‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 14 sur 350 · ARD · texte numérisé non relu

ARD

AAB

rares contraires aux inlérôts de son prince; du sorte que Teropereur fut obligé de le signer lui-mftnie. Le chancelier Gattinara étant deTenu veuf, le Pape Clément VII le eréav en ISSâ9, cardinal du titre de Saint* Jsan deTant la Porté latine. En dôcombre de la même année, cet illustre cardinal conclut, à Bologne, entre le Pape» Tempereor, la république de Venise et le duc de miaDf un traité pour la défense de rflalie, traité que le cardinal de Granvclfc, dans aas Mémoirei manutcritt^ appelle un chef* d*CBUTre de politique. Gattinara mourut à lospnick, le S juin 1530, Agé de soixanteeinq ans. Son corps transporté à Gattinara, flef de sa famille, y fut inhumé dans l'église des Chanoines réguliers qu'il avaitfondée, et où l'on voit sou mausolée et sa représentation en marbrjkï. — (Voy. Ughblli, JD Elog.; — PiBRRi Martyr, in EpUtolU ;-- GuiCBABDiif, 0i#^, I. VI ; — Sandoval, Yiia aCarolo V: — Aubert.)

Le chancelier Gattinara avait été marié à AnûrietU Avogadro, d'une des prenuères familles de Verceii, dont il ne laissa qu'une fille, Eliit^ mariée au comte de Lignana, aussi de Verceii. Par son testament, du as Juin 1529, il instituait pour héritiers sa fille et %e^ deux neveux, les substituant les ans aux autres. 11 laissa h sa fille le eomté de Valence, et d'autres terres considérables. Sa postérité s'est éteinte en 1699, dans la personne du dernier comte de Valeuce, mort sans enfants. W donna è Georfet , fils de Charhif son frère puîné, le comté de Gattinara. C'est donc à tort que Guicbardin a dit que Gattinara était de basse naissance.

ARCHETTI (Jean-AndrA) né h Bresse, en 1731, évéque d*Asc(»li, fut fait cardinal par Pie VI, en 178i. - 11 mourut en 1805.

ARCUINTO (Joseph), né le 16 avril 1651, archevêque de Milan, fut nommé cardinal par le P<ipe Innocent XII, le ik nov. 1699, et mourut le 9 avril 1712, âgé de 61 ans.

ARCHINTO (Albert), né le 8 nov. 1698, gouverneur de Rome, puis secrétaire d'Ëiot, créé cardinal par le Pape Benoît XIV, le 5 avril 1756, mourut en 1758.

ARCHINTO (Jean), Milanais, né en 1736, évoque de Sabine, fut fait cardinal en 1776 par Pie VI; il mourut en 1799.

ARC! (Jean d*) Français, archevêque de Tarenlaise, nommé prêtre-cardinal du titre des saiots Nérée etAcbilléepar Félii V, le fut do DOJveau par le Pape Nicolas V, eu 1VV9, et mourut en 1US9.

ARCIMBOLDO (Jean), né k Milan, dont il ftat séflateur, étant devenu veuf, fut nommé è révécbé de Novarre. — Le Pape Sixte IV lai donna le chapeau de cardinal en H73, et le Pape Innocent Vlll le nomma h Tarefaavéché de Milan et à Tabbaye de Saint- Ambroise. — Il mourut h Rome en H91. Un de ses fils lui succéda è l'archevêché de Miho. — (Koy. AoBBRT, HUt. deicard.;— CutOHics, etc.)

ARDINGUBLLE (Nicolas), né k Florence, élait profondémeut versé dans le droit» et

dans les langues grecque et latine. — Il faisait partie de la maison du cardinal Farn^e; mais celui-ci avnnt été élevé au souverain pontificat en 153^, sous le nom de Paul 111, Ardinghelle devint secrétaire du cardinal Alexandre Farndse, neveu de ce Pape, qui lui Ht obtenir plusieurs bénéfices. Paul III Tonvoja vers le roi dtj France, François 1", en qualité de nonce, pour qu*il tac&At de ménager une réconciliation entre ce prince et Charles V. Ardinghelle s*acquitta de cet'e mission avec habileté, et, après son retour, il accompagna le cardinal Alexandre en Espagne, où ce prélat se rendait en qiialité de légal du Saint-Siège. Alexandre ne ut jamais rien d'important sans ses conseils. Ils allé* rent aussi en France et en Allemagne. Peu après qu*Ardinghelle fut revenu è Rome, il fut créé cardinal, ot mourut trois ans après, le 23 août 15^7, Agé de (^5 ans. On a de lui plusieurs traités de littérature, qui ont été publiés anonymes ; des harangues latines et Italiennes prononcées dans ses ambassades; des poésies, et un livre sur sa négociation pour rap})rocher Charles V et François 1" : De negoUalione sua pro paee ineurida inler Carolàm V et Francucum /. — {^oy. PocciANT, De script. Florent.)

ARDITIO, évéque de Cumes, fut créé cardinal en 1150, par le Pape Eugène III, qui en créa vingt-quatre de 1U5 à 1133.

ARDDIN, chanoine régulier de la congrégation cfe Saint-Fridien de Lucques, fut créé, en 1178, par le Pape Alexandre 111, prôtre* cardinal du titre dt^ Sainte-Croix de Jérusalem.

ARCT1U3 (Paul), Italien, évéque do Plaisance, pui§ archevêque de Naples« créé par le Pape Pie V, en'1570,«prètre-cardiQ|l du titre de Sainle-Pudeniiane, mourut en t^8.

AREZZO (TaojiA»), naquifien 17^» à Orbitello, villa^^Mû grand-duché do Toscane, d*utie famille ancienne et illustre. ori(;inaire de Palerme. — 11 reçut une exsrcllente éducation. Dès qu^elle lut tesminée, il fut appelé par le Pape Pie VI, h la vico-légation de Bologne, puis aux gouvernemenis de Fermo, de Péruuse et de Mncerata. Bientôt les armées françaises occupèrent la péninsule; toutes les tètes éiaienl en eOTervescpnce en Italie; le gouvernement y était devenu si pénible et si difiicile qu'Arezzo y renonça en 1798, pour aller se réfugier eu Sicile, berceau de sa famille. En 1801 il retourna à Rome, où il fut nommé par le nou« V eau pontife, Pie VII, archevêque inpar/ifruf de Séleucie, et ensuite nonco apostolique à Saint-Pétersbourg. II était chargé do la négociation la plus délicate et la plus importante.; il ne s'agissait de rien moins que de tenter encore une fois la réunion de I Eglise grecque avec TEglise latine, tentative qui avait échoué en dernier lieu, au xv* siècle, sous le pontiQcaj d*Eugène IV. — Foy, Bbssabio!!. — Paul 1", prince enthousiaato et chevaleresque, accueillit Arezzo avec la plus grande distinction ; il entra dans toutes les idées du nonce : on fut bient/Vt d'acconl sur tous les points, et la réunion allait être

ÀRI

DIGTIONNAIUS

ARM

prononcée , quand le meurtre du malheureux prince vint tout arrêter. Le Jeune Alexandre» son fils et successeur, se montra tout d'abord hostile an projet, et défendit qu*i1 en fût question. Arezzo, obligé de quitter Pétend)Ourg, se rendit, avec le caractère de légats auprès de la cour de Saxe, où il résida plusieurs années. Il se trouvait encore à Dresde, en 1807, quand Napoléon, après ses victoires d'Ëylau et de Friediand, l'appela à Berlin, afin de lui faire confidence des grands projets qu'il méditait déjà contre le Saint-Siège. Croyant sans doute l'avoir fasciné, il Tenvoya h Rome, porteur d'instructions secrètes, fort hostiles an trône pontifical. Arezzo, arrivé à Rome, n'eut tien de (dus pressé que d'instruire Pie VU de tout ce dont il était menacé. Le Ponlifei par reconnaissance, le nomma vice-gouverneur de sa capitale. Napoléon ne put pardonner è Arezzo ce qu'il appelait une trahison. Il le fit arrêter, en septembre 1808, et enfermer k Florence, puis à Novarre. Rendu à la liberté, Arezzo se réfugia à Florence, où il fut encore arrêté» puis conduit en Corse, pour y être incarcéré à Bastia. En 1813, il parvint è s'évader, et à gagner la Sardaigne, où il fut accueilli, avec tous les égards dus h son mérite et è ses malheurs, par le roi Victor-Emmanuel, qui était fixé dans cette lie, depuis que les Français occupaient ses Etats du continent. En 181(h, il quitta la Sardaigne avec ce prince, et alla attendre à Savone Pie VU qui revenait de sa captivité de Fontainebleau. Il accompagna le pontife à Rome, où il fut nomme président du Saint-Office. Il suivit encore, en 1815, ce même pontife è Turin, lorsque Tinvasion de M^rat l'obligea à quitter sa capitale. C'est seulement après sa rentrée à Rome que Pie VII dédira Arezzo de la |)ourpre : il lui donna aussi la légation de Ferrare. Là, le cardinal eut occasion de déployer ses vertus et son humanité envers les prisonniers politiques qui y furent envoyés de Ravenne et de dilTérents points, après Ja révolution éphémère qui troubla Naples en 1820. Ce prélat, qui pouvait prendre pour divise : Nonigno" rui mali miêeris Buccurrere dûco, se rendait souvent dans les prisons, pour distribuer À ces malheureux tous les secours et toutes les consolations dont ils pouvaient avoir besoin. Rappelé à Rome en 1830 par Pie VIII,

aui le nommait vice-chancelier de l'Eglise, y mourut le 3 février 1833.

ARGENVILLËRl (CLÉMENT),Romain, auditeur, né le 30 déc. 1687, fut le 51* cardinal créé par le Pape Benott XIV, 8' promotion du 26 DOT. 1753.

ARGENTINO (François), Vénitien, fait cardinal en 1511 par Jules II, mourut en

ARIAS (Emmàncbl d'). Espagnol, arcbevê-

Ïue de Séville, créé cardinal en 1713 par le ape Clément XI, mourut en 1717.

ARIBERT, nommé, en IIU, par le Pa(»e Céleslin II, prètre-cardinaidu titre de Sainte- Anaslasie, mourut en 1156.

ARIGONI (PoMpte), Dé è Rome en 1552,

fut d'abord avocat consistorîal, et plaida* Ml celte qualité les affaires de Philippe II, roi d*Espagne. — Sous le potitiQeat de Sixte V* il harangua pour demander la canonisation du bienheureux Diègue de Complute. Fait auditeur de Rote en 1591^ cardinal en 1586« il exerça la charge de dataire sous Léon XI et sous Paul V. L'archevêché de Rénévent lui fut conféré par ce dernier Pape. Il mou« rut le k avril 1616, h la tour des Grecs , prèi de Naples, où il s'était retiré pour changer d'air. Son corps fut porté h Rénévent, où ses neveux lui firent élever un tombeau de marbre dans l'église métropolitaine. Outre la harangue dont nous avons parlé, et oui a été publiée par Pierre Galesini, dans le livra

9u'il a écrit pour la canonisation de Diègao e Complute, on a de ce cardinal des lettres latines, qui se trouvent parmi cellesde Jean- Raptiste Lauri. Quant aux décisions de la Rote, elles ne sont qu'en manuscrit dans lea cabinets de plusieurs savants. Charles Gar^ thari vante beaucoup Arigoni dans sa Jista des avocats consisloriaux. ( Yoy, Batlb « Dictionn. criliq.) ARMAGNAC (G KORQES d'), naquit en 1501.

— Le cardinal d'Amboise, son parent, prit soin de sa première éducation; et d'Arma*

f;nac, pour lui témoigner sa reconnaissance* ui Ql, en 1553, élever un monument k Notre- Dame de Lorette. En 1529, on donna h d'Ar^ magnac Tévèché de Rhodez, et il fut encore administrateur de ceux de Vabres et de Lec« toure. Le roi François I", qui l'honorait de son estime, renvoya, en qualité d'ambassadeur, à Venise, en 15^1^1 ; puis à Rome» auprès du Pape Paul III, qui le fit cardinal en 15^^. Depuis, il fut conseiller d'Etat, et se trouva au colloque de Poissy. En 1565, il fat nommé à Tarchevèché de Toulouse. Le cardinal de Rourbon,qui était alors légat d'Avignon, le pria de le servirdans sa légation* et de prendre part au gouvernement, sous le titre decollegat. D*Armagnac accéda à sas désirs; et, en 1577, il fut mis sur le siège épiscopal d*Avignon, après la mort de Félicien Capiton. Il y fonda le couvent des Minimes, et y mourut le 21 juillet 1585, Agé de quatre -vingt -Quatre ans. Le cardinal d'Armagnac était zélé p>our la religion; ami des lettres, il protégeait les savants. Il lea avança, autant qu'il put, à la cour de Frao-

ÎfOis t". Il en avait toujours plusieurs dans e personnel de sa maison, et se plaisait î s^'en^ trelenir avec eux sur toutes les branchies des connaissances humaines. — (Voy. dbTbou, Hiêtoria sui lemporis ;— FnizoN, GalL purp. ;

— AoBERY, Hist, des cardinaux; — Sam- MARTH, GalL Chriêl. ; — Nououier, Hi$loir9 des évêques d'Avignon; — SANOSBBy in Elog.^ etc.)

Voici son élose par le P. Aiby [16Sh&] : « Tout ainsi que les sueurs des montagnes, et les fumées de la terre, se changent en .or ou en argent, ou en quelque autre métal de moindre valeur, selon les qualités qu'ellca rencontrent dans les veines où elles sa fixent ; la nature qui les prépare et les pétrit de sa maiui les destinant déjft, dans la uiina.

ARM

ARM

•ax emplois Tils oo précteui qo*ils renrontreiiK dans Tusage des hommes; de même» il arrîTe quasi ordinairement que les hom* mes Tenant au moiide y portent» dès leur naissance, quelque deslin de leur fortune» et les suffrages de la nature» pour y Êlro rangés dans leur ordre, et pour être avancés ou reculés en la distribution des places de rbonneur, s*il n*interTient point d*autre cause plus forte q[ui change ce dessein.

« Ce qui fait qu il j a moins à s*étonner si Gefifges, cardinal de la maison d*Armagnac, alliée à celle de Foixet aux rois de Navarre» oncle de Henri le Grand» qui est le plus éminent de ses litres» a obtenu dans PEglise les emplois les plus relevés et les plus hautes dignités de celles qui sont au-Jessous de la souvf^raine» puis(|u*il avait même ajouté aux mérites d'une si haute extraction etè la beauté de son naturel» tous les agréments

Sue peuvent donner à un jeune homme» qui oit se produire en un beau jour, les vertus morales et les r olitiqi^es. Et il ne lui fut pas un petit avantage d*avoir pour guide et pour directeur de ses premiers mouvements au bien le cardinal d^Amboise» qui» par Texemplede sa vie plutôt que par réclat de sa pourpre» lui Gt concevoir un généreux dessein de sedonner^ l'Eglise» pour appu^yor les autels que Thérésie avait ébranlés; afin qu*il pût» sur le déclin de sa race, soutenir la religion penchante» aux lieux où ses aïeux avaient servi de bases et de colonnes à TEtat.

« Il fut d*abord pourvu de Tévêché de ftbodez en Rouergue; et se persuadant que les grands ne sauraient mieux décréJiler le tice que par leur bonne vie, il n*est pas croyanle avec quelle ardeur il embrassa Texercice des bonnes œuvres qui attirèrent après elles, comme il arrive d'ordinaire» l'aiijour des sages et l'admiration des peuples. Et parce que ce diocèse était trop petit pour y enfermer ses soins et son zèle, il fut nommé par le roi è l'archevôt^hé de Toulouse; et quelque temps aprèn pourvu de celui d'A- Tignon, où la contagion subtile de Thérésie ayant pénétré du voisinage» et fait déjà du déglt en quelques endroits» il s*opposa au courant du mal avec tant de force d'esprit

3u*il en fit relâcher la violence: et peut-on ire atec vérité qu'il a été non moins par Tardeur de son zèle que par sa puissante autorité, le chérubin tutélaire de celte province.

« 11 commença en son premier diocèse le glorieux dessein qu'il continua le reste de ses jours, de ramasser les plus précieux restes de Tantiquité» je veux dire les écrits des meilleurs nuteurs qui étaient inconnus an commun du monde pour les sauver de ronbli et les défendre de la puissance du temps qui calcine les colonnes de marbre et les statues de bronze. Ce qu'il entreprit avec tant de courage» qu'il entretenait dans sa maison des hommes savants» pour remettre en leur naturel les belles productions d'esprit des premiers écrivains dont le lustre «vait été déteint» et envoyait en divers en-

droits recueillir les lambeaux des livresque l'on n'avait pas pu sauver entièrement du naufrage des bonnes choses. De sorte qu'on peut dire de lui ce qui a été dit d'un graod empereur» qu'il avait fait sortir de la pour« riture des tombeaux les Ames des anciens auteurs» sans user de charme ni de magie ; qu'il les avait plus honorés que s'il leur avait dressé des statues» et avait plus obligé le public, que s'il eût fait réparer les vieux amphithéâtres» ou s'il en eût fait bAtirde nouvonui; ayant établi des trésors publics de toutes sortes de sciences.

« Et bien que notre prélat n'eût pas de ri* chesses égales à cet empereur» pour fournir è une si grande et si glorieuse dépense; il eut assez de pouvoir sur l'esprit du roi François i'*» pour lui inspirer le mémo dessein : et ce prince qui ne nrisait pas moins les hommes savants que les bons soldats, en envoya partons les endroits de l'Europe, d'uù on lui faisait espérer qu'il pourrait recouvrer quelques livres de ceux (Jue Ton n'avait jamais vus en France; h quoi ce prélat travailla fort soigneusement h Venise et à Rome» où il recueillit avec plus de soin les pièces restantes d'un historien ou d'un philosophe» que les figures d'un consul ou d'un empereur.

• Le roi» qui le chérissait h l'égal de l'estime qu'il faisait de sa prudence et do son esprit, l'avait envoyé ambassadeur en Italie» où il s'acquitta de sa négociation» avec tant de satisfaction du Pape et des Vénitiens» pour sa façon de traiter» sans se détacher des intentions du roi, ni des intérêts de la France» qu'en suite de cette ambassade» il fut fait cardinal ; et son élection fut scellée des acclamations d^autarit de bouches c|u'il y avait de Catholiques en France. Aussi n'y en avait-il point qui ne lui désirât des biens et des dignités pour voir l'hérésie abattue sOus le poids de son autorité, comme on l'avait souvent vu ployer sous la force de ses raisons ; et lorsqu'il fallait op(>oser quelque puissant contre-tenant h cette faction qui a si funestenicnt parlasse la France» ou jetait les yeux sur le cardinal d*Armagnac, comme sur l'homme du rovaume» entre les mains de qui il y avait d'autant moins de péril pour la cause de la religion, qu'il se montrait le plus courageux, le plus désintéressé et le mieux intentionné qu'on eût pu désirer.

« Quand le colloouo de Poissy fut résolu contre ses avis, après son retour d'Italie en France; comme les ministres avaient débauché Teiiprit des plus considérables du royaume, qui n'allaient que d'^ne aile au service delà religion» il voulut assister k ce colloque, pour éventer les artifices des hérétiques et fortifier la résolution de ceux qui branlaient en leur créance ; et ne (mouvant le faire réussir à aucun notable avantage pour le parti légitime do TEglise» pour le moins empêcher que le mal 1A3 moiitAt jusqu'au point que bcs ennemis couverts et déclarés» s'étaient |)ronosé.

« il avait été prié par le cardinal Charles

aru

DICTIONNAllUC

AftN

de Bourbon, archevêque de Rouen et légal d'Afignonj de venir prendre une part au gouvernement de celte légation, à quoi il s'accorda, et fut appelé le cardinal collégat,

3 ni n'est pas un petit honneur k cette vil>e, *aVoir eu pour légats quatre princes de sang royal, cfeux de Bourbon, un de Foix et un d'Armagnac. Et comme les Papes ont soumis avec cette confiance leurs sujets aux princes français, ils ont donné occasion k nos rois de ne faire point de différence de leurs sujets et des Avignonnais.

Quand le cardinal d'Armagnac fut en possession de sa légation* les terres du Saint- Siège furent en défense contre l'invasion des hérétiques voisins , et l'autorité de ce nouveau légat servit de retranchement aux villages les plus découverts. Aussi prit-il un soin particulier des règlements de la police, et travailla nommément à l'établissement de la Rote, aOn que. voulant faire d'Avignon une seconde Rome, il n'y eût k dire que le séjour des Papes. Il gagna incontinent l'admiration des peuples voisins, et le cœur de ceux qui lui étaient sujets: car c'était le prélat le plus affable, le plus courtois et le plus obligeant que l'on eût jamais vu en cette charge, de sorte qu*il fut appelé par le commun le bon cardinal. Et bien qu'il ne se soit jamais rebuté d'aucune œuvre de charité, il se fit particulièrement considérer pour les libéralités qu'il exerga envers les religieux, et pour la guerre sainte qu'il dé« clara aux nécessités du peuple, se persuadant qu'il serait assez riche s'il possédait les affections du public. Et afin que ses bienfaits continuassent après sa mort, il fonda en Àvig^non le couvent des Pères Minimes, de qui il voulut être le singulier Erotecteur : il augmenta le revenu des Pères élestins de Gentily, et usa de même lar- Sesse envers les pénitentesde Saint-Georges» tablissanl des ports pour celles qui avaient fait naufrage du plus précieux de tous les biens.

« Après qu'il se fut acquis les titres de père du peuple, de protecteur des religieux, de tuteur des pauvres, do conservateur de l'Etat en sa légation, et de défnnsour de la religion, il mourut dans Avignon l'an 1585 de son Ago l'octante cinquième : et toule la ville fut autant remplie de larmes et de deuil, que si chaque maison en parliculiur eût eu à faire des funérailles : et l'on voit encore aujourd'hui des vieillards qui vont pleurer sur son tombeau dans l'église de Notre-Dame de Doms. Il a été le dernier des princes français qui ont gouverné cette légation dans la bonne inielligence des Papes et dos rois. Et ce n'a pas été peu de gloire à la ville d'Avignon d'avoir servi de boucle à l'union du Vatican et du Lou* vre. »

ARMAGNAC (isAn d'), fut nommé par Clément VII à l'archevêché dAuch en 1391, et, en 140t, le roi Charles VI le fit conseiller d'Etat. — Depuis, il suivit le parti de Pierre de Lune, dit Benoît XIII: C est pour cela que le Pape Innocent VU voulut le faire dé-

poser; mais il n'en put jamais venir k bout; Ciaconins prétend qu'il fut mis au nomtire des cardinaux par le même Benoti en lfc09, et qu'il mourut peu après. — ^ (Fay. Sam* MARTH, Gall. chri$i,t tom. I, p. IIS.)

ARMELLINO (François), naquit à Pérouse de parents ppu honorables. — On dit que son père s'enrichit aux dépens de ses créanciers , qu'il .paya ^ par la fuite ; el qu'Armellino alla s^établir h Rome* où il commença par solliciter des procès, et par faire d'autres trafics de cette nature» Comme il était très-intelligent pour la mallote, il sut se faire connaître du Pape Léon X, k

3ul il donnait souvent les moyens de trouifer e l'argent. Ce Pontife, satisfait de ses ser* vices, I adopta dans la famille des Médicis, le créa cardinal en juillet i5lT,lui donna le gouvernement de la Marche,le fit intendant des finances el lui permit de traiter avec le cardinal Cibo, pour l'office dé camerlingue de TEglise. Cette élévation surprenante lui fit des envieux et des ennemis * son nom fut en exécration parmi le peuple de Rome, qu'il avait chargé de toutes sortes de subsides. Il craignit de se voir exposé à sa fureur, sous le pontificat d'Adrien VI , suceessear de Léon X. On assure même que, dans un con« sistoîre, où il était question de trouver «les fonds pour subvenir aux nécessités de l'Eglise, le cardinal Pompée Colonne dit hardiment qu'il ne fallait que faire écorcher Armellino, et exiger vm quatrain de tous ceux qui seraient bien aises de voir sa peau; que l'argent qu*on en tirerait ferait uno somme assez considérable pour fournir h toutes les dépenses nécessaires. Mais le cardinal Médicis soutint Armellino; et. ayant depuis été élevé au pontifical sous le nom de Clément Vil, il lui donna l'archevêché de Tarento, et d'autres bénéfices considérables. Il fut ensuite assiégé avec ce Pape dans le château Saint<Ange, et mourut de chagrin d'avoir perdu tous les biens qn*il avait à Rome, lorsque cetie ville fut saoragée par les impériaux. Le Pape profita de celte mort , qui lui laissait plus do six cent mille livres, en terres, dont il se servit pour payer sa rançon. Car le cardinal Armellino " mourut avant d'avoir fait son testament, en oct. 1527. -^(Fay* Onupdeb; Garimbert; Victorbl, in Leone JT;— Paul JovE, in Vila Adriani VI ; — Ugbelu ; — AuBERT, etc.)

ARNAUD, dit de Camteloup, était ainsi nommé d'un village du diocèse de Rordeaux. — Quelques-uns disent que sonnons de famille était Frigier o\i Frangier. Rer^ trand de Goth, archevêque de Rordeaux»

ayant été élevé à la papauté en 1305,* sous le nom de Clément V, le choisit pour remplir son siège archiépiscopal, et, quelque temps après, ri le lit cardinal et camerlingue de I Eglise. On dit qu'ils étaient parents. Arnaud donna de grands biens è l'église de Rordeaux, et mourut en 1310, k Avignoiit 01^ il résidait auprès du Pape.

ARNAUD dit le cardinal d'Aux, naauil à Aux, près de Goudom. - Le Pape CIA*

t'îB

AST

AST

ment V, de la maison duquel Arnaud avait ïail partie, le nomma évèque do Poitiers en 1307, après la déposition de Gauthier de Briif^es. Arnaud remplit eiomplairement les devoirs de son ministère. Clément, voulant utiliser son mérite, le tit venir à Avignon, d'où, quelque temps après, il Tenvoya en Angleterre avec le cardinal Arnaud Novelli. A son retour, il le (Il cardinal le 23 décembre 1312. Il fut aussi évèque d'Albe, et mourut en 1317, suivant d'autres en 1319. Son corps fut inhumé dans réalise de Saint-Pierre do la Romtère, au diocèse de Condom , où il avait fondé un chaf)itre. {Voy. Frison, Gall.

gurp.i — AuBERY, Elit, de$ cardinaux; — BSLT, Deiévéques de Poitiers; — Sammarth, GalL Chrisliana ; — Walsingham , dans Edouard II ; — Duchêne, Hist. d'AngLj I. XIV, c. 10.)

ARNAUD (Pierre) était Béarnais. — 11 avait pris Thablt dans Tordre de Saint Benoity et il fut abbé de Sainte-Croix à Bordeaux. Le Pape Clément V, ()eu de jours après son couronnement à Lyon, en 1305, le fit cardinal et vice-chancelier de TE^lise. Il mourut, suivant les uns, en 130G; suivant d'autres, en 1316. (Voy. Bernard Guy, in CUmenteV; — Arnoul Wion, lib. ii Lig.

vitœ; — Sainte-Marthe; — Aobert ; — Onuphrb; ^ CiACONius; — Frizom )

ARRABLAY (Pierre d'), d*uue ancienne famille française, était chancelier sous le règne de Louis X, dit le Hutin. — Le Pape Jean XXU jecréa cardinal en 1310. Il vivait encore sous le règne de Philippe le Long, et c'est entre ses mains que les grands du royaume ))rèièrent le serinent de fidélité qu'ils devaient au roi, promettant de reconnaître l'atiié des tils que Dieu lui donnerait. Ce cardinal vivait encore en 1332, mais il était mort en 13M. Il est inhumé dans l'église d'Arrablay, près deGien. (Foy. Spondb, A. C. 1316, n. 5; — Aubert, Hiêt. des car» dinaux.)

ASCAGNC (Marie Sforza). ^ Voy.

ASQÙINI (François-Marie), né h Udine en 1802, fut fait cardinal en 184( par Grégoire XVi. — S. £. vit encore aujourd'hui.

ASTALLI (AsTAtD), d'une noble famille de Rome, fut revêtu de la pourpre par Célestin 11, en llH.— C'était un respeclable ecclésiastique, ennemi des partis et des fao* lions. Il mourut sous Alexandre IlL — {Voy. 0?icPHBB et CiAGONiDS, w VHa Pont. — Au-

BBRT, etc.)

ASTALLI (Ca ville), après avoir été avocnt consisturial, devint clerc de chambre du Pape Innocent X, qui le nomma,en 1C60, cardinal, puis surintendant général de TËtat ecclésiastique, et légat d'Avignon. — Ce Pontife t'adopta même pour son neveu, quoiqu'il ne lui fût point parent, après que son neveu Camille Pam|>hile, cardinal, eut quitté la pourpre pour épouser Olymne Aldobrandin, petite-nièce de Clément Vlll et de Grégoire XV. Le cardinal Astalli prit dooc le Doui de /'«mipAJ/e après son adoption. ^

DlCTIQXSI. DES CaRDI^IAUX.

Le roi d'Espagne lui ayant conlié la proleo* tion des royaumes de Naples et de Sicile.on prétend, que dans l'espiVance de parvenir un ^our, par son moyen, au souverain pontificat, il lui révéla les secrets de TEtat. Le Pape, l'ayant appris, lui en lit des reproches et lui défendit de fréquenter l'ambassadeur d'Espagne. Il n'obéit point. Sa Sainteté, informée qu'il allait, les nuits, déguisé chez cet ar!)bassadeur, le fit enlever une nuit qu'il en revenait; et, après lui avoir reproché son crime, le dégrada de sa famille, le dépouilla de ses charges et le chassa de son palais. Il se relira, en 165i, dans son évéché do Catane, où il mourut le 21 décembre 1663. Sa disgrâce est racontée d'une autre manière dans V Histoire du cardinal Mazarin^ par le comte Galoozzo Prioralo, tom. Il, liv. ii.

ASTALLI (FuLvio), de la famille du précédent, nommé cardinal en 1686 par le Pape InnocenlXÏ, mouriil doyen du Sacré Collège le U janvier 1721, dans la 66* année de son Age et la 3k* de son élévation au cardinalat. 11 est inhumé en l'église de Saint-François m ara cœii,

ASTI (Marcel d'), président de la légation d'Urbin, puis évoque d'Ancône, créé cardi* n.d en 1699 par le Pape Innocent XII, mourut en 1707.

ASTORGA ET CESPEDES (Dieoo), Espagnol, né en 1666, d'^bord inquisiteur do Murcie,évêquede Barcelone en 1715, inquisiteur général d'Espagne en 1720, puis archevêque de Tolède, primat d'Espagne, fut nommé cardinal sur la présentation du Roi Catholi(|ue,' le 26 novembre 1727, par Benoît XIII, Pape de 172^ à 1730, et qui créa 29 cardinaux.

ASTROS (Paul-Thérèse-David d*) , né le 15 octobre 1772, à Tourves, dans le diocèse d'Aix, était le fils d'un notaire. — Sa mère, Marie-Madeleine-Angélique Portalis, était sœur du jurisconsulte Portalis qui, avant la révolution , plaida contre Beaumarchais et contre Mirabeau, et qui, sous le premier empire, joua un rôle assez important. Ln

f>iété du jeune Paul se développa de bonne leure dans son esprit. Encore enfant, il trouvait un grand charme dans la prière et dans les cérémonies religieuses. Ses parents , vojrant une vocation si bien prononcée, lu dirigèrent vers la carrière ecclésiastique. Suivant l'usage d*alors, il reçut la tonsure presque aussitôt qu>3 les règles canoniuues permettent de la conrérer,à l'Agede dix-liuit ans. Indépendamment des dispositions do l'enfautyla famille avait intérêt h ce précoco enrôlement. Par là le jeune tonsuré devenait titulaire d'un netit bénéfice qui dotait son enfance cléricale. Ce bénéficei à patro» nage laiaue, comme disait la jurisprudence , avait été fondé par une parente de sa mère, pour être donné, avec l'assentiment de l'ordinaire, è un de ses descendants ou collaté» raux qui entrerait dans l'Eglise. Le plus proche parent qui remplissait la condition était Paul d'Astros : le collateur, qui avaii hérité des biens et des charges de la fonda^ trice, était Durauti de la Calade, président

tel

AST

DICT10P4NAIRE

AST

tfiB

de la cour des aides à Aii. Il s*eiécuta avec empressemenl à Tégard du jeone lévite, qui 86 trouva être bénéficier avant de savoir ce que c'était qu*un bénéfice. Quoique enfant, il comprit que la, consécration qu'il venait de recevoir meilait une barrière entre lui et le inonde. Il en était si pénétré, qu*au retour de Tarcbevêché, sa sœur voulant lui toucher la main, il lui dit : « Retirez-vous» ie suis maintenant consacré h Dieu.» Il remplit les obligations attachées è son bénéGce avec une maturité bien an-dessus do son âge, avec cette exactitude qu'il apporta toujours h l'accomplissement du devoir. Après avoir fait ses premières études dans la maison paternelle , il l'ut placé dans le pensionnat du Bon-Pasteur, h Marseille, où il se fit remarquer par sa douceur, son application au travail et par ses succès. Il avait commencé son cours de théologie dans ce pensionnat, tenu par des ecclésiastiques, lorsque la mort de son père et de ses frères atnés le rappela dans sa famille, dont il se trouvait en queU

3ue sorte le chef. Privé de renseignement e ses maîtres, il continua dans la maison paternelle ses études d'Ecriture sainte , de droit canon 9 d'histoire ecclésiastique, avec une ardeur que l'isolement rendait plus nécessaire. Cependant la révolution française poursuivait son cours. Les prêtres avaient à opter entre l'exil et le serment à la constitution civile du clergé. L'abbé d'Âstros, n'étant pas engagé, pouvait déposer l'habit ecclésiastique; il ne le voulut point, et il ne voulut point prêter le serment exigé de lui. U alla» avec sa famille, se cacher à Marseille d'abord, puis h Aix, où mourut sa mère» en août 1792, dans les bras de ses orphelins en pleurs. L'abbé d'Astros restait avec un frère et une sœur en bas âge, dont il se trouvait le père et l'instituteur. Les trois orphelins retournèrent dans leur patrie. Leur malheur avait désarmé leurs anciens persécuteurs, qui les laissèrent tranquilles, lorsqu'on 1793 la Convention décréta la levée en masse. On ne s'inquiétait pas alors si tel ou tel individu était absolument indispensable è sa famille. L'abbé d'Astros dut partir avec les autres, et fut dirigé sur Toulon, où il vit Bonaparte qui préluiiaitè son étonnante carrière. L'abbé, qui avait toujours vécu avec lui-même, qui ne connaissait que les livres, était un fort mauvais soldat. La transition était un peu dure pour lui. Bientôt la fatigue du voyage, la sévérité du régime et la douleur des séparations eurent altéré une santé déjà faible. Ses camarades , gagnés par sa douceur, par la supériorité de son éducation, faisaient ses corvées et lâchaient de lui alléger le service. Enfin, voyant qu'il n'avait aucune des dispositions nécessaires k son nouveau métier, ils lui conseillèrent de déserter, promettant de favoriser son évasion; il suivit leur conseil, et il déserta. Rentré dans la maison paternelle, il se cacha d'abord, plus tard il obtint sa libération, et put se montrer. Son temps se partageait entre la prière et l'étude. En 1795, parut un décret accordant le libre exercice de tous les cul-

tes, à condition, toutefois, qu'aucune cérémonie ne serait publiqua« et que le local , comme les ministres, resterait à la charge des.fidèles. C'est alors que l'abbé d'Astros, parti pour Paris, y reçut les ordres mineurs et le sous-diacona| des mains de Mgr de Mailhë, évêque deSaint-Papoul. Deux ans après, il fut ordonné prêtre à Marseille, par Mgr de Prunière, évêque de Grasse. Devenu prêtre, et muni des pouvoirs les plus étendus des grands vicaires de Marseille, de Toulon et de Fréjus, il exerçait son apostolat dans ces trois diocèses avec un zèle infatigable. Les événements avaient marché en France. Après son coup d'Etat du 18 brumaire, Bonaparte travaillait è déblayer les ruines, pour arriver à établir un gouvernement régulier. Doué du talent d'apprécier les hommes, il s'entourait de tousceut qu'il jugeait capables de le seconder. Sa première pensée est la réconciliation avec Rome, et il envoie Tévêque de Verceil faire au Souverain Pontife des propositions de paix. Pour mener à fin l'entreprise si difficile du concordat, « le premier consul avait besoin d'un autre luimême, qui traitât les affaires ecclésiastiques avec connaissance de cause et bienveillance» et qui inspirât une entière confiance aux parties intéressées. La sagacité qui le distinguait alla chercher l'homme de la capitale 1^ plus apte h ces fonctions, M. Portails. Nommé d abord commissaire du gouvernement près le conseil des prises en avril 1800« il reçut quelque temps après le titra de conseiller d'Etat, chargé detoutti les affairée concernant tes culles. Par son esprit de.tran<* sactiou, ses antécédents et son orthodoxie remarquable pour l'époque, quoique légèrement entaché de préjugés parlementaires»

il était éminemment propre a cette mission; aussi le choix de son nom eut-il pour la religion une signification heureuse, et ses espérances ne devaient pas être trompées. Cependant, pour accomplir sa tâche, M. Portails avait besoin d'un auxiliaire : cet auxiliaire devait être ë la fois un intime qui pût recevoir ses confidences, un esprit sérieux capable d*ouvrir de bons avis ou de juger les siens, un théologien qui eût des notions bien précises sur les grands litiges religieux de Tepoque; enfin un prêtre qui connût le personnel ecclésiastique, pût se mettre en rapport avec lui, et dire la valeur respective de ses membres. L'abbé d'Astros venait d'arriver près de son oncle; il remplissail à un degré trop supérieur toutes ce^i conditions, pour ne pas lui paraître envové par la Providence; M. Portalis lui confia la direction de son cabinet. » (Le P. Caussettb.) Le jeune prêtre aurait préféré un autre mi-> uislère; mais il comprit que, dans ce moment, celui qui lui était offert était le plus utile. 11 accepta donc ce poste de dévouement. Comme il resta toujours sur le second plan, personne ne se douta -de son inQuence; elle fut néanmoins considérable. S'il y eut de grandes fautes, elles furent commises, non pas pat* lui, mais malgré lui. Un des l^rincipaux négociateurs ne I affaire du cou-

ASt

AST

ÎTO

coolal ftit encore Tabbé Bernîer, morl évoque d^Orl^ans. Les deux abbés confondirent leur action dans les conférences préparatoires entre les envoyés du Safnt-Siége et le gouvernement français. Ces deux hommes étaient loin de se ressembler : fabbé Bernier inclinai! vers le premier consul, qui Tavait subjugué pnr son ascendant, Tabbé d*Astros vers le Saint-Siège, qu'il voyait le plus faible.

« L*abbé Bernier, qui était rompu aux affiiireSy et oui avait négocié la pacification de la Vendée, savait que les traités de paix ne se font jamais sans de mutuelles concessions; Pabbé d*Astros ne voyait dans l'Eglise de France qu'une révoltée admise au repentir, et à laquelle les exigences ne convenaient pas. Enfin l'abbé Bernier unissait ft des antécédents héroïques la malléabilité d*un diplomate ; Tabbé d'Astros avait l'inexorable fermeté d'une vertu rigide, et d'un caractère plus fait pour combattre les puissances que pour leur complaire. » {Ibid.) La lutte des opinions de ces deux hommes de bien n'amena jamais aucun tiraillement dans leur action. Après plus d'une année de débals, le concordat fut ratifié par Pie VII, te 15 août 1801. Ses principales dispositions étaient : Une. nouvelle circonscription dio*» césaine, 60 sièges au lieu de 153 ; dépossessioo de tous les anciens évèques, pour éta«* blir régulièrement le nouvel ordre de choses; nomination des évoques nouveaux par le premier consul, institution par le Pape ; traitement du clergé sur le budjet de l'Elat; renonciation de TEglise aux binns aliénés en 1789; police des cultes déférée h raulo-^ rilé civile représentée par le conseil d*Etat: enfin dispense de tous les empêchements à la validité des mariages qu'avaient civilement contractés des personnes liées par des VŒUX. Sur 81 évèques invités à donner leur démission, 45 l'envoyèrent avec empressement. Le Pontife se vit contraint de déclarer démissionnaires les 36 autres. Sur les 60 nouveaux évèques, le premier consul nomma douze constititionnelsi à la grande douleur de l'abbé d'Astros, qui avait tout mis en œuvre pour s*y opposer. Nommé en 1802 chanoine de Paris, en 1805 grand vicaire de Mgr de Belioy, il fut, l'année sui« Tsnte, chargé de la rédaction du Catéchisme de l'empire français. L'empereur voulait Tunité. Porlalis était mort en 1807, moins d*an an après descendait dans la tombe le cardinal de Belloy âgé de 99 ans li2. L'abbé d'Astros, yica ire capiluiairo, faisait entendre dsus un Mandement des paroles bien har*» dies pour Tépoque : « En bénissant Dieu, N. T. C. F., de ta protection constante dont il favorise nos armes, vous le supplierez de nous accorder un autre bienfait après lequel nous soupirons depuis longtemps. Nous avons assez vu d'exploits admirables; nous STODS asses entendu raconter de triomphes. Demandons au Seigneur qu'il nous rende ia psix, source de tous les biens. Qu'il donne à notre souverain le repos nécessaire ponr s*occa(i^r tout eutisr cfu bonheur

de ses peuples, pour en régénérer les mœurâ» pour achever et consolider le magniQque ouvrage du rétablissement de la religion, et pour fournir ainsi linc carrière plus glo«> rieuse et plus digne encore d'une Ame éle^'' vée, que la carrière d\)s exploits guerriers. » Cependant le Souverain Pontife avait été e'n« levé de Rome, et, prisonnier, il refusait Tinstitution canonique aux nouveaux évèques nommés. Le gouvernement impérial s^in^^* géniait pour trouver un moyen de se passek* de cette institution. On s'arrêta h exiger du chapitre qu'il conférât au nouvel élu lâ juridiction de vicaire capitulaire. D'après le conseil de l'abbé d'Astros, le cardinal Pesch, nommé archevèaue de Paris, après avoir accepté, donna bientôt sa démission. Le cardinal Maury se montra moins scrupu* leux. On vit, non sans étonnement, cette chute du grand écrivain, de l'illustre ora* teur, du prince de l'Kglise. Il rencontra dans l'abbé d'Astros une opposition inflexi« ble, mais qui ne fut pas de longue durée. Lh police impériale soupçonnait des rapports entre l'abbé et le Saint -Père prisonnier. Depuis longtemps elle cherchait par tous les moyens à en découvrir les fils, lors* qu'enfin elle saisit, sur la route de Savone à Paris un bref du Pape adressé à d'Astros. Laissons parler ce dernier : « Mon arresta*» tion eut lieu le 1*' janvier 1811. Le chapitre, comme tous les corps de l'Etat, devait aller faire sa visite au chef du gouvernement. Le cardinal Maury, nommé à rarcbev^ch de Paris, oflTrlt de nous conduire, nous, les grands vicaires, dans son carrosse. Il avait dit la veille que la volonté de Tempereur était que le chapitre se présentât en habit de chœur. C'était du nouveau. Nous arri<* vous donc aux Tuileries, et nous attendons dans une salle que l'empereur, après avoir passé devant les généraux, le sénat, etc»i vienne jusqu'à nous. Mgr le cardinal lui présente le chapitre. L'empereur interpel-» lant brusquement le cardinal : « Où sont « vos grands vicaires? — Voilà mon frère. « Voilà M. Jalabert. »— J'avoue que je m'étais tenu un peu à l'écart. Je ne voulus pas cependant me faire chercher et je me. présentai. « Voilà M. d'Astros, » dit alors le cardinal. L'empereur d'un ton solennel et d'un air irrité me dit ces paroles : « Vous « êtes l'homme de mon empire qui m'êtes le « plus suspect. 11 faut être Français avant « tout. Il faut soutenir les libertés de TEgliso « gallicane... «Après queBonapartefut passé, le cardinal Maury me dit que le ministre du la police désirait me faire quelques questions; que si je voulais nous passerions

chez lui après nos visites Après notre

visite à Marie-Louise, le cardinal nous re*» conduisit dans son carrosse qu'il fit arriver à la porte du ministère de la police. 11 descend seul avec moi ; nous entrons chez le ministre. «N*avez-vouspas,»me dit Savary,*des correspondances avec le Pape àSavone? »

-^ a Chargé, comme grand vicaire, de ce qui « T.egarde ^es dispenses de mariage Je corre»- < pondSi » lui dis^-je, < pour cet obist avsc Sa

AbT

AST

« Sainlelé. — Ce n'est pas cela ; ne corres- « pondez-TOUs pas sur lesafTaires du jour ? » Je m n'avais écrit au SouTerain Pontife gu'une fois et n'avais pas reçu de réponse, je crus pouvoir répondre négativement. « Mais « vous avez vu un bref du Pape au cardinal n Maury? — Oui, je Tni vu. — Qui vou*i l'a a montré ? — Je ne peut pas le dire. -— Oh I n pour terminer, voilé M. l'archevêque, don- « nez entre mes mainsvolre démission, et tout « est fini.— Je ne le peux pas. — Votre refus « prouvequevous voulez être chef de parti : ff donnez votre démission, ou vous êtes mon ir prisonnier. — Je serai votre prisonnier. » Après que Savary m'eut interrogé, on me laissa seul jusqu'è la nuit. Le conseiller d'Etal Real vint ensuite, et on me fit monter dans son carrosse pour me conduire chez moi, et y foire la visite de mes papiers Je soupirais après la fin de tous

ces interrogatoires. J'en fus délivré le h janvier, où un agent de police me fit monter dans un fiacre et me conduisit à Vincennes. »

Toutefois ce qui le préoccupait, c'étaient, non pas sa captivité, mais les malheur^ de ses parents et de sas amis, malheurs dont il était la cause innocente. L'abbé de la Calnrade fut détenu à la Force, puiseiilé; l'abbé Guairard, mandé è la police, eut le même sort. M. Portalis fut destitué de tous ses emplois, et )froscrit. Le P. Fontana, le prélat Grégorio, les cardinaux di Pietro, Gabrielii et Oppizoni furent emprisonnés. Mis au secret dans le donjon de Vincennes, d'Astros passa un an dans ce silence absolu oui fait de la ))rison un tombeau anticipé. Avant d'être installé dans son cachot, il lui a^vait fallu subir l'indign** traitement d'être fouillé, comme un malfaiteur. On lui enleva les moindres objets capables de servir d'instruments à un suicide. Les autres défiances le touchaient peu ; cette dernière I outrageait: elle était une injure è son honneur de prêtre, à sa foi de Chrétien. H demanda utie aiguille pour réparer ses vêtements : après de longues et mûres délibérations, on se décida è lui faire cette importante concession. « Tout lo mobilier de sa prison se composait de la couche de sangle sur laquelle il reposait. Auprès de ce lit se trouvait une cruche » d'où le prisonnier faisait tomber do l'eau dans le creux de sa main pour se laver. Alors la même couverture qui servait de drap de lit pendant la nuit, faisait l'oQice d'essuie-mains pendant le jour. L'abbé d'Âstros était heureux au milieu de cette sim|)licité plus que cénobitique. Son expérience de Viucennes, disaitil souvent, lui avait fait sentir combien l'homme a besoin de peu. Aussi acceptait-il avec une gaieté moitié chrétienne , moitié philosophique, la pauvreté du donjon; et, se retournant par la pensée vers les magnificences de Paris, il aimait h répéter avec le Sage : Quam muUit non indigeo! La nudité de sa demeure éprouvait moins la résignation du ca()tif que sou exiguïté. Volontiers il aurait fait bon marché de tous les autres

agréments de la vie, si l'espace et le grand air ne lui eussent pas été si parcimonieusement mesurés... • Parmi ses gardiens, il en était un dont \q cœur était séduit par ce puissant attrait qui s'attache h la verta persécutée, c'était le concierge du donjon. Pla* sieurs fois par jour il avait occasion de visitf^r Tabbé d'Astros en lui portant st nourriture. La vue de ce jeune prêtre hi doux, c[m priait presque toujours et ne se plaignait jamais, navrait son âme. Néanmoins, les règlements lui imposant le mu* tisme le plus rigoureux pendant les visites^ la commisération du concierge fut long* temps refoulée par la consigne. Un jourt malgré la consigne et le commandant, les sentiments do ce noble cœur éclatèrent, et une parole de sympathie lui échappa : ce fut assez pour le rehdre criminel. Destitué de son emploi et chassé du donjon, il expia Ihonorahle délit de n'avoir pas su gonrer» her sa pitié. Quand l'abbé d'Astros connul la disgrâce de cet homme, il en fut profoo* dément ému. Cette épreuve renfermait pouf lui un double déchirement, celui de pordre le dernier ami qui lui restâ^ et cpIuI d'être l'occasion de son malheur.» (Caussctte.) Son frère et une de ses sœurs, inquiets de ne pas recevoir de ses nouvelles, se rendirent do fond de In Provence à Paris pour essayer de le voir, mais quelles que fussent leurs prières, cette consolation leur fut refusée, et ils eurent la douleur de s*en retourrer comme ils étaient venus. L'année 18IS lui apporte de notables améliorations. Il lui fut donné de voir un peu de soleil, de sa promener dans un préau. Le secret était levé. Il pul s'entretenir avec les autres ecclésiastiques du fort. Quelle ne fut passa surprise eo apprenant que leur arrestation avait été provoquée par la sienne 1 Les armées de l'Eu* rope, coalisée contre Napoléon , marchaient sur Paris. Le prisonnier de Vincennes est transféré à Angers.

t Nous partîmes do Vincennes le 9 février 18H et très-précipitamment, dit-il dans une lettre. Or. prétendait que le local était né» cessaire pour y mettre un magasin de pou* dre. Dans le fait, c'est qu'on avait peur que nous ne fussions délivrés par les Cosaques» On nous emL>arqua dans des diligences.

Nous étions dans la nôtre quatre prisonniers, dont trois ecclésiastiques et un laïque sicilien, plus le commandant du donjon de Vincennes. Dans les autres diligences, il j avait, outre des prisonnitTS, quatre gendarmes. Qiioiqiie ce fût [)Our nous conduire dans d'autres prisons, je fus bien aise de sortir de ce donjon fameux, qui restitue avec tant de t)einc ce qu*on y met. Nous ea partîmes è G l»cures du matin. Je revis avec plaisir les boulevards do Paris.... nous ne descendîmes de voiture que le soir Notre voyage a été très-lent. Les chevaux qui nous menaient étaient pris par réquisition. Enfin après trois nuits et quatre jours de marche, nous arrivâmes à Angers, dans la prisoD civile, dans un appartement bien sale, eufiimé, garni d'un grand nombre de lits cres»

AST

AST

seul» d4goûlanls et à trois places, que d*au- Ires prisonniers venaient de quitter.... J'avoue que Taspect de ce logement, et surtout des liis» m'a affocté un moment... n A peine afait-il repris ses fonctions de grand vicaire' h Paris, que le relour de Tile d*Elbe de Napoléon le contraignit de passer en Angleterre. Cet exil ne fut pas long. En 1817 un nouveau concordat portait à quatre-vingtdouze le nombre des si(^g« s épisc(»paux. Les nouveaux évèques élaieiit nommés, lorsque le ministère, reculant, adopta un rdgiemeot définitif qui prit le milieu entre le concordat de 1801 et celui de 1817, et porta à quatre-vingts le nombre dos sièges épiacopaux. L'abbé d'Astros, nommé d'abord à Tévêché d*Orange, puis à celui de Saint- Flour, fui sacré, en juillet 1820, évoque de Bajonne. Installé ielSaoût, le prélat faisait entendre, le même jour, de la chaire de sa nouvelle cathédrale, ces simples paroles : € Mes frères , ne soyez pas surpris si vous me voyez en ce moment dans le trouble : quand je vois accourir en foule, dans cette enceinte sacrée, les habitants d'une si grande TÎlle; quand je pense à ce qui est l'objet d'une réunion si nombreuse et si im[)orlante, une multitude de pensées contraires a'giteiit mou esprit et mon cœur. Quel est mon élonnement surtout de me trouver si bien accueilli dans celte cité à laquelle j'étais étranger jusqu'à ce jourl de me voir dans cette chaire, couvert des vêtements iacrés des pontifes, et portant dans mes maÎDS le bâton mystérieux, symbole de Taulorité pastorale que la Providence m'a confiée. Grand Dieul est-il bien vrai que vous m'ayez destiné pour être le premier pasteur de cet immense diocèse? Qu'avez-vous trouvé en moi pour me juger capable de gouverner un si grand peuple? Sst-ce donc un secret jugement de rigueur que vous exercez sur moi, ou bien une punition dont ¥0U3 les frappez eux*mèmes7... » Ce n*élail pas, dans sa bouche, une précaution oratoire, mais Talaime d*une humilité sincère qui se reprcichait, comme Vincent de Paul, de n'avoir pas toute sa vie labouré les champs plutôt que d'accepter le sacerdoce. Adminis* Irateur actif, il avait soin que toutes les affaires fussent expédiées avec promptitude, eu même temps qu'avec maturité, c Après «voir donné sa journée aux alTaires, Mgr d'Astros se prêtait aux hommes pendant deux heures de la soij'ée. A fissue de son dluer il recevait les prêtres et les personnes du monde qui venaient le visiter. Le clergé nurtoul y venait avec assiduité, 1 1 le prélat, fécond en souvenirs quand il était à l'aise, quelquefois piquant, si la charité le permet- Uil, offrait le modèle d'une conversation évangélique en même temps que d'étendue... Sa vie publique était sévère, son intimité avait une simplicité, une douceur ineffable... A huit heures, le prélat quittait la distraction pour la prière. Il allait dans sa eliambre dire le grand OIHce suivi du chapelet, et k neuf heures un son de dodie appelait tout*) sa maison à la prière

du soir. Elle était présidée par lui et récitée par son secrétaire. Après cela tout le palais rentrait dans le silence comme un monastère.* » f Ibid.)

La même ri^gularile , qui présidait aux affaires du diocèse, régnait dans sa maison. Elle é!ait ordonnée avec une simplicité antique. « Cependant le même esprit qui réloignait du faste, l'éloignaitde la singularité. Il était un amour-propre plus coupable h ses yeux que celui de la magnificence, c'était celui de rniïectation. Sans oublier la réformation du concile de Trente, qui prescrit la frugalité et la pauvreté pour les tables épiscopales, il admettait l'argenterie et quelques ornements sévères. Il pensait que dans les siècles où la foi baisse, il fallait entourer la dignité épiscopale d'un peu d'éclat, comme on met un cadre d'or à certains objets précieux, pour les faire ressortir, et que le luxe, païen quand il est la décoration deHiomme, est chrétien comme les splendeurs de Tautel , quand il pare dans l'homme le repré* sentant de Jésus-Christ; enfin il trouvait la parole de Sénôque aussi vraie selon l'Evangile que selon la philosophie : Celui là est grand qui use de~ plats de terre avec autant de satisfaction que s'ils étaient d'argent ; mais celui-là est plus grand encore qui mange on des plats d'argent avec autant de mépris que s'ils étalent de terre. » Cependant la piété du saint prélat s'alarmait quelquefois de ne pouvoir réaliser tout le dépouillement des siècles apostoliques. Cn jour il fut troublé dans sa lecture par ces paroles de l'/mîtation : « La pauvreté n'a ni serviteurs, ni servantes, ni palais, ni terres, ni rien de ce qui peut contribuer à la commodité et aux plaisirs de la vie. » Aussitôt il scruta, en tremblant, une sentence qui semblait exclu* re les évêques de la pauvreté de Notre-Seigneur. Il n*eut point de repos jusqu'à ce qu'il eût trouvé à sa conscience cette solU'^^^ tion, consignée dans ses écrits : « Heureusement si nous avons des serviteurs, ce n'est que pour avoir le temps de mieux servir les aiitres. » {Ibid,) Parler de son désintéressement, de sa charité, ce serait faire injure à sa vertu. Dèsqu'il recevait son traitement, la première porliùn était pour les pauvres. Quand ses neveux et ses nièces le venaient voir,il leur disait, en recevant leurs adieux : « J'aurais bien voulu vous donner un souvenir, mais j'ai dépensé, celte année, les revenus de mon patriinoine, et les autres ne m'appartiennent pas. » Mgr d'Astros eut bientôt étudié son diocèse et vu ce qui lui manquait. Par ses soins, trois petits séminaires sont établis* unàLarressore,le second à Saint Pé, le troisième à Oloroo. Avec ses seules ressources, il bâtit le grand séminaire, un des beaux monuments de ce genre. Il défend de quitter le costume ecclésiastitjue, décoration du prêtre. 11 fonde une caisse d'épargnes en faveur des prêtres âgés et infirmes, et élève h ses invalides un monument modeste. Il rétablit les retraites et les conférences. Quelques traits feront connaître la bonté de son cœur. En tournée pastorale y an ctiré lui présenta à

AST

AST

r(»n(]rmor 150 enfants dont une douzaine savaient h peine l'indispensable pour la r^^neptîon du sacrement. Le prélat en fut siffligé. Il exhorta vivement les parenis h envoyer teurs enfants au catéchisme « mais il n*eut pas, mAme en particulier une parole de biflme pour le curé. Un des grands vicaires lui en témoignant sa surprise : • Que puîs-je lui dire,» répond le bon évéque,c qu'il ne se soit déjà dit è lui-même ? Il est assez peiné ; Pieu me garde d*y rien ajouter. Je sui9.sûr qu*il me donnera plus de satisfaction h Tavenir. » Un autre prêtre avait justement en-* couru sa disgrâce, et il subissait en expiation un exil humiliant. Du foiid de la retraite il poussa vers son évô(|ue un cri d'amende honorable ; et celui-ci, toujours miséricordieux, lui envoya co précieux encouragement : « Je vous écris dès aujourd'hui, mon cher N..., dans l'intention d'adoucir, si je peux, votre peine et la mienne. Je vous repèle ici que , si j'ai usé de sévérité, c'est que j'ai cru le devoir, et sans avoir aucune amertume contre vous dans le cœur.

« Ce qui a dû vous causer le plus de peine, c'est l'opinion défavorable que votre envoi i N... pouvait donner de vous dans Bajonne. J'ai eu ce matin une pensée qu'on pourra trouver singulière, qu'on blAmera peutêtre» mais qui satisfait mon cœur et doit vous en prouver la disposition h votre égard* c'est de vous inviter è venir, dans quelque temps, descendre è i'évôché pour y passer

quelques jours Si l'on pouvait m'accu*

ser de faire ici une fausse démarche, je ne crois pas du moins qu'on puisse en blAmer le motif. Vous ferez, du reste, do celte invitation ce qui vous plaira. SI vous l'accepleZt vous me ferez plaisir ; si vous ne l'accepte? pas, Je ne le trouverai pas mauvais;

i'e n'en ai donné connaissance à personne, ^e n'ai pas be.«oin de vous dire autre chose sur mes sentiments. » Langage admirable, et bien digne d'un ministre de l'Evangilo. tjn jeune prêtre, sans mauvaise intention sans doute , mais avec une inconvenance feiite pour soulever l'indignation , s'était permis de lui donner, en société, àes avis outrageants. Mgr d'Astros les écoula sans émotion. Quelques jours après il écrivit i rimperlinent conseiller pour le remer<cîer et lui dire qu'il tâchait de mellreà profit ses reproches. C'était de l'humilité chrétienoe portée h ses dernières limites. Toutefois sa bonté ne dégénérait pas en fail)lesse, et n'altérait en rien l'énergie du caractère. An passage de la duchesse d'Angou^ lème à Bayonne, le chevalier d'honneur de cette princesse demanda h l'évêqiie une nomination qui n'était pas juste. Quoique le suppliant fût le marquis de Vibraye , ancien ami de Mgr d'Astros , il n'obtint qu'un refus obstiné. Le marquis , reconfiaissant h celui-ci une bonne volonté dominée par la conscience, ^'inclina devaiil les licruputes et la justice de* l'évêque. Vers ce temps fut olfert h Mgr d'Astros un préseDt dont il ét^it bien digne; c'était ta

crosse de saint François de Sales. Achetée d'abord par labbé de Moncrif , docteur de Sorbonne , elle avait été donnée par lui au trésor de l'église d'Arudy, arrondissement d'Orlhez. Quand les habitants eurent pu apprécier Mgr d'Astros, ils jugèrent qu'un tel bâton pastoral ne pouvait être miens placé qu'aux mains de leur évêque, et ils le supplièrent de l'acce|>ter. Les villes qui renfermaient des protestants étaient l'objet d'un xèle tout particulier. A Belloc» il reçut plusieurs abjurations.

A Orthez, ses succè.s eurent un bien aulre retentissement. Cette ville, sur une population de 7,000 âmes, compte mille proteslanls. Le prélat y devait accompagner les missionnaires et mettre lui-même la main à l'œuvre. A cette nouvelle, l'alarme se ré« pandit chez les ministres réformés. Ils se réunirent et se concertèrent pour empêcher leurs coreligionnaires d'assister aux prédications. Ne pouvant leur parler, révêque résolut de leur écrire; de le, une première lettre aux protestants d'Ortbez, lettre qui parut sous le voile de l'anonyme, mais qu'il approuva. Il y louchait sommairement les points fondamentaux de la discussion entre les deux communions; mais son langage était moins celui d'un controversiste qui combat, que la langage d'un père délaissé qui tend les bras. Une polémique s'engagea. Les trois lettres de l'évêque réunies com-> posent le livre intitulé: La vérité catholique démontrée. tPeu de livres, «dit un contro^ versiste distingué, a réuniasentau même degré que celui-ci le savoir, la logique, la modération et la clarté ; il en est peu d'aussi propres à ralformir les Catholiques et à détromper les protestants. » [Ami ae la religion, déc. 1851.) En 1829, l'évêque de Bayonne donna des statuts synodaux h son clergé. H pensait, avec tous les bons esprits, que les règles disciplinaires, invariables pour le fond, doivent être modifn^es suivant les temps et les circonstances. L'année suivante, il fut transféré à l'arclievôché de Toulouse. Il aurait bien voulu repousser ce nouveau fardeau comme il avait repoussé l'archevêché de Besançon. Le 13 mai 1830^ M. Frayssinous, resté chargé de la présent talion aux titres ecclésiastiques, écrivait à l'évêque de Bayonne : « vous accepleres

f»ar obéissance et par dévouement è la reigion ce que vous n'avez pas cherché. Vous sentez bien que dans le.s circonstances actuelles, le roi ne peut, en aucune manière, craindre un refus que pourrait inspirer la modestie, mais que repousserait la sagesse.»

S'uoique le gouvernement , tranchant la iffîcullé d'avance, imposât la charge plutôt qu'il ne la proposait , Mgr d'Astros tenta néanmoins de détourner le coup. Il répondit : « Monseigneur, j'ai reçu- hier la lettre où Votre Excellence m'annonce ma nomination à larchevêché de Toulouse.

J'espère que le roi ne s'offensera |ws, si vous lui soumettez les observations que je crois devoir faire sur ma translation. Il est biea vrai qu'il svmbie peu convenable de

AST

DES CARDINAiX.

AST

vm

ne point paratlre touché de ses faveurs; mais Sa Majesté verra (rès-bicn que* loin de mépriser ses bontés* c*est au contraire à raison du grand prix dont c-lies sont à mes yeux, que fe ro*en reconnais plus indigne.

« Ce ne sont cependant pas ces motifs que je veux alléguer, quoiqu'ils soient très-vé* ritables» parce que vous les attribueriez è on sentiment d^humilité. Ily a d'autres considérations dont vous admettrez vous-même, je l'espère, fa solidité.

« Quoique je ne sois pas très-avance en Age, je dois, a raison de ma santé singulièrement frêle, être considéré comme tel. Un de mes yeoz p'a jamais vu, l'autre est trèsfiiible ; ma constitution est si bizarre aue le simple changement d'appnrtement m est quelquefois nuisible. Que sera-co si je tïhange même de climat?

« Depuis dix ans que je suis h Bnyonne, j'ai acquis lia connaissance du diocèse et de son i^lergé. 11 m'est beaucoup plus facile d y faire le bien. Est-il raisonnable qu'à mon Age j*aille recommencer, sur nouveaux frais, à gouverner un grand diocèse? Ne vaut- il fMS mieux y placer un évêque fort et moins Agé qui pourra l'administrer longtemps , et par cola môme plus utilement?

«Ce que vous me dites, Monseigneur, fue dan$ <ff circonstancti aciuellet le roi ne peut^ en aucune manière ^ craindre un refui que repouuerait ia sageste^ fait sur mon esprit Pimpression qu*il doit y faire. Je suis en« fièrement dévoué au roi, comme à la religion, le n'hésiterais pas, si l'un ou l'autre avait de moi un vrai besoin. Mais il me semble, après cet exposé, que la religion et le service de Sa Majesté gagneront à cequ*un autre soit nommé à ma place.» il quitta sa ville épiscopale çn pleurs , après avoir fait les honneurs de sa cathédrale au roi et à la reine de Naples qui venaient de marier leur fille au roi d*£spagne Ferdinand VII. 11 était h Paris en juillet 1830, attendant ses balles qui allaient y arriver, lorsque la France, ce }>ays si fécond en révolutions, en fit encore une. Ce fut une vive douleur pour le prélat profondément attaché à ia monarchie déchue par les liens de la reconnaissance! Il avait quitté la capitale où il ne devait plus reparaître, et il vivait retiré auprès de sa famille. Leduc do Broglie, ministre des cultes, lui écrivit, le H octobre 18^, queses bulles, arrivées le 1*' septembre, sorateot promulguées quand il aurait SMtisfail à la condition du serment. Mais là était une difficulté. Qu'entendail-on par le serment? Il allait jurer fidélité au roi : cette fidéhté impliquait-elle une simple obéissance, ou i:n lien de cœur incompatible avec d'autres olTeclions? 1^ fallait jurer tidéiité à la charte: ce contrat étail*il Ihéologiquement irréprochable dans toutes ses dispositions? Il Allait jurer sur uae formule proposée par le ministre : d'après les concordats de 1801 et de 1817, on oe le taisait que sur une formule approuvée par le Pape. Mgr d'Astros ouvrit sa pensée au ministre en ces leroies : • Monsieur le ministre, je vois

avec plaisir que le gouvernement s'occupe des églises privées de leur premier pasteur ; mais je vois avec peine qu'il est question de nous demander un nouveau serment.

J*aimais h penser que, dans les circonstances difliciles où nous sommes, le gouvernement s'abstiendrait d'interro};er nos eonsciences, et qu'il éviterait de faire renaître la malheureuse distinction d'assermen/^s et dHnsermenléi»

« lime semblait voir beaucoup plus d'inconvénients que d*avantages dans une conduite opposée. En effet, si les évêques vien* nent h refuser le serment, ce refus doit ppo* duire une impression défavorable au noun vel ordre de choses ; s'ils le prêtent, ia foi jurée à ce nouveau gouvernement, lu len* demain du jour où le roi légitime. a été renversé, ne peut qu'affaiblir beaucoup, dans J'esprit des peuples, le respect dû à ce lien sacré.

« Quant au serment lui-même, quel est celui qu'on exigera? Dans quels termes serat-il conçu? Je vous avouerai, Monsieur le ministre, que si je ne consultais que mes propres sentiments, et, s'ii ne s'agissait que de mes intérêts, je ne pourrais me décider è remplacer sildt mas serments anciens par d^s serments nouveaux. Mais comme ceci intéresse la religion, nous avons dans le chei de l'Eglise, une autorité suprême qui a droit à notre obéissance sur tous les points de la morale : j'attends la décision de Sa Sainteté et je m'y conformerai. Ne vous offensez point. Monsieur le ministre, de la franchise de mes observations. Le serment est un acte essentiellement religieux, et le sceau le plus sacré des conventions humaines. La garantie qu'il offre est d'autant plus puissante que ceux qui le prêtent y apportent une attention sérieuse.» Malgré tous les scrupules de Mgr d'Astres , le bref de Pie VIII è Mgr deQuélen résolut pour lui les difficultés, et il prit possession de son église métropolitaine Je ik décembre 1830.

Quand Toulouse vit cette simplicité épiscopale, ï laquelle le rang n'imposait aucun faste étranger, elle reconnut mieux le successeur de Saturnin et d*Exupère sous ce modeste appareil, et, contre tout(;s les pré« visions, le pontife apôtre fut mieux compris que le pontife grand seijineur, le cardinal de Clermont-Tonnerre a qui il succé« dait. Quoique son nouveau diocèse eût été bien administré, qu*il y eût trouvé un clergé docile, pieux et lettré, il trouva encore à y introduire bien des améliorations. « Il rétablit les conférences ecclésiastiques, donna des statuts au chapitre. Il régla l'exercice de' la juridiction, et relira les pouvoirs honorifiques. Il publia un nouveau Catéchiitne. Il retoucha la liturgie diocésaine ; enfin il rendit toute sa rigueur à la discipline sur les plus minutieux détails, ne perdant pas de vue que les petites observances préviennent les grands abus. A celte époque , quelques vieillards affaiblis ou autorisés interprétaient largeoieat les

AST

DICTlONr^AIRE

îm

saintes règles siïr le lieu des confessions, la ifisposilion des confessionnaui, TAge de leurs servantes et radministralion des sarrements. Le saint évoque opposa de se- Tères injonclions è cette facilité toujours funeste pour ceux qui la roicnt, si ce n*est pour ceux qui la montront. Il travailla avec la prévoyance de Tamour, h éloigner des presbytères l'ombre d'un soupçon. En arrivant parmi nous , Mgr d'Astros ne changea rien h ses habitudes épiscopales. D'année en année on voyait cependant sa vie se transfigurer comme un soleil qui monte toujours. Avec celte débile santé qui lui arrachait naguère sa démission, on le foyait quitter son lit de malade pour commencer une tournée épisco} aie. Les bourgs iie$ plus hautes Pyrénées le recevaient infirme et septuagénaire dans leurs chapelles inaccessibles. Sur son passage, on gardait, comme des reliques, les objets dont il s'était servi. Les prêtres le contemplaient avec une vraie dévotion dans leurs maisons édifiées, et quoiqu'il n'y ait guère plus de saints que de grands hommes pour l'intimilé domestique, sa vertu avait cela de partictilier que, plus on le voyait de près» plus elle séduisait. « (Le P. Caussettb.)

La révolution de 1830 l'avait replacé dnns une sphère qui était sou élément: la lutte. Toute sa vie il avait lutté, tantôt contre Napoléon, tantôt contre les tendances irrégulîères, contre les mauvaises doctrines , ou

Ï>our réclamer la liberté de l'enseignement. I eut bien des démêlés avec le pouvoir nouveau qui, faible avec les audacieux, trouvait habile de livrer le clergé aux ca-

rrices populaires, espérant se le rallier par ignoble lieu de la peur. L'archevêque avait conservé les trois grands vicaires que s'était associés le cardinal de Clermont-Tonnerre dans Tadministration de son diocèse. Le gouvernement en récusa deux. Le f»rélat soutint ces hommes éminents. On menaça de retirer le traitement; Mgr d'Astros déclara qu'il ne donnerait pas de pouvoirs à d'autres. Après une longue collision, de guerre lasse, le pouvoir recula. En mars 1831, Tautorilé ordonna d'abattre les croix dans la ville de Toul«)use. On demanda même le concours de l'administration ecclésiastique. L'archevêque répondit avec indignation. Il prolesta auprès de toutes les aulorilés. 11 déclara le gouvernement traître envers la liberté des cultes, provocateur envers une cité catholique, et tyran envers la religion de la majorité. Durant ces années, l'ut agitée la question de réduire de trente le nombre des évêchés. M^r d'Astros envoya alors au ministère des cultes un remarquable travail. Le concile de Trente d'une main , le chilTre des populations respectives de Tautre, il monlrail que, loin d'avoir fait des largesses gratuites à l'Eglise, le gouvernement dé l'a Restauration (Li»\i encore resté son débiteur. Il citait plusieurs administrations en souffrance par exx:às de travail, ei bien des diocèses négligés par excès d'étendue. Il avertissait le

pouYoir que, sopiniAtrer dans celle voie» n'était travailler à sa ruine, parce que tuule rinfluence, que perdraient lesévêques, passerait aux ennemis de ce pouvoir. On ne parla plus du projet. Quand le ministre des cultes invita les évêques de France h lui communiquer leurs Mandements, Tarchevèque fut vivement blessé de celle injonction. Il répondit que de tels écrits n*étaieol justiciables que du Pape et de TEglise; que les magistrats pouvaient les examiner sous le point de vue politique et les dénoncer s'il y avait lieu ; que, pour lui, ne pouvant rabaisser ë ce point la dignité épiscotiale, il se ferait de la désobéissance un saint devoir. Au milieu de ces luttes, Mgr d^As* iros n'oubliait pus de plus modestes devoirs. Le Catéchisme det tourds-muetê en est une louchante preuve. Quoiqu'il Feût composé plus tôt, c est alors qu'il y mit la dernière main.

« Un curé de son diocèse lui avait présenté un enfant que celle double intirmilé excluait dos sacrements. Ce dernier, quoî que inlellitîent cl bon, ne pouvait, J'après l'opinion générale , acquérir l'instruction nécessaire sans le secours d'une langue, et il était trop pauvre pour avoir des maîtres. Cette infortune navra le cœur du prélat. Une catégorie nombreuse d*àmes abandonnées se présenta sous ses yeux. Il résolut de continuer en les comf)létani Tabbéde TEpée et l'abbé Sicard. Jusque-lh , on était convaincu que les idées morales n*entraîent dans l'esprit des sourds-muets que par des signes grammaticaux; que pour acquérir des connaissances iniellectuelles, il fallait raisonner, ot que le raisonnement n'était possible qu'au moyen d'une langue; entin que, si les idées ne sont pas attachées à des mots, on les perd, et, sans la mémoire, on ne conçoit pas rinstruction. Tout cela supposait la nécessité d*écoles spéciales, et Mgr d'Astros pensait h ceux qui n'en peuvent faire les frais. Il posa donc en principe que les mots étaient è la rigueur suppléés par des signes, surtout par des images. Il lit traduire en ingénieux dessins les principales vérités de la religion. Il créa un Dictionnaire mimique pour exprimer la théologie en gestes, ei faire passer l'esprit de la représentation sensible des choses au sens spirituel ; et si la mélhode du prélat n'obtint pas des adhésions unanimes, nous savons que des mâîlres habiles y puisèrent de lumineuses inspirations. Le'cœur trouve une douce onction dans ce cours de religion élémentaire, ébauché par un évêi^ue persécuté, que ses ennemis accusaient de trou* bler rÈtat, et qui, comme le divin Maître, s'en allait chez les pauvres faire entendre les sourds et parler les muets.» (Ibid.)

En août 183^, un prêtre tlélri osa publier des libelles contre Mgr de Quélen et porter même au pied de la iribune des aecusalioris où le ridicule le disputait à l'impudence. Ces accusations soulevaient le mépris et- le dégoût. Mgr d'Astros, q.ue révoltaient ces calomnies, ne put se coiueuir : «^ Je déclare

ttl

AST

AST

ici devant Dion, » ëcri?ai(«il h VAmi de la religion^ cquo tont \t temps où j*ai eu des rapports avec Mgr de Oiiélen, simple ecclésiastique, évèqud de SAmosale, coadjuteur et enfin archevôqne de Paris, je n*ai jamais rien vu que d*inGniment honorable dans toute sa conduite, et que J*ai souvent admiré sa haute vertu, sa foi vive, sa piété tendre, son dévouement inaltérable à la religion et II i'Kglise. Tout ce qu*il a souffert depuis 1830, et la dignité avec laquelle il Ta souffert, n'a Tait que le rendre (ilus grand ani ye\w des gens de bien» et cette haute réputation* si bien méritée, écrasera le calomniateur. »

Après rnppnritîon du second volume de YEêsai tut Vindifférencet la France et le catholicisme étaient encore dans Tadmiralion de Tabbé Lamennais. Mgr d*Astros , plus clairvoyant, avait le pressentiment d^une chute éclatante. Il s*en expliqua avec les évèque^, et motiva ses répugnances dans une appréciation solennelle. Quelques années après, quand eut paru /ÙvenÂr, alors que les autres évèques hésitaient, l'archevêque de Toulouse porta les premiers coups : c Comprenant que, dans les régions où Faigie révolté poussait ses cris, les seules du Vatican tombaient dressez haut pour Tatteindre, il rédigea une censure de ses principales témérités doctrinales , la fil signer par treize pontifes voisins, et la dé* fera au tribunal de la papauté... Il y joignit toutes les pièces du procès pour les mettre «ons les yeux de la sagesse infaillible qui allait prononcer. A cette fin, il conçut et dressa la censure de 56 propositions extraites des écrits de M. de Lnmennais et de ses disciples. Il y prenait le grand homme presque h son origine; car, quoique celui-ci D*eût comblé la mesure que dans les hymnes démocratiques de VAvmir, il y avait déjà longtemps qu'il lui était beaucoup pardonné parce qu'il avoit beautoup combattu. Mais l'heure de la justice ayant sonné, on comprit l'arriéré dans le com{)lo qui lui fut demandé. L'acte d*accusaliou eomnience donc en 1820. » {Ibid.)

Personne n'ignore la condamnation et la' triste fin de T'abbé de Lamennais. Mgr d'Asiros qui, pendant toute sa carrière, avait été militant contre tous les pouvoirs, contre l'Université, contre les mauvaises doctrines, était dans l'intérieur un homme doux et pacifique, un ami tendre et dévoué. L*aniitié était un besoin de son cœur. Dans le clergé; hors du clergé, dans toutes les classes, il comptait de nombreux et vrais amis. Un de ceux qui fureut le plus chers h son cœur fut M. Berger. Celui-ci avait débuté dans la vie publl(|ue par de grauds succès et par de grands écarts. Menant de fnmt l'étude et le plaisir, il s'était tour à tour rendu célèbre comme orateur au barreau, comme professeur à la Faculté de droit, et comme peu moral dans sa conduite. Un jour, la grâce l'avait saisi et jeté dans les renoncements du sacerdoce. C'était une de ces Datores ardeolus qui ue se reposent

que dans les extrêmes et h qui il faut, suivant un mot célèbre, ou Rome ou le désert. Entré dans les ordres, il parti.t^eait sa vie entre la prière, la prédication, la maison du Refuge qu'il avnit lomiée, et les pratiques morliliées qui étaient l'objet de sa dévotion. Le caniinal de Clermont-Tonnorre, voulant fortifier ses conseils d'une gran le science juridique unie à de rares vertus, le nomma son grand vicaire. Celui-ci qui avait accepté Ses sacrifices du sacerdoce, mais qui en avait répudié par vœu les dij^nités, opposa une vive résistance. Sommé d'obéir, il se rendit h condition toutefois qu'il lui serait permis de quitter le diocèse pour prêcher des retraites pastorales. C'est dans Texcrcice de ce ministère qu'il connut à Rayonne Mgrd'Asiros. Au premier contact ces deux cœurs gravitèrent Tun vers l'autre; ils s'éprirent d'une tendre et inaltérable amitié, ils se devinrent mutuellement nécessairei^, et no formèrent plus qu'un vœu, celui do mourir dans les bras l'un de l'autre, et au sein de Dieu. M. Rerger se promit de donner un jour Mgr d'Astros pour archevêque h Toulouse. Aussitôt après la mort du cardinal do Clermont-Tonncrre, comptant sur son influence h laquelle M^r Frayssinous ne manquait jamais (ie déférer, il partît pour Paris. Les précédents refus de Mgr d'Astros faisaient craindre une non-réussite. L'insistance du négociateur trio'tupha des obstacles. Mgr d'Astros , nommé à Toulouse, désirait avoir M» Rerger pour successeur h^ Rayonne. Il fit part de ce vœu à M^r d'Ht'rmopolis qui le partagea et communiqua h M. Rerger le désir de Mgr d'Astros, appuyé par une supplique du clergé bayonnais. « L*humble grand vicaire s'en défendit par une pieuse défiiio. Mgr d'Hermopolis déconcerté ne poussa pas plus avant. Alors Mgr d'Astros, pressé à la fois par son cœur et [lar ses prêtres, adressa directement sa prière à M. Rerger en lui faisant d^^s reproches au nom de ramilié. » {Ibid.)

Celui-ci lui répondit : « No pourrais-je pas dire que c'est vous qui n'agissez pas en ami en voulant vous séparer de moi et en me désignant pour votre successeur? Ccirtainemont, si j'étais condamné à être évê«« que, je ne serais pas insensible h l'honneur de vous remplacer et de me trouver au milieu de ces bons prêtres qui m'ont témoigné tant d'amitié durant mon séjour au milieu d*eux. Je désire rester simple prêtre et mourir sous votre gouvernement. Je n'ose pas dire entre vos bras, mais je lu pense... » Lu ne se borna pas le désintéressement de M. Rerger. Avant de se rendre i son nouveau poste , Mgr d'Astros le consulta sur les grands vicaires du diocèse de Toulouse. Le noble prêtre répondit « que M. Ortric était un vieillard paisible et saint dont l'élimination serait imuste et mal appréciée; que M. Lannéluc était un administrateur aimé des prêtres et rompu aux affaires dont il était impossible do se passer; que le seul hooime facile à déplacer,

AST

AST

o*é(aît lui-même, parce qn^i) élnil là par une faveur capricieuse du cardinal de Clermont- Tonnerre» qu'il trouverait d'ailleurs dans Tamilié de son nouvel archevêque, pour supporter Téloignement, une force que les autres ne pouvaient avoir, qu'il avait un gtte tout prêt au Refuge où il n*aurait pas l'air d'un homme déchu, puisqu'il serait en famille, et que du reste, h moins (fune injonction contraire, il optait pour cette solitude. On pense bien que ri.ijonction de Mgr d^Asiros ne se Bt pas attendre. Une estime poussée jusqu'à Tadmiration vint développer encore les sentiments qu'il avait conçus pour son ami. M. Berger lui rendit une réciprocité exaltée qui se traduirait à toute heure par des témoignages enthousiastes. » La mort seule les sépara. Pendant les dix-huit années que dura le gouvernement sorti de la révolution de juillet, Mgr d'Astros fut toujours sur la brèche pour Ta défense de la religion, publiant des Mandements, usant de la presse, écrivant au roi et aux ministres.

Il s'attristait des vertiges incompréhensibles qui encourageaient l'immoralité factieuse, et mettaient M. fabbé Combalot en prison. 11 demandait au ministre des cultes ce que faisait son autorité pendant que des subordonnés vilipendaient la religion de la majorité; et si le ministre le rappelait à l'ordre, il lui répondait d'envoyer ses leçons au collège de France, qui en avait besoin, non à l'épiscopat qui avait mission de lui en adresser. (/6td.) Un Mémoire adressé h Louis- Philippe, et où il demandait que le catholicisme fût la base de l'enseignement universitaire, que le certiGcat d éludes fût aboli, les grades conférés par un jury indépendant, etc., se terminait ainsi : «... On nous fait entendre que nous serons déférés au conseil d*Etat : pense-t-on qu'une pareille menace nous fera trahir nos devoirs? Il faudrait ap« paremment en venir à des menaces bien plus sérieuses. Aussi les feuilles antireligieuses appellent-elles déjà contre nous la saisie du temporel, leu fers, la déportation, toutes les rigueurs de la tyrannie. Leurs provocations fferoDt-elles écoutées? je suis bien loin de le eroire. Si elles l'étaient, nous nous rappellerions l'exemple généreux des évêques de 90, nos illustre^ prédécesseurs, et à l'aide du secours d'en haut, nous entrerions dans la lice des persécutions, paisqu*il faut trancher le mot. Dès lors, cette prétendue philosophie

3ui, depuis un sièclCi s'épuise h nous parler e tolérance, serait encore une fois vaincue, par cela .seul que, pour essayer de nous vaincre, elle se trouverait de nouveau réduite è nous persécuter. »

Dans une autre lettre au même prince il 8*écriait d*un ton prophétique : « Sire, pardonnez si j*ose encore recourir à Votre Majesté dans l'intérêt de la religion. Je viens redireaax pieds du trône que le catholicisme périt, et que les mœurs se perdent en France, par les vices de l'instruction publique. Je laissée Votre Majesté le soin d'y penser. Ne pas remédier à cet état de choses i c'est lais-

ser dans (e corps de TEtat un mal intérieur qui, tôt ou tard, lui sera funeste. » Quand parut le Manuel du droit ecclésiastique fran» çaii de M. Dupin atné, le cardinal de Bonald qui, dans un Mandement* condamna le livre, vit son Mandement déféré au conseil d'£tat. L'archevêque de Toulouse écrivit au cardinal pour le féliciter, et publia dans les journaux son adhésion ferme et motivée au Mandement censuré. Enfin il dit au ministre

3ue, quand les lois de l'Eglise ne sont pas 'accord avec celles de TElaty c'est aux secondes è se modifier : « Cette affaire, M. le ministre, » ajoutait-il, « donne lieu à un rap« prochement capable d'imprimer sur notre temps un caractère d'ignominie ineffaçable. Que dira la postérité quand l'histoire lui ap* prendra qu'au moment où M. Michelet publiait avec succès sa brochure Du prêtre^ de la femme, et de la famille^ prodige d'irréligiou et de calomnie, le Mandement pul)lié par un cardinal, pour la défense des vérités saintes, a été poursuivi et condamné comme abusif par-devant le conseil d'Etat? » Peu de lem|»s après, le {gouvernement, par concession à ceux qui criaient le plus fort, invita les Jésuites h se dissoudre et à fermer leurs malsons. Ils obéirent en silence. Devant cet acte de faiblesse, notre prélat ne put se contenir. Tpujours intrépide, et plein de l'idée de ses devoirs, il envoya un Mémoire au Souverain Pontife, une Adresse au roi^ où il rendait justice & la Compagnie, et prouvait la légalité de son existence. En 18^7, Mgr d'Astros solennisa à Toulouse sa 50* année do prêtrise. L'année suivante, croulait une autre dynastie. Lo 26 janvier 18^9, M. Berger, grand vicaire de Toulouse, descend à Tévêché dAmiens, porteur d'une lettre de son ami. L'archevêque de Toulouse disait à Mgr Mioland : c Vous approuverez sûrement Ta pensée que j'ai eue d assurer à mon diocèse, sur la fin de ma carrière épiscopale, un premier pasteur selon le cœur de Dieu. Mais, comment ai-je pu prétendre que vous. Monseigneur, déjà évêque, consentiriez à quitter votre diocèse pour venir administrer, en second, celui de Toulouse?.... Que le zèle de \s gloire de Dieu vous engage à quelque sacrifice, dans des temps où la religion a tant besoin que ses ministres se montrent des hommes d'un caractère surnaturel. Le Seigneur bénira votre renoncement à ce que vous avez de plus cher, un diocèse où vous avuz fait tant de bien, et dont vo is possé-* dez l'affection. » Dans ces conditions Mgr Mioland ne pouvait hésiter, et il fut institué coadjuteur de Toulouse avec le titre d'arebevèque de Sardes. Toulouse se souviendra longtemps de ces jours, où elle voyait sur son trône épiscopal, deux pontifes, vénérés pour leurs vertus, archevêques malgré eux* mêmes, se tenant unis d'une main, et bénissant de l'autre : elle connut bientôt cette simplicité affable, cette supériorité pratique, et cette instruction puisée au contact des affaires et des hommes, qui font tant aimer Tadministration de Mgr Mioland. fin 1850, la députation de la Haute-Garonne se reudit

AST

AUB

en corps auprès de M. le présicient de la république, pour solliciter» en faveur de Hi^r d*Aslros» un des trois chapeaux que le Pape Pie IX allait accorder à la France. Le noble vieillard, bien innocent de la démar* rhe, était depuis longtemps fonnu h Rome. Béj^, en 18JN), des prêtres de Bnvonne étant Allés visiter le Saint-Père, Pie VIII leur dit spontanément : « Vous n*avez plus le même évèque : je connais Mgr d^Astros; c*est un prélat bien rempli de Tesprit de Dieu. » Quelques jours auparavant, l*ambas<(adeur do France avait sollicité, an nom de Charles X, la pourpre pour le duc de Rohan:le Souverain Pontife répondit : « MgrdeRolian est un digne ecclésinstique, je suis heureux do pouvoir Thonorer; mais il reste h la France deui grands sujets, M^r d'Astros et Mgr Frayssinous. » Le Saint-Père ignorait que la barrette, offerte h Mgr Frajrssinous, avait été noblement refusée par lui qui proposa à sa p*ace le duc deRohan. « C*est vers la fin de 1850 que Mgr d'Astros fut préconi^^é avec deux illustres collègues, Mgr Gousset, archevêque de Reims, et Mgr Mathieu, archevêque de Besançon. La calotte lui fut portée par le garde-noble Troïli, la barrette par Mgr Appollonî. Notre pontife, inOrme et chargé d*années, ne pouvant faire le voyage de Paris, Mgr Fornan, nonce de Sa Sainteté, manda Mgr Tarchevèque de Bordeaux, pour remettre a celui de Toulouse les insignes de sa nouvelle dignité. » (Ibid.) Le prélat, chargé de cette mission, félicita le cardinal oclo^naire dans ce langage noble et élevé qui découle si naturellement de ses lèvres, avec toutes les grâces de Tesprit et la bienveillance d'une belle Ame. Le cardinal, dans sa réponse, exprima Tétonnement de porter cette pourpre plutôt que le savant primat d'Aquitaine, et il la lui annonça pour un temps peu éloigné, comme s'il eût pressenti qu'il allait lui eu léguer l'héritage. Il admirait les étonnantes vicissitudes humaines, ce dessein providentiel, qui se servait d'un Napoléon pour récompenser des résistances h on autre Napoléon, qui permettait qu*à ko ans de distance réparation fût faite è l'Eglise, et justice è la vérité.

M. Berger avait souvent imploré la grâce de ne pas survivra à son archevêque ; sa firière fut exaucée. Il fut enlevé dans une vieillesse encore vigoureuse quelques mois avant son ami. Dès oue le grand vicaire eut rendu sa belle Ame à Dieu, le cardinal trouva son palais vide comme un désert, et le quitta pour o'jr plus rentrer. H alla cacher son deuil dans une maison religieuse qu'il avait flruidée, le Calvaire, afin de tâcher, au sein d*un3 famille nombreuse, de se dissimuler Tisoiement qui pesait S!ir lui. Dieu eut pitié de sa vieillesse, et ne lui laissa point revoir ce foyer épiscopal, où une voix si chère ne lui aurait plus ré()ondu. Le cardinal d'Astros s'éteignit saintement le 29 septembre 1851. L'archevêque de Sardes, devenu archevêque de Toulouse, donna sa première bénédiction è la dépouille vénérée de son prédécesseur, et récite oo Dt profmndii auquel les (>rêlres

répondaient par des pleurs. Dans la soirée^ le corps, embaumé par le procédé Gannal, fut transféré nuitamment de la pauvre cellule du Calvaire h Tarchevêché, et placé sur un lit de parade. Le cardinal, revêtu de la |>ourpre, demeura exposé huit jours dans une chapelle du palais archiépiscopal. Le 7 octobre eut lieu la cérémonie de sa sépulture. Elle fut présidée par Mgr l'archevêque de Toulouse, assisté de NN. SS. les archevêques d'Auch et d'AIbi, les évêques de Carcas* sonne, Pamiers, Aire, Limoges et Bayonoe. Cn immense concours de prêtres, de soldats, de fonctionnaires, do fidèles, formèrent le convoi. La religion et l'Ëtat rivalisèrent de magnitîconce dans la funèbre expression de leur deuil. On célébra une grande solennité funèbre le 12 novembre. Elle était présidée, sur l'invitation de Mgr Mioland, par Mgr l'archevêque de Bordeaux. L.i vaste métropole de Saint-E(ienno était tendue de noir. Un nombreux clergé, toutes les autorités o.xu* paient le milieu de la nef. Le reste était rempli d'une foule silencieuse et pressée. L'oraison funèbre fut alors prononcée par le R. P. Caussette, supérieur des prêtres du Sacré-Cœur. La vie du cardinal d'Astros a été écrite par le R. P. Caussette, Paris, 1853, chez Aug. Vaton, vol. in-S** de plus de 700 pages. Nous avons fait è ce livre de nombreux emprunts. La Vie est suivie de l'Orat- $on funèbre et de pièces justificatives.

ATALAYA (Don Joseph-Manubl d'), Portugais, protonotaire apostolique, premier dignitaire de l'Eglise de Lisbonne, fut fait cardinal en 17K par le Pape Benoit XIV.

ATRATDS, ou LE NOIR (Huglbs), né h Evesham, dans le diocèse de WorceSter, avait fait de grands progrès dans les sciences, surtout dans la philosophie, dans les mathématiques et dans la médecine.

Il se rendit surtout si habile médecin , u'on l'appelait le phénix de son temps. Le >ape Nicolas III désira le voir à Rome, où il justifia l'opinion qu'on avait conçue de lui. Entré dans la urêlrise, Atratus fut créé cardinal par le Pape Martin IV, le 23 mars 1281. Il remplit exactement les devoirs de son ministère, et mourut de la peste en 1287. On lui attribue quelques ouvrages : De genea^ iogiit kumanii; Problemaia; Canones medicinaiei. (Voy. Pitsbus, De tcrip.Angl.; — AuBERT, Histoire des cardinaux,)

A TTAYDE (Nuwo da Cunha d'). Portugais, inquisiteur général de Portugal, fut créé, en 1712, cardinal du titre de Sainte-Anaslasie par Clément XI, Pape de 1700 à 1721, et qui nomma 70 cardinaux.

AUBUSSON (Pierre d% 39*grand maître de l'ordre de Saint-Jeoa de Jérusalem, dont la résidence était alors dans Tile de Rhodes, succéda le 17 juin 1^76 à Jean-Baptiste des Ursins.

Il était auparavant grand prieur d'Auvergne, et avait signalé son courage en beaucoup d'occasions, ce qui lui mérita les suffrages de tous les électeurs du magistère. M naquit,en l<h23, d'une des familles de France tes plus illustres. Dès qu'il fut en Age , il

AUB

AUB

SftS

ombrAssala profession des armes. La trêve qui avait été conclue entre la France et TAngleterre, et qui paraissait devoir élre suivie cTo la paix, lui fit chercher de l'occupation et de la gloire en Allemagne. Les Turcs c immettaient d^affreux dé^flis en Hongrie ; et Tempcreur Sigismond, que les aiïaires de Bâie occupaient alors, ne pouvant s*opposer lui-même au torrent qui allait envihir toute rAllemagne, envoya promptement Albert, duc d*Aulriche, son gendre, avec des troupes» pour repousser les Barbares. Aubusson se trouvait dans ces troupes, et il allait fai* re ses premières armes contre Tennenii commun des Chrétiens. Albert marcha avec toute la diligence possible, et attaqua Tarmée ottomane, dès quM Teut découverte.

l^s commf^ncements de Tact ion furent heureux pour les impériaux, et Auhusson combattit toujours aux premiers rangs ; bientôt voyant plier l'infanterie chrétienne, il rallia cequiso trouvait auprès de lui, et rani« ma tellement les Chrétiens, qu'ils fondirent sur les Turcs, dontdix-huit mille demeurèrent sur le champ de bataille, le reste ne pensant qu'à se sauver. Albert ayant licencié ses troupes, Aubusson suivit la noblesse qui se rendit k la cour de l'empereur. Il y fut reçu comme un de ceux qui avaient le plus contribué h la victoire, et gagna les bonnes grâces de Sigismond en s'appliquant aux belles-lettres queceprinceaimailel cultivait. Il étudia rhistoire, les langues, les mathématiques, particulièrement celles qui s'appliquentà Tart militaire. Il pouvait prétendre aux premiers emplois dans une cour oii l'on rendait justice au mérite ; mais ses espérances furent anéanties par la mort de l'empereur, arrivée en 1^37. Il se retira Toyantqu'AlbiTt n'avait pas pour lui les mêmes sentiments qu*avait eus Sigismond, soit que ce prince n'aimât pas les Français, soit pour toute autre cause. D'ailleurs, la guerre était allumée entre la France et l'Angleterre, son devoir le rappelait dans sa patrie.

Jean d'Aubussun, seigneur de la Borne, son cousin-gtTmain, et chambellan du roi Charles Vil, le présenta è la cour. Le comte de la Marche, gouverneur du Dauphin, depuis Louis XI, lui témoigna beaucoup d!amitié, et s'honora môme d'être son patron. L'attachement que d'Aubusson eut pour ce comte lui donna lieu de se faire aimer du Dauphin, et de plaire au roi. Peu de temps après, i^ se signala d'une manière particulière è Montereau-Faul- Yonne où il suivit le Daunbin, qui avait la conduite du siège. Après la prise de cette ville, le roi, faisant son entrée dans Paris» voulut que d'An.* busson l'y accompagnât avec les principaux seigneurs de la cour. Bientôt ce jeune guerrier eut occasion de faire voir qu'il était aussi sage que courageux. Le Dauphin s'élant mis à la tête des princes rebelles, dans cette fameuse ligue, dite du bien public^ d'Aubusson sut si bien adoucir et diriger l'esprit du Dauphin, que quand le comte d*Eu viul traiter avec lui de la part du roi, il le trouva tout disposé à déposer les armes

età se soumettre. Charles VU loua plusieurs fois l'habileté de d'Aubusson, et dit que c'était chose rare de voir réunis tant de feu et tant de sagesse. Pendant la trêve conclue avee les Anglais, le Dauphin, qui avait épousé la sœur de la duchesse d'Autriche, entra en Alsace è main armée, et d'Aubusson fut an des jeunes seigneurs qui le suivirent, et qui eurent le plus de part à la défaite des Suisses près de Bâie.

Pendant les divertissements de la cour k l'occasion du mariage de Marguerite , fille du roi de Sicile avec Henri roi d'Angleterre, Aubusson avait bien d'autres préoccupations. L'exemple de Jean Huniade et de Georges Castriot, qui avaient remporté des victoires mémorables sur le sultan Aoiurat enlH2ctlH3; les cruautés exercées par les Turcs sur lesChrétiens après la bataille de Varna en IH^, et les avantages que les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem avaient obtenus sur les Sarrasins, tous ces motifs ensemble !.'animèrent d'un nouveau zèle pour la religion, et lui firent prendre la ré« solution d*aller combattre les infidèles. Dans cedessein,|il partit pourRhodes,oùilfut reçu chevalier, quoiqu'il y eût une ordonnance du chapitre qui défendait d'en recevoir, jusqu'à ce que les finances épuisées par les dernières guerres, fussent rétablies. On fit en sa faveur une exception en considération de son mérite personnel, et aussi en considération de Louis d'Aubusson, son oncle, un des plus braves chevaliers de l'ordre, et connu dans l'his* toire sous le nom du commandeur de Cha* roux. Il n'eut pas de peine à (aire ses preuves, appartenant è l'une des plus nobles e( des plus anciennes familles de l'Europe.

Quand Aubusson arriva è Rhodes, la paix vetiait d'être faite avec Amurat, et elle était presque conclue avec le Soudan d'Egypte; mais, comme cette paix n'empêchait pas les courses des pirates turcs, il prit la mer plusieurs fois, et fit si bien son devoir en toute occasion, qu'il oblint la coinmanderie de Salins, \\^s ses premières années do service. En l^-oT, le grand m.-ttire de MJIy envoya le commandeur d*Aubusson en France, pour demander du secours contre les infidèles. Il y arriva un peu après le cardinal d'Avignon» que le Pape Calixte y avait envoyé, pour exciter les Français contre les Turcs. Quoique Je roi ne voulût point entrer dans 1a ligue, d'Aubusson fit valoir des raisons si puissantes que le roi, convaincu , permit au cardinal de lever les décimes sur tout le clergé , pour fournir aux frais de la guerre , et fit donner sur-le-champ seize mille écus d'or à l'ambassadeur de Rhodiis. Aubusson employa cet argent en munitions de guerre, selon les ordres qu'il reçut, et en cha^gea plusieurs navires. Il partit ensuite lui-même, après avoir recueilli une partie de Targent qui était dû à la religion , en divers points de l'Iiiurope , par les receveurs du trésor commun. Le succès de son ambassade, et ta lettre qu'il présenta au grand maître de la part du roi de France, le firent bien accueillir des chevaliers et du peuple de Khodea«

Page 1