir du Roi, que pour donner encore à M. Gabriel de nouvelles marques de nos sentimens et de notre reconnoissance, la d. somme de deux mille livres cy-dessus sera convertie, à compter du premier de ce mois, en pension viagère réversible après le décèds dud. sieur Gabriel sur la tête et pendant la vie de Catherine-Angélique De la Motte, sa femme et, après son décèds, par égale portion de mille livres sur celles de Ange-Antoine Gabriel et Ange-Charles Gabriel, ses deux enfans masles, et arrivant le décès de l'un ou de l'autre, la d. somme de deux mille livres sera réunie sur la tête du dernier survivant et ce avec les mêmes exemptions de retenue d'impositions quelconques. Fait au bureau de la Ville les d. jour et an que dessus. »

« Taitbout. »

Jean-Baptiste-Julien Taitbout était alors greffier du Bureau de la ville.

Si l'on compare cet éclatant hommage rendu au mérite de Gabriel et l'effacement systématique des architectes de la ville de Paris sous le dernier empire, il faut avouer que l'ancien régime municipal savait mieux que le nouveau encourager les arts et les artistes. Les Gabriel sont devenus rares, je le sais; mais croit-on les rendre plus communs en embrigadant les artistes, en les condamnant à la pratique de cette architecture dite collective qui fleurit sous les yeux des Parisiens pendant la dictature de M. Haussmann? Espère-t-on développer le génie des architectes en s'efforçant de rendre leurs œuvres impersonnelles, en leur interdisant toute initiative individuelle, toute liberté d'inspiration ? Les faits ont déjà répondu à cette singulière prétention,

GABRIEL (Ange-Antoine), fils de Jacques-Ange ', fut nommé, en 1761, contrôleur des bâtiments de Marly, en

le système a porté ses fruits. Mais si certains édifices municipaux de notre époque donnent une médiocre idée de l'imagination des architectes, j'espère que la postérité saura bien à qui s'en prendre, car ce ne sont pas les hommes de talent qui auront manqué à la Ville de Paris; ces hommes sont, quoi qu'on en ait pu dire, très-nombreux aujourd'hui, et quelques-uns ont pu, malgré tout, en donner la preuve. Mais quand on est étranger aux arts et qu'on veut substituer au sentiment des artistes son goût et sa fantaisie, on ne fait plus de ces artistes que des machines plus ou moins obéissantes, et c'est ainsi que les arts deviennent des métiers. Heureusement le gouvernement n'est pas entré dans la voie funeste ouverte par la ville de Paris. Nos ministres, n'ayant pas la prétention d'être plus architectes que les architectes, laissent sagement à qui de droit le soin de diriger ces derniers. Le ministre des travaux publics et celui de l'instruction publique et des cultes sont pourvus de commissions consultatives composées d'hommes éminents , dont l'exacte compétence et les lumières, loin d'être un obstacle pour les architectes exécutants, sont au contraire pour eux une égide sûre, paternelle, qui les éclaire sans gêner en rien leur liberté d'action. Dieu veuille qu'il en soit toujours ainsi !

1. Jacques-Ange a eu deux fils : Ange-Antoine et Ange-Charles. Un seul des deux, je crois, fut architecte. Sur la liste des brevets d'architectes membres de l'Académie, qui existe aux Archives nationales, et dont M. Guiffrey m'a si gracieusement communiqué une copie, le nom de Gabriel, fils de Jacques-Ange, qui devint académicien, n'est accompagné d'aucun prénom. Dans la délibération municipale dont le procès-verbal figure en note à la page 287, Ange-Antoine étant nommé le premier, j'avais cru pouvoir en conclure qu'il était l'aîné des deux frères et celui qui avait suivi la carrière de son père. Une trouvaille que j'ai faite aux Archives m'en a donné la certitude : c'est une lettre de Ange-Charles, devenu Gabriel de Saint -Charles, laquelle établit nettement, en effet, que Ange-Antoine était bien architecte et que Ange-Charles, au contraire, n'avait « aucun droit aux faveurs de l'administration des bâtiments du roy ». Mais cette lettre fait trop d'honneur au désintéressement et à la délicatesse de celui qui l'a écrite pour

remplacement de Billaudel, et fut admis à l'Académie d'architecture le 14 mai 1763. Il mourut en 1781. (Kens. part.)

GABRIEL (Nicolas-Toussaint) était, en 1789, expert-juré du roi, à Paris. (Al m. du bâtiment, 1789.)

n'être pas donnée ici in extenso. La publier, d'ailleurs, c'est rendre hommage, dans ce qu'il a eu de plus cher, à un des artistes français qui ont le plus contribué à la gloire de notre école d'architecture.

Voici cette lettre, datée du 19 mars 1775, et qui est adressée au comte d'Angivilliers, directeur général des bâtiments du roi :

« Monsieur, — Je suis très-sensible à la bonté que vous avez eue de vous occuper de moy dans les arrangements que vous avez proposés au Roy relativement à la retraite de mon père. Je me trouve beaucoup trop bien traité du côté de l'intérêt, n'ayant aucun droit aux faveurs de votre administration, et je l'aurois été beaucoup mieux selon mon cœur si les deux pensions partagées entre mon frère et moy avoient été réunies sur lui seul, ou du moins si la plus forte somme lui avoit été accordée de préférence à moy. J'aurois expliqué mon vœu d'une manière encore plus précise dans la lettre que j'ay eu l'honneur de vous écrire à ce sujet, si j'avois pu prévoir que l'augmentation de ses apointements entreroit en compensation. Cette augmentation, quoique tout soit faveur de la part du roy, étant à mes yeux autant justice que grâce, puisqu'elle n'est que le rétablissement du contrôle en son ancien état, qu'elle a été annoncée dans la lettre qui le constituoit au département de Marly et montée par quatorze ans de service sans aucune demande indiscrète.

« Je serois au désespoir, Monsieur, que vous regardassiez comme importunité de ma part, des réflexions qui tiennent à ma manière de voir et de sentir. Je me les permets parce que le motif en est pur; je les soumets à votre cœur parce qu'il est juste et sensible. Je suis avec respect, etc. — Gabriel de Saint-Charles. »

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