L. Mercier
Bonnes-gens ! rassurez-vous sur le sort des Athées. Ilssont loin d'envier vos jouissances. Ils en ont de plus réelles et de plus pures. Avec le bon esprit de ne s'occuper ni du passé qui nest plus , ni de l'avenir qui n'est pas encore , bornés au présent qui seul leur appartient , leur intérêt bien entendu est dans le meilleur emploi possible du temps ;
ccvj Discours
ils prennent pour règle de conduite la Nature, qui ne connaît point de lacune et qui ne trompe jamais.
Bonnes-gens ! rassurez-vous donc sur leur compte. Les bons , les vrais Athées sont amans, époux et amis beaucoup plus surs que les aulres hommes. Ils sentcnl , ils jouissent avec plus d'énergie. La vie présente étant tout pour eux , ils mettent leur étude à en lirer le parti le plus avantageux ; et l'expérience leur apprend qu'ils ne sauraient en abuser , sans se porter dommage à euxmêmes les premiers.
« A la bonne heure I mais laissez- » nous notre Dieu ».
Bonnes-gens ! qu'en voulez - vous faire ? A quoi vous est-il bon ? De quels maux vous préserve-t-il ? Votre tout-puissant Dieu, après vous avoir
laissés
Préliminaire, xvlj
laissés pendant douze siècles sous le despotisme royal , a-t-il su vous défendre de l'anarchie ? Si votre Dieu se mêle de vos affaires , pourquoi vont-elles si mal ? Pourquoi avezvous des autels , et point de mœurs ? Pourquoi tant de prêlres , et si peu d'honnêtes gens ? Si votre tout-puissant Dieu se complait la haut dans une parfaite neutralité, dites, bonnesgens d'ici-bas, n'est-ce pas comme si vous n'aviez point de Dieu ? Les Athées ont-ils si grand tort , sont-ils si criminels de pourvoir eux-mêmes à leur salut ? Gardez votre Dieu , mais ne trouvez pas mauvais , si les Athées ne multiplient pas les êtres sans nécessité; et sur-tout, défaitesvous de toute injuste prévention à leur égard.
Les Athées > dont on faisait peur,
ccviij Discours
dont on fait peur encore aujourd'hui aux femmes et aux enfans grands ou petits , sont les meilleures gens du monde. Ils ne forment point de corporation, comme les prêtres ;(i) ils n'ont point de propagande ; partant , ils ne peuvent donner ombrage à personne.
Ce répertoire des Athées anciens
(i) Il y a' quelques années , un prêtre avait ouvert un avis qui fit sourire un moment les hommes graves ; c'était de soumettre le métier de prêtrise au droit de patente.
Une telle mesure ne peut convenir dans un ordre de choses qui reposerait tout entier sur les mœurs. Malheur à une république qui ferait ressource des produits du libertinage et du mensonge. Les femmes de mauvaise vie et les prêtres ne doivent point être imposés , comme on impose les professions honnêtes et utiles , dont oa protège le libre exercice.
Pni l i m i n A i n ë. xix
£t modernes prouvera du moins que la plupart d'entr'eux sont, de tous les hommes , les plus tolérans f les plus paisibles , les plus éclairés et les plus aimables. Ils en sont aussi les plus heureux.
Comparons le caractère et les habitudes de Y hommes ans -Dieu aux habitudes et au caractère de Y hommede - Dieu, Est - il conslraste plus parfait ?
Observez celui - ci : il vit continuellement dans la crainte et l'humiliation > comme un esclave baisant les courroies qui le frappent.
S'il a fait une bonne action , au lieu de se livrer à un légitime orgueil , il a la sottise d'en attribuer tout le mérite , tout l'honneur à un maître qui l'a lui a dictée. S'il se propose une résolution généreuse, il va
xx Discours
en demander la permission , et la grâce de l'accomplir. Enfant débile , il n'ose mettre un pied devant l'autre, sans regarder papa-Dieu (qu'on nous passe la familiarité de l'expression , a cause de sa justesse I ) Voyez le déiste , le théiste , l'homme religieux (1) de toute secte , baisser la téte , fermer les yeux , joindre les mains , tendre les bras , fléchir le genou , quand il prononce le mot Dieu. Esl-il des termes plus abjects, ou plus niais que ceux dont il se sert dans ses invocations ? S'il perd sa femme ou ses enfans , il en remercie son divin créateur ; car rien n'arrive sans son ordre, et c'est toujours pour le mieux. Au lit de mort , sembla-
(i) Car le déiste , s'il est conséquent à ses principes , ne doit différer du catholique romain , que du plus au moins-
Préliminaire, xxj
blc à un criminel , il tremble à l'approche du juge suprême. L'idée d'un Dieu rémunérateur ou vengeur l'empêche de se livrer aux dernières effusions de la Nature. Il écarte froidement sa famille , ses amis , pour se disposer à paraître devant le tribunal céleste. Certes! une telle existence est un perpétuel supplice , et réalise en cette vie l'enfer de l'autre monde.
Vhomme - sans - Dieu prend et garde une toute autre attitude. Suivons-le dans l'une des journées de sa vie. U sort des bras de sa femme ou du sommeil ,pour assister au lever du grand astre ; puis il règle les affaires de sa maison et ses travaux.
Après avoir donné les premières leçons à ses enfans, il prend avec sa famille le repas du matin. Ensuite,
ce xi] D i se o un s
chacun vaque à ses occupations , à ses engagemens. On se réunit de nouveau au milieu du jour , pour réparer à table les forces épuisées par le travail , et pour se disposer gaiement à de nouvelles fatigues.
Exerçant tour-à-tour ses facultés naturelles et acquises , Vhomme-sans- Dieu ne connaît pas l'ennui. Chaque heure lui procure une observation à faire , un service à rendre.
Partie indispensable de la Nature , actif comme elle , il se coordonne à elle , pour remplir les devoirs que lui imposent ses relations avec le reste des êtres. La soirée venue , il en passe les momens paisibles au milieu de sa famille , avec un ami , et se livre aux délassemens , digne salaire d'une journée laborieuse et utile. Un doux repos l'attend peu-
PRELIMIMAIRE. XXlij
dant la nuit ; il s'endort , satisfait de n'avoir laissé aucun vuide dans sa journée , modelée sur le cours du soleil.
Touche-t-il au terme de son exis* tence ? Il ramasse toutes ses forces , pour jouir des plaisirs qui lui restent ; et ferme les yeux pour toujours , mais avec la certitude de laisser un souvenir honorable et cher dans le cœurde ses proches y dont il recueille les derniers témoignages d'eslime et d'attachement. Son rôle fini , il se retire tranquillement de la scène , pour faire place à d'autres acteurs , qui le prendront pour modèle. 11 éprouve sans doute de vifs regrets àla séparation de tout ce qu'il aimait ; mais la raison lui dit que tel est l'ordre immuable des choses. D'ailleurs } il sait qu'il ne meurt pas
xùci v Discouns
tout entier , tout-à-fait. Un père de famille est éternel ; il renaît , il revit dans chacun de ses cnfans; et jusqu'aux parcelles de son corps , rien de lui ne peut s'anéantir. Anneau indestructible de la grande chaîne des êtres , V homme - sans- Dieu en embrasse toute l'étendue par la pensée , et se console , n'ignorant point que le trépas n'est qu'un déplacement de matière et un changement de forme. Au moment de quitter la vie , il repasse dans sa mémoire , s'il en a le loisir , le bien qu'il a pu faire , ainsi que les fautes. Fier de son existence , il n'a fléchi le genou que devant l'auteur de ses jours. Il a marché sur la terre , la tête haute et d'un pas ferme , l'égal de tous les autres êtres , et n'ayant deco mpte à rendre à personne
qu'à
Préliminaire, xxv
qu'à sa conscience. Sa vie est pleine comme la Nature : ecce viR. (1)
Si le cadre étroit dans lequel nous nous sommes circonscrits , nous permettait de profiter de tous les avantages de notre sujet , nous apprendrions à certaines gens que les Athées sont d'un commerce sûr , d'une société égale et douce. Qu'eux seuls savent jouir avec délicatesse , et selon le vœu de la Nature qu'ils consultent avant tout. Que parmi eux , il est rare de rencontrer des énergumènes ou des hypocondriaques. Heureux et contens à peu de frais , ils ne sont point difficiles à vivre ; parce que sachant combien
(i) Le déiste, le théiste , et tout autre sectaire, qui admet une religion , pourrait être désigné sous l'expression vulgaire : ecce homo.
xxv) Discours
l'existence est courte , ils aiment mieux la passer à s'entr'aimer qu'à se disput er ou se haïr. C'est pourquoi ils ne trouvent pas mauvais qu'on pense autrement qu'eux. Philosophes sans prétention , ils ne se fâchent jamais des injures , même des outrages que leur prodigue habituellement l'homme de Dieu ; ils le regardent comme un enfant mal élevé.
Si plusieurs des Athées dont les noms ont été recueillis dans ce répertoire , revenaient au monde , que ne ferait -on pas pour être admis à leur intimité , partager leur bonheur facile et sans remords ? Lequel d'entre-nous regretterait sa journée, s'il en avait passé les premières heures dans l'école de Pythagore , ou d'Aristote ; puis acceptant l'hospitalité chez Anacréon , Lucrèce ou
Préiiminairê. xxvij
Chaulieu , et après s'être promené dans les jardins d'Epicure ou d'Helvétius , se laisserait surprendre par la nuit entre Aspasie et Ninon (1) ?
Sans égard pour ces noms illustres , on nous dira :
Il ne faut rien moins qu'un Dieu ou l'idée d'un Dieu pour remplir le vide du cœur de l'homme , pour occuper sa pensée. Celui qui n'y croit pas doit n'en être que plus ambitieux, plus remuant. Ce n'est qu'à force d'honneurs ou de jouissances matérielles qu'il peut se don-
(1) On aurait une fausse idée de ces deux femmes, si on ne voyait en elles que des courtisanes aimables. L'une donna des leçons à Socrate ; l'autre est célèbre par un trait de probité rare. Toutes deux avaient une philosophie anti-religieuse , supérieure à leur sexe et à leur siècle.
xxviij Discours
nerlc change, et exister sans dégoût sur la lerre.
Répondons à cela :
L'Athée par raisonnement , sent mieux qu'un autre le néant de toutes ces distinctions sociales , de tous ces plaisirs grossiers , dont la plupart des hommes sont si vains et si jaloux.
Observai eur assidu, ami éclairé de la Nature , il lui faut de grands objets pour alimenter son imagination; il regarde en pitié et avec affliction ces crises poli tiques ou religieuses qui tourmentent la masse des hommes , au profit d'une poignée de misérables dont tout le talent est dans l'audace du crime : spectacles atroces et honteux , où l'Athée se garde bien de prendre un rôle.
Quelquefois , on se venge de son dédain, en l'abreuvant de dégoûts.
Préliminaire, xxix
C'est ici qu'on peut admirer l'influence d'une opinion libérale sur le caractère et l'existence de l'homme.
L'Athée qui en est venu à penser ainsi , en étudiant la nature des choses , s'est placé nécessairement au-dessus d'elles. Pénétré de toute sa dignité, il ne soumet sa raison à d'autre autorité qu'à celle de l'évidence. L'athéisme inspire des sentimens d'élévation et d'indépen dance à un dégré qu'on ne peut atteindre dans tout autre système.
On réclame un Dieu pour le peuple. Le peuple en a besoin pour apprendre à être docile à ses chefs ; et ses chefs ne sauraient s'en passer pour soulager leur administration.
Répondons :
Dieu n'est utile ni aux gouvernés , ni aux gouvernails. Depuis bien des
xxx Discours
années, il ne fait presque plus d'impression sur l'esprit des premiers.
Le peuple n'est point assez brut , pour ne pas voir que Dieu ne saurait être un frein pour ceux qui le tyrannisent. Une expérience journalière ne l'a que trop dél rompe à cet égard.
D'ailleurs , sur une popidationde cent mille tétés, il n'en est peut-être pas cinquante qni se soient donné la peine de raisonner leur croyance.
Le peuple la reçoit sur parole. 11 est catholique, comme il serait Athée , si ses ancêtres l'eussent été. Dieu ressemble à ces vieux meubles qui loin de servir , ne font qu'embarrasser , mais que l'on se transmet de la main à la main , dans les familles, et que l'on garde religieusement , parce que le fds l'a reçu de son père , et son père de son ayeul.
Préliminaire, xxxj
On insiste , et l'on dit : un Dieu et des prêtres sont aussi nécessaires qu'un magistrat de police et des espions.
Quelque soit la perversité des hommes en civilisation , un bon tribunal correctionnel suffirait à tout.
Lés doubles emplois se nuisent , se paralisent réci proquement .La contrepolice des prêtres ne vaudra jamais l'active surveillance des espions (1).
Il serait bien temps de briser une bonne fois ces vieux ressorts politico-religieux , que tout le monde est d'accord de trouver insuffisans , et si peu favorables à la perfectibilité humaine.
Mais voici la plus atroce comme
(i) L'heureuse contrée que celle où Ton pourrait se passer d'espions et de prêtres !
axxij Discours
la plus gratuite des imputations hasardées contre les Hommes - sans - Dieu :
V athéisme ( ose-1-on dire) démovalise la société civile ....
« Sainte colère de la vertu (i), *• guide un moment ma plume.
Préires d'un Dieu , fruit d'un adultère (2) , vous osez bien nous dire :
V athéisme démoralise î . . .
Et vous , iheistés adorateurs d'une toute puissante providence1, qui a permis les sanglantes immoralités
(1) Expressions empruntées au plus éloquent des écrivains modernes.
Voyez l'invocation du Leviie (V Ephraïm.
(2) On a remarqué que les fondateurs des trois principales religions du monde , Moïse , Jésus et Mahomet , ont été des enfans illégitimes.
d'une
Préliminaire, ccxxlij
(Tune révolution de dix années , vous dites aussi : V athéisme démoralise ! . . .
Et vous aussi , Hommes d'Etat, vous vous prêtez à être l'écho complaisant des prêtres , et vous dites après eux : V athéisme démoralise un peuple. Vous 9 qui permettez journellement que sur tous les tréteaux , • grands et petits, on tourne en ridicule la foi conjugale : vous , qui dans le jeu des loteries, tendez un piège aux malheureux : ,
Voilà ce qui démoralise véritablement le peuple. Un peuple perd ses mœurs , avec des prêtres qui
ocxxlv D i s co v n s
dans leur liturgie sanctifient l'adultère; avec des demi-philosophes qui prêchent une providence complice des crimes qu'elle permet ;
Raisonneurs inconséquens , ou de mauvaise foi ! répondez :
Est-ce l'athéisme qui régnait à la cour de nos ti»is derniers maitres monarchiques, Louis XI V, Louis XV, Louis XVI ?
Est-ce l'athéisme qui dominait à la Convention , avec Robespierre , persécuteur des Athées ?
Est-ce l'athéisme qui fonda l'inquisition , qui joncha l'Amérique de cadavres , qui ordonna la Saint- Barthélemi , et qui sous nos yeux
Préliminaire, xxxv
tzommit dans la Vendée tous les genres de forfaits ?
Est-ce une coalition d'Athées que celle de ces puissances couronnées qui promènent dans toutes les contrées de l'Europe , le fléau d'une »
guerre d'extermination ?
Saint - Dominique , Charles IX et Marie de Médecis étaient - ils Athées ? Ferdinand , Géorgçs III, François II , Paul I , sont- ils Athées? La mère de ce dernier empereur l'était-elle ? Pitt et Maury le sontils ? Les émigrés de France qui tournent leur glaive contre le sein de leur mère , le sont-ils ?
Studieux Bayle ! vertueux Spinosa !
sage Fréret ! modeste Dumarsais !
honnête Helvétius ! paisible d'Holback ! . . . etc. vous tous , écrivains philosophes qui ne rejettezun
xxxvj Discours
Dieu que pour dégager la morale d'un alliage impur ! . . . vous auriez démoralisé le monde ! . . .
Regarderait - on l'Alliée eommr le bouc émissaire , que les Hébreux chargaient de toutes leurs iniquités ?
Pour l'amusement des oisifs et pour L'édification des sols , les coriphées du bas-empire delà littérature française , s'égaient tant en prose qu'en vers, aux dépens de l'athéisme et de ceux qui le professent.
Nous ne leur répliquerons qu'en les accablant des noms imposans et des autorités graves dont ce répertoire est composé ! Ces noms recommendables doivent rendre du moins plus circonspect. Une opinion môrale , professée par tant de grands hommes et de gens de bien y mérite
Préliminaire, xxxvij
qu'on en parle avec plus de mesure ; cette masse de suffrages doit avoir son poids dans la balance des i ndécis.
Nous avons recueilli, non pas seulement les principaux sentimens des Athées connus, mais encore une infinité de témoignages en leur faveur , d'autant moins- suspects qu'ils sortent de la bouche ou de la plume de leurs adversaires.
Nous avons surpris plusieurs théologiens de bonne-foi , débitant des maximes beaucoup plus philosophiques qu'ils ne pensaient , et rendant hommage à la pureté de conduite et d'intention des hommes - sans- Dieu.
Disons aussi que beaucoup d'honnêtes citoyens et d'hommes instruits sont Athées , sans croire 1 être. C'est qu'ils ne se sont pas avisés encore de
ocxxyiij Discours
tirer les conséquences et de faire l'application de certains principes qu'ils professent fout naturellement.
Ajoutons: s'il n'y avait eu jamais de scélérats ni d'infortunés sur la terre, jamais on n'eûl pensé à chercher un Dieu dans le ciel.
Nos arrières neveux ne pourront lire certaines pages de nos annales sans s'écrier : en ce temps - là , les hommes étaient- ils donc autrement organisés que nous ? Que faisaientils de leur raison ? Quelle pitié que cette importance qu'ils mettaient , en prononçant le mot Dieu \
On parle d'une régénération , d'un nouvel ordre ; on annonce de grands principes, de vastes plans, de profonds apperçus. Les Idéologues traitent leurs devanciers & idiots, de gens à vue courte ; et ces hommes
Préliminaire, xxxix
à conceptions hardies n'osent encore rien publier officiellement contre le plus absurde et le plus décrépit des préjugés. Ils se proposent d'élever un édifice dans les plus sublimes proportions ; et ils semblent respecter des ruines gothiques sur lesquelles on craint de porter un coup décisif. Ils souffrent que l'espèce humaine reste prosternée au pied de son antique fétiche , au lieu de lui dire avec l'autorité de la raison ; .* Lève-toi , et marche à grands pas » vers le bonheur ... D'après les conseils timides d'une politique fausse , on accorde des asyles publics à l'imposture sacerdotale , en jnême temps qu'à la philosophie.
Les hommes d'État seraient mor^ tifiés qu'on les crût religieux ; mais ils ne seraient pas fâchés que
xl Discours
tout le monde le fût , hors eux.
Ils disent :
« Il n'est pas temps encore d'oler •« au peuple un Dieu. ».
Eli ! qu'attendez-vous ? Craignez les suites des demi - lumières. Il faut dire au peuple tout , ou rien. Un peuple éclairé à demi est le plus détestable de tous les peuples. Vous n'en fairez jamais quelque chose.
Mais c'est peut - être là votre intention.
Si toutes les nations , d'un consentement unanime , ont toujours reconnu un Dieu distinct de la matière et lui ont décerné un culte :
à l'unanimité aussi , les sages de tous les siècles et de tous les pays n'ont reconnu que la matière agissante par elle-même.
En parcourant notre nomenclature
Préliminaire, oclj
ture , on verra ces deux extrêmes se toucher. On verra le théologien et le philosophe marcher en sens contraire pour arriver au même but. Le spiritualiste et le matérialiste peuvent tirer de leurs argumens opposés un résultat semblable. Dieu est la Nature aux yeux du corps ; la Nature est Dieu à l'œil. de l'entendement. Matière ou abstraction la divinité est tout , ou n'est rien ; et ceux qui en parlent sont tous des spinosistes, ou des Dom-Quichottes.
Puisse ce résultat important de la lecture du dictionnaire des Athées anciens et modernes amener enfin nos lecteurs à se dire :
Eh ! pourquoi donc répandre tant de flots d'encre , de fiel et de sang ? Dieu peut avoir son moment d'utilité dan* l'enfance des corps polit i-
Discours
ques: à présent que l'espèce humaine touche à l'âge mûr , loin de nous cette vieille lisière ! affranchis de ce préjugé , le père de tant d'autres , nous saurons mieux apprécier désormais et les hommes et les choses.
Il ne sera plus si facile de nous faire consentir aux plus honteuses déterminations. Nous rougirons bientôt de voir plusieurs millions d'hommes se laisser museler ou décimer par les ordres d'un petit groupe de leurs semblables , au nom de l'Etre -Suprême. Connaissant mieux nos droits et nos devoirs , on n'osera plus nous proposer impunément cer~ t aines mesures. Courbés sous le joug divin d'un despote céleste , nous étions tout façonnés à recevoir les entraves du premier ambitieux qui se présentait à nous , sans même
Préliminaire, ccliij
qu'il eût besoin de s'annoncer de la part d'un Dieu. Désormais , on y réfléchira davantage , avant d'exiger de nous le sacrifice de nos forlunes, de notre repos, de notre vie.
11 faudradu moins nous parler raison.
Désenchantés du fanatisme religieux , nous ne serons plus aussi susceptibles de cet enthousiasme politique, qui fait quelques héros et tant de victimes. La magie des mots, le talisman des formes ne nous en imposera plus tant. Ainsi que les pr êtres , les héros coxïtent trop cher d'entretien , et sont trop dangereux.
Revenus aux vertus naturelles et aux ;plaisirs domestiques, nous ne serons plus le jouet des. charlatans sacrés et profanes. Quand on viendra frapper nos oreilles du Dieu de la fortune y du génie de la victoire ; nous
ccliv Discours
saurons réduire ces brillantes prosopopées à leur juste valeur. L'utile, le bon , le vrai , obtiendront dans notre esprit la préTérance sur les superbes écarts de l'imagination et de la vanité ! Les hommes remuans qui méditent des coups d'État , les cerveaux profonds qui voudraient faire révolution dans l'empire des idées , ou appliquer leurs théories sublimes à la statistique , rencontreront sur leur chemin des hommes de sens , marchant avec la Nature et la raison, imperturbables ennemis des abstractions politiques, autant que des abstractions religieuses. Le culte simplifié et réduit à la piété filiale , nous voudrons simplifier aussi nos institutions civiles. Tout l'apareil diplomatique ne nous paraîtra plus qu'un grave enfantillage. Tous ces
Préliminaire, xlv
nombreux rouages du gouvernement social , qui ressemblent aux anciennes machines hydrauliques ( 1 ) , seront réduits aux mouvemens les moins compliqués. Nous agirons à l'inverse de nos superstitieux ancêtres qui faisaient peu avec beaucoup; débarrassés que nous serons alors de toutes ces petites considérations nécessaires j jusqu'à présent, pour ne point heurter de front de vénérables et d'antiques erreurs ; et nous dirons en parodiant un mot heureux de Ninon , cité dans ce dictionnaire :
«< Il faut qu'un gouvernement soit ' s» bien pauvre en lumières ou en »» ressources , quand il croit avoir * besoin de composer avec les pré- » jugés religieux ».
(i) La machine de MarJy , par exemple.
Discours
Telle serait la révolution opérée par l'Athéisme. Telle serait l'influence , nous le répétons , de cette seule opinion libérale , sur les bons esprits et sur toutes les institutions.
La destruction pleine et ent ière d'une longue et imposante erreur qui se mêlait à tout (1) ; qui dénaturait tout , jusqu'à la vertu ; qui était un piège pour les faibles , un lévier
(i) Il est affligeant de voir dans les meilleurs ouvrages , dans les livres les mieux pensés , combien les auteurs sont difterens et au-dessous d'eux - mêmes , quand leur plume tombe sur le mot Dieu. Le cerveau de l'écrivain se paralyse sur-le — champ ; et cette tête si profonde, si vigoureuse sur tout autre sujet , semble se détraquer , pour ne devenir que l'écho verbeux: et machinal des augures, principalement quand ceux-ci ont pour eux le vent de l'opinion populaire. Newton en est un déplorable exemple.
Préliminaire, œlvij
pour les puissans , une barrière pour les hommes de génie ; la destruction pleine et entière de cette longue et imposante erreur changerait la face du monde.
Dans l'attente de ce grand événement , que redoutent tant de gens qui vivent de mensonges , et que les vœux stériles du sage appellent , mais ne peuvent hâter , disons à nos contemporains perplexes :
Vous le voyez ! Dieu a pour lui l'ignorance et l'imposture , la crainte et le despotisme ; contre lui , la raison et la philosophie , l'étude de la Nature et l'amour de l'indépendance. Dieu doit la naissance à un mal-entendu. Il n'existe que par le charme des paroles. La connaissance des choses le tue et l'anéantit. Un Dieu corporel répugne au bon-sens.
xlviï) Discours
Un Dieu abstrait ne laisse aucune prise sur lui. Et pourtant, Dieu ne saurait être qu'abstraction ou matière. Il faut le répéter encore ici :
Dieu est tout , ou n'est rien. Pour, s'entendre et se faire entendre, le théologien est obligé de s'exprimer comme le philosophe. Mais si le tout est Dieu , Dieu perd sa divinité.
D'une autre part , réduit à sa spiritualité, il n'a plus d'existence que dans la pensée de l'homme. On conçoit l'embarras de ] 'école , bâtissant dans les espaces imaginaires, et sur des mots qui n'ont pas de sens , ou qui détruisent le fantôme , quand ils en ont un. Hélas ! toutes les guerres, sacVées qui ensanglantent les pages de l'histoire , ne sont donc que des querelles grammaticales. Rougissez pour vos pères , quis'abymaient dans
de
Préliminaire, xlix
de misérables questions théologiques. Brûlez ces bibliothèques poudreuses , qui n'attestent que le délire et la honte de l'esprit humain.
La brièveté de la vie ne vous laisse pas assez de loisirs pour consumer vos rapides momens en conjectures ou en suppositions gratuites.
Jusqu'à présent, vous n'avez vécu que de fictions; vos lois mêmes en sont pleines encore. Il faut à l'homme quelque chose de plus substantiel.
Laissez donc là t out ce qui ne repose point sur la nature et l'évidence des choses.
Un législateur tout moderne ( P . . . r. ) a bien osé dire, dans un moment de familiarité : « Aux trois « quarts et demi des hommes $ il ne * faut administrer que de l'opium
Que ce propos dissipe votre long
I Discours
assoupissement ! Il n'est que trop vrai ,* jusqu'à ce jour , on n'a gouverné les hommes qu'en leur administrant de lourds soporifiques religieux et autres. Désormais 9 fermez l'oreille , non seulement aux prêtres; mais encore à tout homme d'État qui parle et se conduit comme un prêtre.
Trois mots de talisman (1) ont suffi pour faire des cultes et des révolutions. Il ne faut pas que cela arrive davantage. Ne donnez plus, ne souffrez plus du moins le spectacle de tels scandales. Rejetez tous ces systèmes qui en sont la cause ou les suites. Tout n'a-t-il pas été dit ,
(i) Toutes les religions dérivent de l'astrologie.
Horus . . . ouvrage allemand qui parut en 1783.
Préliminaire. Ij
en fait de science divine et politique? Passez maintenant à des objets positifs et qui vous touchent de plus près. N'avez-vous pas la morale domestique , et l'expérience tradition elle ?
Deux livres vous sont ouverts p votre cœur et la Nature. Méditezles , de préférence à tout. Réfléchissez combien toute autre étude èst mesquine et pitoyable , oiseuse et incertaine , comparée à celle du cœur et de la Nature. Il n'y a que cela de réel et d'utile, de bon et de beau. Livrez -vous donc tout entiers aux résultats de l'observation et dé l'expérience , et à la douceur des sentimens de bienveillance réciproque. Mettez en paralèle avec les travaux de l'agriculture et les devoirs de la famille , tout ce qui
hj Discoup, s
a élé dit , tout ce qui a élé fait sur Dieu et sur la diplomatie : qu'un profond métaphysicien qui pâlit dans son cabinet poudreux pour faire des livres avec d'autres livres, est un être chétif et misérable, prèsd'un Athée exerçant sous l'œil de la Nature , ses facultés intellectuelles et physiques, et jouissant avec énergie des plaisirs les plus purs , résultat d'une organisation saine ! Qu'un grave publiciste est un mince et ridicule personnage , à coté d'un laboureur père de famille , qui aurait le bon esprit de n'être que cela, et. de s'en tenir aux seules lumières du bon-sens ! Cest-là où il faut que l'homme revienne tôt ou tard.
Laissez Dieu ; Dieu n'est point à
votre iisage Un Dieu ne convient
pas à l'homme.
1>R ÉLIMINAI RE. Uij
Profitez des fajutes de vos pores ; ne sacrifiez pas comme eux les choses aux mots. Occupez - vous vousmêmes de vos affaires personnelles.
Surveillez ceux d'entre vous, chargés du soin de vos intérêts extérieurs.
Vos agens ne sont pas fâchés que la foule tienne sans cesse les yeux levés au ciel; pendant ce temps, elle ne prend pas garde à ce qui se passe sur la terre.
L'idée d'un Dieu dédommageant dans un autre monde des tyrannies endurées dans celui-ci , empreinte bien avant sur le cerveau des gouvernés , est un doux oreiller pour reposer la tête des, gouvernails.
Une république d'Athées donnerait moins de latitude à ses administrateurs suprêmes. Les Athées sont des citoyens clairvoyans et
liy Discours
pleins de franchise , qui ne veulent absolument reconnaître au-dessus d'eux d'autre puissance que la raison.
On ne mène point à la verge des hommes de cetie trempe. On redoute leur rencontre. De beaux dehors ne les éblouissent pas. De belles promesses ne les satisfont point. Ce n'est pas à eux qu'on peut d ire avec succès : «• Prenez patience , laissez faire le » méchant en honneur. Dieu permet » un moment son élévation, pour lui ménager une chute plus écla- « tante Les Athées ne se paient point de ces raisons. Ils veulent ou qu'on prévienne le mal , ou qu'on fasse justice du premier attentat que se permet l'homme en place. Ils veulent que la loi, présente en tous lieux à-la-fois et aussi prompte que la foudre , remplace un Dieu caché
Prelimina 77? j?. h
et lent , qui laisse Cromwel et Monck mourir dans leur lit.
Tolérans par goût et par principes , les Athées voudraient que le magistrat d'une grande nation , en consacrant par une loi la liberté des cultes , fît néanmoins sentir Pabsurdité et les inconvéniens de tous ces cultes , dans dés proclamations sages , adressées aux pères de famille et chefs de maisons.
Citoyens! ( pourrait-il leur dire ) on réclame là liberté des cultes , nous ne la refuserons pas. Mais estelle un bien pour ceux qui la réclament à si grands cris ? Nous en doutons ; et nous croyons dè notre devoir de vous faire part de nos doutes. Nous ne pouvons interdire aux pharmaciens la vente publique de l'arsenic. Mais, Pères de famille et
Ivj Discours
chefs de maison ! nous vous en conjurons au nom des bonnes mœurs et de la vérité sainte , au nom de l'intérêt public ë,1 particulier; joignez votre ascendant naturel aux lumières de tout ce qu'il y a eu de vrais sages , pour préserver Ll génération qui s'élève de la contagion religieuse.
Faites sentir à vos enfaus et à ceux qui vivent dans votre dépendance , qu'on les trompe grossièrement; qu'ils ne doivent rien à un être trop au-dessus de leur inlelligence; que tous leurs devoirs se bornent à l'amour du travail et des lois, àla reconnaissance envers les auteurs de leurs jours et de leurs instructions. Pères de famille et chefs de maisons , accoutumez vos enfans et vos serviteurs à ne voir qu'en vous les ministres de la morale ; à ne
fréquenter
Préliminaire. Ivîj
Fréquenter d'autres autels que les foyers devant lesquels ils ont reçu la vie et l'éducation , à n'avouer leurs fautes qu'à vous , à ne consulter que vous ; enfin , à ne trouver qu'en vous seuls , leur Dieu et leurs prêtres,.
« Chefs de famille , résaisissez- vous de vos droits ; à un peuple libre , il ne faut d'autre frein que des lois et des moeurs.
Bonnes mères de famille , soyez vous-mêmes la providence de vos enfans. Que les vertus de vos fdles soient votre ouvrage ! n'associez point d'étranger à vos augustes fonctions.
Une fille bien née ne doit point quitter un seul instant sa mère ; il est indécent de voir une jeune vierge s'agenouiller aux pieds d'un homme qui n'est pas son père , pour lui avouer ses fautes domestiques. Il est
Ivlij D i s c o u r i
une religion universelle, antérieure à toutes les autres et qui leur survivra ; c'est la Piété filiale. Voilà la seule véritable religion naturelle. La maison paternelle est son temple ....
Maisdetelsmoyenssont bien lents.
Entrer en accommodement avec le mensonge , n'oser l'attaquer qu'avec des proclamations , ne promet que dans plusieurs siècles un triomphe à la vérité. J'aime à penser qu'un jour , bientôt peut-être , il s'élèvera un Homme pur , joignant à l'éclat de ses lumières , à l'ascendant de ses vertus , toute la force d'un grand caractère ....
Depuis bien des siècles , les nations de presque toutes les contrées ne sont point satisfaites de leur condition; elles en appèlent à un être surnaturel qui doit descendre sur la
Préliminaire, lix
terre pour y changer ou du moins améliorer l'état des choses.
A Delphes , on prophétisait la venue d'un fils d'Apollon qui devait ramener parmi les hommes le règne de la justice.
Les Romains attendaient un roi prédit par leurs sybilles. Les Indiens attendent Vichenou , qui leur apparaîtra sous la forme d'un centaure.
Les Persans soupirent après Ali ; les Chinois après Phélo. Les Japonais attendent Peïrum et Carabadoxi ; les Siamois Sammonocodon. Les Hébreux pensent encore à leur messie.
Les chrétiens croient à une seconde visite de Jésus , sous les traits redoutables d'un juge sévère et sans appel.
Les moralistes , les philosophes eux-mêmes , espèrent aussi Tapparution d'un homme osant dire la
Ix Discours
vérité tout haut et lout entière.
Qu'il soit proclamé le bienfaiteur de l'espèce humaine , ce sage législateur qui trouvera le secret d'effacer du cerveau des hommes le mot Dieu , talisman sinistre qui fit commettre tant de crimes et causa tant de maux !
Mais nous oublions que nous ne sommes point Hommes d'Etat ; retournons à notre magistrature purement morale , et terminons par quelques remarques sur la confection de ce dictionnaire.
On nous arrête , pour nous dire :
Qu'importe à la chose publique qu'il y ait des Athées ! A quoi sert d'encataloguer leurs noms ? Pourquoi renouveler cette vieille querelle ? on n'y pensait plus. De plus grands intérêts nous pressent.
Malheureusement cette vieille
P R È LIMINAIRE. Ixj querelle est plus que jamais à l'ordre du jour , et pèse sur noire patrie.
Le mot Dieu n'est-il pas en tête de tous les manifestes publiés par les puissances coalisées ? La reconstruction de plusieurs églises dans l'intérieur ne semble - t-elle pas nous menacer d'un nouveau vandalisme sacerdotal ? Il est donc urgent de faire un appel à t ous les bons esprits.
Je le répète ; tous les noms cités par nous n'appartiennent pas à des Athées. Les véritables Athées ne se irouvent point en aussi grand nombre. Mais j'ai cru pouvoir leur adjoindre des autorités , prises chez leurs ennemis.
Si quelques-unes des personnes citées sur cette honorable liste prennent la peine de réclamer , nous les invitons d'avance à nous passer
Ixij Discours
l'erreur de les avoir jugées dignes de figurer parmi ceux que les anciens et les modernes ont de plus S'?ges et de plus éclairés. Nous ne .
ferons point d'autre réponse.
D'ailleurs, nous n'avons cité que ceux dont les œuvres imprimées sont par conséquent in publico jure , et ceux qui nous ont paru sensibles à la honte de demeurer plus long temps confondus dans la tourbe des hommes à préjugés.
Néanmoins , beaucoup plus de noms vivans figureraient ici , sans certe fausse honte, cette pusillanimité , et quelques autres considérai ions non moins étranges qui retiennent encore bien des personnes ....
Nous aurions pu multiplier à Tinfini les citations qui accompagnent
Préliminaire, bciij
chacun des articles de ce dictionnaire. Les témoignages en faveur de l'athéisme formeraient toute une bibliothèque. Avec beaucoup plus de temps et de travail , le choix de nos citations eût été meilleur. Mais cette entreprise , dont nous ne donnons qu'une ébauche , suppose une lecture immense et réfléchie toutà-la-fois. Ce qui semble surpasser les forces de l'esprit humain.
Des noms de femmes se trouvent , clair-semés , dans ce répertoire ; et il y en a encore trop , à notre gré. Les femmes ne sont point du monde politique ou philosop hi que. Chacune d'elles doit avoir les Dieux et les opinions , le culte et les lois de sotx père et de son mari.
11 n'est pas hors de propos de Tendre compte au lecteur de Fun des
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principaux motifs qui nous ont guidés, en dressant celte lisle. Tout un volume composé de noms d'Athéesi pour la plupart recommendables sous tous les rapports , peut inspirer une salutaire confusion aux personnes qui croient en Dieu ou à celles qui en vivent , et les porter soit par secret dépit , soit par une émulation plus louable , à produire aussi de leur coté quelques actes de tolérance et de sagesse. Une seule tête rendue au bon -sens paierait tout ce que nous a coûté cette pénible ébauche.
On a voulu nous dissuader la publicité de cette innocente nomenclature.
D'abord , écoutons les diplomates qui nous disent : Si vous aimez voire patrie , craignez que ce dictionnaire
Préliminaire. Ixv
naire ne fournisse un prétexte aux cabinets coalisés , pour refuser la paix à une nation sans Dieu.
Faut-il répondre à ces diplomates que de nouvelles victoires sauront bien lever les scrupules de la coalition ?
D'autres nous ont dit : « Y pensez- *> vous ? votre dictionnaire des *» Athées anciens et modernes serm vira , dans certaines circonstanh ces, d'une liste de proscription ?..,».
Cela n'est plus possible, nous en avons pour garant la longue épreuve d'où l'on sort. Les uns sont las de proscrire , et veulent consommer en paix les fruits de leurs crimes. Les autres, peut-être , sont las aussi de se laisser proscrire.
m Mais si les Hommes - de - Dieu » redevenaient ce qu'ils 'étaient ...»►.
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En Italie, à la bonne heure. Mais en France , ces gens là n'ont conservé leur ascendant que sur l'esprit des femmes. Ils inspireront désormais beaucoup plus de mépris que de crainte.
On insiste et l'on ajoute :
» Vous avez raison , quant aux prêtres qui trafiquent encore des choses saintes. Mais ceux qui prudemment ont laissé croître leur tonsure, pour se mêler dans les rangs civiques et courir les nouveaux bénéfices ; ces gens-là ont contracté un esprit de corps qui ne mourra qu'avec eux ; ils vous en feront sentir les effets à la première occasion.
Vous cherchez des ennemis, vous en trouverez par-tout. »
Je ne ferai point l'injure à mon siècle, à mon pays et aux personnages
Préliminaire. Ixvïj
qui leur donnent le ton , de prévoir quelque danger , en recueillant les témoignages les plus considérables en faveur d uneopinion. Une opinion morale n'est point un outrage , n'est point un délit.
Et quand il y aurait quelques risques à courir . ... Il ne faut pas que la dernière année du XVIIIe.
siècle , de ce siècle tant mémorable , s'écoule , avant qu'on ait osé publier enfin ce que toutes les têtes saines pensent et gardaient pour elles : publier , dis-je , que le mensonge n'est bon à rien, pas plus en politique qu'en morale; qu'il est bien temps de cesser de croire ne pouvoir exister en paix qu'en se trompant les uns les autres; qu'il ne faut plus chercher dans le ciel un point d'appui à l'édifice social , dont l'intérêt commun est la
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seule base; que les peuples et leurs gouvernansout besoin seulement de justice et de mœurs ; qu'il est nécessaire encore aujourd'hui de rappeler aux premiers magistrats d'une grande nation, qui se piquent de ne point ressembler à la populace des Hommes d'Etat , qu'ils doivent à leurs gouvernés l'instruction et des lois; et que la loi ne doit être que l'expression de la raison ; que dans lout ceci , il n'y a point de rôle pour un Dieu , ni pour ses représent ans ; qu'il est nécessaire d'avenir les premières autorités , combien elles s'avilissent et se compromettent elles-mêmes , quand elles souffrent que le peuple porte plus de considération et de respect à ses prêtres qu'à ses magistrats. . . etc.
Le XIXe. siècle, préparé par tant
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d'événemens , semble nous imposer l'obligation de passer l'éponge sur quantité de vieilles institutions , monumens de honte ! Il ne faut pas que le siècle qui va s'ouvrir , conserve la moindre trace des turpitudes commises ou écrites avant lui; il ne faut pas que le siècle XIXe.
sache combien leXVHP. avec toutes ses lumières ou ses prétentions , ses idées libérales ou ses hardiesses, fut encore servile et routinier dans ses opinions. Il ne faut pas que ce débordement de paroles magiques , dont le mot Dieu est le sommaire , qui sur les ruines de la raison , de la vérité et de la justice, traversa tant de siècles, puisse atteindre le XIXe.
sans être du moins accompagné des solennelles réclamations de la philosophie.
Lrx Discours
Terminons œ discours beaucoup trop Ion r pour un sujet qui peut se passer d'&pologte , par le résumé de iî js r p n>es à la demande: qu'estce qu'un Athée ?
Le véritible Athé? est un philosophe moleste et tranquille , qui il 'aime point à faire du bruit \ et qui n'affiche pas ses principes avec une ostentation puérile (i) , Taihéisme étant la chose du monde la plus naturelle , la plus simple.
Sans disputer pour ou contre l'existence divine , l'Athée va son droit chemin , et fait pour lui ce que d'autres font pour leur Dieu ; ce n'est pas pour plaire à la divinité > mais pour être bien avec lui même , qu'il pratique la vertu.
(î) Qu?J<Tties Athées connus ne sentent pas a^sez toute la dignité de leur opinion.
Préliminaire. Ixxj
Trop fier pour obéir à quelqu'un , même à un Dieu , l'Athée ne prend d'ordre que de sa conscience.
L'Athée a un trésor à garder , c'est son honneur. Or , un homme qui se respecte , sait ce qu'il doit se défendre ou se permettre , et rougirait , sur ce point , de prendre un conseil ou de suivre un modèle.
L'Athée est un homme d'honneur* Il aurait honte de devoir à un Dieu une bonne œuvre qu'il peut produire de lui-même et en son propre nom. Il n'aime pas à être poussé au bien, ou détourné du mal : il cherche l'un , il évite l'autre, de son plein gré ; et on peut s'en reposer sur IuL
Combien de belles actions ont été attribuées à Dieu , et qui n'avaient pour principe que le cœur du grand homme qui les produisait!
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Le plus parfait desinléressement est la base de toutes les déterminations de l'Athée. Il sait qu'il a des droits , et des devoirs : il exerce les uns sans morgue; il remplit les autres sans contrainte. L'ordre et la justice sont ses divinités ; et il ne leur fait ■que de libres sacrifices :
Le sage , seul , a le droit d'être Athée.
Additions.
BOUG . . . VILLE , non pas le traducteur de Vanti- Lucrèce; mais le voyageur, membre de l'Institut.
MIRABEAU. ( le marquis de ) Toute religion , réduite au pur spirituel, est bientôt reléguée dans l'empire de la lune.
Notre postérité , jugeant de l'esprit du temps par les seuls vestiges qui en demeureront , croira devoir le jour à une race d'Athées. L'Ami des hommes , in-q°.
N. B. Mirabeau écrivait ceci en 1756.
SAY , (Jean-Bapt.) membre du tribunat.
Lisez , dans son. ouvrage intitulé Olbie , in-8°. Pans , an VIII , toute la no.e 'C. Page 82 et suivantes.