SA FER
1600, exerçait au Mans la profession de brodeur chasu-
blier. En 1642,1l fournit à la fabrique de Lombron « une bannière de damas rouge cramoisy » (1). Il avait épousé Anne Guesné, veuve en premières noces de Étienne Roland, maître brodeur au Mans. Pierre Boinard mourut avant 1649 (2). Sa veuve, qui habitait sur la paroisse
du Crucifix, continua son métier (3). Le 7 janvier 1673, elle se mit en pension chez son fils Jean, où elle décéda
en 1675 (4). |
2° Jean 1 Boinard, fils des précédents, naquit au Mans, paroisse du Crucitix, le 22 octobre 1633. A l’âge de vingt-deux ans, en 1655, désirant étudier la peinture, il serendit à Paris, oùilfut élève de Nicolas Loir. Mais 1l n y resta que peu de temps et partit bientôt pour Rome. Son séjour y fut aussi très court, à cause de la
(1) « Payé à Pierre Boisnard, marchand, la somme de cinquante-deux livres et dix sols, pour le prix de l’achapt d’une bannière de damas rouge
cramoisy, ainsy comme apert par son acquict du XVme juillet 1642 ».
Comptes de fabrique de Lombron, 1642.
(2) « Le mercredy 21 apvril 1649, veu deux mémoires de parties de la veufve Boisnard, brodeuse, l’un pour avoir faict une chasuble et deux ‘tuniques de velours noir, l’aultre pour avoir raccommodé plusieurs ornements, le tout arresté ensemblement à la somme de sept vingtune livres, nous
ordonnons que ladite somme (141 #) soit délivrée à ladite Boisnard..…. » Archives du Chapitre, B. 10, p. 346.
(3) « Le 27 juillet 1650, veu la requeste d'Anne Guesné, veufve Pierre Boisnard, brodeur, nous luy avons adjugé et adjugeons par ces présentes nostre maison de devant la Fontaine, où elle demeure à présent, pour six ans à commencer du 1° janvier prochain, à la somme de trente une livres par an. » 1bidem, p. 571.
Le 17 mars 1651, le Chapitre de Saint-Julien fait payer à la veuve Boinard 90 # « pour un parement de damas blanc à grands rondeaux, relevé d’or, mis au grand autel; pour deux tuniques à grands rondeaux, autre parement, et refaict une chasuble à fond d’argent et remis les orfrairies, et autres choses qu’elle à faict à ladite église. » 1bidem, B. 10, p. 706.
« Paié à Anne Guesné la somme de quarante et huict livres tournois pour le payement de l’achapt d'une chasuble noire par elle fournie suivant ses quittances du 20e janvier 1653... XLS8 # /sic] ». Comptes de fabrique de Lombron, 1653.
(4) Inventaire des meubles de Anne Guesné, fait par Joachim Varanne, notaire au Mans, le 15 juin 1675.
peste qui désolait la ville (1). Nous constatons sa pré sence au Mans dès l’année 1655. Le 1°" décembre 1659, Anne Guesné certifia devant J. de Labbaye, no-
taire royal, que « Jehan Boisnard, son fils s’estoit nory et entretenu de son travail en l’art de peinture, et
qu'il avoit contribué aux choses nécessaires pour son. entretien et noriture, depuis le temps qu'il étoit revenu de Paris et avoit demeuré avec elle ». Jean I Boinard
acheta, le 9 juillet 1660, de François Amellon, sieur de 1
Villarceau, une maison située rue Saint-Vincent, où 1l établit son atelier. II commenca dès lors à se faire connaitre avantageusement. Choisi pour arbitre et chargé de dresser « la monstrée figurée » de l'hôtellerie du Dauphin à Savigné-l'Évêque, « après avoir exactement veu et visité les choses contentieuses, 1l en fit une description figurée et crayonnée », le 28 mars 1669. Vers 1670, il composa pour l’église cathédrale un Christ flagellé (2). Par contrat du 20 juin 1676, 1l épousa Marie Moreau, fille de François Moreau et de Françoise Martin. : Fan Jean I resta assez longtemps au Mans, sa présence nous y est signalée par plusieurs minutes notariées Jusqu'en 1683. En 1681, les habitants de la paroisse Saint- Vincent le choisirent comme collecteur de la taille. Il profita de son séjour en notre cité pour orner les églises de ses travaux. Il fit pour la cathédrale une Descente de Croix, copie de Lebrun, que conserve encore le musée du Mans. Il composa le tableau du maïtre-autel et deux tableaux de la Vie de sainte Ursule pour le couvent des Ursulines, un Crucifix pour la chapelle de l'Oratoire, la Mort de saint Dominique, pour l'église des Jacobins, et fit, en 1682, le portrait du vénérable
(1) Note de l'abbé Tournesac.
(2) Chronique manuscrite de Saint-Célerin.
| — 63 — Monsieur Ragot, curé du Crucifix. Notre célèbre compatriote était à Paris, chargé d’une partie de la décoration du Louvre, en 1695.
: Quelques années après, 1l s'établit définitivement à Versailles. C’est en cette ville qu'il acheva sa car- rière. Malgré son éloignement, il ne cessa point de
travailler pour sa province d’origine. Nous avons vu sa
signature : « Boinard, pinxit et fecit, 1695 », à l'angle
gauche d’un tableau de la Sainte-Vierge, qui orne le
retable de la chapelle de l’ancien château de Malitourne,
à Vivoin.
Parmi les œuvres de cette seconde partie de la vie de Boinard, il nous faut citer un tableau, représentant les Disciples d'Emmaüs,qu'il fit pour la chapelle du Saint- Sacrement de l’église paroissiale de Versailles ; une copie du Jugement dernier de Michel-Ange ; une composition, dans laquelle 1l s’est peint lui-même tenant une clef à la main; enfin un tableau, dit de La Paix, fait sur une glace. Voici la description qu'il nous a laissée de ce dernier ouvrage dans une brochure réclame devenue introuvable (1).
EXPLICATION | d’un tableau dela paix | fait sur une glace pour estre présenté à la sainte Vierge.
« Ce tableau est un vœu fait par plusieurs personnes pour obtenir de Dieu une santé parfaite au Roy et à toute la maison royale, un succès favorable à ses armes, l'abondance et la fertilité dans son royaume, et une paix avantageuse avec tous les princes chrétiens.
« Ce tableau est composé de plusieurs grouppes de figures : la première, et celle qui en fait le sujet est la représentation de la France, peinte sous la figure d’une
(1) « Un exemplaire de cette brochure fait partie de notre collection. Nous
l'avons achetée à une vente de livres faite par la librairie Voisin, à Paris, le 21 mars 1887 » (Note de M. l’abbé Esnault).
le Cœur Royal de la France qui est représenté dans une
«Au côté bt de ce Tableau, est de en Saint-Michel, Gardien et Tutelaire du Royaume, quitien son glaive foudroyant d’une main, et son Bouclier de l’autre, pour faire connoître quil est toüjours prêt à defendre la monarchie françoise contretoussesennemis; proche de lui est l’Ange de la Victoire, qui tient d'une main une branche d'Olive, qui est le symbole delaPaix, … et de l'autre, une Couronne de Laurier dont il couronne * ]
ovalle avec le corps de la devise du Roy, et son inscription, nec pluribus impar.
«Del'autre côté de ce Tableau,est representéla Renom- ‘ mée, qui tient d’une main deux branches, l’une de Pal- . 0 mier, ét l'autre d'Olivier qui sont les marques de la Victoire et de la Paix; de l'autre main, elle tient une Trompette prête a publier la Paix quand Dieu aura permis que les Justes desseins du Roi s’accomplissent.
«Au-dessous de cette Renommée, paraitun Grouppe de Figures quiimplorentle Seigneur ; on y voit une Veuve, ie Orphelins, et autres, etc.
« Ces Figures representent le Peuple et les Personnes | qui offrent leurs vœux au Ciel, pour en obtenir la paix et un bon succès en leurs affaires.
«La Figure qui est proche et qui parait d’une attitude languissante et suppliante est la Peinture, Reine des Arts, qui demande l'assistance du Ciel pour tous ceux qui en font profession et pour tous les autres Arts Libe-
raux dont les exercices ont été troublés par la Guerre,
laquelle a reduit à la necessité plusieurs de Ceux quis’y étaient rendus illustres. Le tems, qui a toùjours soutenu
Ja Peinture et qui la soûtient encore, la Console, en lui
montrant l'abondance de tous les biens qui doit suivre la
paix que le Seigneur fait esperer à la France, et il assure
en même tems que cette Paix doit la rendre plus florissante qu'elle n’a jamais été.
. «Au haut de ce Tableau est depeintle Père Éternel, qui paraît sur une nuée ; 1l est tourné du côté de la Sainte Vierge, comme pour l’assürer qu'il a exaucé ses prières, et qu'il agrée le vœu que lui présente la France, en signe de quoi il envoye son Saint-Esprit sur ce cœur Royal pour l’asseurer de Sa grace, et de sa protection particulière. |
« Au côté gauche, et un peu plus bas que la Sainte Vierge l’on voit Sainte Geneviève, dépeinte d’une attitude suppliante, laquelle est suivie de l'abondance et de la fertilité qui accompagnent toujours. Elle s'adresse à Jésus-Christ qui est entre les bras de sa très Sainte Mère, et elle lui offre le vœu que la France lui présente au nom de tous les Peuples. Jésus-Christ, en donnant sa Benediction à ce Vœu, lui fait connoître qu'il l'a pour agréable.
« Ce Tableau n’a que dix-huit pouces de hauteur sur quinze de largeur; ce qui le rend d’autant plus considérable, par ce que la description entiere ci-dessus y est representée sans aucune confusion. Toutes les Figures et leurs expressions sont conformes au sujet qu'on s’est proposé, ce que les personnes d'esprit pourront remarquer; comme aussi beaucoup d’autres particularités concernant l'Art de la Peinture qu'il seroit trop long de deduire. On se contente de dire que ce Tableau est une Glace sur laquelle les Couleurs sont si adroitement
Lg an appliquées quelles ressemblent à l’'Émail, tant pour la beauté que pour la durée. La pratique en est belle to
nouvelle, et peu de gens la possedent comme le sieur 150 Boinard, Peintre ir la Ville du Mans, auteur de cet Le Ouvrage, lequel par cette nouvelle née peut faire des tableaux perpetuels : C’est à dire non sujetàtoutes
les vicissitudes ausquelles les autres sont exposées par la suite des tems. — A Paris, chez Antoine Chrétien, Imprimeur-Juré, Libraire de l'Université, rue de la Huchette, àl'Enseignede la Bataille, 1697. — Avec approbation et permission royale. » A
Le 23 février 1698, Jean I Boinard obtint du roi un brevet d'invention pour ses tableaux chängeants. Ce procédé, plutôt mécanique, n’a rien de remarquable: l’on. peut s’en rendre compte en examinant le seul de ces tableaux qui nous soit parvenu. Cette ‘toile, qui fit d’abord partie de la collection de Veron-Duverger, passa ensuite dans les mains de Jacques- Louis de Béru et enfin dans le cabinet de M. Gaumé, qui l’a cédée au Musée du Mans. En tirant une coulisse placée derrière le tableau on obtient des expressions diverses, et quelquefois contraires, dans le visage et le maintien des. personnages représentés. Cette invention naïve n’indique-t-elle pas déjà un déclin dans le sentiment artistique de notre compatriote (1) ? Il était d’ailleurs à la fin de sa carrière, qu'iltermina à Versailles le 29 avril 1711. M. Anjubault a donné des détails très intéressants sur ce peintre manceau, dont la vie et les œuvres étaient alors très peu connues (2). De son mariage avec Marie
(1) Jean I Boinard fit encore une invention qui, elle, n'avait rien d’artistique. « Il avait trouvé le secret de faire des tablettes de toutes sortes de viandes, dont il se servait à faire des bouillons, potages et ragouts. Il nommait ces compositions Tablettes restaurantes » (Notes de M. l'abbé Tournesac). é
(2) Progrès de l'Ouest, n° 152 (23 décembre 1863).