‹ Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, ou, Traité complet de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 75 sur 117 · DESCRIPTION ET EAIPLOI THÉRAPEUTIQUE DES EAUX MINÉRALES NATURELLES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION ET EAIPLOI THÉRAPEUTIQUE DES EAUX MINÉRALES NATURELLES

§ I. Notions préliminaires. Le témoignage de tous les temps a consacré l'utilité des eaux minérales dans le traitement des maladies , et leur influence salutaire est surtout évidente contre un grand nombre d'affections chroniques ; mais elles ne sont assurément pas un médicament à tous les maux , et si les eaux minérales ont eu des instans de défaveur dans l'esprit de quelques praticiens , c'est que , prescrites sans discernement , leur emploi a pu dégénérer en abus.

On sait aujourd'hui que, loin'de constituer une panacée universelle, les différentes sources d'eaux minérales jouissent de propriétés spéciales, qui les rendent aptes à la guérison de telle maladie plutôt que de telle autre , et l'étude de leur action sur l'économie a été cultivée au point que Ton peut en diriger l'emploi de manière à éviter les inconveniens que celui-ci serait capable d'entraîner. C'est à Bourbonneles- Bains , à Bourbon -l'Archambault , à Balaruc <iue Ton va pour les paralysies ; au Mont-d'Or,à Bonnes et à Cauterets , pour les affections chroniques de la poitrine ; à Vichy pour les engorgemens du foie , des autres viscères abdominaux , et pour la dissolution des calculs ; à Saint- Nectaire et à Contrexeville , pour la gravelle ; à Saint -Sauveur , Néris , Ussat , Bains, Bagnéres de-Bigorre, pour les maladies nerveuses ; à Barèges , Bagnères-

Daas la première série se trouvent les | de-Luchou , Molitg , pour les affections

cutanées anciennes , et à Barèges , Bourbonne , Bains près d'Arles , Ax , pour les plaies d'armes à feu.

Les eaux minérales ne conviennent pas généralement dans les maladies aiguës, et surtout dans les phlegmasies un peu vives : c'est , nous le répétons , dans le traitement des affections chroniques que leurs bienfaits se font sentir , et cela d'autant mieux , que la médication est plus douce et plus graduée. Employées à leur source, elles constituent , sans contredit , de tous les secours de la médecine, le meilleur pour opérer cette médication. Alors, elles paraissent agir , tantôt en modifiant nos humeurs , comme les eaux de Yichy, tantôt en imprimant aux maladies chroniques un état légèrement aigu , qui réveille des organes engourdis , augmente les sécrétions et favorise des crises salutaires. Cette excitation, lorsqu'elle est lente et modérée , soulage , guérit des maladies opiniâtres ; mais trop forte , elle exaspère , ranime les inflammations latentes et hâte les progrès des dégénérescences organiques. C'est donc à maintenir cette excitation dans des limites convenables , à la graduer, à la doser, pour ainsi dire, suivant la nature , le degré de la lésion morbide , le tempérament du malade , que consiste le talent du médecin. Toutefois , les malades qui vont aux eaux doivent être avertis que leur maladie ne peut guérir le plus souvent qu'en passant de l'état chronique à l'état aigu , et que ce changement est signalé par une augmentation , un retour des douleurs ou des éruptions dont ils viennent chercher la guérison. 11 est fort important qu'ils soient instruits de cette action des eaux , afin qu'ils ne se laissent pas décourager, et qu'ils ne perdent pas le bénéfice d'une cure commencée en apparence sous de mauvais auspices.

« Les eaux minérales , dit M. Pâtissier, portent leur action sur deux vastes surfaces : 1« en hoisson, sur la membrane muqueuse gaslro intestinale et sur les ramifications nerveuses du grand sym[);ithique; 2" en bains, douches , étuv(;.s , sur tout l'appareil téguinentaire. Elles excitent ces deux membranes , rpii , a leur tour , réagissent sur les autres organes lies avec elles par d'élroiles sympuilues , aclivent

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leurs fonctions et modifient leur vitalité. Ainsi, quand les eaux sont prises en boissons , l'estomac en reçoit la première impression, à laquelle le tube intestinal participe : de là Taclivité qu'elles impriment à ces parties. Si l'impression est plus forte, le vomissement ou la diarrhée se déclare , quand celte impression ne réagit pas sur un autre organe ; mais si la peau ou les reins sont influencés secondairement, la transpiration s'établit, et les urines coulent avec abondance ; c'est ce qui fait dire que les eaux sont tantôt purgatives , tantôt sudorifiques , tantôt diurétiques.

.) Employées en bains, les eaux agissent de la même manière sur la peau que sur l'estomac : il est évident qu'il s'établit une légère phlogose sur l'organe cutané , dont les fonctions s'exercent avec une activité si remarquable , que la transpiration devient beaucoup plus abondante que dans l'état ordinaire. Considérées d'une manière générale , les eaux minérales raniment la circulation languissante , impriment une nouvelle direction à l'énergie vitale , rétablissent l'action perspiratoire de la peau, rappellent à leur type physiologique les sécrétions variées ou supprimées, provoquent des exanthèmes , des furoncles et des évacuations salutaires par les urines , les selles ou la transpiration : elles produisent dans l'économie une transmutation intime, un changement profond ; elles retrempent en quelque sorte le corps malade. )) [Manuel des eaux minérales naturelles ^ p. 22.)

Beaucoup de sujets épuisés par des maladies ont recouvré par un voyage aux eaux le ton , la mobilité , l'énergie qu'ils avaient perdus. C'est principalement dans ces états de langueur , d'épuisement , de douleurs lentes ou aiguës , qui eftleurent

tous les organes sans constituer une maladie distincte ; c'est dans ces cas morbides obscurs, fruits d'une civilisation raffinée et s'aggravant par les remèdes , quo les eaux miriérales sont avantageuses et provoquent dans l'organisme une réaction favorable. Il faut Tavouer cependant, dans ces cas l'action médicamenteuse des eaux e.st secondée puissamment i)ar le voyage , l'éloignement des lieux témoins des maux (ju'on a soufferts, l'abandon des afl'aires et de tout ce qui est capable de mettre en

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jeu une sensibilité trop active , Tespoir d'une guérison prochaine , un air pur, un régime sain , la régularité dans l'emploi méthodique du temps , des eaux , dans les heures des repas , du lever, du coucher , souvent même dans les plaisirs , les divertissemens , etc.

Tout en accordant refficacité des eaux minérales comme moyen hygiénique, quelques médecins nient leur action médicamenteuse , et allribuent les bons elFets qu'on en relire au concours des circonstances accessoires que nous venons de mentionner. Il est à peine nécessaire de faire ressortir tout ce qu'il y a d injuste dans cette manière de raisonner; et au point de vue de ces mêmes praticiens , il serait certainement difficile d'exi)liquer par le seul concours des circonstances accessoires , certaines guérisons , telles que celles de rhumatismes chroniques, de paralysie, d'engorgemens des viscères, d'exanthèmes cutanés , d'ankylo?es fausses , de plaies fisluieuses, suites de coups de feu, etG. D'ailleurs, pourquoi les principes médicamenteux (lue ces eaux contiennent resteraient-ils alors sans action , tandis que l'on en reconnaît même une à ces mêmes principes , lorsqu'on les prépare dans nos pharmacies ? L'expérience prouve encore que ces eaux sont loin d'être inertes , et que leur usage intempestif ou immodéré ne tarde pas à entraîner des accidens. Enfin , leur puissance médicamenteuse est mise hors de doute par les elfcts qu'en retirent les animaux mêmes qui sont soumis à leur emploi : chaque année il arrive à Cautereis, Bonnes , Ludion , des chevaux attaqués d'un commencement de pousse , qui après avoir bu pendant trois semaines ou un mois Teau sullurcuse, sont reconduits guéris toutes les fois (jue la maladie n'est pas le produit d'une lésion organirpie.

L'eflicacité des eaux minérales peut être modifiée parles influences atmosphériques. Tous les médecins-inspecteurs ont pu remarquer que la température de l'air a une grande influence sur le succès du traitement, et que l'action thérapeutique des eaux diminue par les temps froids et humides, tandis qu'elle s'accroît dans les temps chauds et secs. A l'approche des orages ,

que, les malades éprouvent un malaise insupportable, leurs douleurs augmenient ou se renouvellent, et les eaux , devenues alors elles-mêmes plus excitantes, doivent être interrompues et remplacées par des boissons rafraîchissantes et des bains d'eau commune.

Les effets consécutifs ou tardifs des eaux minérales ne sont pas moins dignes d'attention. «Si l'aclion salutaire, dit M. Pâtissier, du liquide minéral se fait ordinairement senlir lorsqu'on en fait usage , il arrive fréquemment qu'elle ne se manifeste (pie quebiue temps après; de pareils résultats se voient tous les ans. Il est esseniiel que les malades en soient avertis ; quelques-uns même se plaignent d'une exaspération de symptômes qui les désole et les porte à croire (jue les eaux leur sont nuisibles. Cette exacerbation, le plus souvent passagère , peut se prolonger jusqu'après le départ des malades , qui , rentrés dans leurs foyers , éprouvent un amendement d'autant plus marqué que la crise a été plus forte. On explique facilement cetelfet consécutif par l'excitation minérale, qui pénétrant tous les tissus retentit plus ou moins long-temps dans les organes souffrants. Celte excitation a besoin de se calmer pour que le bienfait des eaux se manifeste. Pour cela il est essentiel que les malades , en quittant les eaux , continuent pendant un mois ou deux le régime prescrit pendant qu'ils en faisaient usage , et qu'ils s'abstiennent de tout remède actif. Aussi pour savoir ce que peuvent les eaux, il vaut souvent mieux interroger les malades qui les ont prises que ceux qui les prennent. La connaissance des effets consécutifs des eaux est indispensable pour compléter les observations recueillies par les médecins-inspecteurs ; mais il est difficile de les obtenir, à cause de la négligence que mettent la plupart des malades à les communiquer. » {Ouv. cité, p. 23.)

Maladies quon observe le plus fréquemment dans les établissemens d'eaux minérales. (Nous renvoyons ce que nous aurions à dire sur ce sujet à l'élucle particulière de chacune des eaux citées dans cet article. )

Dangers des eaux minérales. Les eaux minérales employées sans discerne-

lorsque l'air est chargé de fluide éleclri- | ment peuvent occasionner des accidens

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graves. « Étant toutes plus ou moins excitantes, dit M. Pâtissier, les eaux minérales ne conviennent pas dans les maladies aiguës, ni dans celles qui sont accompagnées d'une irritation un peu vive, ou d'un excès d'irritabilité; elles sont nuisibles aux personnes d'un tempérament sanguin et pléthorique, à celles qui sont disposées aux congestions cérébrales et à Thémoptysie.

Il faut les interdire dans les maladies de l'encéphale, dans l'épilepsie, les anévrismes du cœur ou des gros vaisseaux, les suppurations internes , les épanciieuiens sanguins ou séreux dans les cavités, et dans toutes les dégénérescences squirrheuses ou cancéreuses. » (P. 42.)

Hyijune du buveur d'eau minérale.

A la pointe du jour, dans la belle saison, on va boire les eaux à la source. On les prend par verres de cinq à six onces, dont on augmente le nombre, selon la tolérance de l'eslomac. On laisse entre chaque verre un intervalle d'un quart d'heure , d'une demi-heure, que l'on consacre le plus souvent à un exercice modéré. Lorsqu'on boit à la source, il faut avaler tout d'un trait, sans donner le temps à l'eau de perdre son gaz ni sa chaleur.

Si on envoie chercher l'eau au lieu de la boire à la source , il faut l'enfermer dans un vase qui s'oppose à l'évaporation des principes volatils , et l'envelopper dans une couverture de laine pour conserver autant de calorique que possible. Du reste on peut boire les eaux dans le bain , dans le lit , ou en se promenant , selon qu'elles passent mieux ; et selon l'opportunité on les coupe avec des décoctions , des infusions^ du lait, et on les associe à des sels neutres. L'eau passe bien lorsqu'elle ne pèse pas sur Testomac , n'excile pas d'envies de vomir, ne cause ni gène, ni douleur de tête, et qu'au bout d'un quart d'heure, d'une demi-heure, on se sent disposé à boire un second verre.

Il ne faut jamais commencer par boire une grande quantité d'eau : celte conduite occasionne des |)esanteurs d'estomac, des douleurs générales, des gastrites, des fièvres inllammatoires, bilieuses, piUrides.

En général , les ff-mines qui ont leurs règles doivent suspendie le iraitcnifiit mi ncral (jui est sou\ent trop excitant, il ne faut déjeuner tpi'une iicure ou

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