‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 80 sur 350 · ET · texte numérisé non relu

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COLONNE (Pompée) était neveu du cardinal Jean, et de l'illustre guerrier Prosper Colonne. — Son père ayant été tué dans une sédition, son oncle Prosper, devenu son tuteur, le Ht élever avecsoin, recommandant à ses maîtres de lui inculquer l'amour do l'étude et des belles-lettres. Mais le leuno Pompée était entraîné par un goût irrésistible pour la profession des armes; il fit la guerre longtemps, et no s'attacha i l'état ecclésiastique que sur un ordre formel do son tuteur, qui voulait le voir recueillir une partie des bénéfices du cardinal Jean Colonne» son autre oncle. Pompée y consentit enfin, quoique avec peine, et par obéissance, et fut pourvu de l'évèchéde Riéti, des abbayes de Subinco, de GrottaFerrata, et de quelques prieurés. 0.1 dit qu'aussitôt après il accepta un cartel, que lui fit norler un Espagnol; qu*il se trouva sur le lieu pour se battre; mais qu*ayant été séparé, il en eut tant de dépit, qu'il mit sa soutane en pièces. Bientôt il so fit une autre alfaire avec Jules II. Le bruit ayant couru que ce Ponliro était mort en 1512, Pompée se mit à la tête de quelques jeunes Romains, et se rendit maître duCapitole. Cet attentat lui coûta è^s bénéfices, qui furent donnés à un de ses cousins On parvint cependant ^ le faire rentrer en grâce auprès de Jules II» qui lui envoya l'ordre de le venir trouver. Mais

fiarce que le bref qui contenait cet ordre ne ui donnait pas le titre d*évôqne do Riéti, il s'emporta et refusa de le recevoir. Léon X le décora de la pourpre le 1" juillet 1517* Le cardinal Pompée concourut depuis, en 1523, à l'élection <rAdr:en VI, pour contrecarrer Jules de Médicis qu*il n'aimait point. L'année suivante après la mort d'Adrien VI, les intrigues et la jalousie de ces deui cnrdinaui empêchèrent, pendant plus de deux mois l'él<*clion d'un Pontife. On fit è cette occasion Tépigramme suivante :

Ecce ilerum e summo dejoclam culmine Roniam Pompeii el Juii ruciis furiosa preniil.

Brûle, pium, Phoiiiie, pium nuuc siiingile ferrum; Quid scrvasse. ju\al» si i)crilurâ fuil.

Lu fureur g de Pompée et de Jule$ meiuicent encore Rome, précipitée du faite de m grandeur. Brului, Photint tirez mmnteiumt le glaive $acré. Que iert d^avoir iauté Route, ii elle devait périr ?

Cependant ils finirent par s'accoroor, et celle réconciliation donna le calme à l'Eglise, par Télection du cnrdinal do Médicis, qui prit nom Clément VII. La réconciliation ne fut pas de longue durée; l'ancienne querelle se ranima et amena doux fois la prise de In ville sainte; la première fois» par le cardinal Pompée, avec Hugues de Moncade en 1526; et l'autre, en 1527, plus désastreuse pour Rome que les invasions des Alaric, des Genséric et des Odoacre, par les Impériaux, que suivait, plutôt qu'il ne les commandait, le connétable de Bourbon, leur général.

Clément VII, qui avait privé Pompée Colonne du cardinalat et de ses béuéllces, se

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DlCTiOMBIAliUS

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Yoyant -prisonnier aa château Saint- Ange, eut recours h lui dans sa détresse. Pompée dont l*âme était grande et généreuse, oubliant ses ressentiments, travailla ardemment et arec succès à In délivrance du Pontife. Ce dernier, de son c6té, s*empressa de 1h rélal)lir , lui donna la légation de la Marche d'Ancône, l'évéché d'A versa et Tarchevèché de Monte-Réale , en Sicile. Depuis il fut vice-roi de Naples oix il mourut le 28 juin 1532, dans la 53' année de son âge. Ce cardinal, protecteur des gens de lettres, libérai et magnifique, avait composé un poëme intitulé : Delaudibut mulierum^ en l'honneur de Victoria Colonne, marquise de Pescaire, femme aussi distinguée par son savoir que par sa vertu. Ce poème est resté manuscrit. Le P. Labbe le cite dans sa Bibliolheca nova moituscripiorum^ in-^^, p. 335 Dom Bernard de Montfaucon en parle aussi dans sa Biblio^ theca bibliothecar. manuscripL nova^ p. il^l ot 508; il ajoute qu'il se trouvait manuscrit i^ Rome, dans la bibliothèque Vaticane; et à Milan, dans la bibliothèque Ambrosienne.

Paul Jove a écrit la vie de ce cardinal. (Voy. OiiuPHRic« Chronic.'; — Paul Jovb, in Viia €oL ; — GuicHARDiN, liv. x ;— Aubbrt, Hit" iciredes cardinaux.)

^ COLONNE (MARc-ANTorNs), fils de Camille Colonne, duc de Zagarole.el de Victoire Co« lonne, naquit à Rome, où il étudia la philosophie sous le Cordelier Félix deMonialte, qui rut le Pape Sixte V. — Il était archevêque de Tarente, quand, en 1565, Pie IV le promut au cardinalat. Pie V lui donna Tarchevèché de Salerne. Grégoire XIII, Sixte V et Grégoire XIV l'employèrent en diverses légations. Clément VIII lui donna la charge de bibliothécaire apo!»tolique, charge qui semblait être due h ce cardinal, distingué par ses vastes connaissances. Aussi Marc-Antoine était-il considéré dans le Sacré Collège, et réunit-il, dans divers conclaves, un certain nombre de voix qui le portaient au souverain pontificat. Il v serait arrivé, si ses meilleurs amis ne lui avaient manqué de parole, comme il se plaisait à le dire lui-même. S'étant trouvé mal un jour , il se fit transporter è Zagarole, dans le diocèse de Palestrine, où il mourut le 13 mars 1597. On lui attribue un traité De eeelesiaslicorum redi^ iuum origine et jure. Ce traité est de Antonio Marsilio, dit Colonne de Bologne, auquel le cardinal Marc-Antoine remit Tarchevêché de Salerne.

COLONNE (Ascagnb), fils du duc de Palliano, fut envoyé, Irès-ieune encore, en Espagne, où il étudia è 1 université de Salamanque. --- Philippe U, roi d'Espagne, lui fit obtenir, en 1586,* du Pape Sixte v, le cha-«peau de cardinal. Le cardinal Asca^ue, erudit et protecteur des gens de lettres, passe pour Tauteur d*un ouvrage destiné à réfuter le Traité de la monarchie de Sicile^ où le cardinal Baronius qualifie le roi d'Espagne d'usurpateur de cette tte. On a encore de lui quelques lettres et des harangues. Il mourut en 1608.

^ /Fûy. Lemire, De fcripioribui eœculi xvu;

— Januf Nicius Erythrjsls , Piiiacff imag. illusir, , c. itô; -- Larochbpozai, NomeneL card. ; — Le continuateur ae Ciaconius.)

COLONNE (Jérôme), Romain, nommé, en 1627, par le Pape Urliain Vlil, diacre-cardinal du titre de Sainte-Agnès, puis de Saint- Ange, de Sainte-Marie m Co^mfJîn et de Saint- Eiistache, prêtre du titre de Saint-Sylvestré, de Sainte-Marie b\è delà du Tibre, et de Saint- Laurent in Lucina^ évêque de Frascati et archevêque de Bologne, mourut en 1666.

COLONNE (CoARLEs), de la même famille que les précédents qui, toutefois, appartien* nent è plusieurs branches, était fils de Laurent ColonDe,prihce de Palliano et de Castiglione, duc de Ta^liacoli, grand connétable du royaume de Naples, grand d'Espagne, chevalier de la Toison d'or, et de Marie Mancini, nièce du cardinal Mazarin. Il fut créé, par le Pape Clément XI, le 17 mai 1706, cardinal-diacre du titre de Sainte-Agathe des Goths,â la Suburra, Il é ait alors majordome du palais apostolique, charge dont Tavait pourvu Innocent XII le 2 mars 1696, et dans laquelle Clément XI l'avait coniinué. Ce cardinal mourut à Rome le 8 juillet 1739, dans la 74* année de son Age, étant né, dans la même ville, le 17 novembre 1665. Il était dans la trente-quatrième année do son cardinalat.

COLONNE (Prospbr), Romain, créé canif nal, en 1739, par le Pape Clément XII, mourut en I7W.

COLONNE (JérAme), Romain, majordome, fut créé cardinal-diacre, on 17V3, par le Papa Benoîi XIV.

COLONNE DESCIARRA (Prospkr), Roniajn, maître de chambre, lut créé, en I7V3, cardi* nal-diacre par Benoît XIV.

COLONNE (MARc-A:«ToixR),né à Roino en 172i, fut fait cardinal par Clément XIII en 1759. Il mourut en 1793.

COLONNK BRANAKOUTE (Autoiî^k), nék Palerme en 171], fut fait canliinl par Clément XIII en 1766. Il mourut en 1786.

COLONNE Dl AKK.LIANO (Nicolas), né k Naples en 1730, fui lait cardinal par Pie VI en 1785. Il mourut en 1796.

COMINGESouCO.\n]IN(;KS(JF.A!i-RAYiioio

de), fils de Bernard VI, comte de Comniia* ges, et de Laurede Moiitfort, fut, en 1310, élevé sur le siège épiscopal de Magueloiie, près Mnnlpellier,après lamortdcLévi deMire|X)ii. —Il assista au concile général de Vienne ; et, lorsqu'en 1317, le Pape Jean XXII eut érigé en métropole Téglise de Toulouse, il en rut lepremierarchevêque.ArnauddeCommini^es, son oncle, évêque de celle ville en 1297, était mort en 1298. Jean Raymond laissa réalise de Maguelone à Simon, son frère,

2U1 mourut peu après, avant même d'avoir té sacré évêque. Lé nouvel archevêque commença par tenir un synode, afin de pour^ voir aui besoins de son troupeau. Le 18 dé* cembre 1327, Jean XXII le mit au nombre des cardinaux, parmi lesquels II eut ensuite le.ti tre d'évêque de Porto et de Sdinte-Ruflne. Après la mort de ce Pontife, quelques car» diaauï lui offrirent la tiare, à condition Qu*iî

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UEB GARDINAinL

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8*engagorail è ne point rétablir le sîégepontiflciil h Rome.Commînges repoussa ces offres, et mourut à Afîgnon le 20 novembre 1349« arec la réputation d*un prélat sage, libéral et savant. Il avait fondé è Toulouse un monastère de cbanoinesses de Saint-Augustin, qu*il avait doté richement. (Voy. Villasii, 1. Il et XII ; — Garbiel, De epiêcop. Mag. ;

— Catbl, Mém. du Long.; I. v ; — Frizon, Galliapurpurata ; — Aubbbt, Hist. des tard.;

— Saihte-Maiithb, Gallia Christiana; — UGBBLLiy De epiic. PorL ; — Ciaconius.)

COMMENDON(Jbaii-Fra!içois), né }t Venise Ienmarsl52i, fils d*Anloine, philosophe et médecin, et deLaure Rarbarigo, fut élevé avec beaucoup de soin. Dès Tdge de dix ans, il faisait des vers latins, sans préparation ; à Page de t^ ans, il alla étudier la philosophie et le droit à Padoue, où ses talents naissants lui firent des amis illustres. — En I5S0, il fit un voyage h Rome; et le Pape Jules III, h qui il fut présenté par l'ambassadeur de Venise, le mit au nombre de ses eainériers. Ce Pontife faisait bâtir une maison de campagne è quelque distance de Rome; il demanda une inscription en vers, |M)ur une fontaine qui devait être surmontée d'une nymphe, distribuant les eaux dans les jardins.Plusieursrurentnrésentées; mais celle de Commendon était bien supérieure à toutes les autres. Le Pontife le fit appeler, et, émerveillé de ] 'esprit et de la sagesse qui dictaientses réponses : « Ce jeune homme, » dit il è ceux qui Tentouraient,* a trop de mérite pour rester plus longtemps inutile, et pour n'être employé qu'à faire des vers. » Aussitôt il renvoya M Urbin, puis en Flandre, où il accompagna le légat Jérôme Dandini, et de là en Angleterre. A peine était il de retour, qu'il eut à partir pour le Portugal. Il passa dans ces différentes missions le reste du pontificat de Jules 111, qui mourut en 1555. Marcel II et Paul IV eurent pour lui la même estime que leur prédécesseur. Paul IV lui donna un appartement dans son palais, et l'admit dans sa confidence la plus intime. Dès le commencement de son pontificat, illui avait donné l'évèché de Zante, et un bénéfice eoosidérabledans le diocèse de Vérone. Quelque tempsaprès, Commendon fut envoyé,avec le caractère de nonce, vers l'empereur Charles V; mais, des dilBculiés étant survenues eiilre ce prince et la cour de Rome, il u*acheva pas son voyage. A son retour dans la capitale de la chrétienté, Paul IV l'envoya è Vetiise fl auprès des différents princes de l'Italie, |K>or les exciter à se liguer avec le Saint- 6ié$çc. Ces nonciatures le retinrent assez longtemps* Après la mort de Paul IV, en 1559, Pie IV, son successeur, rendit pleine Justice à Commendon, que Paul, prévenu |Mir les C^raffe, ses neveux, avait maltraité •or la fin de son pontificat. En 1561, il l'envoya, avec le caractère de nonce, auprès do Teropereur Ferdinand 1", pour Tenlretenir relativement à la deuxième réouverture du concile de Trente ; de là il le fit passer chez les princes uroteatauls. Après tant de fati-

gues, Commenuon alla prendre quelque repos h Venise ; mais les Pères du concile de Trente ne lui en laissèrent pas le temps. Ils le chargèrent d'une nouvelle mission, et des plus importantes ; c*était de retourner, en qualité de nonce, auprès du môme empereur, pour l'instruire de Tétat présent du concile, et des affaires de l'Eglise. Il fit ce voyage avec célérité, et peu après, le souverain Pontife l'obligea d'en entreprendre un autre en Pologne» et d'y résider, comme nonce apostoliaue, auprès du roi Sigismond. Il s'y concilia I estime générale, en réglant sagement les affaires du clergé, en s'opposant avec énergie aux entreprises des novaleurs, et en apaisant, même dans la maison royale, des dissensions qui pouvaient devenir fâcheuses. Pie IV le fit cardinal, h la sollicitation de saint Charb'S Rorromée, son neveu, le 12 mars de l'année 1565, qui était la il* de l'âge de Commendon. Six mois après, il passa en Allemagne, pour s'y trouver è la diète d'Augsbourg; en arrivant h Prague, il y apprit la mort du Pontife. Pie V lui succéda le 7 janvier 1566; avant de sortir du conclave, il fit expédier au cardinal Commendon un bref, par lequel il lui ordonnait d'assister, en qualitéde légat, à cette diète de l'empire. Deui ans après, il y retourna, y déploya sa capacité et son zèle accoutumé pour la réforme du clergé et pour le bien de l'Eglise. On doit à ses soins la publication du concile de Trente en Allemagne; c'est encore lui qui décida l'empereur Maximilien II à révoquer la permission au'il avait donnée aux luthériens de prêcher dans l'Autriche.

Commendon fut encore légal en Allemagne et en Pologne, pour exciter h la rroisaJe contre les Turcs; il se trouvait, en Pologne, è l'élection deHonri de France, duo d'Anjou, qui fut depuis notre Henri III. Le légat contribua è cette élection, et le nouveau roi no manqua pas de reconnaissance.

Grégoire XIII, qui avait été élevé à la papauté en 1572, après Pie V, ne rendit pas h Commendon toute la justice qui était duc è son mérite et h ses services. Il souffrit que le cardinal Farnèse lui intentât un procès, et l'abandonna h la haine dos partisans de l'empereur, lequel se plaignait que Commendon eût préféré les intérêts de la France aux siens, à l'élection d'un roi de Pologne. Mais les cardinaux d'Ese, de Hédicis,Sforce, Ursini, Altaemps, et quelques autres prélats éminents se déclarèrent pour .Commendon ; et lorsqu'ils virent le Pape Grégoire dangereusement malade, ils résolurent de l'élire en sa place, tant par suite de iestiino nu'ils avaient pour son mérite, qu'eu ^*gnrd à la rrcommandation du roi Henri III. Les mesures étaient si bien concertées que, si le Pape était mort alors, ce cardinal ne pouvait manquer d*6tre élu. Mais Grégoire revint à la santé; et Commendon, étant tombé dans un état très-fâcheux, se fit porter h Padoue, où il mourut le 25 décembre 15:$^, âgé de soixanteans. Antoine-Maria Grntiani, évoque d'Amdia, a écrit, eu latin, la Vie de ce prélat distingué. Elle a été imprimée à Paris,

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DIGTIOMNAIRE

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pn 1669. En 1671 « FléchitT, Tauleur des Oraisons funèbres^ en a publié uneiraduclion.

On trouve, dans le recueil des poésies latines des membres de l'Académie des OceuUi^ quelques rers latins composés par le cardinal Commcndon. Ce recueil lui a été d(^dié par cette académie qu*il protégeait et encourageait.

Pour suppléer h la brièTeté de cette notice, nous allons donner un aperçu de la Vie de Commendon par Graliani.

Commendon naq^iit d'une famille ancienne, originaire d'Allemagne qui , après s'ôtre fixée è Bcrgame, où elle occupait un des premiers rangs, on fut chassée par Jean Galeas, duc de Milan, qui la dépouilla de tous ses biens. Son père le fit élever avec beaucoup de soin , parce qu*il avait remarqué en lui, dès sa première enfance, les plus heureuses dispositions. A Tâge de dii ans, il improvisait d(*s vers latins sur quelque matière qu'on lui proposât: ce qui intéressait si vivement les principaux de la ville, qui étaient amis de son père , que plusieurs avaient la curiosité d'aller au collège où il étudiait, pour y être témoins de ses succès, et pour juger eux-mêmes si sa réputation était bien fondée.

On avait une si haute opinion de lui que les pères, lorsqu'ils corrigeaient leurs enfants, ou qu'ils les exhortaient à la vertu, ne manquaient jamais de leur proposer l'et emplo de Commendon.

Ayant atteint l'âge de ik ans, il fut envoyé à Padoue pour y étudier les belles-lettres. Il se laissa charmer par les douceurs de la poésie, et s'appliqua si heureusement è lire et h écrire des vers, qu'il pouvait être comparé aux plus excellents poêles de son siècle. Il s'adonna ensuite à la philosophie, qu'il apprit sous d*habiles maîtres ; et s'instruisant lui-même de toutes les opinions, de toutes les maximes de la sagesse ancienne , il s'attacha particulièrement à la doctrine de Platon , parce qu'elle a plus de conformité que les autres avec les sentiments et les préceptes du christianisme. Il traduisit dni grec en latin une partie des livres de ce philosophe pour s'exercer , et fit des notes très-savantes pour en éclaircir les endroits les plus obscurs et les plus difficiles. Ces Commentaires étaient entre les mains d'un de ses amis qui les conservait avec soin ; mais il les trouva par hasard , et les brûla» quoiqu'ils eussent pu lui faire honneur parmi les savants.

Pendant qu*il s'occupait ainsi è Tétude, et qu'il se laissait emporter au plaisir d'acquérir des connaissances, travaillant sans relâche, et sans aucun égard à sa sauté, il tomba dans une maladie dangereuse, qui faillit rompre le cours d'une vie qui devait être si glorieuse. Une humeur corrosive et une quantité de sang corrompu se jetèrent aursesyeuT, lui firent perdre le repos et 1 usage même de la vue. Rien ne pouvait le soulager; tous les rem^des qu'il mit en usage fureut inutiles, il demeura quatre ans, renfermé dans uo cabinet , sans pouv<Mr

souffrir la liimière. Désespérant de recouvrer la santé, il pensait à acheter une maison qu'il avait louée à Padoue, résolu d*y passer le reste de ses jours dans la douleur et dans la solitude, lorsqu'il fut guéri par les soins d'un habile médecin de Vérone. Soit que celui-ci eût trouvé le remède propre au mal , soit que ce mol se fût dissipé de lui-même, Commendon recouvra la vue, et, dès ce moment, personne ne l'eut meilleure

3ue lui. Quoiqu'il eût été dans la nécessité 'interrompre ses études, pendant l'espace de temps qu'il passa dans les ténèbres , il ne demeura point dans l'oisiveté ni dans la languf^ur. 11 se désennuyait k jicler des vers ; il adoucissait ses peines en se faisant lire des ouvrages utiles, et cherchait ainsi du soulagement dans les mêmes études qui avaient été la cause de son mal

Au plus fort de sa maladie, à l'âge do 19 ans, il perdit son père, qui était dans sa 78* année. Cette mort acneva de ruiner presque toutes les affaires de la maison : car l'âge et la santé du père ne lui permettant pas d*en avoir grand soin , une partie des biens fut dissipée; et Marc-Antoine Barbarigo, oncle de Commendon , homme trèsavare, au lieu de lui conserver ses droits, fut le premier è lui faire des injustices. L'application du jeune homme è ses études , les soins qu'il avait à se donner pour tâcher de recouvrer la santé, le préoccupaient si fort , qu'il ne connut point l'importance des pertes qu'il venait de faire.

Dès qail fut en parfaite santé, ceux h qui son père mourant Tavait recommandé, lui conseillèrent de quitter ses autres études, pour s'appliquer entièrement è la jurispru* dencc. Il s'y attacha pour plaire à ceux qui Ty avaient engagé , et il fit en peu de temps de grands progrès dans la connaissance du droit civil. 11 ne voulut pourtant jamais abandonner l'étude de Platon et des philosophes ; « son esprit touché du désir de s'avancer et de se rendre utile au public« s'<- rrêta particulièrement k cette partie de la

Eiiilosophie qui règle les actions, et qui sert la conduite de la vie humaine. 11 jugeait que les sciences sont inutiles, si on ne les réduit è l'usage et à Tutilitédes hommes. Il s'exerça soigneusement à l'éloquence. Il déclamait, il conférait souvent avec des orateurs ; il plaida même devant le juge de Padoue la cause d'un jeune homme accusé de meurtre, et le fit absoudre; et lorsque la même ville de Padoue, selon sa coutume, députa à François Donat , pour le haranguer sur ce qu'il avait été élu chef de la république, c'est lui qui composa la harangue des députés. Par ces soins et ces exercices, ilacquit une grande facilité è s'exprimer eu latin et en sa langue naturelle.» (FLécHiBB.) Commendon, parvenu à l'âge «de 25 ans, n'était pas encore déterminé sur le genre de vie qu'il devait suivre. Ses amis loi cooseik lèrent d'aller se fixer è Rome ; il se décida aisément à s'établir dans cotte ville , et n'écouta plus les conseils de ceux qui , pour le retenir à Venise , lui proposaient des partie

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eonsidémbleSt el une charge dans le collège des secréia ires de la république. Cos charges ne se donnatenl qu*è des personnes de mérile, des plus.anciennes famîdes du peuple, et ceui qui n'étaient pas nés sénateurs -ne poufaient porter plus haut leurs prétentions. Les honneurs , les négociations « les administrations publiques et le droit de suffrage n*apnar(enaient qu'aux sénateurs. Les autres n avaient que dos emplois dépendants, et étaient destinés h servir la république, sans pouvoir prétendre h la gou- Terner. Commendon avait Tesprit trop vaste et trop élevé , pour se borner à une charge do secrétaire. Il ne put se résoudre è passer ses jours dans une ville où il ne lui était pas permis comme aux autres d'avoir part au gouvernement, ni d'arriver aux premier(<s charges de l'Etat. On croit que ce fut la principale raison qui le porta à quitter son pays, et à laisser perdre son nom et s'a mni« aon après lui , pour s'établir dans une ville où les dignités peuvent être la récompense des vertus , et où l'on peut aspirer à tout

Saatid on a de l'esprit et du mérite. Comme était dans ce dessein , un ecclésiastique de ses. parents, fort Agé, lui résigna deux bénéfices qu'il possédait aux environs de Padoue, el qui valaient trois cents écusd'or de revenu. Il en avait recueilli autant des débris de son patrimoine , après en avoir tiré ce qu'il destinait pour le mariage de ses scBurs.

Ayant donc réglé ses affaires domestiques, il se retira è Uome en 1551. Nicolas Ponce , alors ambassadeur de Venise auprès du Pape Jules III , le présenta à Sa Sainteté , et rendit des témoignages si avantageux de son mérite que ce Pontife le mit au nombre de tes camériers. Doué d'un rare discernement , et sachant que l'amitié s'entretient par la ressemblance des mœurs et de l'esprit, il choisit pour amisdes nersonnosd'un esprit modéré et d'une vie réglée comme la sienne. Il s'attacha particulièrement ^Annibal Caro, h cause de sa droiture, de son savoir, de l'élégance de ses manières; et à Guillaume Sirlet, depuis cardinal. C'était an homme d'une probité éprouvée, et d'une mémoire prodigieuse ; il avait lu une inanité de livres sur toutes sortes de sciences, et parcouru tous les écrits des Grecs et des Latins , des anciens et des mo4lerncs ; il les citait avec un rare bonheur. On le consultait aussi sur les points les plus obscurs, et on le regardait comme une bibliothèque vivante. Si la nature lui eût donné un tour d'espriif et un génie propre aux affaires, avec celte profonde érudition et ce vaste amas de connaissances, il aurait élé sans doute l'homme le nlus admirable de son siècle. Commendon fut encore très-familier avec Octave Pantagale, Basile Zanchi , Paul Manuce et Jules Pogian, qui passaient pour les maîtres de l'éloquence romaine: et, quoi-

aii'ils fussent tous déjà fort avancés en Age» • admirèrent la gravité, la modestie, le jusemant et ta pénétration d'esprit de ce jeune Domina. Il eut beaucoup de respect at de

vénération pour quelques cardinaux renommés pour leur piété et pour leiM* sagesse, entre lesquels furent Jean -Pierre Caraffe, doyen du Sacré Collège; Marcel Cervin, et Reginald Polus, Anglais. Les deux premiers furent depuis élus Papes ; l'autre fut sur le point de succéder à Paul III. Jacquos du Puy , Rodolphe Pio, Jean Salviati, Frédéric Cœsi, que leur âge et leur savoir rendaient vénérables, eurent beaucoup de considération pour lui, et le servirent à l'orcasion.

Bientôt il fut employé dnns les affaires publiques, et comme entraîné par rimi>é« luosité de sa fortune. Il passa sans s'arrêter par tous les degrés d'honneur; et, chose singulière, il ne s'empressa jamais ; il ne fut poussé par aucune puissance: il ne demanda jamais , il refusa souvent: tous les honneurs lui furent offerts de bonne grAce, el toutes les suites de sa fortune lui arrivèrent d'une manière naturelle. Il fut fait e<irdînal quatorze ans après son arrivée à Rome. Pendant tout ce temps-lè il fut continuellemont occupé à des négociations publiques. L'année môme qu*i] vint h Rome, en 1551 , il fut envoyé à Urbin; l'année d'après en Flandre , de là en Angleterre. A peine étaitil de retour, qu'il fut obligé de partir pour le Portugal. Il passa en t:es occupations les cinq dernières années du poniilicat do Jules III. En 1555, il fut appelé p ir In Pape Paul IV pour être un de ses secrétaires*, rt fut sacré évoque la môme année. Il avait été nommé pour ôlre préteur de la ville; mais il fut envoyé en qualité de nonce de Sa Sainteté en Allemagne auprès de Tempereur; puis les affaires s'étanl troublées, et la guerre ayant été déclarée, il n'acheva |>as son voyage. A peine do retour h Rome, le Pape l'envoya h tous les princes d'Italie , pour les exciter h prendre les armes, et k se liguer avec lui. Il eut orHre de passer à Venise, pour engager le sénat h entrer dans celte ligue. Ces affaires l'occupèrent près de quatre ans jusque vers la mort de Paul IV.

Pie IV, dès la première année de son pontifical , l'envoya nonce auprès de l'empereur Ferdinand ; le nonce eut ordre aussi d'aller chez tous les princes d'Allemagne, il y fut un an et demi. A son retour, il fut envoyé au môme empereur par les cardinaux qui présidaient au concile de Trente. Il fit ce voyage fort promplement , et fut ensuite obligé de partir pour se rendre en Pologne^ et y résider en qualité de nonce apostolique auprès du roi Sigismond-Auguste. C'est \h

qu'il fut fait cardinal r«r *« P«P« ^^^ *V» •» cinquième année de son pontificat , un |»^u avant sa mort. En 1566, il alla, en qualité de légat, è Aiig^bourg, où l'enàpereur Ferdinand avait assemblé la diète de l'empire. Doux ans après il y retourna , pour le détourner du dessein qu'il avait d'accorder la liberté de conscience pi l'exercice de l'hérésie (le Luther aux peuples d'Autriche.

Deux ans après il fût encore envoyé en qualité de légarè l'empereur et au roi de Pologne • pour les exhorter h 8*iniir contre lea

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Turcs. Pendant loiH ce temps, quoiqu'il eût parcouru, avec de grandes fatigues^ presque toutes les provinces de TEurope, il ne fut jamais malade. Les trafaui et les peines du voyage furent des plaisirs pour lui ; et ni la chaleur f ni les pluies, ni le froid du Nord ne rincommodèrenl jamais. Après avoir jeté nn coup d'œil rapide sur sa vie, reprenons le fil de son histoire.

Dès sa première jeunesse Commendon fit concevoir de si grandes espérances, que tout le monde fut persuadé qu'il parviendrait un jour aux premières dignités de l'Eglise. Lorsqu'il parut à Rome , on eut de lui la même opinion. Annibal Caro, homme sage, qui avait fait de longues réflexions sur les choses humaines , et qui connaissait bien la c^ur de Rome , avait prédit à Nicolas Ardliingel , à Marcel Cervin et à Commendon , ses amis , qu'ils seraient un jour cardinaux. Il roconnut leur esprit dès qu'ils furent arrivés è la cour, et l'expérience fil voir qu'il ne s'était pas trompé. Les deux premiers furent fort employés, et ils s'acquittèrent de leurs emplois avec tant de sagesse, qu'i'ls méritèrent d'être élevés è ce haut rang par le Pape Paul IIL Ardhingel était déjè mort. Marcel était porté par les vœux et par ia voix des pouples au socverain degré (l'honneur, oJ!k il fut élevé quelques mois après, è la place du Pape Jules. Caro eut une vive joie de voir ses prédictions s'accomplir, et il mourut pou de jours après la promotion de Commendon au r/ardinalat.

Le Pape Jules 111 faisait bâtir , hors de la porte Flaminienne, une belle maison de plaisance. Il y avait fait conduire par de longs canaux les eaux d'une source trèspure. Une nymphe de marbre, d'un ouvrage antique, et penchée sur une urne, les recueillait et les distribuait dans les jardins. Jules voulut qu'on fît diverses petites poésies à l'honneur de cette statue , pour être gravées selon la disposition et les espaces des marbres. Tous les beaux esprits , nonseulement de Rome, mais encore de toute ritalie, s'exercèrent sur ce suiet. Commendon avait eu , dès l'enfance, le goût de la poésie. Se sentant animé par le désir de plaire à son mattre , et par celte émulation qui excitait tous les savants de l'Italie, il composa quelques épigrammes qui convenaient au sujet. Le Pape, excellent juge , les ayant lues , ne se contenta pas de les approuver; il commanda qu'on les fît graver, et les préféra à toutes les autres. II Gl appeler Commendon, et, après avoir reconnu l'esprit et la sagesse de ce jeune homme par diverses questions qu*il lui adressa, il le congédia ; et, se tournant vers ceux qui étaient présents : « Ce jeune homme, • leur dit-il, « a trop de mérite pour demeurer plus longtemps inutile, et je remarque en lui de trop grandes qualités pour ne l'employer qu'à faire des vers. »

Depuis ce temps Commendon renonça entièrement è la poésie : et , soit qu'il fût satisfait de la gloire quMI s'était acquise, et gu*il crût qu'il y t dea études propres à la

jeunesse, qui ne conviennent pas h un âge plus avancé; soit qu'il voulût se donnor des occupations plus sérieuses, et s'appliquer tout entier h l'étudo de la théologie, il no fit plus de vers, et se contenta de liro avec plaisir ceux des autres et d'en juger avec esprit. Il eut même tant de honte de ceux qu'il avait autrefois composés, qu*il en retira des mains de ses amis de quoi faire plusieurs volumes, qu'il jeta au feu avec quelques tragédies et des comédies, les brûlant avec plus de plaisir ou'il n'en avait eu autrefois à les écrire.

Lorsque le Pape l'interrogea sur ses études, il apprit qu'il avait employé trois ans è l'étude du droit civil. Jules III le loua fort de s'être attaché h cette science ; mais il le blâma d'avoir négligé de prendre des licences et de se mettre au rang des jurisconsultes. Commendon obtint congé de Sa Sainteté pour un mois, s'en alla promptement h Padoue et se présenta, pour rendra compte de ses études, au lieu môme où il avait étudié. On le loua publiquement, et , ayant été reçu , avec approbation de toute I université, au nombre des jurisconsultes, il partit pour Rome, où il arriva le jour même qu'il avait promis de s'y rendre.

Le Pape lui sut bon gré de sa diligence et de son exactitude ; et, croyant qu'il pouvait lui confier toute sorte d'emplois, il l'envoya è Urbin pour une négociation importante.

Pendant les guerres de l'empereur et des rois de France en Italie , la ville de Sienne, une des |)rincipales de l'Elrurie, ne pouvant plus soutTrir Tor^ueil ni la dureté de Diego de Mendoza, qui en était gouverneur pour Tempereur, avait chassé les Espagnols , et reçu garnison française. Il se faisait do grands préparatifs de guerre de part et d'autre. Les uns faisaient tous leurs efforts pour la reprendre; hs autres étaient résolus de la conserver. Guidubald, duc d'Urbin, è cause du voisinage de ses terres, pouvait être d'un grand secours h l'un ou è l'autre parti. Aussi chacun tâcha de l'engager dans ses intérêts et lui Qt des propositions avantageuses. Comme on savait que le Pape avait beaucoup de pouvoir sur son esprit, on le sollicita vivement h se déclarer. Mais Sa Sainteté, craignant que le prince ne se laissât séduire par les avantages qu'on lui proposait, et qu'on ne lui imputât la résolution qu'il aurait prisa , voulut le détourner de tous les engagements qu'il pouvait S rendre et rattacher aux seuls intérêts du aint-Siége. Dans ce dessein, elle lui envoya Commendon, avec ordre de faire diligence pour arriver avant un agent que les ambassadeurs de l'empereur avaient dépêché, avec pouvoir de traiter avec le duc.

Commendon se rendit donc en toute hâte à Urbin. I^ trouva le duc disposé à accepter les olTres de l'empereur et è conclure avec lui son traité. Il lui eiposa les intentions de Sa Sainteté ; il lui flt si bien comprendre

au'il devait se ménager entre ces deuxgra**es puissances, et qu'il n'y avait aucune sûreté pour lui à se mêler dans leurs diflfé*

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