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IU DISCOURS

de* conciles d’évêques dans diverses provinces , tout l'ordre et toute la beauté que les persécutions lui avoient fait perdre. Ecclesice Dei prcecipue curam gerctis , cum per diversas provincias quidam inter se dissentirent , ipse velut communis omnium episcopus à Deo constituas, ministrorum Dei concilia congregavit1.

On peut juger par les soins contraires de ces deux empereurs à défendre ou à procurer les conciles provinciaux , de quelle importance ils éloient pour la discipline de l’Eglise.

Turibius, évêque d’Astorga en Espagne, s'étant plaint à saint Léon dans une lettre qui est parmi celles de ce grand pape, que les conciles provinciaux avoient cessé de se tenir, et que ce desordre avoit été la cause de la corruption, non-seulement de la morale, mais encore de la doctrine et de la foi. Saint Léon écrivit à ctl évêque d'opposer à ces maux le remède des conciles, et ce saint pape nous apprend le jugement qu’il faisoit de ceux qui se tenoicui chaque année dans les provinces1. Ad Synodum quisquis f rat ru n. fuerit aoocatus , occurrat in quâ maxime constituendùm esse noocrir, quod ad disciplinam poterit ecclesiasticam pertinere : meliùs enim culpa vitabitur, si inter sacerdotes Domini collalio fréquenter habeatur. Le même pape écrivant aux évêques de Sicile, learparle en ces termes 3 : Romain fraterno concilia sociandi indissimulanter occurrant, quoniam adjuvante gratiâ Dei , faciliiis poterit provideri, ut in ecclesiis Christi nulla scandala, nulli nascantur errores.... Canonumque décréta apud omnes Domini sacerdotes inoiolata permaneant. Ce qui doit nous faire comprendre que la tenue des conciles étoit regardée comme l'appui de la discipline de l'Eglise.

Les Pères du concile de Calcédoine* témoignèrent bien qu'ils etoient dans les mêmes sentiments , lorsque, pour rétablir l'usage des conciles provinciaux dans les lieux où ils commençoient à s'interrompre, ils firent ce canon : Pervenil ad aures nostras qu'od in provinciis statuta episcoporum concilia minime celebrentur, et ex hoc plurima negligantur ecclesiasticarum causarum quae eorrectione indigeant. Decrevit itaque sancta Synodus, secundiim canones Patrum, bis in anno episcopos in idipsum in unâquàque. provinciâ coneenire quo metropolitanus antistes probaverit , et corrigere singula si quae fortassis emerserint.

A l’égard des affaires dont on traitoit dans les conciles provinciaux , on voit que de toute antiquité ils oui jugé des matières de la foi , et condamné les hérésies. Par le cinquième canon de Nicée,

,* Emeb. de vit. Const. lib. L. c. 44* — 1 Ep. *5. p. a3i. — 3 Ep. 4* *• 5.» P* aia, — * C. Cale. c. 19. Cône. Tom. 4- p. 777.

PRELIMINAIRE. ix

les Pères veulent que le concile provincial juge des raisons et de la justice des sentences des évêques et de toutes les autres affaires dépareillé nature*. Ut comn/uniltr omnibus simul episcopis provinchz congrcgatis discutiantur hujusmodi queestiones. «t «unrrai çYirnjuiTa

Le vingtième canon du concile d’Antioche, en ordonnant que les conciles provinciaux s’assemblent deux fois l’année, en marque les divers sujets : Proptcr ulilitates ecclesiasticas et absolutiones earum rerum quae dubitationem conlroversiamque rccipiunt , €yitov(u*uv dialuaeis. Ce qui comprend toutes les choses qui peuvent être examinées et qui le méritent.

Le dix-neuvième canon du concile de Calcédoine a une étendue aussi universelle* : Corrigere singula si qutz fortassis emerserint.

L'empereur Justinien , dans la cent trente-septième de ses nouvelles constitutions, est entré dans un détail plus particulier des affaires qui se traitoient dans ces sortes de conciles : Quo in loco, dit-il , moins lites et intcrpellationes , vel pro fide, vel canonicis quœstionibus , vel administrations rerum ecclesiasticarum , vel de episcopis et prœsbylcris , vel diaconis aut aliis clericis , vel de abbatibus , vel monachis , vel de accuratâ vitâ, vel de aliarum rerum corrections movere quidem et agitari et coneenienler examinari, et eorum correciionem stcundùm sacros canones procedtre et secundàm noslras leges.

On recevoit dans les conciles provinciaux les plaintes de tout le monde , et même contre les évêques 3 : on les y jugeoit : on les y ordonnoit. Les Pères du concile d’Antioche, en 34i, ordonnèrent que les prêtres et les diacres assisteroient à ces conciles , et ils permirent à tous ceux qui avoient à faire des plaintes des évêques , de venir au concile, et ils voulurent que les évêques amenassent avec eux quelques prêtresse! quelques diacres qui eussent de la capacité. In ipsis autem conciliis adsint preesbyteri et diaconi et omîtes qui se lœsos existimant , et synodi experientur examen *.

Au-dessus de ces conciles , il n’y avoit point de tribunal , du moins ordinaire. On en tenoit aussi pour la dédicace des églises qui firent fréquentes sons l’empereur Constantin pour reparer les ruines de la persécution. La forme de tenir ces conciles est détaillée dans le quatrième dè Tolède.

Lorsque les conciles provinciaux avoient condamné quelque hérésie , les évêques , qui v avoient assisté , en avertissoient leurs

« C. Nic*n. can. 5. C. T. II. p. '4o. — 1 C. Calch. c. 19. Tom. IV. p. 777. — 3 Fleuri, moeurs dei chrét. — S C. Aol. eau. a o. C. T. II. p. S79.

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confrère'» par dé» lettre» circulaires, qui donnoient quelquefois occasion à de nouveaux conciles dans les provinces éloignées , ou que les évêques se contentoienl de souscrire. Eusèbe 1 marque que les montanistes furent condamnés dans plusieurs provinces d'Asie. L'affaire de la Pâque, sous le pape Victor, fut jugée dans plusieurs conciles provinciaux , à Rome, dans les Gaules , dans la Palestine, dans le Pont, dans l’Orshoëne. Les novatiens furent condamnés en divers conciles de Rome, d’Afrique et de presque toutes les provinces de l’empire *.

A l’égard du temps auquel les conciles provinciaux dévoient se tenir, on voit par les canons que ce devoit être deux fois l'an. Le trentième canon apostolique contient cette disposition : Bis in anno fiat episcoporum synodus et queestionem inter se habeant de dogmatibus pietatis , atque incidentes ecclesiasiicas controoe.rsias dissol— oant. Le cinquième canon de Nicée, dont l’autorité est encore plus grande, renouvela cet ancien usage, ou plutôt il le rendit plue régulier et plus constant.... Placuit ut per singulas quasque provin— cias bis in anno episcoporum concilia celebrentur. Le vingtième d’Antioche et le dix-neuvième de Calcédoine, que nous avons rapportés plus haut , contiennent la même disposition. Le concile de Nicée fixe le premier avant le carême, et le second en automne. Le concile d'Antioche marque le premier à la quatrième semaine après Pâques, et le second au iS octobre.

On ne doit pas dissimuler qu’il y avoit des peines pour ceux qui a’abstenoient de se rendre au concile sans raison légitime. Le concile de Laodicée 3 déclare que si un évêque refuse de venir au concile de la province, on prendra son absence comme une preuve convaincante de sa mauvaise conduite, et comme l’effet d’une juste crainte d’être découvert : Se ipsum qui contempserit , accusabit. Et ce concile n’a égard qu’à la maladie. Nisi forte per oegritudinem ire non possit.

Le cinquième concile de Carthage*, dans le dixième canon , ne reçoit point d'autres excuses que celles de la maladie ou d'une grande vieillesse, ou d'une nécessité indispensable : Episcopi, qui neque cetate , neque aliquâ gravi ori nccessiiate impediuntur, compe tenter occurrant ; et il veut que ceux, qui ne pourront pas se trouver ap, concile écrivent leur excuse au bas de la lettre de convocation.

Les Pères du concile de Calcédoine 5 veulent que les évêoues ,

* Euj. 1. ni. e. 16. — J, Ibid,, 1. 5, c. a?, 1. 6, c, 43; — r,3 CJ, I^ÿd- e»n. 4°. C. T. I. p>g. »5i3. — * G- Quih- 5. c*». io. X. Il, pag. 1317, — 3 C. Cale,, c. 19.

PRÉLIMINAIRE. xi

qui ne se trouveront pas au concile reçoivent une espèce de correction fraternelle de la part de leurs confrères : Si in suâ incoluriitate consistant , omnique inexcusabili et necessariâ occupations probanlur liberi , fraterno corripiantur ajfcctu. Les évêques de France prescrivirent aussi celte même correction, et ils y ajoutèrent la peine prescrite par le concile d’Afrique qui veut que l’évêque, qui se dispense d’aller au concile, avertisse le primat, sous peine d’un certain genre d’excommunication : Ecclesiix sua communione debere esse contenlos. Car le concile d'Arles *, parlant d’un évêque qui quitte le concile avant la clôture, dit ces paroles : Alienatum se à t iat rum communione cognoscat , nec eum recipi liceat , nisi in sequenti synodo fuerit absolutus. Tel étoit l’esprit des anciens conciles. Aussi les conciles provinciaux ne furent <amais plus fréquents que dans les six premiers siècles.

Dans la suite, on se contenta d'assembler le concile provincial une fois l’année. Les raisons de la nécessité, de la résidence, de la pauvreté, forcèrent les évêques d’Espagne à se contenter d’un seul chaque année. Saint Grégoire le Grand3 reconnoît qu’il peut y avoir des raisons légitimes de réduire le nombre des conciles provinciaux, mais il soutient, qu’étant aussi nécessaires qu’ils le sont à la discipline, il ne peut y en avoir de justes de les interrompre : Nejort'e aliquâ impleri hoc nécessitas non permiltal, semel tamen sine excusatione aliquâ decernimus congregari , ut expectatione concilii, nihil praoum, nihil prasumatur illicitum.

Il paroît que les Grecs consentirent les premiers à la réduction des conciles provinciaux : car l’empereur Justinien , dans ses nouvelles constitutions i*3 et i3 7, le concile in Trullo, dans le huitième canon , et le deuxième concile de Nicée , dans le sixième, se contentèrent d'un seul concile chaque année. Bien plus, le même empereur, dans sa nouvelle i3y, se plaint qu’ils avoient été interrompus.

Les conciles devinrent encore plus rares en Occident où la constitution de l’état temporel n’y étoit pas favorable, à cause des incursions des Barbares et des guerres entre les seigneurs. Mais on se souvenoit toujours qu’on devoit les tenir, et on rappeloit souvent l’ordonnance du concile de Nicée*. Les papes en montroient l'exemple : ils tenoient ordinairement un concile en carême, et un autre au mois de novembre, comme on voit sous Léon IX,

• C. Carth. ut sup. — 'C. Arelat. a. c. 19. C. t. 4* P“g- 'Oi3. — 3 S. Gieg. Magn. lib. 9. Epiât. 106. Tcim. II. pag. 1010. — * H. 3. Discours sur l'ilist. Eed.

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