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Dictionnaire des athées anciens et modernes

D. E U n'a pas toujours été : il fut un temps pendant lequel l'homme , vivant dans sa famille , ne connaissait d'autre autorité que son père. Alors il avait peu de besoins , ayant peu de désirs. Ce n'était point une brute,

ij D i se o un s

un barbare , unantropophage , ainsi qu'on a voulu le faire entendre. Ce n'étail pas non plua un citadin poli ei f;iux , vaniteux çl servile: c'était un Homme , dans ton le sa plénitude, ignorant l'art d'écrire , peut - être même celui de parler , mais sachant vivre; c'est-à-dire , aimant son père, sa femme et ses enfans, travaillant pour eux , avec eux et mourant dans leurs embrassemens. Son champ paraissait à ses yeux tout l'univers. Réglant ses occupations sur la marche du soleil et sur la fécondité de la terre ; ses bras et son cœur faisaient toute sa fortune et tous ses plaisirs. Ne soupçonnant rien audessus de la voûte étoilée du ciel , lien au-dessous de la couche végétale du sol qu'il cultivait, l'homme d'alors existait , étranger aux sciences et

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aux vices , aux vertus sociales et aux forfaits , mais tout à la nature , mais tout à l'innocence.

Les voyageurs ont retrouvé quelques faibles traces de cet âge d'or.

Il n'est point une chimère. Les poètea l'ont rendu douteux , en le surchargeant d'ornemens factices ; mais cet heureux âge a lui.

Eh ! quelle répugnance peut-on éprouver à croire de telles mœurs ?

Sont- elles dans l'ordre des choses impossibles ? Faut-il donc tant d'efforts pour vivre ainsi? Et l'existence actuelle du genre humain ne doitelle pas étonner davantage ?

Dans ces temps , l'homme, borné à la surface de la terre et des cieux , n'avait , ne pouvait avoir aucune idée d'une puissance autre que celle qui le mit au monde , et

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qui l'éleva. Pensc-1-on à ce dont on a'a nul besoin? el quel besoin at-on d'un Dieu , quand on possède un père , une femme , des en fans , un ami , des bras , des yeux et son cœur ?

Eh bien ! un véritable Alliée est cet homme du siècle d'or. L'Athée est celui qui , se repliant sur lui-même et se dégagea n1 des liens qu'on lui 'a fait contracter malgré lui ou à son insu , remome à travers la civilisation à cet ancien état de l'espèce humaine , et faisant dans le forum de sa conscience y main basse aulour de lui sur les préjuges de toute couleur , approche le plus près de ce temps fortuné où l'on ne soupçonnait pas l'existence divine , où l'on se trouvait bien , où l'on ''se contentait des seuls devoirs de la

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famille. L'Athée est l'homme de la Nature.

Cependant , placé aujourd'hui dans une sphère plus compliquée et plus étroite , il remplit ses obligations de ciloyen , et se résigne aux:

décrets de la nécessité. Tout en gémissant sur les bases vicieuses des institutions politiques , tout en frappant de son mépris ceux qui les organisent si mal , il se soumet à l'ordre public où il se trouve. Mais on ne le voit pas se faire chef de parti ou d'opinion. On ne le rencontre jamais sur la route bannale qui mène aux emplois utiles ou brillans. Conséquent à ses principes, il vit au milieu de ses comtemporains corrompus ou corrupteurs , comme ce voyageur qui , ayant à traverser des plages fangeuses , se garde du

vj Discours venin des reptiles. Il en est quitte pour erre assourdi par leurs sifllemens. il chemine parmi ces êtres mal-faisans , sans prendre leur allure tortueuse et rampanle.

Le véritable Athée n'est donc pas ce sybarite qui , ge donnant pour épicurien, tandis qu'il n'est que débauché , ne craint pas do se dire dans son cœur usé : « Il n'y a point - de Dieu , donc il n'y a point de « morale , donc je puis tout me »♦ permettre ».

Le véritable Athée n'est point cet homme d'Etat , qui sachant que la chimère divine fut imaginée pour en imposer aux hommes - peuple , leur commande au nom de ce Dieu dont il se moque.

Le véritable Athée ne se trouve pas au nombre de ces héros hypo-

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crites et sanguinaires , qui, pour s'ouvrir une route à la conquête , s'annoncent -aux nations qu'ils se proposent de dompter , pour les protecteurs du culte qu'elles professent , et s'amusent , au sein de leurs familiers, de la crédulité humaine.

Le véritable Athée n'est point cet homme vil qui , flétri depuis longues années du caractère indélébile d'imposteur sacerdotal , change d'habit et^d'opinion, quand ce métier infâme cesse •d'être lucratif , et vient impudemment se ranger parmi ] es sages qu'il persécutait.

Le véritable Athée n'est point cet énerguimène qui va brisant dans les carrefours tous les signes religieux qu'il rencontre , et prêche le culte de la raison à la Plèbe , qui n'a que de l'instinct.

viij Discours

Le véritable Athéen'est point l'un de ces hommes du monde , ou gens tomme il faut , qui par ton dédaignent l'usage de la pensée , et vivenL à-peu-prés comme le cheval qu'ils moulent , ou la femme qu'ils entretiennent.

Le véritable Athée n'est point assis non plus sur les fauteuils de ces sociétés savantes, dont les individus mentent sans cesse à leur conscience , et consentent à dissimuler leur pensée , à rerirder la marche solennelle de la philosophie , par ménagement pour de misérables intérêts personnels ou pour de pitoyables considérations politiques."

Le véritable Athée n'est pas ce demi savant orgueilleux , qui voudrait qu'il n'y eût que lui d'Athée dans le monde ; et qui cesserait de

l'être

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Y être , si le plus grand nombre le devenait. La manie de se singulariser lui tient lieu de philosophie.

L'amour - propre est son Dieu. S'il le pouvait ; il garderait pour lui seul la lumière à l'entendre , le reste des hommes n'en sera jamais digne.

Le vérit able Athée n'est pas encore ce philosophiste limoré et sans énergie , qui rougit de son opinion , comme d'une mauvaise pensée ; lâche ami de la vérité , il la compromettra plutôt que de se compromettre. On le voit hanter les temples , afin d'écarter de sa personne le soupçon d'impiété ; égoïste circonspect jusqu'à la pusillanimité, l'extirpation des plus antiques préjugés lui semble toujours précoce :

il ne craint pas Dieu ; mais il redoute les hommes. Qu'ils se détruisent dans

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des guerres religieuses et eiviles peu lui importe, pourvu qu'il vive, à l'abri et en repos !

Le véritable Athée n'est pas encore ce physicien systématique qui ne rejette un Dieu que pour avoir la gloire de fabriquer le inonde , tout à son aise , sans autre secours que son imagi native.

Let véritable Alliée n'est paslant celui qui dit : « Non ! je ne veux pas d'un Dieu ; » que celui qui dit: « Je " puis être sage , sans un Dieu

Le véritable Athée ne raisonne pas avec le plus d'argutie contre l'existence divine.

Au contraire , les plus minces théologues pourraient l'embarrasser , s'il en venait aux prises avec eux ; mais il leur dirait , avec bonliommie , et pour en finir :

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»» Docteurs ! y a-t-ïl un Dieu au ciel ? Celte question pour moi n'est pas plus importante que celle-ci : y a-t-il des animaux dans la lune ?

Voici mon symbole , en une seule ligne , docteurs !

Je n'ai pas plus besoin d'un Dieu , que lui de moi.

Sylvain , le Lucrèce français.

Eh ! que me fait un Dieu ? j'arrête ma pensée à ce qui frappe mes sens , et ne pousse point la curiosité jusqu'à vouloir trouver dans le ciel un maître de plus; j'en rencontre assez déjà sur la terre. Croire qu'il y a quelque chose au-delà de ce Tout dont je fais partie , répugne à ma raison : si pourtant cet objet existe, il m'est parfaitement étranger. Où est le rapport entre nous ? Renfermé dans les limites de l'univers que j'habite 3 ce qui se passe chez

xij Discours

mes voisins ne me regarde pas. Ce n'est point mon affaire. Le seuil de ma maison est pour moi les colonnes d'Hercule. Il y a bien loin del'homme à ce qu'on appelé un Dieu. Ma vue est trop courte, pour porter jusquelà. A de si grandes distances 3 on ne peut guères s'entendre. J'ai d'ailleurs , tout ce qu'il me faut sous la main ; des droits à exercer , des devoirs à remplir, et des jouissances , résultat de mes devoirs et de mes droits. Les plus teudres affections du cœur , les plus douces illusions de l'esprit trouvent autour de moi , en moi , et à chaque instant de ma vie, des aliinens pris dans la nature des choses. Je n'ai pas un moment à perdre. Chaque saison de mon existence m'offre des sujets variés de contentement. Nouveau né , j'ai le sein

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de ma mère. Jeune homme ! je me précipite dans les bras d'une autre moi-même. L'âge mûrm'atlache un ami. Dans la vieillesse , mes enfans me rendent les soins qu'ils ont reçus de moi.

Entouré , pressé de mes parens , de ma femme > de mes enfans , de mon ami , où est la place d'un Dieu ? ... Il n'a que faire au milieu d'une famille bien unie. On n'en sent point du tout la nécessité.

Il ne manque rien à un bon fils , à un bon mari , à un bon père de famille.

Si je fais quelques ingrats, je descends dans mon cœur ; je m'y renferme , £t j'y trouve d'amples dédommagerons aux peines que j'endure au dehors , aux pertes que j 'éprouve à mes côtes , aux inj ustices ,

xlv Discours

aux persécutions des médians, plus à plaindre que moi.

Je sais me suffire , sans efforts ; tous mes moyens sont à ma propre disposition1. Je m'enveloppe du souvenir de mes bonnes œuvres , et nr*f(pjyiiie lout entier sur ma conscience,sans aller ra md ier des secours, au-dessus de ma tète , dans les nuages.

Docteurs, que votre Dieu existe ou non ! vous voyez que l'homme , pour peu qu'il s'interrdge , et qu'il sache apprécier ses ressources personnelles et intérieures , n'a nul besoin de sortir hors de lui pour goûter le bonheur , fruit de sa vertu.

La félicité des gens probes est toujours leur ouvrage. Us n'en ont l'obligation à personne.

Docteurs ! gardez votre Dieu , je puis m'en passer »,

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Quelques bonnes anies s'apitoyent sur les Athées : les malheureux î ( disent-elles ) ils ne peuvent se trouver bien , ni en ce monde , ni dans l'autre. L'espérance , ce baume de la vie , leur est enlevée. Ils ont un esprit étroit , une ame sèche. Ils ne savent point aimer. Les malheureux !

Le cœur qui n'aima point, fut le premier Athée.

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