VIL
Exposition (le cet ouvrage, et conclusion de ce discours.
Il convient maintenant de rendre compte des raisons qui ont déterminé à enlrepr«»ndre cet ouvra^^e. 1." On a fait réflexion que toutes les sommes des conciles, ou du moins les livres qui en portoient le nom, sont écrits en latin : on n'entrera point ici dans la discussion des causes qui ont rendu ces sommes peu utiles et de peu d'usage. On ne met point non plus au rang des sonunes des conciles , de simples tables que l'on trouve quelquefois à la fin des volumes des auteurs ecclésiastiques , ou de simples listes qui n'apprennent que le nom du concile et l'année de sa tenue. On s'est donc proposé de remplir, dans toute son étendue, l'idée que tout le monde lettré se forme par le mot de somme, qiii , au fend, ré-
PRÉLIMINAIRE. jltlui
pond à celle que nous avons d'un abrégé , et d'exécuter l'ouvrage en français.
On convient que, pour acquérir une connoissance un peu profonde des conciles , il faut les étudier dans leurs sources : c'est là qu'on voit leurs actes, dccrels , lettres, formules, etc. Mais si on fait un moment réflexion que les plus anciens et les plus célèbres conciles , tant les généraux que les particuliers , sont en grec ; qu'à se contenter ni(?me de les étudier dans une seule collection complète, comme celle des conciles du Père Labbe, il faut avoir le temps et le courage de lire avec application dix-sept volumes infolio ; que, passé un certain âge, les études profondes ne trouvent guère de place dans la vie des hommes , du moins du très-grand nombre, parce qu'ils sont entraînés par les fonctions et les occupations de leur état, on se convaincra qu'un pareil abrégé, s'il est Lien fait , est d'une grande commodité pour avoir une connoissance suffisante des conciles, et en savoir ce qu'il n'est pas permis d'ignorer.
Nous nous sommes donc attachés à faire un exposé succint de tous les conciles certains et connus , depuis le premier concile tenu à Jérusalem jusqu'à ceux qui sont le plus près de nos jours. Pour éviter toute erreur dans le choix, nous avons pris pour guide un savant bénédictin, qui avoit étudié celte matière, et qui y est assez versé pour distinguer un acte sincère, d'un apocryphe, et nous nous sommes conformés, pour le nombre âes conciles, à la liste qu'il en a donnée dans son grand ouvrage , qui a pour titre l'arl lie vérifier les faits. A l'égard de tout ce qui fait la matière de l'abrégé que nous donnons de chaque concile un peu important, nous avons suivi exactement les historiens de l'Eglise les plus estimés, de l'aveu de tous les connoisseurs. On a suivi la même route pour la collection des canons , qui sont la partie la plus utile des conciles. Il a résulté de ce travail un abrégé qui renferme la substance de la science des conciles , et qui peut servir de degrés à ceux qui en auront l'attrait pour passer à une étude plus sérieuse : mais il ne sera pas moins utile aux ecclésiastiques qui , n'ayant pas tout le loisir nécessaire, sont néanmoins bien aises d'avoir une connoissance raisonnable des conciles, et telle qu'il convient à leur état.
On pourroil objecter que tout ce que nous rapportons en abrégé des conciles , étant raconté plus au long dans les historiens ecclé- .siastiques , il semble inutile de donner un ouvrage qui ne fait que répéter en substance d»s choses que l'on a (îaus ses livres ; mais les
XYAV DISCOURS
pcnuiunes qui fcrolent cette objection (loivenl réfléchir que leur critique retombe pareillement sur tous les abrégés d'histoire, quels qu'ils soient, et quelqu'uliles qu'ils aient paru au public, il v a même une grande difTcrcnce entre ces sortes d'al)régés et le présent ouvrage : car ce n'est point ici l'abrégé d'une bisloire que tout le inonde a chez soi en grand, tn effet les conciles ne font qu'une partie de l'histoire ecclésiastique : partie, à la vérité, la plus utile aux personnes consacrées à l'église, mais répandue c;à et là dans un nombre très-considérable de volumes, et noyée pour ainsi dire parmi une infinité de faits : de manière qu'à vouloir se faire un plan des conciles et les placer en ordre dans son esprit , il y a de quoi donner de l'exercice à la mémoire la plus heureuse. Or, pour s'épargner cette peine, ceux qui Aculent étudier sérieusement certaines parties de l'histoire, (ju'ils préfèrent à d'autres, et y être, comme on dit, rompus, n'ont garde de se contenter de lire : ils prennent la plume, ils démembrent le corps de leur histoire : ils en détachent ce qui fait l'objet de leurs rcclierches , et ils en forment un tout pour s'en servir au besoin : c'est le moyen de mettre à profit les lectures sérieuses • et c'est à peu près ce que nous avons exécuté dans cet abrégé. Considéré dans ce point de vue, il ne pourra qu'être utile à toutes les personnes qui ont négligé de prendre cette peine dont nous venons de parler, qui sont bien aises de reprendre leurs idées sur les conciles , d'avoir un répertoire sous la main, propre à leur Indiquer d'un coup d'œll le temps d'un concile, la matière qui y a été traitée, les points de fui qui y ont clé discutés, et les hérésies qu'il a condasnnées.
Quand cet ouvrage ne seroit utile qu'à ces sortes de personnes, qui sont ordinairement le plus grand nombre , nous ne regarderions point notre travail conmie inutile, quelqu'iniparfait qu'il [)ût être.
On trouvera peut-être mauvais qu'au lieu de réduire cet abrégé dans la forme d'un dictionnaire, ou ne l'ait pas mis dans l'oidre naturel, qui étoll de rapporter les conciles selon l'ordre des temps ; mais nous avons été obligés de céder en cela au goût du public, à qui cette forme plaît davantage; et d'ailleurs on doit convenir qu'elle est d'une grande commodité quand on veut trouver sur-lechamp un point d'histoire que l'on avolt oublié, ou sur lequel on hésite, ou dont on conteste avec quelqu'un.
Il semblera peut-être à (juclques personnes qu'un ouvrage de cette nature auroit été bien mieux s'il eût été exécuté en in-^." C'est de quoi nous ne pouvons di.sconvenir, mais c'est encore le
PRELIMINAIRE. xxv
goûl public , si bien connu des libraires , qu'il l'a emporté. Il en a résulté un inconvénient qui nous a fait quelque peine et que nous n'avons pu parer ; c'est qu'en exécutant cet ouvrage dans un format tel que celui-ci , on a été obligé de rassembler toutes les citations à la fin de cbaque concile, tandis qu'elles auroient dû régner en marge, et répondre aux endroits pour lesquels elles cloient mises et dont elles justifioient la vérité , comme la copie le portoit ; ce qui ne seroit pas arrivé s'il eût été exécuté in-^." Mais nous espérons que ce défaut ne nuira pas à l'ouvrage en lui-même ; sur tout si les personnes équitables daignent faire attention qu'on a sacrifié une chose qui est, à la vérilé, du devoir d'un auteur, à la satisfaction d'un ouvrage de cette étendue, dans un format qui fût portatif. Il ne me reste, en finissant cet Avant-Propos, que de prier Dieu de vouloir bénir mes intentions et de rendre cet ouvrage utile à ceux qui sont consacrés à son service, comme aussi de me pardonner les fautes que j'aurois pu faire en parla)it des matières de la religion , qui demandoient sans doute plus d'exactitude que je n'en ai apportée, et en y mêlant des expressions et des choses qui ne viennent que de mes propres ténèbres. Qiuzcumquœ dixi de tuo., agnoscant et iui : si quœ de meo , tu ignoscc et lui '.
' S. Au". 1. i5. de Trin. c. ull.
-<VvlA'V%«A '\,^A.v\Vw'^i^A'^^lVvxv^A^vv^ vvA-^.>A/vv\^A\v^/^x'vv^,v^■*/vvv^y^^AAvvvvvvvv^Av^A,■\A.^ '
Afrique (Concile d' ) Àfrkanum,
l an 200 ou environ. 11 fut assemblé par Afirippin, cvêque de Carthage :
tous les cvCques d'Afrique et de Nuniidie s'y trouvèrent. On y décida qu'il ne falloit plus recevoir sans baptt^me ceux qui l'avoient reçu liorsde l'Eglise, contre ce qui s'étoit pratiqué jusque-là en Afrique. Till.
AFRIQUE (Conc. d') l'an 25i sur les tombes dans la persécution , à l'occasion du schisniedeFeiicissime, de ÎSovat et de Novatien. Les seules lumières que nous ayons de ce concile, nous viennent des lettres de saintCyprien. Felicissimeetoit prêtre de Carthage ; il avoit été convaincu de plusieurs crimes, et, craignant d'être puni par saint Cyprien qui etoit alors dans sa retraite à cause de la persécvition , il commença le schisme dans celte église. 11 s'opposa à la commisison, remplie de charité, que saint Cyprien avoit donnée à deux évêques et à deux prêtres dedistribuer, de sa part, de i argent aux chrétiens qui etoient pauvres, et d'assisterceux qui pouvoient faire quelque métier : il déclara qu'il ne communiqueroit point avec ceux qui voudrolent obéir à saint Cyprien , et demeurer dans sa communion, et il s'efforça de séparer une partie du troupeau d'avec son pasteur. Quelque temps après , ISovat et cinq prêtres de Carthage se joignirent à Félirissime, dont ils avaient fomenlé le schisme , et .■i!)andonnèrent la communion de
saintCyprien : mais comme No\at craignit d'être déposé du sacerdoce, à cause de ses crimes , qui ne le meritoient que trop , pour prévenir sa sentence , il résolut d'aller à Rome.
Voulant brouiller toutes choses , il s'eiïorça d'attirer dans son parti les tombés, en leur promettant la paix :
et avant de partir, il établit diacre Felicissime sans la permission de saint Cyprien. Ainsi Novat forma d'abord en Afrique le schisme de Felicissime.Celui-ci faisoitprofession de recevoir Icstombés, en les exemptant des rigueurs de la pénitence. Saint Cyprien compare ISovat a une nuée, qui portoit partout la foudre et la tempête. Vers le même temps, Nova lien avoit excité un pareil schisme a Rome. Son ambition en fut l'origine; il avoit conçu le désir, opposé à l'esprit de l'Eglise, d'être eleve au pontificat. Riais , malgré ses brigues, saint Corneille ayant été eUi , le dépit porta Novatien dans le schisme qu'il commença par son ordination illégitime ; il y joignit bientôt l'hérésie.
Pour couvrir son ambition d'un prétexte plausible , il accusa saint Corneille de violer la discipline de l'Eglise par un excès d'indulgence pour ceux qui avoient abandonné la foi durant la persécution deDèce : il lesexcluoit pour jamais de la reconciliation , voulant seulement qu'on les exhortât à la pénitence ; il osa soutenir que l'Eglise n'avoit pas le pou\oirder(>mellreles pèches mor-
2 AFIl
<els : Lit'iiJAl après il <]il qufi lis tombes n'avoionl pins à cspcrrrdc .saiut , qiH'lqiie pciiilciicn qu'ils fissent, quand inniie ils souflViroieni le luart) re : il ajouloit que l'on [larliripoit aux crimes de tous ceux avec (jiii 011 coninuiniqnoil ; (jue tonle r 5'Lj;lise eloil corrompue {)ar la communion qu'elle accordoit aux pc-cheurs : il écrivit à ioul<s les ci^lises pour trouver des partisans de son erreur : il envo3a aussi de. tous les cotes des Ici 1res pleines diinposturc clf'e calcuuiles ecriles au nom de quelques confe.'seurs de Kcjmc, qu il avoil attires à son parti.
Saint Corneille ne ■voulut pas pi-endre moins de peine pour la vérité, que ÎSovatien en prenoit
ftour l'heresie, et il écrivit à tous es évêques. Le fruit de ses lettres fut la tenue de divers conciles , et particulièrement de celui dont il est ici question. Ce fut donc à l'occasion de ces divers schismes, et pour les apniscr, que saint Cyprien, qui étoit sorti de sa retraite , convoqua les evéqucs d'A.frique : les prêtres et les diacres furciît admis dans ce concile. D'abord, afin d'ôtcr tout prétexte aux esjsrits (oibles, (jui avoientpu ajouierfoi aux calomnies que le parti de ÎNovaf icn répandoit contre saint Gcriicille , les Pères du concile résolurent qu'on dcnianderoit le tcmoiiiua^^e de leurs frères qui avoient assiste à sou ordination, ] et qu'on cnverrtïit des députes à Rome pour apprendre au wûi ce qui s'etoit passe; îiiais cela n'empêr.boit pas qn-j saint Cypricn ne reconnût l'élection d'j(!lori!eillepoiir îésitimc. Les députes de iSovalien, étant arri^ es h Caitlia^e ,■ demandèrent que les evcnues exaiiiinassent les accusations, contre le pape saint Corneille; niais les Pères du concile répondirent qu'ils ne souirriroient pr.s que la réputation de leur confrère Cornciilefi'.t attaquée, après qu'il avoit cte élu et ordonné par latît de sufira^es, et qu'un evêquc
,'i3<nni clé une fois établi parle ]Uç,ement d< s ev«l(iues, c'etoit un criuif d'en ordonner un autre pour le uiême sie!j;e. Kt 1« cwicile ea écrivit a saint Corneille une lettre sjnodale.
2." On examina la cause de Félicissime et des cin(] prêtres qui l'a- \oi(!nl suivi : on Ica condauina cl ou les o.con.'munia. 3." Comme les deux secles de Felicissime, de ÎNovat et de iNovatien iniinoient la pénitence par les deux excès contraires , puisque le premier l'abolissoit, en adiuettanl sans elle ceux qui eloient lombes dans le crime , et que le second la rejetoit absolument , on y discuta la question des tombes, et l'on statua que les libellatiques , qui avoient euibrasse la pénitence aussitôt après leur faute, seroient admis dès lors à la communion ; que ceux qui auroientsacriiie seroient trailés plus sévèrement , sans qu'on leur otàt néanmoins l'espérance du pardon, de peur que le desesjioir ne les rendît pires; qu On les liendroit loni;-lemps dans la pénitence, a(in qu'ils t/icbassent , par leurs larmes , d'oblenir la nn'sericorde de Dieu; qu'on cxamineroil les diverses circonstances, cauar, i ol uni aies, neiessi/aies, des fautes de chaque coupoLle, leurs inten.iions, leurs cnj;ai;ements, pour réi^ler sur cela la durée de leur péniteiice; que l'on traiteroit avec plus d'indidi;ci!cc ceux qui avoient résiste louic-temps à la violence des tourments, eton]ugea que trois ans de pénitence suffisoicnt pour les faire admettre à la conununion dans un an ou deux. On dressa plusieurs articles ou canons sur les divers cas qui se présentoient, et on en fit un écrit qu'on envoya à tous les evcqucs. Paronius croit que c'est ce qu nu a depuis appelé canons penitenliaux. Le concile , pour empê»
chrrqu'on n'accordât !a paix à ceux qui ne feroient pas luio véritable periitencc , fit cet arrêt non commc.snn sentiment particulier , mais comrae
AFR une chose d'une oblisatîon absolue :
ce qu'il temoij^na par les menaces et lesanathèmes qu'il y joignit: Concilio frcçiicnleraclo, non. consmsionc tanlum nosini, sedet comininalione decrtr/nius , de. A régartl (les évcques et des atitres ministres de l'Eglise , qui auroient sacrifié, ou qui auroient tcmoiç;ne par des billets qu'ils l'avoient fait , les Pères du concile ordonnèrent qu'on pourroit les admettre à la pénitence, mais qu'ils seroient absolument exclus du sacerdoce et des fonctions ecclésiastiques. Le concile ordonna qu'on accordcroit la communion de l'Eglise à ceux qui , depuis leur chute , n'ayant point cessé de faire pénitence , tomberoient en des maladies mortelles. Et si les conciles po.sterieurs ordonnèrent que l'on remettroitau nombre des pénitents, ceux qui auroient reçu la communion dans la maladie , il paroît , selon l'opinion des plus habiles , que ces conciles parlent des péciieurs qui ne demandoient la pétnîenee et la communion que dans la maladie même, et non de ceux qui etoieut tombes malades après avoir embrassé îa pénitence. ISovat et Fclicissime furent condamnés dans ce concile , qui dura fort long-temps. Crp.
Ep. 49- p- 99- Ep. 5i. p. 49- Ep.