TOS
DICTIONNAIRB
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ses infirmités, et qu*il dëdifi h co Poulife. Sa santé s*étant améliorée, il écrivil un aiilro Commentaire sur le traité De pmniteniia. Eosuilo il travailla à donner uno édition de tout le Décret de Gratien, divisé en titres et en livres, comme les Décrétalen de Grégoire IX et le dédia aussi è Nicolas V. On a encore do Toninemada : Medilationes in vitam Ckriiti ; Tractaius contra principales errores perfidi Mahometis ; Flore$ sentenliarum D, Tkomœ Aquinati$ de auctoritale Summi Pon* tificis ; Tractatuâ de potestnte Papœ^ et concita generalis auctoritate ; Tractatui de cor' pore Christi advenus Bohemos; Tràctalus de veritate conceptionis bealissimœ Virginis , etc. On trouve dans le supplément À la collection des conciles des Pères Libbe et Cossart« imprimé à Lacques, 17S0, in-fol. deux autres ouvrages du môme cardinal : Repeti^ tiones quœdam Joannis de Turrecremata^ cum esset inminoribus constilutus Basilicœ^ super quibusdam propositionibus Àugustini de Roma, Le P. Touron, Dominicain, a donné une Vie détaillée de Torquomada dans le S* vot. de son Histoire des hommes illustres de Vordre de Saint-Dominique.
TORRES (Louis de), Roniain, archevâguc de Monréal, créé cardinal du litre de Saint- Pancrace, en 1606, par le Pape Paul V, mourut en 1609.
TORRES (CÔME de), Romain, archevêque d*Andrinnple, fait en 1622 par le Pape Grégoire XV, prétre-cardinal du titre de Saint- Pancrace, puis de Sainte-Marie au delà du Tibre, évéque de Pérouse» archevêque de Monréal, mourut en 164>2.
TORRIGIANI (Louis-Marie), Florentin, secrétaire de la consulte, né le 18 octobre 1697, fut nommé cardinal par le Pape Benott XIV le 26 novembre 1753.
TOSCHI (Dominique), appelé improprement Tusio par quelques biographes, naquit en 1535 è Castillarano, au diocèse de Reggio, dans la Calabre ultérieure. — Fils d*un pauvre notaire de village, il fut l'artisan de sa fortune. Après avoir été capitaine d'infanterie sous les ordres de Louis Sigismond, marquis d'Esté, gouverneur de ^avie, il quitta les armes pour étudier le droit dans cette ville , où il fut reçu docteur es lois. Venu h Rome, il s'attacha au cardinal Cesi, dont il fut auditeur pendant sa légation de Bologne, il devint ensuite vice-légat de la même ville, puis gouverneur; après quoi le cardinal Ferdinand de Médicis l'attira à Florence en qualité de son auditeur; il y fut aussi conseiller d'Etat. Mais il quitta ces emplois pour retourner h Rome, où le Pape Clément VIII le fit prélat de la consulte, évéque do Tivoli en 1595, gouverneur de Rome» enfin cardinal en 1598, dans la même promotion que d'Ossat et Bellarmin. Kti 1606, il se démit de son évôché en faveur do Jean-Baptiste Toschi, son neveu, qui était évoque de Narni. Ce cardinal aurait été élevé au souverain pontificat après la mort de Léon XI, sans la vive opposition manifestée par le cardinal Baronius, qui trouvait au candidat un langage un peu trop libre, se
ressentant do son premier élat« et une sîovplicité do manières nui rappelait i'obscuriié do son origine. Déchu de la tiare, Toschi n'en sut aucun mauvais gré à Baronius et h Paul V qui la lui avaient enlevée; il continua de travailler à ses livres de droit civil el de droit canonique, les fit imprimer et les dédia à Paul V, qui avait pris sa place, car plus des deux tiers des cardinaux avaient décidé de le porter. Protecteur et soutien des jeunes gens studieux , surtout do ceux qui étaient peu favorisés de la fortune, il les encourageait par son exemple, leur montrait par quels degrés il s'était élevé de la condition la plus humble, au faite des graiw deurs. Il se préparait à bâtir un palais au Monte Citoriop quand il mourut en 1620, Agé de 85 ans. On a de lui : I. Practicœ con» clnsiones jurist Rome, 1605-1608, 8 vol. infol. ; Francfort, 1612 ; Venise, 1617 ; Coloîçne et Anvers, 1620: Lyon, lG3b et 1661. C'est un vaste répertoire, où, par ordre aiphabé- ' tique, et avec clarté, sont disculées les questions les plus importantes du droit civil et du droit canonique. Son neveu, Charles Toschi, y a joint un supplément sous ce titre : Àdditiones amplissimœ ad eœtera oeta volumina conclusionum practicarum^ Lyon, 1670, in-foL; II. Tractatus de jurestatuum inimperio Romano^ Francfort, 1620, in-9^*; III. Theologicarum quœstionum ^ ac tractationum omnium serius^ etc. Bologne, 1663, in-4'.
TOSTi ,HNT0fNB„ né è Rome en 1776, fut fait cardinal en 1838 par Grégoire XVI. Son Eminence vit encore aujourd'hui.
d TOUR (Bebtrand db la), né à Camoolie, au diocèse de Cahors, et religieux de Saint- François, après avoir enseigné la théologie dans cet ordre, devint provincial de Guienne. — Venu è Avignon, il fut envoyé en Itallej
f)ar le Pape Jean XXII, pour y traiter d'af** aires importantes. A son retour, le Pontife le nomma vicaire général de son ordre, pendant le schisme de Michel de Césène, et remploya pour ramener à leur devoir ceux de cet ordre, qu'avait soulevés une opinion
Îarticulière sur leur vœu de pauvreté. De la our s'acquitta avec intelligence de toutes les missions qui lui furent conGées, et, après avoir éié élevé à Tarchevôché de Salerno. il fut créé, par Jean XXII, cardinal en 1320. Pourvu de l'évèché do Frascati et de plusieurs abbayes, il mourut vers 1329.
TODR (Bernàbd db la), second Gis de Bernard I*'du nom, seigneur de la Tour, et de Béatrix de Rhodez, fut destiné à la carrière ecclésiastique. Après avoir été sous* diacre apostolique, il lut nommé cardinaldiacre par Clément VU aux quatre-tenips de septembre 1342. Ce prélat concourut à TélecUon d'Innocent VI, et mourut de la peste à Avignon le 13 août 1361.
TOUR (Jean ub la), Français, fut fait cardinal oar Grégoire XI en 1371. Il mourut en
TODR VAIâASSINË (Michbl i>b i.a), né h Udine» évéque de Céuéuai nonce eu Francei
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DES CÂRDTtlAUX.
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créé cardinal en 1583 par Grégoire XIII, mourut en 1586.
TOUR D'AUVERGNE (EmahublThêodosb t>R la), dit le Cardinal de Bouillon^ naquit le 9h août 16i3, Tannée môme où Louis XIV monta sur le trône. -^ Troisième fils de Frédéric-Maurice de la Tour, duc de Bouillon , prince de Sedan , etc., et d'Éléonore- Cntherine-Fébronie de Bcrgh Jl porta d*abord le nom d*abbé duc d*Albret, du duché pairie d'Albret, que son père, après ses intelligences avec les Espagnols, avait été obligé de recevoir en échange de sa principauté de Sedan. En 1669, Agé seulement de 25 ans, il fut élevé à la dignité de cardinal. « Sa nai$.sance, dit Pélisson, ses mœurs, son esprit, son savoir et une grande jeunesse le rendaient véritablement digne de cet honneur : et le roi dans les secrètes pensées de la guerre, cherchait h récompenser et à honorer par celle faveur les services du vicomte de Turennc, dans la personne de son neveu. » Si Pélisson était encore de ce monde, nous lui demanderions très-humblement comment il entendait qu*une grande jeunesse rend véritablement digne du cardinalat. L*abbé-duc fut promu à cette dignité, dans une promotion unique, par Clément IX, qui voulait plaire à Louis XIV, et en obtenir uu troisièn)e secours pour Candie, assiégée par les Ottomans. Nommé grand aumônier de France, abbé de Cluni , de Saint- Ouen, de Rouen, de Saint-Waast d*Arras, de Saint-Martin de Pontoise, de Tournus, de Vigogne, etc., il reçut toutes ses faveurs comme des droits qui lui étaient dus, et se crut dispensé du devoir de la reconnaissance. Hautain et fier, il brusqua quelquefois Louis XIV, qui lui pardonna d'abord. Louvois, qu*ii bravait, 8*en vengea en Terapèchant d obtenir la principauté de Liège, dont le cardinal était grand prévôt. Ce der* nier mécontenta encore le roi par un Mémoire qu'il rendit public, et où il prêtait à sa maison des prétentions excessives. Il voulait que le duc d'Orléans démembrAt la principauté dauphine d'Auvergne, dont la maison de la Tour possédait le comté, afin
Sue Tatné de ses neveux s'appelât Dauphin ^Auvergne. Ltfu'is XIV s'y opposa, en disant avec humeur : « Quand finira-t-il donc avec sa maison? » Ce refus irrita le cardinal et l'engagea dans des i.nprudences qui lui attirèrent sa disgrâce. « Lorsque les princes de Conti et de la Roche sur-Yon , suivis d'une foule de jeunes gens de la cour, tels que la Rochefoucauld, Villeroi et d'autres, allèrent joindre le duc de Lorraine dans la guerre de Hongrie contre ks Turcs, en 1685, Louvois, dans la seule intention d'arrêter cette effervescence et d'empêcher le départ des volontaires qu'enflammait ce noble exemple, intercepta les lettres qui étaient adressées à larmée de Hongrie ou qui en venaient, et les remit toutes cachetées à Louis XtV. Le monarque fut profondément blessé de tout ce qui lui apprit ses défauts et la fausseté des louanges dont il était accablé; il y en avait une, entre autres,
du rnrJinal de Bouillon qui était une satire amère de la conduite du roi, de son gouver-^ nement, de sa personne, et pleine de ces vérités dures qui laissent un long souvenir. Louis eut la générosité de ne punir lesjeunes gens que par de courts exils; mais le cardinal, grand aumônier de France, que son âge et ses dignités rendaient plus coupable, et que d'ailleurs Louvois n'aimait pas, fut banni de la cour pour n'y plus reparaître. »
iMicHAUD, Biographie universelle.) Envoyé à lome en 1698, pour raffaire du quiéiisme, . il suivit son inclination pour rarclievêque de Cambrai, plutôt que les ordres du roi. Bappelé par une lettre sévère, il allégua qu il était retenu h Rome par ses fonctions de doyen du Sacré Collège. Mais quand il vit ses revenus saisis, il s'humilia, et en obtint la jouissance, mais en exil. Le cardinal de Bouillon s'y ennuya, ot quitta la France en 1710. Décrété de prise de corps par le parlement, qui mit le séquestre sur ses biens, il intercéda de nouveau, et, après une longue attente, obtint la restitution de ses revenus, et la permission de finir ses jours h Home, où il mourut, peu considéré, le 2 mars 1715, à l'âge de 72 ans. C'est le cardinal de Bouillon qui avait fait élever h Saint -Denis le superbe mausolée de son neveu, le grand Turenne.
TOUR D^AUVKRGNE (Henei-Oswald), de la même maison que le précédent, abbé et général de Cluni, srand prévôt de l'église cathédrale de Strasbourg en 1798, abbé de Redon et de Couches, sacré archevêque de Vienne en Dauphine le 10 mai 1722, nommé, par Clément XII, prêtre-cardinal du litre de Saint-Culixte en 1737, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, mourut à Paris le 23 avril 17W.
TOUR D'AUVERGNE LAURAGUAIS (Hugues-Robeet-Jean •CHARLES DE la), uaquit h Auzeville, en Languedoc, le H août 1768, d'une famille dont l'illustration remonte ]usc|u'au XI' siècle, otl l'un de ses ancêtres délivra le roi Louis V, retenu captif par le comte de Vermandois. Un chanoine de Castres, son oncle paternel, fut son premier maître; laissons parler ici un biographe célèbre (le Solitaire): « Une personne, qui lé connatt bien, nous dit qu'à peine âgé de dix ans, lorsqu'on le questionnait sur les articles du catécuisme, il faisait des réponses surprenantes, quelquefois effrayantes par la précocité d'intelligence et la patience d'investigation qu'elles supposaient.
« Ayant terminé ses humanités, il entra au séminaire deSaint-Sulpice, et fit son cours de théologie sous H. Emery.
« La révolution venaitd'éclaterquandil fut ordonné sous-diucre. A cette époque, beaucoup manquèrent de force pour le pas décisif; et, de fait, la tentation fut-elle jamais aussi grande, l'excuse aussi légitime? sans blâmer des résolutions contraires, M. de la Tour ne Qéchit pas un moment; il prononça ses vœux, reçut six mois plus tard le diaconat, et Tannée suivante fut fait prêtre par M. deRoquelaure.
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« L*ordinalion,du reste* nVulpas lieuè ciel ouvert, el ce fut la dernière de celles qui précédèrent rabolilion du culte catholique en France.
« A sa sortie de Saint-Sulpice* il se relira chez sa tante M"* la comtesse de Vergy, D^** d'Aumale, è Abheville, en Picardie, et. s*y cacha durant la terreur».. Découvert^ et |e(é en prison^ il allait subir le sort commun, lorsque parut au seuil de son cachot Mi d'Arcombal, fournisseur général de Tarmée républicaine^ qui le fit rendre à la liberté, el iWploya comme teneur de livres ju.squ*à la réouverture des églises par suite du concordat... Voilà donc ce rejeton d*une tige qoasi-rojale... commis aux appointements de quelques cents livres... heureux de gagner ainsi le morceau de pnin qu*il mange d'un appétit charmant, et d*ailleurs jouant à IV venant un double râle : car son rôle et son dévouement de prêtre, sitôt que venait à poindre la possibilité d*agir, ne le cédaient en rien à Pingénieuse désinvolture de son aptitude commerciale.»
«( En iS01,M. de la Tourd*Auvergnen*ayait d*autre ambition que d'obtenir la cure de Vergy, résidence de sa tante; mais le premier consal lui offrit Tévôché d*Arras. Il ne l'accepta que sur les instances de M. Emerj, qui venait de refuser cette haute position. Son sacre eut lieu le 16 mai 1802. En arrivant dans le diocèse d*Arras, il trouva les églises détruites ou profanées, les établissements religieux anéantis, le clergé dispersé. Tout était à créer dans ce vaste diocèse. Il ne recula pas devant une telle tâche, et il eut le bonheur de^ raccomplir. A plusieurs époques, on lui offrit un siège arcniépiscopal ; mais il répondait, comme M. Marin Filnssier, mort curé de Paris en 1733: « Nos 'églises sont nos épouses; une fois marié, on ne peut répudier la sienne parce qu'elle est pauvre, ou pour une plus jolie. »ll a refusé ainsi les sièges d'Avignon, d'Auch, do Lyon, et trois fois celui de Paris. Peu après son élévation au cardinalat, il eut à subir les plus vives instances du gouvernement, qui voulait le voir succéder a M. deQuélen.ll fut inébranlable : « Saint Vast,» disait-il à M. Olivier, et è sa nièce Mme la comtesse de la Tour d'Auvergne, « saint Vast a établi le catholicisme dans Arras, et a gouverné (Quarante ans ce diocèse. Je Tai rétabli, moi, et y y suis depuis trente-huit ans; restent deux ans à faire, et nous verrons. »
Empruntons maintenant , au biographe déjà cité, quelques détails sur les habitudes et l'extérieur de M. de la Tour d'Auvergne : « il fait par an deux tournées pastorales : è la première, il donne la contirmation dans les cantons d'un arrondissement; à la seconde, dans tous les chefs-lieux de souspréfecture, où il reste quinze jours et oflScie fort souvent. De cette manière, il visite, tous les six ans, toutes les communes de sou diocèse, et chaque année toutes les villes... Tous les desservants el vicaires, durant leurs dis premiersans defonctionsecclésissliques,
DiCTlONiNAlRB tOC t5Ϋ
doivent se présenter à certaines époques dans le séminaire d'Arras pour un grand concours. En présence de révoque et dû chapitre, chacun discute h son tour et librement une thèse donnée; successivement adsai chacun monte dans la cfiaire et prononce un discours. L'exercice fini, les capacités sonl pesées et jugées; les éminents, c'est-è-dire, ceux qui ont fait preuve d'un talenlsupé^ rieur lisent bientôt leurs noms écrits en lettres d'or sur une tablette exposée au clottre ; et les places sont données en cou'* séquence. Depuis 1802, M. de la tour n*a jamais omis volontairement un seul jour de dire sa Messe, et d'ordinaire à six heures et demie... Le reste de sa journée. Il le consacre tout entier, ou à très-peu près, au* soin de son troupeau. Il regoit avec dignité; mais sans hauteur et sans morgue, les curés et les vicaires qui le visitent.^. Il est incontestablement le plus bel évoque de France, il a cinq pieds six pouces ; la tète superlie, une main modèle, la iâmbe et le pied de Louis XlV. Il porte le front haut. lia dan.s sa démarche une inexprimable magnificence... Il a un sourire de roi. Sa chevelure, noire autrefois comme le jais, est aujour-*
«rhiii /l*iinA hlnnpJiPtir HAnAicro* nn ha .«Ail*
d*hui d'une blancheur déneige; on ne saurait plus majestueusement portercette sainte couronne de la vieillesse.»
TOURNON (François db), né, en 1489, è Tournon en Vivarais, était le second flis de Jacques, Il du nom, seigneur de Tour-^ non , etc., et de Jeanne de Polignac. Sa famille, alors une des plus considérables du Langueiloc, s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Destiné de bonne heure à la carrière ecclésiastique, dès Tâgfa de douze ans, il prit Thabil parmi les chanoines réguliers de Saint-Augustin, dans l'abbaye de Saint- Antoine en Daupliiné. Ses talents et sa naissance le portèrent rapidement aux dignités de l'Eglise. Abbé de la Chaise-Dieu, archevêque d'Embrun en 1517, il était de plus investi de la commanderie de Feurs, oà il rvçul et vit pour la première fois François I". Les premières années du rèsnede ce prince avaient été brillantes; mais les revers suivirent bientôt. Le connétable de Bourbon , poussé h bout par Louise de Savoie, s'était jeté dans les bras de Charles V. Il avait été assez vengé, en 1525, par le désastre de Pavie, suivi delà captivité du roi. Dans ces graves circonstances , la régente assembla à Lyon un conseil composé des personnages li*s plus consiilérables. Il fallait avant tout pourvoir à la délivrance du roi. L'archevêque d*Enibrun, chargé de cette négociation, se rendit h M.'idrid avec Jean de Selve, premier président du parlement de Paris. Après de longues contestations , le prélat , comme chef de l'ambassade, signa, le ik janvier 1526, le traité de Madrid, et accompagna le roi è son retour en France. Ce traité, si durement imposé par Charles V à l'impatience de François 1", contenait des clauses contre lesquelles se soulevèrent les états assemblés. Si François 1" ne provoqua |»as
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c ;tle opposition, et ce refus de se soumettre aux conditions consenties et* acceptées » il fut loin d*j mettre des entraves. L*arche- Tèque d*Embrun> retourné en l^pagne pour la délivrance des deux jeunes pritacés, restés en otage» prit part à toutes les négociations qui modifièrent le traité de Madrid, et amenèrent la paix de Cambrai. Renvoyé en Espagne pour y demander In mnin d*Eléonore d'Autriche, sœur atnée de Charles Y et veuve d*£mmanuel le Grand, roi de Por*tugal, il ramena cette [)rincesse, et célébra, à Captieux, bourg voisin de Bazas, la cérémonie de son mariage avec François r% veuf de Claude de France. Ses services furent récompensés par l'archevêché de Bourges , Tabbaye de Saint-Germain des Prés et par le cardinalat auquel il fut élevé par Clément VII en 1530. La guerre étrangère avait cessé; mais l'Europe élnit pro- Icndément agitée par la doctrine du libre examen préchée par Luther. Cette doctrine, ^ui favorisait les passions et la cupidité des gr&nds , faisait de rapides progrès en Allemagne; elle cherchait aussi à se répandre en France. Quant è l'Angleterre, cette fière nation allait, à la suite d'un caprice de son mattre, subir docilement la religion qu'il lui imposa. Henri VIII, pour épouser Anne Bi)lejn, sa maîtresse, sollicitait h Home son divorce avec Catherine d'Aragon , tante do Charles V. Le Pape Clément Vil refusait de se rendre è ce caprice, et Henri menaçait de se faire le chef d'une religion nouvelle. C'est alors que le cardinal de Tournon fut envoyé h Rome pour arrêter les foudres suspendues sur Henri; puis il se rendit è Londres pour (ficher do ramener le fougueux monarque. Pendant ce temps-là, le Pape, sous Tinfluence de Charles V, fulmina l'excommunication; Henri se d(Macha de la communion de .saint Pierre, et l'Angleterre le reconnut pour son pontife. Plus heureux dans ses autres négociations, le cardinal de Tournon rattacha à la France les princes irilalie. Le mariage de Catherine de Hédicis avec le duc d*Orléans, depuis Henri H , fut le prix de la complaisance de Clément VII et d'Alexandre de Médicis. Bientôt les hostilités recommencèrent , et Charles-Quint envahit la Provence. Pendant que le maréchal Anne de Montmorency allait repousser les Impériaux, le cardinal de Tournon était nommé, par François I*', son lieutenantgénéral, avec les pouvoirs les plus étendus, afin de diriger, de Lyon, toutes les opérations de la guerre. « Tournon avait, comme négociateur, donné des prnuves de la plus haute capacité; placé dans une situation nouvelle, il montra tout ce que peuvent un grand caractère et un esprit étendu. L'ennemi fut repoussé de la Provence, le Piémont envani, et l'Italie presque entière échappa au joug de Charles-Quint. Tournon put s'attribuer en grande partie ces succès; rar c'est lui qui pourvut aux besoins de l'armée, qui par sa sagesse en contint les bandes indisciplinées, et qui , à défaut des fonds de l'EtuU versa souvent dans la caisse
militaire ses propres revenus et les sommes
Su'il empruntait en son nom des marchanda 6 Lyon.
« Il paraît qu'à cette époque, le crédit dii Trésor n'était pas bien établi, car le roi le remercia très-affectueusement, le â2 janvier 1537, d'avoir trouvé de l'argent è trois pour cent par mois. Lorsque le besoin de la paik se fit sentir, c'est sur le cardinal de Tournon que François I*' jeta les yeux frour le représenter en 1538 ^ aux conférences de Nice entre Paul Itl et l'empereur; c'est Ce minis« tre qui y siçna une paix de dix ans. Le connétable de Montmorenty avilit partagé longtemps fivec le cardinal de Tonmon la confiance du roi ; mais la disgrftce de cet illustre guerrier laissa Tournon Tunique arbitre de l'Etat. » ( MiCHAun. Biographie universelle.) Pendant la paix «In poursuite de rhérésie fut le principal objet des efforts du ministre. Persuadé que la différence des croyances religieuses est une source do calamités pour un Etat, il mit tout en œuvre pour extirper la religion nouvelle, et ne recula devant aucun moyen. Une chambre ardente> établie par lui, prononça des condamnations et exerça les plus grandes rigueurs contre les protestants et les Vaudois. De son temps, on pensait, avec raison, que les princes protègent les consciences en proscrivant Terreur. Si Ton regrette qu'il ait accompli ce devoir avec un excès de sévérité , on doit observer qu'il fit un plus heureux usage de son pouvoir en s'associant h la protection donnée par son mettre aux lettres et aux sciences. S'il empêcha François I" de faire venir en France Mélanchlon, il avait toujours auprès de sa personne desérudits, tels que Lambin, Muret, Vincent Lnuro. On lui doit Taccroissement de la bibliothèque du roi, la fondation de l'imprimerie rovale, celle des collèges de Tournon, et dAuch dont il avait éié archevêque. La mort de François I", en 15^7, mit fin au pouvoir sans bornes placé aux mains du cardinal de Tournon. Cet habile homme d'Etat, après avoir payé les dettes contractées pendant des guerres ruineuses, laissait dans les coffres de l'Etat 2uatre millions, somme considérable è cetie poque. A Tavénement de Henri II, qui arrivait entouré des princes de la maison de Lorraine, le cardinal quitta le ministère. Envoyé à Rome, il concourut , en 15<k9, à l'élection de Jules III, et négocia un traité avec ce Pontife. Les huit années qu'il passa en Italie furent bien employées dans I intérêt de la France , et il soutint sa réputation d'habile négociateur. Transféré, en son absence, à l'archevêché de Lyon, il nossédait encore , outre les abbayes de la Cnaise- Dieu et de Saint-Germain des Prés , celles de Tournon, d'Ambournai, d'Aisnai , de Saint-Antoine, etc. A son retour en Franco en 1555, il trouva l'Etat aux mains de Diane de Poitiers. Sa fierté ne pouvant plier devant celte idole, il se retira dans son gouvernement du Lyonnais, oh il était en mémo temps archevê(]ue, et où un zèle infuii^ablo
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DlCtlONNAtRE
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lui flt renouveler ses rigueurs contre les reiigionnaires. Les Guise cherchaient à rallumer la guerre contre TEspagne. Le cardinal , envoyé de nouveau à Rome avec la mission d entraîner Paul IV, ne se prôta pas aux vues ambitieuses des princes Lorrains, et des Caraffa, neveux du Pontife. Italgné ses efforts pour maintenir la paix, les hostilités recommencèrent, et la funeste bataille de Saint-Quentin vint mettre la France en péril. Le cardinal de Tournon , resté è Bome comme chargé des affaires de France, entra dans ie conclave ouvert après la mort de Paul IV, et fut sur le point d*ètre élevé au sourerain pontificat. Pie IV, qui ftjt élu, le nomma évoque d'Ostie, doyen des cardinaux. La même année, le 10 juillet 1559, Henri II avait été tué dans un tournoi. Le cardinal , rappelé, trouva la cour livrée aux factions, et la France en proie, aux plus affreux malheurs. Pour combatire le calvinisme, dont.il n*avait jamais cessé d'être le plus ardent adversaire » il fit recevoir en Prance les Jésuites, et teur couQa le collège qu'il avait fondé à Tournon.
Le jeune François II n'avait fait que
{tasser sur le trône. L*avénement de Charles X, frère de ce prince, rendit au cardinal une partie de son autorité. Toutefois c'est contre son avis gu'ou ouvrit le colloque de PoissY qu'il présida en 1561, etoti il réprima l'insolence de Théodore de Bèze. Ce fut le dernier acte important de sa vie politique ; il mourut, le 22 avril 1562, à Saint-Germain en Laye, flgé do 73 ans, avec la réputation d*un des plus grands hommes de son temps, après avoir pris, pendant quarante ans ot sous quatre rois, la part la plus active aux événements de cette époque si tourmentée : exemple unique d'une faveur à l'abri du toule alleinle dans ces temps difUciles. Il fut inhumé dans Téglise du collège de Tournon , qu'il avait fondée. Le président de Thou dit en parlant de lui : « Homme d*une rare prudence, d'un mérite encore plus rare; d'une habileté pour les affaires, et d'un amour pour sa patrie, presque audessus de ce qu'on en peul penser. François 1" l'avoit mis à la tête «les affaires. Après la mort de ce prince, l'envie le fit chasser de la cour; mais il fut toujours estimé, considéré et respecté de tous, mémo de ses envieui. On le vil toujours 0()posé aux protestants, persuadé qu'on ne pouvait rien changer en matière de religion, sans troubler la paix et la Iranquillilô de l'Ctut. » € C'était, dit Varilles, un ministre laborieux, capable selon le temps, qui avait l'esprit pénétrant et le jugement net, et qui se piijuait d'aller au solide. » «On ne sache pas, ajoute Daniel , que Tournon ait jamais pris le mauvais parti dans une affaire. » Sa vie a été écrite en latin par Vincent Lsuro,' parRouvière et par d'Atlichy ; en français, par Ch. Fleury (Paris, 1J79, in-12), et par d'Auvigny (Hommes iUwlres de France.) La bibliothèque impériale conserve ses lettres de 1525, 1550, 1557 et 1559. Le comte deTournon, nommé i»ar Nauoléoul'V
en 1809, préfet de Rome» préfet du Rhdno en 1821^ et connu par ses Elude» hi$torique$ sur Romet était de la même famille. Ce dernier est mort en 1833.
Voici son éloge par le P. Alby [16H].
« Il faut avouer que la nature, quelque commune et égale qu'elle paraisse en la distribution de ses dons, tient en réserve des soins particuliers dont elle avanlage quelques âmes favorites; qui, outre les bonnes inclinations Quilles rendent comme naturellement plus nabilesaux mouvements delà vertu commune, ont reçu de l'indulgence de ses affections une trempe plus forte quo les esprits vulgaires pour l'essai des plus hautes et héroïques habitudes, par laquelle) ils sont considérés au monde, comme des sujets nés pour la gloire, i\u\ trouvent de l'admiration en terre mais leur image, comme leur couronne, seulement dans le ciel. Et je mets librement en ce rang le grand cardinal de Tournon, de qui les mœurs et les belles actions portèrent dans tout le cours de sa vie un caractère visible de g^ran*» deur et une marque de cette disposition excellente d'esprit, que la nature lui avail infuse, et que la grâce et les vertus avaient achevée.
«Il était sorti de la très -illustre et très-^ ancienne tige de tournon, qui a pofté à la gloire de cet État quantité ae héros et de prélats, dont quelques-uns ont mérité da monde chrétien des respects religieux, et des autels dans nos temples; el qui a en l'honneur d*enlacer par alliance ses branches dans les couronnes de Bourgogne «t de France, qui est une gloire aussi belle qu'elle est moins commune. Il commença à jeter dans ses plus tendres années de clairs rayons d*espérancede ce qu'il serait à l'avenir : et ses premiers instincts s'accordèrent si justement avec les sciences et la piété^ qu*il cultiva conjointement de ses soins ; que pour n'en pas corrompre le fruit, il se résolut de quitter le séjour du monde comme dangereux h la vertu, et de se procurer une tronquillité de vie, que l'on trouve aussi rarement parmi la foule et le tumulte des hommes, que le port en haute mer et au milieu des orages.
«Pour cet effet il entra dans le célèbre monastère de Saint-Antoine de Viennois, où il prit toutes les instructions de la vie religieuse, et comme un beau cachet de diamant rcgut tellement en ses mœurs les caractères des vertus propres de son élhi, qu'il fut capable d*en faire impression sur les uulres par son auloriléet pur son eiemple. H eut ensuile des charges honorables dans rOrdre; tut pourvu de l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne, fut élu arche-* vêque par le cierge de TËglise d'Embrun* et recherché de divers endroits |)Our avoir part aux distributions des premières dignités des églises; dans Topinion qu*on avait conçue des emplois de sa vie privée, <;u*il n'occuperait point de charge par la faveur de l'estime publique, qu'il ne la remplit par m(irilc.
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DES CART^INAÎJX.
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«De TEgliso d*Emt)run, il Tut appelé au conseil du roi« où il fit connaître son esprit capable de tout» et où il rencontra peu do temps après, une occasion de servir au^sî glorieuse pour lui« que le malheur qui l'avait produite était funeste pour le royaume. Ce fut après la perte de la journée de Pavie« quand le roi François I"> abandonné do la fortune et trahi de son assurance, fut pris par ses ennemis, et emmené h Madrid en Espagne : auquel cas dans Textrème confusion et la consternation publique oui avait «aisi cet Ëtal, Tarchevôque d EmLrun fut choisi du conseil, d'entre tous les prélats du royaume» avec Mme Harguertte, sœur du roi» veuve du duc d*Âlencon, le conné* tabla de Montmorency et Je premier président de Paris» pour aller traiter, vers l*empereur Charles» de la délivrance d\i roi. Après laquelle négociation qui Je tint un an entière la eour d'Espagne» il eut l'honneur d'accompagner le roi à son retour»
faisant envers lui l'office de cette étoile plus brillante qn« les autres» qui ramène au monde son soleil; et d'annoncer è ta France la fête de ses contentements» que la piété publique rendit sainte par ses actions de grAces» et l'amour des peuples solennelle par ses réclamations «t par ses feux de joie.
«Depuis ce temps-lft» il y eut fort peu d'emplois importants dedans ou dehors le royaume» qui n^ fussent confiés à sa prutience; il agissait partout» comme l'un dus principaux organes de TEtat ; et les honneurs qui viennent sur les pas et sur les mesures de la Tertu» quand elle est reconnue» croissaient autour do lui sans mesure» comm« il servait sans intérêt.
«Il reçut quasi en même temps l'archevêché de Bourges et l'abbaye de Saint Antoine de Viennois; et peu après l'honneur de la pourpre» du Pape Clément VII, à ta demande tiu roi sou maître» qui eut toujours envers lui, comme envers tous» l'Ame si noble et si
malheur du schisme d'Ang.etorre, qu'on reganiait déià sur son penchant, àl'occa'^ion du dirorce de Henri VIII» d'avec Catherine, infante d'Espagne» tante par mère de Tem* pereur Charles : en quoi i\ avait assez heureusement avancé, et fait agréer an Sairft* Père quelques moyens d'accommodement; si le roi d Angleterre, l'ayant depuis irrité pnr ses manifestes et par d'autres actions injurieuses, n'eût fait tomber la foudre qoo les soins charitables du roi François araient pour un temps tenue en arrêt. Cependant en suite de cette négociation, le Pape étant venu à Marseille, et s'élant abouché avec le roi qui l'y était venu attendre, le cardinal de Tournon fut employé h célébrer le mariage deCatherino de Médicis, nièce du Pape, avec Henri, second fils de France, à .'accomplissement duquel il avait agi, et mêlé ses soins avec ceux de son maître, en espé^* rance d'en faire le lien indissoluble de la France, avec le Saint-Siège et l'otage da nos prospérités*
« Il s^était passé trois ans de reposât do paix plAlrée, quand les soupçons et tes dénances secrètes des deux couronnes enûe* nies, ayant ému do nouveaux troubles, H réchauffé la guerre partout oh l'un des partis pouvait incommoder Tautre: et ensuite nos armes, et le gros de nos troupes s'étant tourné vers le Milanais, le cardinal doTour* non fut établi gouverneur et lieutenant général pour le roi au Lyonnais et aux pro* vînces voisines, pour procurer plus commodément toutes les subventions nécessai* res k nos armées dllalie. A quoi il servit avec des soins non moins fidèles que courageux, jusqu'au nouvel ordre qu'il eut de se rendre à Nice, où se devait faire l'abouche* ment du roi avec l'empereur Charles, par l'entremise du Pape Paul III, qui y avait attiré ces princes, pour les porter à une bonne et sérieuse concorde, qui devait as^^u* rer le repos de la chrétienté, et éloigner le
juste, quMl ne laissa jamais de service, ni de * plus grand obstacle qui fut alors du concile .^x.u^ .^«-. ^«:. -.. «• — .».. ».rv:»oxr»;.^ général qu'il avait intimé. Que si l'effet
d une entière paix, au'on attendait de Tau* torité d'un si sranu médiateur, ne s'en en** suivit pas, il s y conclut au moins par les sages avis, et par Tadresse du cardinal de Tournon une trêve de dix ans, qui eût été de durée, si le temps eût pu vaincre de si fortes animosités, et si une jalousie si ardente d'honneur eût pu céder à l'amour des peuples et du bien public.
« Il porta depuis tous ses soins à combattre l'hérésie naissante qui se glissait sourdement en couleuvre avec d'étranges souplesses^ et s'insinuait par mille détours artificieux dans l'esprit des grands et des savants. Et avait-elle déjà coulé son venin B'us subtil dans la cour, et saisi l'esprit de '^* Marguerite, reine de Navarre, sœur uninique du roi, et de la duchesse d'Elampes, qui surent si bien bercer l'esprit de ce prince» curieux d'ailleurs et amateur des hommes savants, qu'elles obtinrent un sauf-oou'iuit en faveur de Melanchthon pour passer d*Allcmague en France, et venir conférer avec les
mérite sans prix, et n'aima pas moins h faire du bien par reconnaissance que par incli- . nation»
«Il avait si dignemt*nt satisfait en sa première négociation en Espagne, qu'il y fut 'renvoyé en ambassade solennelle avec les grandes sommes de la rançon du roi, pour retirer messieurs ses enfants qui étaient demeurés otages h Madrid, lesquels il ramena en France avec Mme Eléonore d'Autriche, sœur de l'empereur Charles, promise an roi durant sa captivité, qu'il maria avec lui en l'abbaye de Captiaux en Guyenne ; comblant par les effets de ses soins le royaume d'honneur et de réjouissance, dans l'espérance qu'on avait qu'une si sainte alliance, approchant les volontés, éloignerait les aigreurs des esprits et la discorde des nations irritées.
«Deux années après il fut envoyé ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté avec le cardinal deGrandmont vers le Pape Clément VII, tant pour lui demander un pourparler avec le roi, que pour détourner le
DictiOMi. DES Cardinaux.
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docteurs de Sorbonne des |)oinls controTerses de la religioDi qui était ouvrir la porte h de srands et nouveaux périls de la foi» en introduisant dans la cour un des plus insi-
{;ne$ imposteurs, et des plus malicieux four- )es qui fut alors; si Tange gardien de la Vrance n'eût détourné ce coup» et le sage avis du cardinal de Tournon , qui ayant éclairé les pratiques de ces dames, rompit hardiment leur dessein par un acte digne d'éternelle mémoire. Car ajant pris Toccaaion de se présenter un jour au roi avec un livre de saint Irénée en la main, et le roi lui avant demandé quel beau livre c'était. Sire, dit-il» vous l'avez bien npmmé, c'est de l'un des premiers prélats de votre royaume, évèqne de Lyon» où je me suis de hasard ren* eontrésurce passage du troisième livre, que les apôtres fuyaient comme la peste les corrupteurs de la vérité, ne voulant point nonseulement entrer en conférence avec eux» mais non pas même se trouver où ils étaient. Ce qu'il confirma, parce que cet auteur raconte qu'il avait ouï dire à saint Polycarpe» 3ue l'apôtre saint Jean» son matlre» entrant ans le lieu du bain public» et y voyant l'hérétique Cérinthus» soudain il s en retira» disant: « Fujrons d'ici de peur que le bain où « est l'ennemi de la vérité ne nousabtme.nCe que ce sage prélat tira fort à propos à l'intention qu'il avait de décrier au roi le péril où il s'était mis, d*avoir promis sauf-conduit» et audience à un des chefs luthériens ; et d'où il Ht l'ouverture d'un beau discours
Su'il étendit selon lesnjet, et avec beaucoup e liberté (car il était fort privé et aimé du roi); et mêlant parmi cela le danger de l'Etat» la jalousie du Saint-Siège, et les avantages que les autres potentats ses rivaux prendraient là -dessus» il fit si bien que le passe-port fut révoqué, avecserment solennel que le roi ajouta de vivre et de mourir dans la foi de ses pères » et dans ses devoirs les plus soumis envers l'Eglise, sa mère.
« Le dessein lui étant bien réussi» lui fit natlre de courageuses pensées d'entreprendre à défaire rhérésie naissante, qui semblait alors faible» d'autant qu'elle était nouvelle, et ne faisait que se montrer. Et comme il était encore en ce temos le chef du conseil (depuis que le roi eut ctiangé ses affections «pour le connétable de. Montmorency)» et la
I)remière intelligence qui gouvernait tous es mouvements de l'Etat, il tâcha par toutes les voies de rigueur d'étouffer l'hérésie dedans son berceau, de rompre l'obstination qui roidissait son courage, et de lever le masque de la feinte modestie» avec laquelle elle avait commencé d*endormir les lois, et de surprendre les magistrats. Donc il fit établir une chambre ardente à Paris contre les faux religionnaires; donna ordre qu'en tous les tribunaux du royaume on poursuivit les nouvelles erreurs, en qualité même de crimes civils; porta ses soins à promptement éteindre quelques restes de l'hérésie des Vaudois, dont les cluirbons s'étaient rallumés à Merindol en Provence, qu'il fit mourir dans leurs cendres» et fmrtout ailleurs il lii la
guerre è ontrance nour la religion» iuReant qu'il fallait tenir cl'extrèmes sévérités a son ennemie, auparavant que l'effronterie lui crût avec l'Age» et que sa licence se débordAt plus insolemment, avec rim(>unité.
« Le zèle de la religion dont il était touché, comme il est de tous les pays, etau'il ne connaît ni de frontière, ni de borne, fit qu'il procura une ambassade k Louis Alheymar, comte de Grignan» qui avait sa nièce eu mariage, devers les princes, et les Etals d'Allemagne assemblés à Worms, pour les exhorter de la part du roi, à renvoyer leurs Suerelles de religion, et les débats où ils talent entrés pour la réformation de l'Bgliso, au jugement des prélats assemblés ao concile. Et» avec le même sentiment» il étendit ses bons offices» et ses salutaires assis* tances sur TAnglelerre, lui faisant coonatlre ses véritables intérêts dans sa réunion avec 1^ Snint-Siége, et où il ne pouvait se char^
f^er d'autres soins pour remédier au mal qui a travaillait, contribuant èsa guérison» ses ressentiments» ses vœux, ses souhaits et ses conseils.
« Comme notre cardinal ne se montra jamais ambitieux que de l'honneur qu'il ac» quérait en servant Dieu et le roi, aussi ne fut^il avare que du temps et des occasions qu'il emplovait à leur service. Ce fui l'unique but» et le prix des soins assidus qu'il rendit auprès du roi, aux affaires do la guerre et de la paix, dedans et dehors le royaume , et en tous les traités importants qui se conclurent durant sept ans, par ses avis. Encore que ses services ne niaoqurdrent point de juste reconnaissance » le roi l'ayant de nouveau gratifié de quelques riches bénéfices, qui surpassèrent ses désirs plutôt que son mérite» qui ne fut égalé que de l'affection de son maître. Cependant» comme nous ne possédons ici-bas rien d*immortel, lorsqu'il pensait d'en jouir plus à
t)lein, il se vit réduit en l'état d'en pleqrer a perte, et d'assister» comme il fit, lui dixième cardinal, à ses funérailles en l'église de Sairit'Denis; apprenant par sa propre expérience, qu'il arrive souvent aux grandes fortunes, comme à la lune, d'entrer en éclypse quand elles achèvent leur rond» et de tomber dans l'ombre de la terre» quand elles sont le plus luisantes.
« Après la mort du grand roi François» le cardinal de Tournon reconnaissant bien que le roi Henri n'avait point succédé aux affections de son père, comme à son Etat» il se retira sans bruit en son abbaye de Tournu» montrant par les tendres soins, et par l'affection c]u'il apporta à cultiver le lieu de sa retrailts qu*ii n'était pas tant tombé de la place d'honneur qu'il avait remplie sous le règne passé, qu'il s'était laissé aller à ses propres inclinations» pour jouir du repos do la solitude, éloigné de la cour et des affaires. Néanmoins comme il avait encore laissé auprès du nouveau roi la mémoire de ses anciens services, il fut jugé expédient de l'envoyer à Rome avec sept autres cardinaux à la nouvelle crétflion du Pape» qu'on cou-
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DES CXKDINAUX.
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jecturail de TAge et dos indispositions du Pape Paul III, n*être pas beaucoup éloignée. Sn effet, peu de temps après leur arrivée à Home* fut élu Pape Jean-Marie de Monte qui ayail été légat au concile de Trente, et nommé Jules m, dont le gouvernement fut, ^ divers visages pour la France, tantôt trou- 1)le et tantôt serein, et comme la mer qui, après une riolente tempête, traite de paix avec les vaisseaux, et baise le rivage qu elle avait battu de ses Qots.
« Le sujet de la mauvaise humeur qu'il pril contre la France, fut de ce qu'ayant voulu ôler Parme au ducOr.tave Farnèse, et la Mirande au roi, pour les donner à son neveu , et ensuite le cardinal do Tournon qui s'était retiré 5 Venise, ayant fait donner par Bresse passage h nos troupes qui étaient envoyées au secours : ces places par ses soins demeurèrent assurées h ceux qui les tenaient. Dont le Pape fut tellement piqué, qu'il dit à M. de Termes, ambassadeur, que si le roi lui ôtait Parme, il lui ôterait la France, et s'il lui était Tobéissance de la France, il lui ôierait le commerce de toute la chrétienté; que s'il prétendait y employer la force, il voulait bien qu'il sût, que sa plume, son encre et son papier ne céderaient en rien à ses armes. Et néanmoins ce fut merveille comment le cardinal de Tournon étant depuis retourné è Rome satisr fait tellement l'esprit du Saint-Père, préparé il de plus douces pensées, tant par le décès inespéré de son neveu, comme par la représentation qu'il lui fil, que la prudence lui conseillait de ne risquer point toute son autorité en France, pour l'augmenter tant soit peu en Italie, que non-seulement il «'iccorda tout ce que Ton désirait pour Parme €t pour la Mirande; mais il se porta de plus par l'entremise du cardinal à un traité d'amitié, et à une ligue secrète avec le roi, dont le premier fut Téloiffnement des Espagnols de Sienne : auquel Te cardinal travailla de sa part, et reçut aussi en témoignage d'agrément, et pour récompense de tant de bonnes actions, l*archevèché de L\ron, et (ce qui valait encore mieui) un redoublement d'estimedans la créance de son prince.
€ Etant revenu d'Italie, il s'arrêta à Lyon, avec la permission qu'il en obtint du roi, dans le dessein de repurger son nouveau diocèse d'une infinité d*abu8 et d'erreurs, que l'air contagieux de Genève y empirait tous les jours. Dont ayant reconnu que cette maudite hérésie avait là profité autant de la faiblesse du temps, que de celle des esprits, il entreprit par une adresse pleine de force et d'autorité, d'en arrêter le progrès. Il fit cesser les prêches huguenots, abaissa l'insolence des suppôti de la nouvelle erreur; et ayant trouvé dans les prisons cinq mi* nistres, de l'envoi secret, et du l'école de Calvin, il fit tant que le procès leur fut fait et parfait, et qu'ils furent brûlés tout vifs ; pour étourdirparle feu lecoursde ce venin, qui ne s'irrite que du mépris qu'on fait de sa faiblesse, qui était le conseil qu'il avait autrefois donné au roi François l", d'opiK)*
ser de bonne heure la rigueur des lois à ce mal, et pour Tempêcher de prendre force et racine dans le royaume, prendre contre elle, non tant le sceptre que la foudre en main, qui brûle et tue tout ensomble,
« Et on eût bien vu éclore d'au très-fruits de son séjour à Lyon, s'il eût été pins long. Mais après deux ans,il fut commandé d'aller à Dôme en ambassade avec le cardinal de Lorraine devers le Pape Paul IV, où il trouva bien des occasions d'eiercer sa fidélité envers son maître, sa smcérilé envers leSaint- Père, et la prudence de son esprit rigoureux, dans les funestes divisions que I ambition et la jalousie avaient suscitées entre les Garathe et les Golonne, dont ceux-là avaient engagé dans leurs intérêts le parti de France, comme ceux-ci celui (fEspagne ; et tous deux avaient partagé les inclinations, les villes et les puissances d'Italie. Et donne-t-ou fu gloire au cardinal de Tournon d*avoir par ses judicieux avis tiré le Pape de dan^tereux détroits où l'avait poussé Tambiliou effrénée de ses neveux; et, dans l'intrigu/) de leurs desseins mal dirigés de lui avoir fait trouver des issues qui sauvèrent aucunement son honneur du mépris des hommes, et de l'indiscrétion de lafortuue, où ils l'avaient témérairement exposé.
« 11 se trouva à la création du Pape Marceau Cerviuqui, ayant été accueilli d'un accident d'apoplexie, borna au dix-septièrôe jour de son pontificat les espérances de la chrétienté. Dont il lui fallut encore assister à l'élection qui suivit tôt après, en laquelle un bon nombre des cardinaux assemblés inclina de son côté pour le faire Pape; ta pluralité des suffrages ayant adjugé cette dignité souveraine au cardinal Jean-Ange de Médicis, depuis nommé Pie IV, qui en témoignage de l'approbation qu*il donnait au mérite de notre cardinal, le pourvut do la riche abbaye de Saint^ean qui vaqua en France durant la tenue du conclave, le créa évêaue d*Ostie et doyen du Sacré-Collége, à la place du cardinal de Bellay alors décédé; et après l'avoir vu sans jalousie son con* current en l'inclination du conclave, et en l'estime publique, le fit être l'objet de son affection et de son estime privée.
« Et il montra bien l'état qu'il faisait oe sa vertu, en la difliculté qu*il fit de lui baiN ier son congé, et de s'éloigner de sa cour ; quand le roi François II ayant recueilli, encore jeune d'ans, la succession de la couronne qui lui était échue par la mort désastreuse du roi Henri son père ; et ceux qui gouvernaient alors le conseil jugeant que le secours d'un esprit puissant et désintéressé, et qui n'avait aucune teinture de partialités, comme celui du cardinal de Tournon, était alors nécessaire au bien de l'Etal, demandèrent au Pape Pie son retour en France, et le sollicitèrent avec des lettres si pressantes du roi et de la reine, qu'il fut contraint de rel&cher à la nécessité des affaires de France, ce qu'il gardait pour Tornement et Thonneur de la cour de Rome. Et ce fut, dit-on, en ce voyage, qu'un petit
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poisson de deroi-picd de long, arrèla coort aa milieu de ta mer le yaisseau sur lequel le eardinal était porté de grand vent ; et lui fit dire, quand on lui eut montré ce petit tyran de vaisseaux z'Que c*éiait choie étrange de la misère et de la fragilité humaine, quelle fût $i aisément vaincue, et arrêtée en son cours par les efforts d^une si chétive puissance.
« Il rencontra en remontant 5 Lyon deux sujets fâ(;heui, mais favorables à faire paraître son zèle. Le premier fut ]*entreprise queCharlesdeMontbrunySonaliié» avait faite sur le comtat d'Avignon, où il était entré en nrmes, avec trois mille hommes de pied hérétiques, et s*était saisi presque de tout le pays, avec Taide de ceux qui s*y étaient révoltés par Tentremise d*un certain Guillotin, jurisconsulte, en faveur de la nouvelle religion. Et était-on pour voir cette province perdue et éclipsée du patrimoine de TËglise, si le canlinalde Tournon n'eût fait retirer Montbrun avec ses troupes, lui promettant de le remettre aux bonnes grâces du roi, d'où la rébellion lui avait fermé rentrée. L'autre sujetde fâcherie quM'eut fut d'avoir trouvé son collège de Tournon (qu'il avait bâti, et doté magnitiquement, et fait ériger en université) sous la conduite de professeurs héréli.|ues qui s'y étaient coulés à dessein de corrompre l'esprit de la jeunesse qui y était élevée, et par le moyen de ces tendres rejetons des plus honorables familles qu'ils auraientempoisonnésde leurs erreurs, peupler du plant de l'bérésie toutes les provinces voisines. De quoi étant bien informé, tant par les tidèles avis de Jean Pélisson,, priucipal du collège, que par les |)lacards, non moins arrogants qu1njurii>ux h TEglis^e, nffîchés de nuit aux portes du château de Tournon; il appela les PP. de la Corapa- • gnie de Jésus» qu'il avait connus h Rome durant le séjour qu'il y flt è diverses fois, ei à -Lyon, en la personne des PP. Alphonse Salmeron et Pasquier Broêt, qui, revenant d'Hybernie en qualité de légats du Pape Paul m, avaient été détenus en prison, en leur passage par Lyon, comme espions des ennemis : d où le cardinal les retira; et .pour effacer entièrement le blâme qu'on leur donnait à tort, les tfnt un longtemps avec honneur et caresses en son logis, et conçut de leurs pieux et doctes entretiens une si bonne opinion de la Compagnie, qu'il résolut dès lors de lui procurer tous les avantages que l'occasion lui pourrait ^mettre en main : ce au*il exécuta en partie en lui donnant son collège de Tournon pour ^y instruire la jeunesse (comme elle a defMiis lait avec des fruits inestimables) en la vraie religion, aux bonnes mœurs et en toutes les sciences divines et humaines; qui fut une arrhe et un témoignage magnifique de Testime et de Talfcclion de ce grand cardinal envers la Compagnie; comme il sera le précieux monumeutdes immortelles obligations qu'elle a d'honorer la mémoire de son trèslibéral et très-illustre fondateur.
« Après avoir rendu cette satisfaction h êOû zèle envers le oublie et à son inclinatioD
envers la compagnie, il hâta son voyage pour se trouver h l'ouverture des Etats d'Or- Icans, d'où le roi et la reine, pour faire voir à tout le monde le jugement qu*ils faisaient de sa vertu et de la nécessité de ses services, lui vinrent au-<ievAnt avec tonte la cour; qui fut un honneur trop excessif pour être reçu de sa modestie sans confusion, et trop éclatant pour ne faire point de mal aux yeux de l'envie. Et il ne fut néanmoins personne qui doutât qu'il n'eût rendu sa conduite autant illustre qu'heureuse, par les effets glorieux qu'il^ promettait sous ce règne, s*il eût été aussi longtemps qu'on le souhaitait; mais le malheur de la mort avancée du roi en moissonna l'espérance en sa fleur, et rendit la fortune de cet Etat si douteuse, que (nonobstant les soins qu'on apporta h donner de sages conseils au jeune roi Charles, à qui son frère avait laissé le sceptre en mourant, entre lesquels noire cardinal n'était pas des derniers) le ravage des guerres civiles susciiées durant la minorité du prince, et le f<*u de la rébellion allumé du souffle de Thérésie, et nourri de la débauche des peuples, et de l'ambition des princes, faillirent h embraser et réduire en cendre le plus beau royaume de la chrétienté.
« Ce fut en ce temps trouble et orageux^ qu'au déçu et contre l'intention du cardi«> nal de Tournon, on accorda l'entrée libre et le pourparler aux chefs de Thérésie en l'assemblée de Poissy. Et quoi qu'il flt tout ce dont il se peut sagement aviser pour empocher l'exécution de ce projet, comme d'une menée secrète qui était dressée contre la religion, jusqu'à s'en prendre avec des paroles fort aigres au chancelier, comme in-» sensible aux maux que ce colloque devait produire. Il y assista néanmoins, ne [louvaot faire autrement, lui sixième cardinal, avec trente-six évèques et un grand nomtire de docteurs. Où ayant aperçu le désordre qu'il avait appréhendé, et jugeant bien qu'il n'était plus temps de se défendre de la mine quand elle, avait pris feu, il se crut au moins obligé de déclarer avec liberté ses ressentiments à la reine mère» de quoi le clergé du royaume* qui était juge-né des différends de religion, paraissait en cette assemblée pour disputer comme à la barre, et de pair avec les ennemis de l'Eglise, déji flétris jiar les arrêts de la justice divine et humaine; et ce par-devant des personnes laïques, qui ne devaient point tant avoir égard à l'éten* due de leurs pouvoirs dans l'Etat, qu'ils ne considérassent en même temps la mesure de leurs devoirs envers la religion, sans laquelle il n'y a point de protection dans les royaumes ni de salut dans l'univers. Et il arriva encore que Bè2e, dans son discours, ayant effrontément avancé que In corps du Christ était aussi éloigné du sacrement de TEucharisiie que le ciel l'était de la terre, le cardinal se leva et demanda à ses majestés , le visage hautement coloré d'un saint zèle, ou qu'on fermât la bouche à l'impudence punissable de ce prélat, ou qu^il lui fût per-
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mis, arec toîit le clergé» de sortir de l*asserohlée» pour n'avoir pas les oreilles soail« fées des! puants blasphèmes. Ce qui ne servit pas de peu à étourdir Taudace de ce frelon éventé, qui fut depuis plus retenu en son discours, et ôta le sujet aux gens de bien de reprocher au cardmal, dans la dignité du rang qu'il tenait, d'avoir eu plus de «crainte de perdre les bonnes grâces de la reine que de résolution à maintenir les droits de l'Eglise.
« Le colloque achevé donna commencement è de nouveaux troubles; le cœur et l'orgueil en entla h la faction huguenotte , qui attenta , où elle était la plus forte, do ravir les églises aux Catholiques ; et le dérèglement de toutes choses fut si universel ot si débordé, qu'étant aisé à un chacun d'en reconnaître le principe, il ne fut au |)Ouvoir de personne d*en arrêter le cours. On convoqua à Saint Germain une assemblée des notables , où il fut délibf^ré que les hérétiques rendraient les églises qu ils avaient saisies, leur étant néanmoins permis de bAlir des temples et de faire leurs prêches hors des villes, qu'il ne serait loisible è personne de porter des armes, et que les disputes contentieuses en matière de reliiigion seraient défendues. Mais il fallait de plus fortes écluses |K>ur arrAter le débordement d*un torrent si excessivement enOé.
On se piqua contre ces ordres, et ne vit-on depuis que divisions dans les familles, sé« ditions dans les villes, révoltes dans lus provinces, et un forcénement général de Thérésie, qui jeta le feu, le sang et le désordre dans tout le royaume.
« Le vif ressentiment dont le cardinal se trouva saisi à la vue de si funestes désordres, lui altéra sa santé déjà un peu affaiblie ^ïôv les travaux extraordinaires de son esprit. Il tomba malade à Saint-Germain, et commença aussitôt d'étudier les moyens de faire une (leureuse sortie du monde, sans se divertir à d'autres soins et sans démettre en rien cette généreuse vertu qu'il avait montrée 0n tout le cours de sa vie, è aucune lAcheté en Tattenie de sa prochaine fin. il fit pour cela appeler de Paris le P. Polanque, Jésuite, qui y prêchait en latin, en divers collèges, aux étudiants; soutenant de ses discours la foi,, que les erreurs modernes avaient fort ébranlée; homme très-capable de fournir aux assistances spirituelles qu'il prétendait de lui en une si importante occasion, et de le préparer, comme il fit, au bonheur d'une mort qui ne démenilt point l'honneur et la grandeur des actions de sa vie.
« Donc après avoir confessé tous les péchés de sa vie passée, avec les sentiments d'un cœur bumiliéet brisé de douleur, reçut le sacré viatique et le germe précieux de l'immortalité où son esprit haletait; tracé, pour rinstruction de son neveu le seigneur comte de Tournon, des préceptes semblables è ceux des anciens patriarches; donné congé au soin et au souvenir desaiïaires du monde et de toutes les créatures, il se retira tout çntier en |a compagnie des pensées qui l'en-
tretenaient du cher objet de ses espérances» ménageant, de tout l'effort de son esprit» ces pl'écieux moments pour le mérite do l'éternité. Et il s'était bien si fort attaché de tous les sentiments de la chair et des amours de la vie, et transporté si entièrement en Dieu, par une dévotion pure, tendre et toute confite en amour, qu'il pria le P. Polanque d'employer les prières de ses compagnons qui étaient è Paris, pour lui obtenir de Dieu qu.'it tranchât sans délai, par un coup de faveur, ce filet pourri de sa vie mortelle» pour commencer au plus tôt l'immortelle.
« Ainsi acheva chrétiennement cette Âme rare et exemplaire le dernier de ses jours , faisant de l'ombre de sa mort l'un des plus beaux traits de Timage de sa vie; comme il avait fait de sa vie l'un des pins glorieux or<* nements de sa patrie et de l*Eglise, dont il avait été la défense et l'appui. 11 mourut h Saint Germain en Lave, dans le palais royal, le 22' iour d'avril , de l'année 1562, de son Age la 73*; d'où son corps, suivant sa dispo* ^tion» fut transporté à Tournon, en la chapelle du collège qu'il avait bâti et donné à la Compagnie, où le tombeau et la mémoire de ce grand homme servent encore aujour^ d'hui de colonne è l'Etat, d'exemple et de modèle i la vertu. »