XX V DISCOURS
conciles et leurs décrets n’empêche pas de distinguer ce qui est essentiel de ce qui n'est qu'accessoire, et ce qui est du fond des mœurs d’avec ce qui n’est que de discipline ou de pure bienséance.
On peut tirer un secours infini de la connoissance des conciles pour établir ou pour affermir les fondements de notre foi , et pour ne point s’écarter des règles immuables de la tradition Car i.° tous les articles de foi sont expliqués par les conciles généraux, a.* On trouve la doctrine des mystères de la Trinité et de l’Incarnation exactement exposée dans le II* concile de Tolède ; celle de l’Eglise et de ses propriétés dans celui de Sens ; celle de la grâce dans celui d'Orange; celle de l'état des hommes sauvés ou réprouvés dans le IV * concile de Tolède , dans celui de Florence , outre les conciles généraux de Constantinople premier, et de Trente.
A l’égard des vérités de la foi contenues dans l’Ecriture sainte et reçues dans l’Eglise par la décision des apôtres , la décision d’un concile général doit fixer la créance des fidèles. Ainsi les définitions contenues dans les symboles ou dans leurs expositions , sont de foi quant à la chose définie, mais non pas toujours quant aux raisons de la définition parmi lesquelles il peut y en avoir qui ne sont pas de foi. Il en est de même des questions incidentes sur lesquelles on n’a point délibéré dans le concile.
Au reste , quoique les lois des conciles particuliers soient d'uns autorité inférieure aux lois faites par les conciles généraux, néanmoins s’il arrive 1 qu’elles leur soient contraires , il ne faut pas toujours préférer les lois des conciles généraux à celles des particuliers dans les matières de discipline : car s’il s’agit des églises représentées par les conciles particuliers , et que les besoins qui ont obligé de déroger aux lois des généraux, en faveur de ces conciles subsistent encore, il est hors de doute qu’il faut préférer, en cette rencontre , les lois des particuliers à celles des généraux , au lieu que si ces besoins ont cessé, les lois des conciles particuliers ne doivent point être préférées à celles des généraux, parce que ceux-ci sont d’une plus grande autorité.
On ne doit pas s'attacher uniquement aux conciles des derniers temps, dans la pensée qu’ils renferment tout ce qui est contenu dans les anciens , et qu’on y trouve ce qui est de pratique à présent. Ceux des premiers siècles de l’Eglise ne sont pas moins dignes de notre attention et de notre respect : ils portent avec eux des caractères de majesté , de grandeur et d'onction , dignes de l’Esprit saint qui y assisloit. N’oublions pas que le concile de Trente, le dernier
1 Traité de l'étude du concile*,
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des conciles généraux, renferme d'excellents morceaux de l'ancienne discipline ecclésiastique, et des décrets de doctrine dignes des plus beaux jours de l’Eglise.
§ iv.
Sur les canons.
Les canons , considérés en eux-mêmes , ne sont autre chose que les lois de l’Eglise qui a Jésus-Christ pour chef et pour son époux. Considérés, par rapport à leur matière et à leur but, ou ils décident quelque controverse touchant la foi, ou ils ont voulu résoudre des difficultés sur la morale, et apprendre par cette résolution comment il faut régler sa conduite. Dans ces deux différents points de vue, on sent quel est le prix des saints canons. Ceux qui appartiennent à la foi , et ceux qui renferment les premiers principes de la morale, subsistent et subsisteront toujours : ce qu’ils contiennent étant invariable. A l’égard des canons de pure discipline, quoiqu’ils soient sujets au changement , il y en a encore beaucoup qui sont en usage, ou en tout, ou en partie; et d'ailleurs il n’y en a point qui n’ait quelque liaison avec la foi et avec la morale. On voit par le concile de Carthage de l’an 4>9i que c'étoit une pratique de recueillir les canons des conciles particuliers et de s’en former une règle de conduite. On doit aussi beaucoup respecter ceux qui ont été faits pour contraindre, par les peines spirituelles, à régler la foi et les mœurs sur ia parole de Dieu et les décisions de l'Eglise.
C’est dans les saints canons que les ecclésiastiques s’instruisent de leurs obligations , et qu'ils apprennent comment ils doivent administrer les choses saintes et travailler utilement à la sanctification des peuples.
La connoissance des canons est recommandée dans plusieurs conciles, et entr'autres dans le IVe de Tolède, le I" de Mâcon, dans ceux de Constance et de Bâle , dans le IVe de Milan sous saint Charles, qui dit que par la connoissance des canons il faut entendre celle des anciens conciles, des écrits des saints Pères, et celle de l’Histoire ecclésiastique. C’est en les étudiant, que l’on acquiert cette science que le Sage appelle ia science des Saints, puisque c’est le Saint-Esprit qui les a inspirés; que ce sont les conciles , ou les saints papes , qui les ont publiés. C’est dans les canons que l’on trouve les véritables et solides principes de la théologie
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morale ; c’est en se conformant à leur esprit, que l'on évite de tomber dans le relâchement, et de suivre des opinions contraires à la simplicité de l’Evangile et à la doctrine des Pères.
Lorsque les canons ont été renouvelés en différents conciles , on doit ordinairement les regarder comme plus importants : on doit encore avoir beaucoup d’égard aux canons insérés dans les code» ou collections des églises ; ils méritent une considération particulière : la durée du temps pendant lequel on les a reconnus et observés fait juger de leur utilité.
Nos rois sont les protecteurs des canons, et ils ont droit de le» faire exécuter. En France nous faisons profession de garder les canons , même ceux de discipline, qui ont été dressés dans les quatre premiers conciles qui sont universellement reçus , de même que ceux des anciens conciles de France.
La quantité des canons est immense : on peut s’en convaincre parles collections qui en ont été faites, soit celle de Denis-le-Petit, •oit celle de Gratien et des autres. Ce seroit la matière d’une étude fort longue si on vouloit les savoir tous. Le recueil que nous en donuons dans cet ouvrage tient un milieu entre trop de brièveté et trop d’abondance. Nous avons cru devoir faire un choix des plus remarquables , et particulièrement des canons des plus célèbre» conciles. On s’est donc attaché à ceux qui ont pour objet les matières les plus importantes de la morale et de la discipline ; à ceux qui peuvent faire connoître en quelque manière cet esprit primitif de l’Eglise; cette substance; pour ainsi dire, de la religion, que les Pères des anciens conciles avoient reçue de plus près et avec plus d’abondance, comme ayant puisé à la source même.
Collections des plus célébrés des conciles ou des canons.
Ancien code de l'Eglise Orientale. C'est la collection des canons la plus ancienne : elle commençoit par les dix-neuf canons du concile de Nicée, ensuite étoient les yingt-cinq canons de celui d’Ancyre, métropole de la Galalie, les quatorze de Néocésarée, métropole du Pont, les vingt de Gangres , les vingt-cinq d’Antioche , les soixante célèbres de celui de Laodicéc dans la Phrygie, pacatienne, tenu vers l’an 365, et les trois de Constantinople.
Ce fut, quelque temps après le concile de Constantinople, as-
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semblé en 38 1 par Théodose, que tous ces canons furent réunis en un seul corps par les soins de quelque savant dont la mémoire n’est pas venue jusqu’à nous. Il y a des gens qui croient qu'Etienne d’Ephèse en fut l'auteur. Dans cette collection , les vingt-cinq canons du concile d’Ancyre y sont placés après ceux de Nicée, avec cette observation dans le titre : Qui quidem priorcs sunl Nicixnis , sed ide 'o postpositi sunt propter aucloritaiem symdi acumenicœ. En effet le concile d’Ancyre est plus ancien de onze ans que celui de Nicée, celui-ci étant de l’année 3a5 et celui-là de I’année3i4, immédiatement après la fin des persécutions. C’est de Denis-Ie-Petit1 que nous apprenons tous ces faits qu’il a lui-même développés dans sa préface.
Celte collection , qui étoit déjà en usage avant le concile général de Calcédoine1, fut entièrement rendue authentique et comme canonisée par ce concile : car le premier canon en parle en ces termes : Canones qui à sanctis patribus in unâquûque synoiio hiicusque constituti sunt , obserçari aquum censuimus. Elle fut d’abord traduite en latin par un auteur dont on ignore le nom ; mais comme celte version latine étoit dans un grand désordre, Denis-le-Petit en entreprit une nouvelle traduction et s'attacha fidèlement à l'ordre des conciles et aux nombres qui distinguoient les canons. Avant ceux de Nicée, il ajouta les canons apostoliques jusqu'au cinquantième, au lieu des quatre-vingt-cinq, n’en ayant peut-être pas davantage. Après les canons du concile de Constantinople, il ajouta vingt-sept canons du concile de Calcédoine ; mais ce fut indépendamment de la suite, dans laquelle il avoit rapporté les autres. Enfin il ajouta les vingt-un canons du concile de Sardique, et tout le code de l’église d’Afrique, contenant plus de cent trente-huit canons , sous le nom de concile de Carthage, et divisé en cent quatre-vingt- huit chapitres. C’est ce code que les Pères ont regardé comme un trésor de la discipline ecclésiastique. C'est en effet un illustre monument de l’antiquité.
Le succès de la version qu’avoit faite Denis-le-Petit de cette collection , fut si grand , que peu de temps après l'Eglise romaine l’adopta et en embrassa l’ordre. En effet le pape Vigile 3 ayant déposé Rustique et Sébastien , tous deux diacres de l’Eglise romaine, et leur ayant fait savoir leur déposition et les raisons de cette punition , dans sa quatorzième lettre, qui fut lue dans la septième conférence du Ve concile général, il cite les canons grecs
• Denis-le-Pe». Præf. in Cod. Can. Graec » C. Calch. t. C Tora. 4- P- "56.
— 1 Vig. Ep. i4-