‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 46 sur 350 · RER · texte numérisé non relu

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FmisoH, Gall. purp. ;— Robrrt et Sammarth, GaU. Christ. :— Brllarmiii , Dt scriptor. ecc/cf . ; — AiJBEBY, Bi$t. des card. ; — Posse- TiN, in App. sac, , elr.)

BERTRAND (Pierre de Colombier)» dit le Jeune^ MbM fils de Barlhélemv, seigneur de Colombier, en Vivarais, et de Marguerite, isœor du cardinal Bertrand TA ncien. — C'est pour reconnaître les grandes obligations qii*il avait h son oncle, qu'il firit le nom de Bertrand, au lieu de celui de sa famille. Il était chanoine du Puy en Velay, et conseiller clerc au parlement de Paris, quand il succéda à son oncle, Bertrand TAncien , sur le siège de Nevers, en 1326, siège qu'il quitta en 1339, pour monter sur celui d'Arras. La Ç^ande ?ertu de son oncle et son propre mériie, lui valurent la pourpre dont le revêtit, en 13U, le Pape Clément VI. Il était cardinal évèque d*Ostie, quand Innocent VI l'envoya, en qualité de. légat, à Rome, pour couronner Tempereur Charles IV. Il fut encore évéque ft Velleiri. Il mourut au prieuré de Montant, en juillet 1365. Son corps fut porté dans l'église des Célestins de Colombier, qu'il ^avait fondée, et dont il fit les religieux ses héritiers. (Foy.FRizoM,Ga//. purp.; — SammBTB , GatL Christ. ; — Aubert , Hist. des conl.J

BERTRAND (Jean), fils d'un procureur général au parlement de Toulouse, y fut luimême premier président. Son mérite le rendit cher k Anne de Montmorency; et, à la recommandation de ce seigneur, le roi François V* le fit président au parlement de Paris, où il fut depuis premier président. — Il fut même quelque temps g<irae des sceaux «D 1551. Cinq ou six ans après, étant veuf, il fut nommé è l'archevôclié de Sens; et, à la recommandation du roi et du duc de Guise, qui avait conduit au Pape les troupes que le roi de France, Henri II, lui envoyait contre Pbilipp^^ 11» roifl'Espagne, Paul IV le fit canlinat en 1557. Il élait fort considéré à Rome, otL il se trouva h l'élection de Pie IV. Il mourut ÏL Venise le k dérenibre 1560.

BERULLE (Pierre de), fondateur de la congrégation de TOratoirede France, naquit le k février 1575 au château de Geriily, près deTroyos« en' Champagne. — Il était fils de Claude de Bérulle, conseiller au parlement de Paris, et de Louise Séguier, tante du chancelier. Il fit ses études chez les Jésuites d*abord, et ensuite dans TUniversilé de Paris; et il tes fit avec tant de succès, que le savant Jcao Morel, sous qui il avait étudié en rhétorique au collège de Bourgogne, en fit le sujet d'un panégyrique en vers latins, qoe nous avons encore. Il n y loue pas moins sa -piété, la douceur de ses mœurs, et ses manières prévenantes et polies, que ses succès dans toutes les sciences qu'on lui avait enseignées. Consacré de bonne heure à Tétât ecclésiiastique, il se livra, presque sans réserve, h la retraite, à la prière, à l'étude do l*Eerituro sainte et de la tradition, et principalement aux matières controversées entre les calvinistes et les Catholiques. Il était fort jeune encore, qu'il remporta plu-

DlCT10.^2«. des CaRD1!<AI'X.

sieurs avantages sur l'hérésie, à laquelle, par ses conférences et par son zèle, il arracha un grand nombre de personnes, que le malheur de leur naissance y avait engagées. Il parut surtout avec éclat dans la célèbre conférence tenue, par l'ordre de Henri IV h Fontainebleau en 1600, et i) y servit trèsutilement le cardinal Duperron, qui avait entrepris d'éclairer et de confondre le célèbre du Plessis-Mornay , zélé calviniste. Bérulle était alors aumônier du roi. En 160i, ce prince l'envoya en Espagne , pour en ramener quelques Carmélites, dont il'désirait l'établissement à Paris. L'exécution de ce projet coAta beaucoup de peines et de fatigues à de Bérulle. Il rencontra en Espapagnc de grandes oppositions, surtout de la

Î)art des religieux Carmes; il fut obligé do aire plusieurs voyages dans la péninsule, d'écrire plusieurs mémoires, et d*avoir de fréquentes conférences avec les opposants, avant de pouvoir les déterminer. Il l'emporta enfin, conduisit lui-même les religieuses qu'il avait obtenues, et les établit k Paris dans la maison qui leur était destinée. Il eut depuis la consolation de voir Tordre des Carmélites so répandre en France par ses soins ; il en fut établi supérieur général dans le royaume, et il fit tout ce qu*il put pour y faire fleurir le véritable esprit de sainte Thérèse.

Les peines qu'il se donna pour instituer et établir la congrégation de TOraloire de Jésus, ne furent pas moins grandes, et fructifièrent encore davantage. Malgré les oppositions de ceux qui avaient intérdt à empêcher l'établissement de cette nouvelle congrégation, à peine en eut-il jeté les premiers fondements en 1611, et obtenu, en 1618, une bulle d'institution, telle qu'il Tavait demandéCi que, de toutes parts les évèques s'empressèrent de le solliciter, pour qu'il leur envoyât des sujets pour éclairer leurs diocésains. Ils leur confièrent leurs séminaires, leur ouvrirent des collèges, et s*eii servirent comme de précieux coopérateurs dans tous les exercices du ministère ecclésiastique. Ces divers établissements, do même que ceux des maisons des Carmélites, obligeaient de Bérulle à de fréquents voyages dans les diiférenles parties de la France. Il portait partout la bonne odeur de Jésus- Christ, et inspirait è toutes les Ames la même piété dont il élait animé. Il se montra do même à la cour, humble, modeste, désintéressé, plein de religion et de foi, en même temps qu'il y brilla par ses lumières et par sa rare prudence , soit dans les conseils de la reine mère, Mario de Médicis, oi!^ il présidait, soit dans les difi'érentes négociations auxquelles il fut employé.

Après la mort do Henri IV, la conduite despotique du maréchal d*Ancre, qui gouvernait arbitrairement pendant la minorité de Louis XllI, ayant soulevé contre lui presque tous les grands, dont plusieurs s'armèrent pour so défendre eux-mêmes, c'est de Bérulle qui fut chargé de ,ies porter à l{i paix, et à la soumission qu'ils devaient à Leur

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soiJTorain ;el c*est lui en particulier qui désifrmn le duc de Nevers, et le Gt revenir à la cour.

La reine mère, Marie de Médicis, ajanl été exilée, vers le même temps, à Blois, et 8*éiant ensuite retirée à Angouième, où elle était soutenue par un parti puissant, qui pouvait amener dans le royaume des divisions funestes, c*est encore entre les mnins de Béralle que Louis XIII remit ses intérêts et ceui de sn n.èro, et qu*il chargea de les réconcilier. Ceux qui connaissent cette partie de rhistoiredu règne de Louis XIII, savent quels soins, quels mouvements ce zélé serviteur de son roi, en même temps que vrai patriote, fut obligé do se donner pour parvenir à cette réconciliation; combien de courses il lui fallut faire à Blois, à Angoulême et ailleurs pour porter h la reine des paroles de paix, pour dissiper ses frayeurs, pour lever tous les obstacles qu'elle et ses confidents apporiaient h la réunion ; combien il fut contraint d*écrirede Mémoires, de lettres, de répondre à des difficultés sans fin, et (le se retourner en tous les sens, pour terminer heureusement une négociation de cette importance. C'est avec la même ardeur, et avec le même succès qu*il servit le prince de Condé, qu'on avait emprisonné, et le duc d*£pernon qui avait suivi le parti de la reine.

Il était à peine sorti de ce labyrinthe d'affaires, qu'en 1624 Louis XIII jeta encore les yeux sur lui pour l'envoyer à Rome, afin d'y solliciter la dispense pour le mariage d'Henriette, sa sœur, avec le prince de Galles, qui fut, ensuite l'infortuné Charles !*% roi d'Angleterre, et afin d'y négocier en même temps avec le Pape la paix de la Valteliiie. De Bérullo réussit dans la première de ces deux missions. Après beaucoup de conférences, de soins, de sollicitudes et de temps, il obtint la dispense demandée. Revenu en France, et i;ommé confesseur de la princesse, il la suivit en Angleterre, y soutint les droits qui avaient été stipulés pour elle dans son contrat de mariage, la défendit courageusement contre ceux qui lui étaient opposes, et contre le roi même, son mari, qui était la victime des préventions qu*on Jui inspirait, dans un pays, où bien des sens regardaient un papiête comme une bête fauve; il la soutint au milieu de ses disgrâces, perses exhortations et par ses conseils. Sa fermeté lui attira des persécutions; mais celles-ci no purent jamais l'ébranler. L'Angleterre put bien le forcer enfin à se retirer; mais elle ne put s'empêcher d'admirer 8es vertus^ ses talents et son courage.

A l'égard de la paix de la Valteline, qui lut coûta aussi beaucoup de peines, et qui le mit^ouveot aux prises avec le cardinal de Richelieu, 8*il ne put la terminer luimême, au moins prépara-t-il les voies qui menèrent à une heureuse conclusion.

Louis XUI avait pour de Bérulle une confiance «ans bornes; il le consultait dans toutes les alfaires, soit ecclésiastiques, soit civiles. C'est par lesconseils de de Bérulle, et

malgré les oppositions de Richelieu, que ce prince entreprit lesiéçe de la Rochelle, c*esl a son zèle et à son activité, que le monarque dut en partie la réduction de cette ville, el la défaite des calvinistes qui la défendaient. C'est aussi de Bérulle qui travailla h rAconcilier Monsieur, frère unique du roi, avec le roi lui-même. Enfin, on lui confiait ce qu'il y avait de plus difficile, de plus épineux, el on était prcs(]uo toujours assuré du succès, parce qu'on connaissait sa probité, sa droiture, l'étemlue do ses lumières, sa profonde intelligence des nlfciires, ot son zèle aussi ardeni qu'infatigable pour son souverain et pour l'Etat.

Son désintéressement n'était pas moins connu. Henri IV et Louis XIII voulurent souvent lui conférer de riches bénéfices, lenommerè des évêchés considérables : il les refusa constamment. Leurs prières les plus instantes, leurs ordres mêmes le trouvèrent toujours inflexible h cet égard. Drbain VIII l'ayant nommé au cardinalat en 1627, sans aucune sollicitation de sa part, sans qu'il j eût même jamais pensé, il en fut affligé, fit ce qu'il put pour que sa nomination n'eAt pas de suite, allégua qu*il avait fait vœu de ne jamais accepter aucune dignité de l'Eglise ; il fut contraint d'obéir. Cette nouvelle dignité ne changea rien dans sa manière de vivre. Le jeûne, la prière, la simpli* t;ité la plus grande dans ses habits, les mortifications de tout genre, furent toujours sa règle. Ses travaux augmentèrent même k proportion de ce qu'on rélevaît,et il y succomba le 2 octobre 1629. S'étant trouvé fort mal, en célébrant le saint sacrifice de nos autels, et avant repris peu après l'action da sacrifice à 1 endroit où il avait été forcé de l'interrompre, une seconde faiblesse, plus* grande que la première, le surprit, a()rès qu*il eut réelle ces paroles : Hnnc igitur oblaiionem servitutiâ nostrœ, ied et cuneim familiœ /ticr, quœsumuSj Domine^ ut ptacatuâ accipias; on le plaça sur un lit de repos. Le P. uibieuf, alors supérieur do la maison de Saint-Honoré , lui administra les derniers sacrements ; et après que ce grand homme» que ce saint homme eut donné sa bénédiction à ses confrères, il mourut le même jour, dans sa 55* année. C'est h ces circonstances de sa mort qu'on a voulu faire allusion dans ce distique :

Gœpta 8ub extremis neqaeo dum sacn sacerdos Perlicere, ai sallem vicUma perfidam.

Il avait été lié intimement avec presaoe tous les hommes de son temps les plus distingués par leur piété, leurs vertus et leur mérite, avec saint François de Sales, le vénérable César de Bus, le cardinal Bentivoglio, etc. Pendant sa vie, il avait trouvé le temps de composer un assez grand nombre d'ouvrages de spiritualité el de théolO|de, et, en particulier, sur les points controversés entre les hérétiques et les Catholiques : il en avait publié lui-même une partie. On a rassemblé ces écrits après sa mort. Les PP. Bourgoing et Gibieuf en ont donné une prensière édition en IG'îG, in-fol. 2 vol., et le

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preoiier y a joint un abrégé de la Vie Je Tilliurtre auteur. L*eropressemeni avec lequel on recul CfUe coltectinn, obligea d*en donner utiedeusiàme édition en 1657, et celleci a été suivie d*une troisième, faite également k Paris, chez Léonard ; toutes les trois sont in«folio. Outre cette Fit de Bérulte par leP. Bourgoing, quiful lui-même supérieur

Sénéral de TOratoire, il en est une en latin e Doni d*Attichy, évèque de Riez, et une troisième beaucoup plus longue, et dont celle de d*Atlichy n*est même qu'un abrégé, par Habert de Cerisy, de TAcadémie française. Cette vie, in-4* sont trop le panégyri- 2ue«6te8t trop destituée défaits. Elle est Brite en français. Enfin une dernière a été publiée par Caraccioli, Paris, 176^ in-12.

Aux vertus d*un saint prêtre, aux talents d*uo homme d'Etat et d*un savant, le cardinal de Bérulle joignit le mérite d*étre le prole<^ur des lettres et de ceux qui les cultivaient. Il encouragea le P. Lejay dans Tentrepiisede sa Bible polyglotte; il engagea le P. Horin k y faire entrer le Penlateuque samaritain , aaprès Texemplaire qui venait d*Atro rapporté de Con^^lantinopfe, et leva tous les ot^taeles qui avaient été suscités k Lejay, du côié de Rome. Il fut un des premiers appréciateurs de Descartes et de sa philosophie.

Nous ne saurions mieux finir, pour faire connaître ce grand homme et sa congrégation, qu'en citant ce passage de l'oraison funèbre du P. Bourgoing, prononcée par Bossuet, le k décembre 1662, dans Téglise de rOratoire de Paris : « En ce temps*]a, P. de Bérulle, homme vraiment illustre et recomroandable, k la dignité duquel j|*ose dire que la pourpre romaine n'a rien ajouté, tant il était déjk relevé par le mérite de sa vertu et de sa science, commençait k faire luire k toute l'Eglise gallicane les lumières les plus pures du sacerdoce chrétien et de la vie ecclésiastique. Son amour immense pour TE-» glise lui inspira le dessein de former une compagnie, k laquelle il n*a point voulu donner d'autre esprit que l'esitril même de rj^lise , ni d'autres règles que ses cauons ; ni d'autres supérieurs que ses évêques; ni d*autres liens que sa charité ; ni d'autres vœux solennels que ceux du baptômo et du sacerdoce. Lk, une sainte liberté f»it un saint engagement. On obéit, sans dé|>endre. On gouverne, sans commander. Toute l'autoriléestdans la douceur; et le respect s'entretient sans le secours de la crainte. La charité, cjni bannit la crainte, opère un si grand miracle; et, sans autre joug qu'ellemême, elle sait, non-seulement captiver, mais encore anéantir la volonté propre. Lk, pour former de vrais prêtres, on les mène k la source de la vérité, ils ont toujours en mains les saints Livres, pour en rechercher, sans relâche, la lettre par l'éluJe; l'esprit, fiar Toraison ; la profondeur, pa'r la retraite ; t'eflicace, par la pratique ; la (in, par la charité, k laquelle tout se termine et qui est

l'unique trésor du Chrétien : Chrisiianinominis thésaurus^ comme s'exprime Tcrtullien.»

M. Nourrisson, professeur de philosophie k la Facultédes lettres de Ciermont vient de publier une Monographie du cardinal deBérulle.

BESOZZI (JoAGHiv) , Milanais , abbé de Sainte-Croix de Jérusalem, ordre de Cttoaux , cr<^é cardinal, en 1713, par lo Pape Benott XIV, mourut en 1755.

BESSARION (Jean) , né k Trébizonde, en 1389, fut un des plus savants hommes de son siècle. — Il entra dans l'ordre de Saint- Basile» et passa vingt et un ans enfermé dan.< un couvent du Pélôpcnèse , occupé de l'étude des lettres et de la théologie. Doué de grandes dispositions, il fit de rapides progrès sous Gémisté Pléthon , un de ses maîtres. Devenu arclievôaue de Nicée, il se concerta avec le patriarcne de Constanlinople et l'archevêque de Russie, et, ensemble, ils persuadèrent k Tempereur Jean Paléologue de travailler k la réunion de l'Eglise grecque avL'C la latine. L'empereur i^arlit don<; en Italie avec Bessarion, Plélhon, Eugénius, archevôriue d'Ephèse, le patriarche de Constantinople, et d'autres Grecs, distingués par leurs talents. Dans les séances du concile, qui avait été convoqué k Ferrare, et qui fut transféré k Florence, Eugénius et Bjssarion se firent principalement remarquer, le premier, par la vigueur de sa dialectique ; Bessarion, par les grkces de son élocution. Rivaux de talents, ils ne restèrent pas longtemps unis : Eugénius se déclara bostile k Ta réunion ; Bessarion se prononça pour la foi orthodoxe, vers laquelle penchait l'empereur. L'union fut donc prononcée; et, en li39, Eugène IV créa Bessarion cardinal. Fixé en Italie par sa nouvelle dignité, et par les troubles de la Grèce , où la réunion n'était pas accueillie , Bessarion conserva la vie simple et modeste qu'il avait toujours menée. Il écrivit contre Alexis Lascaris, et contre Marcus-Eugénius d'Ephèse , qui avaient engagé l'empereur k secouer le joug de l'obéissance qu'ils avaient jurée nu Saint- Siège. Bessarion reçut , en U63 , de Pie 11 , le titre de patriarche de Conslantinople ; il fut ensuite envoyé, comme légat, en Allnmagne , auprès de Tempereur Frédéric III , et de Sigismond , son frère. Nicolas V lui donna aussi la légation de Bologne ; et son mérite était si reconnu , qu'après la mort de ce Pontife , il eût été choisi pour lui succéder , sans les menées du cardinal d'Avignon (2), qui mit tout en œuvre pour traverser cette élection, sous le prétexte ridicule qu'elle serait injurieuse k TEglise latine. Galixte 111 et Pie II employèrent Bessarion , quand le Saint-Siège eut projeté de réunir les princes chrétiens dans une ligue contre les Turcs. En 1V71 , envoyé en France par Sixte IV avec mission de réconcilier le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, avec Louis XI, et les engager k accéder k la ligue ; non-seulement il échoua , mais on dit que , piqué de ce que Bessarion

(i) Alain ùt Coetivî, ainsi appelé parce quM était étêque d'Avignon.

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avait commencé par se rendre auprès du duc do Bourgogne , Louis XI humilia le légat, en pleine audience* et en lui tirant la barbe. Oi ajoute que Bessarîon ressentit tant de chagrin dccel8iïrontque,peu après» retournant h Rome, il tombn malade à Turin , et mourut à Ravenne le 18 novembre 1472. Bessarion devant être âgé alors de 82 ans, on peut croire qu'il mourut de mort naturelle. Son corps fut porté à Rome, et le Pnpe assista h ses funérailles, ce qui était sans esemple. Il fut ensuite inhumé dans une chapelle de Téglise de Saînt-Pierro , où il avait préparé son tombeau, sur lequel on lit cette ëpilnphe , qu*il avait faite en deux parties; Tune, en latin; l'autre i en un distique grec :

Bessarion, eplscopus TiisctiTanus, S. R.

Ecclesiae cardinaliSy pairiarclia

Constantinopolitanus, nobili Grxcla

Omis, oriandusque sii)i vivens

Posuit anno salutis 1466.

Biêt. évêqui de Tusculum^ Cûrd. de la iûinle Effiiie romaine^ Patriarche de Comtantinople ^ Grec de naisiance el d'origine^ iVsC fait dreiter ce tombeau de ion vivant ^ Van du $alut 1466.

Tout* Ixt BtaiapUa^ (côv &vT)7a acOfiait otma. DvcOpLa Se 9€uçElTa( nphç Osbv dOivaTOv (3).

Paul Jove dit qu'après la mort de Paul II, les cardlaaax avaient élu Pape Bessarion j et que trois d'entre eux étant allés pour lui annoncer cette nouvelle • Perotto , son conclaviste, refusa de leur ouvrir la porte de la chambre où ce cardinal étudiait. Les autres, s'étant retirés , élurent Sixte IV. Bessarion, ayant appris ce qui s'était passé , se contenta de dire à son conclaviste: « Perotto , ton incivilité me coûte la tiare , et te fait perdre un chapeau de cardinal. • Rien n'est moins vraisemblable que cette anecdote de Paul Jove; un autre historien prétend au contraire que Bessarion ne succéda pas à Paul II f parce qu'il eût fallu acheter par une injustice la voix du cardinal Orsini. Sur son refus, Orsini offrit, aux mêmes conditions, son suffrage au cardinal de la Ho* vère, qui, moins scrupuleux , accepta et fut nomme. Platine a fait en latin l'éloge de Bessarion, et Afmstolius l'a fait en Krec. Celui de Platine est bien connu ; il a été im« primé plusieurs fois ; celui d'Aposlolius n'a éié publié qu'en 1793. Son éloge fut d'ailleurs dans toutes les bouches. Sa maison, à Rome, était lu rendez-vous de tous les savants grecs que la prise de Constaniinople, f>ar les Turcs , en li53, y avait fait affluer, de tous ces savants qui venaient en Italie, ranimer le culte des lettres , en y apportant lie» manuscrils précieux. On y voyait Argyrophile, Théodore Gaza , Pléthon , Phiielphe, Bloudus, Poggio, Laurent Valla, Aiidronic, Platine, Doinitius, George de Trébisonde, Caldorino , et d^autres dont il était ranii ou l«j protecteur, il se montra digne

aussi de Tamitié et |de |la connance dont l'honorèrent plusieurs Papes. 11 avait una très-belle bibliothèque, riche en manuscrils, qu'il avait fait venir de toutes les parties de la Grèce, et qui lui coûtèrent, dit-on, trente mille écus. C'est cette même bibliothèque qu'il légua au sénat de Venise; et celte ville la conserve encore aujourd'hui, Bes*sarion a laissé de nombreux écrits ; on peai en voir l'énumération dans la Bibliothfqm grecque de Fabricius, t. XI, p. V2&. Presque tous ses ouvrages théologiques sont restés manuscrits; mais on trouve .dans la Biblio*' thêque des Pires un de ses traités, intitulé: Liber de sacramento Eucharish'œ , ei quibuÊ terbis corpus Christi conficiaiur. Outre ses traités philosophiques , ses épltres et ses harangues, nous avons encore de lui la traduction latine des Mémoires de Xénophon « relie de la mélapbysique d'Aristote et le livre Contra calumntaiorem Platonis. Voici à quelle occasion ce livre fut écrit. Gémistas Pléthon , admirateur enthousiaste de PlatoOf avait écrit un petit livre contre Aristote que défendirent les trois savants grecs Gennedius, George de Tréhizonde et Théodore Gaza. La dispute s'étant enveniméi^ , Bessarion écrivit son Calomniateur de Platon ^ où il expose oue ladoctrinede ce philosophe est conforme a la morale chrétienne; il prouve ensuite à George de Trébizonde qu'il s'esl trompé sur le sens d'une foule de passager , et conclut qu*il n'a pas le droit d'avoir une opinion sur les écrits d'un philosophe qu'il ne comprend pas. On connaît de cet ouvrage trois éditions qui sont devenues lrès-rart*s; la première parut à Rome en H69; les deux autres furent imprimées par Aide Manuce, h Venise, en 1503 et 1516. C'est au cardinal Bessarion qu'on doit la découverte du menuscrit de Quintua de Smyrne, appelé aussi Quintus Calaber, parce que c'est dans un monastère de la Calabre que le savant cardinal trouva ce poëme grec, trop peu connu, (Voy. Trithkmius el Bellarmin, De seri* ptoribus eeclesiasticis ; — Paul Jovb, Elog. doct.f cap. 2k; — le cardinal db Pa\ib, Epist,; — Matthieu , Histoire de Louis XI ^ I. Il; — AuBERT, ilist. des card.; — Saint-Ar- TONiN ; — Onupurk ; — Plati9IB ; — Spondb ; — Rainaldi ; — Possevin; — Lbiiirb; — Varillas, Anecd. de Florence^ etc. — r Du- PiN , Bibliothèque des auteurs eeclis. dm XV* siècle.) Voici son éloge par le P Alby [16U] : «La vertu peut bien être voyagère parmi les hommes, mais elle n'y est jamais pèlerine ou étrangère; non plus que les astres du ciel le sont à la terre, qui ne se répandent sur les choses inférieures que pour les obli-

f;er de leurs influences. C'est une faible ouange de certaines étoiles, qui ne luisent dans leur cours, que sur une partie du monde. La gloire du soleil s'en tient bieii plus haut, en ce qu'il sert de tlainbeau è TOrient et & l'Occident, et fait de l'univers Ir

(3) f J'ai élevé, Je uioo vivanl, ce tombeau pour ma dépouille moriellc; quniu à mon ftme, iclle sVn* vulcni vers Dieu. »

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Ihéfltre de salumiôre. Le mérite aussi das personnea est d'autaot plus recoromandaMe« qu*il est plus uiiîTersel : quand ils ne renfar- Dient pas leur action dans le rond d'un pays particulier, mais lui donnent une même étendue que le soleil fait a ses rayons; obligeant la gloire à tes suivre partout» puis-

Su'ils suivent rinslinct de la venu, qui, non *un |>ay8 seul, mais de toute la terre, fait un seul fonds pour son honneur.

« Le cardinal Bessarion^Grecde nation, est bien l'un de ces grands eiemples, qui se sont rendus autant publics que nécessaires au monde; qui pour avoir éclairé des rayons de sa vertu et de sa doctrine, l'Eglise et les peuples d'Orient et d*Occident, et pour avoir apporté un nouvel éclat h TEurofie, après avoir été un grand ornement de TAsie, s'est rendu recoramandahie à toutes les nations, et s*est éternisé d'une glorieuse mémoire dans l'estime générale de la chrë- Itenté.

« Le lieu de sa naissance fut Trébizonde, ville renommée sur les contins d*Arménie en Asie, de laquelle il a écrit élégamment les liruanges, rendant par sa plume une vie plus rfareble è sa patrie, que celle qu'il avait reçue d'elle par sa naissance. Sa jeunesse fut élevée dans l'école, et sous l'institution du savant George Gémisté Plélhon, qui lui oufrit les secrets de toutes les sciences les plus reculées de l'intelligence du vulgaire, et le rendit digne disciple d'un maître si ■ceompli. Aussi fut-il orné d'un esprit mer- Teilleusement clair, et de qui toutes les pensées n'étaient que rayons, d*une mémoire Gdèle, d'un jugement solide, d'une imagination agissante et vive, et d'une gr&ce si exquise h expliquer ses conceptions, qu*il liait et captivait de chaînes insensibles les cœurs et les esprits.

« Tant de belles et illustresqualitésde Bcssarion lui promettaient de grands avantages dans la distribution des faveurs et des honneurs du siècle; quand s*étant bien persuadé qu'il n'y avait rien Je grand au monde,- Joe de fouler aux pieds les fausses crâneurs, il se résolut d'entrer dans la religion de Saint-Basile, et d'offrir les talents de son esprit, qui étaient des présents du Ciel à Phonneur des autels ; mais ses vertus privées s'étaut en peu de temps rendues publiques & la connaissance et à l'estime du monde, furent jugées nécessaires pour servir de soutien à la maison de Dieu et d'ornement k sa gloire; dont il fut pourvu de l'nrehevèchéde Nicée, ville capitaiede Bilhynie, en un temps où il fallait remplir cette charge d'une personne de mérite extraordinaire,

Jui éclairât l'Eglise orientale des* lumières e son esprit, et l'édiQAt des exemples de sa probité.

« Ensuite donc que ce sage et savant prélat, après avoir reudu af ec une fidélité et un courage incomparables, ses soins particuliers aux fonctions de sa nouvelle dignité , tourna sw grandes pensées au' bien général de la chrétienté, et aux moyens d'unir l'E- RÛse grecque avec la latiue, et d*accord\;r

ta différence des langues qui partageait Ses p«*uples d'Orient et d'Occident, en conformité de doctrine et de sentiments. Kn laquelle entreprise, quelque vaste qu'elle parût au dessein et dîdicile en l'eiécutioUt il rapporta tant do soins et de diligence pou^ pré^iarer les instruments qui devaient la faire réussir, qu'il eut pu s'en promettre les succès aussi heureux, qu'elle eut les commencements favorables, si un esprit déréglé et mal intentionné n'eût trahi en la suileTespérance des br)ns, la fidélité de sa charge, avec tous les devoirs de la piété.

« Cciiendant sur le projet que l'aruhevôquo Bessarion avait dressé de cette ^Idrieuso entreprise avec le patriarche de Gonstanlinopld et l'archevêque de Russie son principal confident, la tenue d*un concile général ayant été conclue en Europe de l'aveu et sous le bon plaisir du Pape Eugène IV, et les empereurs d'Orient et d'Occident, avec tous les monarques , les princes, les prélats et le cler^j^é de l'univers de la chrétienté, ayant été sollicité et invité, la plupart par lettres expresses, de s'v transporter : on vil au temps destiné, aborder à Venise les vaisseaux qui portaient l'empereur et les prélats d'Asie; qui deik passèrent en bel équipage k Ferrare, où ils étaient attendus du Pape et;des prélats d'Europe, et où se fit l'heureux concours, et la conjontion des plus belles lumières d'Orient et d*Occident, pour produire l'union et la paix tant désirée et attendue dans l'Eglise.

«Ce fut bien l'une des plus belles compagnies, et l'un des plus augustes spectacles qui fut jamais vu en Europe; où 1 ou contemplait d'un côté le Pape Eugène en ton siège pontifical posé k quatre pas du trd*ie du Sauveur, relevé au milieu ue Taulel, et orné d'un riche brocart d'or où reposaient les saints Evangiles, entre les chefs des apôtres saint Pierre et saint Paul; plus bas k quartier le siège vide de l'empereur d'Allemagne : et ensuite les cardinaux métropoli« tains et évoques defEglisc romaine, au nombre de cent cinquante. De l'autre côté l'empereur des Grecs, Jean Paléologue, assis en une chaire revêtue d'un drap de pourpre broché d'or: et non loin de lui le patriarche de Constantinople dans son siège plus bas de quatre palmes que celui du Pape, mais posé pareillement sur un marchepied , et orné'd'un drap d'écarlate. Après les siéi^es vides des trois patriarches de Jérusalem, d'A« lexandrie et d'Antioche : vingt archevêques, et un nombre de prélats, d'abbés et de calogères ; sans parler de la noblesse séculière, des ambassadeurs de l'empereur de Trébizonde, du roi desibérienset des autres potentats d'Asie , qui composaient entre tous une belle couronne, non de perles ni dé diamants, mais des plus excelleuts hommes de la terre.

« L'archevè;pie Bessarion fut choisi par honneur pour faire l'ouverture de ce grand concile, comme celui qui surpassait autant tes autres en doctrine et en éloquence qu'en bonne volonté et eu sincésité d^iatentioir:

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quMui ont fait mériter aussi juslemcnt les louanges de la postérité que les applandissements de cette illustre compagnie, derant laquelle il harangua. Ce fut aussi lui qui en tontes les disputes, où furent débattus les points de controrerse qui araient par un malheureux schisme divisa TEglise grecque d'avec la latine, se porta si ouvertement et avec tant de générosité et de vigueur d'esprit pour la doctrine orlhodoie romaine, tant à Ferrare, comme à Florence, où le concile fut transféré, qu*il parut bien no combattre plus pour la victoire du parti qui Tavait choisi, mais pour la seule défense de la vérité. Voire ne se contentant pas d'avoir par la clarté de son raisonnement fait tomber les brouillards qui occupaient ces hautes matières, et devançant la lumière de la première vérité qui préside aux conciles, fait l'oflice do cette étoile qui précède le soleil. Il appuya encore les dogmes soutenus par l*Eglise latine de Tautorité et d'un bon nombre de passages recherchés des anciens Pères grecs, suggéra aux préiats latins par les secrètes intelligences qu'il ménageait avec eux, les voies et les moyens de preuve les plus puissants pour convaincre l'erreur opiniâirée des Orientaux, et mêla avec tant de fidélité et d'adresse ses soins avec ceux du Souverain Pontife, pour terminer les grands flifférends qui avaient durant plusieurs années tranché la liaison des membres avec leur chef; que l'on peut dire avec vérité que c*est à Tarchevôque Bi.*ssarion, après Dieu, que l'Eglise est tenue des glorieux avantages qu'elle reçut en cette belle assemblée, et dn succès de l'union qui en réussit, autant inespéré que désiré pour son repos.

« Tant de services et de signalées preuves de son zèle, jointes è la grande réputation qu'il acquit en cette occasion, de probité ci de science, obligèrent le Pape h trouver le moyen de les récompenser Je l'honneur de la |H)urpre, voulant qu*après avoir servi si utilement de langue è la vérilé, et de nerf à l'union des membres de l'Eglise, il fût l'un iieê plus nobles organes de sa conservation. Honneur que non-seulement il méritait, mais qu'il n'obtint gue par son mérite» et avec le prix de sa sndisnnre et de sa verhi. El ce furent aussi les deux pièces qui le Grent depuis régner si absolument dans les conseils, et si avantageusement réussir dans les emplois, qu'il semblait être lui seul tout le conseil du Pape et la seule intelligence qui donnait le mouvement aux affaires de la chrétienté. Certes, il a été dit de lui, que depuis qu'il eut appris en quelque pnfuction la langue latine, ce qu'il Gt en fort peu de temps, il prit un si merveilleux ascendant d'autorité et d'éloquence dans les consistoires, que discourant premier de Texécution d'une atfnire, il épuisait tous les moyens de la mènera chef et ne laissait rien h dire aux suivants; et qu'étant k opiner après les autres, sur la délibération d'un fait douteux et indécis* il rappelait toutes les opinions k la liienne ; et ce avec tant de douceur et de

modestie, qu'il paraissait bien è un chaeun que ses paroles étaient d'un oracle, et sa vie d'un ange.

« Et il eilt cru d'offenser le destin de s» vie, <j|ui n'était tissue que pour l'honneur de l'Eglise et le bien du public, s'il n'eût employé h l'instruction et è l'ornement du monde les richesses de son esprit et lai rares connaissances qu'il avait, tant dn la théologie et de la philosophie que des langués grecque et latine, en laquelle il ^gala les plus éloquents hommes de son temps. Ce qui leGt résoudre à habiller è la romiine la doctrine qu'il avait puisée des Grecs, el à faire parler latin Socrate, Platon, Xéaophon, Aristote et les autres maîtres du genre humain, transportant Athènes dans Rome, et augmentant les triomphes de cette monarque des villes par les dépouilles les plus superbes de la Grèce et de TOrient.

« 11 signala de plus son zèle et l'éminente capacité de son esprit aux combats qu'il livra contre tous les ennemis de la religion el de TEglise romaine, qu'il attaqua de juyta

§ lierre, en défense de l'unité de l'Eglise et es très-augustes mystères de la sainte Trinité, de la procession du Saint-Esprit, de l'Eucharistie et d'autres : dans lesquels combats il acéra particulièrement sa plume contre Alexis Lascaris, George Palame el Marc, métropolitain d'Ephèse, qui fut celui dos évéques d'Orient qui, aprèsavoir obstinément contesté pour ses sentiments erronés dans le concile de Florence, répandît après son venin, depuis son retour en Grèce, dans l'esprit de l'empereur et d'un bon nombre d'évèques, qu'il révolta de la soumission k ta Chaire de Rome, et du consentement qu'ils avaient prêté h l'union catholique, portant sa main sacrilège à rompre le voile du sanctuaire de Dieu, et h dissoudre l'union que le zèle et la piété de tant de prélats avait heureusement cimentée.

« Durant ce temps qu'il exerça sa plume et son esprit en cette lice d'honneur pour combattre l'impiété et les erreurs du siècle, il ne manqua jamais en la cour de Rome d'emplois, ni domestiques ni publics, ciui tiraient ses vertus secrètes au jour, et l^s rendaient aussi communes que celles du ciel et des astres. Son palais éinit devenu le domicile des muses, la retraite et l'académie de tous les bons csfirils qui venaient s'instruire aux conférences d'un homme, par la bouche de qui parlaient toutes les lettres et les plus belles maïimes de la religion C'é* lait aussi un spectacle incomparable de voir tous les jours à sa suite les plus savants hommes du siècle, George de Trébizonde, Philelphe, Argyropylus, Blonde, Léonins, Aretin, Pogge, Valla Campanus, Platrna, (■nza, Plélhon, Andronio, Calderin, Pérot, Valère de Viterbe, et d'autres qui faisaient le train de la cour quand il allait du Vaticau, et le couronnaient comme un soleil de rayons.

« Il fut depuis employé hors de Rome en toutes sortes de grandes et importantes négociations qui imrtagèrent ses travaux et lea

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fonctions de sa vie» qu'il avail toute consaerée h l*honneur du Saint-Siège et à Tutliité publique. Il fut envoyé légat en Allemagne devers I*empereur Frédéric III et Sigismond, ton frère, en une triste et périlleuse conjoncture, quand toutes les forces de Tempire, partagées en deux factions, se disposaient à terminer un différend d*Etat par une sanglante bataille, et à contenter une passion moins honnête, par la perte de plusieurs vies : auquel temps le cardinal Bessarion étant survenu à propos dedans les armées, adoucit l'aigreur des osprils par les douceurs de son éloquence; réconcilia par ses soins et par sa sage conduite les chefs des deux partis, étouffa le bruit des armes par les applaudissements des soldats, et changea en feux de joie les flammes déjè fumantes de la guerre.

« Sa prudence et sa généreuse conduite no parurent pas moins en sa légation de Bologne, où il fut envoyé par le Pape Nicolas II, pour y réprimer les violences du tyran Bentivoglio, et y conserver les droits du Saint-Siège; où il fit voir, dans le temps de son administration, que la justice ne pouvait être plus puissan^ment armée que lors- 3a'olfe rétait de son courage, ni la spleneurdu Saint-Siège pijis hautement soutenue que de son autorité, ni la fidélité vers les souverains plus vivement persuadée que par sa bouche.

« Son mérite était alors si plein et si universellement peconnu partout, (]u*après la mort du Pape Nicolas 11, qui avait succédé à Eugène, il fut destiné au souverain pontificat par l'inclination de ceux h qui appartenait l'élection, qui eût eu infailliblement l'effet, qui tenait tous les gens de bien en attente et les plus vicieux eu alarme, si le cardinal Alain, par quelque secrète émulation de sa vertu n'eût traversé ouvertement le dessein de sa promotion, et représenté à l'assambléedes cardinaux, avec plus d'ardeur que de raison, le blÂme qu'ils accueiHiraiont ft l'Eglise latine, de lui donner un chef qui ne sortait que de raser le poil qu'il avait apporté de la Grèce. Gepenaant il ne lui arriva pas, comme il fait ordinairement à ceux qui sont déchus de grandes espérances, qui tombent aussitôt dans quelque mépris de leur crédit, par la faiblesse de l'opinion du vul{;aire qui le soutenait. Il n*en parut pas moindre dans Testime du monde, et il eut cet avantage d*avoir pour arbitre de son mérite trois grands Papes qui, jugeant sa vertu être plus haute que leurs récompenses, le souhaitèrent successeur de leur dignité.

« Il futsurtoutfortcherauPapeCallistelll qu'il anima* et aida grandement en la guerre qu'il entreprit contre le Turc : sur lequel si^ot il écrivit de belles et pathétiques oraisons, k dessein de toucher les princes chrétiens parla représentation du pileux état de la chrétienté ot des perles toutes fraîches des empires deTrébizonde et de Constautinople : al les porter à une ju>te vengeance contre ce cruel et insolent eonemi^qui grossissait son

fiel du sanp; des Chrétiens, et enfiait Torgucil de son croissant de leurs pertes.

« Il servit encore merveilleusement au Pape Pin II pour le même dessein, auquel il contribua de cœur, sa voix, sa plume, ses moyens, ses fatigues, ses voyages, ses soins et ses sollicitations pour le faire réussir avec avantage pour le bonheur de la chrétienté. Pour cela il s'en alla légnt devers la république de Venise, qui le reçut, en reconnaissance de son mérite particulier, sur le grand vaisseau nommé Bucentaure f arec des honneurs fort extraordinaires, et accorda de notables secours pour la guerre autant aux ardentes poursuites du légat, comme nu zèle qu'elle avait à la ruine du formidable adversaire qu'on voulait attaquer. Il ne se dédaigna pas de prêcher la croisade aux places publiques, pour attirer des aventuriers et des soldats volontaires à une si sainte entreprise. Et en rassemblée générale de tous les princes de l'Europe convoquée h Ferrare pour conclure la ligne catholique, où le Pape Pie 11 harangua trois heures et prononça des paroles dignes de la haute ré-

fmtation de son éloquence, de la majesté de a charge qu*il soutenait alors, et de la grandeur du sujet pour lequel il parlait, le cardinal Bessarion parla aussi longuement pour le collège des cardinaux, et augmenta la splendeur de cet ordre et l'éclat de la pourpre, autant par l'ardeur de son zèle que par l'éloquence de son discours.

« Ensuite un chacun s'étant préparé pour la guerre, et l'assemblée des troupes liguées, et la flotte chrétienne se dressant à Ancône, où le Pape, malgré son extrême vieillesse et ses grandes incommodités, s'était transporté pour en voir et bénir Tappareil : le cardinal Bessarion 8*y rendit aussi avec la galère qu'il avait armée pour la guerre et au'il voulait entretenir è ses frais; résolu dy contribuer, non-seulement ses moyens, mais encore spn sans, s'il pouvait servir de baume aux plaies de la cnrétienté. Et il ne fut alors personne è qui da si saintes ardeurs n'inspirassent le couraget et ne fussent comme cautions d'une glorieuse victoire, si la mort du Pape, peu après survenue par qutHque secrète disposition du Ciel, qui voulait plus amplement satisfaire à la justice divine, n'eût corrompu de si belles espérances et frustré rattonle du monde.

« La continuation de l'entreprise de la ligue ayant ainsi manqué, avec la vie de ce gr^nd Pape, notre cardinal en eut d'aussi vifs ressentiments qu'il avait de véritable passion de la voir heureusement réussir, dont il se tira depuis pour auelque temps à l'écart de la foule des grandes affaires, faisant sa plus chère occupation du loisir de sa solitude. GepenJant il accrut ses titres de celui de patriarche de Constantinople, par le décès du cardinal Isidore de Russie, son cher collègue, et ensemble le trésor de ses vertus par le bon et religieux emploi de ses revenus qu'il consuma aux bonnes œu« vres dans de très-saintes libéralités. Il orna

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